Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629566
126 pages

p. 201 à 218
doi: en cours

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Sur la formation des sciences de gouvernement

Vol. 53 2003/2

2003 Revue française de science politique Sur la formation des sciences de gouvernement

Les efforts de constitution d’une science de gouvernement municipal : la vie communale et départementale (1923-1940)

Renaud Payre Renaud Payre est ATER à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Il a soutenu une thèse de science politique intitulée « À la recherche de la “science communale”. Les “mondes” de la réforme municipale dans la France de la première moitié du vingtième siècle ». Il a récemment publié « The Science that Never Was : « Communal Science » in France, 1913-1949 », Contemporary European History, 11 (4), 2003. Ses recherches actuelles portent sur la question de la genèse des sciences de gouvernement.
Cet article souligne les présupposés et les possibles apports, quant à la définition même des sciences de gouvernement, d’une étude sur une revue diffusée dans les mairies et ayant pour but explicite d’instruire les édiles. Le périodique est analysé ici comme l’un des dispositifs porteurs d’une représentation de l’organisation municipale qui participerait à son fonctionnement concret. La vie communale et départementale, outil quotidien des administrateurs, des élus comme des employés municipaux n’est pas une revue scientifique, mais plutôt un « entre-deux », un « lieu intermédiaire » entre le monde politico-administratif, le monde des praticiens et l’université ou plus largement le monde du savoir. Son étude, à partir des quelques deux cents numéros publiés entre décembre 1923 et mai 1940, conduit à rendre visible une cause réformatrice : défier l’idée de l’État véhiculée par un droit public hégémonique. Plus encore, contourner les catégories de ce droit par la construction de nouveaux outils de gestion municipale, par la diffusion de nouveaux savoir-faire et ainsi transformer une organisation politique et administrative qui laisserait une place plus importante au pouvoir municipal. This article stresses the pertinence of a study on a journal directly aiming at educating city officials and which was essentially spread in the town halls. The journal is treated as one of the mechanisms of government that embodies a certain representation of the municipal organisation which participates in its concrete functioning. La vie communale et départementale, a daily tool for the city officials (elected people like civil servants), rather than a scientific journal is a kind of intermediary institution between the political and administrative world – the world of practicians – and the world of knowledge – University. The study of the two hundred issues published from 1923 to 1940 leads to make a reforming cause visible : a cause challenging the vision of the state carried by hegemonic public law considered as the State Science. Besides, the purpose was to bypass this public law by shaping some new tools of municipal management, by spreading some new savoir-faire. It is a way to transform a political and administrative organisation, to enable a Republic fitting with city government.
Les revues, intellectuelles ou académiques, ont souvent été choisies comme objets d’étude, notamment dans les travaux se concentrant sur la genèse de disciplines scientifiques ou de courants disciplinaires. Lieux de sociabilité, de mise en forme d’une communauté savante [1], les périodiques sont fréquemment étudiés, aux côtés des centres d’enseignement et de recherche, des congrès et des réunions scientifiques, comme des sites de production et de diffusion des connaissances, comme les principaux vecteurs de l’institutionnalisation d’une discipline [2]. La revue savante peut ainsi permettre de comprendre la constitution d’une controverse scientifique, voire l’origine d’une école disciplinaire. La vie communale et départementale, créée en 1923, semble, à première vue, ne pas appartenir à cette famille des revues académiques et savantes : revue d’administration municipale, elle est partagée entre des logiques corporatives – défendre les intérêts des maires et des fonctionnaires municipaux –, pratiques – transmettre des savoir-faire et des armes politiques édilitaires – et intellectuelles – comprendre et rendre compte des différentes dimensions de l’administration municipale. Ce périodique n’a que de très lointaines ressemblances avec ce qu’il est convenu de classer aujourd’hui parmi les revues scientifiques. Ses visées pratiques et corporatives le conduiraient à s’apparenter beaucoup plus à un bulletin, une publication informative à l’usage du personnel municipal. La vie communale et départementale n’en a pas moins des visées politiques, des projets de transformation de l’organisation politico-administrative. La publication poursuit une cause que l’on pourrait qualifier de réformatrice. C’est par la construction de nouveaux outils de gestion municipale, par la diffusion de nouveaux savoir-faire, que le périodique cherche à transformer une organisation politique et administrative qui laisserait une place plus importante au pouvoir municipal. Il s’agit de prendre au sérieux cette publication pour mieux comprendre comment, dans la première partie du 20e siècle, des hommes, à travers des institutions diverses, ont tenté d’élaborer un savoir et de diffuser des savoir-faire sur la manière de gouverner les villes. Ces savoir-faire véhiculaient une représentation idéale de l’activité municipale constitutive d’une possible décentralisation, d’une possible autonomie communale. Le périodique d’administration, objet difficile à classer, permet alors d’entreprendre une socio-histoire non disciplinaire des sciences de gouvernement, démarche dont il faut proposer quelques-uns des atouts heuristiques. Le moment privilégié par cette enquête est l’entre-deux-guerres, une période au cours de laquelle, selon les principaux travaux d’histoire disciplinaire de la science politique, aucune « œuvre novatrice » ne paraît et où le ressort de l’institutionnalisation de la discipline serait rompu [3]. Ce n’est pas à ce ressort ni à ce type d’approche que nous allons nous prêter, mais davantage à l’étude de chantiers encore fragiles, des simples « aspirations » à proposer une science du politique [4].
La vie communale et départementale est, avec d’autres périodiques, des collections d’ouvrages, des associations d’employés ou d’élus municipaux, l’un des espaces de production d’une littérature fournie qui revendique la formation d’une science de gouvernement municipal. Une science qui cherche à encadrer et favoriser une action municipale interventionniste en en formulant les règles du jeu politiques et administratives. En légitimant une telle représentation de l’organisation municipale, cette science de gouvernement est amenée, pour s’imposer, à défier l’idée de l’État véhiculée par un droit public hégémonique et à contourner ainsi les catégories de ce droit. Le monopole du droit comme science de gouvernement est contesté par les réformateurs municipaux en quête de nouveaux savoirs susceptibles de rationaliser l’action administrative municipale urbaine. Si le contournement du droit devient l’enjeu de croisades réformatrices qui dénoncent son incapacité à réguler une activité municipale urbaine transformée, c’est que la ville peut être considérée comme l’un des lieux de résistance à l’encadrement juridique de l’action administrative et politique. Il est aujourd’hui établi que, pour le droit, la ville est indicible [5]. Ce silence a toutefois une histoire. L’entre-deux-guerres correspond à une phase de redéfinition des rapports entre le droit et la ville. Dès les premières décennies du 20e siècle, surtout après la Première Guerre mondiale, la ville a pu confronter le droit à des questions rendues plus complexes par le nombre et la diversité des nouveaux intérêts communaux et également par la variété des acteurs « faisant » la ville.
La vie communale et départementale est, avant tout, l’un des outils quotidiens des administrateurs, des élus comme des employés municipaux. Un tel périodique n’est pas une revue scientifique, mais plutôt un « entre-deux », un « lieu intermédiaire » entre le monde politico-administratif, le monde des praticiens, et l’université ou plus largement le monde du savoir. Mais un tel « entre-deux » est-il un objet bien légitime pour comprendre la mise en forme d’une science de gouvernement ? Cet objet d’étude pourrait en effet heurter certaines conceptions consacrées relatives à ce que recouvre le terme « science ». On retrouve une pareille conception dans le cadre d’une approche qualifiée parfois d’histoire institutionnelle des disciplines : la formation de sciences ne pourrait être scrutée qu’à travers la naissance de chaires, de départements universitaires, d’écoles, voire de revues, mais à condition qu’elles s’affichent clairement comme académiques et scientifiques. Par une telle vision restrictive, cette posture s’interdit l’étude d’une multitude de chantiers et, notamment, dans notre cas, des laboratoires des sciences pratiques du politique et de l’administration. Plutôt que de considérer la science de gouvernement comme existant indépendamment et en amont de la pratique gouvernementale, il s’agit de se confronter pleinement à cet entremêlement en évitant, dans notre cas, de se consacrer aux seuls écrits jugés canoniques sur l’administration municipale – l’ensemble des descriptions supposées objectives, distanciées, des organisations administratives – mais en enquêtant directement sur les outils pratiques de gouvernement. C’est de cela que cet article souhaite traiter : des présupposés et des possibles apports quant à la définition même d’une science de gouvernement d’une étude sur une revue diffusée dans les mairies et ayant pour but explicite d’instruire les édiles, étude participant plus largement d’une recherche sur une entreprise de formation d’un savoir pratique nommé parfois « science communale » [6]. Le périodique, l’un des outils pratiques des édiles, sera analysé ici comme l’un des dispositifs porteurs d’une représentation de l’organisation municipale qui participerait à son fonctionnement concret [7].
L’enquête a été réalisée à partir des quelque deux cents numéros de La vie communale et départementale (publiés entre décembre 1923 et mai 1940). Elle cherche à éclairer l’un des supports d’énonciation d’une cause réformatrice prenant pour objet l’organisation politico-administrative municipale. La vie communale et départementale prend la défense d’une étrange cause, tant intellectuelle que pratique, nommée « municipalisme ». Il s’agit d’en préciser les enjeux et la nature en se penchant autant sur les thèmes et les objectifs affichés du périodique que sur les auteurs, leurs intentions et leurs buts.
 
Une chaire de papier au service de la réforme municipale
 
 
Les revues d’administration municipale n’attendent pas le 20e siècle pour être publiées en France. De nombreux périodiques de jurisprudence se consacrent à l’organisation communale dès le 19e siècle : c’est notamment le cas du Journal des communes (fondé en 1828), de L’école des communes (1832), de La revue des Communes (1866) ou encore de La revue communale (1893). Au tournant du siècle paraissent de nouvelles publications au sein desquelles figurent non seulement une rubrique de jurisprudence, mais aussi des articles signés qui traitent soit de réalisations municipales françaises ou étrangères, soit d’ouvrages ayant trait à l’organisation communale ou encore de divers points de l’actualité concernant les municipalités. C’est dans ce sens qu’Albert Montheuil crée sa Revue municipale en 1897, que Jean-Baptiste Daure fonde La vie municipale en 1905 et que Henri Ranoux publie Les annales municipales en 1908. Durant l’entre-deux-guerres, le nombre de ces publications s’accroît sensiblement. Elles prennent place au sein d’un marché de la vie municipale convoitant les quelques 38000 communes ainsi que les sous-préfectures et préfectures [8]. Ces revues, véritables chaires de papier, se présentent pour la plupart comme des centres d’étude et de documentation municipales. L’entre-deux-guerres voit se multiplier le nombre de revues concernant l’administration municipale. Cet accroissement du nombre de publications s’accompagne d’une certaine précarité. Des périodiques restent éphémères tant ils ne parviennent pas à capter les édiles-lecteurs assaillis par les publications déjà existantes. Sur les trente-quatre périodiques qui voient le jour entre 1919 et 1939, seize ne dépassent pas les deux ans d’existence [9]. Un tel marché de la presse technico-administrative est dénoncé en 1939 par le sénateur-maire de Suresnes, Henri Sellier, qui s’en prend aux visées lucratives des animateurs de cette « industrie » [10]. La presse municipale est selon lui « trop copieuse » ; les revues sont trop nombreuses, « ce qui entrave leur développement et nuit à leur qualité ». Le journalisme administratif, lié à l’organisation municipale, est effectivement en plein essor au cours de l’entre-deux-guerres : une forte concurrence se met en place ; certains périodiques s’unissent et forment des familles en s’alliant notamment aux différents groupements d’élus – Association des maires de France, Union des villes, associations partisanes –, eux-mêmes rivaux au même moment ; des acteurs cherchent, parfois difficilement, à faire de ce journalisme une profession à part entière et tentent de vivre de la réforme municipale. C’est dans un tel contexte éditorial effervescent que naît, en décembre 1923, La vie communale et départementale, « revue mensuelle d’administration, de jurisprudence et d’économie urbaine et rurale » supposée « indispensable à tous les administrateurs épris de progrès » [11]. Un périodique parmi tant d’autres mais qui, signe de sa réussite au sein d’un marché de la presse édilitaire marqué par la précarité de bon nombre de concurrents, a traversé le temps jusqu’en ce début de 21e siècle.
La vie communale et départementale s’adresse « aux municipalités, aux sous-préfectures et aux préfectures ». S’il s’agit de trouver une solution face à la difficulté « croissante » des affaires municipales, la revue entrevoit deux types de démarche. L’une sera d’ordre corporatif et pratique : le périodique, « organe de liaison entre les administrateurs des communes de France » [12], prend la défense des élus et des fonctionnaires et revendique certaines mesures capables de protéger les administrateurs communaux. L’autre piste relève d’un travail d’ordre intellectuel et cherche à rendre compte de certaines réalisations, à les expliquer ainsi qu’à trouver les méthodes d’un bon gouvernement municipal.
Que peut-on lire dans La vie communale et départementale ? Le lecteur est invité à parcourir tous les mois la chronique de jurisprudence, les « échos de villes » rendant sommairement compte de l’activité municipale aux quatre coins du pays, ainsi que, assidûment dans les premières années, puis de manière beaucoup plus espacée, les portraits de « nos administrateurs ». Cette rubrique est en partie consacrée à des portraits d’édiles supposés exemplaires : André Morizet, maire de Boulogne-Billancourt, Roger Salengro, maire de Lille, Henri Sellier, Auguste Marin, maire de Saint-Maur, ainsi que divers présidents du Conseil municipal de Paris. Mais dans cette galerie de portraits de la grande famille de l’administration municipale figurent également des préfets ainsi que des fonctionnaires de la Seine. Enfin, La vie communale et départementale évoque les réunions des associations d’élus ou d’employés municipaux. Les articles – trois, quatre par numéro – ont des préoccupations diverses. Certains s’apparentent à une liste de conseils pratiques. D’autres font le point sur certaines procédures et attributions municipales en fonction des lois les plus récentes. On trouve des articles d’opinion développant certaines considérations sur des mesures gouvernementales, des textes législatifs ou l’évolution de diverses pratiques. À partir de 1930, la revue se dotera d’un éditorial le plus souvent signé. Émile Sari, sénateur-maire de Bastia en écrira de nombreux jusqu’en 1937. En 1939, Victor Le Gorgeu, sénateur-maire de Brest, assurera la même fonction. Mais la plupart des articles est consacrée à l’analyse de l’activité municipale et aux moyens dont disposent les administrateurs pour mener à bien leur tâche. Des articles techniques traitent des réalisations les plus en pointe (méthodes d’incinération d’ordures, verdunisation de l’eau, lutte contre les principaux fléaux, etc.). Ce type d’écrits s’intercale entre des papiers touchant à l’aspect administratif et politique de la conduite de la ville, où il est fréquemment question des échelons administratifs intercommunaux (syndicats, cantons et même région, notamment l’idée de région parisienne), du statut des administrateurs et de la législation municipale à l’étranger.
Cependant, évoquer les différents thèmes des articles ne suffirait pas à qualifier les intentions de cette publication. La vie communale et départementale possède un ton militant, elle semble être dévolue à une cause : le « développement et la diffusion du municipalisme » [13]. Les croisades du périodique sont assez nombreuses. C’est à des méthodes pédagogiques de gouvernement municipal que les principaux responsables de la revue sont attachés. Cela se retrouve à la fois dans les apologies de diverses réalisations communales, allant du cinéma éducatif aux expositions municipales, et dans les vœux renouvelés de voir à la tête des villes des administrateurs éduqués et des édiles compétents. L’un des thèmes de prédilection de la revue est la formation du personnel municipal. Présent à travers les descriptions des premières écoles d’administration municipale, ce thème est au centre des articles rédigés par E. Bresson, chef de division à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Ces articles, publiés au cours du premier semestre 1925, recensent les diverses formations existantes et tentent de convaincre de la nécessité d’instruire les secrétaires de mairie.
Mais l’action de La vie communale et départementale doit être contextualisée. L’une des manières de procéder est de se refuser à isoler ce périodique et de le rapprocher d’autres institutions aux préoccupations similaires. Le rapprochement n’est pas forcé : la revue est inscrite dans des réseaux consacrés à l’étude et à la transformation de l’organisation municipale urbaine. Ces réseaux sont rendus visibles par divers signes : qualités affichées des membres du comité de rédaction ou encore association explicite de La vie communale et départementale à divers groupements. À partir de mai 1926, le périodique devient l’organe de l’Union des villes et communes de France [14]. Les enseignants de l’Institut d’urbanisme et ceux de la future École nationale d’administration municipale collaborent plus étroitement. Le périodique s’inscrit dans des « mondes » – dont la préfecture et le Conseil général de la Seine comptent parmi les principaux supports. Il permet ainsi d’en entrevoir les préoccupations principales.
 
Le « goût du concret » : un monde de praticiens savants
 
 
Le périodique La vie communale et départementale prend place, de par ses visées et la composition de son comité de rédaction et les multi-affiliations de ses rédacteurs, dans ce que nous avons nommé les « mondes de la réforme municipale » [15]. Ces mondes reposent sur les interactions entre les individus investis dans tout un ensemble d’institutions – périodiques, associations, congrès, etc. – consacrées à l’étude et à la transformation de l’organisation municipale. Ces mondes ont des frontières, bien souvent labiles, avec des systèmes autonomes de positions, d’acteurs et d’institutions aux enjeux spécifiques, autrement dit des champs bien constitués : champ universitaire, champ politique ou encore champ administratif. Les principales activités des rédacteurs de La vie communale et départementale témoignent de la porosité de ces frontières. Les fondateurs de la revue sont des fonctionnaires des services de la ville de Paris. Cette situation attise les jalousies d’autres revues municipales. Le Moniteur de Paris se plaint de ces fonctionnaires qui font acte de commerce. La concurrence est déloyale car ces individus, en raison de leurs fonctions, sont « seuls à connaître des documents administratifs » et peuvent « en faire état pour éditer des journaux ou créer un commerce » [16]. De fait, la généalogie de La vie communale et départementale conduit indéniablement vers les administrateurs, fonctionnaires et élus du Grand Paris (Paris et sa banlieue).
Qui publie dans La vie communale et départementale ? Plus que des spécialistes de la question municipale positionnés dans des champs distincts du champ administratif et du champ politique, ce sont essentiellement des praticiens de l’administration édilitaire qui se proposent, dans ce périodique, de décrire l’organisation municipale, de promouvoir certains savoir-faire et certaines réalisations. On peut distinguer quatre catégories de rédacteurs.
• Les fonctionnaires départementaux sont les plus nombreux. En 1924, sur un comité de rédaction de 35 personnes, ils sont une quinzaine à exercer ou à avoir exercé une fonction départementale. En 1932, alors que le comité compte 59 membres, ils sont 20. Mais surtout, lorsque le comité est sensiblement réduit à la veille de la guerre et ne dépasse pas 7 rédacteurs, restent quatre fonctionnaires ou anciens fonctionnaires départementaux constituant ainsi le noyau du comité. On compte de très nombreux fonctionnaires des deux préfectures de Paris [17]. Ces préfectures peuvent être pensées comme des lieux d’étude et de réflexion sur le fait urbain et sur la conduite des villes ou plus largement de l’agglomération [18]. Quelques directions ou sous-directions administratives se distinguent particulièrement. On peut évoquer le rôle de la sous-direction des communes de la préfecture de la Seine, qui sera confiée à Maurice Félix [19] de 1922 à 1938, puis à Robert Lainville. Maurice Félix est l’auteur de nombreux articles dans La vie communale et départementale [20] qui répondent tous à des principes remettant en cause une approche trop juridique de l’administration :
« Pour connaître et comprendre le régime administratif parisien, il ne suffit pas d’analyser les textes qui l’ont institué : ce serait se contenter de l’apparence. Il faut de plus en pénétrer le fonctionnement intime au milieu des circonstances variées de la vie municipale et départementale. » [21]
D’autres services administratifs sont en lien avec la rédaction de La vie communale et départementale. Jérôme Girolami, au moment où il fonde la revue, est chef de bureau au Cabinet du préfet de police délégué aux services de la bibliothèque et des archives.
Le nombre de fonctionnaires départementaux collaborant à la revue supplante nettement celui des fonctionnaires des administrations centrales, du Conseil d’État ou de la Cour des comptes. Les employés municipaux sont également peu nombreux au sein de la rédaction. On compte quelques secrétaires généraux de mairie [22].
Les élus municipaux de Paris et de sa banlieue rédigent un bon nombre d’articles dans l’entre-deux-guerres. On trouve dans le comité de rédaction des années 1930, les maires de banlieue Henri Sellier, André Morizet, Frédéric Pic ou encore Pierre Laval, mais aussi les conseillers municipaux de Paris Pierre Godin, François Latour ou l’ancien conseiller Louis Dausset. À ces édiles s’ajoutent quelques maires de province (Lyon, Tours, Grenoble, Strasbourg, Bastia, Brest, etc.), tous cumulards. Ces maires sont actifs au sein des associations d’élus (Association des maires de France, Union des villes) ou des groupes parlementaires des députés-maires et des sénateurs-maires [23].
La vie communale et départementale s’appuie également sur des ingénieurs, des hygiénistes qui signent de nombreux articles ayant trait à la salubrité des villes et aux diverses techniques capables de la rendre possible. Ce sont des directeurs de bureaux d’hygiène (Bezançon du bureau de Boulogne, Ichock de Clichy), des ingénieurs des Travaux publics de l’État, du Génie rural, des chimistes [24] et des jeunes diplômés en urbanisme.
• Des juristes participent à la rédaction de La vie communale et départementale. Cette catégorie relativement hétérogène, par rapport aux trois précédentes, recouvre à la fois des praticiens de l’administration, des diplômés – la plupart des fonctionnaires préfectoraux détiennent une licence, voire un doctorat de droit – et des universitaires. Des avocats à la Cour d’appel de Paris ou au Conseil d’État prennent en charge les rubriques de jurisprudence. Certains professeurs de la faculté de droit signent quelques articles et figurent au comité de rédaction de la revue [25]. Arthur Girault, doyen de la faculté de droit de Poitiers, ancien maire d’une commune rurale, Pierre Lampue, professeur à la faculté de droit de Caen, ou encore Achille Mestre, de la faculté de droit de Paris, collaborent également à la revue. De plus jeunes juristes, au sortir de la Faculté et, bien souvent, de l’École libre des sciences politiques, s’investissent également dans le périodique. Certains y publient une partie de leur thèse, d’autres prennent en charge une rubrique. Parmi ces jeunes juristes, on pourrait évoquer la trajectoire de Léo Goldenberg. Né en 1908, Léo Goldenberg poursuit des études de droit au terme desquelles il devient avocat en 1930. C’est alors qu’il entre dans le monde des municipalités : il donne des cours d’administration aux élus communistes, il est l’avocat de nombreuses villes communistes, dont la ville d’Ivry. Il collabore avec A. Maurice-Hersant, également spécialisé dans la défense des municipalités et membre du comité de rédaction de La vie communale et départementale. À partir de 1933, Léo Goldenberg rédige la rubrique de jurisprudence de La vie communale et départementale ainsi que de nombreux articles publiés soit dans cette revue, soit dans L’information municipale, organe des élus municipaux communistes. Il publie ou co-publie trois ouvrages édités par La vie communale et départementale : Les pouvoirs du maire, Ce qu’il faut savoir des élections municipales, La révision des listes électorales. Par ailleurs, il s’investit dans des rencontres internationales, notamment les congrès internationaux des sciences administratives. Pendant la guerre, il adopte le pseudonyme de clandestinité Hamon, nom qu’il sera autorisé à garder par la suite. À la mort de Jérôme Girolami, en 1959, il rédige dans La vie communale et départementale sa rubrique nécrologique, qui lui offre l’occasion de se souvenir de ses années d’apprentissage : « Jeune avocat, frais émoulu de la Faculté, j’apprenais alors de lui, dans nos conversations, la réalité des problèmes d’administration parisienne. Je comprenais de quel effort était faite la marche régulière des services de la cité et quelles difficultés devaient y être sans cesse résolues. Mais il enseignait – et illustrait – bien autre chose : le goût du concret, le talent de se mettre à la portée de tous, la conscience des difficultés auxquelles se heurtent des élus locaux de l’administration […] Je devais apprendre moi-même, après la guerre, par mon expérience, combien étaient difficiles les tâches de l’administration locale. » [26]
Cette présentation des catégories de rédacteurs permet, in fine, de saisir les enjeux divers qui conduisent des acteurs à s’investir dans l’étude et la transformation du pouvoir municipal. Bon nombre d’auteurs interviennent dans d’autres cénacles (assemblées locales ou nationales, administrations préfectorales ou centrales, revues, associations d’élus, comités consultatifs [27], etc.) et sont diplômés. Reste que deux profils se distinguent : ceux qui arrivent en fin de carrière et qui ont atteint un seuil qu’ils ne dépasseront pas, et ceux qui sont en pleine ascension professionnelle et sociale. Pour les premiers, l’investissement dans le périodique et dans les écrits sur l’administration municipale constitue une retraite. C’est le cas du fondateur de la revue, Jérôme Girolami (1875-1959) qui, à moins de dix ans de sa retraite, décide de créer ce périodique. Il est alors chef de bureau et ne peut plus espérer une grande ascension hiérarchique. Celui qui a signé quelques ouvrages sous le pseudonyme J. de Muro et qui s’est inventé des titres d’ingénieur ou de docteur en droit consacre sa fin de carrière à son périodique, qui lui offre quelques gratifications : il se voit attribuer la légion d’honneur ; il participe à des réunions internationales de l’Union internationale des villes ; enfin, il sera nommé maire-adjoint du septième arrondissement de Paris de 1937 à 1940. L’investissement d’un Maurice Félix (1874-1954) peut être comparable. L’homme, lauréat de la faculté de droit de Paris, docteur en droit et diplômé de l’École libre des sciences politiques, finit sa carrière comme sous-directeur des communes de la préfecture de la Seine, au cours de l’entre-deux-guerres. Jeune diplômé à la fin du 19e siècle, ce futur brillant fonctionnaire avait espéré devenir auditeur au Conseil d’État, concours auquel il échoue en 1899. Dès les années 1920, la stagnation de sa carrière s’accompagne d’une production académique et administrative importante évoquée plus haut.
Pour d’autres, la participation à La vie communale et départementale est vécue comme un marchepied, un espace où l’on fait ses armes. La collaboration à cette revue serait alors un passage vers des activités plus prestigieuses. Le jeune docteur en droit, Léo Goldenberg, reconnaîtra ainsi sa dette en affirmant être « l’obligé reconnaissant » de Jérôme Girolami. C’est également le cas d’autres rédacteurs cités plus haut : certains devenant préfets, sous-préfets ou bien maires, cessent d’écrire dans la revue ; d’autres poursuivent cette activité mais, exerçant une fonction élevée, dissimulent leur participation au périodique. Jean-Louis Delobel, auditeur au Conseil d’État, ne signe qu’un article sous son nom (article qui fait d’ailleurs l’objet d’un ouvrage publié par La vie communale et départementale), tandis qu’à partir de 1933, il prend en charge la rubrique de jurisprudence administrative sous le pseudonyme de A. de Frignac.
Pour le dire autrement, la participation à une telle revue donne à voir quelques-unes des logiques relatives aux « engagements » dans les mondes de la réforme municipale [28]. En mettant à jour des régularités quant à l’entrée dans ces institutions intermédiaires, ces groupements situés au carrefour entre différents champs d’activité, nous supposons l’existence de « carrières réformatrices » [29].
Mais cette présentation des rédacteurs semble laisser dans l’ombre un aspect pourtant essentiel : la variable politique et surtout partisane. Or, une bonne partie des rédacteurs entretient un rapport ténu à la chose publique. S’ils ne sont pas eux-mêmes des représentants élus, ils les côtoient soit au sein des administrations, soit dans d’autres cercles dont l’entrée leur est assurée par leur spécialisation. Pour autant, ce rapport à la politique doit-il être qualifié en termes d’affinités politiques communes ? Certains éléments pourraient le laisser croire : pendant la première année, la revue est publiée par l’éditeur Marcel Rivière (Librairie des sciences politiques et sociales) qui édite une grande partie des ouvrages et des revues intellectuelles rédigées par des militants socialistes. Mais la présence de nombreux rédacteurs attachés à d’autres familles politiques pousse à délaisser cette piste attribuant une coloration socialiste à la revue. Surtout, une analyse partisane de cette institution, une lecture qui plaquerait sur ce périodique les logiques propres au champ politique, interdirait d’en mesurer la complexité, empêcherait de la voir comme une institution carrefour entre différents champs. La revue a ses enjeux propres. Son objectif, visible à travers sa ligne éditoriale, est, pour mieux défendre la cause municipale, de la présenter comme dépolitisée. Il s’agit de mettre en avant le fait que la direction des villes est une affaire administrative donc un objet de science. De fait, l’un des credo est la profonde distinction entre la politique et l’administration. Si la politique ne peut en aucun cas être confondue avec la science, l’administration, elle, serait régie par des principes scientifiques qu’il convient de trouver et d’énoncer.
 
Le municipalisme ou la science municipale en action
 
 
La vie communale et départementale mêle, comme d’autres institutions des mondes de la réforme municipale de l’entre-deux-guerres, des visées savantes et des visées politiques. Il s’agit de promouvoir un nouveau savoir de gouvernement porteur à la fois d’une nouvelle représentation de l’organisation municipale qui se distinguerait de celle véhiculée par le droit, et d’une légitimation renouvelée de l’action des édiles. Les acteurs qui s’investissent dans les mondes de la réforme municipale affichent, pour une bonne part, leur volonté de prendre leurs distances avec un droit qualifié de doctrinaire. Parmi ceux-ci, on peut souligner la présence d’universitaires, formés au droit et parfois même l’enseignant, mais qui n’en restent pas moins attentifs à des ouvertures disciplinaires ; on peut aussi évoquer les professionnels de l’urbain qui, dans leurs revendications professionnelles, cherchent à monopoliser un savoir nouveau – dont le nom le plus usuel dans l’entre-deux-guerres est urbanisme – dont ils pointent l’utilité en cherchant à évincer les savoirs concurrents, notamment le droit. Mais cette remise en cause est aussi portée par une génération d’édiles, une « nouvelle couche » d’élus municipaux en quête d’un nouveau rôle – l’édile compétent. Ce renouvellement du personnel politique municipal, que l’on peut observer en 1919 avec l’élection de nombreux maires SFIO et, en 1935, avec celle de maires communistes, s’accompagne de la recherche d’une nouvelle forme de légitimité, de la demande d’un nouveau savoir qui leur permettrait de se distinguer de la gestion notabiliaire de leurs prédécesseurs.
La vie communale et départementale offre l’occasion d’analyser les relations nouées entre une manière originale de penser la vie politique municipale et un dessein de réforme politique et sociale. C’est en partie en se défaisant d’une vision de la vie municipale imposée par le droit que les travaux publiés tentent de traiter « pratiquement » du fonctionnement des organismes municipaux. Le fait que la revue semble être dépourvue d’enjeux théoriques, qu’elle ne parvienne pas à forger de nouvelles catégories pour penser le pouvoir municipal et qu’elle propose avant tout des articles pratiques, ne doit pas pour autant conduire à sous-estimer son efficacité ainsi que sa portée intellectuelle et politique. Elle compte parmi ces institutions de l’entre-deux-guerres qui se sont efforcées, à travers des travaux sur des réalisations précises, sur la mise en exemplarité de certaines innovations municipales, à aborder le pouvoir municipal non par ses formes administratives – enfermer la ville dans le cadre communal – mais par ses activités concrètes. C’est là le défi qui consiste à penser la ville contre la commune, le fait urbain contre l’organisation administrative uniforme. En renvoyant aux activités liées à l’urbanisation, aux services publics municipaux urbains de plus en plus nombreux, ces auteurs, derrière un langage pratique ou technique, font de l’urbain le cheval de Troie du local.
C’est pour mieux servir une cause nommée municipalisme que la revue observe des objets, des aspects de l’administration communale jusque-là négligés. Elle produit ainsi des savoirs pratiques nouveaux véhiculant une vision « dé-localisée » de la vie locale, une représentation de la commune saisie moins comme un simple échelon administratif que comme un lieu d’initiative politique. En retour, c’est au nom de principes scientifiques, c’est « en faisant savant » que le périodique légitime son attachement au municipalisme.
Le municipalisme et sa légitimation constituent bien l’un des principaux enjeux de La vie communale et départementale. Pour imposer le municipalisme, il convient de diffuser un esprit municipal dont il est fréquemment rappelé qu’il est absent en France. Les congrès internationaux des villes sont des espaces au sein desquels cette prétendue absence peut se mesurer. Jérôme Girolami consacre un article au troisième congrès de l’Union internationale des villes qui s’est tenu à Paris à l’automne 1925, et qui a notamment abordé la question de l’intermunicipalisme, doctrine préconisant les rencontres supranationales entre municipalités [30]. Il explique alors que La vie communale et départementale a ressenti le « présent besoin d’union sur le terrain du municipalisme national » et que l’intermunicipalisme serait vain « sans la large diffusion d’un esprit de municipalisme français dont chacun s’accorde à reconnaître qu’il fait quelque peu défaut » [31]. On oppose l’esprit municipal à « l’esprit de clocher ». Il suppose une discipline consentie et un intérêt raisonné porté aux affaires municipales. Plus largement, l’esprit municipal doit fonder une nouvelle citoyenneté citadine :
« [Les citoyens] n’auront l’esprit municipal, ne seront de vrais citoyens locaux, que dans la mesure où leur action publique ou privée, quelle qu’elle soit, tendra à assurer, par discipline consentie ou par initiative concertée, un meilleur aménagement de la collectivité où ils vivent ; dans la mesure où la commune foyer collectif sera l’objet de leur part d’une sollicitude réfléchie. » [32]
Si cet esprit-là manque en France chez les élus comme chez les citoyens [33], c’est en le diffusant que La vie communale et départementale espère contribuer à la réforme municipale et imposer la commune, « cellule essentielle des institutions » comme « le principe directeur et fondamental de l’économie de notre société » [34]. L’esprit municipal pourra faire de la commune le lieu légitime d’agrégation des citoyens et de leur interdépendance.
On pourrait juger paradoxal le fait que des fonctionnaires départementaux, principaux animateurs de la revue, soutiennent tant une certaine autonomie communale, comme s’il existait un « municipalisme préfectoral ». Le paradoxe s’estompe quand on sait qu’au cœur de l’acception du municipalisme que défend la revue se trouve une distinction entre la politique et l’administration. Si la politique est largement discréditée, tout ce qui touche à l’administration est loué. Le municipalisme est une affaire administrative. C’est avant tout par un perfectionnement de l’organisation administrative municipale qu’il sera possible d’offrir aux communes plus d’autonomie. La stabilisation des élus, le perfectionnement des fonctionnaires, si souvent souhaités par la revue, vont dans ce sens. Lui offrant une telle signification, la revue est profondément attachée à l’idée de décentralisation et attaque régulièrement le gouvernement pour toutes les remises en cause des prérogatives municipales. L’intervention de l’État dans la gestion municipale est souvent violemment critiquée. Ces dénonciations se retrouvent au détour d’articles ou de rubriques informatives. C’est surtout sur le terrain des finances communales que les souhaits de réforme sont les plus forts. La question des subventions de l’État aux communes est un thème qui revient régulièrement. Jérôme Girolami signe quelques articles sur cette question et co-dirige un ouvrage avec Jean Delaporte, auditeur à la Cour des comptes, sur ce thème. L’ambition du livre est d’évaluer le montant de ces subventions pour mieux dénoncer ce mouvement de capitaux. Les auteurs critiquent la distribution hasardeuse de tels subsides par un État connaissant mal les circonstances particulières de la vie locale. Mais c’est la nature même des subventions qui les gêne :
« Malgré l’apparence, les subventions sont contraires à l’idée de décentralisation parce qu’elles nuisent à la variété, à l’adaptation qui en est le fond même. » [35]
Un certain nombre de travaux publiés dans La vie communale et départementale recherche alors les moyens capables d’accroître les ressources municipales. Une des mesures les plus préconisées reste une intervention accrue des municipalités dans la gestion des services publics à travers les régies municipales. Par ailleurs, certains auteurs estiment que la mise en place d’une fiscalité communale serait souhaitable. La loi du 14 août 1926, autorisant les municipalités à mettre en place quelques taxes, leur paraît nettement insuffisante [36]. La rédaction a le souci de montrer que l’autonomie municipale est possible. L’ambition de faire de l’organisme municipal un lieu où l’administratif serait dominant semble être intimement liée à la volonté de bâtir une science des villes. La mise en place d’une bureaucratie étatique mais aussi municipale, l’effervescence de la technocratie en France [37] conduisent à se demander si l’entre-deux-guerres ne peut pas être saisi comme un moment au cours duquel a été considérée comme relevant du scientifique toute chose relative à l’organisation administrative. L’administration serait objet de science ou ne serait pas. C’est en partie sur une telle conviction – « l’administration bureaucratique signifie la domination en vertu du savoir : c’est son caractère fondamental spécifiquement rationnel », écrit Max Weber – que se consolide, dès 1910, dans des arènes internationales, une science pratique et appliquée : la « science administrative ».
C’est, en effet, au nom de principes scientifiques que le périodique légitime son attachement au municipalisme. De fait, La vie communale et départementale se présente avant tout comme un centre d’études. En février 1928, le périodique publie un article de Maxime Leroy [38] intitulé « La science nouvelle du gouvernement local », extrait de son ouvrage La Ville Française. La rédaction résume l’objet de l’ouvrage en précisant que Leroy en appelle à une transformation du droit municipal, à une autonomie locale et à une coopération intermunicipale, autant « d’idées maintes fois évoquées » dans La vie communale et départementale. L’article démontre que « la croissante importance de l’administration des villes appelle des techniques neuves, un art inédit de la gestion collective, une science du développement historique des centres urbains ». De ce nouveau « taylorisme municipal » naîtra « une technique scientifique nouvelle et un esprit urbain dont la carence n’est que trop visible » [39]. Maxime Leroy considère que le travail de diverses institutions contribue à l’élaboration de ce nouveau savoir pratique. Il évoque l’œuvre de la fédération des maires, de l’Institut d’urbanisme, de périodiques – la rédaction ajoute d’ailleurs une mention sur « le centre particulier d’études » que représente La vie communale et départementale – et surtout de l’Union des villes. La revue est particulièrement attentive aux travaux de l’Union internationale des villes fondée en 1913, Union dont elle épouse la plupart des préoccupations. Le directeur de La vie communale et départementale participe, aux côtés de Henri Sellier, à la direction de l’Union des villes française à la fin des années 1920. Le centre international de Bruxelles vise précisément à produire, par l’accumulation systématique d’une documentation sur les diverses branches de la vie municipale, un savoir exhaustif [40]. Simple tentative d’hybridation disciplinaire ? Non. Derrière le projet de la « science communale », comme la conférence internationale des villes de juillet 1934 dénomme ce savoir, se dessine la volonté de « gouvernementaliser » l’échelon administratif communal. Il s’agit, par la production de ce savoir, de convaincre que l’administration municipale est bien « l’organe le plus effectif pour servir les intérêts des citoyens », qu’il existe un « développement continu des administrations municipales » et que le « caractère local » du travail municipal doit être remis en cause [41].
Revue rédigée à la fois par des praticiens de l’administration et de la politique, et par des universitaires, La vie communale et départementale met en forme un « savoir éclaté » relatif au gouvernement urbain. Ce savoir pratique s’appuie sur des études de « cas » [42]. Ce savoir, comme le regrette la rédaction au cours de l’entre-deux-guerres, ne parvient cependant pas à faire unité. À partir des années 1930, le périodique adopte un ton davantage pessimiste quant à la mise en œuvre d’une réforme municipale en France. Ce sont la concurrence, la dispersion des entreprises françaises et leur fragilité qui sont opposées à des exemples étrangers soigneusement choisis et sollicités pour justifier un prétendu retard français [43]. De tels regrets, l’incapacité à incarner ou à créer avec d’autres institutions un tel « office de la vie municipale » [44], laissent apercevoir les limites d’une réforme municipale alliant des outils scientifiques nouveaux et un projet politique de promotion du municipalisme. Reste que l’objectif de la revue n’était pas seulement la constitution d’un savoir et son institutionnalisation : au gré des numéros, une représentation idéale du gouvernement municipal est véhiculée. C’est bien l’image d’un gouvernement pédagogique, où s’affirmerait la suprématie de l’administration sur le politique, et celle d’un citoyen éduqué, doté d’un « esprit municipal », qui est diffusée auprès des municipalités.
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L’étude de la revue permet ainsi de se défaire d’une vision enchantée de la constitution des savoirs ; ceux-ci s’organisent au service d’une vision du monde, de projets de réforme politique. Si on tente, alors, d’élucider les intentions des entreprises de production d’outils cognitifs, il est également possible, en retour, de s’interroger sur l’usage dans le champ politique et administratif d’instruments ainsi forgés, instruments qui offrent une source de légitimité, celle de la science, mais aussi de nouveaux terrains, de nouveaux objets d’actions possibles. La revue d’administration n’est qu’un des outils pratiques de gouvernement parmi tant d’autres. Cette étude invite à systématiser les enquêtes sur les dispositifs pratiques destinés aux fonctionnaires et aux élus. Ces outils apparemment sans histoire rendent concrètement possible l’activité administrative et politique ; ils contribuent à la cristallisation de représentations de cette activité, représentations qui participent à la réalité même de la vie administrative et politique. La vie communale et départementale n’en est qu’un exemple, les sites intermédiaires où interviennent à la fois des praticiens et des spécialistes, des administrateurs et des universitaires, présentent une fragilité stimulante pour comprendre la mise en forme de savoirs, la formation de disciplines et l’éviction d’autres possibles. La revue d’administration municipale est un sismographe et, en même temps, l’un des principaux protagonistes de l’entreprise, de l’entre-deux-guerres, visant à élaborer une science pratique de gouvernement municipal. L’étude du périodique permet de scruter les résonances d’idées, la solidification et la diffusion de modèles d’action municipale. Il invite à décloisonner les mondes de la science et ceux du gouvernement. Ces démarches attentives aux simples possibles, aux expériences non institutionnalisées sur le plan universitaire, révèlent que, dans des cercles moins consacrés académiquement qu’une École ou qu’une Faculté, des débats naissent, au cours des années 1920-1930, autour du gouvernement des agglomérations, de la régionalisation, de la réforme de l’État. Mieux, s’affine un regard nouveau critiquant les approches juridiques du pouvoir. C’est là la consolidation d’une « science administrative », conduite tant par des praticiens que par des universitaires. Une telle science, de par ses objets d’étude, contribue à distinguer nettement le pouvoir administratif et politique de ses seuls cadres formels et juridiques. Ce moment semble prendre fin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : la science administrative s’institutionnalise en prenant l’État pour objet, écartant d’autres objets considérés comme moins légitimes, notamment la vie municipale qui reste un objet négligé. L’institutionnalisation universitaire transforme les visées, les conditions d’énonciation et l’identité des auteurs des travaux [45]. Elle n’est pas, loin s’en faut, la seule voie attestant la réussite des projets réformateurs et des sciences de gouvernement.
À travers l’étude d’un périodique édilitaire, nous avons souhaité proposer une socio-histoire d’une science de gouvernement. Cette socio-histoire semble se caractériser moins par ses objets que par un type de regard. La démarche présente deux intérêts :
  • d’une part, cette posture se propose de s’attarder non seulement sur la construction des outils directement destinés aux administrateurs, fonctionnaires comme élus, mais aussi sur tout un ensemble de procédures concrètes de gouvernement. À travers les réalisations, les innovations, les savoir-faire destinés aux administrateurs, l’ambition est de repérer comment circulent, se sédimentent et peuvent s’imposer des figures légitimes de l’action publique ;
  • d’autre part, en repérant ces vecteurs de circulation, ces chantiers où s’élaborent de tels instruments pratiques, pareille approche vise à proposer une certaine forme de sociologie politique. Une sociologie politique qui ne se limiterait pas à l’étude du seul champ politique, mais qui, au contraire, tenterait de repérer comment certains principes constitutifs de ce champ, comment certaines ressources, certaines formes de légitimité, naissent et s’affermissent à la frontière de ce champ et d’autres mondes. La socio-histoire des sciences de gouvernement souhaite offrir une sociologie politique des milieux, des sites intermédiaires entre le champ politique, le champ universitaire, le champ administratif. C’est au sein de ces mondes, de ces interactions entre ceux que l’on pourrait qualifier de manière schématique de praticiens (les fonctionnaires, hauts fonctionnaires ou encore hommes politiques) et ceux que l’on désignerait, sans que la distinction puisse toujours être établie, comme des spécialistes (universitaires, étudiants, etc.) que des carrières politiques trouvent de nouvelles ressources, qu’elles se consolident, voire se pérennisent.
 
NOTES
 
[1] J. Julliard, « Le monde des revues au début du siècle, introduction », Cahiers Georges Sorel, 5, 1987, p. 3-9.
[2] Sur une analyse de l’institutionnalisation des disciplines et de la construction d’une légitimité institutionnelle entendue comme « la reconnaissance accordée à une formation par les institutions universitaires ou académiques qui se situent au sommet de la hiérarchie socialement organisée de la production et de la diffusion des connaissances », on peut se reporter aux travaux de Victor Karady sur la sociologie durkheimienne et son semi-échec disciplinaire : V. Karady, « Stratégie de réussite et modes de faire-valoir de la sociologie chez les durkheimiens », Revue française de sociologie, 20, 1979, p. 49-82. On peut également faire référence aux travaux de Pierre Favre sur la science politique et à sa définition de la discipline, dont l’un des critères serait l’existence de « supports propres de diffusion et de discussion des résultats de la recherche », parmi lesquels figurent les revues : P. Favre, Naissances de la science politique (1870-1914), Paris, Fayard, 1989, p. 13.
[3] P. Favre, ibid. p. 307-314.
[4] En contrepoint de l’histoire institutionnelle et disciplinaire, on pourra se reporter aux travaux d’universitaires britanniques qui ont étudié les « aspirations », les simples tentatives de mettre en forme des « sciences du politique » qui ont pu tourner court. Rejetant la démarche « téléologique et rétrospective » de « l’histoire disciplinaire », de telles enquêtes, accomplies notamment sur l’Angleterre du 19e siècle, sont attentives au sort de diverses entreprises intellectuelles qui semblent assez éloignées de ce qui est désormais reconnu comme la discipline « science politique » (S. Collini, D. Winch, J. Burrow, « The Governing Science : Things Political and the Intellectual Historian », That Noble Science of Politics : A Study in Nineteenth-century Intellectual History, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, p. 3-21).
[5] Les rapports entre le droit et la ville ont fait l’objet de nombreuses études depuis quelques années. Parmi celles-ci, nous faisons référence surtout aux travaux de Jacques Caillosse, qui souligne que la ville « comme objet politique ou comme objet de politiques » n’a pas de place dans l’ordre juridique, qu’elle est une « catégorie juridique inexistante » et que surtout, « commune parmi d’autres communes », elle s’en trouve non seulement « banalisée » mais surtout « neutralisée ». Cf. J. Caillosse, « Le droit comme méthode ? Réflexions sur le cas français », dans D. Renard, J. Caillosse, D. de Béchillon (dir.), L’analyse des politiques publiques aux prises avec le droit, Paris, LGDJ, 2000, p. 27-68 ; J. Caillosse, « La ville, le droit et la redistribution des territoires administratifs », Politiques et management public, 13 (3), septembre 1995, p. 84-119.
[6] Cette enquête appartient à un ensemble de recherches menées dans le cadre de notre thèse de science politique : R. Payre, « À la recherche de la “science communale”. Les “mondes” de la réforme municipale dans la France de la première moitié du vingtième siècle », Université Grenoble II, Pierre Mendès-France, Institut d’études politiques, décembre 2002.
[7] Pierre Bourdieu, Olivier Christin et Pierre-Étienne Will ont ainsi proposé un programme d’enquêtes sur « l’inflation documentaire » propre aux États bureaucratiques. Cette littérature, qui ne peut être réduite « à la catégorie d’écrits sur l’État », doit permettre, par une lecture historique et sociologique, de saisir la « réalité des pratiques intellectuelles, des formes de pensée et de mise en ordre du monde, des routines bureaucratiques par lesquelles [l’État] se forme, se perpétue, se légitime jour après jour » (P. Bourdieu, O. Christin, P.-É. Will, « Sur la science de l’État », Actes de la Recherche en sciences sociales, 133, juin 2000, p. 6).
[8] Dans les archives de Paul Marchandeau, on trouve un récapitulatif des tirages des principaux périodiques d’administration municipale en 1938. Si l’information est lacunaire – le tirage du mensuel La vie communale et départementale est mentionné comme inconnu –, le document offre quelques indications sur la vitalité de cette presse administrative : La mairie tire à 44000 exemplaires, suivie du Journal des maires (34000), du Journal des communes (13000) et de La vie municipale (10000). Des périodiques plus ciblés, notamment ceux destinés essentiellement au personnel municipal, ont des tirages moindres : L’action communale tire à 3000 exemplaires (Archives Paul Marchandeau (Archives départementales du Tarn), 65J 27, Récapitulatif des différents groupes de journaux (liste des adresses et des tirages), 1938).
[9] Cinq vivent entre trois et dix ans, trois entre dix et vingt ans et dix dépassent les vingt ans (La vie communale et départementale est publié de 1923 à nos jours en s’interrompant de 1940 à 1945).
[10] Henri Sellier, « L’importance des questions édilitaires », Les collectivités publiques, 1, mars 1939, p. 5.
[11] Archives municipales de Nancy, Lettre de Girolami, directeur de La vie communale et départementale, 31 décembre 1925.
[12] Ibid.
[13] « À nos lecteurs », La vie communale et départementale, 44, juillet 1927. Sur le municipalisme comme mouvement en faveur d’une municipalisation des services et plus largement comme quête d’une réforme administrative fondée sur l’organisation municipale, on trouvera des éléments dans les travaux de Patrizia Dogliani consacrés aux débats dans la France du début du 20e siècle (P. Dogliani, Un laboratorio di socialismo municipale. La Francia (1870-1920), Milano, FrancoAngeli, 1992). On peut également se reporter à des travaux récents comme la thèse de Rémi Lefebvre (R. Lefebvre, « Le socialisme saisi par l’institution municipale (des années 1880 aux années 1980). Jeux d’échelles », thèse de science politique, Université Lille II, 2001) ou encore le numéro 53 de la revue Politix (« Le temps des mairies », Politix, 14 (53), 2001). Le numéro 10 de la revue Genèses (« Municipalismes », Genèses, 10, janvier 1993) permet d’élargir à d’autres pays la perspective sur ces mouvements sociaux, économiques et politiques.
[14] L’Union des villes et communes de France, fondée en 1919 grâce au soutien du Conseil général de la Seine, est la section française de l’Union internationale des villes, siégeant à Bruxelles. Se présentant comme un office d’informations municipales, l’Union naît au sein d’un réseau d’institutions toutes attachées à l’étude des problèmes urbains et à la modernisation de l’aménagement des villes.
[15] La notion de « mondes » s’inspire librement des travaux d’Howard Becker sur les mondes de l’art. Le sociologue américain analyse l’art « comme un travail » et analyse les chaînes d’interdépendances entre les différentes phases de la production à la consommation en passant par l’évaluation des œuvres et les procédures conventionnelles (H. Becker, Les mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988 [1re éd. américaine : 1982]). Il s’agit, dans le cas de la réforme municipale, de s’attarder sur les liens entre différentes institutions réformatrices, sur les interactions entre acteurs et groupements dévoués au perfectionnement du travail municipal. À travers l’étude de la constitution de ces liens, on se demande en quoi ils peuvent donner lieu à des actions concertées, à des manières d’appréhender l’organisation municipale ou de fournir des réponses communes à des problèmes politiques et sociaux liés à la gestion municipale urbaine.
[16] Le Moniteur de Paris, 6 juin 1926, p. 1.
[17] Quelques fonctionnaires de préfecture de province sont également des collaborateurs assidus. On pourrait citer Eugène Touzé, docteur en droit, auteur d’une thèse sur les plans d’aménagement des villes, qui collabore régulièrement à La vie communale et départementale jusqu’en 1928, moment où il devient sous-préfet, puis préfet. (Dictionnaire biographique des préfets, septembre 1870-mai 1982, Paris, Archives nationales, 1994, p. 525.)
[18] Pour plus de détails sur ce point, nous nous permettons de renvoyer à l’un de nos travaux : « La préfecture de la Seine comme clearing house municipal, 1919-1947 », Jahrbuch für Europäische Verwaltungsgeschichte, à paraître en 2003.
[19] Maurice Félix publie une vingtaine d’ouvrages administratifs dont les Administrateurs de la commune (1946), la Réforme des finances locales (1932), le Petit dictionnaire de droit municipal (1926) ou encore le Régime administratif et financier du département de la Seine et de la ville de Paris (1922) préfacé par le doyen de la faculté de droit de Paris, Henri Berthélemy. M. Félix assure une charge de cours à la faculté de droit et participe aux congrès internationaux des villes de 1929 et 1930, où il signe des rapports sur les entreprises communales de nature économique ou sur la question des assurances municipales.
[20] De 1924 à 1940, il est présent par ses articles dans 26 numéros.
[21] M. Félix, « Avant-propos à la première édition (1922) », Le régime administratif du département de la Seine et de la Ville de Paris, Paris, Librairie Arthur Rousseau, 3e éd., 1946, p. 17.
[22] Parmi lesquels, Jean Névo (1897-1973) : il crée en 1923 le Syndicat des employés communaux des Côtes du Nord qui va s’affilier à l’Association générale des employés et secrétaires de mairie. Il défend l’idée de la mise en œuvre d’une formation professionnelle des agents communaux auprès de l’Association des maires de France, l’Union internationale des villes, l’AG des secrétaires de mairie. Il obtient, des responsables de l’Institut d’urbanisme, la création d’une section de perfectionnement par correspondance dès le milieu des années 1920. Il en sera l’un des élèves et fondera, en 1931, l’Association des anciens étudiants de l’École nationale d’administration municipale. Il participe à plusieurs revues : Action Communale, La vie communale et départementale, Cloche du Beffroi (qu’il dirige), Bulletin de l’Assenam, Revue d’administration communale.
[23] Émile Sari (1876-1937) assure la rédaction mensuelle d’articles éditoriaux dans la revue. Le sénateur-maire de Bastia, qui partage ses attaches corses avec le directeur de la revue, est secrétaire de la Commission d’administration générale départementale et communale du Sénat. Il est, au cours des années 1930, vice-président du groupe des sénateurs-maires. Il milite dans la revue et au parlement en faveur d’une caisse d’avance aux communes, d’un office de la municipalité, centre de documentation et lieu de rassemblement des édiles. Enfin, il poursuit le projet d’organiser une grande exposition internationale de la vie municipale, qui ne verra pas le jour.
[24] Lucien Leroux, chimiste au laboratoire d’hygiène de la ville de Paris, publie dans dix numéros, de 1931 à 1936.
[25] C’est notamment le cas des professeurs de l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris : Gaston Jèze, Joseph Barthélemy et William Oualid. Inscrits au comité de rédaction, aucun des trois ne signe d’article dans le périodique.
[26] La vie communale et départementale, juin 1959, p. 165.
[27] En 1927, le ministre de l’Intérieur met sur pied un comité consultatif permanent de l’administration générale, départementale et communale (décret du 26 mars 1927). La vie communale et départementale souligne que, « parmi les personnalités choisies pour leur compétence technique, leurs connaissances juridiques ou leur expérience administrative, bon nombre » ont aidé la revue (La vie communale et départementale, 41, 1927, p. 178).
[28] Une comparaison pourrait être faite avec la réforme sociale de la fin du 19e siècle que Christian Topalov présente comme étant soit « un refuge », soit « un tremplin » en fonction des diverses trajectoires réformatrices permettant à des héritiers de grandes familles d’antan de croiser des nouveaux notables de la politique (C. Topalov, « Patronages », Laboratoires du nouveau siècle. La nébuleuse réformatrice et ses réseaux en France, 1880-1914, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 1999, p. 365).
[29] Nous nous permettons de renvoyer à notre travail de thèse et à l’étude qui y est faite des articulations entre une carrière professionnelle – qui correspond bien souvent à l’activité principale de l’acteur – et une carrière dans les mondes de la réforme municipale (R. Payre, « À la recherche de la “science communale”… », cité, p. 224 et suiv.).
[30] R. Payre, P. Y. Saunier, « L’Union Internationale des Villes ou l’Internazionale municipale (1913-1940) », Amministrare, 30 (1-2), janvier-août 2000, p. 217-239.
[31] La vie communale et départementale, 24, novembre 1925, p. 461.
[32] « L’esprit municipal », La vie communale et départementale, 107, novembre 1932, p. 497-499.
[33] « L’esprit municipal et le plan Marquet », La vie communale et départementale, 131, octobre 1934.
[34] La vie communale et départementale, 112, mars 1933.
[35] J. Girolami, J. Delaporte, Les subventions de l’État aux collectivités locales, Paris, La vie communale et départementale, 1934, p. 14.
[36] H. Sellier, « La situation financière des communes et la loi du 14 août 1926 », La vie communale et départementale, 47, octobre 1927.
[37] Gérard Brun date cette effervescence des années 1918-1945 (G. Brun, Technocrates et technocraties en France (1918-1945), Paris, Albatros, 1985). Sur la technocratie, cf. également l’ouvrage collectif dirigé par Vincent Dubois et Delphine Dulong : La question technocratique. De l’invention d’une figure aux transformations de l’action publique, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1999.
[38] Maxime Leroy (1873-1957) étudie le droit à la Faculté de Nancy où il obtient son doctorat en 1898. Avant guerre, la plupart de ses ouvrages sont consacrés au syndicalisme et aux transformations du droit que celui-ci a suscitées. Dans l’entre-deux-guerres, il se rapproche des mouvements de réforme technocratique. Il est l’un des rédacteurs du Producteur, revue saint-simonienne fondée en 1920. Il entreprend une étude consacrée à l’histoire des idées sociales ; il publie des essais sur les idées politiques et sociales de Saint-Simon, Sainte-Beuve, Stendhal, etc. (La Revue des Deux Mondes, 15 avril 1959, p. 755-757 ; Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Paris, Éditions ouvrières, tome 34, 1989, p. 309-310).
[39] M. Leroy, « La science nouvelle du gouvernement local », La vie communale et départementale, 51, février 1928, p. 63-66.
[40] À titre d’indication, on peut citer les différentes rubriques du périodique que l’Union publie tout au long de l’entre-deux-guerres sous le titre Les tablettes municipales, renommées Tablettes documentaires à l’usage des administrations publiques au milieu des années 1930. Le périodique vise à rendre compte des travaux (articles, rapports et ouvrages) et, par là même, d’expériences concrètes et d’innovations. Les thèmes retenus sont les suivants : activités économiques, administration, archives communales, assurances, bains publics, bibliothèque, circulation, contentieux, eau potable, eaux résiduelles, éclairage public, électricité, enseignement, épargne, expropriation, finances publiques, gaz, habitation, hôpitaux, hôtels de ville, hygiène et œuvre sociale, incendie, lait, marchés, municipalisme, parcs et espaces libres, péril aérien, personnel, plantation, police, population, ports, propreté de la ville, prostitution, régime municipal, remembrement, sciences administratives, secours aériens, sport et culture physique, statistique, tourisme, climatisme, urbanisme.
[41] On retrouvera de telles prétentions municipalistes dans les discours municipalistes des organisateurs de l’Union. Cf. notamment le discours du Président néerlandais F.-M. Wibaut au congrès de 1925 : Troisième congrès international des villes – Paris 1925, Bruxelles, Union internationale des villes, vol. VI, 1925, p. 17-19. Sur le travail des congrès internationaux, sur la structuration de liens entre les édiles de divers pays menée conjointement à la recherche des moyens capables de dé-localiser les manières de penser le gouvernement local, nous renvoyons à notre travail : « À l’école du gouvernement municipal. Les congrès de l’Union internationale des villes de Gand 1913 à Genève 1949 », dans B. Dumons, G. Pollet (dir.), Administrer la ville en Europe, Paris, L’Harmattan, à paraître 2003.
[42] Une analogie peut être faite avec la « méthode des cas » mise en œuvre dès les premières décennies du 20e siècle. Forme d’enseignement et de recherche visant à étudier l’administration à travers la présentation et la discussion des cas concrets, cette méthode illustre l’une des ruptures que la science administrative a pu opérer avec le droit (G. Langrod, « la méthode des cas et la science administrative américaine », Revue française de science politique, 3 (4), octobre-décembre 1953, p. 832-848).
[43] « Notre vœu le plus ardent est de pouvoir un jour suivre sa trace [celle du Verein Für Kommunal Wirtschaft und Kommunal Politik] et inspirer chez nos maires et nos administrateurs communaux, une émulation aussi vive pour la défense des prérogatives locales et l’étude méthodique et réfléchie des problèmes d’administration communale » (B. Debatz, « L’étude de l’administration locale à l’étranger », La vie communale et départementale, 77, avril 1930, p. 150).
[44] Sur ce projet, voir notamment : É. Sari, « Au sujet de la création d’un office de la municipalité », La vie communale et départementale, 83, octobre 1930 ; É. Sari, « L’office de la municipalité. Conseillés dans le cadre administratif et technique, les maires désirent également être soutenus sur le terrain professionnel », La vie communale et départementale, 85, décembre 1930.
[45] Il convient de relativiser à la fois la notion d’échec scientifique et la prétendue réussite que supposerait l’institutionnalisation universitaire. La démographie en France au 19e siècle ou la science sociale en Angleterre à la même période offrent des terrains fructueux pour discuter de telles notions. Dans une étude sur l’échec de la démographie en France au 19e siècle, Libby Schweber invite à considérer les notions d’échec et de succès d’une discipline en fonction des objectifs fixés par les acteurs eux-mêmes et non pas à la lumière de « théories universelles de la formation des disciplines » (L. Schweber, « L’échec de la démographie en France au 19e siècle ? », Genèses, 29, décembre 1997, p. 5-28). Lawrence Goldman étudie, pour sa part, la Social Science Association pour comprendre « l’absence » de la sociologie dans l’Angleterre du 19e siècle, et met en évidence que l’institutionnalisation universitaire de cette « discipline » à la fin du siècle est une conséquence, au moins en partie, de la frustration des aspirations politiques de la « bourgeoisie libérale » anglaise (L. Goldman, « A Peculiarity of the English ? The Social Science Association and the Absence of Sociology in Nineteenth Century Britain », Past and Present, 114, février 1987).
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J. Julliard, « Le monde des revues au début du siècle, intr...
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Sur une analyse de l’institutionnalisation des disciplines ...
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P. Favre, ibid. p. 307-314. Suite de la note...
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En contrepoint de l’histoire institutionnelle et disciplina...
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Les rapports entre le droit et la ville ont fait l’objet de...
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Pierre Bourdieu, Olivier Christin et Pierre-Étienne Will on...
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Henri Sellier, « L’importance des questions édilitaires », ...
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Archives municipales de Nancy, Lettre de Girolami, directeu...
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« À nos lecteurs », La vie communale et départementale, 44,...
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L’Union des villes et communes de France, fondée en 1919 gr...
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La notion de « mondes » s’inspire librement des travaux d’H...
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Le Moniteur de Paris, 6 juin 1926, p. 1. Suite de la note...
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Quelques fonctionnaires de préfecture de province sont égal...
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Pour plus de détails sur ce point, nous nous permettons de ...
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Maurice Félix publie une vingtaine d’ouvrages administratif...
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De 1924 à 1940, il est présent par ses articles dans 26 num...
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M. Félix, « Avant-propos à la première édition (1922) », Le...
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Nous nous permettons de renvoyer à notre travail de thèse e...
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La vie communale et départementale, 24, novembre 1925, p. ...
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