Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629558
186 pages

p. 167 à 180
doi: en cours

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Lectures critiques - Comptes rendus

Vol. 53 2003/1

LE BRAS (Hervé) – Une autre France. – Paris, Odile Jacob, 2002.

H. Le Bras est un chercheur réactif à l’actualité. Son ouvrage paraît seulement quelques mois après les élections de 2002. Il fait suite aux analyses que l’auteur a conduites pendant six semaines pour le journal Libération, avec le géographe Jacques Levy. La thèse défendue par l’ouvrage a également fait l’objet d’un développement plus approfondi dans La recherche [1]. H. Le Bras saisit dans cet essai une opportunité « historique » dans l’analyse des votes en France : en 2002, pour la première fois, le ministère de l’Intérieur accepte de fournir les résultats électoraux informatisés pour les 36 000 communes de France, et ceci, dès le lendemain du scrutin. « C’était un peu comme la découverte du microscope, du télescope ou du scanner », précise l’auteur. « L’autre France » mise en lumière par H. Le Bras est-elle alors une France qui a réellement connu une rupture politique en 2002, ou une France que l’on peut désormais observer « autrement » ? On peut, avec l’auteur, pencher davantage pour la deuxième hypothèse.
La thèse de H. Le Bras propose une opinion neuve et tranchée : « La base des opinions n’est plus matérielle et professionnelle, mais interactive et communicationnelle. » Les textures politiques (diffusion des opinions partisanes par contagion à partir des conversations personnelles) ne suivraient pas les mêmes logiques spatiales que les textures économiques. Face à l’explication sociologique classique du comportement électoral, longtemps « hégémonique », on est tenté de rejoindre l’auteur, qui s’appuie de plus sur des indices nouveaux. Ceux-ci peuvent cependant être, en partie, débattus.
La démonstration repose principalement sur des similitudes cartographiques, à l’échelle de la commune. On sait cependant qu’il faut se méfier de tels rapprochements cartographiques et des « erreurs écologiques » qu’ils entraînent. Dans ce sens, H. Le Bras utilise avec pertinence une méthode de « lissage » pour éviter l’extrême dispersion des comportements électoraux communaux. L’auteur précise dans son annexe « théorique et technique » que les relations exposées dans le texte ont fait l’objet de calculs de corrélation et d’autocorrélation. Sans doute l’alignement de tableaux statistiques aurait nui à la rencontre entre la thèse de l’auteur et un grand public « citoyen ». Mais le scientifique aurait cependant aimé en savoir davantage : par exemple, l’absence de corrélation entre vote et classes sociales se vérifie-t-elle pour toutes les régions, toutes les échelles, tous les partis ? Enfin, autre enjeu non négligeable, les cartes par commune minimisent le fait urbain. N’oublions pas, pour ne citer qu’un exemple, que la seule commune de Marseille, avec ses 797 000 habitants, compte davantage d’électeurs que les 8 000 plus petites communes de France ! « L’autre France » de H. Le Bras est avant tout une autre France rurale et périurbaine. Il reste à étudier, à travers des analyses infra-communales, par exemple par bureaux de vote, « l’autre France » urbaine… où vit une majorité de Français. Hervé Le Bras en est conscient : l’analyse du fonctionnement de l’agglomération parisienne et de ses « cercles du pouvoir » est l’une des plus stimulantes et novatrices de l’ouvrage.
Les cartes proposées par H. Le Bras servent à conforter son hypothèse : l’autonomie réciproque du politique et de l’économique. Pour prendre l’exemple du Front national, l’auteur met en évidence qu’il n’existe pas de liens cartographiques entre le vote Le Pen et le taux d’ouvriers, le taux de chômage, et même, à une échelle fine, avec le taux d’étrangers… On pourrait cependant également noter, pour prendre à contre-pied les affirmations d’Hervé Le Bras, que les partis les plus récents sont, certes, les plus « territorialisés » (Front national, Chasse pêche, nature et traditions), mais sont néanmoins ceux qui possèdent aujourd’hui les taux de corrélation les plus forts avec les principales classes sociales : ouvriers pour le Front national, agriculteurs pour le CPNT… De même, l’expression électorale semble de plus en plus suivre un gradient centre-ville/périphérie rurale… Mais c’est également le cas pour les principaux indicateurs socio-économiques. On peut donc évoquer, dans une position médiane, que la très forte organisation spatiale des partis récents (CPNT, Front National, etc.) s’explique avant tout par des fractures socio-spatiales réelles (ouvriers/cadres, agriculteurs/salariés urbains…), mais qui sont amplifiées ou atténuées par des discours partisans et des actions militantes très « territorialisés ». On serait donc principalement en face d’effets d’entraînements « classiques », qui expliquaient, déjà il y a quelques décennies, la répartition des votes communistes ou centristes en France.
Le principal débat ouvert par l’ouvrage de H. Le Bras reste celui de l’explication de la territorialisation du vote, alors que l’on a longtemps parlé à l’inverse de « nationalisation » des comportements électoraux. Ce débat dépasse celui de l’explication électorale et renvoie à la question du maintien de comportements locaux collectifs, voire communautaires, dans un contexte de mise en évidence de l’individualisation de la société. H. Le Bras évoque préférentiellement le jeu des relations et conversations personnelles. Le sous-titre de l’ouvrage est à cet égard explicite : Votes, réseaux de relations et classes sociales. La mise en évidence d’effets d’entraînement du groupe vers l’individu par des relations sociales contextuelles est, sans aucun doute, l’apport majeur de l’ouvrage. Il est cependant dommage que l’auteur n’explore pas d’autres hypothèses, qui sont désormais souvent avancées par les géographes français et anglo-américains pour expliquer la spatialisation des comportements électoraux. En effet, certains auteurs avancent que le seul jeu des conversations locales semble désormais une explication bien insuffisante dans un contexte d’individualisation de l’opinion, de mobilité des individus, et d’information a-spatiale (médias nationaux, en particulier).
La première théorie complémentaire peut-être qualifiée « d’électeur-habitant-stratège » (self reproduction pour les anglo-américains) : les habitants-électeurs sont désormais plus mobiles qu’auparavant, et choisissent leur lieu d’habitat en fonction de valeurs personnelles, qui sont également celles qui conditionnent leur vote. En d’autres termes, H. Le Bras cherche à expliquer le vote par le lieu d’habitat, alors que de plus en plus, c’est sans doute le choix (ou absence de choix) d’un lieu d’habitat, qui explique le vote. Par exemple, les électeurs qui maîtrisent leur « capital spatial » peuvent habiter les lieux sûrs et accessibles, y compris urbains, et forment les forces vives des partis gouvernementaux, en particulier de gauche. Les électeurs au capital spatial limité, ou inachevé, perçoivent leur enclavement comme une frustration (les habitants périurbains et le vote frontiste). La forte territorialisation des votes, en particulier des votes protestataires, serait alors en réalité simplement le miroir plus ou moins déformé de l’augmentation des ségrégations locales en France.
Une seconde théorie possible de la « néo-territorialisation » du vote est celle que l’on peut qualifier « d’électeur post-individualiste ». Si l’apprentissage démocratique pousse dans un premier temps l’électeur à s’émanciper du groupe et à individualiser son vote, on peut également penser qu’un stade ultérieur de maturité pour l’électeur est de comprendre que son vote ne compte que de façon relative par rapport au vote des électeurs avec qui il partage l’urne. C’est sans doute en partie pour cette raison que, par exemple, le « chasseur » isolé en ville ne votera pas Saint-Josse, car il sait alors qu’il « perd » sa voix… Et que le non-chasseur en baie de Somme votera tout de même Saint-Josse, pour que sa protestation compte « davantage ». H. Le Bras reconnaît d’ailleurs qu’il n’a guère exploré cette piste : « L’électeur ne vote pas seulement en fonction des scènes, des rumeurs, des récits de son entourage, mais en fonction aussi du résultat anticipé […] On ne peut nier que l’électeur spécule. En remplaçant une détermination socio-économique individuelle par une influence du réseau de relations, nous avons sous-estimé l’autonomie du citoyen et ses capacités de calcul et de jugement des candidats. » Pourtant, la différence est de taille entre les deux hypothèses. L’analyse des cartes électorales ne suppose plus la recherche de critères déterministes ou communautaires, paradoxaux dans un contexte d’émancipation politique des individus, mais bien la recherche de stratégies d’acteurs d’individuels, qui, pour une part, suivent des logiques spatiales et engendrent alors des organisations territorialisées.
Une autre France est, dans tous les cas, un essai particulièrement stimulant, qui bouscule la sociologie politique comme peu d’ouvrages l’avaient fait au cours de ces dernières années. Le débat qu’il suscite dépasse largement la simple explication du vote. Il renvoie, sur le plan méthodologique, à des questionnements de fond sur l’évolution des sciences sociales, au carrefour de la géographie, de la sociologie et des sciences politiques. Mais il renvoie également, sur le plan politico-économique, au sens à donner à la « fracture territoriale » en France.
Michel BUSSI
Université de Rouen
Laboratoire MTG-UMR IDEES 6063

SANTISO (Javier) dir. – À la recherche de la démocratie. Mélanges offerts à Guy Hermet. – Paris, Karthala, 2002. 403 p.

À la fin de l’année 2002, les chercheurs du CERI ont offert à Guy Hermet, un de leurs anciens directeurs, une livraison d’un magnifique Mélanges. J’insiste ici volontairement sur le singulier et le pluriel qui sont, pour moi, le trait majeur du parcours de recherche et de la pensée d’une des figures majeures du comparatisme à la française. En effet, car paradoxe d’une trajectoire de recherche singulière s’il en est, Guy Hermet peut être considéré aujourd’hui comme l’un des « fondateurs de l’école française du comparatisme », alors que ceux qui connaissent ses écrits et son enseignement, savent l’aversion qu’il a toujours eu à l’encontre de la notion même d’École. C’est d’ailleurs en essayant d’éviter les pièges d’une pensée scolastique qu’en comparatiste, il s’est mis en quête de son graal politique : la Démocratie. Dans ce sens, il a approfondi la géniale intuition tocquevillienne selon laquelle la démocratie renvoie non seulement à des formes politiques, mais aussi à un type d’organisation sociale. Ceci l’amène à dépasser l’opposition fondatrice de la philosophie de l’Histoire de Raymond Aron, entre Totalitarisme et démocratie, en proposant, comme cela fut le cas dans le Traité de science politique, de porter la focale de l’analyse sur l’autoritarisme [2]. Pour lui, faire une sociologie de la construction démocratique revient à saisir la démocratie au sens où François Furet pensait la Révolution française, c’est-à-dire intégrer toutes ses formes incertaines et mettre ainsi le doigt sur le potentiel de désenchantement dont elle est porteuse [3]. Au total, la démocratie n’est en rien une forme univoque du bon régime, mais plutôt une situation politique possiblement réversible. À l’instar de son collègue et ami Juan Linz, « el politologo de Yale », Guy Hermet partage l’idée que la démocratie est le résultat d’un processus à l’horizon toujours changeant [4]. Dans cette perspective, la conjoncture politique internationale actuelle ne peut que lui donner raison.
C’est donc en fuyant éperdument les jugements de valeur, mais sans oublier de juger, sans concession, la réalité politique observée que Guy Hermet s’est évertué tout au long de son parcours de recherche à identifier « des trajectoires démocratiques », dans le but de penser « une démocratie sans adjectifs » [5]. Partant de là, son itinéraire de recherche montre comment on peut contourner les pièges d’une approche prescriptive dans laquelle les tenants de la transitiologie vont rapidement se confondre [6]. Son analyse critique de la formation de la démocratie le conduit à dépasser l’horizon toujours limité d’une théorie de la démocratie fondée sur le mode du « devoir être », cher à la philosophie politique [7]. Ce sont tous ces aspects de l’œuvre de Guy Hermet qui sont mis en avant par l’introduction intuitive que J. Santiso propose à ces Mélanges. D’entrée de jeu, la pensée de l’auteur y est introduite sous le sceau de la liberté, à travers la métaphore de « l’esprit renard » évoqué par Isaiah Berlin (p. 5). À cela s’ajoute une passion bien française, celle d’un amour des mots et de la langue, qui lui octroie un style d’essayiste hors pair rompant avec le ton pontifiant du milieu académique ambiant. On ne peut ici s’empêcher de comparer l’articulation entre son style et sa pensée avec le « ratiovitalisme » cher au grand philosophe José Ortéga y Gasset [8]. Ainsi, son amour des mots et sa volonté de penser des paradoxes constituent la marque de son apport à la sociologie historique et à la politique comparée. C’est donc en renards lâchés en liberté que les contributeurs sont partis en quête d’un esprit traquant la réalité de l’univers des démocraties dans le monde.
Le premier auteur à s’élancer dans le jeu de la définition d’une démocratie sans adjectif est Juan Linz. Il s’attache à montrer en quoi une meilleure connaissance de sa dimension temporelle permettrait de mieux comprendre les contraintes qui pèsent sur un gouvernement démocratique. A contrario, les régimes autoritaires et totalitaires sont dotés de gouvernement illimité dans le temps. Ce n’est qu’avec « les chronogrammes » de la transition vers la démocratie que la notion de temps est réintroduite. En revanche, dans une démocratie, les règles du jeu peuvent se comprendre à partir de la prise en compte de « budgets-temps ». Ceux-ci se traduisent par l’octroi pour une durée limitée du pouvoir aux gouvernants, remis en question pro tempore selon la logique des calendriers électoraux. Après avoir problématisé cette question, en soulignant l’utopisme de la démocratie sans contrainte temporelle, Juan Linz note les paradoxes existant entre la prise de décision et l’instabilité dans les fonctions politiques (électives). De plus, la politique démocratique fragmente le temps en segments de durée relativement brève. Or, « à une époque où la prise en compte des préoccupations des électeurs est devenue sacro-sainte, on dépend plus que jamais des leaders qui tentent de capter leurs voix ou de passer outre le verdict des urnes et gardent les yeux rivés sur leur propre avenir au-delà des futures échéances électorales » (p. 41). Ce faisant, J. Linz nous incite à investir ce domaine de recherche tant les informations sont faibles sur la façon dont le temps est perçu par les acteurs de la démocratie. Cette piste de réflexion est prolongée par Oscar Godoy Arcaya, qui ajoute deux variables complémentaires à la compréhension du gouvernement représentatif : l’espace et la population. Il part d’une relecture des idées de Montesquieu et de Benjamin Constant sur l’absence de viabilité des formes du gouvernement démocratique dans la société politique au 18e et au 19e siècle, en raison « des dimensions spatiales et démographiques des États modernes, ainsi que le fait que les membres de la société civile moderne disposent de trop de temps à consacrer aux affaires publiques ». Il note toutefois qu’avec l’avènement de la représentation démocratique et le temps de la citoyenneté au 20e siècle, la donne a changé, même si ces variables sont toujours structurantes. La condition temporelle s’est alors notablement modifiée, et cela se traduit par un suivi et un contrôle permanents du représentant « pendant » l’exercice de son mandat (p. 55). Celui-ci comporte une évaluation de la performance durant la totalité du mandat (représentant et/ou parti), autour de trois caractéristiques majeures : l’accountability [9], la transparence et la responsabilité. J. Linz souligne alors que la démocratie représentative, par ce biais, connaît actuellement une augmentation des formes du contrôle citoyen sur l’activité politique des élites.
L’autre angle d’attaque, à partir duquel sont appréhendées les questions liées au gouvernement démocratique, est celui de la gouvernance. Le premier à revenir sur l’itinéraire du concept de gouvernance est Ali Kazancigil. Ainsi, si, étymologiquement, le terme de gouvernance est apparu en France au 13e siècle, c’est à la fin du siècle dernier dans les pays anglo-saxon qu’il connut un renouveau. Paradoxe suprême : lors de cette ré-émergence, il fut considéré un temps comme intraduisible en français. Outre les usages politiques et idéologiques que l’on connaît de ce concept, ce sont la théorie des choix rationnels et l’économie néo-institutionnelle qui, initialement, ont théorisé la gouvernance. A. Kazancigil remarque toutefois que c’est avec les travaux relevant de la sociologie historique du politique et des institutions que ce nouveau domaine de recherche s’est véritablement enrichi. La sociologie de l’élaboration des politiques publiques montre que, dans des sociétés de plus en plus différenciées, où les réseaux d’intérêt ont acquis d’avantage d’autonomie, la notion de gouvernance permet de saisir les interactions État-société hors des schémas verticaux propres au gouvernement traditionnel [10]. Toutefois, les travaux qui présentent la gouvernance comme un remède à la crise de la démocratie représentative, ont du mal à cacher la logique néo-libérale qu’il sous-tend. Pour sa part, Yanis Papadopoulos revient sur les articulations complexes entre l’analyse des politiques publiques et la sociologie de la démocratie. En s’appuyant sur certaines hypothèses développées par Guy Hermet sur le populisme, Y. Papadopoulos montre que, malgré des vertus trop rapidement célébrées, la gouvernance conduit aussi à un dévoiement de la démocratie. Pour lui, même si on manque encore de travaux empiriques sur la question, on peut d’ores et déjà affirmer sans exagérer que la perte démocratique engendrée par la « gouvernance » est loin d’être compensée d’emblée par des avantages en matière de « management de l’interdépendance » (p. 157).
Faisant suite à cette recherche sur la démocratie sans adjectif, trois articles sont consacrés à la question des formes du pluralisme. Bertrand Badie propose ainsi un « essai d’identification politique de situations pluralistes » (p. 59-70). En partant de l’exemple des sociétés affectées par une crise de l’État (collapsed state), il souligne l’ambiguÄté de la notion de société plurielle. Cette dernière, lorsqu’on suppose son opposition à celle de société unitaire, s’avère redoutable à l’usage car elle conduit à un dilemme théoriquement douteux : « Ou certaines sociétés seraient plurielles par nature et constituées d’une juxtaposition irréductible des groupes fondamentalement distincts les uns des autres, ou elles le seraient de façon conjoncturelle dans un moment historique de leur développement » (p. 61). Pour B. Badie, choisir entre ces deux options est théoriquement impossible dans la mesure où l’intégration sociale et l’intégration politique sont placées sur le même plan. C’est d’ailleurs l’impasse dans laquelle s’était fourvoyé le développementalisme. Pour sortir de cette situation de recherche, B. Badie propose, outre un retour à la théorie de la tolérance de Michaël Walzer, de partir de la posture selon laquelle émettre l’hypothèse d’une société plurielle ne doit pas conduire à privilégier un type de société naturellement moins contractuel qu’un autre, et cela nous invite alors à évaluer les causes et les effets d’une réactivation « méta-citoyenne » de l’entreprise identitaire. Trois sous-hypothèses permettent d’éclairer les situations pluralistes analysées. La première est l’hypothèse substitutive selon laquelle les mobilisations identitaires et les constructions pluralistes seraient alors interprétées comme substituts à un défaut d’intégration institutionnelle. La deuxième est l’hypothèse stratégique, selon laquelle les tendances plus ou moins marquées du pluralisme sont liées à un jeu d’acteurs. Enfin, la troisième hypothèse est celle qui permet d’envisager la pertinence de comportements sociaux en quête de pluralisme. Les identifications communautaires substitutives à la citoyenneté seraient promues « par le bas » sous l’effet de mouvements sociaux plus ou moins organisés. C’est donc bien des situations de pluralisme plus ou moins marquées, instables et changeantes, qui deviennent un objet d’analyse en soi, appelant aussi un moment d’intervention et d’ingénierie politique. On retrouve, à travers ce plaidoyer pour l’analyse des situations pluralistes, un renvoi au travail novateur de Guy Hermet sur les situations autoritaires [11]. Dans un registre différent, Bérengère Marques-Pereira aborde la question de la qualité de la démocratie à travers le prisme de l’inclusion politique des femmes. Elle part du constat selon lequel les femmes demeurent encore largement des outsiders de la politique. Dès lors, la minorisation des femmes en politique ne constitue pas seulement le trait d’un déficit démocratique, mais plutôt atteste d’une « démocratie sans qualité ». Par ailleurs, l’émergence des mouvements des femmes a permis de dépasser la problématique restreinte de l’accès aux seules activités de décision en l’étendant à tous les aspects de la politique de la vie quotidienne. Enfin, Pierre Birnbaum revient sur l’apport du concept de « l’identité trait d’union » de Michael Walzer à l’analyse de la démocratie. Il souligne ainsi la filiation que l’on peut trouver entre les penseurs juifs attentifs aux conséquences de l’immigration, comme Horace Kallen et M. Walzer. Le multiculturalisme américain, qui définit la société américaine comme une « démocratie de nationalités » ou encore une « nation de nationalités », fait du processus d’intégration des juifs « les plus délibérément américains des immigrants » (p. 94). À ce titre, ils symbolisent donc tout particulièrement cette identité « à trait d’union » (hyphenated) [12]. P. Birnbaum montre aussi comment ce théoricien juif-américain, obsédé par l’exemple du mode d’émancipation des juifs dans le cas de l’État nation à la française, tend à sous-estimer le rôle de l’histoire comparée des États. Il en ressort l’instauration d’une opposition trop simplifiée entre les États-Unis, ouverts à une multiplicité d’ethnies et de groupes culturels qui s’opposent, à une France considérée comme unifiée ethniquement. C’est donc par le recours à une sociologie historique qui s’inscrit dans la longue durée que l’on peut comprendre comment, à l’instar de la France, dans les sociétés qui ont connu les empires, les « sociétés constitutionnelles » comme la Suisse ou encore, les sociétés d’émigration comme les États-Unis, l’identité à trait d’union l’emporte.
Ensuite, c’est au tour de Michel Dobry de proposer une lecture critique de l’analyse de la légitimation des systèmes démocratiques. La proposition est simple, car il suffit de dépasser le paradigme traditionnel de la légitimité en relisant Weber. Pour sortir des sentiers battus et des explications légitimantes de la légitimité des systèmes politiques, M. Dobry, nous invite à étudier les « transactions collusives » (entendues comme des échanges entre des acteurs situés dans des secteurs ou champs différents et autonomes), qui ne sont pas nécessairement attentives à une réciprocité immédiate (p. 111) et qui, surtout, se situent à l’opposé des effritements et des ruptures visibles (p. 113). Dit autrement, les processus de délégitimation les plus forts sont ceux qui se passent avant que la perte de légitimité politique soit visible ou manifeste. Dès lors, il est nécessaire de réorienter la recherche autour d’un paradigme qui permet de saisir empiriquement ces transactions collusives. Tel est l’effort que les chercheurs en sciences sociales doivent consentir pour sortir de la théorie trop exclusivement normative des processus de légitimation et de délégitimation de la démocratie.
La deuxième partie des Mélanges porte sur la recherche des trajectoires démocratiques dans le monde. À l’exception du cas de l’Afrique, la plupart des exemples de construction relative de la démocratie sont abordés soit dans leur singularité, soit en perspective comparée, ce qui n’est pas un petit défi quand on connaît l’état de la discipline en France. Et c’est certainement dans la réalisation de cet exercice de comparatisme, traditionnellement réservé à un jeu de coteries entre social scientists anglo-saxons, que ces Mélanges attestent de l’empreinte laissé par Guy Hermet sur ce domaine de recherche. C’est Christophe Jaffrelot qui ouvre le chemin en rappelant tout ce que la mise en perspective comparatiste des trajectoires démocratiques indienne et paskistanaise doit à l’auteur auquel on rend hommage. Cette comparaison binaire permet de tester cinq hypothèses caractérisant la différenciation des deux trajectoires : l’héritage colonial ; l’arithmétique des groupes ethniques ; le rôle des partis politiques ; la question de la sécurité nationale et des menaces extérieures ; la structure sociale de la société. La méthode analytique mobilisée, synchronique, diachronique et multi-factorielle, conduit Ch. Jaffrelot à réfuter tout déterminisme culturel. Elle l’amène à dégager deux temporalités. La première, purement politique, est celle qui se traduit par l’échec du régime démocratique au Pakistan, alors que le parlementarisme s’enracine en Inde depuis 1947. La deuxième temporalité est celle de l’impact des facteurs sociaux sur le système politique qui, dans le cas du Pakistan, se traduit par une faible structuration de la société politique, alors qu’en Inde, la démocratisation du jeu politique et de la société est en constant progrès. Afin de poursuivre cet examen des trajectoires extra-occidentales de la démocratie, Stéphanie Balme-Lautard nous entraîne en Chine, chez les héritiers du « despotisme oriental » cher à Wittfogel. L’hypothèse développée, empreinte de comparatisme implicite, consiste à expliquer comment les « tentatives de démocratisation du régime issues de la société » sont mises en échec « par le droit mais aussi au nom du droit et de sa réforme » (p. 189). Autrement dit, tout se passe comme si, en Chine, « l’État de droit » agissait comme antidote à la démocratisation du politique. S. Balme-Lautard montre alors comment la dynamique des réformes économiques, à savoir la sortie de la planification engagée depuis les années 1980, a induit la centralité d’une réforme du droit. Les événements de Tiananmen, d’un côté, et l’intégration croissante de la Chine dans les affaires du monde, de l’autre, ont contribué à brouiller les références politiques conceptuelles. Ainsi, la « démocratie » et « l’État de droit » sont devenus des termes courants de la rhétorique des élites politiques et intellectuelles chinoises aussi bien officielles que dissidentes. Le vrai tabou politique est alors « la démocratie libérale de type occidental ». Au total, il ressort que la notion de transition s’avère inopérante pour rendre compte du changement politique à l’œuvre dans la Chine actuelle, même si l’on assiste à une « partification » (distinction du parti et de l’État) progressive du système. Pour toutes ces raisons, la trajectoire politique de ce pays emprunte une voie très différente de celles expérimentées par les sociétés de l’ancien bloc communiste.
À son tour, J. Santiso nous amène dans un des jardins des délices démocratiques qu’il partage avec Guy Hermet, celui de l’espace politique latino-américain. Le propos consiste à revenir sur les éléments qui ont conduit les intellectuels et les dirigeants latino-américains à se convertir au libéralisme et ce, sur l’autel des croyances et des références à la Démocratie et au Marché en lieu et place de la Révolution et de l’État. On peut alors se demander si la démocratie n’a pas aspiré une dimension téléologique pour les acteurs qui s’en prévalent, et si le marché, dans la tradition totalisante de la pensée latino-américaine, ne serait pas devenu un élément essentiel de régulation du social et de l’économique. Ce glissement chez les élites sud-américaines s’est traduit par le déploiement de tactiques faisant de ces acteurs des caméléons plénipotentiaires, politiquement populistes et économiquement libéraux. Le stratagème de la figure « du bon libéral et du bon démocrate » fonctionne si bien que, même les plus subtils des analystes de MIT et de la Banque Mondial ont été leurrés. Si l’étude systématique de la trajectoire de ces élites et, notamment, la question de leur réelle conversion à ces nouvelles valeurs, reste à faire, J. Santiso propose une piste de recherche séduisante selon laquelle on aurait à faire à « un ralliement à une économie politique du possible, une économie et une politique davantage soucieuses d’éthique des conséquences que d’éthique des convictions » (p. 233). Les nombreuses trajectoires démocratiques analysées par J. Santiso attestent de l’émergence d’un possibilisme démocratique en Amérique latine, enfanté par la conjugaison « théo-riquement impossible » du populisme et du libéralisme. Soledad Loaeza revient sur les incertitudes qui pèsent sur la transition démocratique au Mexique. Pour elle, l’incertitude est le facteur qui domine dans les transitions « pactées ». Et cela est encore plus vrai pour les transitions prolongées, comme celle que connaît actuellement le Mexique, où le système autoritaire subit alors une lente agonie. Bien souvent, le jeu entre les élites « continuistes » et les élites « réformistes » est à somme positive dans la mesure où elles se partagent la maîtrise de la temporalité du changement. L’institutionnalisation progressive de nouvelles règles du jeu devient le seul facteur politique qui autorise un contrôle de l’incertitude politique. Dès lors, l’attitude des protagonistes dépend des perceptions qu’ils ont de la situation de transition.
Ensuite, c’est au tour de Philippe C. Schmitter de revisiter les paradigmes de la « transitologie » et de la « considologie » [13], qu’il a inventé avec G. O’Donnell, en portant à nouveau son regard sur la trajectoire singulière de la démocratisation au Portugal. Ce propos nous permet de revenir sur un paradigme envers lequel la recherche française, malgré la voie ouverte par Guy Hermet, s’est toujours comportée de façon peu réceptive ou très critique [14]. Rappelons, avec ces auteurs, que les transitions peuvent aboutir avec une probabilité variable à quatre types génériques de résultats : 1- le retour à l’autocratie (en terme de statistiques, c’est le débouché le plus probable) ; 2 - un régime hybride ne satisfaisant pas les critères minimaux de la procédure démocratique sans être pour autant un simple retour au statu quo ante (« dictamolles » ou « démocradures ») ; 3 - la « démocratie non consolidée », situation où les procédures démocratiques minimales sont respectées, mais sans que ceci s’accompagne d’un accord sur les règles de la compétition politique, de la formation des gouvernements et de l’élaboration des politiques publiques ; 4 - la démocratie consolidée sur la base de règles mutuellement acceptables, de pratiques correctes et d’une compétition tolérante entre ces principaux acteurs (p. 294-295). Le Portugal appartient à cette catégorie des rares démocraties consolidées de la quatrième vague des transitions. Toutefois, sa trajectoire de consolidation démocratique s’avère des plus singulières. En effet, elle a commencé par un coup de force d’officiers, fait extrêmement rare pour les démocraties qui sont aujourd’hui consolidées. Mais, contrairement aux autres cas de transition « imposée », la libéralisation et la démocratisation y ont été confondues. Pourtant, comme le Portugal, en tant que premier pays de la quatrième vague démocratique, s’est trouvé faiblement affecté par la conditionnalité internationale, sans modèle à imiter ni théorie de la démocratisation à appliquer, la nature radicale de sa transition a, dans un premier temps, inquiété. Ainsi, durant la période de transition, tant que la menace communiste n’avait pas reculé, des interventions extérieures secrètes des ministères des Affaires étrangères et des circuits de l’OTAN ont joué. Elles ont été, lors du processus de consolidation, remplacées par les procédures d’intégration européenne. Cependant, bizarrement, dans ce pays, la cohorte des organisations non-gouvernementales, appelées plus tard à jouer un si grand rôle, est quasi-absente. Au total, la trajectoire du Portugal pousse Ph. C. Schmitter à l’optimisme sur le devenir des démocraties dans le monde : « Si les Portugais ont pu atteindre le havre de la démocratie consolidée après avoir suivi une trajectoire aussi bizarre, pourquoi d’autres ne le feraient-ils pas, à leur manière ? » (p. 315)
Enfin, Yohann Aucante propose une relecture d’une variable centrale de la macrosociologie historique comparative, celle du rôle du substrat agraire, appliqué à la trajectoire scandinave. Dans cette perspective, il se donne pour objectif de relativiser « le travail ambitieux de Barrington Moore sur les origines sociales de la démocratie et des régimes autoritaires » (p. 318). Au terme d’une relecture comparée du processus d’émergence et de politisation de la paysannerie sur la longue durée historique, le résultat est assez probant. En effet, il montre que le facteur agraire peut être un élément d’explication dans le procès de démocratisation et que l’existence d’une population rurale importante ne semble pas hypothéquer la libéralisation des régimes politiques. Ainsi, les structures agraires et les rapports de classe différenciés, existant avant 1800 en Scandinavie, sont dépassés par le jeu combiné de relais culturels (rôle de la religion) et politique (rôle de l’alignement partisan) du changement sociétal. Même si le processus n’est pas linéaire entre les différents pays scandinaves, de fortes interdépendances régionales jouent en matière de trajectoires démocratiques. Pour finir, Christian Popescu reprend la distinction analytique avancée par Guy Hermet entre « les survivants de l’appareil communiste » et les « démocrates solitaires », pour relativiser la vision hâtive selon laquelle ce serait les héritiers de Ceausescu qui conduiraient la démocratisation en Roumanie. À partir d’une étude comparée des comportements politiques dans les pays de l’ex-bloc soviétique, Ch. Popescu montre que la situation de la Roumanie n’est pas très différente. Toutefois, si les Roumains se déclarent majoritairement favorables à la démocratie dans leurs propos publics, « la situation change du tout au tout dès que l’on tente d’approcher leurs représentations mentales » (p. 365). En raison des avatars de la démocratisation, ces représentations sont ancrées dans la construction de la réalité effectuée avant 1989 par le régime communiste. La voie de la démocratisation en Roumanie oscille entre la peur du changement et le désir du changement, d’où un sentiment de perpétuation de la crise politique.
À l’arrivée, ces Mélanges, par la vision actuelle qu’ils offrent de la connaissance toujours cumulative des univers de la démocratie dans le monde, constituent certainement le meilleur hommage qui soit. Loin d’opposer, comme certains se plaisent trop facilement à le faire, les « vieilles démocraties » aux « jeunes démocraties », plusieurs générations de comparatistes se confondent dans l’écriture de cette recherche sur la démocratie. La lecture critique de cet ouvrage m’amène à revenir sur la trajectoire personnelle de Guy Hermet, en osant la comparaison avec l’itinéraire des découvreurs du continent américain. Certains la trouveront « olé olé », Espagne oblige, mais elle est avant tout sincère. Son parcours de recherche part de l’Espagne, au moment même où cette dernière rencontre un véritable processus de « vertébration » démocratique, pour se poursuivre dans les pays où la démocratie reste encore un horizon incertain. Loin de surfer sur les vagues déferlantes de la « transitologie », G. Hermet est parti à la découverte, en Amérique latine tout d’abord et en Europe de l’Est par la suite, des terrains où l’on a trop vite pensé que la démocratie s’était « mal » développée. Ce détour par le nouveau monde des univers de la démocratie s’est toujours inscrit hors des sentiers battus où le développement politique ambiant l’insérait. G. Hermet nous aide ainsi à comprendre, n’en déplaise « aux amis excessifs de la démocratie », comment celle-ci ne se gouverne pas seulement par le peuple, pour le peuple, mais aussi avec les formes que prend le peuple.
William GENIEYS
CEPEL, Université de Montpellier

GAUDILLIÈRE (Jean-Paul) – Inventer la biomédecine. La France, l’Amérique et la production des savoirs du vivant (1945-1965). – Paris, La Découverte, 2002.

En trois décennies à peine, on a appris à isoler, à modifier des gènes et à manipuler le patrimoine héréditaire des individus… Le développement des biotechnologies transforme notre rapport à la médecine et concerne dorénavant l’ensemble de la société. Des nouvelles manières de penser le corps, de le soigner et de l’expérimenter réorientent sa prise en charge institutionnelle. Comment ce régime biomédical a-t-il pu se constituer en une nouvelle administration du vivant ? J.-P. Gaudillière, historien des sciences, nous invite à explorer les premières mises en place des ressources biomédicales dans la France de l’après-guerre. Avec une grande aptitude à manier différents registres disciplinaires et à restituer les logiques décisionnelles, son attention s’est portée sur la production des savoirs biomédicaux à travers les réseaux de collaboration multiples entre les laboratoires, les services hospitaliers, l’industrie chimico-pharmaceutique et les agences d’État. Inventer la biomédecine s’impose comme une des premières références emblématiques de la mise en politique des catégories du médical. L’apport considérable de cette entreprise réside dans l’originalité prometteuse de son objet puisqu’il montre que les transformations de la biologie des Trente glorieuses ne sont compréhensibles que par l’examen de l’articulation existant entre la production des savoirs biomédicaux, leur qualification sociale et leur institutionnalisation. Biologiste devenu historien durant la seconde moitié des années 1980, J.-P. Gaudillière passe aisément de la paillasse aux archives, il développe son analyse bien au-delà de ce qui est classiquement fait dans une étude socio-historique. Il situe à un même niveau d’intérêt la construction scientifique du contenu de la connaissance biologique et ses inscriptions institutionnelles. L’émergence du biomédical est entrevue à la manière d’un processus de reconfiguration des rapports entre l’État, les savants, les médecins et les industriels de la santé, au cœur de la France d’après-guerre. La dimension comparative s’appuie sur le modèle du complexe biomédical américain car les transformations et l’impact social de ces savoirs ont été les mieux analysés outre-atlantique. Son regard sur les processus respectifs d’acculturation renforcent l’intérêt de ce comparatif en permettant notamment de saisir la différenciation fonctionnelle des mécanismes de marché et la divergence des sentiers institutionnels qui séparent la culture française et américaine.
Une lecture transversale de l’ouvrage nous dessine son fil conducteur empirique, Inventer la biomédecine s’appréhende à la manière d’une transformation d’état du système médical, c’est-à-dire de ses acteurs, de ses savoirs, de ses pratiques, de ses normes d’action, de ses référentiels partagés, de son rapport aux politiques gouvernementales et de la population cible concernée par ses activités. Le projet est davantage archéologique que généalogique, il se prête à des découpages historiques précis, à des études de cas qui peuvent s’adresser aussi bien à la culture matérielle et aux formes de sociabilité des réseaux savants, à la politique scientifique ou à la productivité scientifique industrielle. Le patchwork de pièces thématiques permet alors de dessiner les contours du « complexe biomédical français » en émergence. Cet agencement de matériaux vise à nous montrer la cohérence des schèmes mentaux d’une époque mais surtout à déceler les multiples façons dont les savoirs biologiques locaux s’articulent au pouvoir. Le choix heuristique adopté par l’auteur évite de tomber dans l’écueil consistant à expliquer les objets médicaux du passé à partir du statut scientifique des productions contemporaines, il revendique au contraire le refus de réduire les savoirs du vivant à ce que le recul du temps donne le pouvoir d’en dire. Le traitement politique de l’hérédité des maladies, par exemple, se pense avant la seconde guerre mondiale en terme d’hygiène nataliste tandis que le développement de la génétique clinique après 1945 constitue une figure symbolique contemporaine dans la gestion sociale de l’hérédité pathologique. L’histoire de l’invention de la biomédecine est donc bien différente de ce que nous pourrions attendre d’une entreprise d’application des savoirs du vivant au moteur rationnel, c’est tout au contraire un champ hétérogène de tensions tant au niveau des systèmes de pratiques technologiques qu’au niveau des univers professionnels. Ce constat est d’autant moins anodin que s’opère une recatégorisation permanente des acteurs du médical, avec l’invention notamment de la figure du médecin expert salarié par l’État.
Autre caractéristique, la biomédicalisation française décline une mise en politique spécifique des savoirs médicaux et biologiques : elle positionne un État en passe de devenir le premier entrepreneur de la recherche et de la santé, son administration adopte une pratique de gestion menée dans les agences de recherche. Le caractère évident de l’introduction des sciences biologiques expérimentales à la Libération apparaît alors comme une illusion rétrospective, puisque les biologistes, les cliniciens et les ingénieurs relevaient de cultures professionnelles bien différenciées dans la France de l’entre-deux-guerre. Il faut bien percevoir que le regard empirique du monde médical contemporain est le produit de plusieurs révolutions reconnues, celle de l’expérience clinique de la fin du 18e siècle d’abord, intervient ensuite la révolution physiologique (que certains appellent la naissance d’une médecine « scientifique ») dès la deuxième partie du 19e siècle, puis la révolution pastorienne qui marque tout le début du 20e siècle en faisant de la bactérie une cible de la médecine sociale et de la clinique. Cette révolution du laboratoire en médecine est remodelée au gré des importations théorico-expérimentales philanthropiques anglo-saxonnes tout au long de cette première moitié de siècle, et enfin, la France d’après-guerre voit naître la révolution biotechnologique qui nous est contemporaine. En plus de l’affirmation d’une médecine expérimentale, cette dernière devient également moléculaire dans le monde de la biomédecine naissante ; l’implication de l’État se conjugue avec celle d’une industrie du médicament stimulée par l’utilisation massive des antibiotiques après 1945 et aboutit à une totale refonte des systèmes de santé. Cette administration du vivant fournit une nouvelle donne au progrès sanitaire, rendant visible les appareillages et les pratiques techniques. Elle devient une « affaire » de macromolécules et, à ce titre, J.-P. Gaudillière nous parle d’une molécularisation des savoirs du normal et du pathologique, en parallèle à la recomposition des mondes de la médecine. La planification scientifique s’intensifie sous l’État gaulliste, l’Institut national d’hygiène est transformé en Institut national de la santé et de la recherche médicale, le « corps » de la recherche médicale est officialisé, les services hospitaliers incorporent l’enseignement et la recherche avec l’adoption de la réforme Debré, la politique biomédicale de l’État français est matérialisée par la création de la Direction générale de la recherche scientifique et technique, sorte de commissariat à la recherche prenant en charge l’information et la coordination des organismes de recherche et des milieux scientifiques. Avec cet ouvrage, on comprend bien que la discontinuité du biologique et du médical est un aspect fondamental à la mise en politique contemporaine des savoirs sur la santé. La mécanique du complexe biomédical implique des références institutionnelles hors du monde hospitalier, les liens entre biologistes et industriels s’intensifient, même si l’Institut Pasteur incarne une alternative forte aux logiques industrielles basées sur une standardisation des procédés. Ces liens apparaissent de plus en plus comme un préalable à l’acquisition d’un savoir médical pertinent.
Le développement de ces aspects donne à comprendre, à spécifier une biomédecine à la française. Bien qu’on ne puisse nier l’empreinte de la tradition clinique dans la constitution du modèle biomédical national, notamment dans ses tensions avec l’industrie pharmaceutique, J.-P. Gaudillère montre une structuration en miroir de la biomédecine américaine. Les échanges médicaux transatlantiques s’inscrivent dans l’histoire politico-sociale et diplomatique des deux rives de l’Atlantique, la chronologie des circulations se superpose aux contextes du plan Marshall, de la guerre froide et de la croissance forte. Fort de ces similitudes, l’accent est également placé sur les manifestations différenciées de cette recherche biomédicale, au niveau du fonctionnement, du rôle des agences et des dynamiques contrastées du débat public français et américain, aussi bien dans leur forme que dans le fond des controverses technico-scientifiques. Si J.-P. Gaudillière voit, dans cette biomédecine naissante, une inscription pour partie de l’État providence, il montre que le discours de « l’homme invulnérable » comporte un autre postulat selon lequel la découverte de nouveaux dispositifs techniques est le moyen le plus efficace de résoudre les problèmes de santé. Cette société des biotechnologies médicales va donc au-delà des formes de solidarité de l’État providence et des clivages politiques usuels. La posture adoptée vis-à-vis de la constitution de la biomédecine renvoie à une modalité particulière du rapport de l’État à la société et à d’autres connotations normatives, bien distinctes de la protection de l’individu et des devoirs de la société à son égard. La lecture de cet ouvrage nous incite à inscrire le pouvoir technique rattaché à l’idée du mieux-être, ses comités d’expertise et ses agences de recherche, dans le prolongement du grand travail d’institution du social que l’État s’était fixé dès la fin du 18e siècle. Les chapitres consacrés aux pratiques de gestion des agences de recherche étatiques des années 1950 et à la planification de l’État gaulliste illustrent cette dimension, les politiques engagées ont ainsi permis l’émergence d’une communauté de chercheurs biomédicaux et elles ont accusé la scientifisation de la profession médicale. En terme de sociologie politique, l’acception donnée à la biomédecine semble apporter des éléments de réponse à l’interrogation de J. Lagroye sur la nature des instances qui assureraient aujourd’hui l’impératif hygiéniste, énoncée en conclusion de la journée d’étude de l’AFSP en 2000 autour de la gestion sociale et politique du corps biologique. Pourrait-on voir, dans cette substitution du médico-social par le technico-scientifique, une forme contemporaine de l’État hygiéniste ? Quoi qu’il en soit, la très grande richesse des investigations réalisées et l’ampleur des matériaux figurés dans cet ouvrage laisse présager une multiplication de travaux ultérieurs autour de l’indexation par le pouvoir et l’État des différentes formes de savoir scientifique du 20e siècle.
Virginie TOURNAY CREDAP-PARIS I

BOCK (Fabienne) – Un parlementarisme de guerre 1914-1919. – Paris, Belin, 2002. 351 p. (« Histoire et société. Temps présents »)

Dans cet ouvrage, préfacé par J.-J. Becker, Fabienne Bock entend renouveler l’étude du fonctionnement du régime parlementaire en France entre 1914 et 1919. Contre les interprétations communes, elle s’attache à montrer, à partir des débats parlementaires en séance et en commissions, et d’archives d’hommes politiques, que la Grande guerre n’a pas tempéré la « souveraineté parlementaire » au profit d’un accroissement des prérogatives de l’exécutif, mais a inauguré une forme particulière de parlementarisme dont l’auteur retrace la progressive mise en place.
La première partie de l’ouvrage est consacrée aux années qui précèdent la guerre et à ses premiers mois, marqués par la difficulté à penser la place du Parlement en temps de guerre. Le lecteur est d’abord plongé dans les débats qui, de 1889 à 1914, ont abordé ce point, notamment à travers la question de la soumission des parlementaires aux obligations militaires, qui sera laissée en suspens. Délicate sur le plan constitutionnel et politique, elle touchait à la primauté de la souveraineté nationale, constat qui aurait pu conduire à la rapprocher de la professionnalisation du personnel politique, alors à un moment charnière.
Conviction que la guerre sera courte, volonté d’« Union sacrée », tout concourt, aux premiers jours de la guerre, à pousser les sénateurs et les députés à s’effacer derrière le gouvernement sans forcément cesser toute activité politique. Devant la prolongation du conflit et les demandes des parlementaires, une session extraordinaire du Parlement est convoquée pour fin décembre 1914. Elle permet au gouvernement de légitimer les mesures, parfois exceptionnelles, qu’il a prises et d’obtenir les moyens financiers pour conduire la guerre, tout en comptant, implicitement, sur un nouvel ajournement volontaire du Parlement.
Il n’en sera rien : la rentrée parlementaire est l’occasion pour celui-ci d’affirmer son rôle, « aménagé » pour le temps de guerre : suspension des consultations électorales, restrictions à la publicité des débats et règlement pragmatique de la question des députés-soldats. Le choix leur est laissé, mais doit être définitif ; quelques-uns iront pourtant du front à la Chambre, occasion de souligner que nombreux furent les députés exemptés, avec des variations notables selon les groupes, l’origine sociale, qui renvoient aux effets des textes sur le service militaire.
Dans ce cadre, objet de la deuxième partie, le travail en commissions va prendre une importance considérable, prolongeant une évolution plus ancienne, pour apparaître comme la pierre d’angle du « parlementarisme de guerre ». Se fait jour ici une volonté de rendre l’action publique plus efficace, abordée ici de façon minutieuse, à travers trois domaines, où les parlementaires entendent contrôler le gouvernement et collaborer avec lui, dans le cadre de réflexions, brièvement évoquées, sur la représentation politique.
Les fabrications d’armements préoccupent principalement les sénateurs, parfois militaires. Ils mènent de nombreuses investigations sur les risques de pénurie, sur la qualité et l’efficacité des armements, etc. Les députés, quant à eux, s’intéressent particulièrement au contrôle aux armées : en tempérant les velléités d’indépendance du pouvoir militaire et en remettant en cause le partage des tâches entre gouvernement et Parlement, jusqu’à vouloir, pour certains, intervenir sur la direction de la guerre. De son côté, la hiérarchie militaire voit d’un mauvais œil tout regard extérieur jugé préjudiciable à l’autorité des chefs et, de ce fait, à l’efficacité des armées. Face aux difficultés qu’elles rencontrent, fin 1917, une fois que le gouvernement aura recouvré son autorité sur les militaires, les délégués des députés obtiendront l’accès à la zone de l’avant censée être sous l’autorité exclusive des militaires. Enfin, le contrôle des deniers de l’État revêt une dimension particulière avec l’examen, souvent entravé, des conditions des marchés de guerre. Seront mises à jour de nombreuses irrégularités : prix exorbitants payés par l’État, fraudes sur la qualité, etc.
Pour chaque point, la question se pose de l’efficacité de l’action et de la réalité de l’influence des parlementaires. La thèse de l’auteur se heurte ici à une difficulté sérieuse liée au type d’enseignements que l’on peut tirer des débats parlementaires : si d’autres sources montrent que le Parlement est un passage obligé, ils ne permettent pas de mesurer l’influence des commissaires. Leur action connaît une limite et non des moindres, « celle de concrétiser ses recommandations, les ordres restant du domaine de l’exécutif » (p. 207).
Dans la troisième partie, F. Bock examine le maintien des procédures habituelles du régime parlementaire : l’instabilité gouvernementale semble confirmer la permanence et même l’intensification du contrôle parlementaire, par exemple, en matière financière, accentuant l’effritement du consensus. À l’inverse, des propositions de révision des lois constitutionnelles, au profit de l’exécutif ou du législatif, et le recours aux comités secrets, à partir de l’été 1916, pour allier la possibilité de critiquer l’action du gouvernement à la nécessité de protéger les opérations militaires des indiscrétions, apparaîtront comme directement inspirées par le conflit.
L’année 1917 voit la fin de l’Union sacrée. Clemenceau, malgré les craintes qu’il suscite, apparaît alors seul capable de former une majorité solide. Son rôle au Sénat, ses accusations contre les « traîtres », réels ou supposés, rencontrent un large écho dans l’opinion et le présentent comme un « patriote intransigeant » (p. 278). Arrivé au pouvoir, il défend le contrôle du Parlement, se soucie de ses avis, mais en refuse toute ingérence. Le Tigre renforce la présidence du Conseil et s’entoure de fidèles, souvent des techniciens, seules vraies victimes de la « dictature clémenciste ». Il se réserve la responsabilité de la guerre et de la diplomatie, jusque lors des négociations de paix où son autoritarisme s’exacerbe.
Les élections et son départ ouvriront une nouvelle époque qui ne retiendra rien du « parlementarisme de guerre » dont F. Bock estime, en conclusion, qu’il a constitué une garantie contre toute dictature civile et militaire, invitant par là à reconsidérer le rôle du Parlement en démocratie. De fait, on trouve ici une vision équilibrée, jusque-là occultée, des rapports entre pouvoirs pendant la Grande guerre dont cet ouvrage contribue ainsi, sous un angle nouveau, à améliorer la connaissance et à souligner l’importance, par exemple au niveau des réflexions sur l’action de l’État. Surtout, en nous plongeant, quoique parfois implicitement, au cœur des rapports entre violence guerrière et politique, entre capacité coercitive et légitimité du pouvoir politique, F. Bock ouvre d’autres perspectives de recherche qui, entre autres, viendraient éclairer la place particulière du fait militaire en France.
Vincent PORTERET
Laboratoire Georges Friedmann
Université Paris I Panthéon-Sorbonne

SALMON (Frédéric) – Atlas électoral de la France (1848-2001). – Paris, Le Seuil, 2001.

« La France électorale est un continent », précise F. Salmon. L’auteur s’est lancé dans son exploration et le résultat suscite l’admiration face à l’ampleur du travail accompli. Le premier intérêt de l’ouvrage tient, bien entendu, à l’exceptionnelle qualité, sur la forme comme sur le fond, de sa cartographie. Les près de 500 cartes proposées par F. Salmon fournissent des informations entièrement nouvelles, pour une large part, sur les comportements électoraux des Français depuis un siècle et demi. Les précédents ouvrages proposant une cartographie historique des votes pour la France, s’étaient le plus souvent contentés d’analyses départementales, et très exceptionnellement cantonales. F. Salmon va beaucoup plus loin, il nous révèle au fil des pages un « nouveau » continent français : on peut citer « la France qui vote » par commune aux élections législatives de 1877 et à l’élection présidentielle de 1974, le vote par canton aux législatives de 1849, 1885, 1914, 1936… jusqu’à la présidentielle de 1995. On peut également citer l’usage très pertinent des changements d’échelles, les éclairages régionaux et départementaux, en particulier en ce qui concerne le vote des Parisiens, à l’échelle des bureaux de vote.
La seconde qualité de l’ouvrage tient à sa démarche pédagogique. Le format de l’ouvrage comme sa présentation visent explicitement à séduire le grand public. Les apports scientifiques, denses et souvent considérables, côtoient l’anecdotique, les gravures d’époque et les formules presque journalistiques. Mais le mélange des styles et l’iconographie attractive, qui permettent d’éviter le laborieux effet d’inventaire qui pénalise souvent ce type d’atlas, ne doivent pas paradoxalement faire oublier l’inestimable valeur heuristique de l’ouvrage pour les sciences politiques.
Établir un tel atlas historique supposait des choix méthodologiques complexes, presque insurmontables : harmonisation des étiquettes politiques, mise en cohérence dans le temps des découpages cantonaux utilisés… On peut regretter que les explications de l’auteur, assez laconiques, ne soient pas d’un grand secours pour les futures recherches en géo-histoire électorale, que cet ouvrage ne manquera pas de susciter.
La conclusion de l’auteur lance un débat plus profond sur l’explication électorale. F. Salmon recourt in fine à l’explication par les « mentalités » régionales ou locales, tel le caractère « calculateur jusqu’à l’extrême du normand » ou « l’attitude plus extravertie du Breton ». On peut, à l’inverse, penser que la référence à la culture, la mentalité ou le génie des lieux masquent un aveu d’absence d’explication scientifique. Est-il irrémédiable qu’un recours aux cartes électorales entraîne ce glissement de l’électeur vers l’électorat, du choix individuel libre vers la décision communautaire, d’une explication combinatoire contextuelle vers l’esprit des lieux ? C’est ce qui est souvent reproché aux géographes en général, et ce qui fut déjà reproché à André Siegfried en particulier. Il est désormais capital de comprendre qu’une carte des votes représente avant tout l’agrégation de choix individuels libres et mobiles, sur lesquels les stratégies territoriales et les positions spatiales jouent cependant un rôle fondamental.
Néanmoins, seul le colossal travail de F. Salmon pouvait non seulement ouvrir ce débat sur le sens des cultures politiques, mais également fournir des clés inédites pour y répondre.
Michel BUSSI
Université de Rouen
Laboratoire MTG-UMR IDEES 6063
 
Errata
 
 
Dans le compte rendu de Lucien Jaume sur l’ouvrage de Jacques Rollet, Religion et politique. Le christianisme, l’Islam, la démocratie, compte rendu publié dans le numéro 52 (5-6), d’octobre-décembre 2002, une erreur s’est glissée page 651 : Jacques Rollet est Docteur en théologie et non pas « Docteur d’État en théologie ».
Dans la recension sur l’ouvrage de Jeannette Bougrab, parue dans le même numéro, page 671, il fallait lire Aux origines de la Constitution de la Quatrième République, et non pas « Cinquième République ».
 
NOTES
 
[1] « Qui vote pour qui ? », La Recherche, 357, octobre 2002, p. 32-37.
[2] Guy Hermet, « L’autoritarisme », dans Madeleine Grawitz, Jean Leca (dir.), Traité de science politique : les régimes politiques contemporains, Paris, PUF, 1985, p. 269-312.
[3] Guy Hermet, Sociologie de la construction démocratique, Paris, Economica, 1986.
[4] Dans sa contribution « Old and New Democracies » au Mélanges à Juan J. Linz, Guy Hermet revient sur la question de l’indétermination des processus de sortie de l’autoritarisme en soulignant l’importance qu’il convient d’attribuer à l’action politique dans la compréhension de ces phénomènes. Cf. William Genieys, Essays in Honor of Juan J. Linz. Politics, Society, and Democracy. Comparative Studies, Houchang E. Chehabi, Alfred Stepan (eds), (Bouder/San Francisco/Oxford, Westview Press, 1995), dans Politix, 33 mars 1996, p. 172-177.
[5] Cette distinction est celle que le coordinateur de ces Mélanges a retenu pour présenter les différentes contributions discutant l’approche de Guy Hermet de la réalité démocratique.
[6] Dakwart Rustow, « Democracy : A Global Revolution ? », Foreign Affairs, 69 (4), automne 1990, p. 75-91.
[7] Giovani Sartori, Théorie de la démocratie, Paris, Armand Colin, 1973.
[8] Le ratiovitalisme, inventé par Ortega y Gasset, est un système de pensée original, profondément cohérent, quoique disséminé dans une multitude d’écrits, trouvant son unité, d’un point de vue formel, dans une style élégant et brillant semé de métaphores, qui cherche d’abord à séduire son lecteur pour mieux convaincre et ce, pour mieux l’instruire.
[9] Les anglo-saxons qualifient, avec le principe d’accountability (les représentants étant alors quasiment comptables de leurs actes), le phénomène d’imputabilité de l’action politique.
[10] Pour une discussion critique récente, cf. Jean-Pierre Gaudin, Pourquoi la gouvernance ?, Paris, Presse de Sciences Po, 2002.
[11] Guy Hermet, « Dictature bourgeoise et modernisation conservatrice : problèmes méthodologiques des situations autoritaires », Revue française de science politique, 25 (6), décembre 1975, p. 1029-1061.
[12] L’identité « à trait d’union » se caractérise par les appartenances que revendiquent, par exemple, « les Mexican-Americans, les Irish-Americans, les Italian-Americans ou encore les African-Americans et les Asian-Americans » (p. 94).
[13] Cf., à ce propos, Guillermo O’Donnell, Philippe C. Schmitter, Transitions from Authoritarian Rule. Tentative Conclusions about Uncertain Democracies, Baltimore/Londres, Johns Hopkins University Press, 1986, et Juan J. Linz, Alfred Stepan, Problems of Democratic Transition and Consolidation, Southern Europe, South America and Post-Communist Europe, Baltimore/Londres, Johns Hopkins University Press, 1996.
[14] Cf. les discussions sur les paradigmes de transition et de consolidation de Javier Santiso, « À la recherche des temporalités de la démocratisation », Revue française de science politique, 44 (6), décembre 1994, p. 1079-1085 ; William Genieys, Patrick Hassenteufel, « De la transition à la consolidation des régimes politiques. Une comparaison Espagne/Allemagne », Revue internationale de politique comparée, 4 (3), 1997, p. 699-732 ; et pour une approche justifiant le scepticisme à la française, Michel Dobry, « Les voies incertaines de la transitologie : choix stratégiques, séquences historiques, bifurcations et processus de path dependance », Revue française de science politique, 50 (4-5), août-octobre 2000, p. 585-614.
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« Qui vote pour qui ? », La Recherche, 357, octobre 2002, p...
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Guy Hermet, « L’autoritarisme », dans Madeleine Grawitz, Je...
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[3]
Guy Hermet, Sociologie de la construction démocratique, Par...
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[4]
Dans sa contribution « Old and New Democracies » au Mélange...
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[5]
Cette distinction est celle que le coordinateur de ces Méla...
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Dakwart Rustow, « Democracy : A Global Revolution ? », Fore...
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[7]
Giovani Sartori, Théorie de la démocratie, Paris, Armand Co...
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[8]
Le ratiovitalisme, inventé par Ortega y Gasset, est un syst...
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Les anglo-saxons qualifient, avec le principe d’accountabil...
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Pour une discussion critique récente, cf. Jean-Pierre Gaudi...
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