2001
Revue française de science politique
Conférence
Retour à Babel
Jean Laponce
Jean Laponce est professeur de science politique aux universités de Colombie britannique et d’Ottawa. Espace est un des mots-clef de ses recherches, soit l’espace géographique qui est object de compétition et de conflit entre ethnies et entre langues (cf. The Protection of Minorities, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1960 ; Langue et territoire, Québec, Presses de l’Université Laval, 1984, traduit et révisé sous le titre Languages and their Territories, Toronto, Toronto University Press, 1987) ; soit l’espace métaphorique utilisé pour structurer nos perceptions politiques (cf. Left and Right : A Topography of Political Perceptions, Toronto, Toronto University Press, 1981). (Department of Political Science, The University of British Columbia, Vancouver, BC, V6T 1Z1 Canada <jlaponce@interchange.ubc.ca>).
La plus grande fréquence et la plus grande densité de communication, au niveau local comme au niveau mondial, ont des effets profonds sur le système des langues. De nombreuses petites langues parlées aujourd’hui ont peu de chance de passer le siècle et de grandes langues perdront, en partie du moins, le contrôle qu’elles exercent sur de hautes fonctions de communication, notamment dans le domaine du commerce et des sciences. La meilleure stratégie de protection d’une langue minoritaire est de se concentrer dans l’espace géographique, que ce soit au sein d’un État unilingue ou bien, dans le cas de nations multilingues, à l’intérieur de frontières internes de type suisse ou belge qui juxtaposent plutôt que de superposer les langues en contact. Les langues les mieux à même de résister à la pression assimilatrice de langues plus puissantes sont celles dont un gouvernement est le champion.
The language system is profoundly affected, at the local level as well as at the level of the world, by the increase in the frequency and density of communication. Many of the minor languages spoken today are not expected to survive the century and major languages will lose, at least in part, their control over higher functions of communication, notably in the fields of commerce and science. For a minority language, the best overall strategy is that of geographical concentration, either within a unilingual state or, in the case of multilingual societies, by means of internal boundaries of the Swiss and Belgian types that juxtapose rather than mix the languages in contact. The minority languages best able to resist the assimilation pressure of more powerful competitors are those having a government as their champion.
Sommes-nous sur le chemin du retour à Babel, de la Babel qui provoqua la colère divine, et ce retour est-il sans retour et sans pause ?
La réponse prendra l’aspect d’un voyage qui nous fera croiser le chemin d’une révolution que ne mentionnent aucun des manuels d’histoire ou de science politique habituellement en usage. Nous partirons de Babel, et après des incursions en psychologie, en socio-linguistique et en géographie, nous aboutirons à des prescriptions d’ordre politique et administratif.
Dieu avait négligé de surveiller ce qui se passait en terre de Shinar où les fils des hommes s’étaient donné une ville et construisaient une tour qui devait toucher le ciel. Lorsqu’enfin son attention se porta sur la cité où l’humanité s’était rassemblée, Il s’écria :
« Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue… maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté. Allons ! descendons et là confondons leur langage afin qu’ils n’entendent plus la même langue les uns des autres. Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la surface de toute la terre. »
Laissons de côté le problème théologique que pose la jalousie soudaine d’un Dieu d’abord inattentif ; laissons également de côté, pour l’instant, la question de savoir pourquoi l’Éternel agit à la manière d’un tribunal condamnant un monopole à se scinder au nom de la concurrence et de la diversité. Portons notre attention sur ce que nous apprend Babel en termes de communication et de géographie humaine
[1].
Les sciences sociales ont peu de lois. Parmi ces dernières, celle qui nous vient de Babel est des plus solides. C’est une loi modèle. Elle prédit qu’une langue unique assurera, éventuellement, l’ensemble des communications dans un système qui serait premièrement un système clos (il n’y avait plus de migration à Babel), deuxièmement un système fortement intégré (les habitants de Babel formaient un seul peuple), et troisièmement un système aux communications denses et fréquentes (les Babéliens étaient liés par un projet commun).
Remarquons que Dieu n’est pas satisfait de la seule confusion des langues. Une Babel soudain frappée de multilinguisme ne lui suffit pas. Il lui faut disperser les fils des hommes sur toute l’étendue du monde pour empêcher le retour à l’unilinguisme. Si nous divisons une communauté en parties que nous isolons les unes des autres, chacune d’elle évoluera de façon distincte, au point de devenir inintelligible au-delà de ses frontières. Les langues sont des amibes extraordinaires. Découpons-en une en morceaux et elle renaît en autant de langues que de morceaux ; remettons ensemble ce que nous avons séparé et de nouveau nous revenons à l’unité.
Autant que nous sachions, le système mondial des langues était, jusqu’à tout récemment, en état d’expansion. L’anthropolinguiste Cailleux, dont l’histoire naturelle ne porte que sur de grandes langues telles que le chinois et le latin, estime que, depuis le début de la période historique, les langues ont vécu 2 000 ans en moyenne et que, pour chaque langue disparue, deux nouvelles étaient nées
[2]. S’il avait pu tenir compte des petites langues, par exemple les 700 langues parlées en Nouvelle-Guinée, le taux de fertilité eut été encore plus positif.
Mais une révolution s’est produite. Une courbe ascendante, vieille comme l’humanité sans doute, vient d’être renversée. Les rapports ethnographiques venus de tous les continents nous confirment que les langues disparaissent plus rapidement qu’elles ne naissent
[3]. Nous ne saurions bien sûr dater avec précision ce changement de direction. Au risque de trop simplifier, situons-le entre les deux dernières guerres mondiales, à l’époque où Valéry écrivait que l’ère du monde fini avait commencé
[4], époque que nous disons maintenant être celle de la mondialisation et qu’en termes mathématiques nous pourrions décrire comme la transformation d’un ensemble en système.
À ce point de notre voyage, notons une contradiction apparente dans notre lecture de Babel appliquée à la période contemporaine. Babel était une cité fermée. L’humanité entière, celle du moins dont Dieu s’occupait, s’y trouvait là. Or la cité moderne est une cité aux portes grandes ouvertes, il est vrai. C’est une Babel d’un nouveau type qui n’a pas besoin, comme l’ancienne, de fermer ses portes pour assimiler les nouveaux venus car il faut que ces derniers aillent à l’école et il leur faut parler en travaillant plutôt que de passer leur temps à soulever ou pousser des choses en silence accablé.
Prenons Toronto comme exemple de Babel moderne. Les statistiques historiques du recensement indiquent que les langues minoritaires se maintiennent fort bien. L’allemand, l’italien, l’ukrainien y sont parlées aujourd’hui comme il y a des décennies, parfois même plus fréquemment. Mais cette stabilité des statistiques globales cache le fait que les anciens venus, ou du moins leurs descendants, ont été assimilés et que leurs remplaçants ont déjà pris le même chemin. À la troisième génération, les immigrants d’origine allemande, italienne, et ukrainienne interviewés par Raymond Breton à la fin des années 1980 donnaient l’anglais comme langue maternelle dans des proportions allant de 88 % chez les Ukrainiens à 99 % chez les Allemands
[5]. Les grands-parents désirant converser avec leurs petits-enfants dans la langue ancestrale ne pouvaient le faire que dans 15 % des cas. Lors même que la nouvelle Babel se drape de multiculturalisme, elle reste Babel. Karl Deutsch
[6] dirait que le taux d’assimilation (notamment par l’école, le travail, et l’exogamie) surpasse facilement le taux de mobilisation (au sens d’entrée dans le système social, économique, culturel, et politique).
Le système mondial des langues
[7] fait songer à une poupée russe : l’anglais est la grande reine internationale qui englobe de petites reines nationales qui, à leur tour, englobent des Babels de moindre importance. Dans cette hiérarchie, chaque Babel, loin de protéger les langues les plus faibles, tend à les détruire, sinon totalement, du moins jusqu’à les affaiblir assez pour inviter, lorsqu’elles sont moribondes, à les revitaliser quelque peu avant de les ranger au musée.
À supposer que nous le désirions, y a-t-il moyen d’enrayer ce retour à Babel ? Oui, dans certains cas, non, dans la plupart des situations où se font sentir les effets de la mondialisation, et aussi, paradoxalement, les effets de la démocratie inclusive.
Le retour à Babel est conforté par les effets de la loi du contact inévitable et par les effets pervers d’un mécanisme social de type « je t’aime, je t’étouffe ».
L’homme cherche l’homme. Le besoin de contact social est irrépressible. Ce contact, une fois établi, est toujours maintenu. Combien d’explorateurs, ayant découvert un peuple inconnu, sont-ils revenus pour dire : « Ce sont des brutes, laissons-les à leur bestialité » ou encore « Ils ont des manières exquises, surtout ne troublons pas leur isolement » ? Et si jamais un explorateur a dit cela, ses collègues se devaient d’aller vérifier un tel dire, en compagnie de tierces parties aux intérêts divers.
L’image d’un village-monde est souvent utilisée pour décrire l’accroissement, proprement phénoménal, des moyens de communication planétaire. Image charmante qui rassure par son évocation du traditionnel pour exprimer le nouveau. Mais ce nouveau village n’est pas tant un village de villageois qu’un village de systèmes de communications indifférents à ce que font ou pensent les gens du village. Dans le cas des langues, ce nouveau village est en fait, le plus souvent, une jungle où la plupart d’entre elles devrait bientôt mourir.
Combien de langues sont parlées dans le monde ? L’estimation varie entre 2 000 et 7 000
[8], dont rarement plus de cinquante sont pensées, sinon parlées, lors des congrès internationaux d’universitaires en sciences sociales. Nombreuses sont les langues en voie de disparition. Au Canada, quinze langues aborigènes sont proches de l’extinction, douze ont très peu de chances de survie à moyen terme ; seules quelques-unes, notamment le
cri, l’
ojibway, et l’
inuktitut, ont un nombre suffisant de locuteurs, l’isolement et la concentration géographique nécessaires pour avoir de bonnes chances de survie. Mais, même dans ces trois derniers cas, il faudra à ces langues, pour survivre, s’appuyer sur l’anglais afin d’atteindre, tant bien que mal, la fin du siècle commencé
[9].
Si la Papouasie-Nouvelle-Guinée se modernise et s’industrialise, conservera-t-elle ses 700 langues ? Peut-être pour un temps, sous l’aspect de ce qu’il était convenu d’appeler « langue de cuisine », terme injustement dérogatoire puisque, dans le passé, bien des langues ont dû leur survie et leur renaissance à la cuisine et à la mère. Si la modernité signifie non seulement l’accroissement de la densité de communications mais aussi une plus grande pénétration du domaine public dans le domaine privé, et si la mère au travail remplace la mère au foyer, alors un vieux mécanisme anti-babélien aura disparu et l’archipel perdra ses langues plus rapidement que l’Europe des siècles passés.
La loi du contact inévitable pousse au retour rapide à Babel lorsqu’une langue dominatrice est si puissante qu’elle assume l’ensemble des rôles sociaux. Elle pousse au bilinguisme
[10] lorsqu’elle ne prend la gouverne que de quelques-uns seulement de ces rôles. La modernité menace donc surtout les petites langues non standardisées qui sont porteuses de cultures aborigènes minoritaires.
Le facteur « je t’aime, je t’étouffe » hâte, dans la cité moderne, la mise hors jeu même de grandes langues standardisées lorsqu’elles sont de trop faible envergure sociale. Prenons comme exemple les conséquences du mariage au Canada.
Supposons qu’une femme ontarienne de langue maternelle française ait le choix d’épouser l’un de trois prétendants : le premier de même langue qu’elle, le second de langue maternelle anglaise, le troisième étant ce qu’il est convenu d’appeler au Canada – le terme est révélateur – un « allophone ». Une fois mariée, quelles seront ses chances de parler habituellement le français au foyer ? Environ 85 %, selon les statistiques du recensement, si elle épouse le premier, moins de 20 % si elle épouse l’un des deux autres
[11]. Notons que dans le premier cas il y a déjà, par rapport au niveau de rétention maximum, un écart de 15 % qui mesure essentiellement, nous pouvons le présumer, la pénétration du domaine public anglophone dans le domaine familial.
Dans les deux cas d’exogamie linguistique, on se demandera pourquoi les époux ne parlent pas habituellement au foyer les deux langues jointes par le mariage. Pourquoi ne suivent-ils pas le conseil de Goethe qui déclarait qu’avoir deux langues c’était être homme deux fois.
Quelques familles suivent ce conseil au grand bénéfice et à la grande contrariété de leurs enfants. Mais elles sont une minorité. Utiliser deux langues réduit l’efficacité de la communication et n’est pas, pour la plupart des individus, aussi enrichissant que Goethe le suggère. La gêne apparaît surtout lorsque l’association des deux langues conduit au bilinguisme passif qui veut que chacun des locuteurs utilise sa propre langue, ce qui impose le codage et le décodage dans des langues différentes. L’effet est paralysant. Cela équivaut à se parler, à soi, en traduction, en version doublée ; c’est comme si l’on jouait d’une main au tennis et de l’autre au badminton. La plupart des Canadiens, ayant à choisir entre une conversation bilingue et unilingue se rangent du côté de ce citoyen mythique des Prairies profondes qui, non convaincu des avantages du bilinguisme officiel, s’en remettait au bon sens : l’anglais ayant suffi à Jésus-Christ, il s’en contenterait lui aussi. Un personnage de Queneau partage cet avis, qui se demande pourquoi, sachant déjà qu’un escargot est un escargot, il lui faudrait aussi savoir que c’est un snail.
S’il nous faut appeler l’escargot
snail, ce n’est pas qu’il y ait à cela quelque avantage sémantique ou psychologique, c’est que l’environnement social nous l’impose
[12]. Or, dans la mesure où la complication est assortie de coûts d’acquisition et de rétention, la plupart des individus, s’ils en ont le choix, préféreront un environnement unilingue. Du point de vue neuropsychologique, nous sommes équipés pour apprendre, emmagasiner et utiliser plus d’une langue, surtout si nous les apprenons dans l’enfance ; mais nous sommes ainsi faits que nous opérons avec plus d’efficacité dans l’une d’entre elles.
Les conséquences de cette plus grande efficacité sont considérables dans les sociétés industrielles et démocratiques contemporaines, dont le type se répand sur l’ensemble de la planète. Dans une société paysanne traditionnelle, les gouvernants peuvent fort bien gouverner par le relais d’intermédiaires bilingues parlant la langue locale
[13], surtout si la grande majorité des habitants peuvent se passer de savoir lire et écrire, et peuvent même être si avares de parole qu’ils ne la prennent que de temps en temps. Dans une société moderne, ces individus sont obligés de savoir lire et écrire ; il leur sera demandé de parler fréquemment et, en outre, il leur faudra comprendre ceux qui les gouvernent sous peine de souffrir deux des plus graves déficits démocratiques : celui de compréhension et celui d’identification. Il n’est donc pas surprenant que les problèmes et conflits linguistiques aient un aspect essentiellement moderne, au contraire des conflits religieux qui paraissent démodés. Pour reprendre McLuhan, nos désaccords portent maintenant souvent sur le contenant alors qu’ils portaient autrefois sur le contenu.
Afin de minimiser les coûts de transfert d’une langue à une autre, et de minimiser les conflits linguistiques, la société – sous l’effet de nombreuse décisions individuelles concernant le choix d’un époux, d’un ami, d’une école, d’un lieu de travail, d’une église, d’un médecin ou d’un épicier – concentre ses langues, s’il y a liberté de mouvement, dans l’espace géographique. Cette concentration, nous y reviendrons, est la meilleure défense d’une langue minoritaire. De petites Babels peuvent ainsi éviter ou retarder le retour à une plus grande.
À ce point de notre parcours, considérons deux types de contacts entre langues : l’un ponctuel, l’autre global.
Le contact global est fréquent lorsque des langues cohabitent dans un même État et sont étroitement imbriquées au niveau du territoire. C’est le cas, par exemple, du contact entre le breton et le français en France ; entre le gallois et l’anglais au Royaume-Uni ; entre le suédois et le finnois en Finlande, et, à un moindre degré, entre le français et l’anglais au Canada. Le contact est ponctuel lorsque seuls quelques rôles sociaux sont impliqués. Par exemple, le contact entre le latin et la langue vulgaire dans l’église catholique, ou le contact entre le finnois et l’anglais à Helsinki.
Lorsque le contact est restreint à quelques hautes fonctions de communication, le risque est mince qu’une langue étrangère ayant pris le contrôle de ces fonctions, s’étende à l’ensemble des autres fonctions sociales ; des mesures anti-Babel peuvent cependant s’imposer si l’on désire protéger la langue devenue partiellement minoritaire.
Illustrons le cas du contact ponctuel à l’aide de l’anglais, la plus puissante des langues universelles que le monde ait connues
[14], et dont la puissance ne tient nullement à quelque supériorité sémantique ou grammaticale, pas plus qu’au nombre de ses locuteurs (bien que ce soit un atout non négligeable), mais essentiellement à des facteurs économiques et politiques. Ces facteurs, le maréchal Lyautey les identifiait fort bien lorsqu’il disait qu’une langue est un dialecte possédant une armée et une marine. L’anglais, entraîné par l’Angleterre d’abord, les États-Unis ensuite, mène le retour à Babel, du moins le retour partiel, pour la construction d’une nouvelle tour que l’optimiste pense mettre au service de la connaissance et de la prospérité, dans une cité-monde où le sceptique voit une tombe plutôt qu’un berceau.
L’anglais est devenu un espéranto que Zamenhof n’avait pas envisagé, un espéranto d’autant plus attrayant qu’il offre des dividendes bien supérieurs à ceux que pourraient produire une langue artificielle. Dans un avenir prévisible, l’anglais est donc sans rival comme langue universelle. Qu’il me suffise de donner quelques mesures de sa domination, de noter certains des problèmes qui en résultent et de proposer des remèdes à l’aide de deux exemples : l’un emprunté à la chimie, l’autre à la science politique.
Chaque année paraissent maintenant plus d’un demi-million d’articles de chimie recensés par les
Chemical Abstracts qui nous apprennent que cette science s’exprime dans 70 langues différentes
[15]. Le recensement est si complet qu’il relève un article publié en gallois en 1985, et deux articles publiés en espéranto en 1998. Il y a vingt ans, 60 % des articles étaient écrits en anglais ; en 1998, le pourcentage était passé à 80. Les trois langues concurrentes les plus proches – le russe, le japonais, et le chinois – avaient chacune, en 1998, environ 5 % de part de marché. L’allemand en avait 1,5 %, le français 0,5 %, le polonais 0,3 %, et les autres langues 1,7 %. Si l’on espère un prix Nobel, le message est clair : à toutes fins utiles, l’anglais est la langue de la chimie. À tel point que les « bons » pourcentages du russe, du chinois et du japonais, par rapport au français et à l’allemand, sont vraisemblablement des indices de faiblesse, d’un manque à utiliser la « bonne » langue.
L’exemple de la science politique est anecdotique mais non moins révélateur. Dans les années 1970, il était encore possible qu’un président de l’Association internationale de science politique fût compris de tous lorsqu’il utilisait alternativement le français et l’anglais dans sa présentation et son résumé des différentes parties de l’ordre du jour d’un comité directeur où une quinzaine de pays étaient représentés. Cela n’est plus possible. Comme d’autres associations internationales, l’AISP fait des efforts coûteux pour maintenir une façade bilingue, mais c’est un combat d’arrière-garde dont les bénéfices sont de moins en moins évidents.
Faut-il regretter l’unilinguisme de la chimie et le bilinguisme de politesse de l’AISP ? Qu’on le regrette ou non, la situation est irréversible. Encourager les chimistes allemands à publier en allemand, les universitaires francophones à parler français aux réunions d’organes dirigeants d’institutions internationales serait aussi dysfonctionnel qu’encourager des avocats au mutisme.
La perte d’influence d’une langue qui voit lui échapper le contrôle d’une haute fonction de communication n’est pas sans remèdes. Dans certains cas, la situation peut même tourner à l’avantage du minoritaire, à condition d’éviter l’erreur du pot de terre de la fable.
Mais avant de passer à La Fontaine, notons un effet habituel du contact entre langues qui mène le groupe le plus puissant à se décharger sur le plus faible des coûts d’acquisition et d’entretien de deux langues, alors que lui, le dominant, économise et reste unilingue. Les Anglophones du Canada acquièrent le français plus rarement que les francophones n’apprennent l’anglais ; les Allemands apprennent l’anglais plus fréquemment que les Anglais n’apprennent l’allemand ; les Japonais savent lire l’anglais plus souvent que les Australiens ne savent lire le japonais. Il y a des exceptions. Les Suisses alémaniques connaissent le français plus fréquemment que les Suisses romands ne connaissent l’allemand
[16], et, dans la Bolivie des premiers temps de la Conquête, les Espagnols assumaient les frais du bilinguisme. Ce sont là des exceptions qui confirment la règle. Dans le cas de la Suisse, l’acquisition par un Romand de la langue allemande est plus coûteux que l’acquisition du français pour un Alémanique ; en effet si les parlers locaux ont pratiquement disparu de la Suisse francophone, les parlers allemands régionaux et l’allemand littéraire continuent de cohabiter, chacun couvrant des fonctions sociales différentes. Dans le cas de la Bolivie, le conquérant avait interdit aux indigènes d’accéder à l’espagnol, jugé trop noble pour être partagé.
Cette répartition inégale des coûts du bilinguisme nous donne la clef d’une stratégie défensive qui, pour évidente qu’elle soit, n’est pas aussi souvent employée qu’elle le devrait ; c’est la stratégie que nous suggère la fable du pot de fer et du pot de terre. Le pot de fer avait proposé à son ami le pot de terre de faire voyage ensemble. Ce dernier avait hésité, faisant remarquer sa faiblesse. « Je te protègerai » lui avait dit son ami. Hélas, en chemin, ils butèrent l’un contre l’autre. À éviter le contact, on eut obtenu une fin de parcours deux fois plus riche en poterie !
Dans le cas qui nous occupe, la stratégie gagnante d’une langue minoritaire ne consiste pas à se replier sur elle-même, à rester chez soi comme le pot de terre était tenté de le faire. Nous venons de le dire : le plus faible doit souvent acquérir la langue du plus fort et, de préférence, la langue la plus forte, afin de faciliter la communication vers l’extérieur. La stratégie gagnante consiste à voyager et à rester chez soi, d’avoir pot de terre et pot de fer à sa disposition. Il est rationnel que le chimiste allemand publie en anglais mais utilise sa langue maternelle, où il est le plus à l’aise, pour l’enseignement, les séminaires et autres stades de la recherche précédant la publication. Autrement dit, il est sage de faire de la diglossie en spécialisant chaque langue dans le domaine où elle est la plus performante, et donc d’éviter le contact entre langues. Il faut faire du bilinguisme de juxtaposition plutôt que du bilinguisme de superposition.
Dans le cas d’institutions ou d’associations internationales – telles que les associations de chercheurs en sociologie, psychologie ou science politique – la stratégie perdante consiste, du point de vue de la langue minoritaire, à encourager le mélange des langues dans les mêmes cadres de prise de parole. En l’absence de traduction immédiate – qui est rarement de qualité – le mélange des langues est au désavantage inévitable de la langue la plus faible. L’alternative, à laquelle on n’a pas suffisamment recours, consiste à donner à la langue la plus faible des terrains d’utilisation réservés. Telle association qui est une fédération d’États ou d’universités pourrait devenir une fédération de langues, chaque langue ayant, lors d’un congrès par exemple, les portions de temps que justifierait la demande. Dans ce cas, le minoritaire bilingue aurait des possibilités de parole et d’écoute plus vastes que l’unilingue du groupe dominant. Goethe aurait alors raison : le bilingue aurait double avantage. Pourquoi mélangeons-nous les langues plus souvent qu’il n’est nécessaire ? Pourquoi les traiter comme si elles étaient des plantes différentes qui poussent bien sur un même sol ? Pourquoi sommes-nous si souvent de mauvais jardiniers ?
Est-ce parce que le mélange des langues est à l’avantage de la langue du groupe dominant ? Oui, certainement dans le cas de systèmes politiques qui traduisent les intérêts divergents de groupes situés à divers niveaux dans la hiérarchie du pouvoir. Mais l’égoïsme n’est pas la seule explication. Il faut aussi tenir compte de la psychologie de la norme sur laquelle nous reviendrons lorsque nous distinguerons les langues de type main gauche des langues droitières.
Auparavant, revenons sur le cas qui nous reste à développer, celui du contact global qui résulte du mélange géographique et social de deux langues, où la langue dominante fait pression éliminatoire sur l’ensemble des rôles individuels. La pression de l’anglais sur le français en Ontario et même au Québec est d’un tout autre ordre de grandeur que sa pression sur le français en France.
Dans des situations de contact global, à l’époque de la communication dense et rapide, la langue minoritaire n’a que peu de stratégies défensives à sa disposition. La seule qui ait des chances d’être efficace à long terme consiste à concentrer la langue en danger dans l’espace géographique
[17].
Comment parvenir à cette territorialisation dans une société démocratique qui ne peut pas contrôler le choix de résidence des individus ? On peut imposer une langue officielle unique comme l’a fait la France, d’abord dans ses lois, et ensuite dans sa constitution lorsqu’elle a anticipé une Europe plus intégrée. On peut se dégager par l’indépendance d’un système politique bilingue qu’on ne contrôle pas, comme cherche à le faire le Parti québécois et comme l’ont fait les républiques périphériques de l’Union soviétique. Mais la territorialisation sécurisante peut aussi s’obtenir, au sein d’un État, au moyen de frontières linguistiques rigides comme en Suisse et en Belgique
[18].
Les gouvernements suisses, fédéral et cantonaux, disent à leurs citoyens : vous êtes libres de circuler, de vous établir où vous le désirez, mais votre langue n’a pas une telle liberté ; les frontières internes qui séparent l’allemand, le français et l’italien vous laissent passer, vous, les vôtres et vos biens ; mais au-delà de cette frontière, qui manque souvent de repères visibles, il vous faut changer de langue, sinon en privé bien sûr, du moins dans le domaine public et notamment celui de l’école. Il est à prévoir que ce modèle suisse sera aussi celui de l’Union européenne.
Dans le cas des langues qui ne se prêtent pas à la concentration territoriale, la réduction des distances qu’opèrent les nouvelles techniques de communication à faible coût peuvent servir de pis aller. Le Net est utilisé par des diasporas désireuses de maintenir le contact avec un lieu d’origine ou bien de créer une communauté virtuelle décentrée. Cependant, les nouvelles technologies, qui facilitent le regroupement de ce qui est dispersé, en facilitent aussi la pénétration à partir de l’extérieur. Malgré la réduction récente de l’avantage pris au départ par les pays de langue anglaise, le Net est toujours, sur la scène internationale, une autoroute anglaise. Une étude de l’OECD datant de 1999 indique que 80 % des sites sont en anglais et que les concurrents les plus proches, le japonais et l’allemand, ne comptent chacun que pour 2 %. Dans le cas des sites sécurisés, que l’on utilise surtout pour les transactions commerciales, la dominance de la langue mondiale est encore plus prononcée ; elle atteint 90 %
[19].
Une autre stratégie défensive, sur laquelle l’économiste Van Parijs attire notre attention, consiste à adapter les politiques étatiques portant sur les traitements, la fiscalité et le bien-être
– salaires, pensions, impôts par exemple – afin de retenir les élites qui, en tant que telles, ont dû acquérir la
linguafranca du monde et sont ainsi plus facilement tentées par l’immigration
[20].
Concluons en deux temps, le premier étant consacré aux langues gauchères et droitières.
Comme les individus, les langues droitières ne se rendent pas compte ou du moins oublient facilement qu’elles sont droitières ; elles oublient même qu’elles sont des langues. Si je suis unilingue et que je parle une langue dominante, je pense tout naturellement que si le hasard avait voulu que je parle une autre langue, je serais toujours la même personne. À l’inverse, conscient que sa langue est en situation d’infériorité, le minoritaire se soucie d’elle plus souvent et se lie à elle plus étroitement. Le contact entre langue dominante et langue minoritaire est alors un contact entre deux types de personnalité qui ont du mal à se comprendre : la personnalité généralisée et la personnalité spécifique
[21]. La première n’associe pas le soi à des traits particuliers alors que la seconde a du mal à ne pas le faire. Chacune a ses recettes politiques propres. La langue de droite pense la démocratie linguistique en termes de droits universels partout transportables, et elle privilégie le bilinguisme du mélange par libre concurrence. La langue de gauche, de son côté, pense la démocratie en termes de droits collectifs et de frontières linguistiques.
Dans le dernier temps de notre conclusion, revenons à la question initiale. Sommes-nous sur le chemin du retour à Babel ? « oui » dans la mesure où les langues les plus faibles vont mourir de plus en plus rapidement et dans la mesure où le taux de reproduction restera négatif ; « oui et non » dans la mesure où la conquête de quelques-unes seulement des hautes fonctions de communication par des langues puissantes, surtout par l’anglais, mène à une Babel de fonctions mais non d’individus et de ce fait pousse au bilingisme de type diglossique.
La différence d’effet entre retour et non-retour vers Babel, et s’il y a retour, entre retour partiel et retour complet, dépend en grande partie du type de contact entre langues concurrentes (spécifique ou global). Elle dépend aussi de la nature du système (ouvert ou fermé) où se fait le contact ; elle dépend plus précisément du mélange approprié d’ouverture et de protection. Dans la gestion de la politique linguistique, l’État, dont on dit qu’il disparaît, jouera un rôle de plus en plus significatif car il lui faudra arbitrer les demandes contradictoires d’ouverture et de sécurité. De ce fait, les problèmes de langue continueront de conforter les gouvernements contemporains dans leur rôle de protecteur de la culture.
Les langues et les communautés linguistiques les mieux à même de gérer l’effet Babel sont celles dont un gouvernement sera le champion
[*].
[1]
J. A. Laponce, « Canada, Switzerland, and Talcott Parsons »,
Queen’s Quarterly, 99 (2), été 1992, p. 267-279.
[2]
A. Cailleux, « L’évolution du langage »,
Société préhistorique française, 9, 1953, p. 325-340.
[3]
Sur le déclin et la mortalité des langues, cf. W. Dresler, R. Wodak-Leodolter, « Language Death »,
International Journal of the Sociology of Language, numéro spécial, 1, 1977. Des statistiques mesurant la vitalité linguistique sont offertes par G. D. McConnell et J. D. Gendron,
Atlas international de la vitalité linguistique, vol. 1 :
Langues constitutionnelles de l’Inde, vol. 2 :
Europe occidentale, vol. 3 :
Afrique occidentale, vol. 4 :
Chine, Québec, CIRAL, Presses de l’Université Laval, 1993-1998. Cf. en particulier le volume 2 qui traite des petites langues européennes. Sur l’Inde, cf. R. R. Mehrotra « Endangered Languages in India »,
International Journal of the Sociology of Language, 1999, p. 105-114 ; sur l’Afrique, cf. l’article de Roland Breton dans le numéro spécial de
Terminogramme dirigé par Jacques Maurais (à paraître en 2001). Sur le regain de vitalité de langues en déclin, cf. J. Fishman,
Reversing Language Shift, Clevedon, Multilingual Matters, 1999 ; F. Grin, « The Relevance of Thresholds in Language Shift and Reverse Language Shift »,
Journal of Multilingual and Multicultural Development, 1993, p. 375-392 ; F. Grin, F. Vaillancourt,
The Cost-Effectiveness Evaluation of Minority Language Policies : Case Studies on Wales. Ireland, and the Basque Country, Flensburg, European Center for Minority Issues, 1999.
[4]
Paul Valéry,
Regards sur le monde actuel, Paris, Gallimard, 1945.
[5]
Raymond Breton,
Ethnic Identity and Equality, Toronto, Toronto University Press, 1990.
[6]
Karl Deutsch,
Nationalism and Social Communication, New York, Wiley, 1953.
[7]
A. De Swaan, « The Emergent World Language System »,
International Political Science Review, numéro spécial, 3, 1993.
[8]
Ferguson estime que le nombre de langues parlées dans le monde se situe entre 5 000 et 7 000 ; Barrett donne le chiffre de 7 000 ; Mackey de 6 000. Parmi les estimations très inférieures, cf. celles de Muller (2 500) et de Breton (3 000 réparties sur 12 000 groupes ethnolinguistiques). Cf. C. A. Ferguson, « On Linguistic Information »,
Language and Linguistics, 1964, p. 201-208 ; A. Barrett,
World Christian Encyclopedia, Oxford, Oxford University Press, 1982 ; W. Mackey, « Prolégomènes à l’analyse de la dynamique des langues », communication présentée au congrès de l’Association canadienne française pour l’avancement des sciences (ACFAS) de juin 2000 ; S. H. Muller,
The World’s Living Languages, New York, Ungar, 1959 ; Roland Breton,
Géographie des langues, Paris, PUF, 1976. Distinguer les langues pose problème. Entre la compréhension mutuelle et l’incompréhension, le champ est vaste. Des considérations politiques et nationales interfèrent. Le slovaque et le tchèque sont donnés comme langues différentes bien que plus proches l’une de l’autre que l’anglais d’Oxford et celui du Bronx.
[9]
Des statistiques portant sur les langues aborigènes du Canada sont données par C. R. Foster, « Canada’s Indigeneous Languages : Present and Future »,
Language and Society, 1982, p. 7-12.
[10]
En accord avec la pratique habituelle, je dis simplement « bilingue » pour n’avoir pas à répéter « bilingue ou multilingue ». Les typologies du bilinguisme sont abondantes. Cf. les guides et analyses de J. Fishman, « Bilingualism With and Without Diglossia ; Diglossia With or Without Bilingualism »,
Journal of Social Issues, 1967, p. 29-38 ; J. A. Laponce,
Langue et territoire, Québec, Presses de l’Université Laval, 1984 ; traduction après révision :
Languages and their Territories, Toronto, Toronto University Press, 1987 ; J. Edwards,
Multilingualism, Londres, Routledge, 1994 ; W. Mackey, « Bilingualism and Multilingualism », dans U. Ammon, N. Dittmar, K. Mattheier (eds),
Sociolinguistics, Berlin, Walter de Gruyter, 2
e éd., à paraître en 2001.
[11]
Des statistiques détaillées sont données par J. A. Laponce, « The Case for Ethnic Federalism in Multilingual Societies : Canada’s Regional Imperative »,
Regional Politics and Policy, 1993, p. 24-43. Ces statistiques, tirées du recensement de 1981, ont été obtenues, au niveau de l’individu et de la famille, à partir de données ordinolingues mises à la disposition de l’université de la Colombie britannique. Carole Pateman me fait observer que la domination linguistique peut être un effet de la domination maritale. C’est probable, mais l’effet de la patriarchie paraît bien moins fort que l’effet « langue socialement dominante » : en effet, les statistiques indiquent que le mari « allophone » n’impose pas sa langue dans la famille, et qu’au Québec, une femme dont la langue maternelle est l’anglais et qui épouse une personne de langue maternelle française conserve l’anglais comme langue au foyer dans 55 % des cas contre 15 % en Ontario pour la femme exogame de langue maternelle française.
[12]
Le seul avantage psychologique notable en ce cas (autre que social et culturel) tient à l’effet dit de Leopold, qui prédit que le jeune enfant bilingue détache, mieux que l’unilingue, le signifiant du signifié. Cf. W. F. Leopold,
Speech Development in a Bilingual Child : a Linguistic Record, Evanston, Northwestern University Press, 1933-1949, 4 vol. ; J. A. Laponce,
Langue et territoire,
op. cit. ; cf. aussi les chapitres pertinents de l’encyclopédie d’Ulrich Ammon
et al.,
Sociolinguistics,
op. cit.
[13]
William Mackey relève l’exception suivante. La première grammaire espagnole aurait été commanditée par les souverains espagnols qui désiraient pouvoir s’adresser eux-mêmes directement à leurs sujets. Cf. W. F. Mackey, « The Foundations », dans J. Edwards (ed.),
Language in Canada, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 13-35.
[14]
Sur la diffusion de l’anglais, cf. J. Fishman, R. Cooper, A. Conrad,
The Spread of English, Rowley, Newbury, 1975 ; G. D. McConnell, B. Roberge,
Atlas international de la diffusion de l’anglais et du français : l’enseignement, Québec, CIRAL, Presses de l’Université Laval, 1993-1998. Le triomphe de cette langue n’est pas exempt de coût pour les personnes de langue maternelle anglaise dont les efforts de compréhension sont mis à mal par les accents et structures aberrantes de l’anglais-espéranto.
[15]
Je remercie les
Chemical Abstracts d’avoir bien voulu me procurer ces statistiques annuelles.
[16]
U. Dümüller,
Swiss Mulilingualism and Intranational Communication, Bern, University of Bern, English Department, 1990.
[17]
Sur les avantages du « principe de territorialité » par rapport au « principe de personnalité », cf. K. McRae, « The Principle of Territoriality and the Principle of Personnality in Multilingual States »,
Linguistics, 1975, p. 33-54 ; J. A. Laponce,
The Protection of Minorities, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1960 ;
Langue et territoire,
op. cit. Cf. aussi B. Weinreich,
Languages in Contact, The Hague, Mouton, 1968. La revitalisation de langues dispersées n’est pas impossible mais requiert des efforts et des coûts supplémentaires, cf. Grin et Vaillancourt,
The Cost-Effectiveness Evaluation…,
op. cit.
[18]
La réglementation des langues en Suisse et en Belgique est décrite par K. McRae,
Conflict and Compromise in Multilingual Societies : Switzerland, Waterloo, Waterloo University Press, 1984 ; K. McRae,
Conflict and Compromise in Multilingual Societies : Belgium, Warterloo, Waterloo University Press, 1986. Sur la comparaison du Canada et de la Suisse, cf. J. Laponce, « Canada, Switzerland… », art. cité. Sur la Belgique, cf. la mise à jour de F. Delpérée, « Le fédéralisme, forme d’adaptation de l’État-nation : le cas de la Belgique », dans C. Philip, P. Soldatos (dir.),
Au-delà de l’État-nation, Bruxelles, Bruylant, 1996, p. 140-158.
[19]
Economist, 15 mai, 2000. La même étude mesure cependant la dominance des langues nationales au sein des frontières des États. La plupart des sites non sécurisés traitant de questions internes opèrent dans une langue officielle dans le pays concerné.
[20]
P. Van Parijs, « The Ground Floor of the World : On the Socio-economic Consequences of Linguistic Globalization »,
International Political Science Review, 2000, p. 217-234.
[21]
Sur la distinction entre ces deux types de personnalité, cf. S. Arieti,
The Intrapsychic Self, New York, Basic Books, 1967. Une vérification empirique, faite à Ottawa auprès d’étudiants de science politique, montre que les locuteurs de langue minoritaire attachent plus d’importance à leur langue que ne le font les locuteurs de langue majoritaire. Cf. F. P. Gingras, J. Laponce, « À la recherche des représentations d’appartenance », dans M. Potvin, B. Fournier, Y. Couture (dir.),
L’individu et le citoyen dans la société, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2000, p. 14-184.
[*]
Cet article a été publié en anglais dans le numéro de juin 2001 de
Social Science Information. Je remercie la directrice de cette revue, Anne Rocha Perazzo, et les Éditions Sage Ltd, d’avoir donné leur accord à la publication de cette traduction. Le texte fut d’abord présenté au congrès de l’Association internationale de science politique de juillet 2000 à Québec dans le cadre de la conférence Karl Deutsch qui honore la mémoire d’un maître de la recherche interdisciplinaire. Je remercie vivement Carole Pateman, Jean Leca, et William Mackey de leurs commentaires et de leurs suggestions.