L’entrée en politique des jeunes Italiens : modèles explicatifs de l’adhésion partisane
Ettore Recchi
La politique partisane est communément méprisée par les jeunes Italiens des années 1990. En conséquence, au sein de cette génération, ceux qui militent dans un parti sont ultra minoritaires. Cette étude porte sur ceux qui ont fait ce choix atypique, éclairant a contrario la désaffection de leurs pairs pour la politique. Le milieu social et les caractéristiques psychologiques d’un échantillon de jeunes cadres partisans sont comparés à ceux d’un échantillon-témoin aléatire de jeunes du même âge. Les résultats établis ici ne valident pas les hypothèses psychologisantes élaborées par la littérature sur la personnalité politique. La « centralité sociale » apparaît également comme un facteur prédictif insuffisant du militantisme partisan. Nous soulignons l’existence d’un mécanisme plus complexe articulé autour des facteurs suivants : a) l’existence d’un « filet de sécurité » éducationnel et/ou professionnel ; b) l’existence d’un modèle d’identification militante du fait que l’un des membres de la famille est lui-même impliqué dans le monde politique ; c) un attachement préalable à un mentor politique qui facilite d) l’acquisition d’un volume important de capital social, ressource vitale pouvant être ensuite investie dans la construction du consensus. Des données complémentaires sur le recrutement politique en Italie nous apprennent que les fonctions réservées aux jeunes dans les partis constituent un premier stade dans la carrière politique. Étant donné la structure des opportunités politique, l’implication partisane précoce équivaut à un choix de carrière. Un tel choix ne fait sens que pour les individus qui disposent d’une combinaison particulière de ressources autorisant à envisager une carrière politique ultérieure : éducation ou richesse, liens familiaux avec un parti, chances de développer un capital social élevé. Étant donné que la possession de telles ressources est rare, l’ajustement des préférences conduit la plupart des jeunes gens à exclure la possibilité d’un engagement politique et à considérer les partis comme lointains et étrangers.
Party politics is commonly despised by Italian youth in the 1990s. Correspondingly, young party activists are a tiny minority in their generation. The present study investigates their anomalous choice of engaging into party life, as this can carry some lessons on the reasons of their age peers’disaffection for politics. A case-control research design is adopted. Background and psychological traits of a sample of party youth officers are contrasted with those of a random control group of people of the same age. Empirical results lend little support to hypotheses hinged on those psychological factors underscored by the literature on the political personality. « Social centrality » appears also to be insufficient as a predictor of such form of political participation. A more complex mechanism is highlighted, involving : a) the availability of an educational and/or occupational « safety net » ; b) the embeddedness of some family members in the political world, which provides an identity model for activism, and c) a prior attachment to a political sponsor who facilitates d) the acquisition of a large volume of social capital – i. e, a vital resource to invest in consensus-building subsequently. Additional evidence on political recruitment in Italy shows that party youth offices have traditionally served as a primary step of political careers. Given this structure of political opportunities, party commitment at an early age equates to a career-oriented choice. Such a choice makes sense only for individuals who control a particular combination of resources to further a political career– education or wealth, family ties within a party, chances of developing a high social capital. Since the possess of these resources is rare, adaptative preferences lead the bulk of young people to exclude the possibility of political involvement and to view parties as remote and alien.
• Les ressorts du militantisme politique : quatre modèles concurrents
— Le modèle de la compensation
— Le modèle de la cristallisation
— Le modèle de la sensibilisation
— Le modèle de l’identification rationnelle
• Données et analyse
— L’échantillon de contrôle
— La mise à l’épreuve des modèles
• La participation étouffée : militantisme partisan des jeunes et système de recrutement politique