Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629841
152 pages

p. 335 à 347
doi: en cours

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Lectures critiques

Vol. 54 2004/2

Une vraie fausse crise ? Mobilisation et démobilisation de l’électorat français au printemps 2002

Un séisme ? Plutôt de fortes turbulences… Un futur séisme est-il exclu ? Pas forcément. Mais, après le vote, retour au calme et même aux sources, celles de la Cinquième République, loin des complexités de la cohabitation. Un brutal « up and down » dans la politique française, avec des records dans tous les sens [1], un signe de plus de l’instabilité des corps électoraux dans des publics de moins en moins enrégimentés, mais se heurtant toujours aux murs de l’offre politique…
Il n’empêche que le printemps de 2002 restera dans les mémoires, celles des politistes et des hommes politiques comme celles de nombreux citoyens, même si l’élan, qui a marqué les jours précédant le 5 mai, est retombé quelques semaines plus tard.
Ce printemps a fait l’objet d’une littérature fournie tant en France qu’à l’étranger. Mais une place particulière doit être donnée au numéro d’octobre-décembre 2002 de la Revue française de science politique, avec un dossier intitulé « Sur quelques énigmes des élections françaises du printemps 2002 » [2], ainsi qu’au livre paru en mars 2003, Le vote de tous les refus. Les élections présidentielles et législatives de 2002, sous la direction de Pascal Perrineau et Colette Ysmal [3]. À la lecture de ces textes, se dessine une explication assez cohérente de ces événements, avec des effets d’écho d’une contribution à l’autre, sans exclure, cependant, quelques différences d’interprétation, mais pas sur l’essentiel.
On se réjouira tout d’abord, en tant que politiste européen, d’apprendre que la science politique française ait pu se donner un puissant instrument d’analyse empirique pour étudier le comportement électoral grâce au « Panel électoral français 2002 », résultat d’une collaboration entre le Cevipof [4], le CIDSP [5] et le CECOP [6], avec l’aide de la Fondation nationale des sciences politiques et du ministère de l’Intérieur. Cela permettra à la France, si cet effort se répète, de rejoindre plusieurs autres pays européens où les chercheurs recueillent et archivent des données du même type et s’entendent pour poser, dans leurs enquêtes nationales, quelques questions communes permettant de recourir à des analyses comparatives [7].
Nous ne procéderons pas ici à un résumé de toutes les participations aux deux ouvrages. Outre que cet exercice serait vite lassant, le travail a déjà été réalisé dans l’introduction du livre où les deux éditeurs présentent une synthèse des contributions à leur ouvrage. Nous essayerons plutôt de faire ressortir les principaux éléments explicatifs des soubresauts électoraux de ce printemps 2002 en établissant, à ce propos, un dialogue entre les contributions à la revue et les chapitres du livre en nous limitant à ce qui concerne l’analyse des mouvements du corps électoral.
Dans l’étude des élections, plusieurs approches sont possibles. L’on peut les étudier à partir d’une lecture historique, de court terme ou de long terme, à partir de faits ou d’événements, avec les réactions des acteurs politiques et leurs stratégies pour affronter les situations auxquelles ils sont confrontés. Les élections sont susceptibles aussi d’être éclairées par les effets de l’« offre électorale », qui met l’accent sur les programmes, ou sur les règles du jeu, particulièrement celles du système électoral, qui canalisent les comportements tant des élites politiques que de la population. Les élections peuvent également être abordées à partir de l’évolution de l’électorat, selon différentes dimensions : celles du vote pour tel ou tel candidat ou parti, ou celles du comportement de telle ou telle catégorie de l’électorat. La recherche ne manquera pas non plus d’interroger les évolutions à plus long terme de l’électorat, pour repérer les lignes de fracture, étudier leurs relations mutuelles et juger de leur évolution. Tous ces aspects sont présents dans les deux ouvrages qu’il nous est donné de recenser. C’est ce qui en fait tout l’intérêt en tant que tentative globale d’explication de ce prétendu séisme.
Campagne, cohabitation et contexte institutionnel
Au niveau le plus proche des élections, et le plus événementiel, se retrouvent bien évidemment les campagnes électorales. Les politistes ont des avis divergents sur le poids des campagnes électorales, comparé à des facteurs de plus long terme, ou plus structurels. Il n’empêche qu’on ne peut en faire l’impasse. Même si une campagne est peu spectaculaire, l’absence d’intérêt qu’elle suscite a des conséquences politiques – c’est le cas de figure auquel on est ici, par trois fois, confronté. Jacques Gerstlé s’intéresse aux campagnes « comme compétition pour l’emprise sur les perceptions publiques » [8] et y voit un facteur explicatif important : il estime même que l’effet des campagnes du printemps ne pouvait que réduire « le nombre des sceptiques sur l’impact des campagnes, et donc des facteurs à court terme, dans la compétition politique » [9]. Ces perceptions sont celles du caractère fermé, joué d’avance, du premier tour, qui déplace l’attention vers des candidats alternatifs. Bruno Cautrès avance, quant à lui, que « les effets nets de la campagne électorale semblent peu présents… » [10], mais il offre néanmoins une analyse des enjeux de la campagne : il s’agit du chômage, de la délinquance et des inégalités sociales (dans l’ordre). Parmi les milieux touchés par ces enjeux, l’on retiendra que le thème des inégalités sociales sensibilise plus les milieux aisés et les enseignants, tandis que celui du chômage concerne surtout les moins éduqués. On ne peut donc simplement associer ces deux enjeux. On notera que, de manière assez étonnante, la sensibilité à la délinquance est plus forte dans la droite classique qu’à l’extrême droite [11]. À partir de ces enjeux, B. Cautrès procède à l’analyse des images des candidats durant la campagne où la dispersion de la concurrence que subit Lionel Jospin est « […] une clef majeure d’analyse des élections présidentielles de 2002 » [12]. Dispersion de la concurrence qui le fait affronter des candidats attractifs sur le plan économique et social, tandis qu’il n’apparaît pas apporter de solution sur le thème de la sécurité au sein de sa famille politique. Alors que Jacques Chirac n’a, en fait, qu’un seul vrai concurrent en la personne de Jean-Marie Le Pen.
Cette position de l’extrême droite par rapport à la délinquance n’est pas sans poser problème, tant le lien entre perception de l’insécurité et vote Le Pen/FN paraissait bien établi. Une réponse possible se trouve plus loin dans le livre : pour Gérard Grunberg et Étienne Schweisguth, l’extrême droite se caractérise par l’association d’une répressivité élevée et d’une xénophobie forte, tandis que la droite modérée l’est par une répressivité élevée et une xénophobie faible [13]. C’est l’association des deux qui sensibiliserait tout particulièrement à l’extrême droite. Une question à approfondir, comme d’ailleurs l’impact des problèmes de sécurité en général [14].
Nombre de nos auteurs évoquent la prééminence du thème de la sécurité dans l’agenda médiatique, qui n’est pas sans effets de contexte. Jacques Gerstlé offre, à cet égard, une intéressante série statistique : dans les 13 semaines précédant la présidentielle, les questions d’insécurité sont traitées dans le journal de TF1 avec quasiment la même fréquence totale que la couverture des activités politiques et électorales, ce qui atteste de la saillance de cet enjeu [15]. Dans cette problématique de la campagne, on retiendra aussi l’effet de la campagne « à profil bas » (Pascal Perrineau [16]) du leader du Front national au premier tour des présidentielles, qui ne pouvait que démobiliser les oppositions, tout comme les conséquences de ce qu’Arnaud Mercier appelle « le journalisme de dérision » [17], qui accroît les sentiments négatifs du public vis-à-vis de la politique et favorise les candidats qui s’en réclament. L’atonie de la campagne, voulue par les principaux acteurs, s’est, en fait, retournée contre eux et surtout contre Lionel Jospin. Pour Jérôme Jaffré, l’intérêt pour la politique profite à la gauche et le choix de ne pas faire de vague ne pouvait donc que desservir le candidat de ce camp [18], candidat qui n’a fait qu’entretenir le manque d’attention pour la campagne en apparaissant plus comme un homme de bilan que de projet [19].
Sur la question de l’efficacité propre des campagnes, qu’il nous soit permis d’ajouter au dossier un élément qui ne figure pas dans les deux ouvrages. André Blais, Claire Durand et Marc André Bolet ont montré récemment, à partir des données des sondages pré-électoraux de six instituts, qu’il n’y a pas eu de réactivité de l’électorat vis-à-vis des principaux événements de la campagne : à partir du moment où la campagne a réellement commencé (l’annonce de la candidature de Lionel Jospin), les leaders dans l’opinion à ce moment (Jacques Chirac, Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement) perdent régulièrement des points, tandis que les autres candidats ne cessent d’en gagner (avec l’exception d’Arlette Laguiller, qui suit un parcours atypique) [20]. Aucun événement (les déclarations de Lionel Jospin sur l’âge du président, la gifle de François Bayrou, etc.) n’a d’effet sur l’opinion. Ce constat renvoie au débat sur les effets propres de la campagne.
Toutefois, le déroulement des campagnes du printemps, et surtout de la première, ne peut être dissocié d’autres événements qui en donnent, en bonne partie, le sens. C’est le cas des phases de cohabitation. Pour Jean-Luc Parodi, c’est tout particulièrement la dernière cohabitation précédant les élections de 2002 qui eut une influence déterminante « sur l’occultation de la fonction de sélection du premier tour de l’élection présidentielle au profit de sa fonction de message » [21], et ce, de plusieurs manières différentes. Cette situation rend tellement probable l’affrontement des deux candidats « principaux » qu’elle libère des énergies pour favoriser d’autres candidats. C’est le fait des « électeurs stratèges » qui veulent modifier marginalement un rapport de force et qui s’en trouvent confortés par leur certitude de n’agir qu’à la marge (par opposition à des électeurs « kantiens » votant en vertu de leurs valeurs sans ce genre de calcul [22]). Le retour de l’« électeur rationnel » ? André Blais, cité par Jean-Luc Parodi, évalue à 37 % le nombre d’électeurs n’ayant pas voté au premier tour pour le candidat qu’ils préféraient voir président [23] ! Sur le plan conceptuel, on pourrait élargir le propos et appliquer à l’électeur la célèbre typologie de Max Weber, et distinguer ainsi l’électeur rationnel par rapport à des buts (le stratège), par rapport à des valeurs (le kantien), l’électeur affectif (qui se définit par ses sentiments) et l’électeur traditionnel (le conformiste). Mais nous sortons ici du cadre de la recension.
Bernard Dolez nous rappelle, quant à lui, le rôle qu’ont joué les grandes réformes institutionnelles : le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. Toutes deux profitent à Jacques Chirac. Les législatives n’avaient plus pour fonction de trancher entre la gauche et la droite, mais de mettre fin à la cohabitation et de donner au nouveau président la majorité nécessaire pour gouverner. La règle électorale française joue aussi, bien entendu, son rôle, avec sa tendance, comme scrutin majoritaire, à opposer la gauche et la droite, et ce, au second tour des législatives, ce qu’elle fit plus souvent qu’en 1997 et 1993. Règle électorale qui, d’ailleurs, produira son effet « mécanique » habituel de déformation des pourcentages de voix en pourcentages de sièges, avec une particularité française mise à jour par l’auteur : la disproportion suit une « loi du quatre » plus qu’une loi classique du cube [24].
Le vote pour les candidats et les partis
En quittant ce niveau d’analyse pour aborder celui des comportements électoraux de la population (une distinction, bien sûr, analytique), plusieurs approches se retrouvent. Dans le livre, les votes pour tous les partis ont été analysés séparément, sans oublier les abstentions, qui ont joué un rôle considérable dans le processus électoral. Une attention particulière a cependant été conférée au vote pour l’extrême droite, à la fois dans la Revue française de science politique, sous la plume de Nonna Mayer, et dans le livre, sous celle de Pascal Perrineau. Les deux auteurs convergent dans leurs observations : l’électorat reste le même que précédemment (ethnocentriste et autoritariste, pluri-classiste avec moins de diplômés, de riches et de chrétiens), tout en étendant son implantation géographique (dans les zones « rurbaines » de la « diagonale aride »), sociale (auprès des seniors, mais en perdant son attraction auprès des jeunes [25]) et politique (au sein de la droite traditionnelle). Tous deux mettent aussi l’accent sur le contexte porteur de la campagne (la question de la sécurité), tout comme ils concluent sur une note qui retentit comme un avertissement. Pour N. Mayer, il ne faut pas perdre de vue que le FN se présentera aux élections régionales et européennes avec des chances de succès, le scrutin proportionnel permettant d’ouvrir l’« accordéon électoral » aux victimes de la règle électorale, et ce, dans un contexte économique et social risquant d’être à nouveau porteur. P. Perrineau, quant à lui, évoque plutôt l’idée d’une « protestation assoupie » des électeurs d’extrême-droite [26], après le dernier acte des élections du printemps, que d’un effondrement électoral. Par ailleurs, N. Mayer nous propose une hypothèse nouvelle sur le vote des femmes en faveur de l’extrême droite : celui-ci a augmenté en ce qui concerne les femmes à travail précaire. Les femmes prendront-elles le relais des hommes quand ceux-ci diminueront leur appui au FN, se demande-t-elle [27] ? Ajoutons à cela que le chapitre de P. Perrineau aborde aussi l’« erreur de lecture [28] » des commentateurs en mettant l’accent sur la distinction à opérer, pour le FN, entre l’éclatement du parti et la perte de son impact électoral. Un thème d’analyse comparative assurément à approfondir, car il y a des résultats en sens contraire (par exemple, en Italie en 1994).
Quel que soit l’intérêt de ces analyses pour éclairer les causes de la surprise du premier tour et la suite des événements pour le parti d’extrême droite, d’autres mouvements électoraux retiennent aussi l’attention.
C’est ainsi que Jean Chiche et Élisabeth Dupoirier nous apprennent qu’un changement s’est opéré dans les bases électorales du vote pour Jacques Chirac : le président sortant récupère une partie du vote balladurien, mais cette évolution est compensée par des difficultés avec ses bases traditionnelles. La physionomie de son vote devient dès lors plus droitière. Cela n’empêche que l’ouverture sociale de son vote réalisée en 1995 se confirme encore, « ce qui n’est pas sans rappeler l’assise électorale populaire du gaullisme du général de Gaulle, les employés – “cols blancs” de la France post-industrielle d’aujourd’hui – l’emportant sur les ouvriers “cols bleus” d’hier » [29].
Jérôme Jaffré traite de la désaffection de l’électorat socialiste pour Lionel Jospin. Il n’a pas peur d’utiliser le terme de « rupture du contrat entre les catégories les plus acquises au socialisme et leurs gouvernants » [30] : chute chez les jeunes, les cadres, les salariés du secteur public et les diplômés de l’enseignement supérieur, alors que la baisse est constante (et antérieure) dans les milieux populaires. Un résultat à mettre en parallèle avec les progrès chiraquiens dans ce dernier public, conduisant à une indifférenciation croissante entre les deux électorats. Ceci contredit-il l’explication que Pierre Martin propose, dans la Revue française de science politique, de la progression de la gauche dans les grandes agglomérations, qui serait due, pour lui, à un vote croissant en faveur de la gauche des personnes les plus diplômées [31] ? Nous n’avons pas les moyens de trancher cette intéressante question.
Dans leur étude des « marges » (PC, PRG, Verts) et des « marches » (extrême gauche) de la gauche, Bernard Dolez et Annie Laurent nous éclairent sur le sort radicalement différent de ces deux entités lors des scrutins du printemps : alors que les marches profitent de la présidentielle plus que les marges, c’est l’inverse qui se produit pour les législatives. Les auteurs décèlent, en plus, des électorats socialement différenciés et, en même temps, un système de vases communicants sur un plan géographique entre marges et marches, qui est moins visible au niveau national que local. L’électorat communiste reste ce qu’il est, en plus réduit (majorité d’ouvriers, d’hommes, peu de bacheliers et de diplômés de l’enseignement supérieur) ; Jean-Pierre Chevènement attire plus de cadres et de professions libérales, avec seulement 50 % de son électorat se situant plutôt à gauche ; l’extrême gauche se compose surtout de femmes et personnes à faible patrimoine, avec un électorat plus jeune et plus éduqué cependant chez Oliver Besancenot que chez Arlette Laguiller.
Le vote vert, analysé par Daniel Boy, ressemble fortement à celui que l’on trouve dans les autres pays européens sur le plan sociologique, pour l’électorat de Noël Mamère tout au moins. Il est jeune, éduqué et marqué par les valeurs libertaires. La déception de l’échec fut d’autant plus forte chez les Verts que le résultat des municipales de 2001 avait donné beaucoup d’espoir. Le mauvais résultat des législatives est dû soit à l’absence de notoriété des candidats Verts par rapport aux socialistes, soit à une sanction plus sévère du public pour les Verts que pour les socialistes en ce qui concerne la gestion gouvernementale. On peut ajouter dans ce sens que l’échec récent des Verts aux législatives en Belgique tend à montrer que l’électorat écologiste est particulièrement sensible au bilan de la présence au gouvernement d’un parti qui prétend « faire la politique autrement ».
Dans leur analyse de la droite non gaulliste, Pierre Bréchon et Bernard Denni nous décrivent « la fin d’un cycle électoral » [32], où la droite non gaulliste pouvait rivaliser avec l’autre droite. La sociologie de cet électorat est celle de catégories sociales favorisées, avec une prédominance jeune et féminine, les jeunes étant plus présents dans cet électorat que dans celui de Jacques Chirac.
Quant au vote pour Saint-Josse, analysé par Michel Bussi, il est sur-représenté chez les agriculteurs et chez les commerçants et artisans, mais, de manière inattendue, bien présent aussi chez les ouvriers, tout en étant sous-représenté chez les professions supérieures et intermédiaires. À noter que ce vote se caractérise aussi par une implantation géographique particulière : il se situe dans la périphérie proche de grandes concentrations urbaines, touchée par les extensions urbaines, touristiques et récréatives [33]. On retiendra également dans ce chapitre la mise en valeur d’une variable géographique originale dans l’explication du vote : la distance par rapport au centre urbain. Les courants protestataires progresseraient en fonction de la distance à la capitale, alors que les candidats gouvernementaux perdraient corrélativement leur audience. Ceci conduit l’auteur à distinguer, en plus de la France d’en haut et d’en bas, la France d’« au centre » et d’« au loin » [34]. Une approche qui renvoie au clivage urbain-rural de Stein Rokkan et qui opposerait, en France, le vote CPNT au vote vert [35].
L’abstention et le rôle des jeunes
On ne peut, bien sûr, passer sous silence, lors de ce printemps électoral, la question des abstentions, abordée par Anne Muxel dans le livre (et indirectement dans la revue par l’intermédiaire de la participation des jeunes). Parmi les records de ce printemps, figure celui des abstentions au premier tour des présidentielles (28,4 %) et des législatives (36 %). Abstentionnistes nettement plus intermittents que constants (10 % en moyenne). L’auteur retrouve chez les abstentionnistes la distinction qu’elle avait établie par ailleurs entre « abstentionnistes dans le jeu politique » et « hors jeu » : les premiers prédominent surtout au premier tour des présidentielles et constituent les deux tiers de la catégorie. A. Muxel y décèle un « paradoxe démocratique » : « retrait de la scène électorale, mais relative implication et sens de l’intérêt général » [36]. Quant au mouvement de remobilisation électorale du second tour, il est dû essentiellement aux jeunes, avec cet autre paradoxe que contient le recours aux manifestations : « l’utilisation de la protestation au service d’un rappel à l’ordre civique » [37] ! L’élan retombera pesamment lors des élections législatives, avec un retrait caractérisé des plus jeunes, des femmes et des indépendants, le décrochage se manifestant dans les mêmes proportions à droite et à gauche [38]. Finalement, plusieurs types d’abstentions ont conjugué leurs effets : celui des jeunes, des protestataires, des électorats de gauche et de droite et, enfin, des indifférents. Ces mouvements contradictoires posent des questions sur les transformations du lien des citoyens avec la politique, ce qui ouvre, pour l’auteur, la question non seulement d’une crise de la représentation politique, mais, plus largement, de la demande politique qui se déplacerait vers « d’autres sphères de légitimation » [39].
Cette dernière question renvoyant au vote des jeunes, celui-ci est approfondi, toujours par Anne Muxel, mais, cette fois, dans la Revue française de science politique. Ce vote est évidemment lié au sursaut de la participation au second tour des présidentielles : après qu’un tiers environ des 18-25 ans se soit abstenu au premier tour, un quart de cette catégorie d’âge déclare avoir personnellement participé à une manifestation anti-Le Pen, (contre 14 % dans le reste de la population). Le Pen a joué le rôle d’un pôle d’identification négative forte au deuxième tour présidentiel, ce qui ne doit pas oblitérer le fait qu’il a aussi joué celui d’un pôle positif pour une autre partie de la jeunesse, la moins éduquée. Deux dynamiques sont à l’œuvre dans les manifestations : la première, plus radicale et affective [40] chez les plus jeunes ; la seconde, plus politique, au fur et à mesure que l’âge est plus élevé. Mais la mobilisation retombe « tel un soufflé, comme si rien ne s’était passé » [41] au premier tour des législatives. Pour Anne Muxel, l’atonie de la campagne et des programmes a dû raviver les sentiments négatifs des jeunes vis-à-vis de la politique. Mais des traces de civisme électoral restent : quel que soit l’âge, les manifestants s’abstiennent moins aux législatives.
Structure et mouvements de l’électorat
Après toutes ces études des différents électorats et de l’abstention, notre parcours franchit un nouveau niveau d’analyse en abordant les travaux qui cherchent à caractériser l’ensemble du corps électoral dans une perspective temporelle plus longue.
L’analyse de Gérard Grunberg et Étienne Schweisguth sur la « tripartition de l’espace politique » [42] se situe sur le plan des valeurs et, donc, dans le plus long terme. Ils constatent tout d’abord le « lent déclin du clivage gauche-droite » [43], qui paraît condamné à terme, les générations âgées s’y inscrivant de moins en moins avec le temps et les jeunes générations le rejetant avec netteté. Les auteurs observent aussi l’imprégnation croissante d’un clivage de valeurs opposant les « universalistes » et les « anti-universalistes » [44]. Ce clivage distingue clairement trois blocs de l’électorat : la gauche, qui s’oppose à la droite modérée, et ces deux, ensemble, qui s’opposent à l’extrême droite. L’extrême gauche n’est pas suffisamment détachée de la gauche, ni suffisamment cohérente pour former un groupe séparé. Vu l’exclusion du jeu politique qui frappe l’extrême droite, une telle situation renvoie évidemment, sur le terrain politique concret, à « la bipolarisation politique qui organise le fonctionnement du système politique français » [45]. L’éternel retour de l’offre politique classique… Il faut noter, pour l’information du lecteur, que cette analyse concluant à la tripartition de l’espace idéologique français a été critiquée par Robert Andersen et Jocelyn A. J. Evans, qui ne trouvent pas ce troisième bloc que constitue l’extrême droite à partir de données de la SOFRES en 1988 et 1995 [46], sans pour autant se prononcer sur 2002 [47]. Pour nos auteurs français, cette analyse de 1988 et 1995 ne se base pas sur la même définition d’un bloc politique et, donc, apporte une critique sur un autre concept que celui qu’ils utilisent [48].
Enfin, toujours dans le long terme, Pierre Martin nous montre, dans la Revue française de science politique, que le printemps 2002 ne fut pas celui d’un réalignement électoral, en fonction de l’approche qu’il a développée antérieurement de cette question [49], et que l’on reste dans une structure de deux coalitions, contrôlées chacune par un parti dominant, et un tiers isolé qui s’identifie au FN – une conclusion « tripartite » identique à celle de Gérard Grunberg et Étienne Schweisguth. La dernière phase de réalignement électoral en France fut celle de 1981-1984 et tous les soubresauts du printemps 2002 ne permettent pas de conclure à un nouveau phénomène de ce type. Mais l’auteur reste prudent pour l’avenir : « […] Le maintien de l’ordre politique (électoral, partisan) ne doit pas cacher son usure certaine au bout de 18 ans » [50]. Ce qui pourrait bien survenir, selon lui, à la prochaine échéance présidentielle.
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Tel est donc le parcours aux multiples croisements que nous offrent ces deux excellentes publications, qui dessinent, en quelque sorte, le « modèle caché » de ce printemps électoral atypique. Elles concluent à la démystification de l’idée de séisme électoral. On repère cependant la trace de changements profonds et progressifs du corps électoral – présents aussi dans d’autres démocraties – qui configureront sans doute de plus en plus la vie électorale de nos pays. Peuvent être pris comme exemples : l’affadissement du clivage idéologique droite-gauche ; la fragmentation croissante du corps électoral et la baisse de la prédictibilité des résultats électoraux ; la perte de la cohérence de la classe ouvrière ; les mutations du vote des jeunes et des seniors ; les progrès du vote rationnel ; le développement des valeurs universalistes et post-matérialistes ; la désaffection pour un certain type de vie politique, qui n’exclut pas une politisation plus profonde, mais aussi plus critique ; le déplacement des formes de légitimation politiques, la pertinence croissante des attitudes relatives à l’Europe, sans que cette énumération soit limitative. Phénomènes qui mériteraient, en plus des analyses nationales, d’être complétés par des comparaisons internationales qui, seules, permettraient d’isoler ce qui ressort en propre de la vie politique française et ce qui est dû aux grandes mutations sociales des sociétés occidentales. Que, finalement, en bout de course, le régime politique français se soit remis à fonctionner dans la pure logique de la Cinquième République renvoie certainement à la présence de garde-fous puissants de l’« ordre établi ». Mais l’on pouvait émettre la même conclusion à la fin de la période de Mai 68… Comme l’économie, la politique connaît aussi des « effets retard » !
André-Paul FROGNIER
Unité de science politique et de relations internationales
Université catholique de Louvain

Pouvoir, mobilisations, révolutions : en relisant François Chazel [yy51]

On sait l’intérêt que, de longue date, François Chazel porte aux questions du pouvoir, des mobilisations et des révolutions. Du pouvoir à la contestation réunit ses principales contributions, publiées entre 1975 et 2002, à la réflexion sociologique sur ces trois thèmes. L’intérêt de ce type de recueil – a fortiori lorsqu’il réunit, comme c’est le cas ici, des textes dont la publication s’étale sur une période longue – est souvent de tirer le bilan d’une réflexion personnelle en en soulignant tant la continuité que les évolutions. À ce titre, l’ouvrage montre combien Fr. Chazel a contribué à renouveler constamment la sociologie politique française en se faisant l’introducteur en même temps que le critique rigoureux de maints travaux étrangers (anglo-saxons, spécialement), qui n’avaient jusqu’alors pas fait l’objet d’une véritable attention dans notre pays et qui, depuis, y ont acquis le statut de références incontournables. Mais l’intérêt du livre ne se limite pas à cet aspect : il tient également, et sans doute surtout, à la sélection et au classement judicieux des textes, qui, loin de les juxtaposer, permettent de les faire dialoguer, de souligner l’écho ou les prolongements que chaque thème rencontre auprès des autres et donnent ainsi à l’ouvrage son unité et sa cohérence.
C’est au pouvoir qu’est consacrée la première partie du livre, centrée sur la délimitation du domaine de pertinence de cette notion – une des plus courantes, mais aussi des plus confuses de la sociologie politique – et sur l’examen de ses relations avec des concepts proches, tels ceux d’autorité ou de domination. Le premier chapitre entreprend ainsi une discussion serrée des différentes approches sociologiques du pouvoir, pour porter à la fois l’accent sur sa dimension relationnelle (ouvrant ainsi à une discussion de la distinction entre pouvoir de et pouvoir sur) et s’interroger sur les modes par lesquels une relation de pouvoir peut obtenir une docilité. L’examen de cette question non seulement permet à son tour une clarification de notions comme celles de coercition, de sanction ou d’influence, mais rappelle également, en mobilisant, pour ce faire, l’appareil conceptuel proposé en son temps par Talcott Parsons [52], ce que la réflexion sociologique doit à cet auteur aujourd’hui souvent ignoré. Le deuxième chapitre poursuit la réflexion en s’arrêtant sur les relations entre pouvoir, structure et domination. L’examen de cette question amène Fr. Chazel à avancer que « le pouvoir fait généralement fond sur la distribution asymétrique des ressources constitutive des structures de domination et réciproquement […], la domination, de son côté, dépend, pour son maintien même, du jeu des relations de pouvoir et de la mise en œuvre des ressources qu’elles impliquent » (p. 65). De la sorte, le pouvoir, considéré comme un élément permanent « dont aucune société ne saurait se passer » (ibid.), doit-il être appréhendé dans sa contribution tant à la reproduction qu’à la transformation des structures de domination. Le troisième chapitre, plus bref, s’attache, quant à lui, à cerner la spécificité du pouvoir politique. S’il le fait classiquement, en le distinguant (contre la vulgate marxiste) de la domination économique et en soulignant (dans la tradition wébérienne) la combinaison instable de légitimité et de coercition qui le compose, il se signale également, une nouvelle fois en mobilisant Parsons, en rappelant sa « capacité de coordination des unités sociales autour de la réalisation de fins collectives » (p. 70).
La deuxième partie est consacrée à la mobilisation et s’ouvre sur un article, originellement publié en 1975 dans la Revue française de science politique, qui joue en quelque sorte le rôle de borne témoin puisqu’il permet de mesurer le chemin parcouru par la sociologie des mobilisations depuis les années 1970. Ce concept s’est, en effet, autonomisé de l’analyse des processus de modernisation, au sein de laquelle il a été initialement forgé, pour devenir un des instruments privilégiés de l’étude des mouvements sociaux. Le texte de Fr. Chazel est lui-même annonciateur de cette autonomisation par la connexion qu’il opère entre mobilisation et construction d’engagements et d’identifications, ainsi que par l’intérêt qu’il accorde au courant, alors naissant, de la mobilisation des ressources. C’est ce même courant, et plus précisément les liens qu’il entretient avec l’utilitarisme d’Olson [53], qui est au centre du chapitre suivant. Si c’est en s’affrontant au paradoxe de l’action collective posé par Olson que ce courant s’est constitué, il n’a toutefois pu le faire qu’en se distanciant de son utilitarisme au profit – sous la plume d’Oberschall [54], en premier lieu – d’une approche davantage attentive aux formes de sociabilité préalables sur lesquelles se constituent les actions collectives. De même, la notion olsonienne d’incitation sélective est-elle soumise à un examen critique qui, non seulement pointe les risques de tautologie dont elle est porteuse, mais également son inadéquation à la réalité de la marche des mobilisations, les incitations étant bien souvent non la condition, mais le résultat d’une action collective victorieuse.
Les deux chapitres suivants méritent tout spécialement l’attention du lecteur de 2004 en ce qu’ils abordent deux approches qui, aujourd’hui encore, dominent la sociologie des mouvements sociaux. La première est celle issue de ce que Fr. Chazel considère comme une « découverte progressive » de la dimension politique des mobilisations, qui envisage les relations entre les mouvements sociaux et leur environnement au travers du concept de structure des opportunités politiques. Ce concept, qui désigne les facteurs structurels dont l’évolution, lorsqu’elle s’opère dans le sens d’une « ouverture », exerce une influence favorable sur la constitution d’une mobilisation, ouvre à l’appréhension de ce que tout mouvement social doit, indépendamment de son niveau de ressources ou de son organisation préalable, au contexte politique dans lequel il apparaît et se développe. Tout en soulignant l’apport de cette perspective, Fr. Chazel signale son manque d’intérêt pour les dimensions proprement symboliques et cognitives des processus contestataires, et notamment sur les modes de perception et de saisie des opportunités. C’est précisément à l’intégration de ces dimensions que se consacre le modèle, discuté dans le dernier chapitre de la partie, développé par David Snow [55] à partir de la théorie proposée par Goffman dans Les cadres de l’expérience [56]. Mais l’apport de Fr. Chazel ne se limite pas à une discussion de ce modèle : il en prolonge la portée en avançant une série de propositions – telle celle que l’action collective se développe plus intensément en fonction des menaces qu’en fonction des opportunités, ou que l’imputation de la responsabilité d’un état de choses à des causes externes et stables favorise l’engagement individuel – qui complexifient et raffinent la perspective. Une telle entreprise de précision est d’autant plus salutaire que le succès de l’application de la frame analysis à l’étude des mobilisations a, ces dernières années, tendu à en routiniser l’usage sur un mode a-critique et à la priver d’une large part de son potentiel heuristique.
L’apport de la troisième partie, consacrée aux révolutions, est d’autant plus appréciable qu’il s’agit d’un objet délaissé depuis plusieurs années par la science politique française, et cela, alors qu’il en fut pendant longtemps un domaine d’étude important. Les deux textes qui composent cette partie placent eux aussi la dimension idéelle de la réalité sociale au centre de l’analyse, mais à partir de terrains différents. Le premier aboutit, à partir d’une discussion de travaux aussi divers que ceux de Walzer, Quinet, Cochin, Higonnet ou Furet [57], à une approche nuancée et équilibrée du poids des facteurs idéologiques dans les processus révolutionnaires, refusant tant de les tenir pour négligeables que d’y voir la clé ultime de leur intelligibilité. Une démarche en partie similaire, quoique intégrant davantage le rôle des mobilisations, est déployée dans le dernier chapitre consacré à la révolution est-allemande de 1989. L’analyse, ici centrée sur la dynamique des manifestations de rue et sur les slogans qui y ont été scandés, donne un précieux éclairage sur les modes de constitution d’un répertoire d’action au sein d’une population antérieurement peu portée à l’action contestataire. Elle montre également comment la thématique de la réunification a progressivement émergé des manifestations pour s’imposer comme une saillance, représentation de l’issue possible ou probable en regard de laquelle ont tendu à s’organiser les calculs et les anticipations des différentes catégories de protagonistes.
On terminera cette recension en rappelant combien la sociologie des phénomènes contestataires gagnerait à ne pas s’enfermer, comme elle tend à le faire actuellement, dans un univers conceptuel spécialisé et fermé sur lui-même. L’ouvrage de Fr. Chazel constitue, de ce point de vue, l’exemple a contrario d’une démarche dans laquelle l’acuité du regard critique n’est jamais exempte de préoccupations de sociologie générale. En ce sens, sa lecture ne se recommande pas aux seuls analystes des mouvements protestataires ou révolutionnaires, mais bénéficiera à l’ensemble des sociologues du politique.
Lilian MATHIEU
CNRS
LASP (Laboratoire d’analyse des systèmes politiques)
Université Paris X-Nanterre

Au principe de la France : Les Lois de la République

L’érudition serait-elle un élixir de jeunesse pour les membres de l’Institut, sachant profiter de la richesse de ses établissements français et étrangers, tous également dotés de ces merveilleuses bibliothèques, où dorment les savants travaux des abbés de jadis ? On doit le croire après la lecture du dernier livre de Claude Nicolet, qui, membre de l’Institut et au retour de l’École de Rome, s’est consacré à élucider le mystère de La fabrique d’une Nation dans un livre qui se présente comme une magistrale leçon d’intégrité intellectuelle [58].
Le livre commence par un aveu proustien : « Je n’ai jamais cessé de m’intéresser à l’histoire des idées », et se termine par une profession de foi qui est l’honneur de l’auteur de L’Idée républicaine en France (1789-1924) : « Historiquement, c’est peut-être bien du temps des rois, autour de leur pouvoir et de leurs territoires, qu’est apparue “la Nation France”. Mais, à cette nation, les idées juridiques et philosophiques des pères fondateurs ont toujours tenu à superposer une construction politique volontariste, fondée sur des principes et sur les conséquences qu’il faut en tirer. Or, ces principes, et ces conséquences, ont pour caractéristique essentielle de n’être valables que dans l’universel. »
Ainsi s’éclaire l’itinéraire d’une vie qui, toute au souvenir d’une enfance écrasée par l’effondrement de 1940, n’a cessé de s’interroger, sans reculer devant les points aveugles de l’éducation reçue. Et son originalité aura été d’être allé chercher les réponses jusqu’aux débuts de l’histoire des hommes, dans cette Antiquité quasi-mythique, puisque, depuis le succès des collèges jésuites, dont les lycées napoléoniens et républicains ont repris les programmes, l’histoire ancienne a longtemps été considérée comme la meilleure matrice de l’enseignement civique. Mais, pour qui n’a d’autre démarche que scientifique, la difficulté surgit aussitôt car chacun voit que l’héritage antique est à la fois double et contradictoire : démocratique et égalitaire avec le régime grec du citoyen-soldat, il est républicain et hiérarchique avec Rome, dont le régime de ses Lois a su déborder l’Italie pour s’étendre jusqu’aux frontières de l’univers connu. C’est alors que revient le questionnement d’enfance, pour servir de boussole et obliger, au-delà de l’œcuménisme paresseux ou de la récupération d’héritage, d’affronter « l’impensable » de la chute d’une armée, d’un régime et d’un État qui ira jusqu’à la « persécution raciale » de ses propres citoyens. Souvenir difficile à formuler, mais qui explique un engagement « républicain » au seul service de l’homme-individu, libre de toute appartenance historique, sociale ou ethnique. La préférence est donc allée sciemment vers Rome, République devenue Empire, esclavagiste, mais non raciste, puisqu’à la différence de la Grèce, toute aussi esclavagiste, mais morte de son purisme, l’Urbs aura su se transformer en Ville-monde. Et l’auteur du Métier de citoyen à Rome de rappeler les trois piliers de ce succès : la sécurité du limes, grâce à des légions sachant enrôler les barbares, une centralisation judiciaire et fiscale dont héritera la Rome chrétienne et un respect du gouvernement local des municipes dont la combinaison a engendré ces siècles de pax romana, dont Gibbon situe l’âge d’or dans l’Empire du IIe siècle après Jésus-Christ. La mémoire en sera si prégnante que l’histoire ultérieure de l’Occident pourra toute se lire comme le long récit des prétentions à la succession légitime de cette monarchie universelle : la royauté chrétienne de Clovis ? L’Empire de Charlemagne ? La monarchie très catholique des Habsbourg ? Le succès de la première resta sans égal car, sans avoir jamais été ni héréditaire ni patrimonial, Rome avait confié son destin au gouvernement de la fortune et du talent, au choix des légions ratifié par le Sénat de Rome. Au point d’inspirer les révolutions anglaise, américaine et française, dont la postérité, très inégale, laissa intacte la nostalgie de la fondation réussie, dont une des raisons aura été son inscription dans une tradition dont l’origine grecque avouait l’ancienneté. À telle enseigne qu’aujourd’hui encore, l’histoire romaine se situe à la source de toute pensée sur le « républi-canisme », comme le montre le livre récemment traduit en français de Philip Pettit, qui, une fois surmonté le traumatisme d’une expérience personnelle qui l’avait fait quitter le séminaire de sa jeunesse, dit avoir trouvé son salut dans l’étude des Lois de la République de Rome, les premières à avoir concilié autorité et liberté, les premières à s’être organisées autour du recours constitutionnel [59]. En particulier, Rome acceptait, devant ses tribunaux, les plaintes de citoyens, dont la fierté était cette égalité devant la loi, qu’il ne faut confondre ni avec l’égalité devant les emplois, absente de cette société censitaire, ni avec l’égalité devant les urnes, encore moins avec la démocratie directe de l’agora, où Ph. Pettit ne voit qu’une forme de populisme. Pour mesurer le chemin parcouru par Ph. Pettit, il n’est que de lire L’Essai sur la nature juridique de la République de Marie-Pauline Deswartes, qui s’en tient à l’histoire d’une République française du bien commun, se lisant de Clovis à Charles de Gaulle. Elle en conclut au mérite d’une Cinquième République qui a su s’éloigner du tout-État pour investir une Constitution dont la nouveauté est d’être dotée d’un juge capable de protéger la liberté d’expression, celle des professeurs comme des journalistes. Mais Idée en marche – et non Idée critique, comme chez Nicolet –, cette République s’arrêterait au seuil de la transcendance au nom de laquelle ces recours peuvent s’exercer, alors qu’existe le modèle pluriséculaire de la famille, institution naturelle pour protéger les faibles, du début à la fin de la vie [60].
Par comparaison, la force de Nicolet est de sortir le lecteur du débat franco-français pour l’introduire dans le débat international sur Rome. En effet, sa connaissance des sources anciennes, aussi bien que sa présence sur la scène savante lui permettent de recenser, pour notre plus grand bonheur, points obscurs et interprétations successives. Ainsi, après quinze siècles, la chute de la Rome reste-t-elle encore une énigme pour un Occident qui n’a plus cessé d’en débattre, le choix des causes entraînant l’évaluation de la postérité de Lois dont la réussite avait été de combiner noblesse fonctionnelle, royautés locales et classes moyennes paisibles. Et ce, d’autant que la Renaissance découvrant, ou redécouvrant des textes anciens, a suscité un souci d’érudition critique, très neuf, qui n’avait été ni celui du Moyen Âge, temps des légendes, ni celui des Arabes, toujours prêts à enjoliver les textes dont ils assuraient la transmission. Le résultat, paradoxal pour nous, est de découvrir que l’érudition d’Ancien Régime avait pu être plus avertie de la question des origines que le romantisme du 19e siècle, trop confiant en Montesquieu. Liant les libertés à l’aristocratie héréditaire, le magistrat bordelais a trop opposé le « système » du comte de Boulainvilliers au « système » de l’abbé Dubos, la « conjuration contre le tiers état » à la « conjuration contre la noblesse ». Une lecture sans passion restitue pourtant à chacun ses nuances et complexités : si Boulainvilliers croyait à la violence de la conquête, il pensait que le mélange des familles avait depuis longtemps renvoyé ce point à l’histoire, tandis que l’abbé-diplomate savait, pour avoir lu des textes aujourd’hui oubliés, que l’aristocratie avait été fonctionnelle bien avant que la féodalité ne la transforme en hérédité. Alors que Nicolas Fréret, avocat janséniste, sait écrire que la domination des Francs a été appelée et désirée par les Gaulois de l’Ouest du Rhin, le 19e siècle, traumatisé par les trois invasions « germaniques » qu’il a vues, inventera une histoire nationale toute entière née des « grandes invasions », dont nos imaginaires sont encore hantés. De plus, François Guizot, grand maître de nos institutions de mémoire, usera de la radicalité de cette prétendue coupure pour raconter toute l’histoire d’Ancien Régime comme la longue guerre des Germains victorieux contre les Gaulois vaincus, la guerre entre ces « deux races » qu’étaient, d’une part, l’aristocratie, où l’hérédité du sang se confondait avec la propriété de la terre, et, d’autre part, le peuple soumis des serfs-paysans. Progressivement affranchi grâce à la création des villes, le tiers état n’aurait cessé de lutter jusqu’au paroxysme de la Révolution et de sa terreur, auquel les Chartes de 1815 et 1830 auraient mis un terme grâce au gouvernement de la raison représentative ! Si la révolution de 1848 sonne le glas de cette illusion, le schéma d’une histoire organisée autour d’une lutte binaire entre deux principes aura un immense succès. Magnifiée par la clarté oratoire du professeur Guizot et le talent littéraire de Thierry, elle servira à justifier d’autres fractures toutes aussi symboliques : ainsi, à la lutte contre les privilégiés succèdera celle du « peuple » contre la bourgeoisie, selon un schéma binaire que l’on verra se poursuivre au travers de la lutte des bons Français (bonapartistes) contre les républicains, des laïcs (républicains) contre les cléricaux (blancs), de la classe ouvrière (rouge) contre la bourgeoisie (bleue), des pacifistes contre les bellicistes, jusqu’à la déchéance finale de cet État autoritaire, dit français, traditionnel et national, se déshonorant à lutter contre ses « dissi-dences », qu’elles soient juives, métèques ou terroristes.
Fidèle à son parti pris avoué de continuité civique et d’érudition critique, La fabrique d’une Nation procède à l’inverse. Sa méthode est historiographique : en d’autres termes, liant questions et circonstances, elle nous raconte l’histoire de l’Histoire de la nation française, c’est-à-dire l’histoire de la façon dont chaque époque a organisé son rapport au passé pour l’aider à résoudre les problèmes de son présent. Et c’est là où l’érudition critique de Nicolet fait merveille : car qui mieux que lui peut savoir que, si les Anglais de 1719 consultent l’abbé de Vertot au sujet de la composition du Sénat romain, c’est parce qu’ils songeaient à réformer leurs Lords ? et que si l’abbé est si savant sur les Lois de la Rome impériale, c’est parce que les Français s’intéressent à cette monarchie universelle, dont ils sont unanimes à se croire les héritiers ? ! Alors que, dix ans plus tard, s’ils lisent encore l’abbé, ce sera pour savoir si la monarchie de Clovis était élue ou héréditaire, car, entre-temps, la Régence avait été obligée de reconnaître les droits de « la nation », « au cas où la race des princes légitimes viendrait à s’éteindre ». La Révolution de la « table rase » a cru que les questions sur les origines de la monarchie ou de la noblesse seraient abolies avec leur mise à mort. Elles réapparaîtront pourtant, Chateaubriand et le romantisme mettant le « gothisme » à la mode, tandis que Napoléon III écrira un Jules César, quand Bonaparte s’était cherché un prédécesseur chez Washington et Napoléon Ier chez Charlemagne ! Or, il se trouve que, pour la recherche, c’est Napoléon III qui aura été le bienfaiteur, finançant publications et fouilles : ainsi d’Alésia, qui, sortant du mythe pour entrer dans la réalité, n’apparaît plus que comme un petit village de vaincus ! De sorte qu’aujourd’hui, fort des données toujours élargies de l’archéologie, de la numismatique ou de l’épigraphie, il devient de mieux en mieux possible de mesurer la chance que fut la longue et paisible occupation de la Gaule par Rome. C’est alors que ses Lois en ont transformé les habitants – qui n’étaient que des Germains ou des Francs ayant passé le Rhin – en ces « gallo-romains », nos vrais ancêtres, dans la mesure où le métissage réussi des différentes populations vivant sur ce territoire privilégié a fait que la vieille Gaule n’avait nul besoin des forêts de Germanie pour découvrir et pratiquer la liberté du quotidien. En outre, la découverte, toujours plus précise, de l’ensemble d’une civilisation gauloise, couvrant les plaines du Rhin jusqu’à l’Oural et aux Carpates, a confirmé la vraie barbarie d’une civilisation sans écriture connue. Ainsi ses tombes remplies de bijoux et d’armes, où le mélange d’ossements ne dit que trop la réalité de sacrifices humains, très éloignés de la liberté des forêts ! Grâce à l’École française de Rome, fondée en 1873, c’est-à-dire plus tard que celle d’Athènes ou du Caire, la République française aura eu l’intelligence de tirer profit de sa conquête de l’Afrique du Nord pour se faire une spécialité d’archéologie punique, romaine et paléo-chrétienne qui, aujourd’hui encore, est le meilleur des liens de fraternité existant entre les deux rives de la Méditerranée.
On le voit : le débat sur La fabrique d’une nation, sur la France écartelée entre Rome et ses Lois, d’une part, les Germains et leurs coutumes, de l’autre, est aussi le débat entre la civilisation à vocation universelle et la culture à vocation particulière. Si le 19e siècle a durci cette vieille opposition sous les noms de « germaniste » et de « romaniste », c’est que l’expansion militaire de la « Grande Nation » avait suscité en retour un mouvement de nationalités, plus ethniques qu’universalistes, que Napoléon III eut le malheur d’encourager. Pourtant, les grands républicains des débuts de la Troisième République, qui avaient eu le temps de travailler sous le second Empire comme de méditer la défaite militaire soldée par la perte d’une Alsace-Lorraine de langue allemande – tous pédagogues autant que savants, tels Lavisse, Fustel de Coulanges ou Camille Jullian – avaient su renouer avec le temps des Français en distinguant la nation de droit de la nation ethnique. Rappelant les principes civiques au nom desquels les siècles avaient fabriqué la nation française, ils ont chacun écrit des textes magnifiques, sur lesquels le livre se clôt.
Reste à savoir pourquoi cette pensée d’œcuménisme républicain, fidèle aux Lois de la République, a été perdue par les parlementaires républicains du siècle suivant. Si, à cette question, un spécialiste de l’Antiquité ne pouvait répondre, il y va de la responsabilité des historiens de ce siècle de la poser sans faiblesse ni flagornerie.
Odile RUDELLE
CNRS
Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)
Fondation nationale des sciences politiques
 
NOTES
 
[1] Jean-Luc Parodi utilise l’expression « Les élections de tous les records » : records d’abstention aux premiers tours des présidentielles et des législatives, record des blancs et nuls au premier tour des présidentielles, record du nombre de candidats aux deux premiers tours, succès record de Jean-Marie Le Pen et de l’extrême gauche au premier tour des présidentielles, échec record du candidat communiste à cette même élection, score le plus bas des deux candidats arrivés en tête, toujours à cette même élection, enfin, succès record du nouveau président… (Jean-Luc Parodi, « L’énigme de la cohabitation, ou les effets pervers d’une pré-sélection annoncée », Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 485-505, et plus particulièrement p. 486-493).
[2] Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, avec des contributions de Jean-Luc Parodi, ibid. ; Nonna Mayer, « Les hauts et les bas du vote Le Pen 2002 », p. 505-521 ; Anne Muxel « La participation politique des jeunes : soubresauts, fractures et ajustements », p. 521-545 ; Bernard Pudal, « La beauté de la mort communiste », p. 545 à 561 ; Florence Haegel, « Faire l’Union : la refondation des partis de droite après les élections de 2002 », p. 561-577 ; Bernard Dolez, « Les mystères de la chambre bleue : des voix aux sièges lors des élections législatives de juin 2002 », p. 577-593, et Pierre Martin, « Les élections de 2002 constituent-elles un « moment de rupture » dans la vie politique française ? », p. 593-609.
[3] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus. Les élections présidentielles et législatives de 2002, Paris, Presses de Sciences Po, 2003. Avec des contributions de Jacques Gerstlé, « Une fenêtre d’opportunité électorale », p. 29-47 ; Arnaud Mercier, « Les médias en campagne », p. 53-77 ; Raphaëlle Bacqué, Gérard Courtois, « Le choc des personnalités », p. 89-99 ; Bruno Cautrès, « Les raisons politiques du choix », p. 103-120 ; Anne Muxel, « La poussée des abstentions : protestation, malaise, sanction », p. 125-153, Jean Chiche, Élisabeth Dupoirier, « De Chirac à l’UMP : mutations et reconquête », p. 161-185 ; Pascal Perrineau, « La surprise lepéniste et sa suite législative », p. 199-220 ; Jérôme Jaffré, « Comprendre l’élimination de Lionel Jospin », p. 223-242 ; Bernard Dolez, Annie Laurent, « Marches et marges de la gauche », p. 251-263 ; Daniel Boy, « La place de l’écologie », p. 275-286 ; Pierre Bréchon, Bernard Denni, « Bayrou, Madelin, Boutin, ou l’atomisation de l’UDF », p. 289-305 ; Muchel Bussi, « Le vote Saint-Josse : La protestation en campagne », p. 311-335 ; Gérard Grunberg, Étienne Schweisguth, « La tripartition de l’espace politique », p. 341-354, et Pierre Avril, « Les conséquences des élections sur la nature du régime », p. 363-375.
[4] Centre de recherches politiques de Sciences Po.
[5] Centre d’informatisation des données socio-politiques.
[6] Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique.
[7] C’est le rôle de l’« ICORE » (International Committee for the Study of Representations and Elections).
[8] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus…, op. cit., p. 30.
[9] Ibid.
[10] Ibid., p. 111.
[11] Ibid., p. 109.
[12] Ibid., p. 115.
[13] Ibid., p. 354.
[14] Les différents indicateurs donnent des résultats peu comparables. Bruno Cautrès estime que 13 % des Français associent immigration et délinquance (p. 106), tandis que Gérard Grunberg et Étienne Schweisguth trouvent une xénophobie élevée et une répressivité élevée chez 38 % d’entre eux (p. 354).
[15] Ibid., p. 43.
[16] Ibid., p. 203.
[17] Ibid., p. 82.
[18] Ibid., p. 234-235.
[19] Ibid., p. 230.
[20] André Blais, Claire Durant, Marc-André Bodet, « The Dynamics of Vote Intentions in the First Round of the 2002 French Presidential Election », French Politics, 1 (3), novembre 2003, p. 369-377.
[21] Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 497.
[22] Ibid., p. 501-502.
[23] Ibid., p. 502.
[24] Qui déforme le pourcentage des voix de 55/45 entre la droite et la gauche dans l’électorat pour aboutir à 69/31 en sièges (ibid., p. 581-584).
[25] « L’électorat Le Pen vieillit, il ne se renouvelle pas » (ibid., p. 511).
[26] Ibid., p. 220.
[27] Ibid., p. 509-510 et 512.
[28] Ibid., p. 199.
[29] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus…, op. cit., p. 171.
[30] Ibid., p. 227.
[31] Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 604.
[32] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus…, op. cit., p. 309.
[33] Ibid., p. 324.
[34] Ibid., p. 327.
[35] Ibid., p. 335 et 336.
[36] Ibid., p. 132.
[37] Ibid., p. 150. Cf. aussi Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 534.
[38] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus…, op. cit., p. 157-159.
[39] Ibid., p. 126.
[40] Une application de cet « électeur affectif », dont nous traitons plus haut !
[41] Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 522.
[42] Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les refus…, op. cit., p. 341.
[43] Ibid., p. 343.
[44] Ibid., p. 346 et suiv.
[45] Ibid., p. 362.
[46] R. Andersen, Jocelyn A. J. Evans, « Values, Cleavages, and Party Choice in France (1988-1995) », French Politics, 1 (1), mars 2003, p. 83-115.
[47] « Reply : Framing Change in Political Bloc Development : A Rejoinder to Grunberg and Schweisguth », French Politics, 1 (3), novembre 2003, p. 349-355.
[48] « Reply to Andersen and Evans, “Values, Cleavages, and Party Choice in France (1988-1995)” », French Politics, 1 (1), mars 2003, p. 5-39.
[49] Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-décembre 2002, p. 593-709.
[50] Ibid., p. 605.
[51] François Chazel, Du pouvoir à la contestation, Paris, LGDJ, 2003 (Droit et société). 199 p.
[52] Cf. notamment Talcott Parsons, Politics and Social Structure, New York, The Free Press, 1969.
[53] Mancur Olson, Logique de l’action collective, Paris, PUF, 1978 (1re éd. : 1966).
[54] Antony Oberschall, Social Conflict and Social Movements, Englewood Cliffs, Prentice-Hall, 1973.
[55] Cf. spécialement David Snow et al., « Frame Alignment Processes, Micromobilization, and Movement Participation », American Sociological Review, 51, 1986, p. 464-480.
[56] Erving Goffman, Les cadres de l’expérience, Paris, Minuit, 1997 (Le sens commun) (1re éd. : 1974).
[57] Les principaux ouvrages discutés sont les suivants : Auguste Cochin, L’Esprit du jacobinisme, Paris, PUF, 1979 (1re éd. : 1921) ; Patrice Higonnet, Class, Ideology and the Rights of Nobles during the French Revolution, Oxford, Clarendon Press, 1981 ; François Furet, Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, 1978 ; Edgar Quinet, La Révolution, Paris, Belin, 1987 (1re éd. : 1865) ; Michael Walzer, La révolution des saints, Paris, Belin, 1987 (1re éd. : 1965).
[58] Claude Nicolet, La fabrique d’une nation, La France entre Rome et les Germains, Paris, Perrin, 2003 (Pour l’histoire).
[59] Philip Pettit, Républicanisme, Une théorie de la liberté et du gouvernement, Traduit de l’anglais par Patrick Savidan et Jean-Fabien Spitz, Paris, Gallimard, 2004.
[60] Marie-Pauline Deswartes, Essai sur la nature juridique de la République, Constitution, institution ? Paris, L’Harmattan, 2003. Cf. la préface de Louis Favoreu, qui, signalant l’intérêt d’un travail faisant référence aux travaux de l’Association française des constitutionnalistes, écrit qu’il n’en partage pas toutes les analyses et opinions.
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Jean-Luc Parodi utilise l’expression « Les élections de tou...
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Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-dé...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Centre de recherches politiques de Sciences Po. Suite de la note...
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Centre d’informatisation des données socio-politiques. Suite de la note...
[6]
Centre d’études et de connaissance sur l’opinion publique. Suite de la note...
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C’est le rôle de l’« ICORE » (International Committee for t...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Ibid. Suite de la note...
[10]
Ibid., p. 111. Suite de la note...
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Ibid., p. 109. Suite de la note...
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Ibid., p. 115. Suite de la note...
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Ibid., p. 354. Suite de la note...
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Les différents indicateurs donnent des résultats peu compar...
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Ibid., p. 43. Suite de la note...
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Ibid., p. 203. Suite de la note...
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Ibid., p. 82. Suite de la note...
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Ibid., p. 234-235. Suite de la note...
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Ibid., p. 230. Suite de la note...
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André Blais, Claire Durant, Marc-André Bodet, « The Dynamic...
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Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-dé...
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[22]
Ibid., p. 501-502. Suite de la note...
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Ibid., p. 502. Suite de la note...
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Qui déforme le pourcentage des voix de 55/45 entre la droit...
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« L’électorat Le Pen vieillit, il ne se renouvelle pas » (i...
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Ibid., p. 220. Suite de la note...
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Ibid., p. 509-510 et 512. Suite de la note...
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Ibid., p. 199. Suite de la note...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Ibid., p. 227. Suite de la note...
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Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-dé...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Ibid., p. 324. Suite de la note...
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Ibid., p. 327. Suite de la note...
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Ibid., p. 335 et 336. Suite de la note...
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Ibid., p. 132. Suite de la note...
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Ibid., p. 150. Cf. aussi Revue française de science politi...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Ibid., p. 126. Suite de la note...
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Une application de cet « électeur affectif », dont nous tra...
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Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-dé...
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Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote de tous les...
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Ibid., p. 343. Suite de la note...
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Ibid., p. 346 et suiv. Suite de la note...
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Ibid., p. 362. Suite de la note...
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R. Andersen, Jocelyn A. J. Evans, « Values, Cleavages, and ...
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« Reply : Framing Change in Political Bloc Development : A ...
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« Reply to Andersen and Evans, “Values, Cleavages, and Part...
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Revue française de science politique, 52 (5-6), octobre-dé...
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Ibid., p. 605. Suite de la note...
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François Chazel, Du pouvoir à la contestation, Paris, LGDJ,...
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