2001
Revue française de science politique
Devenirs militants
Introduction
Olivier Fillieule
Olivier Fillieule est chercheur au CNRS/CRESAL. Il est l’auteur de Stratégies de la rue, Les manifestations en France, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, ouvrage consacré à l’analyse des mouvements sociaux en France dans les années 1980 et 1990. Il a publié plusieurs ouvrages ou articles consacrés à l’action collective et à l’engagement politique (dernièrement : « The Dynamics of Commitment in the Sector Known as “Solidarity”. Reflections Based on the Situation in France », dans M. Giugni, F. Passy (dir.), Political Altruism ? The Solidarity Movement in International Perspective, Lanham, Rowman and Littlefield, 2001) et aux politiques publiques de lutte contre la toxicomanie (dernièrement : (avec Fabien Jobard), « Action publique sous dépendance. Conditions et effets du changement de paradigme dans la lutte contre la délinquance associée à la drogue en Europe », Revue française de science politique, 49 (6), décembre 1999, p. 803-834). Ses travaux actuels portent sur la sociologie du militantisme, l’action politique et associative, à partir notamment de recherches sur la lutte contre le sida et, dans le cadre d’un groupe de recherche européen (Transformation of Environnmental Activism – Université de Canterbury/Kent), les mobilisations environnementales. Sur ces questions, il a récemment publié : (avec Christophe Broqua) « Raisons d’agir et proximité à la maladie dans l’économie de l’engagement à AIDES, 1984-1998 », dans A. Micoud, M. Péroni (dir.), Ce qui nous relie, Paris, Éditions de l’Aube, 2000 ; « Environmental Protest in France. Fragmentation and Decline », et (avec Manuel Jimenez) « Media Mias and Environmental Protest Event Analysis », dans Ch. Rootes (dir.), Environmental Protest in Western Europe, Oxford, Oxford University Press, à paraître en 2001. Il anime depuis 1994 avec Nonna Mayer le GERMM (Groupe d’études et de recherches sur les mutations du militantisme) <olivier.fillieule@noos.fr>.
Nonna Mayer
Nonna Mayer est directrice de recherche au CEVIPOF-CNRS. Elle dirige le programme de Sociologie politique dans le DEA de sociologie politique et politique publique de l’Institut d’études politiques de Paris avec Gérard Grunberg et elle anime le GERMM (Groupe d’études et de recherches sur les mutations du militantisme) avec Olivier Fillieule depuis 1994. Ses publications récentes sont Ces Français qui votent FN, Paris, Flammarion, 1999 ; en co-direction avec Daniel Boy, L’électeur a ses raisons Paris, Presses de Sciences Po, 1997 ; Les modèles explicatifs du vote, Paris, L’Harmattan, 1997 (ouvrage collectif) et en co-direction avec Pascal Perrineau, Le Front national à découvert, Paris, Presses de Sciences Po, 1996. Ses recherches portent sur les comportements politiques, notamment le vote et le militantisme d’extrême droite, le racisme et l’antisémitisme, et la relation entre capital social et politique (CEVIPOF, Maison des sciences de l’homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, <mayer@msh-paris.fr>).
Présenter un dossier sur l’engagement qui mette sur le même plan les pratiques militantes dans les partis politiques, les organisations syndicales, le monde associatif et plus généralement les entreprises de mouvement social
[1],
pourra paraître osé. C’est que, pendant longtemps, le militantisme a été pensé sous les seules espèces du travail partisan et syndical, dans un contexte où la définition de la participation politique demeurait étroitement cantonnée à l’action dite « conventionnelle »
[2].
Ajoutons à cela que, plus généralement, l’individu mobilisé, « l’adhérent » ou le « militant », selon le nom que l’on voudra lui donner, est demeuré pour le moins discret dans un contexte où une approche par les organisations a longtemps régné en maître. À ce constat on pourrait opposer l’existence dans les années 1970 d’enquêtes par questionnaires portant sur les militants comme par exemple, pour s’en tenir ici au domaine partisan, celles menées par François Platone et Françoise Subileau auprès des militants communistes de la fédération de Paris réunis en conférence de section en octobre 1974 puis en juin 1977
[3].
Pourtant, dans ce type d’enquêtes, l’interrogation portait moins sur les logiques de l’engagement partisan que sur l’efficacité dont pouvait faire preuve le PC, par un effort de socialisation secondaire, en orientant et uniformisant les pratiques et les représentations. C’est encore la problématique, cette fois tout à fait explicite, de Jacques Derville et Maurice Croisat dans leur enquête auprès de trois sections grenobloises du PCF menée en 1977-1978
[4].
Décloisonnement des objets et approche des logiques individuelles de l’engagement militant, voilà donc le programme que se fixe ce dossier qui regroupe des textes discutés dans le cadre du GERMM
[5].
Le moment est favorable. En effet, après qu’elle se soit heurtée à une certaine méfiance, la sociologie des mouvements sociaux fait désormais partie des objets canoniques de la sociologie et de la science politique
[6].
On ne reviendra pas sur les raisons qui ont présidé à une telle évolution, sinon pour souligner qu’ayant dû dans un premier temps conquérir sa place au soleil des objets légitimes, ce champ d’analyse fut marqué par une certaine autonomisation de ses références (essentiellement par « l’importation » des auteurs anglo-saxons), de ses concepts (« répertoires d’action », « cycles de mobilisation » et « structure des opportunités politiques »), voire de ses méthodes (protest event analysis
[7]).
Cette attitude défensive n’étant plus nécessaire, il n’est pas étonnant que s’établissent aujourd’hui des ponts avec d’autres sous-champs, comme la sociologie des partis politiques et du syndicalisme, les études sur le mouvement ouvrier et, enfin, l’analyse des politiques publiques.
Parallèlement, depuis le début des années 1990, les travaux se multiplient, ici ou là, qui mettent l’accent sur la question de l’engagement individuel et de ses déterminants, dans le contexte d’un regain de l’analyse biographique et du récit de vie. Ces travaux se caractérisent enfin par une attention qui ne se focalise pas seulement sur les professionnels mais aussi sur les militants de base
[8] et qui ne porte plus sur les seuls partis ou syndicats
[9].
Les contributions que l’on va lire ont en commun une approche centrée sur les agents sociaux. Les organisations étudiées sont moins ici l’objet de la recherche qu’un lieu d’observation et de passage où se trouve réunie, successivement ou simultanément, une collection d’acteurs individuels. L’organisation, au moment où on l’observe, n’est donc rien d’autre que le résultat d’un équilibre ponctuel résultant de la coexistence d’individus dont la présence n’est redevable ni des mêmes déterminants individuels ni des mêmes contextes. C’est ainsi, par exemple, que Cécile Péchu repère trois générations d’adhérents à Droit au logement, correspondant à des étapes différentes du mouvement. Il y a les fondateurs, venus du Comité des mal logés, qu’ils ont quitté parce qu’ils étaient en désaccord avec ses modes d’action. Ce sont des militants d’origine plutôt populaire, souvent marqués par le catholicisme de gauche et profondément anti-partis. Puis il y a la génération des militants politiques chevronnés, théoriciens venus de l’extrême gauche ou du mouvement libertaire, dont beaucoup quitteront DAL au bout de deux ou trois ans, lorsqu’ils auront le sentiment que le mouvement est en train de perdre son âme et que la compétence, l’expertise, prennent le pas sur l’idéal révolutionnaire. Enfin, la médiatisation d’un certain nombre d’actions spectaculaires, comme le squattage de bâtiments avenue René Coty (1993) puis rue du Dragon (1994), attire une troisième vague de militants, directement touchés par la précarité et sensibles au côté « Robin des bois » de ces actions. De son côté, Sylvie Ollitrault distingue trois voies d’accès distinctes à la militance écologiste, l’écologisme politique héritier de 1968 associé à un projet de société, l’écologisme scientifique lié à une expertise sur les questions touchant à la nature et à l’environnement, et l’écologisme réactif, caractéristique d’individus personnellement touchés par un problème d’environnement. Dans les trois populations, elle discerne l’ébauche d’un conflit de génération entre les anciens, marqués par la radicalité du mouvement écologiste à ses débuts, et les nouveaux qui se soucient d’abord d’efficacité et de professionnalisme. Johanna Siméant, de même, oppose la génération politisée et dilettante des fondateurs de Médecins sans frontière (MSF), cette « aristocratie du risque » née au moment du conflit biafrais à celle des jeunes, plus professionnels, qui arrivent dans les années 1990 alors que l’organisation s’est développée et étoffée, qu’elle emploie de plus en plus de salariés et qu’elle codifie de plus en plus les profils de compétence dont elle a besoin sur le terrain.
En revanche, d’une contribution à l’autre, la diversité est grande du point de vue des degrés d’implication des militants étudiés, des méthodes mobilisées et des modalités de la mise en récit des trajectoires individuelles.
À travers les itinéraires contrastés de trois jeunes militants engagés au Front national, Valérie Lafont étudie un engagement pensé comme investissement total, comme remise de soi revendiquée, qui efface toute distinction entre sphère militante et sphère privée et fait passer la carrière professionnelle au second plan. De leur côté, Ettore Recchi et Philippe Juhem s’attachent à des professionnels du militantisme. Le premier, à partir d’une enquête menée en Italie sur les organisations partisanes de jeunesse et d’entretiens avec des politiciens qui y sont passés, pose la question des facteurs favorisant l’entrée dans la profession politique. Le second retrace le trajet de Julien Dray et du groupe Questions socialistes, au travers de la rivalité avec Jean-Christophe Cambadélis et son groupe Convergence socialiste, brossant plus largement le tableau d’une génération formée au militantisme dans l’après Mai 68, qui fait ses armes à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et à l’UNEF-ID, rallie le PS après 1981 et trouve dans le lancement de SOS-Racisme le moyen de reconvertir ses savoir-faire et ses réseaux. Pour eux qui ont sacrifié leurs études à leur engagement et qui arrivent à la limite d’âge du syndicalisme étudiant, il n’y a point de salut hors du militantisme, face aux difficultés d’un reclassement professionnel. Leur histoire est celle d’une succession de reconversions réussies, en fonction des opportunités offertes par l’arrivée des socialistes au pouvoir et par les jeux de concurrence interne au parti. Enfin, Johanna Siméant et Sylvie Ollitrault montrent comment parcours militants et carrières professionnelles ont tendance à se recouper, compte tenu de l’institutionnalisation de ces mouvements et des opportunités professionnelles qu’ils dégagent dans un contexte de contraction du marché de l’emploi et de valorisation de l’expertise en matière d’humanitaire et d’environnement.
Diversité des méthodes mises en œuvre, aussi bien. D’abord, si la plupart des auteurs ont eu recours au récit de vie pour reconstruire les pratiques militantes et leur sens, y associant parfois des moments d’observation ethnographique, d’autres ont également mobilisé des instruments statistiques, soit comme Éric Agrikoliansky, par le recours à un questionnaire auprès des responsables locaux de la Ligue des droits de l’homme, soit, pour Ettore Recchi, par l’analyse approfondie d’un questionnaire auprès d’un échantillon de jeunes militants qu’il compare aux résultats d’un questionnaire similaire passé auprès d’un échantillon témoin de la même classe d’âge. Grâce au recours à ce « groupe de contrôle »
[10],
il peut s’attaquer à la question des déterminants de l’engagement autrement qu’à travers le relevé de caractéristiques typiques propres à un groupe donné, constat qui ne permet jamais de dire pourquoi tous ceux qui ne partagent pas ces caractéristiques ne sont pas eux-mêmes engagés. Quant au récit biographique, il est ici mobilisé selon des modalités variées, à la fois par le nombre des entretiens réalisés (d’une dizaine à une soixantaine) et les manières d’en restituer la trame, les uns ayant choisi plutôt de s’attacher à la description approfondie de cas types (Valérie Lafont et Cécile Péchu), d’autres d’illustrer leur démonstration par des extraits puisés dans l’ensemble de leur corpus (Éric Agrikoliansky, Johanna Siméant, Philippe Juhem, et Sylvie Ollitrault). Le récit biographique n’est pas sans danger. Il donne rétrospectivement un sens à la succession des événements sélectionnés par la personne interrogée. « Lorsqu’on fait le récit de sa vie », écrit Anselm Strauss, « … on ordonne les événements de façon symbolique. Le sens qu’on donne à sa vie repose sur les concepts et les interprétations auxquelles on accorde délibérément la primauté sur la multitude désordonnée des actes de son passé »
[11].
Et parce qu’il laisse transparaître « la chair palpitante du concret »
[12],
le récit de vie a une puissance de suggestion et de fascination sans pareille, il semble aller de soi, il paraît immédiatement intelligible, au risque d’évacuer toute interrogation critique sur la pertinence du récit et son exemplarité.
Les études qui suivent échappent à ces deux écueils en articulant les récits aux contextes auxquels ils se réfèrent aussi bien qu’aux caractéristiques des émetteurs, faisant ainsi entrevoir, au-delà de la singularité des itinéraires individuels, des régularités, des trajets-type
[13]
. Et la confrontation même d’engagements aussi différents que ceux qu’elles analysent permet d’approcher une compréhension globale du phénomène militant, avec ses constantes et ses cas particuliers
[14]
. Mais surtout, le recours aux entretiens biographiques permet, au-delà de la pétition de principe, de mettre en œuvre une conception du militantisme comme processus. Autrement dit, de travailler ensemble les questions des prédispositions au militantisme, du passage à l’acte, des formes différenciées et variables dans le temps prises par l’engagement, de la multiplicité des engagements le long du cycle de vie et de la rétraction ou extension des engagements
[15].
[1]
Entendues ici comme « toute organisation, ou groupe d’organisations, mettant en œuvre des stratégies d’action composées de séries d’interactions avec des cibles et qui comporte, de manière privilégiée, le recours à l’action protestataire »… c’est-à-dire « une action concertée dirigée d’abord vers tel ou tel secteur de l’État », Olivier Fillieule,
Stratégies de la rue, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 37-39.
[2]
Cf. Françoise Subileau, « Le militantisme dans les partis politiques sous la Cinquième République : état des travaux de langue française »,
Revue française de science politique, 31 (5-6), octobre-décembre 1991. Au-delà de ce « témoin », on tombera facilement d’accord sur le fait que la figure du militant partisan demeure tout au long des années 1970 et 1980 la référence, avec pour effet de canaliser le regard sociologique sur des questions comme celle de la professionnalisation et donc des rétributions (dans la lignée des travaux de Roberto Michels, cf., par exemple, Daniel Mothé,
Le métier de militant, Paris, Le Seuil, 1973 ; Daniel Gaxie,
Les professionnels de la politique, Paris, PUF, 1973 ; Serge Quadruppani,
Des permanents des partis politiques, Paris, Métailié, 1989 ; mais aussi, plus récemment : « Entrées en politique »,
Politix, 35, 1996 et Michel Offerlé (dir),
La profession politique. XIXe-XXe siècles, Paris, Belin, 1999). Sur les syndicats, outre l’ouvrage classique d’Andrée Andrieux et Jean Lignon,
Le militant syndicaliste aujourd’hui, Paris, Denoël-Gonthier, 1973, on se reportera aux travaux trop nombreux pour être cités ici, de Dominique Andolfatto, Antoine Bevort, Maurice Croisat, Dominique Labbé et René Mouriaux.
[3]
François Platone, Françoise Subileau, « Les militants communistes à Paris : quelques données sociologiques »,
Revue française de science politique, 25 (5), octobre 1975, p. 837-869 ; « Les militants communistes à Paris : pratiques militantes »,
Revue française de science politique, 26 (2), avril 1976, p. 260-285 et Françoise Subileau, « Les communistes parisiens en 1977 »,
Revue française de science politique, 29 (4-5), août-octobre 1979, p. 791-811.
[4]
Deux questions sont posées dans cette recherche : quels sont les facteurs qui favorisent la socialisation des militants ? Dans quelle mesure les militants sont-ils fidèles à la ligne du XXII
e congrès ?, dans Jacques Derville, Maurice Croisat, « La socialisation des militants communistes français. Éléments d’une enquête dans l’Isère »,
Revue française de science politique, 29 (4-5), 1979, p. 760-790. À cette règle, cependant, quelques exceptions, avec, par exemple, Jacques Lagroye
et al.,
Les militants politiques dans trois partis politiques français, Paris, Pédone, 1976 et, pour s’en tenir aux publications dans la
Revue française de science politique, l’étude transversale du militantisme dans les partis menée par Daniel Gaxie, « Économie des partis et rétributions du militantisme »,
Revue française de science politique, 47 (1), février 1977, p. 123-154 ; les travaux de Jean-Marie Donegani sur les catholiques de gauche (« Itinéraire politique et cheminement religieux. L’exemple des catholiques militant au parti socialiste »,
Revue française de science politique, 49 (4-5), août-octobre 1979, p. 693-738), et de Jacques Peneff sur les militants ouvriers au parti communiste (« Autobiographies de militants ouvriers »,
Revue française de science politique, 49 (1), février 1979, p. 53-82). Le lecteur trouvera une présentation de la généalogie des travaux sur le militantisme dans Claude Pennetier, Bernard Pudal, « Évolution des méthodes d’analyse du militant ouvrier, archétype du militant », dans José Gotovitch, Anne Morelli (dir.),
Militantismes et militants, Bruxelles, EVO, 2000.
[5]
Le Groupe d’étude et de recherche sur les mutations du militantisme est un groupe de 1’Association française de science politique qui, depuis 1994, consacre ses travaux au militantisme politique. Parmi les militants étudiés à ce jour on trouve ceux de la LDH, de la FASTI, de SOS-Racisme, du MRAP, de Ras l’Front et du Manifeste contre le Front national, de la CIMADE et de France Terre d’asile, des mouvements de défense des mal logés et d’organisations de lutte contre le SIDA comme Act Up et AIDES. Militants et délégués ont été interrogés à partir d’un questionnaire commun mais adapté à chaque organisation, dans le but de recueillir des données comparables. Outre la gestion d’une liste de diffusion d’information sur le militantisme et les mouvements sociaux (
GERMM_l@ egroups. fr), le GERMM assure un séminaire annuel, organise des journées d’études et participe à des recherches (enquête pour la préparation du centenaire de la LDH en 1998, Contrat MIRE-Fondation de France, « Produire les solidarités »). Les articles que l’on va lire ont pour certains été présentés dans le cadre de l’atelier « carrières militantes » organisé par le GERMM lors du congrès de l’AFSP à Rennes (28 septembre-1
er octobre 1999). D’autres ont été présentés dans le cadre du séminaire annuel.
[6]
Ce qui se manifeste par la multiplication des thèses soutenues dans ce champ, des enseignements et des travaux de synthèse à destination des étudiants : Patrice Mann,
L’action collective. Mobilisation et organisation des minorités actives, Paris, Armand Colin, 1991 ; Nonna Mayer, Pascal Perrineau,
Les comportements politiques, Paris, Armand Colin, 1992 ; François Chazel, « Mouvements sociaux », dans Raymond Boudon,
Traité de sociologie, Paris, PUF, 1992, p. 263-289 ; Olivier Fillieule, Cécile Péchu,
Lutter ensemble. Les théories de l’action collective, Paris, L’Harmattan, 1993 ; Erik Neveu,
Sociologie des mouvements sociaux, Paris, La Découverte, 2000 (1
re éd. : 1996).
[7]
Dieter Rucht (dir)
et al.,
Act of Dissent : New Developments in the Study of Protest, Boston, Rowman and Littlefield, 1999 (1
re éd. : Berlin, Sigma, 1997). Et
Mobilization, « Special Issue on Protest Event Analysis », 4 (2), 1999.
[8]
Sans pouvoir les citer tous, on mentionnera des travaux aussi divers dans leur méthode que leurs résultats mais qui tous se singularisent par cette attention portée aux simples militants : Bernard Pudal,
Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de Sciences Po, 1989 ; Henri Rey, Françoise Subileau,
Les militants socialistes à l’épreuve du pouvoir, Paris, Presses de Sciences Po, 1991 ; Marie-Claire Lavabre,
Le fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste, Paris, Presses de Sciences Po, 1994 ; Frédéric Sawicki,
Les réseaux du parti socialiste. Sociologie d’un milieu partisan, Paris, Belin, 1997 ; Florence Faucher,
Les habits verts de la politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1999 et les enquêtes CEVIPOF en cours sur les militants du parti socialiste (Françoise Subileau, Colette Ysmal, Henri Rey,
Cahiers du CEVIPOF, 23, 1998), du parti communiste (François Platone, Jean Ranger,
Cahiers du CEVIPOF, 27, 2000) et des Verts (Daniel Boy).
[9]
Sur le militantisme non partisan : Nonna Mayer (dir), « Les collectifs anti-Front national »,
Cahiers du CEVIPOF, 13, 1995 ; Philippe Gottraux,
« Socialisme ou Barbarie ». Un engagement politique et intellectuel dans la France de l’après-guerre, Lausanne, Payot, 1997 ; Jacques Ion,
La fin des militants ?, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997 ; Florence Passy,
L’action altruiste, Genève, Droz, 1998 ; Johanna Siméant,
La cause des sans-papiers, Paris, Presses de Sciences Po, 1998 ; Christophe Trainï, « Les braconniers de la politique. Les ressorts de la conversion à Chasse Pêche Nature et Traditions »,
Cahiers du CEVIPOF, 28, juin 2000 ; José Gotovitch, Anne Morelli (dir),
Militantisme et militants, Bruxelles, EVO, 2000.
[10]
L’usage des groupes de contrôle pour l’analyse du militantisme, parce qu’il implique la mobilisation de procédures compliquées et périlleuses, est des plus rares. Exception notable cependant et désormais bien connue du public français, celle du livre passionnant de Doug McAdam,
Freedom Summer, New York/Oxford, Oxford University Press, 1988. Voir aussi, à partir d’une approche qualitative, Sophie Maurer,
Les chômeurs en action (décembre 1997-mars 1998). Mobilisation collective et ressources compensatoires, Paris, L’Harmattan, 2001.
[11]
Anselm Strauss,
Miroirs et masques, Paris, L’Harmattan, 1992, p. 153-154 (1
re éd. :
Mirrors and Masks : The Search for Identity, The Free Press of Glencoe, 1959). Cf. aussi Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique »,
Actes de la recherche en sciences sociales, 62-63, juin 1986, p. 67.
[12]
Jean-Claude Passeron, « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires »,
Revue française de sociologie, 31 (1), janvier-mars 1990, p. 5.
[13]
« Tout au contraire, dès qu’il y a mise en œuvre d’une
méthode biographique, et non pas seulement d’un art du clin d’œil ou de la caresse littéraires, autrement dit, dès qu’il y a choix raisonné des règles d’analyse permettant conjointement l’identification de “traits pertinents” de la description et le fonctionnement d’un protocole de traitement de données issu d’hypothèses, portant sur la succession, la structure, le projet ou la mémoire biographique, il me semble que tout est bon à prendre dans un échantillon de biographies. »
Ibid., p. 16.
[14]
Comme le souligne Becker à propos des monographies réalisées par l’école de Chicago, c’est la mosaïque des cas étudiés et leur mise en perspective qui permet de comprendre les multiples facettes d’un phénomène, en l’occurrence la déviance. Cf. Howard S. Becker, « Biographie et mosaïque scientifique »,
Actes de la recherche en sciences sociales, 62-63, juin 1986, p. 103-110.
[15]
Ce que souligne de manière particulièrement claire Donegani : « (la méthode biographique) devrait nous permettre ici de reconstituer la genèse et les modalités des changements comportementaux individuels que les études de sociographie religieuse analysant les comportements sous leurs aspects externes ne peuvent permettre de déceler. En effet des études qui prennent pourtant en compte l’aspect diachronique des attitudes et des comportement présentent deux types de limites. D’une part, elles analysent uniquement les attitudes ou les comportements religieux sans les référer à d’autres aspects, notamment politiques, de la personnalité individuelle. D’autre part, si elles découvrent les résultats des changements religieux, elles ne nous renseignent pas sur les processus et les mécanismes des variations constatées. Les rapports de dépendance existant éventuellement entre changement social et changements politiques et religieux se situent sur le plan de phénomènes intermédiaires et internes décelables seulement par l’examen de cas individuels… Par ailleurs on conviendra que l’explication de la genèse et des transformations des systèmes d’attitudes doit prendre en compte l’intériorisation qu’en fait le sujet dans sa prise sur le monde et son insertion dans les groupes sociaux », Jean-Marie Donegani, « Itinéraire politique et cheminement religieux… », art. cité, p. 697.