2001
Revue française de science politique
Informations bibliographiques
Informations bibliographiques
[*]
— MITTERRAND (François) – De l’Allemagne, de la France. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 247 p. (Poches), MITTERRAND (François), WIESEL (Élie) – Mémoire à deux voix. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 217 p. (Poches), MITTERRAND (François) – Mémoires interrompus. Entretiens avec Georges-Marc Benamou. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 246 p. (Poches)
Généralités, méthodologie
DREYFUS (Simone), NICOLAS-VULLIERME (Laurence) – La thèse de doctorat et le mémoire. Étude méthodologique. – Paris, Éditions Cujas, 2000. 18 cm, 486 p.
Construit comme un guide pratique de la recherche doctorale en droit, cet ouvrage, dans sa troisième édition revue et mise à jour, balaie l’ensemble des points méthodologiques que l’étudiant en droit – « en mal de thèse » – doit intégrer, en tenant compte des incidences de l’informatique, technique désormais indispensable d’un bout à l’autre de la thèse. Décrivant méticuleusement chaque tâche, dans une progression « volontairement très lente », les auteurs articulent leurs propos – dessins d’ordinateurs et facsimilés de pages manuscrites ou tapuscrites à l’appui – autour de sept sujets types dans des disciplines juridiques variées.
LABBÉ (Marie-Hélène) – La grande peur du nucléaire. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 22 cm, 134 p. Bibliogr. (La bibliothèque du citoyen)
S’interrogeant sur ce qui peut apparaître dans l’opinion comme « la grande peur du nucléaire », M.-H. L. réorganise le débat en repositionnant ses termes. Il s’agit en effet de distinguer la peur de l’arme de celle de l’énergie nucléaire, les « peurs citoyennes » des « peurs d’experts », des distinctions qui ne se recoupent pas nécessairement. Pour l’auteur, l’analyse des traumatismes fondateurs – Hiroshima et Tchernobyl – permet de mieux apprécier la profondeur de ces peurs nucléaires que sont la peur du nucléaire civil et la peur du nucléaire militaire. M.-H. L. interroge aussi le sens de ces « victoires de la peur » – qui convergent vers l’adoption probable de la National Missile Defense aux États-Unis. Comment par ailleurs envisager un débat démocratique sur l’avenir du nucléaire, indispensable à un moment où des pays, comme l’Allemagne, décident de « sortir du nucléaire ». Autant de questions que ce bref ouvrage organise judicieusement.
MAGNETTE (Paul) – La citoyenneté. Une histoire de l’idée de participation civique. – Bruxelles, Bruylant, 2001. 24 cm, 283 p.
Cet ouvrage offre une présentation concise et éclairante des nombreux éléments qui ont fait l’histoire intellectuelle et idéologique de la citoyenneté moderne. P. M. présente d’abord l’inconvénient d’une approche « phénoménologique » de la citoyenneté qui, à force de vouloir faire entrer dans le concept des réalités variées, consiste à le réduire à une catégorie générique qui masque le sens qu’il a historiquement acquis. L’ambition de l’ouvrage consiste donc à retracer la formation du concept de citoyenneté en dégageant le sens qui fut longtemps implicite. P. M. donne globalement les clefs pour approcher les relations complexes et difficilement saisissables qu’entretiennent l’histoire des mots, des notions et des pratiques politiques, et celle plus subtile encore des tentatives répétées de compréhension de nos expériences et de nos échecs politiques.
MARCOVICH (Anne) – À quoi rêvent les sociétés ? – Paris, Odile Jacob, 2001. 24 cm, 392 p. Bibliogr. Index.
S’interrogeant sur le changement des sociétés, A. M. aimerait décrire la logique qui est sensée les conduire à conserver leur identité malgré les multiples changements qui les modèlent. Pour identifier ce « principe de changement dans la continuité », l’auteur emprunte à toutes les sciences sociales, de l’histoire à l’économie, en passant par la sociologie, la psychologie sociale et l’anthropologie. Délicate multidisciplinarité qui doit dès lors conduire à analyser minutieusement, en prenant pour guide les sociétés européennes des 18e et 19e siècles, comment les sociétés se constituent en se refermant derrière des frontières, en se hiérarchisant autour d’un pouvoir et en se forgeant une image d’elles-mêmes, « sorte d’idéal du moi » qui les poussent à évoluer sans fin.
MICHAUD (Yves) dir. – Université de tous les savoirs (vol. 6). Qu’est-ce que la culture ? – Paris, Odile Jacob, 2001. 24 cm, 839 p.
Ce dernier volume de l’Université de tous les savoirs (tentative intrépide de parcourir en une année – 2000 – et 366 conférences l’ensemble des « savoirs ») est consacré à la culture dans ses conditions contemporaines d’existence. Les plus grands spécialistes francophones sont réunis dans ce sixième volume. Ils éclairent les grandes questions que pose le monde global et éclaté d’aujourd’hui : l’avenir de l’Europe, les arts et la culture, la croyance et les convictions, et tout ce qui contribue à l’esprit de notre temps. Malgré de louables efforts pour éviter des approches trop liées à des points de vue français, force est de constater, à regret, que des espaces de culture sont totalement passés sous silence, telle l’Amérique latine ou la région du Pacifique austral, et que d’autres ne sont qu’insuffisamment objet d’attention, comme l’Afrique.
MILLER (David) – Citizenship and National Identity. – Cambridge, Polity Press, 2000. 23 cm, VI-216 p.
Cette suite d’essais de D. M. décline la thématique des constructions communautaires fondée sur une démarche positive de citoyenneté en insistant sur la divergence profonde qui distingue lecture républicaine et lecture libérale de la communauté. Pour cela, D. M. articule les principes classiques de nationalité et de citoyenneté autour de l’idée de justice sociale et met en avant l’idée que seule l’identité nationale donne aux citoyens la « motivation » nécessaire à la réalisation de la justice. Il condamne du coup la croyance en une forme transnationale de citoyenneté telle que l’expérimente l’Union européenne. Centrant sa démonstration sur l’idée de justice, D. M. se révèle favorable à un éclatement des « minority nations » ; cette posture du droit des peuples à l’auto-détermination ne doit pas être analysée uniquement sous le prisme négatif du sécessionnisme pour trouver sens et efficace politique. La justice doit cependant être comprise comme « globale » : les communautés nationales doivent conserver dans la réalisation de leurs spécificités le sens des intérêts des êtres humains.
MOREAU DEFARGES (Philippe) – Un monde d’ingérences. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 22 cm, 137 p. Bibliogr. (La bibliothèque du citoyen)
Explicitant les indispensables raisons et les cadres souhaitables pour penser la problématique contemporaine de l’ingérence, P. M. D. s’interroge plus spécifiquement sur les conditions de possibilité et de légitimité d’un « droit démocratique d’ingérence » dans un monde fait d’États souverains et inégaux. L’auteur évacue, d’exemples en reconstructions, l’hypothèse d’ingérences « apolitiques » ou « pures » puisque l’humanitaire et le politique, la générosité et le calcul interagissant constamment. Réfléchissant à l’organisation internationale de l’ingérence, P. M. D. insiste sur les dynamiques d’intégration, tant régionale que mondiale, qui appellent une multiplication des ingérences « institutionnelles », dont deux formes connaissent déjà un développement prometteur : les ingérences concernant des matériaux et produits dangereux et les ingérences juridictionnelles. Conscient de participer à un débat « loin d’être clos » sur les modalités de l’ingérence, l’auteur souhaite toutefois rappeler combien l’ingérence démocratique reste fondamentalement paradoxale et comment, dès lors, seule la « sagesse des peuples » saurait l’éviter.
QUÉAU (Philippe) – La planète des esprits. Pour une politique du cyberespace. – Paris, Odile Jacob, 2000. 22 cm, 329 p.
Réflexion sur le virtuel devenu global et le monde qui se virtualise, devenant à la fois alternative au réel et nouvelle catégorie du réel, l’ouvrage de P. Q. entraîne son lecteur dans les cheminements virtualisants d’une réflexion philosophique appliquée à un objet fuyant. L’auteur s’interroge sur notre sens du réel, nos façons de voir le monde, l’homme, le « bien commun » à l’heure où les évolutions technologiques semblent plus rapides que leur invention. Des considérations qui tendent toutefois à amputer des réflexions sur la construction sociale et le vécu concret par les acteurs d’une réelle politique du cyberespace.
SUE (Roger) – Renouer le lien social. Liberté, égalité, association. – Paris, Odile Jacob, 2001. 22 cm, 254 p. Bibliogr.
S’intéressant au paradoxe de la double décomposition sociale et de la multiplication des formes d’échanges et de réseaux, R. S. revisite le lien social revitalisé par l’ordre associatif. Rappelant que même l’économie s’ouvre de plus en plus à l’association, il entend montrer comment entre individualisme et communautarisme une troisième voie semble se dessiner, conciliant autonomie, fraternité et égalité. Véritable plaidoyer pour le « lien d’association », l’ouvrage envisage le retard pris par les discours et les institutions politiques.
TOURAINE (Alain), KHOSROKHAVAR (Farhad) – La recherche de soi. Dialogue sur le sujet. – Paris, Fayard, 2000. 24 cm, 319 p. Index.
Les thèmes politiques et moraux n’appelant plus nécessairement l’écriture de livres compacts ou de traités systématiques, A. T. et F. K. adoptent dans cet ouvrage la démarche justement inverse : celle du dialogue. Elle doit permettre à A. T. de retravailler sa réflexion sur le « sujet », face à un F. K. qui, l’accompagnant dans son cheminement, ne saurait hésiter à exprimer réserves et inquiétudes. Dans l’exercice aux nombreuses interrogations métaphysiques, l’un et l’autre constatent que, face aux philosophies de l’histoire en ruines, à la pression de l’intérêt personnel et à l’autosatisfaction des tenants de l’ordre économique, l’individu d’aujourd’hui – pour retrouver le sens de sa vie – se tourne délibérément vers lui-même. C’est en lui qu’il découvre ainsi le désir de se construire comme sujet de sa propre existence. Option qui implique dès lors que l’action collective s’incarne davantage dans des mouvements culturels que dans des mouvements sociaux.
BARBIER (Maurice) – La modernité politique. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 257 p. Bibliogr. Index. (Thémis Philosophie)
Refusant de considérer de façon défaitiste que la « modernité » politique ne veut plus rien dire à trop vouloir, ou pouvoir, signifier, M. B. tente l’élaboration conceptuelle. Dans un souci insistant de définition et de rigueur, M. B. développe une approche duale de la modernité politique avec un « avant » et un « après » la séparation entre l’État et la société civile. Cela doit notamment permettre de faire ressortir par contraste l’essence anti-moderne des totalitarismes du 20e et de l’islamisme actuel. Cette définition doit également ouvrir à une appréciation nuancée des processus d’appropriation de la modernité politique dans les parties non occidentales du monde et fournir les bases d’une interrogation argumentée sur le dépassement de la modernité, avec la question de la construction européenne notamment. Une conception de la modernité qui ne manquera pas d’être discutée, ainsi que les applications que son auteur en tire.
CASESSE (Sabino) – La construction du droit administratif. France et Royaume-Uni. – Paris, Montchrestien, 2000. 20 cm, 155 p. (Clefs. Politique)
Cet ouvrage, qui traite à la fois d’histoire et de droit comparé, entend retracer le développement du droit administratif en France et au Royaume-Uni au 19e siècle ainsi que son évolution jusqu’à la situation actuelle. Et si l’histoire doit permettre de définir les grandes périodes de formation, la comparaison entend, elle, fixer les types idéaux en la matière. Cette habile synthèse permet surtout de récapituler les différences et les ressemblances qui caractérisent les deux pays en matière de droit public, ainsi que de penser leurs modalités propres d’enseignement à l’université. Il persiste toutefois une « question de fond » pour l’auteur : celle de savoir si l’on assiste à l’enregistrement de convergences croissantes en matière d’institutions, mais dans des contextes qui restent radicalement différents, ou bien si le scénario est plutôt celui de contextes devenus très semblables alors que subsistent des différences profondes entre institutions.
DURAN (Patrice) – Penser l’action publique. Préf. de Jean-Claude Thoenig. – Paris, LGDJ, 1999. 24 cm, 210 p. Bibliogr. (Droit et sociétés)
Les politiques publiques sont désenchantées nous dit ce sociologue qui, après avoir comparé avec les années 1960 (vouées au productivisme et à l’aménagement d’un territoire à équiper) et les années 1980 (où l’entreprise a été donnée comme modèle à l’administration) livre les règles nouvelles d’une action publique où la régulation est appelée à remplacer l’intégration. Ayant découvert que l’autorité ne recouvre pas toujours la capacité à agir, P. D. propose une gestion différenciée et territorialisée des problèmes publics, une rationalisation des procédures, l’action conjointe et coordonnée des acteurs sociaux, et enfin des évaluations régulières pour remplacer les vieux contrôles. Tel serait le prix d’une légitimité à reconquérir. L’observation du terrain lui fait cependant découvrir les obstacles avec la tyrannie des processus, joli mot pour dire la résistance sociale, et la nécessité de quitter la gestion par objectifs pour lui préférer celles de la mesure des conséquences qui, seules, permettent de comprendre que les usagers n’étant pas égaux, l’équité demande la différenciation. Et de conclure avec Duguit que l’État n’ayant pas le monopole du bien public, grande attention doit être donnée à la gestion locale. Cependant la décentralisation façon 1982 n’est pas la panacée puisque le consensus n’a été obtenu qu’au prix de silences coupables sur le nombre des communes, le cumul des mandats, et la hiérarchie des différentes collectivités locales, toutes également légitimes au regard du suffrage universel, comme le montrent, par exemple, leurs nouvelles prétentions au regard de l’éducation. Même le succès de l’intercommunalité obtenue grâce à des avantages fiscaux doit retenir l’attention car le territoire risque de se retrouver « zoné » de la façon la plus anarchique. La décentralisation a engendré une incohérence que la loi de 1995 sur « l’aménagement et le développement du territoire » n’a pas clarifiée. P. D. ne nous dit pas cependant comment l’État dévalué pourra y parvenir entre l’Europe qui édicte au nom de l’environnement et un foisonnement d’initiatives locales où faits et attentes sont souvent contradictoires.
HUNYADI (Mark) – L’art de l’exclusion. Une critique de Michael Walzer. – Paris, Le Cerf, 2000. 18 cm, 147 p. (Humanités)
L’auteur, convaincu du devoir à accomplir – « préserver la pensée politique des fausses évidences qui l’obscurcissent » – entend démontrer les apories, impuissances et autres inconséquences du « modèle Walzer » en matière de traitement de la problématique multiculturaliste. La critique de principe porte surtout sur ce qui est décrit comme la frilosité du philosophe américain : malgré « les complexités et les incertitudes de la réalité », il ne faut en effet pas « avouer son impuissance à résoudre une question normative », quitte à « risquer une spéculation mal assurée, parce que trop abstraite ». Preuve en est ici faite, dans un court essai qui dénigre bien plus qu’il ne déconstruit ou argumente dans la contradiction.
VANDENBERGHE (Frédéric) – La sociologie de Georg Simmel. – Paris, La Découverte, 2001. 18 cm, 124 p. Bibliogr. (Repères)
Adoptant une position franchement antihistoriciste qui extrait Simmel de son environnement immédiat et place sa pensée dans « l’inventaire intemporel des possessions philosophiques et sociologiques », F. V. montre tout l’intérêt qu’il y a à redécouvrir ce classique de la sociologie – véritable « métaphysicien du social »
– surtout à l’heure où les concepts simméliens sont devenus monnaie courante dans la sociologie contemporaine, tels ceux de distance sociale, de rôle, de groupe de référence et d’interaction. Réconciliant les aspects philosophiques et sociologiques de sa pensée, l’ouvrage présente dans une fine synthèse Simmel dans sa biographie, son style, sa méthode et ses centres d’intérêts principaux : l’épistémologie, la sociologie formelle, la philosophie de l’argent et celle de la culture.
Institutions politiques et administratives
BODIGUEL (Jean-Luc), GARBAR (Christian-Albert), SUPIOT (Alain) dir. – Servir l’intérêt général. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 290 p. (Les voies du droit)
L’idée centrale est que la définition d’un intérêt général est toujours difficile et que la construction européenne, en privilégiant les notions de marché et de concurrence, a rendu encore plus malaisée une distinction simple entre secteur étatique et secteur privé. Un secteur public spécifique est apparu, appelé aussi « zones particulières » (p. 109). L’exemple le plus frappant se trouve en Grande-Bretagne : pour l’éducation et la santé, la fourniture de services demeure principalement l’apanage du secteur public, mais soumis à une concurrence interne s’opérant au sein de « quasi-marchés » diversement organisés (p. 110). Plusieurs pays européens sont envisagés : les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne. La dernière partie traite de certains secteurs : la RATP, France Télécom ou de certains métiers : ceux de la Poste, le journaliste et le médecin salarié.
LE MAREC (Yannick) – Le temps des capacités. Les diplômés nantais à la conquête du pouvoir dans la ville. – Paris, Belin, 2000. 22 cm, 335 p. Index. (Socio-histoires)
L’ouvrage décrit le renouvellement des élites politiques dans une ville de province au milieu du 19e siècle, renouvellement basé sur les « capacités ». La difficulté est de définir ce que l’on entend par « capacités ». Faute de mieux, on l’assimile au critère des diplômes : docteurs et licenciés des Facultés, élèves de l’École polytechnique, etc. En fait, deux modèles sociaux de domination se succèdent : celui des notables et le modèle méritocratique. La question qui se pose alors sera donc celle des conditions de transmission d’un modèle à un autre, transmission qui semble aboutir avec les débuts de la Troisième République. Les différentes professions : négociants, commerçants, industriels, fonctionnaires, etc. se font concurrence dans la conquête du pouvoir. On assiste à une redistribution de ce pouvoir davantage basée sur le savoir et les compétences techniques que sur la fortune et la notabilité. L’auteur a consulté de nombreuses archives et dépouillé des revues nationales ou géographiquement spécialisées.
Le nouveau constitutionnalisme. Mélanges en l’honneur de Gérard Connac. Textes rassemblés par Jean-Claude Colliard et Yves Jegouzo. – Paris, Économica, 2001. 24 cm, 458 p. Notes bibliogr.
Les constitutionnalistes de la fin du 20e siècle français ont eu de la chance. Au lieu des débats traditionnels sur « l’organisation des pouvoirs publics » que la jeune science politique avait contribué à dévaluer, au lieu des controverses sans fin sur la vraie nature des régimes présidentiels, parlementaires ou représentatifs, s’est ouvert devant eux le champ immense de l’interprétation nationale et du comparatisme non seulement avec l’étranger mais avec les nouvelles juridictions internationales. Tel est le sens du titre d’un volume impossible à résumer tant il est riche. La première partie sur la théorie de la constitution essaie de tempérer la nouvelle vulgate en rappelant l’histoire agitée qui fut celle du constitutionnalisme français, non dépourvu d’« absurdité » telle que la loi Rivet d’août 1871, toujours prêt à se créer des « spectres » tels que le « gouvernement des juges », qui sert surtout à prouver qu’il n’a jamais existé, ou à se laisser séduire par la fausse bonne idée de la chambre unique. La seconde partie est un pur régal en énumérant, sous la plume de François Luchaire, les douze bizarreries constitutionnelles dans lesquelles nous vivons, en évaluant les conséquences de la session unique, en faisant voir les faiblesses d’une Justice constitutionnelle française qui est encore dans l’enfance, en faisant vivre la fierté du Conseil d’État qui aime rappeler son antériorité et même sa compétence actuelle et, beaucoup plus important, en expliquant le rôle de la Convention européenne des droits de l’homme qui aboutit au paradoxe, souvent dénoncé, qu’elle est appliquée par des tribunaux qui n’ont même pas le droit de s’interroger sur la compatibilité qui existe, ou non, entre les lois qu’ils appliquent et la Constitution de leurs pays.
VAÏSSE (Maurice) dir. – Les préfets, leur rôle, leur action dans le domaine de la Défense de 1800 à nos jours. Actes du colloque de l’Association pour la recherche sur la paix et la guerre et du Centre d’études d’histoire de la défense, 29-30 septembre 2000, Château de Vincennes. –Bruxelles, Bruylant, 2001. 22 cm, 422 p. Index.
Il faut parfois se méfier des titres modestes. Voici un colloque extrêmement riche qui s’est interrogé sur deux siècles d’existence réelle du préfet, telle que la livrent les archives. Cette plongée dans la France profonde permet de revenir sur bien des lieux communs quant à l’existence, au recrutement et au pouvoir réel de ces héritiers des vieux intendants. La première surprise est la continuité des hommes, la lente disparition du personnel révolutionnaire au profit d’une réconciliation avec la couche sociale des gens d’office qui, au-delà des ruptures politiques, gouverneront le pays pratiquement jusqu’en 1877. Au 19e siècle, la grande affaire est la conscription, moins appréciée au Sud qu’à l’Est, qui va progressivement nationaliser la paysannerie et militariser le peuple jusqu’en 1914. Beaucoup de monographies rappellent la diversité des lieux (les cimetières juifs de Metz, violés par les Prussiens après trois siècles de paix ; le poids de la frontière italienne sous la Troisième République ; l’accueil des réfugiés qu’il s’agisse des Lorrains dans le Jura ou des Espagnols dans le Sud-Ouest de la guerre froide. Les préfets maritimes et ceux de l’Outre-mer sont évoqués avec une réévaluation de leur rôle sous Vichy, moins lourd que ce qui est généralement écrit. Le dernier chapitre revient à Olivier Gohin qui étudie les variations des nouvelles « zones de défense intérieure » dont le nombre, sans cesse remanié, fait que les circonscriptions ne se recouvrent pas (7 zones de défense, 5 régions de terre, 2 régions maritimes à cheval sur trois zones de défense, etc.) ce qui n’est pas sans expliquer le désordre survenu après le naufrage de l’Erika ou la tempête de l’an 2000.
Forces et comportements politiques
ANDRIEU (Claire), LE BÉGUEC (Gilles), TARTAKOWSKY (Danielle) dir. – Associations et champ politique. La loi de 1901 à l’épreuve du siècle. – Paris, Publications de la Sorbonne, 2001. 24 cm, 723 p. Bibliogr.
Reprenant la substance d’un colloque organisé au Sénat en novembre 2000, cet ouvrage collectif s’offre, au moment du centième anniversaire de la loi de 1901, comme une contribution foisonnante et originale, mêlant regards de juristes, d’historiens et de politistes. Ces analyses font apparaître la lenteur avec laquelle la nation française s’est acheminée vers la liberté d’association. L’ouvrage interroge aussi de façon plurielle le « moment associatif » au tournant du siècle, et les relations complémentaires ou conflictuelles qui se sont nouées durant le siècle entre les partis et celles des associations qui se posaient en acteurs du politique. La richesse de la mise en perspective de cas précis vient ici d’une trame d’interrogation sur la périodisation spécifique à ces rapports. Construit comme une mosaïque d’éclairages successifs, le livre tente de cerner utilement la question centrale qui articule les problématiques et constats spécifiques, celle des rapports que la légitimité associative entretient avec la légitimité élective.
DAGNAUD (Monique) – L’État et les médias. Fin de partie. – Paris, Odile Jacob, 2000. 22 cm, 247 p.
Chercheur au CNRS et membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, M. D analyse les rapports entre le personnel politique et les grands leaders des médias, deux mondes qui se côtoient, s’invitent réciproquement, mais aussi s’observent ou même s’épient, tout en respectant une certaine hiérarchie protocolaire. L’accord se fait sur le rôle civique et culturel de toute entreprise audiovisuelle, on condamne la violence tout en étant parfois plus laxiste sur la diffusion de programmes érotiques ou pornographiques. Après avoir mis fin au monopole public de la télévision, la France n’a pas privilégié ses réseaux publics. Il faut, bien sûr, préserver l’exception culturelle et se préoccuper, au premier chef, de la formation des enfants.
SAINTENY (Guillaume) – L’introuvable écologisme français. – Paris, PUF, 2000. 22 cm, 538 p. Bibliogr.
G. S. part du constat que la participation des Verts au pouvoir intervient à un moment de grande faiblesse de l’écologisme, masquant ainsi une fragilité et des déficiences structurelles persistantes. Cet écologisme, né avec l’ambition de devenir un acteur autonome, capable de supplanter les autres partis en subvertissant le clivage gauche-droite, les hiérarchies, le champ politique et la technocratie, se découvre sous la plume de G. S. comme bien loin de supplanter acteurs et pratiques, dont les écologistes sont devenus « les supplétifs ». Cet ouvrage investigue les configurations plus ou moins favorables qui se sont succédé, dessinant finalement un écologisme dont il faut chercher les raisons de son incapacité à se constituer en parti de pouvoir. Évoquant le cas de l’Allemagne, G. S. interroge donc les raisons qui font que l’écologisme français reste une force politique marginale relativement absente des assemblées parlementaires. Reste que pour l’auteur, une grande part de l’échec des écologistes français leur est imputable via une série d’insuffisances et d’inaptitudes, au rang desquelles divisions, luttes de factions, incapacités à structurer un électorat et à dépasser une crédibilité sectorielle, sans compter quelques « erreurs stratégiques ». Ce qui conduit bien sûr à poser la question « prospective » de l’avenir d’un écologisme français décrit comme bien infantile.
FONDATION CHARLES DE GAULLE – Bernard Tricot, 1920-2000. – Paris, Fondation Charles de Gaulle, 2001. 24 cm, 181 p. Bibliogr. (Cahiers. 8)
Bernard Tricot a de la chance. Un an après sa mort, celui qui fut un proche collaborateur de l’Élysée de 1959 à 1962 et de 1967 à 1969, mais aussi professeur à Sciences Po et membre du Conseil d’administration de la Fondation, est l’objet d’un excellent cahier publié par une autre Fondation que, plus que tout autre, il a contribué à modeler et orienter vers les rivages scientifiques du fameux colloque De Gaulle en son siècle. Deux points forts sont ici à noter : les négociations de Melun ou d’Évian où B. T. a été conduit à jouer un rôle majeur d’action, de conception ou de rédaction, et la malheureuse affaire du Rainbow Warrior qui est l’occasion d’une vigoureuse mise au point par Maurice Vaïsse qui ne peut pardonner l’humiliation infligée à ce parfait serviteur de l’État par le ministre, Charles Hernu. D’autres contributions donnent une couleur plus humaine : celle de J.-P. Rioux qui s’amuse de savoir qu’en 1968, le secrétaire général de l’Élysée entendait son fils être interviewé à la radio comme porte-parole des étudiants en colère, celle de Patrick Guiol en forme d’hommage quasi filial et, in fine, celle de Chantal Morelle et Danièle Sonnet qui réussissent à transformer une bibliographie en un véritable portrait intellectuel.
MARKOVITS (Claude) – Gandhi. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 19 cm, 280 p. Bibliogr. Index. (Références Facettes)
Souhaitant trouver une posture non répétitive pour traiter de cette icône du 20e siècle qu’est Gandhi, C. M. a décidé d’opter pour une double focalisation : s’intéresser, dans un premier temps, aux représentations existantes de Gandhi, non seulement dans les écrits mais aussi dans les images, puis réfléchir sur l’impact que Gandhi a eu sur son siècle. Dans cet ouvrage, l’auteur ne retrace pas la vie de Gandhi, il l’évoque pour mieux la dépasser et la comprendre. Il s’agit en effet, à côté de l’immense littérature existante, qui se concentre avant tout sur la personnalité de Gandhi et sur ses idées, de fournir une appréciation équilibrée de son rôle historique. Cet ouvrage tente d’éclairer la transformation de Gandhi en symbole nationaliste ou pacifiste et d’expliquer l’extraordinaire « deuxième jeunesse » de Gandhi plus de cinquante ans après sa mort.
MITTERRAND (François) – De l’Allemagne, de la France. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 247 p. (Poches), MITTERRAND (François), WIESEL (Élie) – Mémoire à deux voix. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 217 p. (Poches), MITTERRAND (François) – Mémoires interrompus. Entretiens avec Georges-Marc Benamou. – Paris, Odile Jacob, 2001. 18 cm, 246 p. (Poches)
Il s’agit des éditions de poche des dernières pages écrites ou suscitées par F. M. et publiées en 1997, qui portent particulièrement sur les relations franco-allemandes et la contribution de F. M. à la réconciliation entre les deux pays. Dans le dialogue avec E. W. paru en 1997, François Mitterrand, parle de son enfance, de sa croyance, d’événements touchant la guerre, des arts, de la politique, comme sur le ton de la confidence, avec l’écrivain juif, prix Nobel de la paix qui, lui aussi, exprime son point de vue sur les sujets abordés. Enfin, dans les Mémoires interrompus, François Mitterrand répond aux questions du journaliste G.-M. B. sur sa vie ainsi que sa carrière militaire et politique. Y sont abordés le temps du Stalag, Vichy et la Résistance, de Gaulle, la Libération, la Quatrième République, la gauche dans l’opposition. En somme, trois volumes (presque) à la première personne pour comprendre un président qui fit tant parler de lui.
PASSY (colonel al. André Dewavrin) – Mémoires du chef des services secrets de la France Libre. Présenté et annoté par Jean-Louis Crémieux-Brilhac. – Paris, Paris, Odile Jacob, 2000. 24 cm, 816 p. Index.
Réédition des deux tomes des Mémoires, parus en 1947 et 1950 dans un contexte de grande polémique, écrits par le fondateur du BCRA qui, dès Londres, a été l’objet de critiques les plus graves de la part d’André Labarthe et d’un certain Dufour, qui l’ont accusé d’être un ancien cagoulard, comme d’avoir transformé ses services, en Gestapo. Et cela sans préjuger de l’arrestation dont l’officier supérieur sera l’objet en Mai 1946, pour avoir constitué hors comptabilité, et lors de sa démission du mois de janvier précédent, un trésor de guerre, en vue d’un éventuel conflit ultérieur. C’est là où l’immense science du préfacier fait merveille : non seulement, archives à l’appui, il retrace la naissance et le cheminement des fausses imputations mais, dans le même esprit d’objectivité, admet malgré la part de mystère qui subsiste, que le colonel, persuadé comme de Gaulle, de l’imminence d’un troisième conflit mondial, a probablement commis une erreur technique. Ceci étant reconnu, il peut, chiffres à l’appui, authentifier l’immense travail des services secrets de la France libre, les resituer dans le contexte général de la guerre comme dans l’obligation plus particulière de la reconstruction d’un État républicain qui doit tant à l’action conjuguée de Jean Moulin, le politique, et Pierre Brossolette qui, devenu le numéro 2 du BCRA, allait se heurter au premier. Là encore la science de Crémieux-Brilhac fait œuvre de clarification en expliquant non seulement la genèse du conflit mais aussi celle de la polémique suscitée des années plus tard par Henri Frenay qui se servira des mémoires de Passy pour lancer l’accusation, entièrement démentie par les archives, d’un Jean Moulin crypto-communiste.
WORONOFF (Denis) – François de Wendel. – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 19 cm, 298 p. Bibliogr. Index. (Références Facettes)
D. W. propose la biographie du « plus parisien des Lorrains », François de Wendel. Auscultant les multiples casquettes et facettes du personnage – à la fois chef de la Maison sidérurgique lorraine de 1906 à 1949 et homme politique de droite, député puis sénateur, meneur dans l’ombre du camp conservateur –, l’auteur décrit un homme qui fit l’unanimité contre lui, à gauche comme à droite, dans le combat contre l’influence des « puissances d’argent ». D. W., comparant le « dernier maître de forges » avec d’autres grands « ploutocrates » de l’entre-deux-guerres (Schneider, Rotschild, Mercier), suggère une spécificité liée à la proximité allemande dans le procès en double jeu, voire en trahison, instruit de façon répétitive contre la famille Wendel. Le prototype même du grand patron conservateur et conformiste, de droite si ce n’est d’extrême droite, est décrit dans son entreprise comme au Parlement ; on l’y découvre exalté mais n’ayant bientôt plus de place que dans son « monde wendélien », à défaut d’en avoir une dans la nouvelle époque.
Cadres économiques et sociaux
BLANC-CHALÉARD (Marie-Claude), DOUKI (Caroline), DYONET (Nicole), MILLIOT (Vincent) dir. – Police et migrants. France 1667-1939. – Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2001. 24 cm, 422 p.
Abordant l’histoire des rapports entre police et migrants, cet ouvrage collectif issu d’un colloque intéresse à la fois les spécialistes d’histoire politique et d’histoire sociale, et – grâce au choix de la longue durée – les historiens modernistes et les contemporanéistes qui peuvent ici confronter leurs travaux. Par-delà les difficultés d’une telle démarche, qui privilégie de fait les continuités de longue durée au détriment des ruptures, ce qui émerge au fil des contributions spécifiques est une compréhension fine des processus évolutifs de qualification de l’étranger et de contrôle des populations mobiles et une saisie analytique des pratiques, au cours de périodes-clefs, dans des espaces d’accueil ou de passage privilégiés par les migrants (temps de crise et de guerre, régions frontalières et zones portuaires, garnis urbains et zones rurales). Une des richesses de ce travail collectif vient également de ce qu’il n’oublie pas d’observer les agents administratifs pour comprendre comment les institutions contribuent ou échouent à façonner les comportements sociaux.
DRAY (Julien) – État de violence. – Paris, Éditions 1, 1999. 24 cm, 217 p.
Député de l’Essonne depuis 1988, auteur d’un rapport sur « la violence des jeunes en banlieue », écrit dans le cadre de la commission des Affaires sociales en 1992, vice-président du Conseil régional d’Île-de-France, chargé de la politique de la ville et de la sécurité, J. D. a aussi été un des fondateurs de SOS-Racisme. C’est avec ce bagage qu’il est allé à New York pour étudier sur place la politique de la tolérance zéro. Et il a découvert que la logique punitive était tempérée par un grand professionnalisme très exigeant pour les policiers, une obsession statistique et une mobilisation psychologique impossibles à transposer sur nos rivages mais aussi une véritable instruction civique dispensée pour la reconquête de quartiers fortement ghettoisés ? Alors que faire devant une violence que les jeunes de l’immigration finissent par retourner contre eux-mêmes. Se souvenant que la France de sa jeunesse avait peur des « rouges » et qu’il en était, J. D. ne voudrait pas qu’il en soit de même pour les jeunes en quête d’intégration, de reconnaissance et donc de valeurs. Après avoir étudié l’école de la violence (où les rythmes scolaires sont aberrants), les familles disloquées, la culture dispensée par la télévision, les cités délaissées sauf par les femmes restées sur le terrain, les lignes d’autobus où les chauffeurs agressés ont abandonné jusqu’à l’idée de faire payer, l’économie souterraine, et enfin la police et la justice de ces territoires livrés à la violence, il conclut en demandant à la République de réinventer la social-démocratie, de lancer un « plan Marshall » des banlieues, seul capable de limiter les dégâts de l’ultra-libéralisme et de la xénophobie.
LENOIR (Frédéric) – Le bouddhisme en France. – Paris, Fayard, 1999. 23 cm, 447 p. Notes bibliogr.
La France est l’un des pays occidentaux où le bouddhisme s’est le plus tôt et le mieux intégré et où il jouit d’une image très positive. Il ne touche cependant qu’une minorité de convertis occidentaux et l’instabilité de cette population au turnover très important contribue à en faire un groupe mal connu. F. L. cherche ici à dresser le portrait des Français gravitant autour de cette religion/philosophie asiatique. Il montre que deux courants sont particulièrement développés – le zen et le bouddhisme tibétain – et explique les raisons d’un tel succès. Il combine entretiens approfondis et enquête par questionnaire pour cerner les différents milieux proches du bouddhisme, du sympathisant au pratiquant, et dégager les trajectoires individuelles et spirituelles qui ont conduit des Français à rejoindre cette mouvance puis, à la quitter. La troisième partie confronte tradition et modernité, soulignant la part de « bricolage » qui permet à nombre d’occidentaux de trouver dans le bouddhisme un nouveau vocabulaire pour exprimer les concepts hérités de leur éducation chrétienne. L’acculturation du bouddhisme ne semble pas aboutir à une nouvelle voie bouddhique, un « nouveau véhicule » car philosophie caractérisée par sa conception du « non-moi » et de la renaissance qui y est associée se concilie mal avec l’individualisme occidental.
OLLIVIER (Blaise), SAINSAULIEU (Renaud) dir. – L’entreprise en débat dans la société démocratique. – Paris, Presses de Sciences Po, 2001. 22 cm, 325 p. Bibliogr.
Ayant choisi de considérer l’entreprise comme une microsociété, où sa valeur économique et la santé de son corps social importent également, les auteurs interrogent l’entreprise en société démocratique en observant notamment les manières d’inventer l’articulation entre deux scènes, celle des systèmes de contraintes à l’heure de la mondialisation et celle du vécu entre acteurs à l’heure du chômage. Les chapitres de ce livre collectif se différencient en fonction des positions des auteurs vis-à-vis de l’entreprise (managers, consultants, DRH, chercheurs) mettant ainsi utilement en perspective les débats sur les conditions de l’acteur, le gouvernement de l’entreprise, l’unification des mondes sociaux de l’entreprise et la légitimité des décisions managériales.
ROBEL (Lauren), ZOLLER (Elisabeth) – Les états des Noirs. Fédéralisme et question raciale aux États-Unis. – Paris, PUF, 2000. 24 cm, 117 p. Bibliogr. (Béhémoth)
Réflexion croisée sur la question raciale et le fédéralisme aux États-Unis, cet ouvrage entend mettre au jour une problématique rarement explorée : celle qui, prenant appui sur l’importance des institutions juridiques dans l’évolution des sociétés, permet d’expliquer l’échec du problème noir, sinon en totalité, du moins en partie, par les structures juridiques. L’intuition ici défendue est que le fédéralisme a peut-être, à l’origine, contrarié, puis condamné la solution du problème noir aux États-Unis. Démonstration convaincue de ce qu’il est impossible de comprendre le problème de la race aux États-Unis sans prendre en considération tout un ensemble compliqué d’idées et de représentations sur les rapports entre pouvoir fédéral et pouvoirs fédérés, cet ouvrage qui relie signification culturelle de la race et signification culturelle du fédéralisme donne à lire ce dernier sous un nouvel angle, ainsi que les discriminations positives, nouvelle forme du principe d’égalité ayant pris corps en Amérique.
ROCHEFORT (Robert) – Vive le papy-boom. – Paris, Odile Jacob, 2000. 22 cm, 291 p. Bibliogr.
Dans ce livre, R. R., directeur du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), part en éclaireur dans l’analyse des effets du vieillissement de la population et de l’allongement de la durée de vie. Il évoque tour à tour les phénomènes sociaux que représentent le fait que les seniors ont un pouvoir d’achat équivalant à celui des actifs, le rapport entre leur richesse relative et celui des bourses, l’évolution des dépenses de santé et la sexualité après 60 ans, le développement de la vie associative, le problème des retraites, la solitude, la maladie et la mort. S’interrogeant sur la valorisation du vieillissement dans une société vouée au « jeunisme », R. R. plaide pour une société intergénérationnelle plus stable et plus signifiante, impulsée par des décisions politiques fortes et susceptibles de tracer des trajectoires collectives.
VIET (Vincent), RUFFAT (Michèle) – Le choix de la prévention. – Paris, Économica, 1999. 24 cm, 274 p. Bibliogr. Index.
De la vieille prévoyance au principe de précaution en passant par la prévention qui a été l’aventure du 20e siècle, c’est toute l’histoire d’une construction philosophique qui est ici retracée. Au 19e siècle, la première préoccupation, hygiéniste et sanitaire, s’adressait à des populations à risques (mineurs et femmes). Pour être vraiment appliquée, cette protection devra attendre la création des Inspecteurs du travail qui, après la loi de 1898 sur les accidents du travail, auront compétence pour l’ensemble des travailleurs. Vichy créera les médecins du travail et la Libération fera de la prévention une des trois branches de la sécurité sociale. Sans que soient bien délimitées les compétences de chacun : le patronat qui voulut intégrer le risque d’accident dans le coût du travail et tenir les travailleurs par la peur, alors que les syndicats préfèrent des campagnes auprès des acteurs du travail, mobilisés pour leur sécurité. Et qui doit contrôler ? les vieux inspecteurs de la Troisième République ou les médecins ? ceux du travail ou ceux de la sécurité sociale, également écartés des prescriptions ? L’Institut national de la sécurité sera fortement critiqué par la Cour des comptes pour sa propension aux campagnes grand public alors qu’il faudrait mener un travail de recherche en laboratoire. L’ergonomie et la recherche de la sécurité des machines et des conditions de travail donnent alors naissance au concept de « sécurité intégrée » des années 1970 qui conduit à repenser toute l’organisation du travail industriel. Ensuite ce sera l’Acte unique qui obligera à intégrer des normes européennes qui, statistiques et comparaisons aidant, deviennent de plus en plus contraignantes pour les législations nationales. Jusqu’à ce que Tchernobyl et le drame du sang contaminé (la vache folle n’est pas encore mentionnée) ne conduisent à penser plus en amont encore avec ce nouveau principe de précaution.
WIHTOL DE WENDEN (Catherine), LEVEAU (Rémy) – La beurgeoisie. Les trois âges de la vie associative issue de l’immigration. – Paris, CNRS Éditions, 2001. 24 cm, 188 p. Bibliogr.
À l’occasion de la célébration du centenaire de la loi 1901 sur la liberté d’association – et du vingtième anniversaire de son extension aux étrangers –, les auteurs proposent une éclairante synthèse sur le mouvement et le monde associatif issu de l’immigration depuis le début des années 1980. Interrogeant les acteurs du mouvement « beur », l’ouvrage retrace les succès, les tâtonnements et les échecs de la mobilisation associative civique issue de l’immigration. Mouvement à l’origine surtout tourné vers l’égalité des droits et l’antiracisme, l’action collective « beur » se caractérise d’abord par une « génération » d’élites associatives connues pour leurs slogans médiatiques, leurs fonds de commerce et leurs stratégies de promotion individuelle et confrontées à une série d’« affaires » (foulard, Golfe, code de la nationalité), génératrices, celles-ci, d’une grande inventivité quant aux modes d’interpellation citoyenne dans l’espace public. C. W. W. et R. L. montrent bien comment, dans les années 1990, l’arrivée à maturité du mouvement associatif a modifié ses fondamentaux : l’heure est désormais au repli sur le social et le local autour d’un associationnisme éloigné des « dorures de la République » et des médiatisations. Évoquant les défis actuels et à venir – crise de la mobilisation civique, absence de relève, concurrence des associations ethniques ou religieuses, demandes européennes – l’ouvrage s’offre comme une base solide d’investigations en prolongement, notamment par la riche bibliographie qu’il propose.
ZUBER (Valentine) dir. – Émile Poulat. Un objet de science, le catholicisme. – Paris, Bayard Presse, 2001. 21 cm, 365 p. Bibliogr. Index.
Ce livre est un hommage rendu à l’éminent spécialiste de la sociologie du catholicisme qu’est Émile Poulat. Chercheurs religieux et universitaires se retrouvent dans cet ouvrage pour développer les grandes questions qui l’ont toujours intéressé, par exemple l’attitude des catholiques face à la laïcité et à la modernité, ou encore les mouvements catholiques extrêmes. Les participants du colloque dont est tiré le livre ont avant tout voulu rendre hommage à une démarche scientifique et sociologique qui consiste à considérer le catholicisme comme pouvant être pleinement un objet de science, susceptible dès lors d’analyses rigoureuses. Mêlant témoignages d’affection et de reconnaissance, anecdotes de laboratoire et récits de rencontres intellectuelles, les auteurs témoignent de la richesse d’une démarche de recherche en sociologie des religions.
Relations internationales
GHORRA-GOBIN (Cynthia) – Les États-Unis entre local et mondial. – Paris, Presses de Sciences Po, 2000. 19 cm, 288 p. Bibliogr. Index. (Références inédites)
À l’heure où la carte contemporaine de l’activité économique ne coïncide plus avec celle des États-nations, le niveau local, se recomposant sous les effets de la métropolisation, doit être rendu intelligible sur la scène politique. Il s’agit d’inventer de nouvelles formes de représentation politique prenant en charge les disparités spatiales, les revendications identitaires ainsi que les flux migratoires à l’échelle de la métropole. C. G.-G. prend opportunément l’ambitieux exemple des États-Unis pour analyser les effets de la mondialisation à l’échelon local et les débats qu’ils suscitent. L’auteur entend montrer comment la société américaine, prenant conscience des changements liés aux nouvelles contraintes de l’économie, redéfinit le cadre politique du fédéralisme mais tend aussi à donner sens à l’articulation entre mondial et local, tout en défendant des valeurs plus « fédérales ». Un ouvrage qui investigue donc dans le sens de l’invention d’un « megagovernment », corollaire obligé de la « megacity ».
Études nationales et régionales
EPSTEIN (Simon) – Les dreyfusards sous l’Occupation. – Paris, Albin Michel, 2001. 23 cm, 359 p. Index. (Bibliothèque Histoire)
Contribution originale à la mémoire de l’Occupation, cet ouvrage interroge le « destin » des dreyfusards dans la France occupée des années 1940-1944. S. E. a, pour ce faire, méticuleusement reconstitué plusieurs dizaines d’itinéraires d’intellectuels et d’hommes politiques français qui prirent part, dans leur jeunesse, au combat pour Dreyfus. Reprenant le nécessaire triptyque « collaboration-neutralité-résistance », mais insistant sur les nuances intermédiaires possibles, l’auteur se veut porteur d’un « message dérangeant » puisqu’il s’agit de démonter – objet historique à l’appui – la théorie des « deux France ». Venant contredire l’évidence selon laquelle de dreyfusisme anticipait la Résistance, S. E. « découvre » des dreyfusards qui, ayant vécu assez vieux pour connaître l’Occupation, ont souvent été collaborateurs, et, réciproquement et complémentairement, une fraction signifiante des collaborateurs qui fut, elle, d’origine dreyfusarde. Explicitant un phénomène paradoxal, le livre tente aussi l’interprétation, en s’attachant aux lacunes historiographiques.
FERRO (Marc) – Histoire de France. – Paris, Odile Jacob, 2001. 24 cm, 766 p. Bibliogr. Index. (Histoire)
Il n’y a pas beaucoup d’histoires de France écrites par un homme seul. C’est le pari engagé et réussi par M. F. qui jette un doute sur l’histoire événementielle et sauve l’Histoire en la confrontant sans cesse à une société faite d’individus que tout devrait rapprocher et pourtant que tout semble séparer. L’auteur nous invite à la réflexion, à la comparaison, dans un parcours toujours captivant qu’il découpe en deux parties. La première – Le roman de la nation – retrace l’évolution de l’histoire telle que les Français l’ont vécue, avec ce que la « Mémoire » en a conservé et l’imagination ressuscité. La seconde – Les caractères originaux de la société française – aborde la formation de l’identité foisonnante de la nation française. Elle examine en quoi la société née de cette histoire s’est différenciée de celle de ses voisins. Les réflexions de M. F. sur, entre autres, le rôle centralisateur de l’État qui précède la nation, le « génie de la guerre civile » et la place du passé sans cesse réinvesti dans de nouvelles querelles font de cette Histoire de France bien plus qu’une « Histoire » de plus.
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Établies sous la responsabilité de Jean-Luc Parodi, assisté de Monique Didier et de Carole Vidal, avec, pour ce numéro, la collaboration d’Alexandre Boza, Isabelle Boussard, Florence Faucher et Odile Rudelle, auxquels la
Revue adresse ses remerciements