2001
Revue française de science politique
Informations bibliographiques
Informations bibliographiques
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Généralités, méthodologie
CORCUFF (Philippe) – Philosophie politique. – Paris, Nathan, 2000. 18 cm, 128 p. Bibliogr. (Nathan Université. 128)
L’écueil majeur d’un tel titre rapporté à un tel format eut été la superficialité d’un propos généralisateur à outrance. Ph. C. y échappe fort heureusement. Il choisit en effet d’introduire cette discipline en la reliant à la « vie quotidienne », et montre quels repères sur certaines questions fondamentales peuvent nous donner les auteurs de philosophie politique. Trois problèmes, déjà très ambitieux, sont ici mis en débat chronologique entre ces auteurs : le passage de la nature à la « cité » (qui se révèle être l’obsession de tout l’ouvrage), l’articulation entre l’existence de la domination et l’impératif de justice, la tendance à la déconstruction et au relativisme au sein de la philosophie politique contemporaine. Mais à l’encontre de tout « essentialisme » de ces questions qui scandent la discipline, Ph. C. suggère de substituer à la dichotomie entre le Même et l’Autre la logique de l’Analogue qui fait toute la pertinence de la philosophie politique en ramenant les auteurs dans l’actualité des préoccupations (avortement, luttes sociales, etc.). Il pose enfin les termes d’une réconciliation entre philosophie politique et sciences sociales, par une réfutation de la posture élaborée dans les années 1980, trop peu soucieuse des exigences critiques du travail philosophique.
CURAPP – Les méthodes au concret. Démarches, formes de l’expérience et terrains d’investigation en science politique. – Paris, PUF, 2000. 24 cm, 326 p. Notes bibliogr.
Les méthodes d’investigation en science politique sont ici déclinées en fonction du terrain, loin des propos généraux de méthodologie qui pèchent à force d’être déconnectés des terrains concrets de recherche. L’épistémologie est ainsi sciemment négligée au profit d’un bilan sur quelques outils d’analyse et approches. L’ouvrage développe dès lors deux séries de contributions : l’une sur des expériences personnelles, des « façons de faire » qui articulent une sociologie des pratiques ; l’autre série expose quelques approches théoriques et champs disciplinaires. L’ensemble de ces contributions permet de dégager certaines idées-forces : la complémentarité, voire le nécessaire croisement des méthodes, l’acquisition d’un savoir-faire lié à l’expérience et l’importance de l’intuition. Le travail de recherche devient ainsi une réflexion permanente sur la rigueur de la démarche de recherche et la subtilité de l’interprétation et de l’adaptation à ce qui reste central : le terrain de l’investigation.
HUBAND (Mark) – Warriors of the Prophet. The Struggle for Islam. – Boulder, Westview Press, 1998. 24 cm, 196 p. Index.
Cet essai de dédiabolisation de l’islamisme politique s’aventure sur des terrains aussi variés que l’Algérie et l’Afghanistan, l’Égypte et la Somalie, le Maroc et le Soudan, ou le Moyen-Orient en général. M. H. y prend le contre-pied du préjugé de S. Huntington sur une prétendue « muslim conflict propensity », représentative, selon lui, du « regard figé, régressif ou fanatique » de l’Occident sur le monde musulman. Alliant la mémoire de l’historien à l’observation du journaliste, il propose son explication d’un « renouveau » islamique dont les limites apparaissent aujourd’hui assez évidentes.
KYMLICKA (Will), NORMAN (Wayne) eds – Citizenship in Diverse Societies. – Oxford, Oxford University Press, 1999. 24 cm, XII-444 p. Bibliogr. Index.
Est-il possible dans une société moderne et pluraliste de promouvoir un cadre commun pour la citoyenneté qui, dans le même temps, accommode et respecte la diversité ethnoculturelle ? Cet ouvrage propose d’explorer les différents terrains d’exercice de la citoyenneté dans les démocraties libérales en fonction des situations de pluralisme culturel, linguistique et religieux. L’intelligence des contributions est de tenter de concilier de manière systématique le dynamisme et la force de la notion de citoyenneté et la complexification des situations pratiques dans le débat sur les droits des minorités ethnoculturelles. Ils rendent compte de l’évolution théorique qui a mené cette question au premier plan des préoccupations de la philosophie politique et permis de passer d’une lecture normative des droits des minorités en termes de justice à une problématique de normes, de civilité et de « bonne citoyenneté ». À la logique institutionnelle se substitue une réflexion sur les identités des citoyens dans le cadre de la gouvernance démocratique. Cette nouvelle perspective jette une lumière crûe sur les conséquences de ces changements pour les pratiques politiques – participation et politiques publiques –, notamment dans la gestion des conflits ethniques et face à la multiplication des types de minorités comme des manières d’assurer le respect de la diversité.
LECLERCQ (Claude) – Libertés publiques.4e éd. – Paris, Litec, 2000. 24 cm, 310 p. Index.
Quatrième édition d’un manuel qui rend compte des transformations dans le système de garantie des libertés publiques depuis la seconde guerre mondiale. Rompant avec le culte de 1789 dès lors qu’il est question de droits de l’homme et allégeant la réflexion sur la perception historique des libertés, Cl. L. décrit les mécanismes mis en œuvre depuis la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 pour protéger les personnes. Il s’intéresse avant tout aux mécanismes nationaux français et internationaux. Cette vision équilibrée fait tout l’intérêt de la présentation des institutions. Cl. L. met en effet en balance les pratiques et le régime des droits en droit français et l’importance juridique prise par l’Union européenne dans la défense des droits de l’homme avec la Cour européenne des droits de l’homme.
LETERRE (Thierry) – La gauche et la peur libérale. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 22 cm, 129 p. (La bibliothèque du citoyen)
La gauche française, dans son souci de garder à l’État providence et à sa promesse de solidarité toute leur force, freinerait vigoureusement l’installation de la société de liberté tout en permettant celle de l’économie de marché. Alors que le libéralisme ne se limite pas à l’économie, la peur qu’il inspire oblitère l’appréhension complète et intelligente de cette doctrine. T. L. stigmatise la croyance de la gauche en l’État comme acteur politique ultime et l’impossibilité à changer le monde qui en découle. Volontiers pamphlétaire, il engage une présentation du libéralisme « à la française » opposée à l’idée répandue du libéralisme comme forme de conservatisme. Cette clarification des termes, louable lorsqu’elle renverse la suspicion contre le principe « libéral-social » et critique l’opposition ambiguë entre « économie de marché » et « société de marché », ne s’embarrasse cependant pas toujours de considérations sur l’absence apparente de continuité entre propos « savants » et prises de position politiques guidés par le libéralisme. Ainsi, le(s) libéralisme(s), doctrine(s) toute(s) en nuances, se trouve pour les besoins de la démonstration caricaturé pour le démarquer des doctrines en usage en France, aussi bien à droite qu’à gauche. Reste le mérite de poser clairement la distinction entre libéralismes politique et économique, ferment d’une véritable réflexion sur la liberté démocratique.
MOUSSALLI (Ahmad S.) ed. – Islamic Fundamentalism. Myths and Realities. – Ithaca, Ithaca Press, 1998. 25 cm, 348 p. Index.
Une approche sérieuse du sujet conduit naturellement les auteurs de cet ouvrage collectif à dénoncer, sans plus, les stéréotypes anti-islamiques usuels. Dans une première partie, théorique, les auteurs, notamment A. S. Moussalli, coordinateur de l’ouvrage, insistent sur le caractère contingent des phénomènes islamistes et, partant, sur leur complexité. Ils font en effet l’objet d’une approche systématiquement exotique (Kristin Wolf) alors qu’un rattachement à leurs contextes sociaux, économiques et politiques permettrait au moins de distinguer (Armando Salvatore) les fondamentalistes « solutionistes » (« l’islam est la solution ») et des réformistes du genre Tourabi familier de cultures étrangères (Ronald Judy). Dans la seconde partie, les études de cas présentées (Algérie, Jordanie, Gaza, Liban, Arabie Saoudite, Égypte) confirment que l’islamisme est bien une production sociale dont la dimension politique résulte de son rapport à l’État.
POLIN (Raymond) – Vérités et liberté. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 123 p. (Questions)
Comment situer la liberté d’expression, liberté fondamentale qui doit être entendue au sens fort, par rapport à la question du vrai et du faux ? Il y aurait en effet autant de types de vérité qu’il y a de domaines spécifiques de la pensée, et cette question affecte directement le monde des relations sociales. R. P. nous présente en sept chapitres sept sortes de vérités partagées entre vérités de la civilisation (sensibles, de la nature et mathématiques) et vérités de la culture (foi, philosophie, histoire et opinions). Penser trouve sa finalité fondamentale dans la recherche ou la révélation d’une vérité ; la vérité est dans tous les cas une évidence ou une référence. Mais la vérité demeure une connaissance très rare. Quel statut accorder dès lors à une pensée fausse, devenue liberté fallacieuse, face à l’impératif de la liberté d’expression ? La seule réponse qui ressorte franchement pour R. P. est l’absence d’universel qui soit autrement qu’à l’état de désir. Le relativisme qu’il exprime dénonce l’arrogance de toute prétention à l’absolu en même temps qu’il affirme la liberté humaine créatrice faite de décision et de responsabilité. Plaidoyer libéral convaincu, cet essai écarte systématiquement les tenants de la vérité, aussi bien religieuse que politique, au profit d’une philosophie rationnelle des valeurs qui ne place pourtant pas l’universalité avant l’élaboration d’une vérité des valeurs.
THUDEROZ (Christian)
– Négociations. Essai de sociologie du lien social. – Paris, PUF, 2000. 21 cm, 290 p. (Le sociologue)
Une triple nécessité émerge avec cet ouvrage ambitieux : réfléchir au « processus » de négociation comme mouvement, certes orienté, mais indéterminé quant à ses formes et ses produits, inscrire la négociation comme procédure basique de « régulation sociale » et considérer le compromis comme outil privilégié pour « revivifier le lien social ». Partant d’une analyse du conflit, C. T. en déduit les causes de « l’extension et de la laïcisation de la négociation » : les individualités se renforcent et les interdépendances vont croissant. La négociation est alors envisagée comme le dispositif le plus efficient des activités régulatoires liées à la conflictualité et à la différentiation sociale. Caractéristique des sociétés démocratiques par son rapport au conflit, la négociation est décrite comme « la » procédure efficace de prise de décision et – c’est là que réside l’essentiel de la démonstration – le lien social s’en trouve renforcé car cette négociation des règles (qui se fait dans les règles) est alors le fruit d’une activité autonome de sujets interdépendants ainsi que l’expression de leur avenir commun. La négociation devient dès lors un « art moral » et n’a pas simplement des vertus intégratives ou régulatrices. Elle est fondamentalement un exercice démocratique, sorte d’« art social » produisant des solidarités et sensée engager une responsabilité collective. Que négociation se fasse donc.
BARRE (Raymond) – Un goût de liberté. 2. Entretiens avec Jean-Marie Chanon. – Paris, Fayard, 2000. 23 cm, 258 p.
R. B. nous livre ici une série d’entretiens menés par J.-M. C., bâtonnier de l’ordre des avocats à Lyon. R. B. est l’homme d’une globalisation qui n’a pas peur, puisqu’ il pense que la France peut y jouer sa partie sans démériter, à la condition de ne pas tricher avec les nouvelles règles d’un jeu mondial qui refuse l’inflation, les dépenses publiques trop lourdes, et les charges qui paralysent le dynamisme des entreprises. Conservateur éclairé en ce qui concerne les mœurs (oui à un statut pour les homosexuels mais non au gay pride), il livre aussi son opinion sur la Corse dont il a jadis dit que, si elle voulait son indépendance, il faudrait la lui donner. Convaincu que le souhait de la majorité des Corses est de rester dans la République, il précise ici les conditions juridiques d’une autonomie dont le Conseil constitutionnel, à défaut du Parlement, doit être le garant. Raymond Barre reste ici l’homme qui fut si populaire en 1984 et 1985 et rappelle avec un brin de nostalgie que, la seule fois où les Français se sont vraiment mobilisés, ce fut en 1984, pour défendre l’enseignement libre.
CHAZEL (François) – Aux fondements de la sociologie. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 235 p. Notes bibliogr. Index. (Sociologies)
Le regard que porte F. C. sur les « classiques » de la sociologie est des plus sains. Il en fait des outils, des regards utiles à la théorie en train de se faire en même temps qu’il juge qu’ils ne sont pas indépassables. Le seul discriminant pertinent en est la fécondité heuristique. Le seul objectif que l’on puisse leur assigner est de maintenir la cohésion entre théorie générale et thématiques spécialisées ; les classiques sont en définitive un modèle d’ambition intellectuelle qui permet de dépasser le simple modèle du « choix rationnel » dans l’action. Ce sont dès lors des « programmes de recherche » qu’il convient de réévaluer, ceux de Weber, de Durkheim, Parsons ou Pareto, sans révérence ni arrogance. Il ne s’agit pas de reconstruire une discipline mais de faire œuvre de « présentisme modéré » dans la mise en question de la « centralité des classiques ». Appropriation de la culture et coordination de l’action sont les questions pratiques sur lesquelles il doit être possible de mobiliser les classiques et les énergies contemporaines.
Institutions politiques et administratives
ANCEAU (Éric) – Les députés du second Empire, Prosopographie d’une élite du XIXe siècle. – Paris, Honoré Champion Éditeur, 2000. 27 cm, 1018 p. Bibliogr. Index.
E. A. a voulu sortir de leur oubli les 613 députés d’un corps législatif impérial qui a vécu 220 mois, enregistrant un maximum de données objectives (âge, lieu de naissance, études, profession, mariage, interventions, discours, précédents et postérité, etc.) après des recherches qui l’ont conduit à un vaste tour de France des Archives départementales, et l’on découvre ici l’épaisseur de la France provinciale du 19e siècle où les légitimistes sont attachés à la terre et les bonapartistes écartelés entre haute et petite bourgeoisie. C’est que le poids de la candidature officielle pèse : dans cette enceinte où il fallait prêter serment, il n’y a guère que 111 candidats indépendants. Certains représentent le passé, tel Montalembert qui réussit à y être éloquent ou Thiers qui prépare son retour en demandant les libertés nécessaires ou la prudence diplomatique. Les jeunes républicains, Gambetta ou Jules Ferry, y feront leurs classes auprès des anciens, Jules Favre ou Ernest Picard. Le paradoxe de l’institution est donc d’avoir été sauvé par ses adversaires. Ce qui permet à l’auteur de conclure qu’il s’agit de l’étude d’un personnel politique qui vient naturellement s’inscrire dans la cohorte des parlementaires du siècle.
BARUCH (Marc-Olivier), GUIGUENO (Vincent) – Le choix des X, l’École polytechnique et les polytechniciens, 1939-1945. – Paris, Fayard, 2000. 24 cm, 343 p. Index.
En toute cohérence avec la recherche sur Servir l’État scrutant le comportement d’une administration républicaine affrontée au régime de Vichy, est ici étudié le devenir d’une École militaire, réduite à l’état civil en raison des contraintes de l’armistice, obligée d’exclure les élèves juifs réduits à des numéros bis et conduite à mener une réforme pour former les chefs dont le nouveau régime croit avoir besoin. Cette étude de cas est exemplaire à tous points de vue : méthodologique, historique et psychologique puisqu’elle fait la différence entre le témoignage et la science, entre la morale et la connaissance, entre l’engagement volontaire et le courage de la présence chez les élèves juifs qui, convaincus que l’avenir leur appartient, continuent à se présenter aux concours, avant de conclure à l’absence de déterminisme technocratique : le polytechnicien peut être Bichelonne, propagandiste du STO et fidèle à la collaboration jusqu’en juillet 1944 ; d’Estienne d’Orves fusillé dès 1941 ou Berthelot, maréchaliste qui oriente l’École vers une recherche qui permit à Leprince-Ringuet d’utiliser les élèves juifs privés de débouchés professionnels. Comme on ne peut citer tout le monde, on fera un sort au travail de Claude d’Abzac-Épezy qui, ayant montré l’éclatement des forces armées, fait comprendre comme il est difficile d’avancer des chiffres fiables, une fois décomptés les 33 compagnons de la Libération et les 60 X morts en déportation ; à la synthèse très nuancée de M. O. B qui se sert du concept d’accommodation, cher à Ph. Burrin, pour étudier la réaction d’une population occupée ; et enfin à la correspondance d’André Bollier, pianiste et père de deux enfants, qui fut abattu en juin 1944 à l’âge de 24 ans dans l’imprimerie de Combat qu’il avait fondée.
BELL (David S.) – Presidential Power in Fifth Republic France. – Oxford, Berg, 2000. 22 cm, 286 p. Bibliogr. Index.
En un peu plus de quarante ans, la Cinquième République a créé puis annihilé le présidentialisme voulu par son fondateur. Ou plutôt l’histoire a voulu que ce soit un président gaulliste qui prouve, par la pratique, que le pouvoir présidentiel était devenu inutile à la stabilité gouvernementale que la France républicaine avait cherché si longtemps. Des chapitres thématiques informés à bonne source, sur la Constitution, les divers referendum, le domaine réservé du président et la crise sociale de Mai 68 précèdent des chapitres biographiques sur Georges Pompidou qui organise le retour du pays vers la réalité atlantique et industrielle ; Valéry Giscard d’Estaing qui, ayant raté sa décrispation, a également raté son retour ; François Mitterrand, habile et sans scrupules, ce qui l’aura certainement aidé à déidéologiser la gauche comme à expérimenter deux fois le régime de la cohabitation qui avait longtemps paru impossible ; et enfin Lionel Jospin qui, jusqu’ici, a tenu son pari de paraître comme la synthèse de Pierre Mendès-France pour le calendrier, Mitterrand (pour l’analyse du rapport de force) et Rocard (pour la compétence économique). L’angle présidentiel justifie la bonne part accordée à la politique extérieure, à l’Europe des Communautés comme à l’Europe post-communiste où la politique de François Mitterrand eut tant de difficultés à s’affranchir des postulats gaullistes ; de même que les débuts de Jacques Chirac ont commencé par l’erreur des explosions nucléaires avant que son énergie en Bosnie fasse prendre la mesure de l’homme dans les chancelleries.
CHALINE (Claude)
– Les politiques de la ville. – Paris, PUF, 1997. 18 cm, 127 p. (Que sais-je ? 3232)
Ne souhaitant pas proposer des solutions aux « problèmes désormais communs à tous les donneurs d’ordres issus de la décentralisation », C. C. préfère analyser, voire évaluer, les réponses mises en
œuvre ou envisagées, sur le triple plan de l’économie, du social et du cadre de vie. Survol ambitieux des évolutions problématiques de la « réduction du social à l’urbain » et du « mal des banlieues », l’ouvrage de C. C. entend donner sens à une politique urbaine désormais censée fonctionner comme amortisseur de difficultés. Tentant de rendre compte des grands enjeux de la politique de la ville aujourd’hui, l’ouvrage n’épuise pour autant pas la complexité des situations que l’analyse des politiques publiques ne cesse, elle, de déconstruire.
CHEVALLIER (Jean-Jacques) – Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958. Préf. de Jean-Marie Mayeur. – Paris, Armand Colin, 2001. 23 cm, 748 p. Bibliogr. (Classic)
Il y a plusieurs façons de lire un manuel réédité pour la neuvième fois, un demi-siècle après sa première parution. Comme un classique, nous dit J. Mayeur qui le préface, comme un exercice toujours aussi talentueux puisque ce manuel réussit à être complet et alerte grâce au judicieux choix des auteurs servant de fil conducteur (Tocqueville, Mathiez, de la Gorce, Prévost-Paradol, Bastid, Joseph Barthélemy, M. Prélot, etc.). On peut aussi se demander ce qui sépare un auteur écrivant en 1952 d’au auteur d’aujourd’hui, ce qu’il a vu par rapport à ses prédécesseurs, ou ce qu’il n’a pas vu. Ainsi accorde-t-il sa bonne place aux questions socio-religieuses : inclusion des protestants et des juifs par la révolution, exclusion des femmes en 1919. Mais le plus intéressant est l’idéologie sous-jacente qui présente la révolution comme le changement d’institutions, l’histoire comme la succession des « journées » qui, de 1789 au 25 août 1944 de la libération de Paris, ont rythmé la vie d’une société qui, dominée par la révolution, est toujours à la recherche de son gouvernement. La suite se brouille un peu puisque le général de Gaulle est à la fois « fondateur et fossoyeur » de la Cinquième République et que le 13 mai n’est à l’évidence pas une « journée » comme Mallet-Isaac nous avait habitués à les rencontrer. Ce qui pose l’immense question des rapports entre l’université républicaine et le parlementarisme à la française, si réticent devant une séparation des pouvoirs qui est le préalable indispensable au contrôle de constitutionnalité comme à l’existence d’une démocratie locale responsable devant la loi.
FROMENT (Jean-Charles) – La République des surveillants de prisons. Ambiguïtés et paradoxes d’une politique pénitentiaire en France (1958-1998). – Paris, LGDJ, 1998. 24 cm, 452 p. (Droit et Société. 23)
Résultat de plusieurs années de recherches combinant une approche à la fois théorique et pratique des questions relatives au service public pénitentiaire, cet ouvrage entend d’abord montrer comment, à partir de 1958, le statut des corps des surveillants de prison s’est trouvé surdéterminé par la reconstruction progressive, dans un contexte d’ordre public, du service pénitentiaire. J.-C. F. souhaite ensuite montrer dans quelle mesure le modèle républicain sur lequel cette restructuration se fonde alors, révèle vite ses limites en justifiant, à partir du début des années 1970 des politiques contradictoires, lesquelles vont conduire à une crise importante du service public pénitentiaire et de ses personnels et impliquer une nécessaire reconstruction du discours sur le statut et les missions de ces derniers. Souhaitant interroger, en en donnant les clefs de compréhension, la question de la modernisation de ce service public, l’auteur suggère utilement de rattacher le conflit entre les surveillants et l’Administration pénitentiaire à l’ensemble des autres mouvements qui se produisent dans le secteur public dès lors qu’il y a réactivation des politiques de modernisation administrative.
LE BRAZIDEC (Gwénaël) – René Capitant, Carl Schmitt : crise et réforme du parlementarisme, De Weimar à la Cinquième République. Préf. de Jacques Chevallier. – Paris, L’Harmattan, 1998. 22 cm, 310 p. Bibliogr.
René Capitant (1901-1970) a vécu et correspondu avec Carl Schmitt (1888-1985) avant que la vie les sépare : le premier pour être entraîné dans la guerre et le gaullisme constitutionnel et le second pour avoir glissé de la République de Weimar à Hitler dont il s’éloignera en 1936. Tous deux sont préoccupés par la crise des démocraties libérales mais tandis que le premier évoluera vers un antilibéralisme radical appuyé sur l’Armée et la bureaucratie, le second, affronté à la succession de trois Républiques, s’attachera au développement de la démocratie. Leur point commun est la recherche d’un pouvoir fort que Capitant ira chercher dans un mélange de Rousseau et de Mirkine-Guétzévitch avec qui il fait la différence entre régime parlementaire, qu’il veut fortifier par le recours au droit de dissolution, et régime représentatif qu’il condamne au nom de la démocratie. Capitant qui a eu plus d’influence en 1946 qu’en 1958, appartient à la première phase de la Cinquième République, celle où la succession des consultations faisait théoriser la responsabilité du président devant le suffrage universel. G. L. B. conclut donc en disant que ce modèle est devenu obsolète depuis la dissolution ratée de 1997.
MAGNETTE (Paul) dir. – La constitution de l’Europe. – Bruxelles, Éditions de l’université de l’Europe, 2000. 24 cm, 201 p. (Études européennes)
Arrivé à un tournant de son histoire, l’Europe des quinze se prépare à s’étendre à une quinzaine d’États d’Europe centrale et orientale, à réformer ses institutions et à définir son modèle économique et social. L’idée de doter l’Union européenne d’une constitution resurgit et alimente un vaste débat relancé en mai et juin 2000 à Berlin, par les discours de J. Fischer et de J. Chirac. Dans cet ouvrage collectif, politistes et juristes analysent les divers aspects de la problématique liée aux fondements et au contenu de cette future constitution. Ils envisagent ainsi la question de savoir s’il faut établir un texte radicalement nouveau ou simplement mettre au clair et légitimer une constitution implicite léguée par un demi-siècle d’intégration ; ils soulignent l’importance de l’acquis historique et des modèles politiques des États membres dans la poursuite du processus constitutionnel européen. Les chapitres relatifs au contenu du texte passent notamment en revue la protection des droits fondamentaux, l’architecture institutionnelle, la démocratie, la subsidiarité et la coopération renforcée.
PIERRE (Jon) ed. – Debating Governance. Authority, Steering, and Democracy. – Oxford, Oxford University Press, 2000. 24 cm, 251 p. Bibliogr. Index.
La place de la notion de gouvernance dans le débat démocratique, l’émergence de formes de gouvernance internationale sont les problèmes qui traversent et relient les contributions à cet ouvrage. La gouvernance s’y révèle dans toute la fluidité de sa définition en fonction des sous champs de la science politique auxquels le concept est appliqué, valable aussi bien pour la théorie démocratique que pour l’analyse des politiques publiques ou de la politique internationale ; l’effort définitionnel est pourtant réel et constitue un point important de l’ouvrage. Il rend notamment compte de la dualité de l’expression « gouvernance », à la fois expression des manifestations empiriques de l’adaptation de l’État à son environnement dans la seconde moitié du 20e siècle, et représentation conceptuelle de la coordination du système social et du rôle de l’État dans ce processus. J. P. entend montrer par ce travail collectif comment et dans quelles conditions les conceptions traditionnelles du pouvoir politique ont été bousculées par l’internationalisation du marché comme du politique. Ces changements ont affecté l’organisation même des États nations au point qu’il ne semble plus possible de se dispenser de cette lecture alternative de l’institutionnalisation et de l’échange public-privé que constitue la gouvernance.
ROSE (Richard) – The Prime Minister in a Shrinking World. – Cambridge, Polity, 2001. 23 cm. VIII-282 p. Notes bibliogr. Index.
Observateur attentif de la vie politique britannique depuis la deuxième guerre mondiale, Richard Rose nous livre dans cet ouvrage ses réflexions sur les transformations qui ont affecté la fonction de Premier ministre. Il compare trois générations d’hommes et de femmes politiques qui ont occupé 10 Downing Street – la « vieille école », « les générations de transition » et « new style » – et leurs interactions avec trois univers – Westminster, le Royaume-Uni et le reste du monde. Tandis que ses prédecesseurs s’appuyaient sur les institutions de Westminter et ne doutaient pas du rôle international de l’Empire, depuis Margaret Thatcher, les Premiers ministres vivent à l’âge de la télévision et de la globalisation. En moins de 300 pages l’auteur n’a guère le temps d’entrer dans les détails mais brosse un tableau rapide des contraintes qui pèsent sur un Premier ministre soucieux à la fois de sa carrière personnelle et du succès de son gouvernement. Il souligne comment la direction du parti et du groupe parlementaire a perdu de son importance au profit des médias. Les difficultés à gérer l’économie vont de pair avec l’élargissement de l’horizon local à l’Europe. Le déclin du Cabinet s’est accompagné d’une centralisation des pouvoirs entre les mains d’un Premier ministre qui doit également limiter les rivalités au sein de son équipe gouvernementale. Le livre se termine sur une critique acerbe du populisme de Blair.
Forces et comportements politiques
BOSWELL (Laird) – Rural Communism in France, 1920-1939. – Ithaca, Cornell University Press, 1998. 25 cm, 266 p.
En se demandant comment des petits propriétaires agricoles, artisans et boutiquiers ont pu adhérer au parti communiste alors que celui-ci proclamait vouloir mettre un terme à la propriété et proposait la collectivisation des terres, L. B. pose une question extrêmement stimulante sur le communisme d’entre-deux-guerres. L’enquête qu’il fait n’est pas moins intéressante, puisque sur le terrain resserré du Limousin et de la Dordogne il met en perspective la littérature sur le communisme et les paysans, ainsi qu’une belle somme de documents de première main, mais également sources d’histoire orale, entretiens de 34 anciens militants et analyse quantitative afin de comprendre ce que signifiait être communiste à ce moment. Les traditions politiques locales et les aspirations expliquent la succession de paradoxes qui caractérise le communisme rural. Le mouvement d’avant-garde rejoint alors les inquiétudes du « sac de pommes de terre » face aux transformations économiques et à la République. Si l’ouvrage n’est pas le premier à rendre compte de la diversité « anthropologique » de l’électorat communiste qui fit le succès du parti, il a le mérite d’en proposer l’analyse sur un terrain rural original qui nous en apprend autant sur le parti que sur les Français.
BROCHEUX (Pierre) – Hô Chi Minh. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 19 cm. 235 p. Bibliogr. Index. (Références Facettes)
Étonnant personnage que l’« Oncle Hô ». Aussi convaincant comme révolutionnaire que comme homme de culture – à mi-chemin entre le docteur Fu-Manchu et le sage oriental –, Hô Chi Minh semble incarner une synthèse de la culture vietnamienne traditionnelle et de ses aspirations à un communisme national. Ce personnage qui ne cesse de susciter polémiques et contradictions, confondant sa biographie et l’histoire du Vietnam contemporain. La biographie de P. B. souhaite en deux parties rendre justice tant à l’homme qu’à l’histoire. Une biographie d’autant plus intelligente qu’elle croise subtilement les regards et les images sur l’homme d’abord – son autoportrait et les regards de ses compagnons de lutte bien sûr, mais également ceux des « autres », vietnamiens et étrangers, qui contribuèrent à forger les mythes du leader vietnamien. Grâce à P. B. dont le travail fait le tour des sources françaises, anglo-saxonnes et, ce qui est plus rare, vietnamiennes, nous suivons Hô à la découverte de la région et de son histoire. Derrière la figure du leader charismatique et intègre émerge toute l’ambiguïté d’un Viêt-nam entre patriotisme et communisme, ambiguïté qui isola le pays et vaut à son chef la postérité.
MARX (Roland) – La reine Victoria. – Paris, Fayard, 2000. 22 cm, 538 p.
La reine Victoria (1819-1901), bien qu’elle n’ait pas exercé effectivement le pouvoir durant ses soixante-quatre ans de règne, a laissé son empreinte dans l’histoire anglaise et son nom à un siècle. Partisante de la colonisation, apologiste de la femme au foyer, elle n’incarne pas les valeurs du changement. Mais elle sut procurer à l’Angleterre conquérante et prospère, et donner au reste du monde, l’image d’une nation stable, unie et incarner un modèle contre les « ravages » des « transformations ». R. M. voit dans les contradictions du temps plus que dans la personnalité de cette reine les raisons d’un succès qui ne se dément jamais en dépit de la longévité de ce règne. De cette personnalité obscure naît une époque victorienne qui marque l’histoire de l’Angleterre. Si R. M. revient sur la postérité de l’icône victorienne, ce n’est pas tant pour éreinter toute la tradition historico-hagiographique qui s’est construite autour de ce règne en soulignant les failles de la reine, mais pour comprendre comment Victoria a redonné « une nouvelle jeunesse » au mythe monarchique.
RATTE (Philippe) – De Gaulle, la vie, la légende. – Paris, Larousse, 2000. 23 cm, 368 p. Bibliogr. Index.
Cette biographie est contemporaine d’un temps qui cherche l’homme à travers les symboles, le sens et le signifiant plutôt que dans la succession chronologique des jours et des années. Fils du 19e, de Gaulle est héros du 20e ; enfant de la province, il a entraîné son pays dans la modernisation et la mondialisation. Depuis le 18 juin, il bâtit une légende à laquelle il réussira à rester fidèle au travers des échecs comme des succès. Rien de nouveau n’est à apprendre de ce livre qui, synthèse de ce que l’Institut Charles de Gaulle a produit de meilleur depuis trente ans, coule de Londres à Alger et de là, à Paris en attachant sa juste importance à la reconstruction de l’État républicain qui se fait à partir de l’Outre-mer. Le point de vue est sympathique sans être aveugle ; ainsi si la crise de mai 1958 est racontée de façon à démonter la thèse du coup d’État, celle de mai 1968 fait sa juste part aux fautes, erreurs et aveuglements. Enfin il faut saluer le charme d’une plume, capable de faire revivre le fondateur comme l’anticipateur, le déconcertant autant que le célébrant mais aussi regretter la discrétion sur les origines d’un tel personnage.
Cadres économiques et sociaux
BAUBÖCK (Rainer), RUNDELL (John) ed. – Blurred Boundaries : Migration, Ethnicity, Citizenship. – Aldershot, Ashgate, 1998. 24 cm, 336 p. (European Centre Vienna. Public Policy and Social Welfare)
Le multiculturalisme comme théorie articule une multiplicité de pratiques qui sont l’objet des communications rassemblées ici. Ces expériences reposent sur la « gestion » de la diversité induite par la présence de migrants et de minorités sur un territoire ainsi que sur la construction des groupes et de la citoyenneté dans des contextes multiculturels. Les communications alternent propos théoriques et recherches empiriques, brassant allègrement intégration, nationalité, globalisation, pluralisme, tolérance ou droit dans l’élaboration d’une représentation spécifique afin de rendre compte de l’importance pratique d’une réflexion sur l’ethnicité qui ne se contente pas d’une dialectique entre le même et l’autre. Les auteurs proposent ainsi à la réflexion différentes tentatives de gestion institutionnelle et politique de la diversité culturelle dans les démocraties libérales soumises à la globalisation – Québec, France, Israël entre autres. Le constat d’un effacement des frontières et la critique des situations de crispation autour de catégories nationales figées et de représentations stigmatisatrices de l’Autre apparaissent comme les problèmes incontournables à un renouvellement de la réflexion sur la diversité et sa prise en compte par le politique.
BOUFFARTIGUE (Paul), GADÉA (Charles) – Sociologie des cadres. – Paris, La Découverte, 2000. 22 cm, 117 p. Bibliogr.
Cet ouvrage renoue avec une tradition. Celle d’une littérature généraliste sur les cadres qui avait marqué la sociologie ou la science politique des années 1960 aux années 1980. Une première partie porte sur la genèse et l’affirmation du groupe. Dans ce contexte, les auteurs évoquent la constitution des cadres en tant que « salariat de confiance » (p. 35), notion qu’ils préfèrent à d’autres appellations théoriques qui, dans le passé, avaient pu caractériser le groupe. Sont ensuite soulignés les divers aspects de la croissance des cadres fondée sur deux faits d’importance : la montée des certifications (et des diplômés) et la féminisation. Le livre débouche enfin sur le « temps des déstabilisations » notamment façonné par de nouveaux rapports au temps de travail, au « modèle de carrière » (p. 84 et suiv.) et surtout par la crise et le chômage propres aux années 1970, 1990. Ces deux derniers traits marquent souvent les propos du livre et lui donnent un statut particulier face à la conjoncture présente. Il s’agit d’un bilan souvent bien mené sur la situation des cadres mais qui se clôt à la veille du retour de la croissance économique et des nouvelles formes prises par celle-ci
– (le poids des technologies de l’information et de la communication, l’influence des entreprises en réseaux, les nouvelles formes du contrat d’emploi, la mondialisation, etc.) –. Reste un ouvrage qui constitue une bonne introduction à une relance des activités de recherche sur les cadres.
DOMENACH (Hervé), PICOUET (Michel) – Population et environnement. – Paris, PUF, 2000. (Que sais-je ?)
Les auteurs de cet ouvrage partent en guerre : si l’accélération prodigieuse de la croissance démographique nourrit l’idée qu’elle est la source de tous les problèmes actuels, l’analyse révèle, elle, une très grande diversité de situations démographiques. Et malgré la tendance à simplifier en opposant les pays du Nord et les pays du Sud, il faut admettre que la croissance démographique n’est pas le seul facteur à agir sur le développement et l’environnement, et pas nécessairement le plus prépondérant, comme le montre l’examen des relations entre les usagers des ressources et les populations concernées. Tentant de pacifier le débat sur la complexité de ces interrelations, et de l’enrichir, H. D. et M. P. proposent donc un premier tableau concernant l’état objectif de la planète. Ils entendent ensuite poser le problème de la préservation des ressources et de leur qualité en fonction des contraintes, sensées celles-ci dépendre des usages différentiels faits par les sociétés. La question est alors de savoir en fonction de quelles pollutions, mutations et santé nous serons sensés vivre demain. Autres questions posées : celles de l’aménagement du territoire et d’une partition écologique de la planète ; celle des politiques gouvernementales avec la problématique d’un développement durable et compatible avec les lois du marché. Pour les auteurs, il s’agit de présenter une thématique
– les relations population-environnement – qui, lorsqu’elle est le thème de conventions internationales, représente « un embryon d’action planétaire commune », avec pour preuve la récente adoption du « principe de précaution ». Des « premiers pas du peuple de la Terre » (sic) à suivre.
DURAND (Claude) – Sociologie du travail. – Toulouse, Éditions Octarès, 2000. 24 cm, 259 p. (Travail)
Souhaitant traiter de la thématique du travail dans sa complexité – par la description de l’évolution du travail dans ses différentes phases, par l’analyse critique de la conception de son organisation, par la perception qu’en ont ses acteurs mais aussi par les stratégies des entreprises pour le contrôler ou le stimuler – Cl. D. pose comme parti pris premier d’allier la validation de l’observation empirique au questionnement de la sociologie critique. L’itinéraire que représentent les dix-huit articles publiés entre 1959 et 1996 qui le composent, semble refléter l’unité et la diversité de la sociologie du travail, sous-discipline autant que titre, riche en évolutions depuis trente ans. Une fois reconstruit par le lecteur, l’itinéraire livre donc quelques beaux moments de l’histoire du travail et des options disciplinaires.
GRIGNON (Claude) dir. – Les conditions de vie des étudiants. Enquête OVE. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 532 p. (Politique d’aujourd’hui)
Fondé sur les réponses apportées par près de 30 000 étudiants à l’enquête réalisée en 1997 par l’Observatoire de la vie étudiante, et sur la comparaison de ces réponses avec l’enquête précédente de 1994, cet ouvrage apporte une information détaillée sur les bases matérielles de la vie étudiante et sur son coût. Les conditions d’études ainsi que les manières d’étudier y sont également décrites, tout comme les pratiques culturelles des étudiants. Parallèlement une réflexion plus méthodologique est conduite sur la diversité des points de vue de connaissance qu’il est possible d’adopter ainsi que sur leurs implications et leurs enseignements, en termes notamment de division du travail scolaire et, par anticipation, du travail social. Une analyse statistique des parcours des étudiants dans l’enseignement supérieur est également proposée qui tente de construire une « économie des parcours ». Plus état des lieux ou « bottin » des conditions de vie des étudiants que sociologie compréhensive de la vie étudiante, cet ouvrage n’en constitue pas moins une source (inépuisable) de données primaires/secondaires dont se nourriront vraisemblablement beaucoup d’études qualitatives à venir.
IRES – Les marchés du travail en Europe. – Paris, La Découverte, 2000. 18 cm. 121 p. Bibliogr. (Repères 291)
Le déséquilibre des marchés du travail nationaux au sein de l’Union associé aux nouvelles étapes de la construction européenne ouvre le débat sur les conditions de fonctionnement de marchés du travail hétérogènes dans un espace économique unifié. Une fois admise cette notion qui ne va pourtant pas de soi, l’analyse partagée entre théorie néoclassique et « approche institutionnaliste » cherche à évaluer le degré de convergence des marchés du travail en Europe, afin de comprendre quels facteurs économiques conjoncturels et structurels du marché européen expliquent les différences de performance en matière d’emploi et de chômage entre l’Europe occidentale et ses principaux concurrents. De cette analyse, l’IRES dégage des profils et des dynamiques qu’il met en relation avec les aspects institutionnels du travail, notamment la variable flexibilité/rigidité, pour constater que s’il y a ponctuellement des relations, il n’y a globalement pas de relation stable. L’hypothèse alors préférée est fonction de la cohérence entre modèle de développement économique et compromis sociaux établis pour assurer la régulation des marchés du travail. Le sens de l’évolution des marchés du travail européens se révèle alors très incertain car il n’est pas mécanique, reste hétérogène et dépend encore largement des volontés politiques et des stratégies d’acteurs en la matière.
KAUFMAN (Alexander) – Welfare in the Kantian State. – Oxford, Oxford University Press, 1999. 23 cm, XII-179 p. Bibliogr. Index.
La théorie kantienne de la justice ne cesse d’exercer une puissante influence sur les débats contemporains relatifs à la justice et à l’égalité. Les théoriciens ne sont cependant pas d’accord sur les implications de cette théorie quant à la responsabilité de l’État dans le bien-être public. A. K. critique l’interprétation traditionnelle qui veut que l’autorité de l’État rationnel ne serve qu’à réguler les actions, proposant une conception positive du rôle que joue l’État. La théorie kantienne de la justice requiert des interventions pour garantir à chaque membre de la société l’égalité d’opportunité dans la réalisation de ses capacités. A. K. dément ainsi l’hypothèse d’une théorie kantienne de l’État qui soit libérale, insistant sur l’aspect pratique de sa conclusion : quelles contraintes et nécessités le droit naturel exerce-t-il sur les principes du droit positif ? Cette hypothèse permettrait de concilier empiriquement respect de l’humanité et conditions empiriques de distribution de la propriété, ce qui, en termes de politique sociale, se traduirait par une fiscalité déterminée relativement aux exigences des interventions compensatoires.
Relations internationales
ASSOCIATION DES AUDITEURS DU CHEAM – Regards sur le Levant. Les anciens du CHEAM et l’émancipation du Proche-Orient. – Paris, CHEAM, 2000. 24 cm, 298 p. Notes bibliogr.
À la veille d’être dissous, le Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie modernes (CHEAM) a publié, sous la plume de l’Association de ses anciens auditeurs, un intéressant ouvrage ayant trait à l’histoire du mandat français sur les États du Levant (Syrie-Liban), ainsi que sur l’implantation de l’État israélien. Il s’agit pour l’essentiel d’une anthologie méthodique et commentée des textes qu’ont laissés dans les archives du CHEAM d’éminents observateurs-acteurs de cette période, tels Robert Montagne, Pierre Rondot ou le préfet Louis Kieffer, proche collaborateur du Haut-Commissaire de France au Levant. On citera aussi les témoignages que livrent après plus d’un demi-siècle des témoins-acteurs de l’époque. Ils portent sur cette émancipation du Levant à laquelle ils auront pour la plupart résisté et sur la « contre-émancipation » de la Palestine qu’ils observèrent dans les rangs de l’ONU, un témoignage aussi irrécusable qu’émouvant. Malgré ses imperfections, ce livre est une remarquable contribution à la compréhension historique d’une aventure politico-militaire à la fois coloniale et libératrice.
BOUCOURECHLIEV (Jeanne) – Une société de droit européen ? – Paris, Presses de Sciences Po/Creda, 1999. 22 cm, 126 p. (La bibliothèque du décideur)
Alors que l’on en parle beaucoup depuis trente ans, la société de droit européen peine à émerger des frontières juridiques des sociétés. J. B. propose de sortir de l’impasse des contournements anarchiques de ces frontières par l’élaboration d’un outil juridique accessible à toutes les entreprises de l’Union européenne : une société privée, société de partenaires dans laquelle une large place est laissée à la liberté statutaire. Les droits nationaux des sociétés ne permettent pas aux entreprises de circuler d’un État à l’autre, avec le sous-entendu de choisir le droit qui leur est applicable ; aucune des solutions de sortie de ce vide n’a jusqu’à présent pu aboutir. Le projet proposé ici laisse un large champ à la liberté des conventions, les partenaires modelant dans chaque cas le pacte social adapté à leur dessein. Ce projet issu de la représentation des entreprises et présenté en annexe, même faisable, souligne et illustre pour le politiste ou le juriste le problème récurrent de l’absence de droit commun à l’ensemble des membres de l’Union européenne.
COLLET (André)
– Les guerres locales au XXe siècle. – Paris, PUF, 1998. 18 cm, 128 p. (Que sais-je ? 3341)
Cet ouvrage a pour ambition d’offrir un aide-mémoire du 20e siècle dans son aspect le plus tragique : la violence guerrière. A. C. a souhaité présenter méthodiquement les données géopolitiques, géostratégiques, militaires et humaines propres à chaque conflit ; ainsi qu’à en identifier pour chacun les acteurs, les enjeux, les forces et les soutiens intérieurs et extérieurs. Contrôleur général des Armées, l’auteur a choisi de présenter les principaux conflits locaux du 20e siècle suivant un même schéma d’analyse historique, dans l’espoir de voir émerger un ouvrage d’actualité, dans un contexte de fin de siècle encore bien féconde en conflits. Quant à la question de savoir quelle explication donner à la « bellicité supérieure du 20e », tout laisse à penser qu’elle mériterait de faire couler encore beaucoup d’encre, si telle s’avérait être bien sûr l’interrogation fondamentale de ce siècle.
KAMINSKY (Catherine), KRUK (Simon) – Le monde arabe et Israël aujourd’hui. – Paris, PUF, 1999. 22 cm, 229 p. (Politique d’aujourd’hui)
L’actualité du Moyen-Orient repose sur les séquelles de la désintégration soviétique. L’analyse des relations internationales est tout entière marquée par cet événement qui semble avoir accru la complexité dans le décodage des turbulences ; mais au Proche- et au Moyen-Orient s’ajoute une situation héritée de la première guerre mondiale associant problèmes d’identités et de découpage des frontières. C. K. et S. K. font état des issues possibles à mesure que ce conflit en évolution rapide se régionalise. Et comme cet état renvoie à un processus en cours, ils ont l’intelligence de ne chercher qu’à livrer les clefs de sa compréhension. Les acteurs sont ainsi évoqués successivement, à la fois à travers leurs difficultés internes et dans le rôle qu’ils jouent dans l’intégration régionale d’Israël. Les restes d’une politique de grande puissance sont évoqués au passage, ne serait-ce que comme dans le cas syrien, le changement mondial doit avoir ses conséquences régionales et locales. Le débat se recentre ainsi sur les questions régionales comme l’unité arabe, la place des pays non arabes dans la région où la Russie retrouve des velléités de rapprochement avec Jérusalem. Cette mise au point se révèle nécessaire dans un Moyen-Orient qui a changé au point que « le sens du conflit israélo-arabe diminue d’intensité ». C’est vers ces perspectives nouvelles que C. K. et S. K. nous invitent à nous tourner, en dépit des menaces qui continuent d’exister.
PASCALLON (Pierre), dir. – L’Alliance atlantique et l’OTAN, 1949-1999 : un demi-siècle de succès. – Bruxelles, Bruylant, 1999. 24 cm, 571 p. Bibliogr. (Organisation internationale et relations internationales)
Le colloque qui s’est tenu à l’Assemblée nationale à l’occasion du 50e anniversaire du système « Alliance atlantique-OTAN » souligne le succès de cette entreprise pendant la seconde moitié du 20e siècle, même au-delà de la chute du mur de Berlin. Les contributions mêlent universitaires, politiques, fonctionnaires internationaux et militaires dans un même enthousiasme. Ils abordent aspects historiques, aspects structurels, enjeux et perspectives avec une égale confiance en dépit des difficultés que l’organisation peut rencontrer, et notamment de la difficile cohabitation entre l’Europe et les États-Unis. Ensemble enfin, ils brossent une idée claire et complète de la doctrine française en matière de sécurité internationale, signifiant l’importance de l’Organisation comme lieu de convergence, de coopération et de contradictions. Il est à noter que cette présentation s’enrichit d’annexes incluant un organigramme et les textes officiels de l’Organisation, outil de compréhension utile donc et support à une démarche critique bien informée.
VAÏSSE (Maurice) et al. – Dictionnaire des relations internationales au 20e siècle. – Paris, Armand Colin, 2000. 24 cm, 298 p. Index.
Voulez-vous savoir ce que sont les Accords Sykes-Picot, la date de naissance d’U. Thant, le nom des 42 membres originaires de la SDN, la date d’entrée des 189 membres de l’ONU, le comment du traité ABM antimissile, ou la signification de sigles tels que l’AELE (1960), l’AID (1961) l’AIE (1974) ou l’AIEA (1953), il n’y a qu’à ouvrir le petit dictionnaire de M.V. qui réussit la gageure de réduire la vie internationale du siècle écoulé en quatre cent rubriques où voisinent les hommes, les traités, les organisations internationales et plus intéressant les concepts : agression (définie par le pacte de la SDN), apartheid (aboli en 1991), pacifisme ou arms control qui va du plan Rapacki de 1957 aux traités de non prolifération qui s’échelonnent depuis1968. On reconnaît évidemment la grande compétence de M. V. dans le détail des rubriques de tout ce qui a trait au nucléaire, à la décolonisation, au maintien de la paix et à la construction européenne pour lesquelles cartes et schémas viennent illustrer des propos extrêmement concentrés.
Études nationales et régionales
LUKIN (Alexandre) – Political Culture of Russian « Democrats ». – Oxford, Oxford University Press, 2000. 24 cm, XIV-336 p. Bibliogr. Index
La transition des pays ex-soviétiques vers la démocratie s’enrichit grâce à cet ouvrage d’une perspective passionnante sur le statut des élites et de leur culture dans la conduite de ce processus. Les dernières années du régime soviétique, depuis la Glasnost jusqu’à l’émergence de la Russie dite « post-soviétique », sont une période de foisonnement intellectuel largement sous-estimée. L’étude, qui porte ici sur le groupe social des membres du mouvement démocratique au sein de la Russie soviétique, montre comment s’effectue le passage de l’idéal marxiste vers l’anticommunisme et la critique de l’État soviétique, puis comment la démocratie fait l’objet de réappropriations et d’interprétations de la part de ces démocrates russes. A. L. nous expose sa méthode et les difficultés théoriques et pratiques qu’il a dû surmonter pour élaborer cette lecture de la culture politique démocratique russe. Le caractère passionnant de ce travail tient à son souci de systématicité et à cette question : qui furent ceux qui organisèrent le mouvement démocratique et pourquoi le firent-ils ? Le changement comme fruit de croyances d’une sous-culture démocratique confrontée à la culture politique soviétique dominante se révèle ici une grille de lecture très éclairante pour comprendre la transition démocratique russe ainsi que ses limites.
OTAYEK (René) (dir.) – Dieu dans la cité. Dynamiques religieuses en milieu urbain ouagalais. – Bordeaux, Centre d’étude d’Afrique noire, 1999. 24 cm, 173 p.
À Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, comme dans l’ensemble des États subsahariens, les villes, qui connaissent une forte croissance, se doivent de relever le défi d’une gestion urbaine ambitieuse et volontariste mais dont l’exercice se heurte à des obstacles majeurs : le désengagement de l’État, la faiblesse des finances locales et l’impréparation des élites à assumer les tâches qui leur sont dévolues. L’ensemble des contributions de cet ouvrage entend expliciter comment, dans ce contexte, la gestion communautaire apparaît bel et bien comme l’unique solution alternative, avec des institutions religieuses qui font figure d’intermédiaires entre les administrations centrales, les communes et les populations, tout autant qu’elles tendent à assurer la transition de l’ordre rural à l’ordre urbain en promouvant des schèmes alternatifs de reconstruction identitaire. Cherchant à découvrir les enjeux profonds et réels de cette « confessionnalisation de l’espace public », les auteurs entendent proposer de nouvelles pistes d’interprétation en termes de vocation des Églises à se substituer à l’État, d’efficacité du développement local, de poids idéologique de la rhétorique de la société civile et de gouvernance locale.
VIDAL (Dominique) – La politique au quartier. Rapports sociaux et citoyenneté à Recife. – Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998. 23 cm. 234 p. Bibliogr. (Collection Brasilia)
Version remaniée d’une thèse pour le doctorat en sociologie, ce livre propose un angle d’approche original de la démocratie brésilienne. Choisissant comme unité d’analyse une favela urbanisée au Nord-Est du Brésil, D. V. entend expliciter le rapport à l’univers symbolique et aux pratiques de la démocratie moderne d’une population défavorisée qui n’a jamais pris une part active au processus politique mais fut particulièrement affectée par la crise économique dans laquelle s’est effectuée la sortie de l’autoritarisme. Souhaitant étudier la figure concrète de la démocratie brésilienne dans ses années de crise, l’idée a consisté à penser conjointement le social et le politique, et notamment à saisir comment la revendication de respect – catégorie du social érigée en catégorie du politique – renvoie aussi bien à une préférence pour les formes anciennes de rapports hiérarchiques qu’à une demande d’égalité singulièrement ambivalente. Pour D. V., seule la prise en compte de la dimension historique des formes d’intégration socio-politique des secteurs populaires permet de comprendre le primat du collectif sur l’individu, la profonde indifférence à la nature du régime politique en vigueur et la prégnance d’une forme de légitimation qui repose sur la prise en compte de la détresse du peuple par les gouvernants et ne suppose pas sa participation politique. Il s’agit là d’une édifiante « plongée ethnographique » dans la réalité brésilienne, qui entend renouveler, mais aussi configurer, l’étude des formes de vie et de la construction des identités, l’étude des associations d’habitants dans la mise en œuvre de l’intervention sociale et le fonctionnement du système politique municipal, et l’étude des représentations et des pratiques politiques.
[*]
Établies sous la responsabilité de Jean-Luc Parodi, assisté de Monique Didier et de Carole Vidal, avec, pour ce numéro, la collaboration d’Alexandre Boza, Marie-Élisabeth de Bussy, Louis-Jean Duclos, Florence Faucher, Guy Groux et Odile Rudelle, auxquels la
Revue adresse ses remerciements.