Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629841
152 pages

p. 347 à 356
doi: en cours

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Lectures critiques - Comptes rendus

Vol. 54 2004/2

DOLEZ (Bernard), HASTINGS (Michel) dir. – Le parachutage politique. – Paris, L’Harmattan, 2003 (Logiques politiques).

Le parachutage politique est un ouvrage collectif, prolongement d’un colloque de l’Association française de science politique qui s’est tenu à Lille en 2001. Les dix-sept contributions de l’ouvrage mobilisent une grande diversité d’approches pour scruter les multiples facettes de l’objet, qui aurait été, selon les auteurs, injustement délaissé par les chercheurs.
Un premier ensemble de textes propose un balisage sémantique et théorique de la notion de parachutage politique centré sur les relations de celle-ci avec la théorie de la démocratie. Ces relations sont examinées tant au niveau de l’histoire de la démocratie représentative que de la conception actuelle du lien politique entre gouvernants et gouvernés et des normes juridiques qui légitiment, mais en même temps encadrent sa pratique. C’est à l’investigation de cette pratique, au demeurant modeste, sous la Cinquième République qu’est consacré le gros de l’ouvrage. Qu’il soit pratiqué aux élections législatives ou locales, le parachutage politique demanderait toujours plus de « professionnalisme » et de préparation de la part des candidats. Et ce, pour sacrifier avec succès à l’idéologie de proximité – territoriale à défaut de sociopolitique – entre l’élu et l’électeur, remise à l’honneur par le processus de décentralisation. Encore qu’il faille se garder de charger la décentralisation d’un pouvoir de promotion de l’enjeu territorial. Celui-ci s’est en fait rapidement pérennisé avec l’établissement durable du suffrage universel et, comme le rappelle malicieusement un auteur, le parachutage électoral n’a pas attendu l’invention de l’aviation et du saut aéroporté pour exister. Une étude bienvenue nous rappelle en effet que, en pleine période d’émergence de « la démocratie de partis » et des affrontements idéologiques dont ces partis ont été porteurs, Jules Guesde, chef du Parti ouvrier, se fait parachuter à Roubaix aux élections législatives de 1893. Et il y apprend à ses dépens que la conception strictement politique, « déterritorialisée » et impersonnelle de la représentation ouvrière, qui s’accommode fort bien d’un parachutage, ne dispense pas d’un minimum de signes d’allégeance à la dimension territoriale de l’identité ouvrière, faute de voir rapidement se dénouer le lien de confiance établi avec les ouvriers du textile lors de sa première élection. Un siècle plus tard, aux élections législatives de 1988, ce serait à l’inverse l’insuffisante consistance idéologique et l’excès de personnalisation médiatique de B. Kouchner, parachuté à Valenciennes, qui ne lui aurait pas permis d’établir un lien de confiance entre les ouvriers du bassin minier et le populaire ministre de François Mitterrand qu’il était. Venant contrebalancer ces cas d’échec, une étude bien documentée et convaincante défend l’hypothèse selon laquelle le recours au parachutage peut être, pour un territoire, dans certaines circonstances, un moyen efficace de se sortir d’une mauvaise situation, soit en permettant de surmonter un épuisement provisoire du vivier des élites locales (la succession réussie de Dominique Baudis à Toulouse en 2001), soit en trouvant, à l’opposé, une issue à un trop plein de prétendants, trop plein générateur de dangereuses luttes fratricides : c’est le cas de l’appel fructueux des élites socioéconomiques de Valenciennes à Jean Louis Borloo.
Enfin, une dernière partie consacrée aux expériences étrangères révèle une fois de plus tous les bienfaits du recours à l’analyse comparée. L’étude canadienne fait ressortir l’attention qui doit être portée à la nature du système politique et à l’architecture d’institutions et de normes qui l’expriment pour évaluer l’importance et la signification du parachutage politique. Au Canada, celui-ci serait très largement une conséquence « mécanique » du fonctionnement d’un système parlementaire héritier du modèle de Westminster, qui veut que les membres de l’exécutif canadien soient impérativement choisis parmi les élus du Parlement. Le parachutage en catastrophe d’une personnalité politique « ministrable » sur un territoire libéré pour la circonstance, donne au parachutage une connotation « fonctionnelle » et une perception banalisée, très différentes de la situation française. Avec le cas belge, c’est l’attention qui doit être portée à la culture politique et à l’histoire des rapports entre périphéries et centre qui est mise en avant par les auteurs comme principe d’explication majeur du phénomène de parachutage. L’importance de la culture « localiste » en Belgique rend peu praticable le parachutage « intra politique ». Mais la crise de confiance des Belges dans leurs élites politiques traditionnelles (notamment à la suite de l’affaire Dutroux) favorise l’émergence d’une nouvelle forme de parachutage, qualifié « d’extra politique » car il caractérise les tentatives de passage à la politique de personnalités issues de la société civile. Ces tentatives, de plus en plus nombreuses en Belgique, demanderaient à être comptabilisées et analysées en France, notamment en tant qu’effets « collatéraux » de l’application des lois sur les quotas hommes/femmes. Enfin, le cas de la Tunisie démontre un autre type de fonction du parachutage politique. Dans le cadre d’un État néo-patrimonial, qui se sert du clientélisme pour maintenir le minimum de cohésion sociale nécessaire à sa pérennité, le parachutage est tout à la fois un outil de contrôle de la loyauté des territoires périphériques vis-à-vis du centre modernisateur et un outil d’échange entre les milieux d’affaires et le pouvoir politique.
Comme on espère l’avoir fait comprendre, la pluralité des thématiques et des angles d’étude fait la richesse de l’ouvrage. On exprimera toutefois un regret. La plupart des études empiriques portant sur la période contemporaine se focalisent sur un des aspects de la question du parachutage politique, à savoir sa phase d’initialisation à l’occasion d’une première élection. Or, la notion de parachutage politique est, nous semble-t-il, appauvrie si on la réduit à son moment fondateur, à savoir le premier atterrissage électoral. On aurait aimé apprendre dans quelles conditions et comment le lien politique entre élu parachuté et électeurs s’établit (ou non) dans la durée pour effacer l’image du premier atterrissage ou, pourquoi pas, au contraire, la glorifier. Il reste que toutes les contributions réunies par B. Dolez et M. Hastings constituent un bel ensemble de réflexions sur le parachutage politique, nécessaires pour réparer l’outrage qui résulterait d’une pernicieuse « Internationale du silence et de l’oubli ». Voilà l’affront oublié.
Élisabeth DUPOIRIER
Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)
Fondation nationale des sciences politiques

EVANS (Jocelyn) ed. – The French Party System. – Manchester, Manchester University Press, 2003. 218 p. Bibliogr. Index.

Consacré au Système de partis français, cet ouvrage pourrait être considéré comme une bonne synthèse des recherches sur les évolutions contemporaines de la structure de la compétition politique, en France, par une équipe internationale de chercheurs, principalement britanniques et français. Il rassemble en effet des études sur chacun des partis les plus significatifs (sept chapitres consacrés au PC, au PS, aux écologistes, à l’extrême gauche, à l’UDF, au RPR/ UMP et au FN) et revient plus spécifiquement sur trois grandes questions transversales, à savoir la gestion des coalitions (à partir de l’exemple de la « gauche plurielle »), l’impact de l’intégration européenne et la structure des clivages nationaux.
Son ambition va néanmoins au-delà, en défendant une thèse bien identifiée, celle de la stabilité du système partisan français. Au-delà d’une série de modifications conjoncturelles (fragmentation des partis et émiettement des votes, succès de nouveaux partis sur la scène électorale tout particulièrement), le système de partis français présenterait une structure relativement stable dans le temps. Sa caractéristique fondamentale resterait celle d’un multipartisme bipolarisé.
Si la thèse est discutable [1], la grande qualité de cet ouvrage collectif est de proposer une série d’analyses cohérentes à partir de cette idée. En effet, les onze chapitres rassemblés ici réussissent, d’une part, à tous adopter une approche systémique et, d’autre part, à montrer comment se conjugue cette dialectique de la continuité et du changement. Les résultats n’en sont pas moins nuancés et l’on pourra repérer de réelles divergences, par exemple sur le sens prêté à la création de l’UMP (rassemblement précaire et hétéroclite ou bien nouveau parti dominant). De ce point de vue, il apparaît, peut-être paradoxalement et probablement spécifiquement pour la France, que les électorats sont plus stables encore aujourd’hui que les organisations partisanes. Cette thèse de la stabilité pourrait aussi être discutée à partir de l’idée, présente dans plusieurs chapitres, que des changements conjoncturels peuvent avoir parfois des effets de long terme, parce qu’un système de partis est susceptible de se conformer à différents équilibres.
Cet ouvrage constitue donc un complément indispensable au travail déjà publié par D. Bell [2]. Et l’on ne peut que se réjouir (non sans un certain étonnement) de l’attention portée par les éditeurs anglo-saxons aux partis français.
Nicolas SAUGER
Institut d’études politiques de Grenoble/CIDSP

ELGSTRÖM (Ole) ed. – European Union Council Presidencies. A Comparative Perspective. – Londres, Routledge, 2003. 210 p.

Accéder à la présidence de l’Union européenne est incontestablement une étape marquante dans l’activité des gouvernements et des administrations centrales des États membres. Sans doute la visibilité et l’importance accordées à cet exercice varient d’un État membre à l’autre, en fonction, notamment, de la taille de celui-ci et de l’ancienneté de son appartenance à l’Union européenne. Mais il n’en reste pas moins que cette position confère à celui qui l’occupe des ressources spécifiques et font converger vers lui des attentes aussi bien internes (de partis politiques, du parlement national, de groupes d’intérêt, des médias) que de ses partenaires européens et des autres institutions (en particulier de la Commission européenne et du Parlement européen).
Comment les États s’approprient-ils ce rôle ? Quelles stratégies mettent-ils en œuvre ? Quelles sont leurs marges d’initiatives et les contraintes auxquelles ils doivent se plier ? Et comment expliquer les variations sensibles dans l’occupation et les usages de cette position d’une présidence à l’autre ? Telles sont les questions placées au point de départ de ce livre et des sept études de cas empiriques qu’il réunit. Sous la direction de O. Elgström, European Union Council Presidencies confronte ainsi, par une démarche qui se veut résolument comparative, les dernières expériences de présidence néerlandaise, anglaise, finlandaise, française, suédoise, belge et espagnole.
En introduction, O. Elgström pose le canevas théorique qui doit servir d’armature à l’analyse. Plutôt que d’expliquer le déroulement de ces présidences exclusivement en fonction de caractéristiques spécifiques du pays (sa taille, son organisation administrative, sa tradition étatique, fédéraliste ou intergouvernementaliste), l’auteur propose de les confronter à deux notions centrales de l’approche néo-institutionnaliste de James March et Johan Olsen : l’action rationnelle en fonction des conséquences (logic of expected consequences) et l’action en fonction de l’approprié (logic of appropriateness) [3]. Dans son rôle de président, un État membre orienterait ses actions soit en fonction de ses préférences (liées aux orientations partisanes, aux priorités sectorielles et géostratégiques), soit en fonction des attentes qui pèsent sur son rôle (notamment, la norme de l’impartialité et la norme de la performance). Cette introduction est prolongée par trois chapitres transversaux : sur l’influence de la présidence dans la définition de l’agenda (agenda-setting), son organisation (agenda-structuring) et sa restriction (agenda-exclusion), sur les écarts avec la norme de l’impartialité et sur son rôle de représentation extérieure de l’Union européenne.
Les typologies ainsi dégagées sont presque toujours mobilisées dans les contributions empiriques. Ces dernières, lorsqu’elles quittent un registre parfois trop général et centré sur l’évaluation des performances, apportent des observations précises des pratiques et des logiques d’action des gouvernements occupant la présidence (à l’exemple du positionnement complexe de la présidence suédoise lors de la négociation des règles d’accès aux documents de l’Union européenne).
Yves BUCHET de NEUILLY
Université Lille 2
CERAPS

DE WAELE (Jean-Michel) dir. – La Pologne et l’intégration européenne. – Bruxelles, Éditions de l’Université libre de Bruxelles, 2003.

Dans quel état la société et la politique polonaises sont-elles à la veille de l’élargissement à l’Est de l’Union européenne ? C’est à cette question que ce recueil d’articles édité par J.-M. De Waele s’attache à répondre. Sa vocation est donc de balayer l’ensemble des questions constituant les « enjeux » de l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne et, pour ce faire, il réunit chercheurs polonais et occidentaux (français et belges) dans un travail de synthèse inédit.
L’ouvrage s’organise selon un double mouvement. Une première série de contributions est consacrée à la structure du jeu politique post-communiste en Pologne. J.-M. De Waele, s’appuyant sur la théorie des clivages de Stein Rokkan, conclut à une double convergence du paysage partisan polonais avec le système de clivages des démocraties occidentales, d’une part, et avec les traits particuliers des systèmes de partis est-européens, d’autre part. La Pologne, observe-t-il, serait tout au plus un « cas extrême », les tendances prenant place dans l’ensemble de l’Europe post-communiste (par exemple : absence de parti vert ou forte prégnance du clivage post-communiste/anti-communiste) étant plus prononcées dans ce pays qu’ailleurs. Mais l’un des soucis de l’ouvrage est également de déboucher sur un questionnement plus spécifique sur les forces politiques « eurosceptiques » ou « populistes ». Ewa Nalewajko, politiste spécialiste des partis politiques, prolonge une réflexion plus ancienne sur la structuration du système de partis polonais, notamment à partir des travaux de Katz et Mair sur la « cartellisation » des partis politiques. Elle s’appuie entre autres sur la grille de lecture du populisme proposée par Margaret Canovan et avance que l’enjeu européen cristallise le « populisme des hommes politiques » polonais ; bien que marginal, ce populisme s’exprime d’autant plus facilement que les partis politiques sont mal implantés dans la société, d’où leur tendance à se « cartelliser » pour palier cette faiblesse par un appui sur les structures étatiques. Une deuxième série d’articles est consacrée plutôt aux transformations sociales, généralement perçues comme cruciales pour la réussite de l’entrée du pays dans l’Union européenne. Cette démarche conduit à mettre l’accent sur la question de la restructuration du secteur agricole, au titre qu’« aucun des élargissements précédents n’avait été aussi “agricole” » (Wojciech Prazuch). Ainsi cette partie permet-elle notamment de se confronter à ce que la sociologie rurale compte de meilleur, puisque l’un de ses représentants éminents, Krzysztof Gorlach, poursuit ici la réflexion qu’il a entamée depuis les années 1990 sur la « position de classe » de la paysannerie polonaise. Cet auteur opère un basculement à la fois empirique et théorique, qui peut être vu comme « couronnant » l’évolution de la sociologie rurale polonaise depuis son amorce d’émancipation du dogme stalinien après 1956, d’une lecture des réalités rurales en termes de rapports de classes, dans le sillage du point de vue marxiste, vers une approche où la perspective wébérienne des classes sociales est mise au service d’une opérationnalité empirique accrue. À un moment où les sciences sociales abordent fréquemment la position des individus dans l’espace social dans une perspective cognitiviste, cette approche « objectiviste » et structurale peut intéresser au-delà du terrain polonais.
La construction de l’ouvrage obéit à une logique de dissociation, d’une part, des variables proprement politiques et, d’autre part, des facteurs sociaux pour appréhender la trajectoire des pays post-communistes en transformation. Ainsi, dans cette perspective, l’ouvrage aborde-t-il certaines questions, comme la réforme du secteur agricole, principalement sous l’angle des politiques publiques (policies), plutôt que dans leur dimension politique (politics). S’agissant de l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, cette approche se révèle pertinente car elle permet de mieux cerner certains des défis qui en découlent pour l’action publique, aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle européenne. L’ouvrage peut donc être salué pour avoir regroupé l’ensemble des problématiques abordées de façon éparpillées depuis quelques années et en livrer une présentation systématique.
Frédéric ZALEWSKI
LASP (Laboratoire d’analyse des systèmes politiques)
Université de Paris X Nanterre.

HASSNER (Pierre), MARCHAL (Roland) dir. – Guerres et sociétés. État et violence après la guerre froide. – Paris, Karthala, 2003. 615 p.

Le propre des sciences sociales, c’est d’appartenir à la fois à l’univers des discours savants et à celui des pratiques sociales qui, en permanence, viennent tout à la fois enrichir et gêner l’analyse scientifique.
Il faut avoir à l’esprit ce lieu commun de la sociologie de la science lorsque l’on aborde l’ouvrage Guerres et sociétés, publié sous la direction de P. Hassner et R. Marchal. Issu d’un colloque organisé en mai 2000 par le CERI, ce livre a en effet été publié en mai 2003. Or, en trois ans, les rapports entre États et violence après la guerre froide ont connu de sérieux soubresauts : au moment même où, dans sa conclusion rédigée pendant l’été 2002, R. Marchal tente d’établir un lien entre les différentes contributions et les attentats du 11 septembre et leurs conséquences, ignorés au moment du colloque, les États-Unis préparent l’opération Liberté en Irak qui, comble de malchance, prend fin le jour même, ou presque, de la sortie du livre. Comment alors ne pas se demander si les délais de rédaction et d’impression d’un volumineux ouvrage collectif n’ont pas joué un vilain tour aux responsables de ce colloque et, plus important, quelle valeur accorder au livre issu de ce dernier ?
À cette dernière question, la réponse apportée par Guerres et sociétés est sans équivoque, en montrant qu’en matière de dimensions globales et locales de la violence des années 1990 (première partie), de rapports entre transformations sociales et propensions guerrières dans les sociétés développées (aux États-Unis, en Russie, en Allemagne, en Israël – deuxième partie) et non développées (Amérique latine, Afghanistan, Inde, Congo – troisième partie), d’impact des guerres contemporaines dans la création de nouveaux États (dans les Balkans, au Caucase, dans la Corne de l’Afrique – quatrième partie), de moyens mis en œuvre par la « communauté internationale » dans ses tentatives de régulation des violences existantes (cinquième partie), les conflits armés contemporains sont davantage caractérisés par la continuité que par la rupture par rapport à la violence concomitante de la guerre froide. Ainsi, pour ne citer que quelques exemples, les guerres civiles contemporaines ne sont nullement nouvelles (S. Kalyvas), les affrontements interafghans s’analysent bien davantage en termes sociaux qu’en termes ethniques (G. Dorronsoro), l’économie de guerre est bien davantage un résultat qu’une cause du conflit congolais (K. Vlassenroet), etc. Les différentes contributions non seulement rétablissent quelques évidences volontiers oubliées sous la pression des discours autorisés, véhiculés par les modes médiatiques, mais aussi préparent le terrain à une meilleure compréhension de la violence post-nine eleven : plutôt que de renouer avec une logique clausewitzienne jamais abandonnée, celle-là enterre définitivement l’illusion de la dialectique du bourgeois et du barbare.
Dario BATTISTELLA
Institut d’études politiques de Bordeaux

LAROCHE (Josepha) dir. – Mondialisation et gouvernance mondiale. – Paris, PUF, 2003.

L’ouvrage collectif Mondialisation et gouvernance mondiale est issu de la table ronde organisée par Josepha Laroche sur la mondialisation, lors du Congrès de 2002 de l’Association française de science politique. D’un point de vue scientifique, cet ouvrage est particulièrement bienvenu en France quand on sait la rareté des publications de référence sur la mondialisation, de la part des politistes notamment, comparativement à l’abondance de la bibliographie aujourd’hui disponible en langue anglaise sur ce thème. Un autre mérite de l’ouvrage est d’avoir réussi à faire tenir les 19 contributions présentées à la table ronde en 260 pages, au prix d’une réduction de format imposé aux textes. Ceux-ci, écrits par des spécialistes dans leur domaine de recherche respectif (politistes, économistes, sociologues) n’ont pas lourdement souffert de cette réduction, même si on peut regretter que certaines contributions au cœur du sujet (le chapitre sur l’OMC, par exemple) soient un peu courtes.
Les différents chapitres abordent une très grande diversité de thèmes : firmes multinationales, OMC, globalisation financière, technologies de la communication, flux migratoires, ONG humanitaires, régionalisation, guerre, environnement, droit international, politiques publiques, santé publique, sport, etc. Ces chapitres sont néanmoins traversés par un même questionnement relatif à l’érosion de la souveraineté étatique face à la montée en puissance des flux transnationaux et à la libéralisation des marchés, et aux différents modes de régulation de la mondialisation (régionalisme, multilatéralisme, droit international, régulations privées, non-gouvernementales, locales, etc). La problématique n’est pas nouvelle, mais l’intérêt de l’ouvrage consiste à aborder ce débat à travers une démarche « empirique » privilégiant les études de cas et combinant diverses approches disciplinaires (économie politique internationale, politiques publiques, sociologie des organisations et du droit international).
D’un chapitre à l’autre, on trouvera souvent des tonalités différentes. C. A. Michalet considère ainsi comme totalement obsolète la figure de l’État dans cette phase ultime de transformation du capitalisme historique, quand J. Coussy diagnostique le « retour » des politiques publiques étatiques après une phase de libéralisme débridé ; W. Andreff se situe dans une voie moyenne en montrant ce que la puissance des firmes multinationales globales doit à « l’État mondialisateur ». Dans un autre débat, le chapitre d’A. Cartapanis sur la globalisation financière illustre une dérégulation à peu près complète du système financier international au profit de l’hégémonie américaine (accompagnée d’une surveillance très instrumentalisée des paradis fiscaux, étudiée par P. Lascoumes), alors que M. Rainelli montre, au contraire, s’agissant du commerce mondial, le rôle joué par l’OMC dans une véritable régulation multilatérale du régime commercial international. À leur tour, G. Devin et C. Gauthier analysent les processus de juridicisation des rapports internationaux qui accompagnent la mondialisation et ses interdépendances, processus qui s’illustre néanmoins beaucoup mieux dans le cas du droit international humanitaire étudié par P. Ryfman que dans le domaine environnemental analysé par M.-C. Smouts et F. Constantin.
On trouvera aussi des résonances d’un chapitre à l’autre, parfois sur des thèmes a priori assez éloignés. G. Favarel Garrigues et C. Wihtol de Wenden déconstruisent respectivement assez largement les notions de « flux migratoires transnationaux » et de « crime organisé transnational », en particulier dans les menaces qu’ils sont susceptibles de représenter pour les États. J. Siméant esquisse une analogie entre la restructuration « sans-frontiériste » des ONG humanitaires et la transnationalisation des firmes, qu’analyse, par exemple, P. Musso dans le domaine des technologies de la communication. Plusieurs chapitres ont par ailleurs le mérite d’historiciser la mondialisation en revenant sur des phases plus anciennes de celle-ci (notamment C. A. Michalet sur le capitalisme et P. Vennesson sur la guerre). Toutes ces études de cas permettent ainsi de multiplier les angles d’approche empiriques de la mondialisation et de nuancer les analyses d’un enjeu à l’autre.
On relèvera néanmoins quelques défauts et insuffisances de l’ouvrage. Sa structure d’abord suscite quelques interrogations. Les deux parties (« Recomposition mondiale de l’autorité politique » et « Gouvernance mondiale des interdépendances ») sont un peu interférentes, si bien que certains chapitres pourraient très bien figurer indifféremment dans l’une ou l’autre, voire dans aucune des deux (en quoi la mondialisation du football participe-t-elle d’une « recomposition mondiale de l’autorité politique » ?). On peut se demander, à cet égard, pourquoi la notion de « mondialisation », qui figure dans le titre, disparaît du plan de l’ouvrage. On relèvera aussi plusieurs thèmes absents : le terrorisme « global » ou transnational, une éventuelle « mondialisation des enjeux de sécurité » après le 11 septembre 2001 (ne serait-ce que pour interroger ou critiquer ces notions), les mouvements « anti-mondialisation », les dimensions religieuses et plus généralement « culturelles » de la mondialisation [4], l’impact de la mondialisation sur les identités et représentations collectives, etc.
La dimension empirique de l’ouvrage est enfin aussi sa limite : à l’exception de l’introduction de J. Laroche, qui n’y suffit pas, les notions de « mondialisation » et de « gouvernance mondiale » ne sont pas resituées dans les débats théoriques qu’elles occasionnent dans la littérature anglophone d’économie politique internationale (faut-il rappeler que Susan Strange elle-même en critique l’usage ?) : débats néanmoins fondamentaux sur « l’historicité longue » de la mondialisation du capitalisme et donc sur les effets de « rupture systémique » générés par la mondialisation actuelle, débats sur la filiation théorique entre le transnationalisme des années 1970 (Keohane, Nye, etc.) et les globalisation studies d’aujourd’hui, et donc sur la capacité de la notion de « mondialisation » à introduire un nouveau paradigme dans l’étude des relations internationales, débats enfin sur la polysémie et l’apport heuristique des notions de « régulation », de « gouvernance mondiale », etc. On aura compris que l’ouvrage important dirigé par J. Laroche en appelle désormais un autre permettant de réserver un traitement plus théorique au sujet.
Franck PETITEVILLE
Université René Descartes-Paris V
Centres d’études et de recherches internationales

COHEN (Samy) – La résistance des États. La démocratie face aux défis de la mondialisation. – Paris, Le Seuil, 2003.

L’historien qui expliquerait les conséquences de la crise de 1929 en affirmant que les États étaient devenus impuissants face aux spéculateurs de Wall Street n’aurait certainement pas un grand crédit académique. C’est pourtant une thèse qui a trouvé une audience dans certains travaux sur les relations internationales contemporaines. Elle émane d’une littérature anglo-saxonne qui fait le jeu de l’idéologie néo-libérale en confondant les forces du marché avec celles de l’État et en conférant à toutes les instances de régulation, quelles que soient leur finalité et leur influence, une fonction dans la « gouvernance » globale. On peut évoquer à cet égard James Rosenau, qui produit beaucoup et vite, au risque de suivre les modes les plus inconsistantes. L’expansion des normes et régimes influençant la politique internationale, aussi bien que les réseaux de coopération non-gouvernementaux, seraient, pour lui et ses disciples, la preuve de l’obsolescence relative de l’État, de l’érosion de sa souveraineté. Cette approche a pour défaut de présenter une vue irénique de la politique, en délaissant l’analyse des rapports de pouvoir et d’hégémonie, aussi bien que des mécanismes de domination étatique qui président à l’avancée de cet espace transnational.
Dans ce contexte, l’ouvrage de S. Cohen est bienvenu. Il dénonce les mythes inhérents aux concepts flous de « société civile » et de « gouvernance mondiale », de réseaux transnationaux, en produisant une analyse serrée des acteurs transnationaux, des ONG et des entreprises transnationales, en montrant leur hétérogénéité, leurs rapports étroits avec l’ordre des États, leur dépendance à l’égard des grandes puissances. La prolifération de ces acteurs n’affaiblit pas nécessairement les États. Elle peut même contribuer à renforcer leur puissance.
S. Cohen offre une perspective éclairante des rapports complexes États-ONG et des interdépendances entre les entreprises transnationales et les États. Les théoriciens du « transnationalisme » proposent des conceptions illusoires à cet égard, notamment parce qu’ils ont une vue abstraite et peu différenciée des États et qu’ils ne tiennent pas compte des rapports sociaux qui président à leur évolution et à leur insertion dans la politique internationale. Pour appuyer sa thèse, S. Cohen aurait pu s’inspirer des recherches engagées sur les politiques de stabilisation et d’ajustement structurel, car elles montrent que certaines « atteintes » à la souveraineté, inhérentes à ces programmes, mobilisent les sphères dirigeantes des États concernés [5].
Pierre de SENARCLENS
Université de Lausanne
Institut d’études politiques et internationales

LOCHARD (Yves), SIMONET-CUSSET (Maud) dir. – L’expert associatif, le savant et le politique. – Paris, Syllepse, 2003 (Le présent Avenir). 161 p.

Sans avoir la prétention d’être exhaustif et avec beaucoup de modestie, l’ouvrage coordonné par Y. Lochard et M. Simonet-Cusset aborde la question très actuelle de l’expertise associative. La période récente a vu se développer des lieux de production des connaissances sur la société hors de la sphère de l’État et des cercles scientifiques, au sein du mouvement social et du monde associatif. « L’invitation (des associations) au temple (de l’observation sociale) », selon la belle expression de Y. Lochard, questionne les liens et l’interpénétration de ces trois mondes. C’est aussi là l’objet de la réflexion présentée au-delà de la notion de « savoir associatif ». Les coordonnateurs ont fait le pari de respecter les registres singuliers des universitaires et des acteurs – présents à égalité – à qui ils donnent la parole, tout en offrant un cadre interprétatif global à travers la présentation et l’articulation des textes. Le pari est tenu. Les introductions de chacune des trois parties parviennent à donner une unité à l’ensemble des contributions, par ailleurs divergentes et d’intérêt inégal.
La question de l’association comme productrice de savoirs est déjà présente dans le modèle associatif issu de 1901 : avec le passage du « militantisme affilié » au « militantisme affranchi », se jouent l’autonomisation et la spécialisation des savoirs associatifs vis-à-vis des « savoirs généraux, collectifs et stratégiques » qui étaient au fondement de l’idée de progrès. Ce qui est nouveau, c’est l’établissement des grandes associations de secours (ATD Quart monde, le Secours catholique, le Samu social, etc.) dans un poste d’observation de la réalité de la pauvreté : elles produisent, aujourd’hui, statistiques et tableaux de bord de la situation sociale, en complément de modes d’action traditionnels. Sans être tout à fait neuve, comme le montre le précédent de l’expertise familiale incarnée par l’UNAF, la contribution des savoirs associatifs aux politiques publiques est devenue incontournable. Cela ne va pas sans tensions – faut-il « compter ou témoigner » ? – ni sans pièges – notamment ceux de l’unification des vocabulaires et de l’occultation du politique. La présentation de plusieurs figures de l’expertise associative, dont celle particulièrement fouillée de l’usage militant du droit par le GISTI, précise l’interrogation sur la nature du savoir associatif. De complément (cas du Secours catholique), il peut devenir fondement de l’action associative (cas du GISTI), tantôt élaboré dans le monde associatif (par le militant-expert), tantôt mobilisé dans celui-ci (par l’expert-militant). Ne peut-on également opposer l’« expert associatif éclairant par son expérience et la connaissance qu’elle lui permet d’élaborer la politique publique » et le « contre-expert “déjà” porteur d’un savoir critique ou d’un rapport critique au savoir qu’il mettrait au service de la dénonciation et de la contre-proposition » (p. 53) ? Quoi qu’il en soit, la légitimité de l’expert associatif est double, ses connaissances techniques ne valant que par le « halo expérientiel » dont elles sont entourées et la parole collective qui les porte. Au total, par-delà les doubles ou triples casquettes, se fait jour une concurrence entre le monde associatif qui entend produire une « expertise citoyenne » et les mondes académique et administratif. La confrontation est nécessaire, concluent les auteurs, et la revendication d’un « espace public d’expertise plurielle » légitime.
Martine BARTHÉLEMY
Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)
CNRS

SAFRAN (William) ed. – The Secular and the Sacred. Nation, Religion and Politics. – Londres/Portland, Frank Cass Publishers, 2003. 270 p.

Au moment où le statut des religions dans l’espace public suscite de nombreux débats, la publication de cet ouvrage collectif permet de relever les différences et les ressemblances entre plusieurs situations politiques à propos de la question des relations entre l’État et la religion et, sans aucun doute, de relativiser la présumée exception française en la matière. W. Safran, professeur de science politique à l’Université du Colorado, spécialiste de la France, des questions d’ethnicité et auteur du désormais classique The French Polity (1985), a rassemblé et introduit douze études synthétiques sur les usages politiques du religieux et les institutionnalisations variées auxquelles il a donné lieu. Les questions sériées dans l’introduction développent les principaux points de comparaison et les raisons qui ont présidé à la sélection des situations. Ainsi, d’un point de vue socio-historique, le lien entre identité nationale et religion est-il d’emblée avancé. C’est l’hypothèse de leur congruence qui a contribué à opérer le choix des pays ou situations objets de l’ouvrage : les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, le conflit en Irlande du Nord, l’Espagne, la Pologne, la Grèce, la région des Balkans, la Turquie, Israël et l’Inde. Dans son propos introductif, W. Safran a une vision extensive de ce que recouvre la notion de laïcité, le terme est utilisé en français et traduit par secularity ou secularism, dans la mesure où, selon l’auteur, elle caractérise toutes les situations présentées, mais de façon variable.
Trois types de relations sont mis en évidence. Les situations politiques où la religion se confond avec l’ethnicité, comme c’est le cas en Grèce, en Pologne ou encore en Israël ; ensuite, celles où la religion, recouvrant une dimension beaucoup plus transnationale, n’en demeure pas moins un élément majeur, mais surtout canalisé de l’identité nationale, comme en Turquie ; enfin, celles où la religion s’insèrerait dans un cadre politique pluraliste ; les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France en seraient les meilleurs exemples. Le cas des États-Unis est construit en exception, à travers un paradoxe. En effet, selon W. Safran et H. Mewes (« Religion and Politics in American Democracy », p. 13-31), les États-Unis furent les premiers à promulguer la liberté religieuse, ainsi que la notion de séparation des Églises et de l’État, tout en étant, aujourd’hui, le pays le moins sécularisé au sein des démocraties occidentales. Comme le précise toutefois W. Safran, ce principe de séparation est une notion autant ambiguë en France qu’aux États-Unis car, pour reprendre une expression de Max Weber à propos du cas américain, « cette formule ne vaut souvent que sur le papier », pour finalement faire apparaître des usages sociaux contradictoires. Plus généralement, l’institutionnalisation de la laïcité est l’objet de contestations non dans son fondement, mais dans la façon dont cette neutralité proclamée de l’État n’aurait nullement mis un terme à la supériorité politique d’une religion sur l’autre : l’analyse faite du cas de l’Inde est de ce point de vue typique (S. Rajagopalan, « Secularism in India : Accepted Principle, Contentious Interpretation », p. 241-258).
Ce sont les développements à propos de l’usage des discours religieux qui permettent de faire de la religion une action sociale comme une autre. Ainsi, les positionnements des groupements religieux nationaux ont été très largement favorisés par les contextes politiques fluctuants. Du cas de la Pologne, où le clergé catholique fut instrumenté, même par les laïcs, afin de constituer un puissant vecteur d’opposition au communisme (R. Taras, « Poland’s Transition to a Democratic Republic : The Taming of the Sacred », p. 137-154) à celui de l’Irlande du Nord, où le « discours anti-papiste » est souvent sollicité pour susciter une cohésion politique des protestants (A. Guelke, « Religion, National Identity and the Conflict in Northern Ireland », p. 101-121), en passant par la situation française, où la référence à la laïcité a constamment été associée à une sélection, ainsi qu’à une reconnaissance politique de groupements religieux (W. Safran), les auteurs s’accordent à penser que la référence religieuse s’est banalisée pour devenir un registre politique parmi d’autres. Dans le cas français notamment, la neutralité proclamée de l’État en matière religieuse est justiciable d’une analyse sociologique permettant de caractériser les enjeux, les contextes, ainsi que les acteurs producteurs de contestation ou de confirmation, selon leurs intérêts, de cette neutralité.
On lira donc avec beaucoup d’attention l’étude bien informée de W. Safran, « Religion and Laïcité in a Jacobin Republic : The Case of France » (p. 54-81), où sont notamment explicités les processus de séparation et d’intégration comparées entre les principales religions et l’État, les différentes références à la laïcité selon les religions et les partis politiques, ainsi que les éléments prouvant l’existence d’une « religion civile » en France.
En somme, selon les auteurs, ce sont moins la configuration institutionnelle et le régime juridique des cultes qui semblent être les facteurs explicatifs des caractéristiques et évolutions probables de ces situations que les rapports de force et les structures d’opportunités politiques, incluant le contexte politique et la variation des porteurs sociaux des religions concernées.
Raberh ACHI
Centre de Science Politique Comparative
Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence
 
NOTES
 
[1] Elle a donné lieu a une série de discussions entre R. Anderson, J. Evans, G. Grunberg et E. Schweisguth dans French Politics, 1 (1) et 1 (3), 2003.
[2] David Bell, Parties and Democracy in France : Parties under Presidentialism, Aldershot, Ashgate, 2000.
[3] James G. March, Johan P. Olsen, « The Institutional Dynamics of International Political Orders », International Organization, 52 (4), 1998, p. 943-969.
[4] Sur la « mondialisation de l’Islam », cf. le précieux ouvrage d’Olivier Roy, L’Islam mondialisé, Paris, Le Seuil, 2002.
[5] Par exemple, S. Haggard, R. Kaufman, The Politics of Economic Adjustment : International Constraints, Distributive Conflicts, and the State, Princeton, Princeton University Press, 1992.
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