2003
Revue française de science politique
Le présent du passé de la RDA aux nouveaux Länder
L’affaire Ostrowski : le parti néo-socialiste Est-allemand face à l’extrême droite
Johanna Edelbloude
Johanna Edelbloude est doctorante à l’Institut d’Études Politiques de Paris, programme d’étude comparative des aires politiques. Elle est rattachée au CERI et a été, de 2000 à 2002, membre du Centre Marc Bloch de Berlin, centre franco-allemand de recherches en sciences sociales. Elle travaille essentiellement sur la sociologie des organisations politiques, appliquée notamment aux partis extrémistes et en transition. Elle s’est également intéressée à la démocratie participative.
À travers l’étude du cas de Christine Ostrowski, condamnée par son parti pour avoir rencontré un dirigeant d’une organisation néonazie, cet article formule certaines hypothèses d’une recherche portant plus largement sur l’attitude du parti néo-socialiste allemand, le PDS, face à l’extrême droite. La gestion de ce cas dissident par le parti met en lumière des aspects essentiels de la réalité partisane, notamment le décalage existant entre les sympathisants et les instances fédérales, ainsi qu’entre les différents niveaux d’exercice de l’autorité partisane (local, régional et fédéral). Il incite, d’autre part, à une réflexion sur la forte présence de l’extrême droite et de la xénophobie qui caractérisent la RDA.
Through the study of the Christine Ostrowski case, condemned by her party to have met a leader of a neo-Nazi organization, this article formulates certain assumptions of a research related more largely to the attitude of the German neo-Socialist party, the PDS, in front of the far right. The party’s management of this dissenting case clarifies essential aspects of party’s reality, in particular the actual gap between the sympathizers and the federal authorities, like between the various levels of exercise of party’s authority (local, regional and federal). It allows, in addition, some questions related to one of the sociological characters of ex-GDR, that is a strong presence of the far right and xenophobia.
Pour avoir entretenu des contacts avec des responsables d’extrême droite, Christine Ostroswki est condamnée par son parti pour pro-fascisme. Le 15 mars 1993, elle démissionne de son poste de vice-présidente fédérale du Parti du socialisme démocratique (PDS) allemand, parti successeur du parti d’État de RDA, le SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne). Comment une haute fonctionnaire du parti s’autoproclamant antifasciste par excellence a-t-elle pu se compromettre avec des forces politiques fascisantes ? Il semble ainsi nécessaire de s’interroger tant sur les événements à l’origine de cette démission que sur ses conséquences, c’est-à-dire sur la manière dont cet événement s’est transformée en « affaire ». Les réactions qui s’ensuivirent, loin d’engager un débat de fond au sein du parti sur l’attitude à adopter face à l’extrême droite, se sont limitées à une prise de position dogmatique pour ou contre la responsable, en faisant apparaître un évident clivage entre la majorité des élus et responsables postcommunistes
[1], qui s’est prononcée contre C. Ostrowski, et la base militante locale (de Dresde) et régionale (de Saxe
[2]) qui s’est, elle, manifestée en faveur de C. Ostrowski, davantage d’ailleurs qu’en faveur de sa démarche. À travers cette affaire, c’est la confrontation des microcosmes (militants de base) et macrocosmes (instances fédérales) du PDS que nous cherchons à mettre en lumière afin éclairer ses mécanismes de fonctionnement tant internes qu’externes, horizontaux que verticaux. Comment expliquer, outre l’existence d’un tel décalage entre les autorités fédérales du parti et la base, qu’après un tel scandale, C. Ostrowski représentera jusqu’en 2002 les couleurs de son parti au Bundestag (Parlement fédéral), ce qui tendrait à prouver que ni le PDS ni ses électeurs ne lui ont retiré leur confiance ?
Une courte présentation du contexte s’impose, dans un premier temps. Le PDS est le premier parti en nombre d’adhérents dans les nouveaux
Bundesländer. Entre 1994 et 2002, ses résultats électoraux étaient en constante progression, à l’Est. Les postcommunistes sont représentés au Bundestag depuis les premières élections pan-allemandes de 1990. Cependant, à l’issue des échéances législatives de 2002, ils ont perdu leur statut de groupe parlementaire et ne comptent plus que deux représentants (contre 36 auparavant). Au sein des parlements régionaux (
Landtage) des nouveaux
Länder, le rapport de force en matière de répartition des sièges est cependant de plus en plus en leur faveur
[3]. À l’échelle locale, en mars 2000, le PDS est à la tête de 174 communes, toutes situées sur le territoire de l’ancienne RDA. Alors que, jusqu’aux années 2000, le clivage Est-Ouest constituait le principal handicap stratégique du PDS, les tiraillements internes entre les partisans du seul rôle d’opposition et les dirigeants privilégiant une participation gouvernementale paraissent devenir prépondérants. La rupture avec le SED a été consommée et le PDS est, en l’an 2000, en voie d’être reconnu comme un « parti normal », selon l’expression de Richard Stöss
[4]. Cette évolution paraît toutefois aller de pair avec une diminution sensible de sa capacité à mobiliser son électorat.
En Saxe, la spécificité du PDS relève de deux facteurs distincts. D’une part, jusqu’en 2002, sa progression se fait essentiellement au détriment des sociaux-démocrates qu’il supplante dans le rôle d’opposition. Il bénéficie en cela de l’absence d’alternative à un SPD perçu comme ne remplissant plus son rôle d’opposition depuis sa participation au gouvernement fédéral, et pour lequel les ressources des Verts et du FDP sont insuffisantes dans les nouveaux
Länder. Le PDS saxon se caractérise par un certain conservatisme voué à séduire une couche élargie de l’électorat, ce qui crée un fort décalage entre les autorités fédérales du PDS et la fédération de Saxe. L’originalité saxonne réside également dans la forte présence d’extrémistes de droite, bien supérieure à la moyenne fédérale, et particulièrement violents
[5]. Cette forte présence s’explique notamment par l’existence d’une tradition d’extrême droite dans cette région frontalière et par une forte identité régionale saxonne.
La présente note de recherche est consacrée à l’étude d’un cas d’école
[6]. Elle présente les premières hypothèses élaborées dans le cadre d’une étude plus large analysant l’attitude du PDS face à l’extrême droite. Tous les partis politiques allemands sont directement confrontés aux élus de partis d’extrême droite au sein des institutions politiques locales et régionales. Cette confrontation politique vient s’ajouter aux altercations tapageuses et aux rixes de rue qui opposent régulièrement les adeptes des deux camps. Mais le PDS s’approprie, parmi les valeurs de la gauche traditionnelle, un combat qu’il qualifie d’antifasciste : la lutte contre l’extrémisme de droite. L’influence culturelle qu’exerce celui-ci sur le territoire naturel d’influence du PDS représente une menace pour ce dernier. Le PDS découvre en sus le poids de l’extrême droite en République fédérale et doit apprendre à gérer un face à face qu’il ne peut plus ignorer
[7]. Enfin, il doit se démarquer de la notion d’extrémisme dans une société longtemps marquée par l’anticommunisme, réagir aux reproches d’extrémisme qui lui sont faits et contrôler les retombées néfastes que pourrait avoir le parallèle ouvertement fait en République fédérale entre le Troisième Reich et la RDA, qualifiée de deuxième dictature sur le sol allemand.
La principale question sous-tendant l’analyse de l’attitude du PDS face à l’extrême droite est celle de son instrumentalisation pour servir les visées du parti. La réponse est fonction de l’échelle traitée et des instruments utilisés. Le premier constat est que la valeur consensuelle humaniste de lutte contre ce phénomène, mise en berne par les dirigeants du PDS, ne correspond à aucun projet politique construit. Il n’existe aucun concept, mais des individus qui agissent – ou plutôt réagissent – en fonction des ressources individuelles disponibles. Il s’agit essentiellement, quel que soit leur niveau d’exercice du pouvoir, de combattants isolés et marginalisés. On touche alors au domaine des causes de l’engagement politique et il semble intéressant de s’interroger sur le lien existant entre l’engagement de ces quelques acteurs contre l’extrême droite (qui peut répondre à des critères ethniques, politiques ou sociaux) et leur marginalisation au sein de l’organisation partisane. Les actions entreprises au niveau fédéral, au sein de l’institution partisane ou des institutions parlementaires fédérales ou régionales, ne jouent qu’un rôle d’avertisseur moral. L’enjeu est en effet local. Il apparaît que l’endiguement d’une culture d’extrême droite est devenu un champ politique de la gestion locale. La manière dont ces politiques sont mises – ou non – en place dépend du degré de pragmatisme de la personnalité politique et de ses réseaux, ce qui pousse à interroger la validité du caractère « désidéologisé » de la politique locale. En somme, il semblerait que l’attitude face à l’extrême droite relève davantage du domaine des pratiques politiques que de l’idéologie et constitue à la fois une ressource et une contrainte, comme l’illustre l’affaire étudiée ici.
Le cas présenté suppose, d’une part, d’appréhender un parti politique, le PDS, en tant que réalité sociale et de mettre ainsi sa cohérence à l’épreuve : son étude revient à intégrer le facteur militant et local à l’ensemble des ressources et des contraintes du parti ; elle en illustre ainsi, au-delà des tentatives d’homogénéisation, son caractère polymorphe et hétéroclite. La position de Christine Ostrowski, permet, d’autre part, d’identifier le facteur de cohésion interne du PDS. Le refus de tout rapprochement avec l’extrême droite y apparaît clairement comme son « seuil infranchissable »
[8] et permet de mieux en connaître la nature. En outre, C. Ostrowski incarne la praxis néo-socialiste, dont il convient de tenir compte afin de se démarquer de l’analyse communément faite de ce parti sur la base des déclarations de ses élites. Cette étude s’attache à la fois à la profession politique, aux conflits que peut engendrer l’activité politique locale et aux ressources spécifiques, souvent uniques, dont disposent les
leaders locaux. Elle entend étudier l’organisation partisane en termes d’« association complexe de groupements partiels en interaction », selon une expression empruntée à Jacques Lagroye
[9]. Ces groupements, qu’ils se constituent autour d’un courant en se distinguant par des pratiques particulières, ou en tant que fédération locale revendiquant une identité propre, sont tout autant à l’origine de pratiques d’homogénéisation que productrices de réponses aux velléités fédérales d’harmonisation. L’histoire de C. Ostrowski illustre le fait que ce sont les individus, producteurs d’interactions, qui font (et défont) l’entité partisane
[10].
Nous débuterons notre propos par une présentation des faits, avant de juger de la lisibilité du « cas » en six points. En marge d’un mythe (le fantasme d’une alliance secrète rouge-brune) et d’une réalité (le sentiment xénophobe en ex-RDA), le décalage révélé par cette affaire entre les différents niveaux d’exercice de l’autorité partisane (local, régional et fédéral) est au centre de la gestion de la dissidence par l’organisation, de l’absence de traduction du concept antifasciste en une action politique et enfin du rapport du parti avec ses sympathisants.
En janvier 1993, Constantin Mayer, ancien vice-président saxon de l’organisation néonazie « Offensive nationale » (Nationale Offensive) contacte Christine Ostrowski par téléphone et lui demande de lui accorder une entrevue, sans préciser de motif. Nationale Offensive est une organisation néonazie nostalgique du NSDAP, le parti national-socialiste hitlérien. Elle est interdite par les autorités fédérales en décembre 1992, alors qu’elle compte 50 membres à Dresde, 140 à l’échelle fédérale. Quant à C. Ostrowski, elle est alors conseillère municipale de Dresde, présidente de la fédération PDS de Saxe et un leader local très populaire. Sans délibération collective préalable avec le conseil communal de Dresde, mais sans en faire non plus un secret, C. Ostrowski accepte cette rencontre et, le 14 janvier 1993, déjeune en compagnie de C. Mayer dans un café, à Dresde. Elle décrit ainsi, à la troisième personne, dans une tentative d’autodéfense et de distanciation, son état d’esprit avant la rencontre :
« Elle est intéressée par la manière dont il parle, dont il s’habille, dont il argumente. Elle a souvent rencontré des jeunes de la scène d’extrême droite, elle a souvent discuté avec eux, elle s’est faite une certaine idée d’eux. Un dirigeant (Führer) des Nazis, ça par contre, elle n’a jamais eu l’occasion d’en voir un en chair et en os […]. Elle ne serait pas allée jusqu’à provoquer l’occasion, mais elle est contente que cela se présente. Car en elle grandit depuis longtemps un sentiment d’anxiété, d’agitation interne qui la laisse insatisfaite face à cette image abstraite de l’opposant, dirigeant de droite que des gens du PDS présentent dans leurs papiers sans pour autant l’aider dans sa démarche concrète. En outre, cela fait longtemps maintenant qu’elle s’est décidée à ne plus ni penser ni agir en catégories d’ennemis ou d’amis. » [11]
C. Ostrowski a l’intention d’aborder le sujet des rixes quasi-quotidiennes qui ont lieu dans une maison de jeunesse de l’un des quartiers de Dresde, car il faut, selon elle, « toujours préférer la parole à la violence »
[12]. Elle souhaite en outre évoquer la discussion publique prévue pour le 14 mars dans un cabaret dresdois, le
Herkuleskeule, entre Mayer, d’un côté, et des membres de l’association de jeunesse « Roter Baum e. V » et quelques autonomes, de l’autre côté, avec lesquels C. Ostrowski est en contact
[13]. Pour C. Ostrowski, cette discussion programmatique est l’occasion d’une véritable prise de conscience de similitudes existant entre la NO et son propre parti, comme en témoigne l’extrait suivant :
« Au fur et à mesure que Mayer décrit les solutions sociales envisagées par son parti, elle commence à percevoir, bien plus clairement qu’à travers de grands discours théoriques, comment et avec quelle facilité beaucoup de citoyens pourraient tomber dans le panneau de ce discours évocateur. Et elle s’imagine un moment quelle serait la situation si elle laissait Mayer prendre la parole lors d’une réunion locale du PDS et son esprit perçoit clairement les hochements de tête approbateurs des camarades et entend les applaudissements et se représente ensuite leur effroi quand elle leur annonce après-coup qui est Mayer. » [14]
Lorsque, au cours de la conversation, C. Mayer annonce que son organisation va concentrer sa campagne électorale sur la Saxe, C. Ostrowski commence à se demander comment faire prendre conscience à une partie de la population des différences de taille existant entre son parti et l’organisation de C. Mayer. Elle parle alors de la rencontre au Herkuleskeule, espérant qu’une confrontation publique parvienne à percer à jour la démagogie de la NO. C. Mayer évoque alors le cas d’une maison de jeunesse de Gorbitz qui souhaite apporter de l’aide aux jeunes socialement en difficulté. C. Ostrowski accepte immédiatement de suggérer à l’association de jeunesse « Rote Baum » de participer à ce projet. Elle espère, par ce biais, retisser un lien, fût-il social, avec une jeunesse acquise à la cause d’extrême droite, persuadée en outre qu’il ne faut pas laisser à l’extrême droite le monopole de telles initiatives. Sans se faire d’illusions sur les retombées de son intervention, C. Ostrowski demande à C. Mayer de faire jouer son influence pour que cessent les rixes et l’usage de la violence entre jeunes de bords différents. L’ensemble de la discussion lui donne par ailleurs à penser que C. Mayer n’a, lui non plus, aucun intérêt à une escalade de la violence.
Suite à cette rencontre, C. Ostrowski affirme ne pas avoir le sentiment d’avoir accompli un acte de diplomatie secrète. C. Ostrowski dit, par ailleurs, clairement que cette entrevue avec C. Mayer n’est que l’une des nombreuses rencontres auxquelles elle participe avec toute sorte de gens (et d’énumérer des personnalités politiques de la CDU, du SPD, des catholiques, des syndicats, etc.). Elle ne lui a accordé, selon ses propres déclarations, aucune signification ou attente particulière.
Quelques jours plus tard, C. Ostrowski apprend par un journaliste de l’hebdomadaire d’actualité
Der Spiegel que C. Mayer a l’intention d’utiliser cette rencontre comme argument contre le PDS et contre C. Ostrowski personnellement, dans la campagne électorale pour les municipales à Dresde. Apparaît alors le motif de C. Mayer : C. Ostrowski est sans doute, de par son caractère et sa forte implantation locale, la personnalité la plus facile à atteindre du parti politique qui constitue son plus fervent concurrent électoral. Elle est en outre, de toutes les personnalités vouées à un destin national, la seule susceptible d’accepter ce genre d’entretien. Il est difficile d’en apprendre davantage sur les motivations de C. Mayer
[15]. Il est possible qu’il ait cherché à casser la candidature de C. Ostrowski à la mairie de Dresde. Le numéro du
Spiegel à l’origine du scandale apporte tout de même quelques informations intéressantes qui laissent à penser que la démarche de C. Mayer visait surtout à créer un lien susceptible de servir de porte de sortie (ou d’entrée ?) à son organisation face à l’interdiction. On y apprend que, pour détourner l’interdiction de leurs organisations, certains néonazis auraient reçu l’ordre d’infiltrer des partis politiques autorisés à exercer une activité, parmi lesquels le NPD et, en Saxe et à Berlin, le PDS ! La proposition faite par C. Mayer de coopération dans le cadre de l’activité associative s’inscrit-elle dans la recherche de reconversion et de coopérations entreprise par d’anciens membres des groupes néonazis DA et NF avec des organisations politiques légales ? C. Mayer cherchait-il à tester la possibilité de faire de l’entrisme au sein du PDS ? Le chef de NO, Swierczek, ne prône-t-il pas une politique de détente à l’égard des communistes ?
C. Ostrowski est convaincue de la nécessité de rendre publique l’entrevue, d’autant qu’elle a, quelques temps auparavant, été désignée candidate du PDS pour le poste de maire de Dresde. Avant que ne paraisse l’article du
Spiegel qui rend la rencontre publique, C. Ostrowski est élue vice-présidente fédérale
[16] du PDS, les 30 et 31 janvier 1993. L’article paraît finalement le 8 mars 1993. Il s’ensuit une assemblée improvisée du comité directeur qui est censée lui donner, en présence des membres éminents du parti, l’occasion de justifier son initiative. Elle raconte d’ailleurs cette séance comme un traumatisme. Contactée dans l’après-midi du 8 mars par une journaliste de
DNN/Union, journal local de Dresde, C. Ostrowski déclare que de nombreuses exigences sociales peuvent apparaître similaires aux yeux des citoyens, bien qu’elles ne le soient pas en profondeur. Le lendemain paraît l’interview où il est question de « similitudes dans les exigences sociales, jusque dans la formule employée ». À partir des 10 et 11 mars, l’histoire fait la une des média locaux, régionaux et proches du parti. Bien que C. Ostrowski demande un droit de réponse, le parti prend connaissance de cet article et les prises de position officielles qui s’ensuivent, aux échelons régionaux et fédéraux, condamnent unanimement et vigoureusement l’attitude de C. Ostrowski, ses propos et sa rencontre avec C. Mayer. C. Ostrowski se plaint, à maintes reprises lors de réunions internes, que le sujet ne soit pas discuté dans le fond. Les débats se limitent au droit de chaque participant à faire une déclaration, qu’elle qualifie d’utilisation hypertrophiée de grandes idées (rupture du consensus antifasciste, crime contre le peuple allemand et l’opinion publique internationale, tort énorme fait au parti, etc.). Les déclarations officielles nient, pêle-mêle, le droit de membres du PDS de parler avec des responsables néonazis, l’existence de points communs entre le PDS et des organisations « qui représentent de manière démagogique des positions racistes, antisociales et antisémites »
[17], présentent la rencontre comme une « grave erreur politique »
[18], promettent que le PDS va continuer à dialoguer avec les adolescents qui appartiennent à cette scène
[19] et refusent en bloc toute discussion susceptible « de rendre respectables des fascistes, néonazis, nationalistes ou racistes »
[20]. Seul son chef charismatique, Gregor Gysi, remet en question la voix unique du parti en livrant ce qui s’apparente à un début d’argumentation. Il admet qu’il n’y a pas de ligne de conduite unique, mais reproche à C. Ostrowski de ne pas avoir informé les responsables du parti de la tenue de cette discussion et de ne pas disposer des capacités nécessaires à une telle confrontation
[21]. S’obstinant à refuser de reconnaître qu’elle a commis, sur le plan des principes, une erreur politique, C. Ostrowski finit par céder et démissionne de son poste de vice-présidente fédérale.
C. Ostrowski insiste pour affronter la base afin de juger d’un éventuel désaveu. Un vote de confiance a lieu auprès des membres du bureau local
[22], qui lui expriment leur confiance par 12 voix contre 2. Une conférence est organisée le 17 mars, pour connaître l’avis des militants de Dresde. La discussion est vive, les avis partagés, allant d’un accord de principe avec C. Ostrowski à un refus total. Les positions concordent pourtant sur le fait que C. Ostrowski ne doit pas démissionner des fonctions qu’elle occupe à Dresde, le comité directeur lui-même continue à soutenir sa candidature à la mairie de Dresde. Le vote de confiance s’avère en faveur de C. Ostrowski à 85 % des voix (108 contre 15). Une proposition faite par la direction de la fédération régionale, réunie le 19 mars en congrès régional exceptionnel, qui vise à adopter un code de conduite interdisant aux fonctionnaires du PDS tout contact personnel avec des dirigeants d’extrême droite, est discutée et ce code de bonne conduite des fonctionnaires du PDS de Saxe est adopté à une grande majorité, sans avoir toutefois donné lieu à un débat de fond. L’adoption de ce codex témoigne bien d’une volonté de compromis visant à empêcher que la situation n’escalade. À cette occasion, C. Ostrowski remet en doute la sincérité de nombreux responsables politiques du PDS aux différents échelons (notamment Porsch, Hahn et Burkhardt), leur reprochant de ne pas avoir agi par conscience politique mais par opportunisme et carriérisme
[23]. Après l’adoption du code de conduite, C. Ostrowski est envoyée en tant que « cadre itinérant » à travers tout le pays pour participer à diverses manifestations traitant de l’attitude à adopter face à l’extrême droite
[24]. Deux événements qui s’avèrent être en faveur de C. Ostrowski viennent clore le débat : une demande d’exclusion de C. Ostrowski du PDS faite auprès de la Commission régionale d’arbitrage est repoussée et, au cours de la deuxième session du troisième congrès du PDS de Saxe, 81 % des délégués choisissent en la personne de C. Ostrowski leur candidate à la mairie de Dresde, confirmant ainsi la solidité de son ancrage politique dans cette ville. Dernier acte : lors du congrès national du parti, une proposition de la plate-forme communiste (KPF) du PDS, îlot communiste orthodoxe, sollicitant l’instauration d’une clause de notification se rapportant aux contacts du personnel du PDS avec la droite et l’extrême droite, est refusée à une très large majorité, confirmant la spécificité saxonne. L’affaire est classée, enterrée, si l’on en croit le silence qui naît et les regards gênés dès que l’on évoque cet événement devant des élus ou responsables du parti, bien plus encore lorsque l’on souhaite en parler avec des acteurs du drame
[25].
Rouge-brun : fin d’un mythe ou début d’une réalité ?
D’aucuns
[26] évoquent en C. Ostrowski la représentante d’un courant « nouvelle droite » au sein du PDS. Cette rencontre entre un haut responsable de l’héritier du parti communiste de RDA avec l’un de ses homologues néonazis est-elle pour autant à interpréter comme la menace d’un rapprochement rouge-brun ou cette menace n’est-elle que mythique ?
« Pour toutes ces raisons, ce sont les équipes dirigeantes de la CDU/SCU, du SPD, du FDP et de Bündnis 90/Die Grünen que nous considérons comme nos adversaires directs. Étant donné que les forces dirigeantes des Republikaner, de la DVU [27] et d’autres groupes se sont mis du côté des partis du grand capital et partagent avec eux un anticommunisme virulent à l’encontre des citoyens de l’ex-RDA, nous ne ressentons aucune affinité avec eux sur le plan politique. Nous observons, avec inquiétude, comment certaines tendances se développent au sein de la direction du PDS et se plient aux règles du jeu faussées des vieux partis afin de trahir leurs électeurs et de se dégager toujours davantage de l’histoire de la RDA.
Nous autres, membres du NPD en Saxe, assumons toute l’histoire de l’Allemagne et également l’histoire de la RDA. La majorité de nos membres est d’avis, en cette huitième année d’entrée de la RDA au sein de la RFA, que la RDA était une meilleure Allemagne. Nous voulons pour cette raison contribuer à la politique de l’Allemagne, en lui apportant les expériences positives de la RDA.
Mettons fin à la discrimination des Saxons par le gouvernement régional Ouest-allemand à Dresde !… Pour un Front national de l’Allemagne en Saxe ! » [28]
Cet extrait d’un tract distribué par la fédération de Saxe du NPD, parti national-démocrate allemand, le plus radical des trois partis d’extrême droite existant dans le pays, appelle clairement une partie de l’électorat captif du PDS – ou ce que l’extrême droite peut considérer comme l’électorat captif du PDS – à voter national-démocrate. Devant le succès rencontré en Saxe
[29], le directoire fédéral du NPD s’inspire de cette stratégie pour poser la revalorisation des acquis sociaux de la RDA comme ligne à défendre, se réclamant ainsi ouvertement de la succession communiste
[30]. De là, naît l’idée que la chute du mur de Berlin a engendré un rapprochement idéologique entre la scène d’extrême droite Est-allemande et le PDS, en tant qu’il incarne pour celle-ci l’extrême gauche après la réunification. Cette proximité thématique est liée au discours anticapitaliste traditionnel des deux bords, mais également à la défense de certaines vertus idéologiques de la RDA. Celles-ci sont, avant tout, l’expression de sentiments contestataires à l’encontre de l’ordre établi en République fédérale (anti-occidentalisme et anticommunisme), contre la puissance américaine (anticapitalisme, anti-impérialisme et pacifisme) et contre le multiculturalisme (anti-internationalisme). Cette situation concurrentielle entre le PDS et l’extrême droite Est-allemande génère les tentatives de séduction opérées par l’extrême droite Est-allemande vis-à-vis du PDS. Certains dirigeants du PDS avouent ainsi, en toute confidentialité et tout à fait officieusement, que le NPD envoie régulièrement des courriers dans ce sens au siège du parti. Le PDS tait cette information et ignore ces tentatives. C’est comme l’expression de cette velléité unilatérale de rapprochement qu’il faut sans doute comprendre la prise de contact de C. Mayer avec le
leader local, pragmatique, du PDS. Le refus du PDS de se pencher vers le brun relève non seulement du consensus antifasciste déjà évoqué, mais certainement plus encore du refus de se reconnaître dans ce que l’extrême droite pense – ou souhaite – être le PDS. Le dessein partisan d’entrer véritablement en République fédérale nécessite non seulement de s’imposer en tant que parti résolument respectueux des règles du jeu démocratique, mais encore de contrecarrer une réputation entretenue de parti non-démocratique, puisque issu d’un système totalitaire. Ainsi, des facteurs à la fois stratégiques et éthiques rendent impossible toute coopération avec l’extrême droite. Cependant, le cas de C. Ostrowski, qui illustre l’espoir entretenu par l’extrême droite à travers cette philanthropie pro-communiste, fait naître une interrogation sur les similitudes programmatiques entre l’extrême droite et le PDS. Celles-ci s’expliquent par l’intérêt porté par les deux parties à un électorat Est-allemand que les partis traditionnels ne parviennent pas à fidéliser.
Revenons sur l’interview accordée à ND le 17 mars 1993 où C. Ostrowski se justifie en ces termes :
« Le programme du PDS n’a rien, mais alors rien du tout, de commun avec l’organisation interdite NO ou toute autre organisation de ce type. Le PDS se veut un parti antiraciste et antifasciste de manière conséquente. Toute coopération personnelle, politique et programmatique est, pour cette raison, bien entendu impossible. Les expériences historiques sont une bien amère leçon, et je m’inscris, bien entendu, sans restriction dans cette tradition.
Il faut néanmoins compter sur les partis de droite et d’extrême droite pour s’attaquer à des exigences sociales et écologiques pour en faire mauvais usage, un usage démagogique. Ce n’est pas nouveau, c’était déjà la tactique des SA et du NSDAP. Et il faut s’attendre à ce que les Nazis agissent également de la sorte au cours de la campagne électorale à venir. C’est pour cela que, pour le PDS, il ne suffit pas de se déclarer contre par principe, même fermement. Il a le devoir, un devoir politique, de démasquer la démagogie sociale des néonazis et de contribuer à ce que les gens ne se laissent pas prendre au piège, tout comme il doit empêcher que la droite [lire : l’extrême droite] ne recueille lors d’élections de nombreuses voix protestataires. » [31]
Le PDS souffre, de par son caractère contestataire, d’une certaine proximité avec les partis d’extrême droite. Un rôle particulier lui incombe dans ce domaine, ne serait-ce que parce qu’il est certainement le parti le plus susceptible d’être menacé par la concurrence électorale des partis d’extrême droite sur son territoire. Il se plaît, en outre, à endosser le rôle de rempart contre l’extrême droite dans les nouveaux Länder.
Est-ce à dire que la fin de la guerre froide a, à ce point, brouillé les cartes que les deux composantes les plus extrêmes d’un paysage politique se rejoignent ? N’assiste-t-on pas plutôt à un processus de recentrage des extrêmes face à une situation de monopole d’exercice du pouvoir par le centre ? Ou encore, faut-il appréhender ce phénomène, s’il existe, comme une nouvelle distribution des rôles face à un processus de désaffiliation
[32] dû à l’érosion d’un lien social jadis entretenu par les partis communistes ? Ce processus est en effet également observable en France, dans l’ancienne banlieue rouge où le vote Front national émerge et intrigue, comme le prouve l’apparition des termes de « gaucho-lepénisme » ou d’« ouvriéro-lepénisme »
[33]. Il faut alors se pencher sur l’aspect local d’un tel contexte.
Décalage entre les échelles locale et fédérale
Si l’affaire Ostrowski est avant tout une affaire locale, elle est devenu un véritable enjeu fédéral et le soutien de sa base locale n’a pas suffi à empêcher que C. Ostrowski soit condamnée par son parti.
« Je suis dans la commune, je suis le numéro un, après le maire, la deuxième personne la plus connue à Dresde. Je suis conseillère municipale à Dresde […], j’ai un mandat communal. Je ne peux pas faire un pas à Dresde sans que l’opinion publique ne m’observe, parce qu’il faut quand même que je fasse de la politique concrète, car quel que soit le domaine, c’est toujours du PDS de Dresde et de notre fraction au conseil communal que dépend le fait qu’une mesure soit appliquée […] ou qu’elle ne le soit pas. Alors c’est comme ça : chaque pas que nous faisons doit être sensé et réfléchi jusqu’au bout, parce qu’il y a toujours des conséquences. » [34]
C. Ostrowski est un personnage populaire dans la ville de Dresde, à une « personnalité volubile et extravertie », admirée et à laquelle il est possible de s’identifier grâce à « son franc parler, sa nature ouverte et sympathique, son absence de langue de bois, sa gouaille et sa façon décontractée d’envisager son passé »
[35]. Peter Porsch, chef de la fraction PDS au Landtag de Saxe, va, au moment des événements, jusqu’à se plaindre à la presse d’un culte de la personnalité qui rend impossible tout débat politique de fond. La particularité de Dresde est directement issue de la
Wende, du « tournant », terme désignant les événements de 1989 à l’origine de la réunification : les bons résultats du PDS à Dresde aux premières élections libres de RDA s’expliquent par le fait qu’un fort mouvement rénovateur procédait, à Dresde, de la base du PDS
[36]. C. Ostrowski fait partie de ce groupe désireux de « faire de ce SED stalinien un parti de gauche moderne »
[37], ce à quoi elle doit sa popularité dans cette ville.
Si le parcours de C. Ostrowski est classique au PDS
[38] (membre du SED engagé dans l’aile réformatrice du parti à la toute fin des années 1980), il est marqué par son ancrage profond à l’Est davantage qu’au PDS, par un attachement provincial qui prime sur l’engagement partisan
[39]. La carrière politique de C. Ostrowski a assurément commencé au moment de l’effondrement de la RDA. Formée à l’école du parti et entrée au SED en 1968, à l’âge de 23 ans, c’est avec la
Wende qu’elle se distingue par son caractère résolument réformateur au sein du SED. C. Ostrowski devient membre de la
Volkskammer, le Parlement de la RDA, en mars 1990 (elle le restera jusqu’à sa dissolution), puis du Bundestag, d’octobre à décembre de la même année. Entre 1991 et 1994, elle exerce des fonctions au sein des institutions régionales du PDS de Saxe et dans la ville de Dresde, où elle est désignée candidate à la mairie en 1994. Lorsque C. Ostrowski est élue vice-présidente fédérale du PDS en 1993, c’est « une page blanche »
[40] au sein de l’appareil du PDS. Peu après les événements dont il est ici question, C. Ostrowski est élue présidente des « Comités pour la justice »
[41] nouvellement créés sur une initiative du PDS. À partir de 1994, elle est conseillère communale de la ville de Dresde et devient membre du Parlement régional de Saxe entre 1994 et 1998. Après les élections législatives en 1998, élue sur la liste de Saxe, elle est députée du Parlement fédéral où elle est responsable pour le PDS de la politique du bâtiment, du logement et des transports. Elle reconnaît la politique du logement comme son domaine de prédilection, mais, à nouveau candidate à un mandat fédéral en 2002, elle paie de son poste l’échec du PDS aux élections législatives.
Le retour dans les communes apparaît comme le moment fondateur du PDS. C. Ostrowski met en lumière l’érosion du « contrat social » du SED/RDA, en prétendant s’être rendue compte, en revenant en bas de l’appareil du SED, que « la politique du SED n’attirait aucunement la confiance, ce qu’elle prétendait pourtant. Le parti avait un slogan : “le rapport de confiance entre le peuple et le parti est de plus en plus étroit”. Bien sûr, il n’était pas devenu plus étroit, au contraire, c’était de pire en pire parce que rien ne marchait, les journaux étaient ennuyeux, etc »
[42]. C. Perron souligne avec justesse le rôle joué par le local comme espace de professionnalisation pour les nouvelles élites politiques locales et, dans le cas des nouveaux communistes, à la fois d’« espace de formation d’une nouvelle élite plus réaliste, pragmatique, au profil idéologique moins marqué, à même d’incarner le renouveau » et lieu privilégié d’exercice du pouvoir. En même temps, celui-ci a constitué un espace de repli nécessaire à la préparation du renouveau du PDS et la recherche d’un nouveau profil.
Le parcours et la place de C. Ostrowski au sein de sa ville illustrent la thèse de Frédéric Sawicki selon laquelle « l’attraction qu’exerce un parti ou un
leader auprès de certains groupes, est déterminée par l’existence de réseaux historiquement consolidés »
[43]. Ainsi, il faut comprendre l’influence de C. Ostrowski sur le milieu partisan de Dresde en termes de réseau et admettre que « les réseaux constitutifs d’un milieu partisan ne sont donc pas uniquement le résultat de l’action volontariste des acteurs politiques ; leur développement et leur activation apparaissent contraints par une structure historiquement objectivée dans des institutions et dans des règles »
[44]. L’existence d’un réseau local fortement en faveur de C. Ostrowski, qu’illustre le soutien dont elle bénéficie auprès de la presse locale alors que les médias fédéraux partisans s’expriment majoritairement contre elle, contribue à justifier le fait que ses adversaires politiques n’aient pas utilisé cette faille pour la fustiger, alors que l’opportunité se présente en pleine campagne électorale. Ceci n’est pas à interpréter comme une spécificité allemande de refus d’user de certains atouts pour le combat politique, mais bien comme l’expression de l’insertion de C. Ostrowski dans des « faisceaux d’obligations réciproques » liant entre eux les élus locaux, qui « fonctionnent sur la longue durée » et renvoient au passé des relations familiales et au souvenir des combats politiques passés et des services rendus
[45]. Le profil local d’un parti apparaît donc autant comme le résultat de pratiques locales que de pratiques partisanes. On pourrait même dire, que dans ce cas, le local prime sur le partisan. Le réseau de C. Ostrowski couvrant essentiellement la capitale saxonne, on comprend qu’elle ne trouve pas de soutien auprès de la fédération régionale de Saxe. En outre, une analyse en ces termes met en lumière, selon Abélès, « l’imbrication du politique et des autres dimensions du social »
[46], ce qui tendrait à illustrer l’importance de facteurs, non seulement locaux, mais également extra-partisans, qui éclairent la démarche de C. Ostrowski. De plus, ceci traduit le caractère hétérogène du local face à l’homogénéisation du fédéral, ce qui conduit à penser, avec Sawicki, qu’un phénomène général ne prend sens que dans des configurations locales particulières. Or le réseau de C. Ostrowski est un réseau local qui dépasse les clivages partisans.
Est-on en présence d’un conflit de fond qui s’est transformé en une lutte de pouvoir mettant aux prises des personnalités locales ou l’inverse ? « Le pouvoir local, presque domestique de Ostrowski a été visiblement sous-estimé par ses supérieurs »
[47] ; les instances supérieures ont fait fi de l’organisation de base sans envisager l’éventualité d’une remise en question. Il s’agit bien ici d’une réponse locale à une problématique locale, que le « centre » tente de rationaliser
[48].
La forte diversification des pratiques locales conduit à penser que la gestion de l’affaire par les autorités partisanes, respectivement fédérales et locales, dépend moins du domaine d’action, ici de la lutte contre l’extrême droite, que d’une spécificité de l’action politique locale appréhendée en termes de pratiques professionnelles, une spécificité qui dépasse d’ailleurs le cadre allemand. Il semble ainsi qu’en matière de lutte contre l’extrême droite, le contexte local joue un rôle plus uniformisant que le facteur partisan au regard des pratiques politiques qui découlent d’abord du cahier des charges communal. Notre hypothèse est alors que ce n’est pas le thème particulier de l’extrême droite qui voudrait qu’il y ait davantage de consensus à l’échelle locale que fédérale. L’attitude à adopter contre l’extrême droite ne mettrait-elle pas en évidence des comportements révélateurs d’un style politique ? L’existence d’un consensus basé sur le principe intangible du refus tend à laisser penser que les pratiques qui y sont liées risquent d’être vidées de tout contenu idéologique et renvoient, par là même, uniquement à des usages.
Gestion de cas déviants par une organisation partisane
Le cas C. Ostrowski renvoie à la problématique plus générale de la gestion des cas déviants par une organisation partisane. Il trouve ici une solution par un double phénomène d’inclusion et d’exclusion : exclue du parti, aux yeux de l’opinion publique à cause de sa démission, une certaine aptitude à gérer ce type de situation lui est toutefois reconnue puisqu’on lui assigne de manière temporaire le rôle d’ambassadrice partisane de la question de l’extrême droite. Cette gestion du scandale est ainsi la marque de l’hétérogénéité (incarnée ici par C. Ostrowski) ou de l’homogénéité du parti.
L’approche que livre C. Ostrowski du phénomène d’extrême droite est essentiellement électoraliste. Si elle se distingue dans son approche partisane de l’ensemble des dirigeants qui considèrent le PDS comme un
Volkspartei
[49] de l’Est, sa conception fait écho à la réalité du parti dans le champ choisi par C. Ostrowski, la Saxe. N’est-ce pas ici l’une des contradictions internes du parti qui est mise en lumière, à savoir le fossé existant entre les dirigeants et la base du parti, ou plus exactement entre le siège berlinois, la fédération berlinoise et la province ? C. Ostrowski avoue publiquement ce que son parti ne souhaite pas offrir en pâture au débat public : le PDS est le premier parti protestataire dans les nouveaux
Länder, voire en République fédérale ; les partis populistes d’extrême droite sont les premiers concurrents du PDS dans les nouveaux
Länder ; une partie de l’électorat du PDS vote occasionnellement pour l’extrême droite. Ceci explique que C. Ostrowski ne s’émeut pas du fait que l’organisation néonazie de jeunesse « la jeunesse viking » appelle – on ne saurait être plus explicite – à voter pour elle
[50].
Le règlement des affaires internes du PDS est interprété à travers le prisme de l’organisation léniniste du parti unique, une suspicion dont souffre l’ensemble des partis communistes et leurs héritiers. Or, la possibilité réelle de libre expression d’opinions pluralistes au sein du parti est la preuve de la rupture du PDS avec le SED, bien plus que la marque de ce passé, omniprésent pour de nombreux observateurs (Ouest-allemands pour la plupart) de la vie politique Est-allemande, en général, et du PDS, en particulier. Dans le cas du PDS, la mise en scène de soi comprend une très forte part d’autodéfense, ce qui paraît compréhensible pour un parti qui fait souvent l’objet de campagnes de diffamation de la part de ses adversaires politiques. La tradition anticommuniste allemande et la gêne occasionnée par l’apparition d’un nouvel acteur (le seul né de la réunification) dans le paysage politique allemand font écho à cette stratégie de gestion de la crise visant à désarmer ses adversaires. Il semble en outre que l’attitude adoptée par le PDS face à la seule composante politique autant diffamée que lui, est une manière de recouvrer un honneur et une dignité partisane : ainsi, on observe qu’au sein des conseils communaux et des parlements régionaux où le PDS et l’extrême droite sont représentés, les élus PDS sont bien davantage que les autres sur une ligne de mise à l’écart de ces élus, laquelle sert également la cohésion partisane.
Ce sont bien deux conceptions de l’action politique, voire du politique, qui s’affrontent ici, qu’incarnent les échelons locaux et fédéraux du PDS, les élus et les permanents, « eux » et « nous ». La classe berlinoise du PDS a, selon C. Ostrowski, le tort de s’être éloignée de ce qu’elle appelle « la vie réelle ». Pour illustration, son témoignage :
« Question : Est-ce que [les remous consécutifs à la rencontre] n’ont pas également beaucoup à voir avec le fait que vous mettiez l’accent sur l’échelle locale ?
C. O : Oui, bien sûr. Ça a beaucoup à voir avec cela parce que la vie, c’est bien dans les communes qu’elle se joue et non dans la rue Karl-Liebknecht du PDS [51] ici, à Berlin. […] Et je vous dis une chose : les hommes politiques qui siègent tout en haut du PDS et qui sont, disons, seulement au Bundestag ou seulement dans la Karl-Liebknecht-Haus, dans la rue Karl-Liebknecht, ou seulement dans la fraction au Bundestag, et qui […] n’ont plus aucune responsabilité réelle, qui le font depuis des années, […] je peux vous dire qu’ils n’ont pas le rapport, que même eux n’ont pas le rapport à la vie réelle que j’ai. » [52]
Ce cas ne met-il pas plutôt en lumière l’échec d’un parachutage inversé d’une personnalité locale à une fonction nationale ? Aurait-on affaire à deux habitus incompatibles, décalage incarnant la perte d’idéologie des pratiques locales ? L’après-1989 s’est caractérisé par un retour salutaire à une action pragmatique de proximité. « Le local étant l’espace politique le moins propice aux débats idéologiques, les nouvelles élites communistes ont rapidement saisi l’opportunité de sortir du “ghetto” politique dans lequel ils étaient confinés au niveau national et se sont montrés très pragmatiques et plus aptes au compromis, qu’au niveau national. »
[53] Bon nombre d’ex-citoyens de la RDA ont ainsi appris la démocratie à l’école du PDS, dans un contexte d’après-réunification où les premiers pas en démocratie, d’une part, et la nécessité pour le PDS de trouver un nouveau champ d’action politique, d’autre part, rendaient nécessaire le retour à la base, par l’inversion d’un processus centraliste excessif qui avait coûté cher au SED. Ainsi, le style de C. Ostrowski correspond bien à une réalité partisane, mais à une réalité partisane locale. Comment interpréter le fait que les deux principales personnalités du parti aient refusé de soutenir C. Ostrowski, mais aient insisté pour que l’affaire ne vienne pas faire obstacle à sa candidature à la mairie de Dresde, sinon comme le témoignage pragmatique d’une volonté électoraliste de ne pas entacher la «
Salonfähigkeit » du parti ? Si cette affaire signe le glas d’une carrière partisane à prétention nationale, elle n’en représente pas moins une forte publicité pour une personnalité locale.
Enfin, cette interrogation en amène une autre, spécifique au contexte allemand d’organisation de la vie politique, de l’État et de l’administration. Ce fonctionnement n’est-il pas révélateur, au-delà de l’héritage de la RDA spécifique au PDS, d’une hiérarchisation des fonctions politiques bien plus marquée dans un État fédéral ? La question d’une professionnalisation politique à deux vitesses serait sans doute à étudier : des responsabilités régionales servant de tremplin pour une carrière fédérale, d’une part, et un cloisonnement de l’exercice local du pouvoir, d’autre part, qui fait des élus locaux des administrateurs plus que des hommes politiques.
L’antifascisme en théorie, l’ignorance de l’extrême droite en pratique
L’affaire confronte l’ensemble partisan à l’un de ses fondements : l’antifascisme. C. Ostrowski dénonce la tradition antifasciste brandie par le PDS comme un antifascisme de façade, associé à une vertu partisane et non à une pratique. La propagande antifasciste du SED/RDA a laissé de fortes traces au sein de la population Est-allemande, socialisée, et non uniquement éduquée dans son rapport à l’histoire, par la doctrine antifasciste
[54]. Au sein du PDS, le sentiment antifasciste constitue un lien identitaire et un fondement idéologique. Interrogée sur le rapport entre l’antifascisme et la lutte contre l’extrême droite au sein du PDS, C. Ostrowski tente d’en décrire l’importance et la teneur :
« Quand je regarde les simples militants, qui pour la plupart ont vécu la guerre et ont majoritairement été des victimes, […] ils étaient membres du parti communiste ou ils y avaient en tout cas leurs racines […], peu importe ce qu’en fin de compte ils entendent par là, mais ils sont parfois tellement antifascistes, qu’ils auraient même tendance à frapper directement leur adversaire. Mais ils sont sincères. […] Ils sont très profondément persuadés que le fascisme est la chose la plus horrible qui soit. […] Mais, je vous le dis comme ça, dans mon travail pratique de tous les jours, […] la vie réelle, ce n’est pas, pas plus au PDS qu’ailleurs, que l’ensemble du parti travaille tous les jours comme un fou sur l’antifascisme, en parle ou quelque chose comme ça. En fait, ça ne joue aucun rôle. C’est en quelque sorte présent en tant que conviction intérieure et ça ressurgit très fortement lorsqu’il y a un événement, n’importe lequel. À ce moment, il est mis en scène rapidement et de manière artificielle. […] Il est clair que, si on cherchait vraiment à analyser ceci, si on était prêt, aussi en tant qu’homme politique, à analyser le PDS, alors on remarquerait exactement ce que je vais vous dire : c’est bien l’une des convictions profondes, mais elle n’est pas plus importante qu’une autre, […] elle n’occupe pas de place particulière mais elle est quand même très fortement ancrée, je dirais, mais il n’existe aucune raison d’en exagérer l’importance, comme si le PDS était le seul parti qui serait antifasciste. […] Je pense qu’une telle conception antifasciste fondamentale existe bien chez la plupart des gens, qu’elle est là. » [55]
Cet extrait met en lumière le rôle de ciment idéologique et identitaire joué par l’antifascisme.
Cette étude de cas permet de dégager l’hypothèse que, malgré l’héritage de la tradition antifasciste, l’engagement contre l’extrême droite au sein du PDS est une réponse davantage pragmatique qu’idéologique à une situation donnée. Nous pensons qu’il est en effet lié à des fonctions locales de représentation et de gestion. La perte d’idéologie de la politique communale affecte ainsi également un domaine aussi éthiquement connoté que celui de l’engagement contre l’extrême droite. Là encore, l’antifascisme est révélateur du fossé existant entre les autorités fédérales du PDS et ses élus et représentants locaux. C. Ostrowski évoque en ces termes cet antifascisme d’en haut :
« Et là, en haut, dans les discours au Bundestag, quand on n’a aucune responsabilité, le discours peut bien être bon ou mauvais, mais en fin de compte, il n’a aucune conséquence sur le monde entier ; c’est exactement la même chose au Comité directeur, c’est vraiment comme ça parce qu’ils ne se trouvent jamais vraiment en contact avec des gens d’extrême droite mais ils en parlent beaucoup. Mais ils ne les pratiquent pas du tout. Et les rares fois où ils les rencontrent, ce sont dans des situations exceptionnelles : le NPD annonce une manifestation à la porte de Brandebourg et tous ceux d’extrême droite y vont des quatre coins de la République fédérale, et les autres font une contre-manifestation, et c’est à cela que se limite la pratique. Mais rencontrer vraiment des jeunes d’extrême droite dans la vie réelle, se rendre compte que ce sont aussi des êtres humains, ça… »
C. Ostrowski justifie la nécessité de débattre publiquement du problème en évoquant le principe régissant la scène d’extrême droite, le « Führerprinzip ». Pour être digne d’être écouté par les partisans de l’extrême droite, il faut parvenir à ébranler la confiance qu’ils ont en leur chef. « Celui qui possède les meilleurs arguments n’a aucune crainte à avoir d’une confrontation ». Le très brillant orateur G. Gysi n’est-il d’ailleurs pas le seul à s’être opposé à un dirigeant d’un parti d’extrême droite au cours d’un débat télévisé ?
À travers un antifascisme démonstratif, qui masque l’absence de concept développé par le PDS face à l’extrême droite, le parti s’offre une couverture respectable et démocratique en rejetant le reproche d’extrémisme sur un autre, revisitant ainsi la stratégie de retournement des stigmates. Là non plus, il ne s’agit pas d’un phénomène allemand ou Est-allemand. De nombreuses démonstrations de rejet du phénomène de l’extrême droite relèvent, en France comme ailleurs, de cette stratégie. L’extrême droite, organisée en parti politique, canalise l’expression d’une violence et d’un racisme latents. On peut toutefois se demander si elle ne génère pas, en partie, ces attitudes en leur offrant un espace d’expression publique. C’est là l’une des principales différences entre les voisins rhénans : l’ensemble des partis politiques actifs absorbe, en Allemagne, une partie d’un électorat d’extrême droite potentiel, alors que l’assise du Front national permet à la fois une manifestation claire et un isolement de cet électorat. Est-ce un hasard si l’extrême droite apparaît sous sa forme post-industrielle
[56], donc démarquée du national-socialisme, à l’époque où se développe une conception libérale du parti politique appréhendé à travers la notion d’entreprise politique soumise à la loi de l’offre et de la demande ?
C. Ostrowski, en bafouant ouvertement les règles comportementales fixées par le parti, porte préjudice à l’identité partisane. Dénoncer « l’antifascisme bureaucratique »
[57] suffit à se marginaliser. C. Ostrowski souhaite mettre en pratique cette valeur antifasciste consensuelle alors que celle-ci, en tant que concept, ne saurait être applicable à la politique ou à la gestion d’une commune
[58]. C. Ostrowski n’a toutefois pas les outils nécessaires pour exercer son pendant pratique, la lutte contre l’extrême droite, et échoue, certainement du fait que la conviction antifasciste n’exclut ni le racisme ni un mode de pensée autoritaire. C. Ostrowski se révèle ainsi l’incarnation de l’incapacité du PDS à développer un concept viable de lutte contre l’extrême droite, voire à transformer le bouclier antifasciste en action politique. À l’image des contradictions qui tiraillent le parti, l’attitude de C. Ostroswki est signe de l’intelligence de sa direction, qui assure la survie d’un parti donné pour mort depuis sa création. On peut alors se demander si la démission de C. Ostrowski de ses responsabilités dirigeantes est bien la preuve de l’incapacité du PDS à se réformer, voire de l’immobilisme de son appareil. Philippe Garraud
[59] souligne l’aspect créateur du local, qui, « loin d’être une
“pâte molle” pétrie passivement par le centre, […] est aussi souvent un lieu d’émergence de nouvelles pratiques ». Le président de la fédération saxonne du PDS, Peter Porsch
[60], pense qu’il est nécessaire d’expérimenter, d’abord à l’échelle communale, de nouveaux modèles politiques ou de nouveaux modes de gestion. L’échec d’une volonté d’uniformisation des pratiques partisanes à l’échelle locale n’est-elle pas plutôt la marque du caractère inattaquable de l’autonomie des instances locales ?
C. Ostrowski a sans doute raison lorsqu’elle confie que, s’il est interdit au PDS de prendre part à un débat public en présence d’un responsable d’extrême droite, c’est parce que ce dernier pourrait mieux séduire que son concurrent néo-socialiste, mais aussi parce que les électeurs pourraient prendre conscience des similitudes existant entre les deux partis et entrevoir alors la possibilité de lui préférer l’extrême droite.
La xénophobie, normalité Est-allemande ?
« On avait organisé une manifestation à Dresde, […] le PDS. On avait fait une annonce, ensuite il y avait un rassemblement, il y avait des musiciens et tout. C’était en 1992 ou 1993, je ne sais plus bien, et dans cette manif, un groupe est arrivé, ils étaient 60 ou 70, des gars d’extrême droite, […] vraiment comme ça, avec le crâne rasé, des bottes d’assaut et tout. Ils […] arrivaient tous ensemble en formant un rang, c’était comme dans un film, ils arrivaient vraiment menaçants, ils marchaient clairement dans notre direction. On voyait bien qu’ils voulaient nous faire peur, ils voulaient nous provoquer et nous, on était là, complètement inoffensifs, on venait juste de finir notre manif. Gysi venait de faire un discours et était une fois de plus déjà reparti. Je me suis demandée : “Qu’est-ce que tu fais maintenant ?”, et ils descendaient en nous provoquant. Ils arrivèrent à notre stand, commencèrent par arracher le drapeau PDS. Je me suis dit : “Mon Dieu !”, et je me suis rendue compte que le public qui était avec nous, il y avait environ 200 personnes, était en train de se disperser ou mangeait une saucisse, comme d’habitude, quoi, tous avaient peur. Ils commençaient à s’enfuir. Et ils se sont dirigés vers moi. Et là, il y a eu des gens courageux de chez nous qui ont dit : “Dégagez !” et je me demandais : “Qu’est-ce que tu vas faire ?” Et là, un groupe, de 3 ou 4, arrive vers moi et mes gars cherchent à me protéger et je leur dis : “Laissez-moi tranquille, ne faîtes pas ça”, je ne savais pas quoi faire. Et l’un d’entre eux commence à me chahuter. Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai rassemblé mon courage et dit : “Eh, t’aurais pas une cigarette ?” [rires francs]. Il n’en revenait pas, il s’était pas du tout attendu à ça, et je lui ai dit : “Viens, on va s’en fumer une”. Il s’attendait soit à ce que je lui fasse la morale, soit à ce que les hommes autour de moi me protègent. Ils voulaient me protéger, protéger leur vice-présidente, comme il se doit. Enfin. Alors j’ai fumé une cigarette avec lui et je lui ai dit : “Allez les gars, arrêtez avec cette merde, vous allez vous attirer des ennuis, c’est tout ce que vous allez gagner, tirez-vous, allez”. Ça aurait pu très mal finir. Mais on s’est allumé une cigarette et il est parti. J’ai réagi instinctivement. Je ne sais pas comment j’aurai réagi s’ils m’avaient agressée. J’aurais eu peur aussi, je reconnais, ils arrivent, comme ça, à 20 ! Bien sûr que j’aurais eu peur, c’est logique. J’aurais peur aussi si 20 Turcs étaient arrivés, je vous le dis franchement, j’aurais eu peur, oui. Je ne saurais pas dire desquels j’aurais le plus peur. Je pense quand même de ceux d’extrême droite. Oui. Si. » [61]
Cette anecdote est emblématique de l’attitude de C. Ostrowski face aux adeptes de la scène d’extrême droite et, en marge, du PDS. Le réflexe de survie est aussi frappant que le fait qu’il soit relayé par une association d’idées stigmatisant une minorité turque rattachée sans vergogne et de manière exclusive à un danger. Dès lors, il apparaît que C. Ostrowski perçoit l’extrême droite comme un danger physique et immédiat, et non comme un risque pour l’ensemble de la société.
Il semble nécessaire d’interroger ici le bien-fondé de la démarche de C. Ostrowski à l’aune de l’efficacité dont pourrait faire preuve sa conception de l’attitude à adopter pour contrer l’extrême droite. Nous commencerons par mettre en lumière l’éventuelle spécificité de la conception de l’extrémisme de C. Ostrowski.
L’«
Extremismusforschung », la science de l’extrémisme, étant une branche entière de la science politique allemande, nous ne souhaitons pas livrer ici une énième définition de l’extrême droite. Nous nous contenterons donc d’adopter une définition synthétique du phénomène sur la base de théories existantes
[62]. La conception allemande insiste, en premier lieu, sur l’aspect antidémocratique de l’extrémisme et sur ce qui différencie les deux formes que celui-ci peut prendre. L’extrémisme est d’abord, selon Armin Pfahl-Traughber
[63], « un terme fourre-tout pour diverses tentatives anti-démocratiques » qui peuvent prendre des formes différentes mais ont en commun le refus de l’État démocratique constitutionnel. Quatre éléments idéologiques constituent la base commune aux différentes formes d’extrême droite : une conscience excessive de son appartenance ethnique, une idéologie inégalitaire (les deux aspects incluant nationalisme et racisme), ainsi que le couple antipluralisme/autoritarisme. Le fait qu’elle ne partage, avec l’extrême gauche, que ces deux derniers principes structurels suffit à illustrer la différence de nature entre les deux formes d’extrémisme. Ajoutons à cela que l’extrême droite fait partie, selon Richard Stöss, de la culture politique allemande
[64]. Une distinction d’ordre qualitatif est, en outre, à opérer entre les partis politiques d’extrême droite et les organisations néonazies, notamment dans la manière dont ces dernières se font les relais d’une nostalgie nationale-socialiste.
Depuis la flambée d’actes xénophobes meurtriers (1991-1992), les sciences sociales allemandes s’interrogent sur les causes de ce qu’elles considèrent comme une résurgence du phénomène d’extrême droite. Un consensus est reconnu, dans les milieux scientifiques, sur le double facteur causal hérité de la RDA (penchant de la population pour l’autoritarisme et l’ethnocentrisme) et sur celui que constitue la phase d’adaptation à la nouvelle donne socio-politico-économique née de la réunification
[65]. Il faudrait pourtant, à notre sens, s’intéresser, non à l’aspect quantitatif, mais bien à l’aspect qualitatif du problème, puisque nous observons une extrême droite d’un autre type dans les nouveaux
Länder, qui se distingue de la forme que prend l’extrême droite dans les démocraties européennes par la défense des acquis et des biographies de la RDA.
Ainsi, l’acte de C. Ostrowski relève d’une approche individuelle, différente de celle de son parti, de banalisation de l’extrême droite. D’une part, elle accepte les extrémistes de droite comme des adversaires politiques comme les autres, d’autre part, elle réduit le danger que représente la frange néonazie de l’extrême droite à une menace démagogue, déjà évoquée ci-dessus. En outre, elle considère la lutte contre l’extrême droite comme un processus à long terme et reproche à son parti (et aux autres) de se contenter de tenter de créer une prise de conscience citoyenne de dernière minute par l’organisation d’une manifestation
[66]. C. Ostrowski est
a fortiori d’avis que les actions mobilisatrices organisées en réaction à une menace directe émanant de l’extrême droite sont contre-productives. Ceci est lié, d’une part, à un mépris flagrant pour le « tourisme des manifestations »
[67], d’autre part, à la crainte que provoque la présence de groupes d’extrême gauche, en premier lieu les Antifas
[68], chez une partie de la population. Sa réponse se veut à la fois politique, quasi-gestionnaire et
intra personnelle. Chercher le contact avec ces jeunes
[69], dont le problème est, selon elle, de « manquer d’amour »
[70], correspond parfaitement au style politique de C. Ostrowski, qui nie à l’aspect argumentatif tout effet thérapeutique.
De plus, en considérant l’extrême droite comme un adversaire politique comme un autre, C. Ostrowski déroge aux pratiques partisanes. Son attitude n’est pourtant pas contre-productive pour son parti, puisqu’elle est gagnante au plan politique, soit en termes de calcul électoraliste, soit en termes d’accroissement des ressources
[71].
La tenue de propos xénophobes de la part de personnalités publiques, qui plus est de dirigeants politiques, constitue le terreau sur lequel l’extrême droite se développe et peut faire une entrée en politique. Nous avons pu observer en France que l’implantation du Front national au sein du paysage politique est allé de pair avec l’insistance d’un discours public défavorable à l’immigration. Le problème que pose l’extrême droite en Allemagne, et notamment en ex-RDA, relève bien plus d’un racisme structurel que de l’influence qu’exercent les partis politiques sur le pays.
« J’ai dit cela au cours d’une interview, que pour ainsi dire, les objectifs sociaux étaient quasi-identiques jusque dans la formulation […] et ils l’ont mis sous presse. Ah, qu’est-ce que j’avais pas dit là ! C’était pourtant un fait ! Et, enfin, je n’efface pas ce fait juste en le taisant, c’est comme ça. Et j’étais bien obligée de dire : “Mes chers, c’est précisément cela qui est dangereux”.
Et les difficultés sont liées au fait qu’ils arrivent à de toutes autres conclusions, ceux d’extrême droite, ils disent : alors, si ce sont nos objectifs, nous devons, par exemple, renvoyer tous les étrangers, ou autre, combattre l’impérialisme américain, ce genre de choses. Et nous, nous arrivons à d’autres conclusions. C’est prévu, mais cela ne figure pas dans le programme électoral. Alors, le citoyen moyen reçoit un tract de NO et y trouve trois objectifs : “Nos ouvriers du bâtiment doivent avoir du travail à nouveau et nous souhaitons que les salaires soient indexés sur ceux de l’Ouest, etc.” Et le lendemain, il reçoit un tract du PDS et trouve la même chose dedans. Le citoyen s’en rend compte. Bien entendu que je sais que le point de départ et les conclusions sont différents, mais je dois penser à la manière dont cela est intégré par les gens qui se disent seulement : “OK, je suis dans le bâtiment et je suis au chômage depuis un moment. Pourquoi ? Parce qu’ils embauchent tous des étrangers illégaux à un salaire de chien. Les étrangers sont exploités pour 5 DM de l’heure, Polonais, Tchèques, etc. L’Allemand est au chômage”. Je ne peux pas en vouloir à l’ouvrier qui exprime d’abord sa colère à l’égard de ce – disons – travailleur polonais qui lui a volé, selon lui, son emploi. Bien sûr, qu’il est innocent, le travailleur polonais, il est même très exploité, on le sait tout ça. Mais l’Allemand non plus, n’est pas coupable, parce que lui aussi a une famille à nourrir. Alors, qui est coupable ? Bien sûr, en dernier lieu, ce sont les grands entrepreneurs, mais aussi la politique, qui, jusqu’à aujourd’hui, même avec le gouvernement rouge-vert, n’a pas résolu ce problème par des lois. On n’a pas de salaire minimum à l’échelle européenne, ça résoudrait immédiatement le problème. Mais on ne l’a pas. » [72]
Si l’argumentation, développée ici, est applicable à n’importe quel parti s’intéressant aux nouveaux Länder, le caractère populiste de la formule est évident. La vox populi partisane n’a porté que peu d’attention au strict refus de C. Ostrowski d’adapter la programmatique du PDS à la demande d’extrême droite.
À l’issue d’une étude réalisée dans l’arrondissement Est-berlinois de Hohenschönhausen
[73], les chercheurs du Centre pour la culture démocratique (
Zentrum für demokratische Kultur), financé par des fonds publics, parviennent à des conclusions intéressantes. La scène d’extrême droite à propension violente tend, depuis la deuxième moitié des années 1990, à jouer un rôle de socialisation dans le contexte communal ; l’extrême droite y est qualifiée de « style de vie », de « mode » ou même de « normalité » : les auteurs s’interrogent sur l’accès à l’hégémonie de cette sous-culture, ils notent, soulignant l’importance des idées nationalistes et racistes chez les parents et leur très forte influence sur les enfants, que l’extrême droite n’est pas un problème de jeunes et évoquent, par conséquent, un racisme sociétal quasi-institutionnalisé. Enfin, ils dénoncent ce que nous appellerons le paradoxe de la violence raciste : les jeunes d’extrême droite adoptent une mise en scène de soi non-violente qui n’est pas incompatible avec l’exercice de violences xénophobes puisque, considérant les étrangers comme non-légitimes, ils estiment légitime la violence exercée à leur égard et peuvent ainsi, sans contradiction apparente, se considérer comme non-violents.
Rôle du politique : former, informer, se conformer ?
À travers l’attitude de C. Ostrowski et de la population Est-allemande face à la xénophobie, se pose la question de la représentation politique. Dans quelle mesure un parti politique forme-t-il les masses ou aspire-t-il, jouant un rôle d’éponge, un potentiel préexistant ? Quelle est ici la part d’échange entre un parti politique et la population qu’il représente ou souhaite représenter ?
[74]
La démarche de C. Ostrowski n’a, à aucun moment, été véritablement réfléchie et ne relève d’aucune volonté délibérée de créer un électrochoc pour faire prendre conscience à son parti de la nécessité d’élaborer une stratégie d’action pour contrer l’extrême droite. Le principal atout de C. Ostrowski est, sans aucun doute, sa proximité avec les citoyens. C’est pourtant lorsque cette proximité, sans doute par dessein électoraliste, devient mimétique que les ennuis surviennent : C. Ostrowski se retrouve prise en étau entre sa clientèle et les contraintes partisanes
[75]. Il semblerait qu’elle ait choisi son camp, ce qui ajoute des difficultés au rapport qu’elle entretient avec son parti, déjà rendu difficile par son style politique. La forte personnalisation de l’activité politique locale
[76], qui joue à domicile fortement en sa faveur, est un obstacle dès qu’elle quitte son champ d’influence. Il se dégage de ses propos la conviction que l’Est-Allemand moyen, assimilé au militant de base par C. Ostrowski, est xénophobe. La position de C. Ostrowski vis-à-vis de la xénophobie est ambiguë : d’une part, elle paraît persuadée de l’égalité des hommes entre eux ; d’autre part pourtant, elle ne semble pas à l’abri d’une sorte de xénophobie populiste ou électoraliste non aboutie. Interrogée sur la possible présence, à la base, de personnes susceptibles de succomber à la propagande d’extrême droite, elle évoque d’elle-même – et de manière exclusive – la question du racisme
[77].
« C’est des bêtises tout ça. La base est une partie de la population de la République fédérale allemande. Et elle n’agit ou ne parle pas différemment des gens normaux. Tu as le camarade Müller, un militant PDS tout ce qu’il y a de plus normal, c’est un type tout à fait à gauche, mais à côté de chez lui, il y a un foyer de demandeurs d’asile où sont parqués des groupes de populations diverses et ils font du bruit, il en a marre. Voilà. Je sais qu’Angela Merkel [78] aime à le répéter : “Il existe une étude qui dit qu’une personne sur trois au PDS a quelque chose contre les étrangers”. Je considère que c’est n’importe quoi, je ne l’ai jamais observé, mais j’ai remarqué qu’ils se comportaient tout à fait normalement, comme se comporte la majorité des gens en République fédérale. La majorité des gens n’est pas raciste. Dans les groupes du PDS, il y a de tout. […] Enfin, je veux dire, ce sont des gens tout ce qu’il y a de plus normal. »
La manière dont elle associe immédiatement et exclusivement la question du racisme à celle de l’extrême droite est certainement révélatrice d’un habitus, celui de se justifier sur la question. En revanche, et c’est chose rare, il n’y pas ici de discours déculpabilisant reconnaissant le lourd héritage du passé communiste. L’idéologie internationaliste de la RDA s’avérait un atout efficace pour combler le déficit de main-d’œuvre rencontré par l’« élève modèle » de Moscou, mais se conjuguait à une volonté de préservation de l’homogénéité ethnique du pays
[79]. Tenues d’accueillir et de former une main-d’œuvre issue de pays « amis », les autorités avaient mis en place une politique qui réduisait les possibilités d’échanges avec la population locale et les opportunités d’intégration des travailleurs « accueillis » au strict minimum
[80]. En somme, la non connaissance de la population étrangère est née de l’absence de fréquentation et constitue une lacune importante dans la culture démocratique des Allemands de l’Est. C. Ostrowski ignore cet aspect des choses et n’évoque pas la nécessité d’éduquer les citoyens Est-allemands à la vie en collectivité multiculturelle. À aucun moment au cours d’un entretien de quatre-vingt-dix minutes, C. Ostrowski n’a prononcé le mot « démocratie » ou l’adjectif « démocratique », à l’exception de l’emploi unique de l’expression « social-démocratie ». Elle représente en cela une exception au sein de l’ensemble des interlocuteurs interrogés sur cette problématique
[81], qui mettent en relation la lutte contre l’extrême droite et contre le racisme avec un apprentissage et un accroissement des pratiques démocratiques. Cet aspect nous semble révélateur des différents paramètres qui ont rendu l’affaire possible. Nous en déduisons que la tradition antifasciste et humaniste joue davantage de rôle, dans ce contexte, que le besoin d’éradiquer le caractère antidémocratique inhérent à l’extrême droite, ce qui, sur ce point, ne distingue en rien cette élue de ses collègues du PDS.
**
Il ressort de cette étude que l’articulation entre l’échelon local et national, fédéral dans notre cas, relève également d’un processus de codification des échanges. La mise en œuvre d’une idée politique au niveau local nécessite sa traduction. L’initiative individuelle d’un
leader local risque, pour cette raison, non seulement de ne pas être approuvée par les instances fédérales du parti, mais également de faire l’objet de logiques de marginalisation, ceci d’autant plus que les réseaux d’influence et d’obligations locales restent opaques à l’institution fédérale ou régionale. Le parachutage inversé d’une personnalité locale aux plus hautes fonctions partisanes nécessite également un formatage qui vise d’abord à sortir le transplanté de son cercle habituel d’influence et à l’initier à de nouvelles pratiques. Il est de surcroît possible de penser que le pragmatisme prime à l’échelle de gestion locale, puisque les tâches politiques de représentation vouées à mettre en scène le parti sont reléguées au second plan derrière la prise de décisions administratives. Peut-on pour autant affirmer qu’à l’échelle locale, l’attitude adoptée face à l’extrême droite ne relève pas de procédés d’instrumentalisation « d’enjeux découlant de la compétition partisane »
[82] ?
[83]
[1]
Il serait sans doute plus juste de parler de néo-socialistes, le terme de communiste réformé, souvent utilisé au sujet du PDS, nous semblant également mal retranscrire, au-delà des peurs que celui-ci continue à susciter, la réalité du Parti du socialisme démocratique en ce début du 21
e siècle.
[2]
La Saxe est l’un des seize États fédérés (
Bundesländer), l’un des cinq issus de l’ancien territoire de la RDA et l’un des trois États libres (avec la Bavière et la Thuringe) composant la fédération allemande (
Bund). Dresde est la capitale de ce
Land de 4,6 millions d’habitants, caractérisé par une tradition industrielle qui date d’avant la période socialiste. La Saxe a été, depuis son entrée dans la République fédérale et jusqu’en 2002, qui a vu la destitution de son « roi » Kurt Biedenkopf, un État conservateur.
[3]
Exemples de la répartition des sièges en Saxe en 1994 : CDU, 77 ; SPD, 22 ; PDS, 21 ; en 1999 : CDU, 76 ; SPD, 14 ; PDS, 30.
[4]
Dans un entretien accordé à
Vorwärts, avril 1999.
[5]
À l’échelle de la République fédérale, on trouve, en l’an 2000, 12 extrémistes de droite violents pour 100 000 habitants contre 29 en Saxe.
Skinheads de droite et autres extrémistes violents sont ainsi sur-représentés en Saxe où ils sont proportionnellement deux fois plus nombreux que sur l’ensemble des nouveaux
Länder (41 % des extrémistes de droite classés comme violents en Saxe contre 19 % pour l’État fédéral, selon les chiffres fournis par l’Office fédéral de protection de la Constitution).
[6]
Les principales sources utilisées sont une brochure explicative récapitulant les événements, rédigée par C. Ostrowski elle-même, et l’entretien qu’elle nous a accordé le 9 juillet 2001 à Berlin, qui, à eux deux, représentent une source riche, tant sur les faits eux-mêmes que sur la compréhension de sa démarche individuelle et politique. S’y ajoutent des extraits de l’entretien réalisé par Catherine Perron dans le cadre de son doctorat de science politique sur les élites politiques locales (Catherine Perron, « La transformation des élites politiques locales tchèques et Est-allemandes (1989-1998). Une comparaison de la construction démocratique dans deux sociétés postcommunistes », thèse de science politique, sous la direction de Jacques Rupnik, Institut d’études politiques de Paris, 2002). Ces données ont été complétées par une enquête de terrain à Dresde, essentiellement consacrée à la consultation des archives de la fédération saxonne du PDS, de la direction locale du parti, de l’observation d’une réunion de préparation d’une contre-manifestation au NPD, ainsi que de quelques entretiens réalisés, notamment, avec le successeur de C. Ostrowski au poste de dirigeant local du parti et une partie de sa fraction au Parlement régional de Saxe. Les informations fournies à ces différentes occasions ont été recoupées avec des coupures de presse, des documents internes du parti, tels les comptes-rendus de réunion et diverses déclarations publiques de dirigeants du PDS.
[7]
Rappelons à ce titre que la RDA se targuait d’avoir réussi à éradiquer le phénomène d’extrême droite par sa création même. Il était inconcevable, dans un État socialiste antifasciste allemand, qu’un tel phénomène puisse apparaître, celui-ci était donc considéré comme inexistant sur son territoire et certaines de ses apparitions appréhendées tout autrement que relevant d’une résurgence de l’extrême droite. Cette assertion étatique facilitait également la condamnation de l’autre Allemagne.
[8]
Jean et Monica Charlot le définissent, à l’instar des valeurs fondamentales, comme la limite non négociable que ne doivent dépasser ni les membres d’un parti, sous peine d’exclusion, ni l’organisation elle-même (« Les groupes politiques dans leur environnement », dans Madeleine Grawitz, Jean Leca (dir.),
Traité de science politique, Paris, PUF, tome 3, 1985, p. 429-496, p. 473).
[9]
Jacques Lagroye,
Sociologie politique, Paris, Presses de Sciences Po, 1993, p. 279.
[10]
Cf. à ce sujet Michel Offerlé,
Les partis politiques, Paris, PUF, 1987, p. 122.
[11]
C. Ostrowski fait allusion à cet héritage de la RDA et de la formation du SED que représente l’apprentissage d’un mode de pensée dichotomique. Pour les pays vouant allégeance à l’Union soviétique, le monde se divisait de manière manichéenne en amis et ennemis. Ce clivage trouvait un écho, qui s’avéra d’ailleurs fatal aux régimes, au sein d’une société divisée entre « Eux » et « Nous », entre dirigeants et peuple. Dans une brochure rédigée par elle-même, où elle raconte cette expérience dans une évidente tentative d’auto-réhabilitation, l’utilisation de la narration à la troisième personne apparaît comme une tentative délibérée de donner aux faits rapportés un cachet d’objectivation (Christine Ostrowski,
Der « Fall Ostrowski », Dresde, Projekt Piccolo, p. 2).
[12]
Ainsi qu’elle le déclare à cette époque au journal
Junge Welt, 1993.
[13]
L’association, bien qu’indépendante, est considérée comme le petit frère du PDS à Dresde (
dixit un membre PDS du conseil communal de Dresde).
[14]
Brochure, p. 3.
[15]
Les différents moyens utilisés afin de tenter de retrouver C. Mayer pour l’interroger sur cet événement, se sont révélés infructueux.
[16]
Il est difficile, dans le cas du PDS, de parler de fédéral, d’autant que la perspective adoptée ici est de considérer le PDS comme un part