Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724628780
328 pages

p. 233 à 240
doi: en cours

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Le référendum du 24 septembre 2000 : premiers éclairages

Vol. 51 2001/1-2

2001 Revue française de science politique Le référendum du 24 septembre 2000 : premiers éclairages

La victoire sans reliefs du « oui »

Bernard Dolez Annie Laurent
Pour la première fois depuis 1958, le président de la République avait choisi d’utiliser la voie référendaire dans le cadre de la procédure de révision de l’article 89 de la Constitution. Pour la première fois aussi, un référendum était organisé en période de cohabitation. Si Jacques Chirac a été contraint de se rallier à une réforme, proposée par Lionel Jospin durant la campagne présidentielle de 1995, relancée par Valéry Giscard d’Estaing au printemps 2000 et approuvée massivement par l’opinion publique, du moins a-t-il décidé de convoquer le corps électoral pour ratifier la réforme, votée successivement par l’Assemblée nationale et le Sénat.
Au terme d’une campagne électorale courte et sans passion, le oui l’a donc emporté avec 73.0 % des suffrages exprimés, mais le verdict du corps électoral a été éclipsé par le niveau exceptionnellement élevé de l’abstention. L’examen des résultats du scrutin [1] par département révèle un vote étale, peu structuré territorialement, où l’on peine à trouver de véritables différences entre les unités électorales, même si le vote non est plus intense dans ce que furent les zones de force des votes Pasqua, Mégret ou Le Pen lors des élections européennes de 1999. Une analyse plus fine permet de mettre en évidence un vote différencié des villes et des campagnes. Enfin, si l’on descend au niveau communal, on observe qu’en milieu urbain l’intensité du vote oui est fonction de l’orientation politique de la commune. Se trouve donc une fois de plus confirmé l’intérêt de prendre en compte plusieurs niveaux d’étude pour faire apparaître la multi-dimensionalité du vote [2].
 
Un vote « mou »
 
 
Sous l’angle territorial, la caractéristique essentielle de ce scrutin réside dans la très petite dispersion géographique des votes, ce que mesure le faible écart type des votes oui et non (écart type de 2.7 au niveau départemental). Le référendum de septembre 2000, qui clôt le cycle électoral entamé en 1995, est le scrutin où la dispersion du vote fut la plus faible depuis cinq ans (graphique 1). Le vote y est plus étale que lors des élections européennes, qui n’offrent pourtant traditionnellement que peu de contrastes sur le plan territorial (écart type de 4.3 pour le total des trois listes de la « gauche plurielle » en juin 1999). Sur ce plan, le référendum de septembre 2000 se situe aux antipodes des cantonales de 1998, élections locales par excellence, où la structure territoriale du vote était particulièrement accusée, même mesurée au niveau départemental (écart type de 8.5 pour le total des voix recueillies par les candidats de la gauche plurielle).
Graphique 1
La dispersion du vote lors des scrutins organisés depuis 1995
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Les faibles contrastes observés le 24 septembre 2000 ne tiennent pas seulement au caractère national du scrutin référendaire, ni même à la structure binaire du choix proposé au corps électoral. La comparaison avec les huit autres référendums qui ont été organisés en France depuis 1958 permet de mettre en évidence la singularité du dernier scrutin (graphique 2). La très faible dispersion des votes constatée (écart type de 2.7) ne trouve d’équivalent qu’en avril 1962, lors du référendum relatif à la ratification des accords d’Évian (écart type de 2.5) et qu’en novembre 1988, lors du référendum sur la Nouvelle-Calédonie (écart type de 3.5). Rapprocher ces trois consultations permet de mieux cerner les raisons conduisant à l’homogénéité des votes. Si aucune d’entre elles ne suffit à expliquer la faible dispersion des votes, leur combinaison a sans doute contribué à rendre le vote étale.
Graphique 2
La dispersion du vote non aux référendums depuis 1958
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Le référendum sur le quinquennat, comme ceux portant sur la ratification des accords d’Évian ou sur la Nouvelle-Calédonie, n’a pas été structuré par le clivage gauche-droite : en 1962, même le parti communiste avait appelé à voter oui ; en 1988, l’UDF, bien que dans l’opposition, s’était prononcée en faveur du oui, tandis que le RPR choisissait de s’abstenir. Le scrutin de septembre 2000, référendum de cohabitation, ne s’inscrit pas dans le clivage gauche-droite, pas plus qu’il ne contribue à le redéfinir. Et, loin de dramatiser l’événement, à l’image du général de Gaulle, le président de la République a, au contraire, contribué à en brouiller l’enjeu et peut-être en partie à démobiliser l’opinion, puisqu’il a déclaré, le 5 juin 2000 : « Nous sommes dans une démocratie qui doit être moderne… Nous posons une question aux Français, ils y répondent. Ils répondent oui : c’est très bien. Ils répondent non : c’est très bien ».
La faible inscription du référendum dans le clivage gauche-droite et l’absence de dramatisation du scrutin ne suffisent pourtant pas à expliquer l’homogénéité des votes. Sur ces deux plans, le scrutin de septembre 2000 ne se distingue pas fondamentalement de celui de septembre 1992. François Mitterrand, plongé dans un abîme d’impopularité, avait également évité toute dramatisation excessive du référendum, en prenant garde de ne pas lier son sort à celui de la question qu’il avait posée aux Français. Mais, alors que le traité de Maastricht divisa la France tant sur le plan sociologique que géographique, un consensus se dessina très tôt en faveur du quinquennat gommant par là même les contrastes territoriaux. Il est ainsi probable que le niveau élevé du oui contribue au nivellement du vote. Comme en avril 1962 (plus de 90 % des suffrages exprimés en faveur du oui) et en novembre 1988 (80 % pour le oui), le dernier scrutin référendaire est caractérisé par un pourcentage élevé en faveur du oui (73 %). Dans ces trois cas, cette victoire massive se traduit, presque mécaniquement, par des votes homogènes. Mais le plus important est probablement ailleurs : en avril 1962, la carte électorale était largement structurée par le vote gaulliste et le vote communiste. François Goguel avait alors parlé d’un « vote mou » [3]. En 2000, le choix du oui tant par le PS que par la droite républicaine, et la large adhésion du corps électoral au quinquennat ont conduit au même résultat.
Enfin, le niveau exceptionnel de l’abstention suggère de rapprocher le référendum sur le quinquennat du scrutin de novembre 1988 (respectivement 69.3 % et 62.4 % en France métropolitaine). Ces deux consultations, marquées par une abstention record, offrent des contrastes territoriaux peu accusés. On sait pourtant qu’une abstention élevée a plutôt tendance à renforcer les contrastes électoraux. Pierre Martin rappelle opportunément, dans son dernier ouvrage, une règle d’analyse électorale dégagée par Philip E. Converse : « Toutes choses égales par ailleurs, chaque force politique se renforce dans ses fiefs quand la participation électorale diminue » [4]. Il semble donc que les scrutins référendaires fassent exception sur ce point. Comment interpréter ce fait ? Les électeurs aux attaches partisanes les plus faibles sont ceux qui s’abstiennent le plus facilement. Cela aurait pour effet de favoriser localement la force politique dominante, dont l’électorat est composé, toutes choses égales par ailleurs, d’une proportion plus grande d’électeurs qui lui sont fortement attachés. Dans un référendum, au contraire, l’électorat n’est pas structuré a priori, notamment quand la question posée transcende les clivages partisans. L’abstention ne touche pas seulement les électeurs les moins politisés. Peut-être empêche-t-elle l’électorat de se structurer en fonction de l’enjeu du scrutin et contribue-t-elle à araser les contrastes territoriaux plutôt qu’à les accuser ? Pour les consultations référendaires, on peut alors formuler l’hypothèse suivante, qui constituerait en quelque sorte une exception à la règle générale : « Toutes choses égales par ailleurs, le vote est géographiquement moins contrasté quand la participation diminue ».
 
Des européennes au référendum : l’écho assourdi du « micro » cartel des non
 
 
Bien qu’étale, la structure géographique du vote oui obéit à une certaine logique politique. Le oui est supérieur à la moyenne nationale dans les départements d’élection des deux têtes de l’Exécutif : il frôle ou dépasse les 75 % des suffrages exprimés en Corrèze ou en Haute-Garonne. En revanche, il ne franchit la barre des 70 % ni en Vendée, ni dans les Hauts-de-Seine, terres d’élection de Philippe de Villiers et de Charles Pasqua. La question posée au corps électoral le 24 septembre 2000 échappait toutefois au clivage gauche-droite comme en témoignent les prises de position des différentes forces politiques. Alors que le PS, le PRG, le MDC, l’UDF, DL et le RPR appelaient à voter oui, le RPF de Charles Pasqua, le MPF de Philippe de Villiers, le MNR de Bruno Mégret et le FN de Jean-Marie Le Pen se prononçaient en faveur du non. Lutte ouvrière, la LCR et le parti communiste appelaient à l’abstention, CPNT au vote blanc ou nul. Les Verts, eux, choisissaient de ne pas donner de consignes de vote à leurs partisans.
Dans ces conditions, il n’est guère étonnant de constater que la structure territoriale du vote référendaire diffère de celle que l’on observe généralement à d’autres scrutins. Ainsi, la corrélation entre le vote non et le vote « Chirac » au second tour de la présidentielle de 1995 est insignifiante (corrélation de + 0.16), même si les données de sondage témoignent d’un écart de 17 points entre le vote oui des électeurs se déclarant proches de la gauche plurielle et ceux qui se sentent proches de la droite parlementaire (tableau 1).

Tableau 1
Le vote selon la proximité politique
Selon la proximité politique oui non Total
Gauche plurielle 81% 19% 100%
Droite parlementaire 64% 36% 100%
Source : sondage Ipsos-Vizzavi réalisé pour France 2-Le Figaro-Europe [5]

La corrélation est plus importante, sans toutefois être parfaite, entre le vote non et le total des scores Pasqua, Mégret et Le Pen aux européennes de 1999 (corrélation de + 0.5), ce dont rend compte le graphique 3. En 1999, le total des trois listes atteignait 22.2 % en France métropolitaine, soit sensiblement moins que les 27,1 % du non lors du référendum du 24 septembre 2000. Mais ce graphique révèle une différence majeure entre les deux scrutins : le vote référendaire est moins contrasté, et donc moins structuré, en 2000 qu’en 1999. Au dernier référendum, l’amplitude du vote non n’est que de 12 points (le non ne recueille que 19.8 % des suffrages exprimés dans le Finistère, alors qu’il atteint 32 % dans la Somme). En revanche, l’amplitude du total Pasqua + Mégret + Le Pen était de 22 points lors des dernières européennes (ces trois listes n’avaient rassemblé que 13.8 % en Ille-et-Vilaine, alors qu’elles totalisaient 35.8 % en Vendée). Le nuage de points révèle aussi que, dans la plupart des départements, le non réalise un score supérieur au total des listes Pasqua, Mégret et Le Pen. En fait, le non ne se situe en deçà de ce total que dans sept départements, où l’une ou l’autre de ces trois listes avait recueilli un pourcentage élevé de suffrages exprimés. Il s’agit soit des départements où la liste Pasqua-Villiers avait réalisé ses meilleurs scores (Vendée, Alpes-Maritimes et Var), soit de terres acquises de longue date à l’extrême droite (Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Gard et Moselle). Dans ces sept départements, où le total des listes Pasqua, Mégret et Le Pen était particulièrement élevé, les leaders du non n’ont pas réussi à capitaliser leur score des européennes.
Graphique 3
Des européennes 1999 au référendum 2000 : le vote « Non » (par département, en % des suffrages exprimés)
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Le oui plus mesuré de la France rurale
 
 
La structure géographique du vote référendaire de septembre 2000 est plus proche de celle de septembre 1992 (corrélation de + 0.4 entre le oui au quinquennat et le oui à Maastricht, au niveau départemental) que du second tour de la présidentielle de 1995 (corrélation +0.16). Mais si des départements tels l’Ille-et-Vilaine ou la Somme font preuve d’une certaine constance en faveur du oui ou du non, d’autres ont connu des évolutions plus sensibles, à l’exemple de Paris ou de l’Aude (tableau 3).

Tableau 3
De Maastricht (1992) au quinquennat (2000)
oui «élevé» au quinquennat oui «faible» au quinquennat
oui à Maastricht Ille-et-Vilaine Paris
non à Maastricht Aude Somme

En 1992, Jacques Lévy avait mis en évidence la singularité du vote de septembre 1992 : « L’espace du oui, écrivait-il, n’est pas un territoire mais un réseau » [6], montrant que les villes s’étaient massivement prononcées pour le oui. Un examen détaillé des résultats du référendum de septembre 2000 montre que, cette fois encore, le département ne constitue peut-être pas un cadre pertinent d’analyse. Dans le département du Cher, par exemple, le oui a recueilli 69.6 % des suffrages exprimés. Mais ce chiffre dissimule une différence non négligeable entre les villes de Vierzon et de Bourges qui regroupent à elles seules près de la moitié de la population du département, et l’ensemble des autres communes du Cher. À Vierzon et à Bourges, le oui réalise un score supérieur à sa moyenne départementale. Celle-ci, au demeurant assez faible eu égard aux résultats nationaux, est tirée vers le bas par le vote des communes rurales du département (tableau 4).

Tableau 4
Les résultats du référendum du 24 septembre 2000 dans le Cher
oui non
Vierzon Bourges Total des autres communes du Cher Total Cher 71,2% 73,0% 67.9% 69.6% 28,8% 27,0% 22.1% 30.4%

Les observations à propos du Cher peuvent être généralisées à l’ensemble du territoire national. Le dénombrement des résultats (hors région Île-de-France) dans les chefs-lieux de départements et les villes de plus de 20 000 habitants montre que dans 180 villes sur 260 (soit dans 69 % des cas) le oui réalise un score supérieur à sa moyenne départementale [7]. Comme en 1992, le oui est donc d’abord un vote urbain, tandis que le non réalise ses meilleurs scores en milieu rural. Pour l’anecdote, Le Monde souligne que, dans le Cher, « vingt et une des plus petites communes du département ont voté non, la palme revenant à Lugny-Bourbonnais, dont la trentaine d’habitants a voté à 80 % contre le quinquennat » [8]. Ces conclusions, tirées de l’observation des données agrégées sont corroborées par les données individuelles puisque ce serait chez les agriculteurs, les artisans, commerçants et chefs d’entreprises que le oui réaliserait ses scores les plus faibles (tableau 5). Manifestement, le ralliement tardif de Jacques Chirac au quinquennat n’aura pas réussi à convaincre ces catégories socio-professionnelles, traditionnellement ancrées à droite [9], qui constituaient pourtant, en 1995, le cœur de l’électorat chiraquien [10].

Tableau 5
Le vote selon la profession
Selon la profession oui non Total
Agriculteurs Artisans, commerçants, chefs d’entreprise Cadres supérieurs, professions libérales Professions intermédiaires Employés Ouvriers Retraités Étudiants 62% 61% 73% 73% 66% 75% 71% 74% 38% 39% 27% 27% 34% 25% 29% 26% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%
Source : Sondage Ipsos-Vizzavi pour France 2-Europe 1-Le Figaro

 
Le drôle de « Paris » de Jacques Chirac
 
 
À l’échelon communal, les données recueillies en milieu urbain révèlent encore une faible variabilité des votes oui et non. Alors qu’en règle générale, l’analyse des résultats à un niveau plus fin se traduit par un « effet de loupe », le référendum de septembre 2000 semble faire exception : les phénomènes observés à l’échelon départemental ne s’accentuent pas au niveau local.
Ainsi, au niveau départemental, il apparaissait que l’intensité du vote non était liée à l’importance soit du vote Pasqua soit du vote en faveur de l’une ou l’autre des listes d’extrême droite en 1999. Sur la foi de ce constat, on aurait pu s’attendre à ce que, localement, le non réalise des scores importants dans les quatre villes conquises par le FN en 1995. Or il n’en est rien. Certes, le oui est toujours inférieur à la moyenne nationale, mais il obtient des scores variant entre 64.7 % à Marignane et 71.4 % à Vitrolles (tableau 6).

Tableau 6
Les résultats du référendum du 24 septembre 2000 dans les villes conquises par l’extrême droite en 1995
oui non
Marignane Orange Toulon Vitrolles 64.7% 65.8% 68.6% 71.4% 35.3% 34.2% 31.4% 28.6%

Mieux encore, alors qu’on a pu mettre en évidence des différences significatives dans les résultats des départements d’élection des grands leaders du oui et du non, il est plus difficile de repérer, au niveau local, l’influence des personnalités qui, tels Raymond Barre ou François Léotard, s’étaient clairement prononcées pour le non, sans pour autant faire activement campagne. Ainsi, le non ne recueille que 30.9 % à Lyon (contre 28.7 % dans le département du Rhône). À Fréjus, son score est même légèrement inférieur (29.2 %) à celui obtenu dans l’ensemble du département du Var (29.5 %). Dès lors, on peut se demander si la campagne ne fut pas atone au point que les personnalités qui avaient pris parti pour le non sont demeurées inaudibles pour leurs propres électeurs.
Pourtant, pour faible qu’elle soit, la variabilité des résultats n’est pas nulle. L’examen attentif des résultats suggère que le oui est plus élevé dans les villes « populaires », traditionnellement ancrées à gauche, que dans les villes « bourgeoises », orientées à droite. Deux communes de l’agglomération lilloise, aussi différentes que Wattrelos et Marcq-en-Barœul en fournissent un bon exemple. Dans la première, le oui atteint 75.1 % des suffrages exprimés, contre 67.8 % dans la seconde et 71.7 % dans le département.
Les données agrégées confirment, là encore, les données de sondage, qui mettent en évidence une plus forte pénétration du vote oui chez les électeurs se déclarant proche de la gauche plurielle que chez ceux qui se sentent proches de la droite parlementaire (tableau 1). Le niveau départemental ne permettait pas de repérer les effets de l’orientation politique de l’unité observée sur l’intensité du vote référendaire, qui est d’abord déterminée par le clivage rural/urbain. Mais, si l’on ne s’intéresse qu’aux unités urbaines, l’intensité du vote oui est alors directement fonction du vote présidentiel.
C’est en tous cas ce qu’indiquent les résultats du référendum à Paris (graphique 4). La corrélation entre le vote non et le vote Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 1995 est spectaculaire, puisqu’elle est de + 0.94. Dans les arrondissements les moins chiraquiens, le oui obtient un score proche de sa moyenne nationale. Il dépasse même les 73 % dans les IIIe, XIe, XIXe et XXe arrondissements, conquis par la gauche en juin 1995. En revanche, les arrondissements les plus à droite sont ceux où le niveau du non est le plus élevé : 38.1 % dans le VIIIe arrondissement, 39.9 % dans le XVIe arrondissement, 40.6 % dans le VIIe arrondissement. Cependant, parmi les unités urbaines de plus de 20 000 habitants, le VIIe arrondissement ne détient pas la palme du non. C’est à Versailles que celui-ci atteint, avec 40.8 %, son niveau le plus élevé. La petite Histoire retiendra donc que ce sont les Versaillais qui auront été les plus ardents défenseurs du septennat, fruit de la loi du 20 novembre 1873…
Graphique 4
Le vote non à Paris, par arrondissement, selon le niveau du vote Chirac au second tour de l’élection présidentielle de 1995
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NOTES
 
[1] Compte tenu de l’importance de l’abstention, les calculs ont été réalisés aux exprimés. Certes, ce choix prête à discussion, puisque ce scrutin a mobilisé moins d’un électeur sur trois. Il conduit à négliger le poids de l’abstention et du vote blanc ou nul dans les comparaisons menées avec des scrutins antérieurs. Néanmoins, le niveau de l’abstention est tel qu’une analyse des résultats rapportés aux inscrits aurait eu pour effet, par un fâcheux effet d’optique, de gommer les aspérités de la structure géographique du vote référendaire.
[2] Sur les effets d’échelles, cf. Frédéric Bon, Jean-Paul Cheylan, La France qui vote, Paris, Hachette, 1988 (coll. « Pluriel »). Michel Bussi, Éléments de géographie électorale à travers l’exemple de la France de l’Ouest, Mont-Saint-Aignan, Publication de l’Université de Rouen, 1998. Frédéric Girault, « Le vote comme expression territoriale des citadins », thèse de doctorat, géographie, Rouen, 2000.
[3] François Goguel, Chroniques électorales. Des scrutins politiques en France de 1945 à nos jours, tome 2, La Cinquième République du général de Gaulle, Paris, Presses de Sciences Po, 1983.
[4] Cf. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales. La théorie des réalignements revisitées, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, p. 170 et suiv. Cf., notamment, la démonstration de la note 2, p. 170. Philip E. Converse, « The Concept of a normal vote », dans S/D de Angus Campbell et al., Elections and Political order, New York, Wiley, 1966, p. 9-39.
[5] Sondage réalisé par téléphone le 23 septembre 2000. Échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales.
[6] J. Levy, « Un nouvel espace légitime », EuroPolis, The Newsletter/La Lettre, 3, 1993, p. 7.
[7] Le Monde, 26 septembre 2000.
[8] Ibid., p. 32.
[9] Nonna Mayer, « Indépendance, salariat et culture politique (1978-1997) », dans Pierre Bréchon, Annie Laurent, Pascal Perrineau (dir.), Les cultures politiques des Français, Paris, Presses de Sciences Po, 2000, p. 357-364.
[10] Jérôme Jaffré, « La victoire de Jacques Chirac et les transformations des clivages politiques », dans Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de crise. L’élection présidentielle de 1995, Paris, Département d’études politiques du Figaro et Presses de Sciences Po, 1996 (coll. « Chroniques électorales »), p. 159-178.
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[1]
Compte tenu de l’importance de l’abstention, les calculs on...
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[2]
Sur les effets d’échelles, cf. Frédéric Bon, Jean-Paul Chey...
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[3]
François Goguel, Chroniques électorales. Des scrutins polit...
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[4]
Cf. Pierre Martin, Comprendre les évolutions électorales. L...
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[5]
Sondage réalisé par téléphone le 23 septembre 2000. Échanti...
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[6]
J. Levy, « Un nouvel espace légitime », EuroPolis, The News...
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[7]
Le Monde, 26 septembre 2000. Suite de la note...
[8]
Ibid., p. 32. Suite de la note...
[9]
Nonna Mayer, « Indépendance, salariat et culture politique ...
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[10]
Jérôme Jaffré, « La victoire de Jacques Chirac et les trans...
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