Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629604
148 pages

p. 941 à 962
doi: en cours

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Vol. 53 2003/6

2003 Revue française de science politique Articles

Actions gouvernementales, popularité et polarisation politique : une étude comparée

Raùl Berton Raúl Magni Berton est docteur en sociologie politique. Il a notamment publié (avec Diego Rios) La misère des intellectuels, Paris, L’Harmattan, 2003. Spécialiste de l’analyse économique de la politique, ses travaux portent sur la formation des opinions politiques et de l’opinion publique et l’effet de celle-ci sur l’activité des groupes de pression et des gouvernements (11-13, rue des filles du Calvaire, 75003, Paris <remb@noos.fr>).
L’étude du poids des idéologies en politique et des différences entre les partis politiques lorsqu’ils gouvernent a été entreprise depuis bien longtemps par des disciplines telles que l’économie et la science politique. Cependant, ces disciplines ont peu communiqué et les résultats obtenus dans l’une ont été négligés par l’autre. Dans cet article, nous nous sommes proposé de présenter un modèle politico-économique – développé initialement par Bruno Frey – pertinent quant à l’étude des idéologies en politique et d’en développer des conséquences qui vont au-delà du cadre économique. En particulier, nous montrerons que plus les opinions politiques des citoyens sont divergentes, plus les politiques des gouvernements sont convergentes. Les pays étudiés en particulier sont l’Allemagne, le Danemark et la France. The study of ideologies’ pound in politics and of differences between political parties when they stay in government has been developed since a long time in economical and political sciences. Nevertheless, this disciplines have worked separately and the results given by one have been neglected by the other. In this paper, we propose a politico-economical model – developed initially by Bruno Frey – who is relevant for the study of ideology in politics and we will develop a non economical consequence. Particularly, we will show that more citizen’s political opinions are divergent and more government’s policies are convergent. The countries studied are especially Germany, Denmark and France.
Un des problèmes les plus discutés dans les démocraties actuelles est celui qui concerne la tendance des différents gouvernements se succédant au pouvoir à se ressembler, quelle que soit leur orientation politique affichée [1]. L’abstention, en progression dans toutes les démocraties occidentales, est souvent imputée à la croyance diffuse parmi les citoyens que les partis politiques se valent et qu’il n’existe pas de véritables différences entre eux. D’autre part, le thème de la « crise des idéologies », présent depuis une vingtaine d’années, met en cause l’idée que la politique soit encore au service des idées [2]. Une vision plus cynique de la politique s’est développée parmi les citoyens, ce que confirme, dans les pays occidentaux, la baisse généralisée de la confiance accordée aux acteurs politiques [3]. Ces derniers ne seraient motivés que par leurs intérêts propres et ils seraient le reflet d’une société qui a perdu ses repères idéologiques.
Ces interrogations ont été regroupées, en science politique, sous le thème de l’« influence de l’idéologie dans les politiques publiques ». Depuis une trentaine d’années, de nombreux travaux empiriques ont essayé de déterminer si les gouvernements des pays démocratiques étaient réellement guidés, dans leur conduite, par des principes idéologiques. Dans le cas contraire, l’action des différents gouvernements serait assez similaire et dépendrait avant tout des circonstances [4].
Nous nous proposons, dans cet article, d’apporter quelques éléments de réponse à ces interrogations générales en nous servant des outils que la sociologie et l’économie politique nous offrent aujourd’hui. Cette réponse passe par l’étude de trois éléments fondamentaux : la polarisation politique, la popularité du gouvernement et les objectifs de ce dernier. Ces notions peuvent sembler, à première vue, ne pas avoir de rapport direct avec les questions de départ. Cependant, de l’articulation de nos trois éléments résulte une conséquence surprenante : on trouve bien un rapport entre la présence d’oppositions idéologiques dans un pays et le comportement des gouvernements, mais ce n’est pas celui auquel on s’attend. En effet, la présence d’oppositions idéologiques dans la population ne favorise pas l’expression des idéologies dans les politiques menées. Bien au contraire, plus il y aura de clivages idéologiques entre les citoyens, moins les idéologies seront représentées dans les politiques publiques.
Nous montrerons le bien-fondé théorique et empirique de cette assertion au cours de trois étapes, dont la troisième peut être inférée déductivement des deux premières :
  • Il y a une relation directe entre la popularité du gouvernement et l’expression des idéologies en politique ;
  • Il y a une relation inverse entre la polarisation politique au sein de la population d’un pays et la popularité que le gouvernement peut, en moyenne, espérer obtenir dans ce pays ;
  • Il y a une relation inverse entre la polarisation politique présente dans un pays et l’expression des idéologies dans l’action des différents gouvernements du pays.
 
Le modèle de Frey
 
 
La théorie proposée par Bruno Frey soutient qu’il existe une relation négative entre la popularité dont jouit un gouvernement et la probabilité que des « cycles politiques » apparaissent. Le terme de « cycle politique » a plusieurs significations, mais nous ne l’entendons ici que dans un sens très précis.
Le « cycle politique » ou « cycle politico-économique » est un processus initialement imaginé par Nordhaus [5]. Il est engendré par des politiques qui produisent des avantages à court terme, mais qui s’avèrent désavantageuses à moyen ou à long terme. Nous pouvons prendre pour exemple les politiques qui visent à diminuer le chômage en créant des emplois financés par le budget public. Les avantages en termes d’emplois sont généralement contrecarrés par des conséquences économiques défavorables telles que l’accroissement du déficit public et de l’inflation. Cependant, ces conséquences ne se manifesteront qu’après quelque temps.
D’après Nordhaus, ce type de mesures à court terme peut, néanmoins, être profitable au parti qui gouverne, si elles sont prises l’année qui précède l’élection. L’électorat n’aura, en effet, pas le temps d’en voir les conséquences néfastes, car celles-ci n’apparaîtront qu’après l’élection.
Afin de reproduire cette politique stratégique, les gouvernants auront tout intérêt, lorsqu’ils viennent d’être réélus, à mener des politiques de rigueur budgétaire afin de disposer des fonds nécessaires en fin de mandat pour recommencer une politique « électoraliste ». Le « cycle » appelé « politique » ou « politico-économique » apparaît.
Cette hypothèse a fait l’objet de nombreuses critiques, en particulier d’ordre empirique. Le modèle de Frey est une variante de l’hypothèse de Nordhaus, mais il est beaucoup plus solide du point de vue de ses prédictions empiriques et plus intéressant dans le cadre de cette étude.
Le modèle de Frey, rebaptisé « vote-cum-partisan » [6], soutient que les gouvernants ont tendance à recourir à des modifications de l’état de l’économie pour gagner les élections uniquement lorsqu’ils risquent de ne pas être réélus. Autrement dit, quand la probabilité pour un gouvernement d’être réélu est élevée, celui-ci ne produit pas de cycles politiques. Les hypothèses mobilisées sont décrites synthétiquement par Frey lui-même :
« Ce modèle de vote-cum-partisan postule que les acteurs politiques veulent poursuivre leurs buts idéologiques quand ils sont au pouvoir, mais il leur faut, cependant, des victoires électorales pour s’y maintenir. Les votes sont considérés comme une contrainte et l’idéologie est un argument dans leur fonction d’utilité […]. Quand le gouvernement est sûr de l’issue favorable de la prochaine élection, il ne produit aucun cycle politique. En revanche, ce cycle est engendré lorsque le gouvernement a besoin d’obtenir quelques voix supplémentaires. » [7]
L’indicateur pris en considération pour évaluer la probabilité qu’un gouvernement soit réélu est la popularité de celui-ci dans les sondages. La popularité peut être appréciée à travers des questions qui portent sur la confiance accordée au Premier ministre, la satisfaction éprouvée quant à son action ou l’image positive ou négative que l’on en a. Ces trois variantes sont toutes, au-delà d’une certaine marge, prédictives [8].
Quel est l’indicateur qui permet d’observer la production de ce type de « cycle politique » ? Plusieurs indicateurs ont été proposés, tels que, par exemple, l’accroissement des dépenses publiques. Si cet accroissement des dépenses n’est pas compensé par une augmentation des impôts, il ne dépend pas du parti qui gouverne. Pour notre analyse de la ressemblance entre les politiques menées par les différents partis au pouvoir, ces éléments sont fondamentaux : lorsque les partis au pouvoir sont incités à produire un cycle politique, ils sont, par-là même, incités à se comporter de façon semblable.
D’après Frey et ses collaborateurs, lorsqu’il y a production d’un cycle politique, la conduite du gouvernement reste plus ou moins la même, quel que soit le parti ou la coalition qui gouverne. Elle consiste à distribuer des avantages aux citoyens (moins de chômage, moins d’inflation, moins d’impôts) et ne laisse pas de place à une sélection cohérente de priorités. En revanche, lorsque le gouvernement n’encourt pas le risque de manquer sa réélection et qu’il poursuit ses objectifs idéologiques, les politiques mises en œuvre varient, en particulier selon que le parti ou la coalition au gouvernement est de droite ou de gauche.
En d’autres termes, lors de la production d’un cycle politique, les dépenses publiques s’accroissent régulièrement. Cette régularité ne peut apparaître si les politiques sont dictées par des projets à long terme : dans ce dernier cas, les partis de gauche privilégient généralement une augmentation du budget de l’État et les partis de droite tendent à diminuer le budget public.
La solidité empirique
Des tests empiriques du modèle vote-cum-partisan ont été effectués depuis vingt-cinq ans dans plusieurs démocraties occidentales. Plusieurs études ont porté sur les États-Unis [9] et le Royaume-Uni [10]. Les trois pays considérés dans cette étude ont également été étudiés avec des résultats favorables [11].
L’estimation du caractère partisan d’une politique a été construite, dans les études économiques, à partir de considérations sur les attitudes de la gauche et de la droite à l’égard des principaux indicateurs économiques. Ainsi, les gouvernements de droite ont tendance à privilégier des objectifs tels que la réduction de l’activité de l’État, la stabilité des prix, l’équilibre du commerce extérieur et l’équilibre budgétaire. Les gouvernements de gauche favorisent, en revanche, l’expansion du secteur public et la réduction du chômage. Ces objectifs ont un horizon temporel qui va au-delà des élections suivantes, par conséquent l’approche des élections ne devrait pas en modifier sensiblement le cours.
Bien sûr, cette conduite se maintient tant que la probabilité d’être réélu (estimée par la popularité du gouvernement) reste raisonnablement élevée. Lorsque sa popularité est basse, le gouvernement tente d’agir sur la situation économique afin de maximiser le nombre de citoyens satisfaits et, par suite, ses chances de rester au pouvoir. Cette action limitera l’horizon temporel à la prochaine élection et permettra d’obtenir, pour autant que cela soit possible, un maximum de bons résultats à court terme, même si cela doit se faire au détriment du long terme. En somme, le gouvernement impopulaire produit le cycle politique décrit par Nordhaus.
D’un point de vue empirique, les citoyens réagissent favorablement à la réduction du chômage et des impôts, à la stabilité des prix et à l’accroissement des services publics. Ces variables sont interdépendantes et leur coexistence n’est pas en équilibre : pour accroître les dépenses publiques, il faut augmenter les impôts, sauf si l’on prend la décision d’augmenter indéfiniment la dette publique, ce qui est problématique à long terme. D’autre part, le pouvoir contractuel des employés dans un marché du travail saturé aurait pour effet d’augmenter les salaires, ce qui provoquerait une montée des prix.
Par conséquent, si, dans les politiques partisanes, qui sont supposées poursuivre, à terme, des objectifs politiques, il faut établir un ordre de priorités, les politiques à la recherche du consensus maximum pour la prochaine élection privilégient les échéances brèves et, ainsi, la stimulation de tous les cours économiques qui vont dans le sens de la satisfaction de la population. Ce type de politique « expansionniste » poursuit le même objectif, tant pour les partis de gauche que les partis de droite, lorsqu’elle est pratiquée par les gouvernements impopulaires, indépendamment des idéologies qu’ils défendent.
Il faut noter que la politique d’inspiration keynésienne, qui consiste à provoquer des déficits publics pour relancer la croissance, n’est évidemment pas menée uniquement dans des situations d’impopularité du gouvernement. On peut dire que l’impopularité incite les gouvernements à produire des politiques expansionnistes, mais que celles-ci n’apparaissent pas qu’en période d’impopularité. Ainsi, une politique de rigueur budgétaire est plus probable en situation de forte popularité du gouvernement. Il faut ajouter, néanmoins, que cela n’est vrai que toutes choses égales par ailleurs, en particulier, à contraintes égales. Dans les pays de l’Union européenne d’aujourd’hui, par exemple, ce phénomène devrait être plus rare, car l’UE impose, à tous les pays membres, une politique de rigueur budgétaire, quelle que soit la popularité de ses gouvernements. Il se peut que la lenteur de certains pays à s’adapter aux critères fixés par l’UE soit due, entre autres choses, à l’impopularité de leurs gouvernants. Mais cette question est très complexe et sort du cadre de cette étude. Nous ne l’approfondirons donc pas davantage.
L’apport de Schulz
L’article de 1995 de Schulz [12] ne se présente pas vraiment dans la continuité des travaux de Frey. Certaines idées centrales en sont écartées, comme celle que l’utilité principale des acteurs politiques consiste à mettre en œuvre leurs idées partisanes. Autrement dit, le modèle de Schulz ne prend pas en compte les idéologies partisanes. En outre, il prend au sérieux l’hypothèse des attentes rationnelles des électeurs et fonde l’action des acteurs politiques sur la maximisation de l’utilité (l’utilité étant la permanence au pouvoir) et non, comme dans le modèle vote-cum-partisan, sur une rationalité limitée.
Du point de vue des électeurs, Schulz déduit de l’hypothèse des attentes rationnelles l’idée que les citoyens apprennent du passé et que, par conséquent, ils ne se laissent pas convaincre par un parti qui manipule régulièrement l’économie pour obtenir une situation économique avantageuse à la veille des élections. Autrement dit, les électeurs ne sont pas myopes. Pour le reste, il accorde un poids important au jugement rétrospectif des électeurs lors de leur vote, qui, d’ailleurs, est, du point de vue empirique, solidement constaté [13].
Les plus grandes nouveautés résident dans les hypothèses émises sur les acteurs politiques. Schulz entreprend de fournir une « analyse complète du calcul de décision du gouvernement » [14]. Le gouvernement maximise son utilité et son utilité consiste dans le fait d’être réélu. Il sait que la manipulation de l’économie permet à brève échéance de gagner des voix, mais qu’elle entraîne aussi des coûts en termes de réputation et des coûts liés à l’obligation, en cas de réélection, de gouverner dans une situation économique difficile. Puisque les électeurs ne sont pas myopes, le risque, pour un gouvernement, d’acquérir une réputation de manipulateur et d’opportuniste augmente avec la fréquence des manipulations. En outre, la difficulté de manipuler les variables économiques entraîne aussi une forte incertitude quant aux conséquences de la production d’un cycle politique et à la possibilité de ramener tout dans l’ordre. Ces facteurs diminuent fortement les incitations à agir de façon opportuniste.
Schulz retient ainsi des modèles classiques l’idée que, si la manipulation des variables économiques présente des avantages électoraux évidents, elle implique également certains coûts. Bien sûr, le gouvernement ne manipulera l’économie que lorsque les bénéfices qu’il en retirera seront supérieurs ou au moins égaux à ces coûts. Autrement dit, les politiques économiques opportunistes diffèrent d’une élection à l’autre précisément parce que les incitations du gouvernement diffèrent d’une élection à l’autre.
En particulier, lorsque la réélection semble assurée ou très probable, les bénéfices marginaux d’une manipulation des variables économiques décroissent et ses coûts augmentent. Rappelons, en effet, que la distance qui sépare les 49 % des 51 % des voix est énorme dans les démocraties fondées sur la majorité simple, alors que celle qui sépare les 51 % des 70 % des voix est négligeable [15]. Par conséquent, les incitations à mener une politique opportuniste varient en fonction du résultat attendu des prochaines élections, car l’avantage que présente le fait de gagner des voix lorsqu’on s’attend à recevoir 48 % des suffrages est largement supérieur à celui que l’on obtiendra si l’on pense déjà obtenir 52 % des suffrages.
L’hypothèse testable de Schulz est que « le degré dans lequel le gouvernement manipule l’économie avant une élection sera négativement corrélé à son avantage dans les sondages à cet instant » [16].
Nous reconnaissons ici l’hypothèse fondamentale du modèle vote-cum-partisan. Cependant, les deux hypothèses divergent sur trois points :
  • dans le modèle de Schulz, une politique opportuniste ne peut être observée qu’à la fin du mandat (dernier quart) et non sur toute la longueur du mandat électoral ;
  • le modèle de Schulz n’est pas partisan. Dans le modèle vote-cum-partisan, le but des gouvernants consiste à mettre en œuvre leurs idées politiques, la réélection n’étant qu’un moyen en vue de cette fin. Dans le modèle de Schulz, ce que visent les acteurs politiques, c’est le pouvoir. Mais Schulz ne dit rien ici de la politique menée en situation de « sûreté électorale », sinon que le gouvernement devra, à long terme, faire face à certaines préoccupations. La possibilité qu’il y ait place pour une politique partisane n’est pas exclue. Par conséquent, cette différence, à première vue cruciale, ne révèle aucune incompatibilité empirique.
– Les électeurs de Frey sont myopes, non ceux de Schulz. Ici encore cependant, cette différence théorique n’entraîne pas de conséquences empiriques macro-politiques incompatibles, puisque, dans les deux cas, l’opportunisme du gouvernement n’est pas constant ni aisément prévisible.
Les résultats empiriques du modèle de Schulz portent sur le Royaume-Uni et paraissent très satisfaisants. Les politiques gouvernementales prises en considération sont les transferts de paiement du gouvernement. La popularité est mesurée par la différence entre la popularité du parti qui gouverne et celle de l’opposition. D’autres études ont été menées avec des résultats favorables aux États-Unis : aux approches des élections, les gouvernements impopulaires tendent à accroître la masse monétaire [17]. De même, plus un gouvernement est impopulaire avant les élections, plus on observe une montée de l’inflation après l’élection [18]. Enfin, il existe également des résultats favorables, au niveau local, pour les politiques fiscales en Australie [19] et pour les dépenses publiques au Portugal [20].
Si ces résultats confirment l’hypothèse générale du modèle vote-cum-partisan, il manque, cependant, quelques tests qui puissent permettre d’établir s’il est vrai que la popularité n’a d’effet sur la politique du gouvernement qu’en fin de mandat ou bien qu’elle a une importance, quoique peut-être moindre, au cours de l’ensemble de la législature. D’autre part, des études ultérieures montrent qu’on ne peut faire l’impasse sur les effets des politiques partisanes sur les politiques publiques [21].
La version du modèle vote-cum-partisan proposée par Schultz ne semble donc pas être, du point de vue empirique, sensiblement meilleure que la version plus classique. Cependant, elle permet de répondre à quelques objections théoriques : Schultz offre une modélisation plus complète des préférences des acteurs politiques, en limitant, en particulier au dernier quart du mandat, les politiques opportunistes. En outre, il élimine, du moins en partie, l’hypothèse de la myopie des électeurs, qui avait été fortement critiquée. Le modèle est, de plus, ouvert à la possibilité d’effets partisans sur les politiques.
 
La polarisation politique
 
 
L’analyse qui va suivre prend pour point de départ le modèle présenté dans la section précédente et en développe certaines conséquences. Nous montrerons maintenant comment la polarisation politique a des effets sur la popularité que les électeurs accordent aux partis qui les gouvernent. En particulier, la popularité moyenne des principaux partis se révèle plus faible dans les pays davantage polarisés.
La polarisation politique désigne de manière générale une situation dans laquelle les opinions politiques de certains individus sont très éloignées de celles d’autres individus. On peut penser, par exemple, qu’une société dans laquelle il y a beaucoup de monarchistes et de républicains est très polarisée. C’est donc un phénomène qui concerne la culture politique d’un pays. Cependant, contrairement à de nombreux traits culturels, la polarisation politique est un fait structurel : elle ne porte pas sur le contenu des croyances présentes dans une société, mais sur les relations entre ces différentes croyances. Il ne suffit pas qu’il y ait beaucoup de gens d’extrême droite dans un pays pour que celui-ci soit très polarisé : encore faut-il qu’il y ait beaucoup d’opposants à gauche. Si un pays ne compte que des individus de droite ou d’extrême droite, la polarisation peut être faible. En Irlande, par exemple, il y a une faible polarisation bien qu’on y rencontre le nombre le plus élevé de sympathisants d’extrême droite : cela est dû au fait qu’il existe un très fort consensus autour d’idées considérées comme étant de droite.
En outre, nous parlons de « polarisation politique » lorsque les individus perçoivent les idéologies présentes dans leur pays comme très opposées, indépendamment de leur incompatibilité réelle. Nous montrerons, par exemple, que la distance perçue par les citoyens entre un mouvement social-démocrate et un mouvement démocrate-chrétien est plus grande au Danemark qu’en Allemagne. Ce qui nous intéresse, c’est donc la polarisation perçue au sens où les individus dans un pays donné perçoivent les opinions de leurs adversaires comme très dangereuses et opposées aux leurs.
Polarisation politique et popularité
D’une façon générale, il est possible d’identifier quatre facteurs susceptibles d’influencer la popularité d’un gouvernement : les résultats obtenus par celui-ci, ses propos et ses promesses, son idéologie, ainsi que des facteurs liés à la périodicité de l’élection. Nous pouvons représenter cela par une équation simple : Pop = f (aR + bQ + dI + cS), où R représente les résultats des politiques entreprises, Q les qualités affichées par le gouvernement et I l’idéologie du parti qui gouverne. Enfin, S représente des conditions structurelles que nous présenterons plus tard. Analysons brièvement ces facteurs.
R est la variable qui a été considérée comme la plus importante dans les études que nous avons présentées dans la section précédente. On peut aisément comprendre pourquoi : ces modèles ayant été développés par des économistes, ceux-ci se sont concentrés sur les conditions macro-économiques qui influencent la popularité du gouvernement [22]. Ce pari a été confirmé dans les faits : une augmentation du chômage, de l’inflation, ainsi qu’un ralentissement de la croissance ont pour effet de faire diminuer la popularité du gouvernement et du parti au gouvernement. Les électeurs considèrent ces fluctuations comme des effets des politiques entreprises par le gouvernement et le sanctionnent en cas de mauvaise passe [23]. Cependant, ces résultats, bien que solides, ne valent que toutes choses égales par ailleurs : les fluctuations économiques n’ont pas toujours le même effet sur la popularité.
Q représente les qualités affichées par le gouvernement, entendues dans un sens très large. Ces qualités peuvent être d’ordre personnel – par exemple, le chef de l’exécutif peut apparaître comme sympathique ou charismatique, ou encore ouvert au dialogue [24], etc. – ou d’ordre programmatique – les enjeux soulevés par le gouvernement et ses solutions sont largement appréciés [25]. Il faudrait sans doute distinguer les qualités personnelles et les qualités programmatiques. Nous avons décidé de les regrouper, car elles ne sont pas l’objet du présent article.
S représente l’ensemble des variables structurelles qui semblent avoir une influence sur la popularité. Plusieurs études ont, en effet, montré que les courbes de popularité au cours d’un mandat prennent souvent la même forme : elles sont décroissantes et remontent légèrement en fin de mandat. Dans certains pays, comme le Royaume-Uni, ce type de courbe est presque sans exception. Dans d’autres pays, en France par exemple, il s’agit d’une courbe souvent constatée. Quoi qu’il en soit, dans tous les pays, la forme décroissante de la courbe de popularité semble être la plus répandue. Cette régularité, indépendante de facteurs conjoncturels tels que R ou Q, laisse penser qu’il existe des causes structurelles, telles que la proximité des élections [26].
Enfin, I est la variable qui nous intéresse le plus ici. Elle représente la proximité idéologique des électeurs à l’égard du parti au pouvoir. Si, par exemple, le parti socialiste est au pouvoir, les électeurs éloignés des idées socialistes vont être, à conditions égales, moins satisfaits et moins confiants à l’égard du gouvernement que les électeurs socialistes. On pourrait formuler ce phénomène comme « l’impact négatif de l’éloignement idéologique sur la popularité », dans le sens où, plus il y aura des personnes éloignées de l’idéologie fondamentale du parti au pouvoir, moins celui-ci aura de chance d’être populaire.
Cette influence peut s’apprécier pleinement dans le cas des partis extrémistes. Puisqu’ils ne gouvernent pas, la variable R n’a pas grande influence [27]. En revanche, la variable I est très importante, car il existe un grand nombre d’électeurs qui se sentent idéologiquement très éloignés de ces partis, contrairement aux partis plus modérés. En France, par exemple, le FN est celui qui obtient la plus faible popularité, suivi des partis d’extrême gauche [28].
La thèse que nous défendrons dans cette section est que la présence d’une forte polarisation politique dans une démocratie représentative diminue la popularité à laquelle un gouvernement peut raisonnablement s’attendre après son élection. Dans la mesure où la polarisation politique indique l’éloignement entre les principales idéologies présentes dans une société, plus il y aura de polarisation, plus I sera faible, moins le gouvernement ou les partis ou pouvoir pourront espérer obtenir une popularité élevée.
Nous proposons, dans les pages qui suivent, de tester cette idée dans trois pays européens : la France, l’Allemagne et le Danemark. Au préalable, nous construirons un indicateur de polarisation politique pour ces trois pays.
L’électorat potentiel comme mesure de la polarisation politique
Nous disposons d’une grande enquête conduite en 1984 par l’institut Eurobaromètre, qui compare les pays européens. Nous avons pris en considération trois pays. Voici les résultats que nous avons obtenus :

Tableau 1
Pourcentages de personnes qui refusent de voter pour les partis cités ci-dessous, par pays
IMGIMGNationaliste	Socialiste	Dem.-chrétie...IMGIMF
Nationaliste Socialiste Dem.-chrétien Communiste Fasciste Conservateur Écologiste Libéral Danemark 76 46 71 * 88 48 52 48 Allemagne 73 39 26 86 88 46 38 28 France 59 33 46 70 87 52 37 28 Institut Eurobaromètre, 1984. * Le pourcentage d’électeurs potentiels pour le parti communiste est trop faible pour être significatif.

Le texte de la question est : « Dites-moi, s’il vous plaît, s’il est possible ou impossible que vous votiez pour un parti qui correspond à la description suivante : communiste, socialiste, libéral, démocrate-chrétien, conservateur, écologistes, nationaliste, fasciste. » [29] Les chiffres représentés ici correspondent aux nombres de gens, en pourcentage, qui déclarent qu’ils refuseront toujours de voter pour un mouvement correspondant à la description ci-dessus. Nous avons souligné en italique les mouvements qui correspondent le plus aux deux principaux partis présents dans les pays en question.
Comment ces informations peuvent-elles indiquer la présence d’une plus ou moins grande polarisation politique ? Notre hypothèse est que, plus un électeur et un parti sont éloignés idéologiquement, moins cet électeur sera disposé à voter pour le parti en question. Un parti pour lequel seuls ses électeurs se déclarent susceptibles de voter est un parti qui défend des idées très éloignées des citoyens qui ne sont pas ses électeurs. Le fait qu’un électeur puisse exclure ou ne pas exclure de voter pour un parti donné nous en dit long sur la distance idéologique que cet électeur perçoit entre ses idées et celles du parti considéré.
En utilisant les données sur l’électorat potentiel, nous construisons un indicateur correspondant à une mesure de polarisation P = n. Plus n sera grand, plus la polarisation politique sera forte [30]. Cet indicateur, adapté à la réalité spécifique de chaque pays, permet d’utiliser une mesure commune de polarisation politique.
Au Danemark, les principaux partis politiques sont le parti social-démocrate (SD) et le parti populaire-conservateur (KF). Dans le tableau 1, les partis pour lesquels il y a le pourcentage le plus faible de refus de vote – le parti socialiste (46 % de refus) et le parti conservateur (48 % refus) – correspondent à ces deux partis. L’indicateur de polarisation est donc de P = 94. Il faut noter que ce chiffre est très élevé, ce qui signifie une forte polarisation politique [31].
L’Allemagne offre, dans le tableau 1, deux mouvements qui donnent moins de 30 % de refus : les mouvements démocrate-chrétien et libéral. Les partis qui correspondent à ces étiquettes font partie, depuis 1982, de la même coalition de droite et réunissent les préférences des électeurs de centre-droite. Par conséquent, malgré leur relative force en termes d’électorat potentiel, ils sont trop proches et ne constituent pas de véritables alternatives. Les partis qui obtiennent le plus de voix effectives sont le SPD (parti social-démocrate) et le CDU (démocrates-chrétiens). Le mouvement socialiste obtient 39 % de refus de vote et le mouvement démocrate-chrétien, 26 % (contre 27 % pour les libéraux). L’indicateur de polarisation est donc P = 65.
En France, l’orientation socialiste ne pose pas de problèmes, mais à droite, il existe le mouvement gaulliste, qui est très spécifique et ne semble pouvoir être assimilé à aucun des mouvements cités par Eurobaromètre. En particulier, le mouvement gaulliste peut être rapproché à certains égards d’un parti libéral, mais également d’un parti conservateur. Une analyse plus spécifiquement française peut toutefois être menée grâce à un sondage conduit par l’institut SOFRÈS la même année que le sondage Eurobaromètre et portant également sur l’électorat potentiel. Cette fois-ci, les partis politiques proposés aux citoyens reflétaient bien l’offre politique française. Dans le sondage SOFRÈS, le parti gaulliste (RPR) obtient 26 % de refus de votes. Ce score se rapproche bien plus de celui obtenu dans le sondage Eurobaromètre par le parti libéral (28 %) que celui du parti conservateur (52 %). Nous avons, pour cette raison, opté pour un rapprochement du RPR avec le parti libéral. Ce choix est décisif, car ce parti est, par ailleurs, celui pour lequel le pourcentage de refus de vote est le plus faible. En France, P = 61.
Résultats empiriques
Il s’agit ici de voir si, dans les pays où il y a davantage de polarisation politique, nous observons aussi une moyenne de popularité des partis politiques plus faible.
Nous mettons en relation pour les trois pays – la France, l’Allemagne et le Danemark – l’indicateur P de polarisation politique et la moyenne de la popularité des deux principaux partis politiques. Nous observons que la popularité moyenne semble fortement liée à l’électorat potentiel.

Tableau 2
Relations entre le degré de polarisation politique et la popularité moyenne des autorités politiques
IMGIMGPolarisation	Confiance moyenne dans ...IMGIMF
Polarisation Confiance moyenne dans les deux principaux partis politiques France 61 45 Allemagne 65 43 Danemark 94 26 Tableau tiré des données Eurobaromètre citées plus haut et des données sur la moyenne de la popularité des deux principaux partis politiques, tirées de Byers, Davidson et Peel *. Les données pour l’Allemagne couvrent la période 1950-1989 et pour le Danemark, 1960-1992. Pour la France, les données proviennent de l’institut SOFRÈS et elles couvrent la période allant de 1976 à 2000. Elles portent également sur la popularité des deux principaux partis politiques. * D.Byers, J.Davidson, D.Peel, « The Dynamics of Aggregate Political Popularity: Evidence from Eight Countries », Electoral Studies, 19(1), 2000, p. 49-62.

La relation prévue semble confirmée. La confiance moyenne accordée aux partis politiques est nettement sensible à la polarisation politique présente dans la société [32]. En somme : la popularité d’un parti au gouvernement exerce une influence sur le caractère « partisan » ou « idéologique » de sa politique. En outre, la polarisation politique, qui exprime les conflits idéologiques au sein de l’électorat, a un impact négatif sur la popularité moyenne des principaux partis politiques. Nous verrons maintenant comment réunir ces deux conclusions en cette seule proposition : de façon générale, plus les orientations idéologiques au sein de l’électorat divergent, plus les politiques de gouvernements différents convergent.
 
Différences idéologiques, convergences pratiques
 
 
Nous souhaitons ici rendre plus convaincante la proposition à laquelle nous ne sommes parvenu jusqu’ici que par simple déduction, en mettant en évidence les enjeux et les mécanismes qui la justifient. Pourquoi y a-t-il une relation entre polarisation politique des citoyens et comportement des gouvernants ? Et quelles conséquences cette relation entraîne-t-elle pour l’étude de l’impact des idéologies sur les comportements politiques des gouvernants ?
Une remarque s’impose d’emblée : en abordant le problème de la « similitude des politiques gouvernementales », on touche à son corollaire, à savoir ce qu’il est réellement possible aux candidats de proposer à leurs électeurs et, par conséquent, la réalité du choix qui s’offrira aux électeurs au moment où ils voteront. En effet, si les gouvernants ont un comportement semblable, l’éventail des politiques que les électeurs pourront attendre est très étroit. Il faut noter que le fait que les gouvernements se ressemblent dans leur action n’empêche pas les partis de proposer des programmes très différents lors de l’élection. Ainsi, cette situation restreint le choix réel dont disposent les électeurs, c’est-à-dire celui qui se réfère aux différences dans les politiques menées par les différents partis au gouvernement. Cependant, elle ne restreint pas nécessairement le choix que nous pouvons appeler, par opposition, apparent, qui est fondé sur les différences entre les programmes électoraux. C’est dans le premier sens que nous pouvons dire que les partis politiques au gouvernement tendent à converger.
Ces remarques permettent de reformuler notre proposition sous un jour qui permettra de mieux en percevoir l’enjeu : la présence de fortes divergences idéologiques parmi les citoyens peut provoquer une convergence des politiques des différents partis qui se succèdent au pouvoir.
Le principe de notre analyse de la convergence entre les partis se fonde sur l’idée que ceux-ci vont mettre en place la même politique « électoraliste » lorsque leur popularité est faible. Leur principale exigence est la réélection : lorsqu’il faudra gagner les élections, le gouvernement adoptera le comportement opportuniste semblable à ce que nous avons décrit dans la première section. Nous soutenons que les gouvernants frappés d’impopularité tendront à gouverner de cette façon, alors que les gouvernants les plus populaires mèneront des politiques plus audacieuses et dictées, dans une plus large mesure, par leurs conceptions politiques.
Ainsi, il est important pour un gouvernement de connaître ses probabilités d’être impopulaire afin d’anticiper sur la popularité dont il bénéficiera. Or, la popularité moyenne peut être prédite, en partie, par le degré de polarisation politique.
Dans un contexte de forte polarisation, les hommes politiques ne peuvent s’attendre à jouir d’une popularité très élevée : il est très peu probable qu’ils satisfassent les exigences de citoyens farouchement opposés à leurs idées. Par ailleurs, la probabilité qu’un homme politique déçoive ses propres électeurs est indépendante de la polarisation politique. Cela signifie que, dans une société polarisée et en période routinisée, un gouvernement est davantage susceptible de perdre le soutien de ses partisans que de gagner les faveurs des électeurs de ses adversaires. C’est pourquoi, dans ces conditions, la popularité attendue sera globalement plus faible et les politiques se ressembleront plus.
Dépenses publiques et polarisation politique : analyse empirique
Malgré l’existence d’une abondante littérature empirique au sujet des dépenses publiques, nous présentons ici un examen nouveau, que nous confronterons aux résultats déjà existants. Le matériel empirique collecté est tiré des statistiques Eurostat.
La principale entrave à l’examen des différences entre les partis politiques, du point de vue des dépenses publiques, se trouve dans le fait que beaucoup de pays européens, pour la période 1972-1995, ont été gouvernés par la même coalition. Or, pour observer les différences entre les partis politiques dans l’exercice du pouvoir, l’alternance est nécessaire. Le Royaume-Uni était guidé, en grande partie, par les conservateurs, l’Italie, la Belgique et les Pays-Bas, par des coalitions avec, en chef de file, les démocrates-chrétiens et l’Irlande, par le Fianna Fail. Les trois pays choisis – la France, l’Allemagne et le Danemark – offrent davantage d’alternance.
En outre, ces trois pays ont des caractéristiques intéressantes pour notre propos. Les différentes droites présentes dans ces pays sont, respectivement, la droite gaulliste, la droite chrétienne-démocrate et la droite conservatrice. De ces trois orientations idéologiques, l’orientation conservatrice semble la plus opposée aux idées de gauche (du moins, en relation au couple impôts-dépenses publiques). On devrait donc s’attendre à ce que la différence entre les partis au Danemark, dominés par le parti social-démocrate et le parti conservateur, soit plus grande. Nous pensons, pour notre part, que l’élément qui détermine le mieux les ressemblances entre les politiques partisanes effectives est la polarisation politique. Dans ce cas, il faudrait s’attendre à ce qu’au Danemark, les dépenses des partis soient très uniformes, car c’est là que le score de polarisation est le plus élevé (p = 94). En France (p = 61) et en Allemagne (p = 65), les différences devraient être plus visibles. Ce phénomène peut être observé dans le tableau 3.

Tableau 3
Moyennes des dépenses supplémentaires, par rapport à l’année précédente, des gouvernements de droite, de gauche et dans les années d’élection (en millions d’Écus) *
IMGIMGDépenses sous les gouvernements
de d...IMGIMF
Dépenses sous les gouvernements de droite Dépenses sous les gouvernements de gauche Dépenses en années d’élection France (1978-1993) 645** 1 332 1 280 Allemagne (1972-1989) 804 1 011 1 019 Danemark (1972-1994) 81 83 91 Source: Eurostat. * Pour avoir accès aux données Eurostat et à la méthode de calcul utilisée, cf. l’annexe. ** Ce chiffre est à prendre avec précaution puisque la droite n’a gouverné, pendant la période que nous avons prise en considération, que pendant trois ans.

Les données brutes portent sur les dépenses publiques pour chaque année (en millions d’Écus). Puisque les dépenses tendent, dans chaque pays, à augmenter, nous avons calculé pour chaque année la différence entre les dépenses publiques de l’année en question et celles de l’année précédente. Ainsi, le chiffre représenté par une colonne exprime la moyenne des augmentations des dépenses chaque année. Nous avons fait une place à part pour les années d’élection puisqu’il y a souvent changement de parti au pouvoir et que les élections devraient favoriser les dépenses du gouvernement comme stratégie de réélection [33].
Au Danemark [34], l’augmentation des dépenses de la gauche et de la droite est très voisine et la présence d’une élection semble être le facteur le plus important pour prédire l’augmentation des dépenses publiques. La forte polarisation politique permet d’expliquer ce constat : elle engendre une faible popularité moyenne et, de ce fait, une incitation plus forte pour le gouvernement à essayer de produire des politiques opportunistes en vue de gagner les élections. L’augmentation des dépenses pendant les élections confirme cette tendance, puisque c’est pendant cette période que l’opportunisme du gouvernement aura le plus de chance d’atteindre son but (gagner les élections).
Concernant l’Allemagne [35], nous avons utilisé la même méthode que pour le Danemark. À noter cependant que nous nous sommes arrêté à l’année 1989, année de la chute du mur de Berlin et de la réunification, date à partir de laquelle les dépenses publiques ont augmenté sensiblement (les dépenses globales ont étés multipliées par cinq) et ont cassé la continuité qui existait auparavant. La fiabilité des moyennes aurait souffert de la prise en compte de ces années.
La faible polarisation de l’Allemagne semble se faire sentir. Contrairement à ce qui se passe au Danemark, la différence entre les dépenses de la gauche et de la droite est assez visible en Allemagne. En revanche, les dépenses dans les années d’élections sont, en moyenne, très proches des dépenses globales du gouvernement de gauche. Les acteurs politiques semblent donc moins enclins à produire des cycles politiques aussi bien en périodes électorales qu’en dehors de celles-ci. Cependant, sous la pression des élections, les dépenses gouvernementales tendent à s’accroître quel que soit le parti au pouvoir.
En France [36], la situation paraît encore plus accentuée. Cependant, nous avons pris en compte une période beaucoup plus courte que pour les autres pays à cause de l’incomplétude des données Eurostat pour la France.
Dans ce pays, la droite, lorsqu’elle gouverne, dépense environ la moitié de ce que dépense la gauche. En outre, contrairement au Danemark et à l’Allemagne, les partis de gauche dépensent plus que l’ensemble des partis pendant les années électorales. Rappelons que la France est, parmi ces trois pays, celui qui obtient le score le plus bas de polarisation politique.
La comparaison entre les dépenses publiques en France, en Allemagne et au Danemark offre un indice favorable à la thèse de l’impact de la polarisation sur les différences entre les partis quant aux dépenses publiques. Les partis de droite dépensent beaucoup moins que les partis de gauche là où la polarisation politique est faible (France et Allemagne). Les dépenses sont, en revanche, très similaires quel que soit le parti au pouvoir là où la polarisation est forte (Danemark). En outre, lorsque la polarisation politique est forte, les dépenses les plus importantes sont faites pendant les années électorales.
En dépit du faible nombre de cas présentés, dû au manque d’alternance en Europe et aux informations relativement récentes qui nous ont été fournies par Eurostat, les trois cas que nous avons examinés suffisent à contrôler les variables principales et à répondre ainsi aux deux principales objections : les dépenses peuvent en effet dépendre du temps ou de l’idéologie des partis de droite.
Premièrement, au Danemark les partis de gauche ont surtout gouverné dans les années 1970 et les partis de droite dans les années 1980 et 1990. On pourrait penser que les années 1970 étaient les années du grand développement du welfare state et ce, indépendamment du parti au pouvoir. Mais cela est mis en question par le fait que la France a surtout été gouvernée par la droite à cette époque et que les plus importantes augmentations des dépenses ont été faites dans les années 1980 avec le parti socialiste au pouvoir.
Deuxièmement, on pourrait penser que la différence entre le Danemark et les deux autres pays est due à l’idéologie de son parti de droite, plus « welfariste » que celui des deux autres. Cette objection a une portée limitée puisque, comme nous l’avons dit, le parti conservateur danois, comme tous les partis conservateurs européens, est, en principe, moins interventionniste que le parti démocrate-chrétien allemand ou que le parti gaulliste français. Ce fait peut être confirmé par les travaux sur les idéologies affichées du parti conservateur danois, par opposition aux partis de droite français et allemands [37].
Il est possible de mesurer la différence entre les partis du point de vue des dépenses publiques par le rapport entre dépenses des gouvernements de gauche (DG) et dépenses des gouvernements de droite (DD) :
DG/DD - 1 = x
Plus x est grand, plus la différence entre les partis dans les politiques de dépenses publiques augmente. Si x est égal à 0, les différents partis utilisent le même budget. Dans le tableau 4, x est mis en relation avec le coefficient de polarisation P et avec la moyenne de popularité des deux principaux partis. La polarisation politique explique les moyennes de popularité, qui, elles-mêmes, expliquent les différences entre les partis politiques.

Tableau 4
Relations entre popularité, polarisation et différences partisanes dans les dépenses publiques
IMGIMGMoyennes de popularité des deux prin...IMGIMF
Moyennes de popularité des deux principaux partis Polarisation politique (P) Différence entre les partis dans les dépenses publiques (x) France 45 61 1,07 Allemagne 43 65 0,26 Danemark 26 94 0,02

Le tableau 4 confirme la relation attendue du point de vue ordinal : le classement en terme de polarisation politique est l’inverse de celui exprimé en termes de popularité et de différences entre partis politiques. Cependant, il faut noter que la distance entre la politique des partis de gauche et celle des partis de droite (x) ne suit pas l’intensité de la polarisation politique (P). Si, sur ce dernier point, le Danemark distance clairement la France et l’Allemagne, sur le premier, la France affiche de loin le score le plus élevé. La relation entre polarisation politique et différences dans les dépenses publiques entre les partis existe, mais elle n’est pas aussi forte que la relation entre polarisation et popularité.
Les données que nous avons collectées seront maintenant mises en relation avec celles déjà établies par une étude de Blais, Blake et Dion [38], qui montre que, globalement, il est faux d’affirmer que, lorsque la gauche gouverne, les dépenses publiques augmentent. Cependant, cela ne vaut pas pour tous les pays en Europe. D’après les données fournies par Blais et ses collaborateurs, les partis de gauche dépensent nettement plus que les partis de droite en Irlande, au Royaume-Uni et en Allemagne. L’hypothèse n’est pas confirmée aux Pays-Bas, en France, en Italie et au Danemark. En Belgique, elle ne l’est que partiellement. La similitude des dépenses selon les partis observée en France contraste avec notre thèse de l’impact négatif de la polarisation politique sur les différences dans les dépenses publiques selon les partis.
Nous avons donc construit un indicateur P de polarisation pour les pays européens étudiés par Blais et ses collaborateurs. La méthode employée a été la même que celle utilisée pour établir l’indice de polarisation du Danemark, de la France et de l’Allemagne. Si l’on excepte la France, les résultats de Blais, Blake et Dion confirment notre thèse, comme on peut l’observer dans le tableau 5.

Tableau 5
Relations entre la polarisation politique et les différences partisanes dans les dépenses publiques d’après l’étude de Blais, Blake et Dion (1993)
IMGIMGPays	Polarisation (P)	Test de Blais ...IMGIMF
Pays Polarisation (P) Test de Blais et al. de l’hypothèse « Les gouvernements de gauche dépensent plus que ceux de droite ». Irlande 57 Confirmée France 61 Non confirmée Allemagne 65 Confirmée Royaume-Uni 68 Confirmée Belgique 69 Partiellement confirmée Pays-Bas 82 Non confirmée Italie 89 Non confirmée Danemark 94 Non confirmée Tableau 2. Les données de Blais, Blake et Dion couvrent 28 ans entre 1960 et 1987. La principale variable dépendante est le total des dépenses publiques intérieures en pourcentage du PIB. Les dépenses militaires ne sont pas prises en compte, car l’idéologie des gouvernements de gauche ne promeut pas spécialement ce type de dépenses.

Un mot sur l’exception française. Il faut noter que l’étude de Blais, Blake et Dion porte sur la période allant de 1960 à 1987. Les données que nous avons utilisées s’étendent de 1978 à 1993. Si notre problème était de disposer d’une période trop courte de la droite au pouvoir, Blais et ses collaborateurs n’avaient, eux, que cinq années de gauche au pouvoir. Nous pensons que, si leurs données doivent relativiser les nôtres, l’inverse est également vrai. Dans une étude ultérieure [39], portant sur un laps de temps plus grand (1962-1991), ces auteurs ont infléchi leurs conclusions. Malheureusement, ils ne procèdent pas à un examen par pays et il nous est donc difficile de mesurer notre théorie à la lumière de ces nouveaux résultats.
La thèse de la relation négative entre la polarisation politique et l’influence des idéologies partisanes sur les politiques publiques peut, du moins en partie, permettre de comprendre pourquoi, dans certains pays, les partis de gauche dépensent plus que les autres et pourquoi cela n’est pas vrai pour tous les pays. Dans le tableau 5, au-delà d’un score de polarisation de 70, l’impact des idéologies sur les dépenses disparaît. Jusqu’à ce chiffre, l’impact est toujours confirmé, sauf pour la France.
Il faut noter que la conception de Blais, Blake et Dion avance que les régimes majoritaires favorisent l’impact des idéologies sur la politique. Cette hypothèse était tirée, d’une part, de l’idée que, dans les systèmes majoritaires, les partis disposent d’une plus grande latitude d’action et, d’autre part, du fait que le Royaume-Uni, qui possède un scrutin clairement majoritaire, était le pays dans lequel la différence entre les partis était la plus nette. Cependant, le système électoral de l’Allemagne et de l’Irlande se rapproche du système proportionnel pur, bien plus que celui de la France. La polarisation politique semble, par conséquent, susceptible de mieux prédire les différences partisanes dans les dépenses que le type de scrutin électoral, bien qu’il soit probable que les deux exercent une influence.
**
L’étude présentée ici constitue un enrichissement d’un des modèles des « cycles politiques » – en particulier de la variante « vote-cum-partisan » – qui ont été développés en économie politique, mais peu étudiés dans la science politique. Nous avons essayé de montrer que ces modèles gagnent à être utilisés en dehors des sciences économiques et ce, pour deux raisons : premièrement, parce qu’ils peuvent apporter des réponses à des questions développées en science politique – dans le cas présent, il s’agit de la question des différences entre les partis lorsqu’ils gouvernent ; deuxièmement, parce que ces modèles peuvent être enrichis avec des variables non économiques, telles que la polarisation politique.
Graphiquement, nous pouvons résumer l’intégration de la polarisation politique au modèle « vote-cum-partisan » dans la figure 1.
Figure 1
Le cycle politique « vote-cum-partisan » enrichi par la polarisation politique
IMGIMGLe cycle politique « vote-cum-partisan » enrichi p...IMGIMF
La figure 1 est une adaptation de la représentation du système politico-économique d’après Frey et Schneider [40]. Le gouvernement agit sur la situation économique, l’économie influence les opinions des électeurs, l’évaluation des électeurs a un impact sur les attentes de réélection du gouvernement. Cependant, si la situation économique influence la popularité du gouvernement dans le court terme, la polarisation politique exerce une influence à long terme sur la popularité. Dans les pays les plus polarisés, la popularité des partis au gouvernement sera, en moyenne, plus faible et engendrera des politiques plus semblables.
Il faut souligner, pour finir, une importante conséquence de cette étude : il y a, dans les démocraties représentatives, un effet non-représentatif des partis politiques, du moins du point de vue de leurs actions. Dans une société dans laquelle il existe un consensus global autour de principes politiques fondamentaux, les citoyens seront représentés par des partis dont les politiques se démarqueront clairement. En revanche, dans une société marquée par des conflits idéologiques profonds, nous pouvons nous attendre à voir mises en place des politiques consensuelles et similaires, quel que soit le parti au pouvoir. Cette relation inverse entre polarisation des citoyens et polarisation des partis au gouvernement souligne un déficit de représentativité des démocraties modernes.
Cet effet de non-représentativité des partis politiques à vocation gouvernementale ne doit cependant pas être entendu de façon trop radicale. Nous ne mettons pas ici en doute le fait que les partis tendent à représenter leurs électeurs et que les électeurs choisissent de voter pour les partis qui les représentent. La relation de représentativité peut se maintenir au niveau du contenu idéologique global, c’est-à-dire qu’il peut y avoir une concordance globale entre idéologies des partis et idéologies des citoyens qui votent pour eux. Nous ne parlons pas en termes de contenu idéologique, mais bien en termes de mise en pratique des idéologies politiques. Ainsi, ne verrons-nous probablement pas un pays dans lequel règne un consensus autour de valeurs libérales, être gouverné selon des préceptes marxistes. Cependant, nous soutenons qu’il est probable que les politiques des principaux partis y soient plus distinctes que dans un pays où il y a une forte opposition entre marxistes et libéraux.

ANNEXES


Dépenses publiques pour les services publics généraux par année en Million d’Écus
IMGIMGFrance	Danemark	Allemagne (ouest)	19...IMGIMF
France Danemark Allemagne (ouest) 1994 2 399 1993 25 379 2 399 1992 23 256 2 205 1991 21 626 2 156 1990 20 173 2 088 1989 20 529 2 023 21 129 1988 19 614 2 021 20 387 1987 19 161 1 876 20 376 1986 19 064 1 606 18 565 1985 17 382 1 519 16 826 1984 14 881 1 406 15 978 1983 13 650 1 349 15 300 1982 11 622 1 251 14 192 1981 10 369 1 113 13 107 1980 8 954 970 12 440 1979 7 784 943 11 578 1978 7 115 862 10 614 1977 6 387 773 9 485 1976 695 8 251 1975 611 7 529 1974 526 6 973 1973 435 5 735 1972 339 4 619 1971 272 3 376 Source: Eurostat.


Calcul des dépenses publiques. Exemple pour la France
IMGIMGFrance :	Années	G/D/El.	Aug. Dép.	19...IMGIMF
France : Années G/D/El. Aug. Dép. 1992-1993 el 2 123 1991-1992 g 1 630 1990-1991 g 1 453 1989-1990 g –356 1988-1989 g 915 1987-1988 el 453 1986-1987 d 97 1985-1986 el 1 682 1984-1985 g 2 501 1983-1984 g 1 231 1982-1983 g 2 028 1981-1982 g 1 253 1980-1981 el 1 415 1979-1980 d 1 170 1978-1979 d 669 1977-1978 el 728 Moyenne gauche 1 331,875 Moyenne droite 645,333 Moyenne élections 1 280,2

Méthode employée.
« Aug. Dép. » correspond à l’augmentation des dépenses d’une année par rapport à la précédente en million d’Écus.
« G/D/El. » indique si la gauche (g) ou la droite (d) était au gouvernement pendant l’année en question. Les années d’élection (El.) sont comptabilisées à part.
 
NOTES
 
[1] A. Blais, D. Blake, S. Dion, « Do Parties Make a Difference ? Parties and the Size of Government in Liberal Democracies », American Journal of Political Science, 37, 1993, p. 40-62 ; I. Budge, D. Robertson, D. Hearl (eds), Ideology, Strategy and Party Change : A Spatial Analysis of Post-War Election Programmes in Nineteen Democracies, Cambridge, Cambridge University Press, 1987 ; J. Huber, R. Inglehart, « Expert Interpretation of Party Space and Party Location in 42 Societies », Party Politics, 1, 1995, p. 73-111 ; L. M. Imbeau, F. Pétry, M. Lamari, « Left-Right Party Ideology and Government Policies : A Meta-Analysis », European Journal of Political Research, 40, 2001, p. 1-29.
[2] À ce sujet, le rôle central qu’avaient les idéologies semble remplacé par la personnalité des candidats (M. Wattenberg, The Rise of Candidate-Centered Politics : Presidential Elections of the 1980s, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, et G. Alexander, G. Juliette, Presidential Personnality and Performance, Boulder, Westview, 1998) ou par des enjeux socio-économiques (G. Lavau, « L’électeur devient-il individualiste ? », dans P. Birnbaum, J. Leca (dir.), Sur l’individualisme, Paris, Presses de Sciences Po, 1986, p. 301-322).
[3] J. S. Nye Jr., P. D. Zelikow, D. C. King (eds), Why People Don’t Trust Government, Cambridge/Londres, Harvard University Press, 1997.
[4] Cf., pour un excellent résumé, L. M. Imbeau, F. Pétry, M. Lamari, art. cité.
[5] W. D. Nordhaus, « The Political Business Cycle », Review of Economic Studies, 59, 1974, p. 663-688.
[6] Ce nom un peu complexe fait référence au fait que ce modèle est une synthèse entre le modèle de maximisation des voix de Nordhaus (Vote) et des modèles dits « partisans » selon lesquels les gouvernements mènent des politiques conformes à leur orientation partisane. Cf., pour ces derniers, D. A. Hibbs Jr., « Partisan Theory after Fifteen Years », European Journal of Political Economy, 8, 1992, p. 361-373.
[7] B. S. Frey (ed.), « Introduction », dans Political Business Cycles, Cheltenham, Edward Elgar, 1997, p. XII.
[8] J.-D. Lafay, « Les interactions entre économie et politique », Journal de la Société de statistique de Paris, 136 (1), 1995, p. 17-28.
[9] S. E. Haynes, J. A. Stone, « Political Models of the Business Cycle Should be Revived », Economic Inquiry, 28, 1990, p. 442-465 ; B. S. Frey, F. Schneider, « An Empirical Study of Politico-Economic Interaction in the US », Review of Economics and Statistics, 60, 1978, p. 174-183.
[10] B. S. Frey, F. Schneider, « A Politico-Economic Model of the United Kingdom », Economic Journal, 88, 1978, p. 243-253.
[11] F. Schneider, W. W. Pommerehne, J. D. Lafay, « Les interactions entre économie et politique : synthèse des analyses théoriques et empiriques », Revue économique, 32, 1981, p. 110-163 ; P. E. Nannestad, M. Paldam, « Into Pandora’s Box of Economic Evaluations : A Study of the Danish Macro VP-Function (1986-1997) », Electoral Studies, 19 (2), 2000 ; J.-D. Lafay, art. cité.
[12] K. A. Schultz, « The Politics of the Political Business-Cycle », British Journal of Political Science, 25 (1), 1995, p. 79-99.
[13] M. Lewis-Beck, « Comparative Economic Voting : Britain, France, Germany, Italy », American Journal of Political Science, 30, 1986, p. 315-346.
[14] K. A. Schultz, art. cité, p. 83.
[15] Bien sûr, étant donnée la stabilité de l’électorat, l’obtention de 70 % des voix constitue une garantie pour les élections à venir. Cependant, puisque nous parlons de la tranche des électeurs, petite mais déterminante, qui attribuent leur vote en fonction de la situation économique, la stabilité électorale ne doit pas ici être prise en considération.
[16] K. A. Schultz, art. cité, p. 88.
[17] F. Carlsen, « Opinion Polls and Political Business Cycles : Theory and Evidence for the United States », Public Choice, 92 (3-4), 1997, p. 387-406 ; G. Jonsson, « Monetary Politics and Unemployment Persistence », Journal of Monetary Politics, 39 (2), 1997, p. 303-325.
[18] F. Carlsen, « Inflation and Elections : Theory and Evidence for six OECD Economies », Economic Inquiry, 37 (1), 1999, p. 120-135.
[19] R. Eccleston, « The Fiscal Electoral Nexus in Australia (1976-1994) », Australian Journal of Political Science, 33 (2), 1998, p. 1036-1146.
[20] R. N. Baleiras, « Electoral Defeats and Local Political Expenditure Cycles », Economics Letters, 56 (2), 1997, p. 201-207.
[21] F. Carlsen, « Unemployment, Inflation and Government Popularity – Are There Partisan Effects ? », Electoral Studies, 19 (2), 2000, p. 141-150.
[22] Cf., par exemple, J. J. Rosa, D. Amson, « Condition économique et élections : une analyse politico-économétrique (1920-1973) », Revue française de science politique, 26 (6), décembre 1976, p. 1101-1124 ; G. Kirchgässner, « Rationality, Causality, and the Relation between Economic Conditions and the Popularity of Parties », European Economic Review, 28, 1985, p. 243-268 ; et P. E. Nannestad, M. Paldam, « The VP-Functions : A Survey of the Literature on Vote and Popularity Functions after 25 Years », Public Choice, 79, 1994, p. 213-245.
[23] Ce comportement « rétrospectif » a été analysé chez les électeurs par M. P. Fiorina, « Economic Retrospective Voting in American National Elections : A Micro-Analysis », American Journal of Political Science, 22, 1978, p. 426-443.
[24] Cf. M. Wattenberg, op. cit.
[25] R. Inglehart, La transition culturelle dans les sociétés industrielles avancées, Paris, Economica, 1993, et O. Knutsen, « Value Orientations and Party Choice : A Comparative Study of the Relationship between Five Value Orientations and Voting Intention in Thirteen West European Democracies », dans Oscar W. Gabriel, W. Falter (eds), Wahlen und politische Einstellungen in westlichen Demokratien, Francfort, Peter Lang, 1996, p. 247-319.
[26] W. L. Miller, M. Mackie, « The Electoral Cycle and the Asymmetry of Government and Opposition Popularity : An Alternative Model of the Relationship Between Economical Condition and Political Popularity », Political Studies, 71, 1973 ; D. Byers, J. Davidson, D. Peel, « Modelling Political Popularity : An Analysis of Long-Range Dependence Opinion Poll Series », Journal of the Royal Statistical Sociology, 160, 1997, p. 471-490.
[27] Elle peut avoir parfois une influence négative dans la mesure où les mauvais résultats du gouvernement peuvent profiter à l’opposition.
[28] S. Lefort, « Popularités (1995-2002) », dans O. Duhamel, P. Méchet (dir.), L’état de l’opinion 2003, Paris, Le Seuil, 2003, p. 143-161.
[29] Nous regrettons l’absence d’un mouvement travailliste et l’emploi du terme « socialiste », plutôt que « social-démocrate ». La précision que nous en aurions tirée pour notre analyse aurait été accrue.
[30] Voici les règles que nous suivrons pour établir cette mesure : 1- Puisque le nombre de partis en Europe varie selon les pays, nous ne prendrons en compte que le pourcentage des gens qui refusent de voter pour l’un ou l’autre des deux principaux mouvements. De plus, les mouvements politiques cités par Eurobaromètre, de par leur vocation comparative, évoquent des tendances inexistantes dans certains pays, mais présentes dans d’autres. Le mouvement démocrate-chrétien est, par exemple, complètement absent en France. Les mouvements pris en considération vont changer d’un pays à l’autre pour mieux refléter chaque réalité politique. 2- Pour déterminer quels sont les deux principaux partis pour chaque pays, nous utiliserons deux indices principaux : a) ces deux partis obtiennent le plus grand nombre de voix aux élections (pendant les années 1980) : ils doivent être suffisamment importants pour être pris en considération ; b) les deux partis doivent être suffisamment distincts, concrètement (ne pas appartenir à la même coalition) et idéalement (défendre des principes suffisamment différents). Par exemple, nous ne pouvons pas prendre comme mouvements politiques dominants le mouvement conservateur et le mouvement démocrate-chrétien. En effet, il est très probable que les gens les rapprochent outre mesure, sauf s’ils sont présents comme partis effectifs distincts. De manière générale, choisir un parti de gauche et un parti de droite peut être une façon prudente d’éviter ce genre de problème, puisque cette distinction semble pertinente partout en Europe. 3- Lorsque les deux mouvements principaux auront été déterminés, nous établirons l’indicateur de polarisation pour chaque pays. Pour ce faire, nous effectuerons la somme des pourcentages de ceux qui refusent de voter pour un mouvement et de ceux qui refusent de voter pour l’autre. Cette somme est généralement inférieure à 100 %. Si elle est égale à 100 %, cela signifie que ceux qui pourraient voter pour un parti ne pourraient pas voter pour l’autre ou que beaucoup d’individus refusent de voter pour un des deux principaux partis. L’électorat serait, dans ce cas, très stable et très polarisé, puisque beaucoup d’électeurs se sentiraient politiquement très éloignés d’une des principales tendances politiques présentes dans son pays.
[31] Certains peuvent être surpris de cette forte polarisation politique que nous avons relevée au Danemark. En effet, dans ce pays, il n’y a pas eu de grands partis anti-système : le parti communiste était quasi absent et les partis d’extrême droite étaient, dans les années qui nous occupent, très faibles. Cependant, il peut bien y avoir polarisation politique sans extrémisme : en témoignent, par exemple, des phénomènes tels qu’une très forte présence du vote de classe, parmi les plus élevé d’Europe, ainsi qu’une présence massive d’organismes corporatistes. Pour plus d’approfondissements autour de ce sujet, cf. M. Dogan, « Classe, religion, parti : triple déclin dans les clivages électoraux », Revue internationale de politique comparée, 3, 1996, p. 515-540 ; R.-Y. Hazan, « Attacking the Centre : “Moderate-Induced Polarization” in Denmark and in Netherlands », Scandinavian Political Studies, 18 (2), 1995, p. 73-95.
[32] Il faut préciser qu’il s’agit ici d’une relation en situation « routinisée ». Des exceptions peuvent apparaître lorsque des événements importants et inattendus, comme les guerres, surviennent. Dans ces situations, des phénomènes tels que le « rally around the flag » peuvent modifier les causalités que nous étudions. Pour une étude sur la relation entre la popularité et le « rally around the flag », cf. J. E. Mueller, War, Presidents and Public Opinion, New York, Wiley, 1973.
[33] Tel qu’il se présente, le tableau 3 ne permet pas de savoir si l’augmentation globale des dépenses en période d’élection est due aux calculs électoraux de fin de mandat ou à l’« état de grâce » dont jouissent les gouvernements au tout début de leur mandat. La question ne sera pas tranchée ici, car l’analyse qui suit porte surtout sur les années hors élection.
[34] Au Danemark, les années où la droite est au pouvoir sont 1974, 1982, 1983, 1985, 1986, 1989, 1991, 1992. Les années où la gauche est au pouvoir sont 1972, 1976, 1978, 1980, 1993, 1995. Les années d’élection sont 1973, 1975, 1977, 1979, 1981, 1984, 1987, 1988, 1990, 1994.
[35] En Allemagne, les années où la droite a gouverné sont 1984, 1985, 1986, 1988, 1989. Les années où la gauche a gouverné sont 1973, 1974, 1975, 1977, 1978, 1979, 1981, 1982. Les années d’élection sont 1972, 1976, 1980, 1983, 1987.
[36] En France, Les années où la droite a gouverné sont 1979, 1980, 1987. Les années où la gauche a gouverné sont 1982, 1983, 1984, 1985, 1989, 1990, 1991, 1992. Les années d’élection sont 1978, 1981, 1986, 1988, 1993. Le nombre d’années où la droite a gouverné est très faible, ce qui impose une certaine prudence dans l’analyse de ces données.
[37] J. Huber, R. Inglehart, art. cité.
[38] A. Blais, D. Blake, S. Dion, « Do Parties Make a Difference ? Parties and the Size of Government in Liberal Democracies », art. cité.
[39] A. Blais, D. Blake, S. Dion, « Do Parties Make a Difference ? A Reappraisal », American Journal of Political Science, 40 (2), 1996, p. 514-520.
[40] F. Schneider, B. S. Frey, « Politico-Economic Models of Macroeconomic Policy : A Review of the Empirical Evidence », dans T. D. Willett (ed.), Political Business Cycles. The Political Econonomy of Money, Inflation and Unemployment, Durham/Londres, Duke University Press, 1988, p. 241. Nous avons remplacé le terme Policy par le terme « Popularité », ce qui n’est absolument pas la même chose. Mais cela est dû au fait que Schneider et Frey considèrent la popularité comme le principal facteur politique qui détermine l’action du gouvernement, ce qui nous paraît excessif. Quoi qu’il en soit, notre adaptation des termes préserve la signification du schéma original.
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J. S. Nye Jr., P. D. Zelikow, D. C. King (eds), Why People ...
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Cf., pour un excellent résumé, L. M. Imbeau, F. Pétry, M. L...
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[5]
W. D. Nordhaus, « The Political Business Cycle », Review of...
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Ce nom un peu complexe fait référence au fait que ce modèle...
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B. S. Frey (ed.), « Introduction », dans Political Business...
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J.-D. Lafay, « Les interactions entre économie et politique...
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S. E. Haynes, J. A. Stone, « Political Models of the Busine...
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B. S. Frey, F. Schneider, « A Politico-Economic Model of th...
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[11]
F. Schneider, W. W. Pommerehne, J. D. Lafay, « Les interact...
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[12]
K. A. Schultz, « The Politics of the Political Business-Cyc...
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[13]
M. Lewis-Beck, « Comparative Economic Voting : Britain, Fra...
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[14]
K. A. Schultz, art. cité, p. 83. Suite de la note...
[15]
Bien sûr, étant donnée la stabilité de l’électorat, l’obten...
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[16]
K. A. Schultz, art. cité, p. 88. Suite de la note...
[17]
F. Carlsen, « Opinion Polls and Political Business Cycles :...
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[18]
F. Carlsen, « Inflation and Elections : Theory and Evidence...
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[19]
R. Eccleston, « The Fiscal Electoral Nexus in Australia (19...
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[20]
R. N. Baleiras, « Electoral Defeats and Local Political Exp...
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[21]
F. Carlsen, « Unemployment, Inflation and Government Popula...
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[22]
Cf., par exemple, J. J. Rosa, D. Amson, « Condition économi...
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