Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629000
152 pages

p. 665 à 677
doi: en cours

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Vol. 51 2001/4

2001 Revue française de science politique Informations bibliographiques

Informations bibliographiques  [*]

 
Généralités, méthodologie
 
 
BRETON (Philippe), GAUTHIER (Gilles) – Histoire des théories de l’argumentation. – Paris, La Découverte, 2000. 18 cm. 123 p. Bibliogr. (Repères 292)
Parce que les théories de l’argumentation connaissent un cheminement « sinueux », Ph. B. et G. G. proposent dans cet ouvrage de faire sobrement le point sur cet objet défini comme « l’opération ou le processus suivant lequel sont fournies des raisons pour convaincre un interlocuteur ou un auditoire, ou encore les unités mêmes de cette opération ou de ce processus, les arguments ». La présentation de l’ouvrage, reflet de cette préoccupation, décrit ainsi les trois phases de construction théorique. La civilisation gréco-romaine d’abord qui voyait dans l’argumentation, alors rapportée à la rhétorique, un véritable objet de recherche, mais l’intérêt s’éteint avec la civilisation pour ne renaître à distance de la rhétorique que dans la période contemporaine. Cette présentation établit un lien fort entre développement des théories de l’argumentation, de l’information et de la communication, et demande de société démocratique, paisibles et méfiantes à l’égard de la Révélation et des formes de pouvoir. Ce qui ne veut pas dire que l’argumentation présente un front commun de critique des situations sociales ; Ph. B. et G. G. montrent surtout à quel point il s’agit là d’un objet en chantier. Ainsi les méthodes ont pris le pas sur nombre d’interrogation qui semble venir en droite file de l’origine classique de l’argumentation, au point que l’exposé sur le période contemporaine tourne un peu rapidement au catalogue des chercheurs au détriment d’une perspective franchement épistémologique.
CARENS (Joseph A.) – Culture, Citizenship and Community. A Contextual Exploration of Justice as Evenhandedness. – Oxford, Oxford University Press, 2000. 24 cm, 284 p. Bibliogr. Index.
J. A. C. confronte dans cet ouvrage les grands textes politiques et théoriques sur la culture et l’identité aux pratiques multiples et contradictoires des immigrants et minorités entre autres groupes. La nécessité d’une contextualisation pour laquelle il plaide, revenant ainsi sur les principes et la normativité des pratiques qu’ils encouragent. C’est le moyen le plus clair de critiquer, d’une part, le contractualisme libéral comme expression d’une justice neutre, et, d’autre part, la citoyenneté comme prison intellectuelle et morale. La contextualisation de la justice et la critique de son caractère équitable, appliquée à des cas aussi divers que le Québec, les minorités musulmanes, les aborigènes ou les îles Fidji, appuyée sur une critique permanente des auteurs classique de la diversité culturelle (Walzer, Kymlicka) ne répond pas à toutes les questions que pose la diversité entendue comme multiplicité et complexité. Mais l’ambition épistémologique de J. A. C., doublée d’une certaine radicalité dans la critique font de cette réflexion intelligente sur un sujet sensible un véritable objet de curiosité.
CURIEN (Nicolas) – Économie des réseaux. – Paris, La Découverte, 2000. 18 cm, 120 p. (Repères)
« Économie des réseaux » ou comment penser ces objets complexes faits d’infrastructures, de logiciels de commande et de services rendus aux utilisateurs. Après avoir présenté comment les économistes analysent les réseaux, N. C. met l’accent sur les problèmes majeurs posés par la régulation de l’interconnexion des réseaux et par le service universel. Au-delà de l’étude des secteurs traditionnellement considérés comme des réseaux, l’auteur plaide pour un élargissement de la notion de réseau à partir d’une grille d’analyse permettant de qualifier la situation de réseau dynamique à partir de critères de reconnaissance. Reste qu’un réseau est plus ou moins caractérisé comme un lieu technique d’intermédiation économique et une plate-forme transactionnelle permettant la confrontation d’une offre et d’une demande. À ce titre, la distribution commerciale ou le système bancaire peuvent, par exemple, être caractérisés comme tels. Nul doute qu’une telle démarche devrait permettre d’éclairer les analyses prospectives sur la société et l’économie de l’information. Quant aux scénarii sur l’avenir de la « nouvelle économie », entre économie de la communication interactive et économie de la diffusion médiatique, les paris restent ouverts.
De FORNEL (Michel), QUÉRÉ (Louis) dir. – La logique des situations. Nouveaux regards sur l’écologie des activités sociales. – Paris, Éditions de l’école des hautes études en sciences sociales, 1999. 23 cm, 358 p. Notes bibliogr. (Raisons pratiques. Epistémologie, sociologie, théorie sociale. 10)
La problématique des situations qui a longtemps prévalu dans les sciences sociales s’articulait autour de l’idée de « définition de la situation » comme action d’un sujet rationnel qui sélectionne et analyse les conditions de son action. Désormais le travail des sciences cognitives consiste à réarticuler ces situations entre la place que prend l’environnement et la perception qu’en ont les acteurs. On pourrait ainsi rendre compte de la logique effective des situations et du rôle de l’expérience dans l’évaluation de ces situations. Cette démarche fait appel à de grands auteurs pragmatistes américains comme Mead, Dewey ou Goffman, mais le concept prend tout son sens lorsqu’il permet aux auteurs des contributions de « mettre en scène » et de décrypter les situations ordinaires comme les rapports de travail explorés, par exemple, via les CDD de la RATP pendant la Coupe du monde de juin 1998, ou encore l’attitude des piétons face à un chantier. L’humour des situations rend un texte accessible parfois ardu et permet de comprendre les questions actuelles posées par la cognition – qui dépasse les sciences sociales – et l’actualité de l’ethnométhodologie.
HUNYADI (Mark) – L’art de l’exclusion. Une critique de Michael Walzer. – Paris, Le Cerf, 2000. 18 cm, 147 p. (Humanités)
M. H., convaincu du devoir à accomplir – « préserver la pensée politique des fausses évidences qui l’obscurcissent » – entend démontrer les apories, impuissances et autres inconséquences du « modèle Walzer » en matière de traitement de la problématique multiculturaliste. La critique de principe porte surtout sur ce qui est décrit comme la frilosité du philosophe américain : malgré « les complexités et les incertitudes de la réalité », il ne faut en effet pas « avouer son impuissance à résoudre une question normative », quitte à « risquer une spéculation mal assurée, parce que trop abstraite ». Preuve en est ici faite, dans un court essai qui dénigre bien plus qu’il ne déconstruit ou argumente dans la contradiction.
JEANNENEY (Jean-Noël) dir. – Une idée fausse est un vrai fait : les stéréotypes nationaux en Europe. – Paris, Odile Jacob, 2000. 22 cm, 230 p. Notes bibliogr. Index.
Dans cet ouvrage collectif, acteurs et théoriciens de la construction de l’Europe confrontent leurs réflexions sur la fonction des stéréotypes nationaux et se soucient surtout de comprendre les ressorts et les mutations de ces idées reçues qui constituent un élément important des « cultures nationales ». La perception que chaque pays a des autres se trouve tantôt pervertie, tantôt enrichie par ces stéréotypes nationaux qui influencent en profondeur et durablement les comportements collectifs. L’analyse du rôle joué par les manuels scolaires, le sport, la télévision (les effets de la chaîne Arte, en particulier) sur l’évolution des stéréotypes nationaux dans les relations entre partenaires européens montre que l’Europe n’a pas contribué à les faire disparaître, mais à les rendre « gérables », c’est-à-dire à apaiser leurs conséquences humaines et politiques, et qu’elle a même su s’enrichir de leur diversité.
LABBÉ (Marie-Hélène) – La grande peur du nucléaire. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 22 cm, 134 p. Bibliogr. (La bibliothèque du citoyen)
S’interrogeant sur ce qui peut apparaître dans l’opinion comme « la grande peur du nucléaire », M.-H. L. réorganise le débat en repositionnant ses termes. Il s’agit en effet de distinguer la peur de l’arme de celle de l’énergie nucléaire, les « peurs citoyennes » des « peurs d’experts », des distinctions qui ne se recoupent pas nécessairement. Pour l’auteur, l’analyse des traumatismes fondateurs – Hiroshima et Tchernobyl – permet de mieux apprécier la profondeur de ces peurs nucléaires que sont la peur du nucléaire civil et la peur du nucléaire militaire. M.-H. L. interroge aussi le sens de ces « victoires de la peur » – qui convergent vers l’adoption probable de la National Missile Defense aux États-Unis. Comment par ailleurs envisager un débat démocratique sur l’avenir du nucléaire, indispensable à un moment où des pays, comme l’Allemagne, décident de « sortir du nucléaire » ? Autant de questions que ce bref ouvrage organise judicieusement.
MENON (Anand), WRIGHT (Vincent) eds – From the Nation State to Europe ? Essays on honour of Jack Hayward. – Oxford, Oxford University Press, 2001. 24 cm, 261 p.
Conçu en hommage à l’éminent spécialiste de science politique qu’est Jack Hayward, cet ouvrage collectif qui réunit auteurs européens et américains est centré sur les relations complexes et constamment évolutives entre l’Union européenne et ses États-membres, ainsi que sur l’influence qu’exerce l’intégration européenne sur les études conceptuelles et théoriques des politiques nationales en Europe. Les auteurs s’intéressent aussi au point de savoir si les instruments traditionnellement utilisés pour les études nationales sont ou non appropriés à l’étude de l’Union européenne : celle-ci représente-t-elle un laboratoire permettant de tester les concepts existants ou bien a-t-elle besoin de concepts spécifique ? Les conclusions vont plutôt dans le sens d’une complémentarité des axes de recherche.
MILLER (David) – Citizenship and National Identity. – Cambridge, Polity Press, 2000. 23 cm, VI-216 p.
Cette suite d’essais de D. M. décline la thématique des constructions communautaires fondée sur une démarche positive de citoyenneté en insistant sur la divergence profonde qui distingue lecture républicaine et lecture libérale de la communauté. Pour cela, D. M. articule les principes classiques de nationalité et de citoyenneté autour de l’idée de justice sociale et met en avant l’idée que seule l’identité nationale donne aux citoyens la « motivation » nécessaire à la réalisation de la justice. Il condamne du coup la croyance en une forme transnationale de citoyenneté telle que l’expérimente l’Union européenne. Centrant sa démonstration sur l’idée de justice, D. M. se révèle favorable à un éclatement des minority nations ; cette posture du droit des peuples à l’autodétermination ne doit pas être analysée uniquement sous le prisme négatif du sécessionnisme pour trouver sens et efficace politique. La justice doit cependant être comprise comme « globale » : les communautés nationales doivent conserver dans la réalisation de leurs spécificités le sens des intérêts des êtres humains.
ROBEL (Lauren), ZOLLER (Elisabeth) – Les états des noirs. – Paris, PUF, 2000. 24 cm, 117 p. Bibliogr. (Béhémoth)
Réflexion croisée sur la question raciale et le fédéralisme aux États-Unis, cet ouvrage entend mettre au jour une problématique rarement explorée : celle qui, prenant appui sur l’importance des institutions juridiques dans l’évolution des sociétés, permet d’expliquer l’échec du problème noir, sinon en totalité, du moins en partie, par les structures juridiques. L’intuition ici défendue est que le fédéralisme a peut-être, à l’origine, contrarié, puis condamné la solution du problème noir aux États-Unis. Démonstration convaincue de ce qu’il est impossible de comprendre le problème de la race aux États-Unis sans prendre en considération tout un ensemble complexe d’idées et de représentations sur les rapports entre pouvoir fédéral et pouvoirs fédérés, cet ouvrage qui relie signification culturelle de la race et signification culturelle du fédéralisme donne à lire ce dernier sous un nouvel angle, ainsi que les discriminations positives, nouvelle forme du principe d’égalité ayant pris corps en Amérique.
TOURAINE (Alain), KHOSROKHAVAR (Farhad) – La recherche de soi. Dialogue sur le sujet. – Paris, Fayard, 2000. 24 cm, 319 p. Index.
Les thèmes politiques et moraux n’appelant plus nécessairement l’écriture de livres compacts ou de traités systématiques, A. T. et F. K. adoptent dans cet ouvrage la démarche justement inverse : celle du dialogue. Elle doit permettre à A. T. de retravailler sa réflexion sur le « sujet », face à un F. K. qui, l’accompagnant dans son cheminement, ne saurait hésiter à exprimer réserves et inquiétudes. Dans l’exercice aux nombreuses interrogations métaphysiques, l’un et l’autre constatent que, face aux philosophies de l’histoire en ruines, à la pression de l’intérêt personnel et à l’autosatisfaction des tenants de l’ordre économique, l’individu d’aujourd’hui – pour retrouver le sens de sa vie – se tourne délibérément vers lui-même. C’est en lui qu’il découvre ainsi le désir de se construire comme sujet de sa propre existence. Option qui implique dès lors que l’action collective s’incarne davantage dans des mouvements culturels que dans des mouvements sociaux.
 
Pensée politique
 
 
LEYMARIE (Michel) – Les intellectuels et la politique en France. – Paris, PUF, 2001. 18 cm, 127 p. (Que sais-je ? 3584)
Les spécialistes salueront l’exercice difficile qui consiste à retracer en 127 pages plus d’un siècle d’histoire, en mettant en lumière les lignes de force, les personnalités emblématiques, les lieux et réseaux où se situent débats et controverses. M. L., auteur d’une thèse sur les Tharaud, d’un ouvrage sur De la Belle Époque à la Grande Guerre, a su allier l’exposition forcément simplifiée pour des raisons pédagogiques avec les acquis de la recherche historiographique la plus actuelle. L’introduction permet au non-spécialiste de mettre en perspective les études qui ont jalonné cette histoire et enrichi notre appréhension de ce nouveau champ historiographique. M.-L. déroule cette histoire des rapports entretenus par les intellectuels français à la politique en quatre parties chronologiquement délimitées, permettant de mettre en évidence après l’événement fondateur de l’Affaire Dreyfus, la césure de la première guerre mondiale, la période des années 1920 et 1930, « les Trente Glorieuses des intellectuels » après la seconde guerre mondiale, enfin l’histoire des dernières décennies du siècle marquées des débats sur la fin des idéologies et la fonction des intellectuels. Les grands courants idéologiques (pacifisme, nationalisme, anticolonialisme), les groupes (intellectuels catholiques, libéraux, communistes), les revues (de l’extrême droite à l’extrême gauche), les moments historiques forts de l’engagement (années 1930, Occupation, « guerre froide », guerre d’Algérie) figurent à l’appel sans qu’y manquent ceux des décennies 1980 et 1990 (guerre du Golfe, guerre des Balkans) et les débats qui agitèrent le milieu intellectuel français. M. L. n’évite pas le problème crucial des rapports des intellectuels et des médias. S’interrogeant en conclusion sur la délégitimation de l’intellectuel « spécialiste de l’universel », il décrit de façon pertinente la professionnalisation de l’activité intellectuelle, l’émergence de l’intellectuel expert et termine par une interrogation sur ce que pourrait être au nouveau siècle quelques-unes des fonctions des intellectuels. Ce petit livre aidera donc à se retrouver dans l’historiographie des intellectuels la plus actuelle, définie à juste titre comme complexe, non seulement par ses liens avec l’histoire politique mais aussi avec l’histoire sociale et l’histoire culturelle entendue comme celle des représentations et des valeurs.
MARIS (Bernard) – Keynes ou l’économiste citoyen. – Paris, Presses de Sciences Po, 1999. 22 cm, 126 p. (La bibliothèque du citoyen)
B. M. met en relation l’importance croissante prise par l’économie dans la vie politique et sociale et la forte incompréhension dont souffre la pensée keynésienne. Car, au-delà des options de politique économique par la relance macro-économique et la lutte contre le chômage, on a affaire chez Keynes à une véritable pensée des rapports entre économie et société. B. M. nous propose de redécouvrir cet auteur qui méprisait Marx, faisait rimer économie et civilisation et adorait la culture et la bonne vie. Réhabiliter cet économiste passionné par la Cité permet à B. M. de fustiger la tentation économétrique de cette discipline et son obsession pour les chiffres et les résultats, et de la remettre à sa place, entre art et politique. B. M. nous propose ainsi de ne pas entrer dans la pensée de Keynes par la Théorie générale ardue, révolutionnaire et définitive mais par ces essais et pamphlets qui font de Keynes un économiste citoyen qui prévoyait l’avènement de la Cité pour 2030. Cet essai, bien documenté, jette une lumière originale et savoureuse sur Keynes l’esthète et sur l’économie dans ce qu’elle peut contenir d’utopie.
 
Institutions politiques et administratives
 
 
ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L’HISTOIRE DE LA JUSTICE – La cour d’assises. Bilan d’un héritage démocratique. – Paris, La Documentation française, 2001. 24 cm, 319 p. (Histoire de la justice. 13)
La loi du 15 juin 2000 a réformé les cours d’assises en permettant l’appel contre les décisions criminelles. Ouvert depuis plusieurs années, le débat parlementaire, avait été précédé de ce très intéressant colloque organisé à la Cour de cassation en juin 1999. La question du jury y fut étudiée dans sa dimension historique, philosophique et pratique. Historique avec le long préalable du tribunal criminel départemental (1791) car, dès le départ, existaient la classification tripartite des infractions – contraventions, délits et crimes – le siège départemental, le code pénal et la procédure orale, publique et en quelque sorte accusatoire. Conquête de la Révolution, le jury est la conséquence de la souveraineté du peuple : Lucien Jaume nous montre, aidé de Tocqueville, que le principe n’a jamais pris en France, la force qu’il a aux États-Unis. Constitutionnalisé en 1848 le jury règne sous la Troisième République, en particulier pour les délits de presse. En matière criminelle, une étude des verdicts rendus, département par département, montre qu’au 19e siècle, les jurés populaires ont judicieusement tempéré la rigueur des lois. Réaménagé par Vichy qui y introduit des magistrats professionnels, le jury est conservé sous cette nouvelle forme lors du le rétablissement de la légalité républicaine dont Alain Bancaud précise cependant qu’il a supprimé les disqualifications et changé les proportions en augmentant le nombre de jurés. Cette présence de magistrats facilitera l’évolution des esprits, l’abandon du dogme de la souveraineté du peuple et le cheminement vers la nécessité d’une possibilité d’appel, pour éviter l’erreur comme pour être conforme à la convention européenne des droits de l’homme. Extrêmement riche, ce livre contient également des aperçus aussi variés que les discussions américaines sur la représentativité des jurys (au regard de la race ou du sexe), la place du procès d’assise dans la littérature, ou les réflexions de Casamayor qui, pour Denis Salas le maître d’œuvre de ce colloque, sert en quelque sorte de caution morale.
AZIMI (Vida) – Les premiers sénateurs français. Consulat et Premier Empire 1800-1814. Préf. de Christian Poncelet. – Paris, Picard, 2000. 24 cm, 270 p. Index.
Le mode de la prosopographie permet, au nom de la sociologie, de tirer de l’opprobre des assemblées aussi discréditées que le Sénat des premier ou deuxième Empire. Celui-ci, le premier du nom dans l’histoire française, succède au Conseil des anciens du Directoire qui, lui, avait été élu. Nommé par Bonaparte, qui a souvent suivi les conseils de Roedere ou Sieyès, ce Sénat n’a pas brillé par son courage puisqu’il n’est sorti de sa somnolence que pour voter la déchéance de l’empereur, se rallier à Louis XVIII en lui présentant une constitution où les sénateurs continueraient à être bien payés ! Le roi ne tint aucun compte de ce document mais, bon prince, nommera de nombreux sénateurs dans sa chambre des pairs. Le plus intéressant de ces pages se trouve donc à la fin d’un livre où sont publiées les notices biographiques de ces nouveaux venus où, grande nation oblige, on compte dix-sept Italiens, 4 Allemands, et une dizaine de Belgo-hollandais. Ces derniers étaient déjà tous riches et pourvus quand ils sont nommés ; ils sont donc de meilleure naissance que les Français où le brassage social de la Révolution a déjà eu lieu. Si bien que sont ici réunis 51 militaires où se retrouvent des représentants des anciennes familles, mais 27 avocats contre 9 magistrats signent la défaite des anciens Parlements ; les ecclésiastiques s’en sortent mieux puisqu’ils sont dix et seul l’abbé Sieyès n’est pas évêque. Citons encore onze négociants-banquiers, souvent échevins de leur ville, neuf administrateurs, sept médecins, cinq diplomates, huit professeurs de sciences, quatre ingénieurs qui, tous annoncent la méritocratie de demain tandis que, seuls de leur état, un artiste-peintre et un homme de lettres devront encore attendre pour accéder à la notoriété du siècle.
CASESSE (Sabino) – La construction du droit administratif. France et Royaume-Uni. – Paris, Montchrestien, 2000. 20 cm, 155 p. (Clefs Politique)
Cet ouvrage, qui traite à la fois d’histoire et de droit comparé, entend retracer le développement du droit administratif en France et au Royaume-Uni au 19e siècle ainsi que son évolution jusqu’à la situation actuelle. Et si l’histoire doit permettre de définir les grandes périodes de formation, la comparaison entend, elle, fixer les types idéaux en la matière. Cette habile synthèse permet surtout de récapituler les différences et les ressemblances qui caractérisent les deux pays en matière de droit public, ainsi que de penser leurs modalités propres d’enseignement à l’université. Il persiste toutefois une « question de fond » pour l’auteur : celle de savoir si l’on assiste à l’enregistrement de convergences croissantes en matière d’institutions, mais dans des contextes qui restent radicalement différents, ou bien si le scénario est plutôt celui de contextes devenus très semblables alors que subsistent des différences profondes entre institutions.
DE KERCHOVE (Gilles), WEYEMBERGH (Anne) dir. – Vers un espace judiciaire pénal européen. Préf. d’Élisabeth Guigou. – Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2000. 24 cm, 371 p. (Études européennes)
Devant l’insuffisance des procédures actuelles de coopération judiciaire entre États-membres et l’Union européenne face à l’internationalisation des diverses formes de criminalité, telles que fraudes, traite des êtres humains, blanchiment d’argent sale, et les perspectives ouvertes par le traité d’Amsterdam et le sommet de Tampere d’octobre 1999 prévoyant la création d’un espace judiciaire européen, les auteurs de cet ouvrage collectif, francophones et anglophones, proposent une réflexion sur ce nouveau grand chantier européen. Ils examinent ainsi les aspects institutionnels du projet, les acteurs de la justice pénale européenne et l’avenir des différents mécanismes de coopération ; ils débattent notamment de l’instauration d’un parquet européen et d’une meilleure protection des intérêts financiers de l’Union européenne (budget communautaire, Euro…).
DELPÉRÉE (Francis) – Le fédéralisme en Europe – Paris, PUF, 2000. 18 cm, 126 p. (coll. « Que sais-je ? » 1953)
Rappelant que le fédéralisme s’inscrit dans toute réflexion sur l’Europe, l’auteur examine la question d’un triple point de vue, celui des interventions de la collectivité fédérée (Land, région ou communauté), celui des interventions de l’État fédéral (Allemagne, Autriche, Belgique) et celui des interventions de l’Union européenne. L’Europe qui n’est ni un État unitaire ni un ensemble fédéral, possède un ordre juridique propre dans lequel prévaut la primauté du droit communautaire sur le droit national, mais avec certaines limites ; l’action intégrée doit en effet tenir compte de préoccupations démocratiques, nationales et fédérées. F. D. estime, pour sa part, qu’il convient de résoudre cette problématique en construisant une nation européenne pluri-étatique, afin de donner à un ensemble d’États – dont certains sont fédéraux – des préoccupations politiques communes et des finalités partagées.
GHORRA-GOBIN (Cynthia) – Les États-Unis entre local et mondial. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 19 cm, 288 p. Bibliogr. Index. (Références inédites)
À l’heure où la carte contemporaine de l’activité économique ne coïncide plus avec celle des États-nations, le niveau local, se recomposant sous les effets de la métropolisation, doit être rendu intelligible sur la scène politique. Il s’agit d’inventer de nouvelles formes de représentation politique prenant en charge les disparités spatiales, les revendications identitaires ainsi que les flux migratoires à l’échelle de la métropole. C. G.-G. prend opportunément l’ambitieux exemple des États-Unis pour analyser les effets de la mondialisation à l’échelon local et les débats qu’ils suscitent. L’auteur entend montrer comment la société américaine, prenant conscience des changements liés aux nouvelles contraintes de l’économie, redéfinit le cadre politique du fédéralisme mais tend aussi à donner sens à l’articulation entre mondial et local, tout en défendant des valeurs plus « fédérales ». Un ouvrage qui examine le sens de l’invention d’un « megagovernment », corollaire obligé de la « megacity ».
LAHMER (Marc) – La Constitution américaine dans le débat français : 1795-1848. – Paris, L’Harmattan, 2001. 22 cm, 478 p. Bibliogr. (Logiques juridiques)
Pour M. L., le propre du constitutionnalisme américain est la balance des pouvoirs et non un prétendu « régime présidentiel » qui n’a jamais existé que dans les commentaires des professeurs français de la fin du siècle dernier qui l’ont transmis au nôtre. Car la balance des pouvoirs implique la division du pouvoir législatif entre la chambre des représentants et le Congrès des États, division qui, ayant été refusé en 1789, 1848 et 1946, n’est pas dans la tradition spontanée de la France. À l’inverse, la division du pouvoir législatif et la séparation des pouvoirs a été le fait de la Constitution de 1795 qui, compte tenu de son destin, n’a pas grande réputation. C’est pourtant celle que l’auteur choisit d’étudier en l’appelant le « moment américain » de la Révolution française, celui où les conventionnels, traumatisés par la terreur et taraudés par la nécessité de « terminer » la révolution, ont été le plus ouverts à une philosophie négative d’un pouvoir dont il faut se garder et donc à la division du pouvoir législatif, conçue et défendue comme la meilleure garantie des droits. Toute cette sagesse sera oubliée en 1848 qui divise la souveraineté entre une Assemblée unique et un président élu de façon directe, mais sans lui donner d’armes en termes de veto ou de dissolution. Riche de lectures contemporaines des événements analysés et faisant preuve de cette compréhension interne que permet la plongée sans a priori dans les textes anciens, M. L. apporte une moisson de faits et de réflexions qui sont au rebours de la doctrine universitaire.
LECLERCQ (Claude) – Droit constitutionnel et institutions politiques.10e éd. – Paris, Litec, 1999. 24 cm, 657 p. Index.
Plutôt que d’envisager le droit constitutionnel comme une superposition d’institution, Cl. L. nous le présente comme le fruit d’un esprit et d’une logique dont il convient aussi de connaître la grammaire. Bien sûr il cède aux exigences du genre et nous présente de manière exhaustive les grandes institutions de la Cinquième République et des exemples des différents systèmes politiques, depuis les États-Unis et la Chine jusqu’à l’Italie et le Japon en passant par la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Mais l’ouvrage, déjà imposant, prend toute sa valeur dans les choix pédagogiques qu’il engage : plutôt que de sacrifier au cumul des savoirs, Cl. L. choisit de commencer par une introduction méthodologique aux enjeux du droit constitutionnel, de la séparation droit public-droit privé et de la dynamique du droit constitutionnel. Il décline ensuite de manière claire les principes structuraux de ce droit avant d’aborder et d’approfondir l’exposé sur les systèmes contemporains.
LEQUESNE (Christian) – L’Europe bleue : à quoi sert une politique communautaire de la pêche ? – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 22 cm, 239 p.
S’appuyant sur trois années d’entretiens menés auprès des institutions communautaires, des administrations nationales, des pêcheurs, de scientifiques et d’ONG de cinq pays de l’Union européenne, Ch. L. étudie les conditions de formulation et de mise en œuvre à partir des années 1970, de la politique communautaire de la pêche. Cette approche sectorielle lui donne l’opportunité d’éclairer les grandes questions que pose l’analyse du système politique européen : la distribution des pouvoirs entre des institutions agissant à plusieurs niveaux, les spécificités de la représentation européenne des intérêts et ses interactions avec les corporatismes nationaux et locaux, l’allocation et la redistribution des ressources dans un espace transnational, la régulation des ressources dans un espace transnational, la régulation et l’expertise comme modes opératoires de la décision, les processus de légitimation dans un système politique contesté, enfin le positionnement de l’Union européenne en tant qu’acteur de la scène mondiale.
MAHÉ (Louis-Pascal), ORTALO-MAGNÉ (François) – Politique agricole : un modèle européen. – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 22 cm, 235 p. Bibliogr.
Présentant une analyse économique des politiques agricoles française et européenne, les auteurs estiment qu’elles vont trop souvent à l’encontre de leurs objectifs politiques déclarés et des attentes de la société. Ils soulignent que le changement de contexte historique et économique remet en question les bases mêmes de la PAC, que la réforme de 1992 n’a pas su modifier en profondeur. Les effets de la PAC sur le niveau général des revenus agricoles et sur leur répartition entre agriculteurs sont discutables ; elle crée des rentes de situation inégalitaires, encourage de manière excessive le développement des productions agricoles de base et conduit à une dégradation des ressources naturelles de l’espace rural. Ces errements prolongés proviennent de processus de décisions publiques biaisés par une représentation partielle des intérêts en jeu. Seule une politique agricole et rurale intégrée, où les aides sont entièrement liées à la fonction environnementale, rurale et territoriale des agriculteurs, assurera la préservation et l’épanouissement d’un véritable modèle européen de l’espace rural et donnera à l’Europe communautaire la capacité de défendre ses intérêts au sein de l’OMC.
POUCET (Bruno) dir. – La loi Debré. Paradoxes de l’État éducateur ? Actes du colloque d’Amiens, 9-10 décembre 1999. Préf. de Jacky Beillerot. – Amiens, Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie d’Amiens, 2001. 29 cm, 273 p. Bibliogr. Index.
Cette publication est un modèle. Quinze mois après un colloque centré sur l’étude d’une loi, il est publié avec ses débats et ses annexes où se trouvent documents préparatoires et états successifs d’une rédaction qui a duré près d’un an. Texte emblématique de la nouvelle République, il a suscité de nombreuses et longues oppositions qui, le temps passant, ont été mises sur le compte de malentendus et d’ignorances réciproques entre deux mondes étrangers l’un à l’autre. Consacrant le principe d’une aide publique à l’enseignement privé, elle sera ensuite confirmé par le Conseil constitutionnel en 1977 et prise en compte au moment des lois de décentralisation de 1985. Révolution juridique, cette loi, expérimentale, dérogatoire et limitée dans le temps annonçait des techniques d’écriture banalisées depuis. Elle devait modifier en profondeur la sociologie de l’enseignement privé dont le niveau s’est élevé à mesure qu’il s’est secondarisé et que les congrégations se sont retirées. Un des grands mérites de ce colloque aura été d’étudier les « stratégies » des familles, « zappant » d’un enseignement à l’autre, comme d’avoir évalué concrètement les résultats comparés de l’enseignement public et privé, en particulier au regard des succès des enfants étrangers qui réussissent mieux dans le privé. Deux contributions sont particulièrement remarquables : celle de Bernard Toulemonde qui analyse la structure juridique d’une loi complexe, et celle de Claude Durand-Prinborgne situant cette loi dans la tradition républicaine comme dans le cadre européen dont les première directives vont dans les mêmes directions de libertés aidées par les fonds publics que celles jadis ouvertes de la loi Debré.
RÉMOND (Bruno) – De la démocratie locale en Europe. – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 22 cm, 156 p. (La bibliothèque du citoyen)
Une analyse comparative des formes de démocratie locale qui prévalent au sein de l’Union européenne avec le système politico-administratif centralisé français, qui fait figure d’exception, conduit l’auteur à plaider en faveur d’une modernisation de la démocratie française s’inspirant de ces exemples. Qu’il s’agisse d’États fédéraux comme l’Allemagne ou la Belgique, de nations unitaires centralisées comme l’Italie ou l’Espagne ou d’un ensemble multinational comme le Royaume-Uni, il apparaît que l’autonomie territoriale peut être conçue sans faire appel à l’autodétermination et sans aboutir à l’indépendance. Pour B. R., il est possible et souhaitable de dépasser les lois de décentralisation et de revoir la répartition des pouvoirs, du national au local, sans nuire à leur efficacité, et de reconnaître enfin la légitimité du pouvoir territorial.
 
Forces et comportements politiques
 
 
CAUTRÈS (Bruno), REYNIÉ (Dominique) dir. – L’opinion européenne 2001. – Paris, Presses de Sciences Po, Fondation Robert Schuman, 2001. 24 cm, 291 p.
Conjuguant les données d’enquêtes d’opinion européennes et nationales et les analyses politiques de spécialistes du domaine, ce 2e volume, riche d’informations, fait d’abord le point sur plusieurs aspects de la construction européenne actuellement en discussion : les projets de constitution européenne, liés à la question d’une Europe politique dont il faut définir les objectifs, la citoyenneté de l’Union et le soutien communautaire apporté aux langues régionales. D’autres contributions sont plus directement consacrées à l’opinion publique européenne : à sa perception du rôle des institutions européennes, à la difficulté de faire émerger un grand projet européen mobilisateur, à de nouvelles modélisations liant l’économie et la politique en France et en Allemagne, tandis qu’une série d’indicateurs de l’Eurobaromètre permettant de préciser la nature et le contenu des préoccupations environnementales des Européens. Comme dans le volume précédent, trois pays font l’objet d’une étude de leur position vis-à-vis de l’Europe : ce sont cette fois la Suède, la Belgique et l’Autriche. Le panorama est complété par une analyse de l’attitude des Français face à l’Euro et par d’autres enquêtes comparatives menées à l’échelle européenne.
LEONARD (Dick), MORTIMORE (Roger) – Elections in Britain. A voter’s Guide. Préf. de David Butler. 4th ed. – Basingstoke, Palgrave, 2001. 22 cm, 288 p. Notes bibliogr. Index.
Pour la quatrième édition de son guide des élections, Dick Leonard a travaillé avec Roger Mortimore de MORI. Cet ouvrage concis et précis explique clairement et simplement le fonctionnement et le déroulement des élections en Grande-Bretagne, de la dissolution du Parlement par le Premier ministre, au déroulement des opérations de vote. Il offre une source d’information de base sur le financement des dépenses électorales, la législation en matière d’organisation de la campagne, le rôle des médias et les pratiques de campagne au niveau national et local. L’index permet une manipulation rapide et facile et les appendices fournissent entre autres les résultats aux élections générales depuis 1945 et les professions des députés de la législature 1997.
SAINTENY (Guillaume) – L’introuvable écologisme français. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 538 p. Bibliogr.
G. S. part du constat que la participation des Verts au pouvoir intervient à un moment de grande faiblesse de l’écologisme, masquant ainsi une fragilité et des déficiences structurelles persistantes. Cet écologisme, né avec l’ambition de devenir un acteur autonome, capable de supplanter les autres partis en subvertissant le clivage gauche-droite, les hiérarchies, le champ politique et la technocratie, se découvre sous la plume de G. S. comme bien loin de supplanter acteurs et pratiques, dont les écologistes sont devenus « les supplétifs ». Cet ouvrage examine les configurations plus ou moins favorables qui se sont succédé, dessinant finalement un écologisme dont il faut chercher les raisons de son incapacité à se constituer en parti de pouvoir. Pour l’auteur, une grande part de l’échec des écologistes français leur est imputable via une série d’insuffisances et d’inaptitudes, au rang desquelles divisions, luttes de factions, incapacités à structurer un électorat et à dépasser une crédibilité sectorielle, sans compter les « erreurs stratégiques ». Ce qui conduit bien sûr à poser la question « prospective » de l’avenir d’un écologisme français décrit comme bien infantile.
 
Biographies et mémoires
 
 
ALLÈGRE (Claude) – Toute vérité est bonne à dire. Entretiens avec Laurent Joffrin. – Paris, Fayard, Robert Laffont, 2000. 24 cm, 311 p.
Mis à part les propos sur l’éducation qui sont bien connus – passion pour la recherche, désir de modernisation, et démêlés avec les syndicats et professeurs du secondaire –, le plus intéressant de ces pages est nettement à trouver dans la description de sa longue amitié avec le Premier ministre dont il fait un portrait plausible et attachant : passionné de politique, élevé à l’école mitterrandienne de l’analyse du rapport de force où il puise sa légitimité, excellent orateur capable d’improviser comme d’expliquer, homme fidèle et pudique où Jospin est souvent obligé de cacher Lionel. L’information est évidemment à sens unique. Car sinon, comment savoir que ces terribles IUFM, où s’élabore ce langage abscon qu’il appelle l’Éd. Nat, ont été créés dans les années 1988-1990, au temps où un ministre de l’Éducation nationale, du nom de Jospin, avait comme directeur de cabinet un ami appelé Claude Allègre qui, tous deux, furent d’accord pour faire que les instituteurs fassent leurs trois années d’études à l’université, et ont accepté que les anciennes écoles normales se reconvertissent dans la seule pédagogie, désormais enseignée à l’ensemble des futurs professeurs, tous dénommés enseignants.
ASSOCIATION GEORGES POMPIDOU – Un politique : Georges Pompidou. Sous la direction de Jean-Paul Cointet, Bernard Lachaise, Gilles Le Béguec, Jean-Marie Mayeur. – Paris, PUF, 2001. 22 cm, 437 p. Index. (Politique d’aujourd’hui)
Ce livre collectif, issu d’un colloque qui a eu lieu les 25 et 26 novembre 1999, est publié, avec des débats bien transcrits, ce qui est assez rare pour être noté. En particulier quand il s’agit de témoins de la qualité de Pierre Messmer qui, en sa double qualité de gaulliste du 18 Juin et de Premier ministre de 1972 à 1974, servait à la fois de caution et de critique. Caution pour dire que Georges Pompidou, qu’il n’avait pas réellement connu avant d’être son Premier ministre, avait réussi son destin dans la mesure où il avait contribué à enraciner la Cinquième République. Mais aussi critique pour mettre en garde les historiens contre une interprétation trop hâtive de documents écrits ou de relations notées dans un carnet d’adresses puisque l’amitié avec L. Senghor n’avait eu aucune influence sur la Communauté de 1958, ou que les personnes vues tous les jours sont justement celles qui ne sont pas notées ! Grâce aux témoignages d’Étienne Burin des Roziers et Jean Donnedieu de Vabres, on comprend comment un homme, qui n’avait pas fait de résistance, a pu s’imposer dans le compagnonnage grâce à l’amitié cultivée d’André Malraux ou Edmond Michelet, et comment il a su construire une force qui lui soit propre en élargissant son cercle d’influence des mouvements gaullistes aux centristes en passant par les jeunes de l’UJP, à une époque où la France découvrait le jeu nouveau de la bipolarisation.
DE TARR (Francis) – Pierre Mendès France, un témoignage. Préf. de Claude Nicolet. – Tulle, Mille Sources, 2001. 22 cm, 64 p. Index.
Ce petit témoignage est un bijou de probité, de modestie et donc de vérité. En 1955, Fr. de Tarr était un étudiant de l’université de Yale à qui son professeur en science politique propose comme sujet de thèse « le parti radical », parti, dont avec Maurice Barrès, il pense qu’il se confond avec « la France même ». Et le jeune étudiant d’arriver à Paris à l’automne de l’année où PMF en prit le contrôle, pour conduire ce parti-là où l’histoire ne l’attendait plus. Ce témoignage est donc l’histoire d’un parti qui, divisé en « radicaux de gestion » et « réformateurs », eux-mêmes divisés en laics et non-laïcs, a suscité l’espoir d’une génération (François Goguel, Jean Touchard, Jacques Kayser, Pierre Avril, Claude Nicolet, etc.) qui feront leur chemin, mais chacun à sa façon. Ce que PMF voyait fort bien en disant que ce parti n’était plus qu’une collection de personnalités individuelles. Il ne faut pas en chercher ici les raisons, mais simplement se laisser aller au plaisir du rappel d’une époque où une thèse pouvait être lue par un ancien chef de gouvernement et être à l’origine de rencontres amicales qui, s’échelonnant de 1955 à 1982, passeront en revue des sujets aussi divers que le Vietnam (où personne n’a jamais cru que les élections seraient organisées), l’Algérie (où la politique de la France fut la plus bête), ou François Mitterrand (à qui il est amèrement reproché d’avoir aidé les communistes à sortir de leur ghetto sans avoir rien demandé en échange).
FONDATION CHARLES DE GAULLE – Charles de Gaulle, la jeunessse et la guerre. Colloque international, Lille, 5-6 novembre 1999. – Paris, Plon, 2001. 24 cm, 335 p. Bibliogr. Index. (Espoir)
Après les grands colloques chronologiques (rétablissement de la légalité républicaine, discours de Bayeux et Épinal, avènement de la Cinquième République), la fondation Charles de Gaulle a décidé de prendre les choses par le début, c’est-à-dire par les années obscures de la formation : famille, éducation religieuse, intellectuelle et militaire, la guerre où le Saint-Cyrien affronte l’épreuve du feu, de la captivité et des évasions ratées et enfin la Pologne où il retrouve à la fois la guerre et les conférences données devant ses pairs. Le sujet était difficile car rien de nouveau n’a été publié depuis les Lettres, notes et carnets de 1980. Les communications sont donc ici de deux ordres ; d’abord celles qui approfondissent des lieux fréquentés (les jésuites ou Lille) ou des auteurs ou revues mentionnés (Barrès, Boutroux, Bergson, Le Correspondant, Péguy, Psichari) ; ensuite celles qui essaient de cerner un environnement (l’Affaire Dreyfus, le catholicisme critique de Paul Viollet, ami du grand-père (par Vincent Duclert), le rapport d’une génération d’officiers à la République (Jean-François Chanet), avec une mesure de l’audience du Sillon (Odile Gaultier-Voituriez). Il faut ajouter que la publication fait une large place aux débats où une nouvelle génération d’historiens s’est imposée. Ceci ajoute à l’intérêt d’un travail collectif qui a réussi à désenclaver et renouveler un sujet plus complexe qu’il n’y paraît et donc à arracher le personnage aux comparaisons trop faciles avec l’enquête d’Agathon, où le poids des lecteurs de L’Action française était dominant.
LAURENT (Sébastien) – Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme. Préf. de Serge Berstein. – Paris, Grasset, 2001. 24 cm, 601 p. Bibliogr. Index.
Daniel Halévy est une référence un peu magique : qui ne se souvient avec gratitude de L’apologie pour notre passé, qui racontait sa jeunesse dreyfusarde, aux côtés de Péguy, ou de La fin des notables, qui évoquait les temps obscurs des débuts d’une Troisième République dont il allait bientôt voir la fin. Et c’est là que le bât va blesser car Halévy, le fils de Ludovic, théoricien du franco-judaïsme et le frère d’Élie, le philosophe du libéralisme anglais, sera aveugle devant le maréchal et son maréchalisme auquel il restera fidèle jusqu’à la fin. Alors qu’il avait reçu le commandant de Gaulle, dans son salon de l’Horloge, alors que Louis Joxe serait son gendre ! Ce mystère a donné matière à une excellente biographie si réussie qu’elle a été couronnée par le prix François Furet. Grâce au talent de S. L., on découvre le jeune Daniel au lycée Condorcet, où il fait la connaissance de tous ceux qui deviendront les premiers dreyfusards et on le suit dans une éducation qui doit plus à la conversation des salons orléanistes et à la littérature d’une époque qu’à une réflexion proprement politique. Avant la guerre de 1914 il s’intéresse au socialisme, participe au mouvement des universités populaires. Après la guerre traversée d’abord comme interprète, puis comme agent mis à la disposition du ministère des Affaires étrangères, pour travailler à la Maison de presse où règne Philippe Berthelot, il retourne à l’édition. C’est alors qu’il devient le célèbre inventeur des Cahiers verts de Grasset qui publieront en douze ans 109 titres et 77 auteurs parmi lesquels Mauriac, Giraudoux, Maurois, Tolstoï sans oublier Maria Chapdelaine de Louis Hémon qui ouvrit la série. Reste le mystère final d’un homme entraîné par sa critique de la République jusque dans le voisinage de Maurras qu’il ne quittera plus. La question dépasse de beaucoup l’homme de lettres ; elle met en cause toute une société orléaniste et parlementaire, devenue républicaine et même sociale, sans avoir réfléchi à l’équilibre général d’un régime où la défense des valeurs avait été laissée sans la moindre instance de recours.
MARKOVITS (Claude) – Gandhi. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 19 cm, 280 p. Bibliogr. Index. (Références Facettes)
Souhaitant trouver une posture non répétitive pour traiter de cette icône du 20e siècle qu’est Gandhi, C. M. a décidé d’opter pour une double focalisation : s’intéresser dans un premier temps aux représentations existantes de Gandhi, non seulement dans les écrits mais aussi dans les images, puis réfléchir sur l’impact que Gandhi a eu sur son siècle. Dans cet ouvrage, l’auteur ne retrace pas la vie de Gandhi, il l’évoque pour mieux la dépasser et la comprendre. Il s’agit en effet, à côté de l’immense littérature existante, qui se concentre avant tout sur la personnalité de Gandhi et sur ses idées, de fournir une appréciation équilibrée de son rôle historique. Cet ouvrage tente d’éclairer la transformation de Gandhi en symbole nationaliste ou pacifiste et d’expliquer l’extraordinaire « deuxième jeunesse » de Gandhi plus de cinquante ans après sa mort.
ROTH (François) – Raymond Poincaré. – Paris, Fayard, 2000. 26 cm, 715 p. Bibliogr. Index.
Raymond Poincaré attendait sa grande et belle biographie. Dernière figure heureuse de la Troisième République, il a parfaitement incarné la difficulté de cette dernière puisque l’homme s’est toujours pensé comme un homme de gauche que le malheur des temps obligeait à gouverner à droite. Raymond Poincaré est un légiste, partisan de la séparation de l’ordre civil de l’ordre religieux. Il restera donc séparé de la droite « de toute la distance de la question religieuse ». Pourtant, il fut favorable à l’équilibre économique, à la représentation proportionnelle et au vote des femmes avant-guerre, et a été élu président du Conseil en 1912 dans une atmosphère d’unanimité nationale tout à fait exceptionnelle. Il aurait pu achever l’œuvre constitutionnelle de Jules Ferry, son maître : les circonstances internationales vont l’en empêcher. Président de la République, il est condamné à l’impuissance et, après la guerre, sera l’objet d’une campagne haineuse d’une rare violence de la part des pacifistes comme des communistes : « Poincaré, la guerre », « L’homme qui rit dans les cimetières », etc. Il quitte l’Élysée en 1919 et présente l’unique cas de deux retours réussis comme président du Conseil, en 1922, d’abord, en 1926, ensuite, quand il revient « sauver le franc », ce qui le fait héros de la bourgeoisie mais non-héros national. L’immense science de F. R. s’applique à démêler les fils nationaux et internationaux d’une politique républicaine lucide et non chauvine, qui s’étend sur plus d’un demi-siècle. Dans un style limpide, il fait revivre ce Lorrain, cet homme de la frontière. Et surtout, il consacre tout un dernier chapitre à situer l’homme entre la légende (la plus souvent noire) et la réalité qui fut celle d’un patriote de grande intelligence, de grand courage comme de grand jugement, mais dépourvu de cette étincelle de génie qui permet l’inscription dans le cœur des peuples.
 
Cadres économiques et sociaux
 
 
BORRILLO (Daniel) – L’homophobie. – Paris, PUF, 2000. 18 cm, 128 p. Que sais-je ?)
Pour D. B. la préoccupation récente pour l’hostilité à l’égard des gays et des lesbiennes change la façon dont la question a été problématisée jusqu’ici. Le fait que l’attention se porte désormais sur les raisons qui ont mené à considérer l’homosexualité comme déviante, et non plus sur l’étude du comportement homosexuel, relève d’un changement aussi bien épistémologique que politique. Ce n’est plus aujourd’hui la « question homosexuelle » qui mérite problématisation, mais la « question homophobe ». L’auteur présente un état des lieux et aborde plusieurs thématiques qui donnent de nouvelles clefs pour penser l’homophobie aujourd’hui. Comment définir l’homophobie et quels sont ses rapports avec les autres formes de stigmatisation ? Comment et à partir de quels discours la suprématie hétérosexuelle ainsi que la dévalorisation corrélative de l’homosexualité ont-elles été construites ? Comment définir la personnalité homophobe ? D. B. propose enfin un tableau des stratégies institutionnelles, préventives et/ou répressives, susceptibles de contrer cette forme spécifique d’hostilité et d’exclusion.
ROCHEFORT (Robert) – Vive le papy-boom. – Paris, Odile Jacob, 2000. 22 cm, 291 p. Bibliogr.
Dans ce livre, R. R., directeur du CREDOC, part en éclaireur dans l’analyse des effets du vieillissement de la population et de l’allongement de la durée de vie. Il évoque tour à tour les phénomènes sociaux que représentent le fait que les seniors ont un pouvoir d’achat équivalant à celui des actifs, le rapport entre leur richesse relative et celui des bourses, l’évolution des dépenses de santé et la sexualité après 60 ans, le développement de la vie associative, le problème des retraites, la solitude, la maladie et la mort. S’interrogeant sur la valorisation du vieillissement dans une société vouée au « jeunisme », R. R. plaide pour une société intergénérationnelle plus stable et plus signifiante, impulsée par des décisions politiques fortes et susceptibles de tracer des trajectoires collectives.
 
Relations internationales
 
 
ENCEL (Frédéric) – Le Moyen-Orient entre guerre et paix. Une géopolitique du Golan. – Paris, Flammarion, 1999. 21 cm, 240 p. Bibliogr. Index. (Essais)
F. E. s’est fait une spécialité des zones de conflits du Moyen-Orient. Ici, c’est le tour du Golan, marche méridionale de la Syrie occupée par Israël en 1967. À l’en croire, le Golan revêtirait une « valeur stratégique objective » ou « intrinsèque ». Sans trop approfondir ce concept, il procède à une brève présentation géographique enrichie d’une cartographie excellente et il rappelle les campagnes militaires de 1949-1973 (mais passe sous silence la réoccupation par Israël, de 1949 à 1967, des « zones démilitarisées »). Il aborde naturellement l’enjeu des ressources hydrauliques et consacre le tiers de l’ouvrage à la question des « représentations » antagoniques syro-israéliennes.
GIRAULT (René) – Être historien des relations internationales. – Paris, Publications de la Sorbonne, 1998. 24 cm, 435 p. Bibliogr. Index. (Série internationale. 56)
Recueil de textes sélectionnés par les disciples de R. G., cet ouvrage entend donner témoignage de la « méthode Girault » et de ses enseignements pour tous les historiens conduits à faire l’histoire des relations internationales mais aussi à réfléchir en continu sur la validité et les méthodes de leur propre discipline. Pour l’auteur du « Tout historien est prisonnier de son temps », l’enjeu est double. S’il s’agit de reconnaître à l’historien sa part de citoyenneté et le devoir de scruter le passé en fonction des enjeux du présent, il n’en reste pas moins essentiel, et dans le même mouvement, de se méfier de l’environnement culturel qui fait voir les réalités, les attitudes et les perceptions d’hier au prisme déformant des présupposés d’aujourd’hui. Il s’agit donc de remonter et de déconstruire avec R. G. ces « stades historiographiques » qui sont aussi l’histoire des relations internationales. On relit à cette occasion, et utilement, les questions de l’impérialisme et du poids de l’économie, la place de l’imaginaire, le rôle de la France dans les années 1930, la problématique de la puissance ainsi que la question de l’Europe. Le parcours proposé au lecteur a pour but de montrer la « méthode Girault » en application : elle refuse précisément toute histoire unidimensionnelle et toute explication mono-causale par le « tout-économique » ou le « tout-culturel », au gré des modes intellectuelles du moment.
GROSSMAN (Emiliano), IRONDELLE (Bastien), SAURUGGER (Sabine) – Les mots de l’Europe : lexique de l’intégration européenne. Sous la direction de Jean-Louis Quermonne. – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 19 cm, 363 p. Bibliogr. Index. (Références inédites)
Dans un souci de transparence et de clarification d’une terminologie dont les implications sont présentes quotidiennement dans la vie du citoyen européen, ce lexique recense 250 termes récurrents dans le langage administratif, dans les textes législatifs et dans l’analyse politique et historique de l’intégration européenne. Chaque terme fait l’objet d’une notice détaillée, proposant une définition, des exemples et des références juridiques lorsque cela est nécessaire. En plus de la bibliographie générale et des index français, anglais et allemand figurant à la fin de l’ouvrage, des suggestions bibliographiques spécifiques et des sites Web accompagnent chacune des notices.
SICILIANOS (Linos-Alexandre) – L’ONU et la démocratisation de l’État. Systèmes régionaux et ordre juridique universel. – Paris, Éditions Pedone, 2000. 24 cm, 321 p. (Publications de la Fondation Marangopoulos pour les Droits de l’Homme)
La démocratisation des États tient à deux problèmes : la légitimation et l’universalisation de l’« impératif démocratique », l’existence d’une action réelle de promotion de l’idéal démocratique. Le foisonnement et la complexité de l’appareil conceptuel et opérationnel de l’ONU sont étudiés ici dans cette perspective. L’impératif démocratique tient une place toute particulière en tant qu’objectif devenu lentement essentiel au côté de la défense des droits de l’homme dans les discours et les pratiques de l’administration onusienne. Cet objectif correspond pour L.-A. S. à une rupture avec la neutralité légendaire des Nations unies vis-à-vis des régimes politiques et caractérise un nombre croissant d’activités onusiennes durant ces dernières années. La démocratie est ainsi venue compléter la chaîne de la paix et du développement comme domaines traditionnels d’activité de l’ONU. Ce qui ne va pas sans poser de problèmes lorsque l’ONU ne se permet pourtant pas d’identifier le concept de démocratie avec un modèle de gouvernement, surtout lorsque se pose la question pratique du modèle participatif à encourager dans le cadre de l’assistance électorale. Ce hiatus fait qu’en dépit de la maturation conceptuelle de l’impératif démocratique, l’ONU demeure un organe d’accompagnement de la démocratisation très intéressant juridiquement mais faible politiquement et judiciairement, et qui ne semble au final en mesure que de réprouver ou de se féliciter des replis et des avancées de l’idéal démocratique.
 
Études nationales et régionales
 
 
BOUCHINET-SERREULES (Claude) – Nous étions faits pour être libres, La Résistance avec de Gaulle et Jean Moulin. – Paris, Grasset, 2000. 24 cm, 404 p.
Voici probablement le dernier témoignage d’un contemporain de la France libre, présent dans les bureaux de Londres aux côtés de Geoffroy de Courcel comme de Jean Moulin dont il a été amené à exercer l’intérim dans des conditions très difficiles puisque coupées de toute communication avec Londres ou Alger. Si cette publication a attendu si longtemps, c’est en raison de sa vérité et d’une verdeur qui ne cache ni les conflits avec les Alliés, où moins de raideur aurait été souhaitée de la part du Général, ni à l’intérieur de la Résistance où l’action de Brossolette, opposée à celle de Jean Moulin, est jugée avec sévérité. Qui est le Général, est ici, comme chez tous les collaborateurs de premier rang la question angoissante et toujours sans réponse ? À peine est-il notée la surprise de voir son aisance au Levant, découvert en 1929, Orient compliqué où le soldat se meut avec une familiarité qui déconcerte l’aide de camp. Le vrai héros du récit est Jacques Bingen, ami de jeunesse avec qui les décisions de départ en 1940, sont justifiées, homme libre de parole et de jugement, devenu délégué militaire pour la zone Sud. Le livre se clôt sur la journée du 12 septembre 1944, celle du discours du palais de Chaillot où le CNR fut renvoyé au rang d’organe consultatif d’un État à l’autorité restaurée. La déception de l’auditoire fut immense ; les héros n’avaient plus qu’à faire l’apprentissage de la vie ordinaire.
 
NOTES
 
[*] Établies sous la responsabilité de Jean-Luc Parodi, assisté de Monique Didier et de Carole Vidal, avec, pour ce numéro, la collaboration d’Alexandre Boza, Marie-Élisabeth de Bussy, Florence Faucher, Nicole Racine et Odile Rudelle, auxquels la Revue adresse ses remerciements.
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