Revue française de science politique
Presses de Sc. Po.

I.S.B.N.2724629868
202 pages

p. 621 à 637
doi: en cours

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Les élections régionales et cantonales de mars 2004

Vol. 54 2004/4

2004 Revue française de science politique Les élections régionales et cantonales de mars 2004

Le retournement du rapport de force aux élections régionales de mars 2004 : amplitude et déterminants

Sylvain Brouard Sylvain Brouard est chargé de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Ses centres d’intérêt concernent les rapports entre compétition partisane et politiques publiques, les coalitions, les phénomènes politiques localisés, ainsi que les méthodologies quantitatives et formelles (<sylvain.brouard@sciences-po.fr>).
Le rapport de force gauche-droite a subi une inflexion électorale claire en mars 2004, comparé aux élections des années 2002 et 1998. L’importance du mode de scrutin relativise l’amplitude, en sièges et majorités, de la victoire de la gauche, dont le Parti socialiste recueille la majorité des fruits. Si le recul de l’extrême gauche est à la fois un effet et une condition de la victoire de la gauche, la contribution de l’extrême droite à la défaite de la droite n’est pas déterminante. La victoire de la gauche repose sur une mobilisation différentielle des électorats de gauche et de droite, sans être pour autant une victoire par défaut. En effet, au premier tour et entre les deux tours, la droite a gagné des suffrages par rapport à 1998. Le scrutin régional à deux tours a probablement été le véhicule ad hoc du « vote sanction » et le moteur inédit du sursaut de la participation. The characteristic left/right rapport de force undoubtedly experienced a mutation in the March 2004 elections in comparison with the 2002 and 1998 elections. Even though the socialist party came out winning a majority of seats, the victory of the left should however be temporised by the voting process. Even if the setback of the extreme left parties represented a condition for the victory of the left, the part played by the extreme right parties cannot be taken as determinant in the defeat of the right. The victory of the left can be accounted for by the differential mobilisation of all voters ; it cannot be considered as a failing victory. In comparison with 1998, whether it be in the first round or between the two ballots, the right gained votes. In the regional elections, the two ballot system may appropriately have promoted the “disapproval vote”, as well as enhanced participation.
Les résultats des élections régionales de mars 2004 ont été analysés comme un renversement brutal des rapports de force politiques : à l’éviction de la gauche du second tour de l’élection présidentielle de 2002 succède l’éviction de la droite de la quasi-totalité des régions françaises. Au-delà des analyses locales, l’enseignement national dominant est, dans le cadre d’élections intermédiaires [1], celui d’un vote sanction massif contre le gouvernement et sa majorité, comparable dans son ampleur aux élections intermédiaires de 1992, qui avaient fortement pénalisé la gauche de gouvernement. La relative proximité des élections de 2002 et, notamment, du « 21 avril » rend particulièrement frappant les résultats des scrutins de mars 2004. Ces contrastes conduisent à essayer d’apprécier avec précision l’amplitude du changement dans les rapports de force politiques. Le contexte du changement du mode de scrutin influe probablement sur la perception des résultats, comme les points de comparaison adoptés. Sur cette base, au-delà des analyses sur l’orientation des votes, on essaiera d’isoler les facteurs explicatifs du retournement des rapports de force politiques pour apprécier les déterminants de son amplitude et, par conséquent, de l’issue du scrutin. Pour cette raison, il faut décomposer la variation des rapports de force gauche-droite en plusieurs temps : d’abord, les performances électorales de la droite et de la gauche, ainsi que les différentes stratégies d’alliance au sein de cette dernière ; ensuite, l’effet du recul de l’extrême gauche, mais aussi le pouvoir de nuisance du FN vis-à-vis de la droite et son éventuelle responsabilité dans la défaite historique de celle-ci ; enfin, le sursaut de participation de mars 2004 et son impact sur l’évolution du rapport droite-gauche. Ces analyses seront l’occasion d’une relecture assez nuancée de l’évolution électorale depuis les élections de mars 1998 jusqu’aux scrutins de mars 2004, en passant bien évidemment par le 21 avril 2002 et les élections législatives.
La vague rose, entre évolution électorale et effet du mode de scrutin
Depuis 1998, les partis de gauche dirigeaient 8 des 21 régions métropolitaines hors Corse. Le gain de 5 régions résultait de 39,5 % des voix pour les listes de la gauche plurielle, 35,5 % pour les listes RPR-UDF, 15,3 % pour le Front national et 4,4 % pour l’extrême gauche [2]. Au premier tour des élections régionales de 2004, la gauche rassemble 40,3 % des suffrages exprimés, la droite 35 %, l’extrême droite 16,6 % et l’extrême gauche 4,6 %. La progression de la gauche entre les deux tours a été encore plus forte aux élections régionales qu’aux élections cantonales, puisque, à l’issue du second tour, la gauche rassemble 50,2 % des suffrages exprimés, la droite 37,1 %, le Front national 12,8 % et 20 régions ont une majorité de gauche, l’Alsace échappant seule à la vague rose. Les changements de majorité, à sens unique, vers la gauche, de 12 régions métropolitaines constituent une surprise dont l’ampleur n’a été envisagée ni avant le premier tour ni entre les deux tours [3].
La victoire de la gauche est également patente en sièges (tableau 1).

Tableau 1
Répartition des conseillers régionaux de gauche et évolution de leur nombre
IMGIMGNombre de sièges	obtenus en 2004	Nom...IMGIMF
Nombre de sièges obtenus en 2004 Nombre de sièges obtenus en 1998 Écart 2004-1998 Verts 169 72 97 PS Radicaux Divers gauche MRC PC 612 48 17 15 180 395 28 21 17 148 217 20 –4 2 –32 Total 1041 681 360 Total avec simulation du nombre de sièges en 2004 sans modification du mode de scrutin 737 681 56

Avec 1 041 conseillers régionaux en France métropolitaine, la gauche détient 62 % des sièges au sein des conseils régionaux. La progression brute de 360 sièges correspond à une hausse considérable de 52,8 % du nombre de sièges entre 1998 et 2004.
À quelle(s) composante(s) de la gauche la victoire profite-t-elle ? La réponse à cette question comprend plusieurs facettes. Aux élections régionales, le PC apparaît, par rapport aux élections cantonales, en meilleure santé dans les régions où il ne fait pas liste commune avec le PS, du fait, en particulier, des scores de ses listes en Île-de-France (7,2 % s.e.), Auvergne (9,2 % s.e.), Picardie (10,9 % s.e.) et Nord-Pas-de-Calais (10,7 % s.e.). Néanmoins, en Alsace (3,7 % s.e.), Aquitaine (4,3 % s.e.), Franche-Comté (4,2 % s.e.), les listes menées par le PC n’atteignent pas le seuil des 5 % leur permettant de fusionner. En termes d’élus, le Parti communiste équilibre de manière à peine positive son bilan puisqu’il compte 36 conseillers régionaux de plus qu’en 1998 (quand, dans le même temps, il cède 32 sièges de conseillers généraux). Le bilan est nettement meilleur pour les Verts, qui comptent 97 conseillers régio-naux [4] de plus qu’en 1998 (et 6 conseillers généraux). Ces gains découlent d’accords avantageux avec le PS et d’une réelle progression électorale. Les listes vertes aux régionales dépassent le seuil de 5 % dans toutes les régions où elles ne faisaient pas liste commune avec le PS : Auvergne, Bretagne, Champagne-Ardenne, Limousin, Midi-Pyrénées, Nord-Pas-de-Calais, Basse-Normandie et Rhône-Alpes. Malgré tout, le PS est très clairement le grand gagnant du scrutin. En nombre d’élus, il bénéficie d’une sur-représentation massive avec 1 354 conseillers généraux et 217 nouveaux conseillers régionaux, portant leur nombre à 612, soit plus de 58 % du total de la gauche. Il est difficile d’appréhender précisément l’évolution électorale du PS aux élections régionales puisqu’il ne s’est présenté seul dans aucune région [5].
La diversité des stratégies régionales (union ou désunion) de la gauche au premier tour affecte, à première vue, mais sans lui nuire, la progression de la gauche entre 1998 et 2004 aux élections régionales. En effet, la comparaison des moyennes de progression selon l’unité ou non de la gauche à ces élections entre 1998 et 2004 met en évidence une différence significative statistiquement : au premier tour des élections régionales 2004, quand la gauche est unie, elle présente une progression par rapport à 1998 inférieure, en moyenne, de 2 points [6] par rapport aux situations où elle se présente désunie. Quand elle se présente plurielle, manifestement la gauche « ratisse » plus large et progresse plus par rapport à 1998. À l’inverse, quand elle est unie dès le premier tour en 2004, la gauche progresse de 1,8 points de plus dans l’entre-deux tours [7]. La diversité des stratégies, conduites principalement par les Verts et le PC, ne semble pas, par conséquent, avoir été préjudiciable à la gauche dans son ensemble. Néanmoins, il est probable que l’absence d’accord global avec le PS ne leur a pas permis d’obtenir chacun une présidence de région, hypothèse plausible a posteriori au vu des résultats.
Cette présentation des résultats de la gauche fait apparaître ainsi une déconnexion certaine entre progression en sièges et en institutions contrôlées, d’une part, et progression électorale, d’autre part. L’un des moyens de vérifier l’existence d’un effet d’optique sur les résultats des élections régionales est d’étudier les conséquences de la modification du mode de scrutin. Le tableau 2 présente la simulation des résultats des élections régionales de 2004 avec l’offre politique réelle, mais le mode de scrutin de 1998, proportionnel départemental à un tour avec un seuil de 5 % des voix pour obtenir des sièges. On peut ainsi comparer, à mode de scrutin identique, les effets des performances électorales de 2004 par rapport à celles de 1998. Le résultat simulé de 2004 met en évidence une progression de la gauche limitée à 55 sièges par rapport à 1998. Le recul de la droite n’est que de 27 sièges [8]. Cette progression modérée du nombre de conseillers régionaux induit un basculement vers la gauche de 7 régions [9] (Bourgogne, Bretagne, Franche-Comté, Languedoc-Roussillon [10], Picardie, Poitou-Charentes, Rhône-Alpes), mais également la perte d’une région et pas la moindre, l’Île-de-France. La gauche aurait présidé dans cette hypothèse 14 régions – dont 5 avec une majorité absolue – contre 7 régions pour la droite (avec des majorités relatives). À mode de scrutin équivalent, la victoire de la gauche est incontestable. Cependant, la comparaison des résultats simulés 2004 avec les résultats réels produits par le nouveau mode de scrutin permet d’apprécier l’illusion d’optique dont a bénéficié la victoire de la gauche transformée en vague rose. L’ampleur de la victoire est produite de manière décisive par le nouveau mode de scrutin. En effet, la gauche obtiendrait 304 sièges de moins, à mode de scrutin équivalent, ce qui réduirait de 85 % sa progression. De même, le changement du mode de scrutin explique la moitié des majorités régionales conquises. Les résultats simulés font apparaître un gain net de 6 régions quand la gauche en conquiert 12 en 2004. Enfin, le nouveau mode de scrutin donne l’impression d’un mouvement uniforme favorable à la gauche qui ne se retrouve pas dans les résultats simulés. En effet, à mode de scrutin équivalent et offre politique identique, la première région de France aurait été perdue par la gauche et, dans 9 régions, la gauche n’aurait pas gagné d’élus ou aurait accusé une perte. Ainsi, la lecture d’une carte de France des régions où seule est bleue une mince rayure « en haut à droite », pour reprendre la couverture d’un quotidien gratuit, est trompeuse. L’idée d’un raz-de-marée de gauche surestime à la fois l’ampleur de la victoire de la gauche (nettement plus nuancée en terme strictement électoral) et son uniformité. À l’analyse, pour incontestable que soit la victoire de la gauche, son extrême dépendance vis-à-vis du mode de scrutin souligne ses limites et sa relative fragilité.

Tableau 2
Nombre de conseillers régionaux et évolution selon les résultats de 2004 avec le mode de scrutin de 1998 et selon les résultats réels de 1998 et 2004
IMGIMG2004 simulé	Majorité 2004	simulée	Éc...IMGIMF
2004 simulé Majorité 2004 simulée Écart 2004 simulé/1998 2004 réel Écart 2004 simulé/réel G D FN A G D FN A G D FN G D FN A Aquitaine 39 32 9 5 gauche relative -1 4 0 -3 57 21 7 -18 11 2 5 Alsace 10 18 10 9 droite relative 1 -1 -3 3 12 27 8 -2 -9 2 9 Auvergne 22 22 3 droite relative (âge) 1 0 -1 0 30 17 -8 5 3 0 Bourgogne 24 22 10 1 gauche relative 0 0 1 -1 37 14 6 -13 8 4 1 Bretagne 43 32 7 1 gauche absolue 9 -6 0 -3 57 26 -14 6 7 1 Centre 34 28 14 1 gauche relative 1 -1 1 -1 48 20 9 -14 8 5 1 Champagne-Ardenne 19 20 10 droite relative 2 0 1 -3 28 15 6 -9 5 4 0 Franche-Comté 18 16 8 1 gauche relative 2 -1 -1 0 26 12 5 -8 4 3 1 Île-de-France 89 91 27 2 droite relative 3 8 -9 -2 130 64 15 -41 27 12 2 Languedoc-Roussillon 29 22 13 3 gauche relative -2 0 0 2 43 16 8 -14 6 5 3 Limousin 22 15 4 2 gauche absolue -2 1 1 0 31 12 -9 3 4 2 Lorraine 25 31 16 1 droite relative 0 -2 3 -1 45 19 9 -20 12 7 1 Midi-Pyrénées 52 28 11 gauche absolue 11 -10 3 -4 62 21 8 -10 7 3 0 Nord-Pas-de-Calais 58 31 22 2 gauche absolue 7 -4 4 -7 73 24 16 -15 7 6 2 Basse-Normandie 17 20 8 2 droite relative 0 -2 2 0 28 14 5 -11 6 3 2 Haute-Normandie 23 20 9 3 gauche relative 0 1 -1 0 36 13 6 -13 7 3 3 Pays de la Loire 37 43 9 4 droite relative 5 -7 2 0 60 33 -23 10 9 4 Picardie 22 19 13 3 gauche relative -1 0 2 -1 34 15 8 -12 4 5 3 Poitou-Charentes 30 19 5 1 gauche absolue 6 -5 0 -1 37 15 3 -7 4 2 1 Provence-Alpes-Côte-d’Azur 51 40 32 gauche relative 2 3 -5 0 73 31 19 -22 9 13 0 Rhône-Alpes 73 54 28 2 gauche relative 12 -6 -7 1 94 45 18 -21 9 10 2 Total 737 623 268 43 56 -28 -7 -21 1041 474 156 -304 149 112 43

Le recul de l’extrême gauche, condition et effet de la victoire de la gauche
Les partis d’extrême gauche comptent incontestablement parmi les perdants des scrutins de mars 2004. Leurs scores ne leur ont pas permis de devenir une acteur décisif du jeu politique. Avec 4,6 % des suffrages exprimés au premier tour des élections régionales en métropole, la progression est légère par rapport à 1998 (4,4 %). La signification du gain de 140 000 voix est cependant à apprécier au regard de l’absence, en 1998, de listes d’extrême gauche dans 24 départements contre une présence uniforme sur l’ensemble du territoire national aux régionales de 2004. Or, dans ces 24 départements, les listes LO/LCR ont, en 2004, rassemblé plus de 150 000 voix. Par conséquent, après correction du différentiel de candidatures, l’extrême gauche apparaît en léger recul entre 1998 et 2004. Mais, surtout, elle n’atteint pas la moitié de son score du « 21 avril » (10,6 %). Malgré l’union LO/LCR et la quasi-unité de candidatures, leurs listes ne réussissent dans aucune région à dépasser la barre de 10 %, qui leur aurait permis de s’aligner au second tour et aurait été un symbole fort de leur nouveau statut.
Comment expliquer cette défaite électorale ? L’explication réside probablement, pour une part, dans un réexamen des déterminants du niveau de l’extrême gauche à l’élection présidentielle de 2002. En effet, la question du vote stratégique [11] et de ses diverses modalités, vote d’influence et vote utile, entre en ligne de compte. André Blais évalue à près de 10 % le nombre d’électeurs qui, à l’élection présidentielle de 2002, ont eu recours à une modalité ou une autre du vote stratégique. Il remarque que le vote d’influence, qu’il qualifie de « vote stratégique inversé », a été la modalité principale lors de cette élection et de manière prioritaire au profit de Jean-Marie Le Pen. Néanmoins, les candidats d’extrême gauche ont également bénéficié de ce type de comportement dans une moindre mesure. Dans une étude sur la dynamique de recomposition de la gauche, Vincent Tiberj pointe que : « Pour les proches du PS ou du PCF, la conformité du vote a considérablement baissé lors des trois dernières prési-dentielles : pour les sympathisants communistes, on passe d’environ 72 % de votes en faveur du candidat de la place du Colonel Fabien en 1988 et 1995, à 59 % en 2002, pour les sympathisants socialistes, l’évolution est similaire, passant de 67 % de votes conformes en 1988 à 64 % en 1995 et 56 % en 2002 » [12]. De ce point de vue, l’auteur remarque que l’extrême gauche était alors dans une situation privilégiée par rapport aux autres partis de gauche puisque son taux de votes conformes augmente chez ses sympathisants, passant de 50 % en 1995 à 71 % en 2002.
Or, à l’inverse de l’élection présidentielle de 2002, le vote utile semble avoir prévalu en mars 2004, au détriment du vote d’influence, au sein de l’électorat de gauche, mais également au sein de l’électorat d’extrême gauche. Ainsi, le sondage post-électoral SOFRES-Le Monde-RTL-LCI met en lumière que les différentes composantes de la gauche, au premier tour des élections régionales, ont été affectées par un comportement dicté, en premier lieu, par le vote utile : 25 % des sympathisants communistes interrogés, 21 % des sympathisants écologistes interrogés, 16 % des sympathisants socialistes interrogés et 12 % des sympathisants d’extrême gauche interrogés – ce qui regroupe 19 % des électeurs des listes de gauche interrogés – placent le vote utile comme première motivation au vote. Autre indice du changement de comportement électoral, le vote sanction contre le gouvernement a bien évidemment changé de cible par rapport à l’élection présidentielle de 2002 et a contribué à dévaloriser relativement l’option du vote d’extrême gauche et à renforcer la cohésion autour des listes de gauche pour manifester une opposition claire (selon la même logique que pour les élections législatives 2002, mais avec une toute autre dynamique) : 31 % des sympathisants communistes interrogés, 18 % des sympathisants écologistes interrogés, 33 % des sympathisants socialistes interrogés et 21 % des sympathisants d’extrême gauche interrogés déclarent que la volonté de sanctionner l’action du gouvernement est ce qui a le plus compté dans leur vote au premier tour des élections régionales.
Au regard de ces éléments, l’analyse de la conformité des votes révèle une tendance convergente. Le phénomène mis en évidence est strictement inverse à celui observé pour le « 21 avril ». Les listes d’extrême gauche ne recueillent aux élections régionales les suffrages que de 40 % de leurs sympathisants interrogés, alors que 49 % d’entre eux se portent sur les listes de gauche. À l’inverse, 88 % des sympathisants socialistes interrogés votent pour les listes de gauche, de même que 79 % des sympathisants communistes interrogés et 63 % des sympathisants écologistes interrogés. Ainsi, alors qu’en 2002, l’extrême gauche a fait le plein des voix de ses sympathisants et a recueilli un nombre substantiel de voix émanant des sympathisants de la gauche plurielle [13], en 2004, près de la moitié des sympathisants d’extrême gauche interrogés se prononce en faveur de la gauche et cette dernière retrouve le soutien de la grande masse de ses sympathisants. On notera que les suffrages rassemblés par les candidats d’extrême gauche atteignaient près de 2,95 millions au premier tour de l’élection présidentielle 2002 contre 1,078 millions au premier tour des élections régionales 2004. Dans le même temps, les listes de gauche rassemblent en 2004 près de 9,5 millions de suffrages, à comparer aux quelques 7,95 millions de voix qui se sont portés sur les candidats de gauche en 2002, Jean-Pierre Chevènement inclus. Analysé par rapport aux inscrits, dans les circonscriptions législatives [14], le vote d’extrême gauche régresse dans une fourchette s’échelonnant de 10 points à 1 point entre l’élection présidentielle 2002 et les élections régionales 2004, quand les résultats de la gauche vont d’une régression de 7 points à une progression de 15 points. L’analyse des corrélations entre variation des votes d’extrême gauche et de gauche par rapport au nombre d’inscrits présente un coefficient significatif de – 0,452. Ce résultat confirme l’association inverse entre évolution du vote d’extrême gauche et de gauche entre l’élection présidentielle 2002 et les régionales 2004. Ce phénomène est l’une des conditions de la victoire de la gauche en 2004. La vague rose prend donc naissance sur un fort soutien de son électorat autour des thématiques liées du vote utile et du vote sanction, soutien qui, par contrecoup, assèche une composante importante du vote d’extrême gauche. Mais la victoire de la gauche s’opère également par un empiétement important sur le potentiel électoral propre, bien que limité (autour de 4 %) [15], de l’extrême gauche. Il semble que les électorats d’extrême gauche et de gauche fonctionnent, tout au moins en partie, selon le principe des vases communicants. L’analyse comparée des élections de 2002 et 2004 conduit à un jugement fortement nuancé : à rebours des déclarations des leaders de l’extrême gauche, l’électorat qui se porte sur celle-ci lors d’une élection semble loin d’être un électorat opposé, distinct ou gelé pour les partis de la gauche classique. Pour cette raison même, le recul de l’extrême gauche est une des conditions de la victoire de la gauche.
La contribution limitée du FN à la défaite de la droite
La date du 21 avril 2002 est restée comme le symbole d’une poussée protestataire en France dont le score du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, était emblématique. Les élections régionales et cantonales de mars 2004 n’ont pas inversé totalement la tendance. L’abstention-protestation a manifestement reculé, comme les scores de l’extrême gauche, malgré sa forte mobilisation dans la continuité de l’élection présidentielle. Le FN, quant à lui, consolide son implantation. Sa stabilité aux élections régionales – 15,1 % en 1998 contre 15,1 % au premier tour en 2004 – dans un contexte de hausse de la participation s’appuie sur une progression de 300 000 voix. Il faut noter que les listes d’extrême droite (MNR et Alsace d’abord) comptabilisent par ailleurs près de 350 000 voix au premier tour des élections régionales. La progression du FN atteint 700 000 voix par rapport au premier tour des élections législatives de 2002. La réforme du mode de scrutin régional a certes réduit drastiquement son influence sur la future gestion quotidienne des régions et amoindri sa représentation, avec 155 élus régionaux dans 17 régions métropolitaines (contre 275 sortants dans 21 régions). Mais cette réforme a bénéficié au FN en accréditant la tripartition de l’espace politique français entre gauche, droite et extrême droite [16]. En effet, présent au second tour dans 17 des 21 régions françaises [17], le Front National n’est éliminé dans 3 régions que du fait de la dispersion des voix d’extrême droite sur des listes MNR.
La consolidation des positions du FN s’opère en particulier par la diffusion de son influence électorale puisque les résultats s’améliorent dans 15 des 21 régions françaises, mais régressent dans certains de ses bastions traditionnels. L’enracinement du FN est également le résultat d’une fidélisation croissante de ses électeurs, comme l’indique la stabilité du nombre global de voix rassemblées dans les 17 régions concernées entre les deux tours du scrutin régional. Cette tendance générale ne doit cependant pas cacher que quelques listes régionales frontistes perdent des suffrages entre les deux tours, quand d’autres en conquièrent. Néanmoins, la corrélation des taux de votes FN par rapport aux inscrits entre les deux tours, analysés au niveau des circonscriptions législatives où le FN est présent au second tour, est très élevée (.947) [18] et dépasse probablement la mise en évidence d’un ancrage géographique pour caractériser une fidélité forte et croissante de l’électorat.
Au vu de ces éléments, doit-on conclure que le FN est à l’origine de la défaite de la majorité gouvernementale, du fait du gel d’une partie décisive de l’électorat susceptible de donner la victoire à la droite ? La défaite de la droite parlementaire ne peut être attribuée de manière essentielle au niveau électoral, stable, du FN, ni à son pouvoir de nuisance dans les triangulaires. Moins que jamais, depuis 1984, le Front national n’est à l’origine de la défaite de la droite.
L’analyse du tableau 3 met en évidence que la présence du FN, au second tour des élections régionales, n’a pas empêché les listes de gauche d’atteindre la majorité absolue des suffrages dans 7 régions. L’absence du FN, au second tour, dans 4 régions n’a pas permis aux listes de droite de remporter ces scrutins. Par conséquent, dans plus de la moitié des régions, le FN ne peut être invoqué comme cause de la défaite. À l’inverse, la seule région conservée par la droite, l’Alsace l’a été dans le cadre d’une triangulaire où le FN réalise son meilleur pourcentage national des suffrages exprimés.

Tableau 3
Le pouvoir de nuisance du FN aux élections régionales de mars 2004 *
IMGIMGÉcart gauche majorité au 2e tour	Éca...IMGIMF
Écart gauche majorité au 2e tour Écart G-D au 2e tour Score du FN 2e tour % report FN gagnant au 2e tour Pouvoir de nuisance FN au 2e tour Alsace –15,6 –9,12 22 0 Nul Aquitaine +4,8 21,4 11,7 183,1 Nul Auvergne +2,6 5,3 0 0 Nul Bourgogne +2,5 20,3 15,4 132,5 Nul Bretagne +8,6 17,3 0 0 Nul Centre –0,9 14,8 16,5 89,7 Faible Champagne-Ardenne –8,1 2,1 18,3 11,4 Très Fort Franche-Comté –3,3 10,6 17,1 61,8 Modéré Île-de-France –0,9 8,4 10,1 83,3 Faible Languedoc-Roussillon +1,2 18,1 15,7 119,9 Nul Limousin +12 24 0 0 Nul Lorraine –1,5 14,3 17,3 82,8 Faible Midi-Pyrénées +7,5 27,1 12,1 224,6 Nul Nord-Pas-de-Calais +1,8 23,1 19,7 118,7 Nul Basse-Normandie –3,8 6,2 13,8 45,2 Très Fort Haute-Normandie +2,7 20 14,6 136,9 Nul Pays de la Loire +2,3 4,7 0 0 Nul Picardie –4,6 9,4 18,7 50,7 Fort Poitou-Charentes +5,1 18,9 8,7 217,2 Nul PACA –5 11,1 21,1 52,9 Fort Rhône-Alpes –3,5 8,3 15,3 54,2 Fort * L’ensemble des résultats présentés dans le tableau se base sur les pourcentages de suffrages exprimés.

Reste donc à estimer l’impact du FN dans la défaite de la droite dans 9 régions. Le tableau 3 présente les éléments nécessaires à cette évaluation. Il convient de prendre en compte tout d’abord l’écart entre la gauche et la majorité absolue (fixée à 50 % des suffrages exprimés), ensuite, l’écart entre la gauche et la droite (fondamental pour appréhender l’impact du FN), enfin, la part des votes FN du second tour nécessaire à la liste de droite pour dépasser la gauche [19]. On dispose par conséquent de trois critères cumulatifs pour apprécier la probabilité de la nuisance du FN pour la droite : plus l’écart entre le score de la gauche et la droite est faible, plus le pourcentage de report gagnant de voix du FN pour la droite est bas, plus l’écart entre le score de la gauche et la majorité est élevé, plus la probabilité est forte que la présence du FN ait empêché la victoire de la droite. Un groupe de 3 régions se distingue, dans lesquelles les listes de gauche flirtent littéralement avec la majorité au second tour, sans l’atteindre : elles sont au plus à 1,5 % de la majorité absolue (Centre : – 0,86 ; Île-de-France : – 0,86 ; Lorraine : – 1,5). Un second groupe de 5 régions se caractérise par un écart entre le score de la gauche et la majorité qui s’échelonne de 3,3 à près de 5 % : Franche-Comté, Basse-Normandie, Picardie, PACA, Rhône-Alpes. Enfin, dernier cas, Champagne-Ardenne est la région où l’écart du score de la gauche à la majorité est le plus élevé, avec 8,1 %. Cela va de pair avec le plus faible écart gauche-droite au second tour, Alsace excepté, avec un avantage de 2,1. Par conséquent, dans cette région où le FN réalise son quatrième score national (18,28 %), la droite a besoin de la plus faible part de report de cet électorat au second tour (11,4 %) pour arriver en tête. C’est en Champagne-Ardenne que la présence du FN au second tour a le plus pénalisé la droite et empêché, avec une très forte probabilité, sa victoire. Qu’en est-il des deux autres groupes ? Dans le premier groupe de trois régions, plus de 80 % des voix FN au second tour sont nécessaires à la droite pour qu’elle devance la gauche. Ce niveau de report très exigeant rend la victoire de la droite sans le FN relativement improbable dans le contexte de mars 2004, puisque cela implique que la droite capte en outre au moins autant de voix que la gauche parmi des suffrages FN résiduels (moins de 20 %) qui s’exprimeraient. Ce constat amoindrit le pouvoir de nuisance à imputer au FN dans ces régions. Dans deux des trois régions, l’écart gauche-droite, substantiel, excède 14 %. En Île-de-France, l’écart est sensiblement moins élevé, puisque de près de 8,5 %. Par conséquent, les défaites de la droite en Lorraine et Centre, ainsi que, de manière un peu moins nette, en Île-de-France, ne semblent pas imputables à la présence du FN au second tour des élections régionales. Autrement dit, il est peu probable que l’absence du FN au second tour aurait permis la victoire de la droite, dans le contexte des élections de mars 2004. Dans le groupe des 5 régions intermédiaires, le niveau du report des voix FN nécessaire à la victoire de la droite est inférieur à 55 % pour quatre d’entre elles. Ce niveau de report est plausible en cas d’absence du FN au second tour. En Franche-Comté, il culmine presque à 62 %, associé avec un écart gauche-droite élevé (10,6 %). C’est en Basse-Normandie que la proportion de report FN est la plus faible (45,2 %), ainsi que l’écart gauche-droite (6,2), alors qu’en PACA, Picardie et Rhône-Alpes, l’écart est assez important, respectivement 11,1 %, 9,4 % et 8,3 %. La probabilité est donc très forte qu’en Basse-Normandie, la présence du FN ait empêché la victoire de la droite. La probabilité que le FN ait causé la défaite de la droite semble en revanche modérée en Franche-Comté. Dans les trois autres régions, la probabilité d’un pouvoir de nuisance du FN est assez forte. Par conséquent, dans 2 régions, on peut estimer qu’il est hautement probable que le FN ait fait perdre la droite. Dans 3 régions, cette probabilité semble assez forte et, dans 4 régions, modérée à faible. En prenant cette base, la droite sortait tout de même nettement battue du scrutin régional, bien que l’ampleur de la défaite ait pu être plus limitée.
Deux ans après le « 21 avril », le potentiel électoral du FN a été peu entamé par la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy, dont l’un des objectifs était de séduire et réduire l’électorat frontiste. La consolidation électorale du FN a bien contribué à la défaite de la droite. Néanmoins, seule l’ampleur inattendue de celle-ci peut lui être partiellement imputée, en aucun cas l’existence même de la défaite aux élections régionales.
À qui profite le sursaut de participation ?
La participation est l’un des points marquants de l’analyse des deux élections de mars 2004. En France, la fin du 20e siècle a eu, en effet, le « privilège » de battre les records d’abstention quels que soient les types de scrutin. Or, les élections régionales et cantonales de mars 2004 ont représenté un coup d’arrêt dans la progression continue de l’abstention depuis vingt ans [20], avec respectivement 37,8 % et 36,1 % d’abstention au premier tour de ces élections, taux encore réduit de près de trois points au second tour, avec respectivement 34,3 % et 33,4 %. Cette évolution de la participation a été une surprise, compte tenu d’un discours ambiant pessimiste sur la « fracture civique » et de nombreux sondages peu optimistes [21]. Quelle est l’ampleur du sursaut de participation ? Et quelles sont ses composantes ? Au regard du reflux limité de l’abstention au premier tour des élections cantonales et régionales, la portée du sursaut de participation peut être nuancée. En effet, le niveau de l’abstention au premier tour reste supérieur à ceux observés aux élections cantonales de 1985 et 1992 et aux élections régionales de 1992 et 1986 (tableau 4). Néanmoins, au second tour des élections cantonales de 2004, la différence de participation avec celle enregistrée en 1998 est spectaculaire puisqu’elle a atteint 11,5 points ! Ce dernier résultat, pour frappant qu’il soit, est cependant passé relativement inaperçu. Il constitue pourtant un indice de l’existence d’un phénomène fondamental pour comprendre le sursaut de participation, les scrutins de mars 2004 et leurs résultats : l’accroissement de la mobilisation électorale dans des proportions inédites pour ce type de scrutin. Deux éléments méritent donc une attention soutenue : la faiblesse relative de l’abstention au second tour des élections cantonales 2004 et la hausse inédite, pour ce scrutin, de la participation dans l’entre-deux tours.

Tableau 4
Niveau de l’abstention aux élections régionales depuis 1986
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Régionales 1986 1992 1998 21,8 31,4 41,9


Niveau de l’abstention au 1er et 2e tour aux élections régionales de 2004
IMGIMGRégionales	2004 (1)	2004 (2)	37,8	34,27	IMGIMF
Régionales 2004 (1) 2004 (2) 37,8 34,27

La perspective qui nous inspirera est de vérifier si « l’abstention a fait l’élection » [22]. À partir de plusieurs références temporelles, nous testerons l’hypothèse d’une mobilisation différentielle des électorats de droite et de gauche construite autour de l’idée d’un chassé-croisé entre une démobilisation relative de l’électorat de droite et une mobilisation relativement forte de l’électorat de gauche.
Au premier tour des élections régionales de 2004, le nombre de suffrages exprimés excède de 2,2 millions celui de 1998. Or, la droite ne compte que 632 000 suffrages exprimés de plus qu’en 1998, ce qui correspond à un gros quart. Il est intéressant de noter que, globalement, la droite ne recule pas en nombre de voix par rapport à 1998. Mais, dans le même temps, la progression du nombre de suffrages rassemblés par la gauche atteint 1,3 millions de voix, ce qui correspond à près de 60 % de la progression de la participation. On peut remarquer que cette progression du nombre de voix se portant sur la gauche est presque équivalente à ses 1,2 millions de voix d’avance au premier tour des élections régionales. Le coefficient de corrélation entre la variation du nombre de suffrages exprimés et la variation du nombre de voix recueillies par la gauche entre le premier tour des élections régionales 1998 et 2004, au niveau des circonscriptions législatives, est particulièrement élevé (.710), mettant en évidence une association étroite entre les deux phénomènes et accréditant l’idée que la gauche a profité de la hausse de la participation entre 1998 et 2004.
Par rapport au premier tour des élections législatives de 2002, la droite a perdu 2,7 millions de voix, quand la gauche en gagnait près de 300 000. Le recul de la droite entre le premier tour des élections législatives et celui des élections régionales de 2004 est corrélé significativement (.506), au niveau des circonscriptions législatives, avec le recul de la participation entre ces deux scrutins. L’effet de la démobilisation d’une partie de l’électorat de droite apparaît aussi fortement dans la comparaison avec le premier tour de l’élection présidentielle : la droite cède en effet plus de 500 000 suffrages, la gauche en conquiert plus de 1,5 millions. Au niveau des circonscriptions législatives, le coefficient de corrélation, significatif, de 0,656 confirme la relation entre la baisse de la participation entre l’élection présidentielle de 2002 et les élections régionales de 2004 et le recul en nombre de voix de la droite entre ces deux scrutins.
Il y a par conséquent des faisceaux de présomption convergents sur une démobilisation relative de l’électorat de droite au premier tour des élections régionales alors que la mobilisation de l’électorat de gauche semble forte.
Quel a été l’impact de la baisse de l’abstention au second tour, qui constitue l’un des traits les plus singuliers de la participation en mars 2004 ? Pour les élections régionales, c’est une innovation du nouveau mode de scrutin pour laquelle on ne dispose donc pas de base de comparaison. Elle a cependant joué contre la majorité de droite, puisque la brutalité du retour de balancier en faveur de la gauche s’y est amplifiée. L’accroissement de la mobilisation en est-elle une des causes ? La défaite des listes de droite, fusionnées ou non, n’a pas été le résultat mathématique d’une déperdition de voix entre les deux tours. En effet, ces listes ont gagné un million de voix, mais la gauche, elle, en gagnait trois millions ! Cependant, la hausse de la participation analysée au niveau des circonscriptions législatives ne semble pas profiter à la gauche. Au contraire, la progression de la droite entre les deux tours est corrélée (.526) avec la hausse de la participation. En somme, la mobilisation entre les deux tours semble avoir pour cadre géographique les circonscriptions législatives où l’électorat de la droite a le plus progressé au second tour. Cela induit donc que l’explication de l’amplification de l’écart gauche-droite au second tour résiderait dans des reports de voix très favorables à la gauche, ce que soutient le coefficient de corrélation significatif entre progression de la gauche entre les deux tours et niveau des listes « autres » [23] au premier tour (.592).
En tenant compte des risques de l’analyse écologique, on peut conclure qu’il est probable que la singularité du sursaut de la participation s’est construite autour d’une mobilisation différentielle au premier tour massivement en faveur de la gauche, qui ne s’est pas dissipée entre les deux tours, à laquelle s’est ajouté un second mouvement de mobilisation différentielle plutôt en faveur de la droite dans l’entre-deux tours. La conjonction de ces deux mobilisations différentielles et de la persistance du premier temps de celles-ci constitue l’un des facteurs explicatifs plausibles de la singularité du sursaut de la participation : les fluctuations électorales apparaissent crédiblement influencées par ce scénario dans le même temps qu’elles en sont le révélateur.
Au cœur du vote sanction de mars 2004
La mobilisation différentielle et décalée des électorats a été l’un des ressorts du sursaut de la participation. Quels sont les autres facteurs permettant de proposer une interprétation de la logique des scrutins de mars 2004 ? Entre 1998 et 2004, deux éléments ont varié sensiblement : la volonté relative de sanctionner le gouvernement et le mode de scrutin des élections régionales. Ces deux éléments n’ont pas le même statut, ce qui induit que nous ne sommes pas face à une alternative. Au contraire, il est probable que c’est la conjonction de ces deux éléments qui explique, mais aussi révèle la nature du sursaut de participation en 2004. L’analyse de la participation aux scrutins de 1998 et 1992 avait mis en évidence que les élections cantonales favorisaient la participation aux élections régionales, surtout en milieu rural [24]. L’interprétation de l’évolution de la participation en mars 2004 et tout particulièrement au second tour des cantonales obéit probablement à une logique significativement différente.
Le sursaut de participation a manifestement comme motif principal la volonté de sanctionner le gouvernement, ce que nous avons abordé précédemment et dont le niveau est singulièrement plus élevé en 2004 qu’en 1998 [25]. En 1998, le jour du premier tour du scrutin, 35 % des personnes interrogées déclarent que c’est « l’oppo-sition à l’action du gouvernement » [26] qui est la motivation de leur vote, alors que 55 % des personnes interrogées déclarent leur « mécontentement à l’égard du gouvernement » comme motivation de leur vote en 2004 [27]. Dans cette perspective, le nouveau mode de scrutin a été le véhicule approprié de ce ressentiment politique. Force est de constater son importance. Si le mode de scrutin des élections cantonales est resté inchangé (scrutin uninominal à deux tours, renouvellement par moitié tous les six ans), le mode de scrutin régional est, en 2004, marqué par une « munici-palisation » [28] inachevée qui recèle plusieurs innovations clés. En 2004, la logique majoritaire du nouveau mode de scrutin à deux tours induit une clarté plus grande de la compétition. En outre, le cadre régional de l’élection et l’existence d’une tête de liste régionale déclarée et clairement identifiable – à défaut d’être partout clairement identifiée – corrige l’émiettement précédent de la compétition régionale et favorise la lisibilité des résultats. Enfin, ces innovations ont contribué à la polarisation médiatique sur les élections régionales. De plus, la dimension locale de l’élection a été médiatiquement supplantée par une logique nationale conforme au modèle des élections intermédiaires, que le PS et les partis de gauche ont tenté de renforcer, alors que l’UMP et le gouvernement s’efforçaient de l’estomper : le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin déclara ainsi qu’il menait non pas une campagne nationale, mais « 22 campagnes régionales ». Pour la majorité, la tâche apparaissait vaine, en particulier parce que plusieurs têtes de liste régionales étaient des ministres en exercice. Au vu de ces éléments et de leur simultanéité, il est plausible que l’enjeu du second tour des élections régionales et sa forte médiatisation aient contribué à augmenter la participation au second tour des élections cantonales. Plus précisément, il est probable que le premier tour des élections cantonales ait légèrement favorisé le vote au premier tour des élections régionales.

Tableau 5
Niveau d’abstention aux élections régionales dans les cantons renouvelables en 1998 et 2004
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Niveau de l’abstention Cantons renouvelables Cantons non renouvelables Cantons avec un 2e tour 2004 Cantons sans un 2e tour 2004 Régionales 1er tour 1998 40,1 43,8 Régionales 1er tour 2004 36,4 39 Régionales 2e tour 2004 33,7 34,8 33,6 34,7 Nombre de cantons 1928 1927 1461 2394

Ainsi, le tableau 5 fait apparaître que, dans les cantons renouvelables, l’abstention au 1er tour de l’élection régionale est de 36,4 % contre 39 % dans les cantons non renouvelables. Néanmoins, il est probable que la forte politisation et polarisation sur le scrutin régional et son second tour ait à l’inverse soutenu le niveau de la participation aux élections cantonales et plus particulièrement au second tour, expliquant par là même sa singularité du point de vue de la participation. Cohérent avec cette interprétation, l’écart de participation entre le premier tour des élections régionales et cantonales dans les cantons renouvelables a été divisé par 2 entre 1998 (0,7 point) et 2004 (0,35 point) et la différence de participation entre cantons non renouvelables et renouvelables aux élections régionales a diminué de plus d’un point (3,7 points en 1998 et 2,58 en 2004). Ensuite, l’abstention au second tour des régionales 2004 est nettement moins différenciée selon qu’il y ait un second tour aux cantonales (33,6 %) ou non (34,7 %). De même, la dynamique de mobilisation aux régionales entre les deux tours est plus importante dans les cantons non renouvelables (+ 4,2 % au pire) que dans les cantons renouvelables (+ 2,7 au mieux). Enfin, autre fait convergent : alors que le nombre de cantons au second tour est évidemment inférieur, le nombre de cantons dans lesquels l’abstention aux élections cantonales est plus forte que l’abstention aux régionales passe de 286 à 378 entre les deux tours. Les élections régionales semblent bien avoir été au cœur de l’expression du « vote sanction » et du sursaut de la participation de mars 2004.
**
Le rapport de force gauche-droite a subi une inflexion électorale claire en mars 2004 par rapport aux scrutins de l’année 2002 et 1998, inflexion amplifiée lors des seconds tours. L’importance jouée par le mode de scrutin relativise l’amplitude, en sièges et majorités, de la victoire de la gauche, dont le Parti Socialiste recueille la majorité des fruits. Si le recul de l’extrême gauche est à la fois un effet et une condition de la victoire de la gauche, la contribution de l’extrême droite à la défaite de la droite n’est pas déterminante : elle accentue la défaite sans en être à l’origine. La victoire de la gauche repose sur une mobilisation différentielle des électorats de gauche et de droite, sans que celle-ci soit une victoire par défaut. En effet, au premier tour (par rapport à 1998) et entre les deux tours, la droite a gagné des suffrages. Le scrutin régional à deux tours, plus lisible politiquement, a probablement été le véhicule ad hoc du « vote sanction » et le moteur inédit du sursaut de la participation.

ANNEXE

 
Le sursaut de la participation aux élections cantonales de mars 2004
 
 
La singularité du sursaut de la participation aux élections cantonales de mars 2004 repose sur une progression modérée de la participation au premier tour et sur une baisse inédite de l’abstention entre les deux tours, qui débouche sur le niveau d’abstention au second tour des élections cantonales le plus faible depuis 20 ans.
Le niveau de participation, au premier tour des élections cantonales 1998, des quatre groupes de cantons au second tour en 1985, 1992, 1998 et 2004 indique que ceux-ci ne diffèrent pas significativement du point de vue de l’abstention. Le groupe des cantons du second tour 2004 est caractérisé par une abstention qui s’élève à 40,26 % au premier tour des élections cantonales de 1998, similaire à celle des groupes de cantons du second tour des élections cantonales de 1998, 1992 et 1985 (respectivement de 40,25 %, 40,32 % et 40,07 %). Par conséquent, la forte baisse de l’abstention (11,45 points) entre les deux tours décisifs des élections cantonales 2004 et 1998 est significative de la singularité des élections cantonales de 2004. Plus encore, le niveau absolu de l’abstention au second tour en 2004 est inférieur également à ceux des scrutins de 1992 et 1985 (cf. tableau 6). Enfin, sur les 7 dernières élections cantonales, l’année 2004 présente l’unique cas de participation accrue entre les deux tours, ce qui indique une politisation inédite pour ce type de scrutin.
On peut confirmer cette analyse en étudiant les quatre groupes de cantons communs, c’est-à-dire faisant l’objet d’un second tour, d’une part en 2004 et d’autre part en 1998, 1992 ou 1985. Le tableau 7 met en évidence que, pour les cantons communs 2004-1998, le niveau moyen d’abstention au second tour des élections cantonales en 1998 et 2004 est singulièrement différent, respectivement 45,38 % et 33,71 %, et d’une ampleur comparable (11,67) à celui issu de l’étude des chiffres bruts. Plus généralement, dans les cantons qui sont l’objet d’un second tour à la fois en 2004 et en 1985, 1992 ou 1998, le niveau de l’abstention au second tour est systématiquement le plus faible en 2004, alors que la participation était plus élevée au premier tour en 1985 et 1992. L’évolution de l’abstention entre les deux tours renforce la singularité du scrutin de 2004 : la participation progresse, dans les cantons concernés, autour de 3 points en 2004 quand elle régresse respectivement de près de 8 et 5 points en 1992 et 1998. Par rapport à 1985, les différences sont moins flagrantes : dans les cantons communs, l’abstention diminue très légèrement entre les deux tours en 1985 – de 34,35 à 34,18 – et plus fortement en 2004, de plus de 3 points.

Tableau 7
Niveau de l’abstention aux élections cantonales depuis 1985
IMGIMGCantonales	1985 (1)	1985 (2)	1992 (1...IMGIMF
Cantonales 1985 (1) 1985 (2) 1992 (1) 1992 (2) 1998 (1) 1998 (2) 2004 (1) 2004 (2) 1988 (1) 1988 (2) 1994 (1) 1994 (2) 2001 (1) 2001 (2) 33,3 33,67 29,8 37,99 39,5 44,9 36,1 33,45 50,9 53,01 39,6 41,22 34,4 43,84


Tableau 8
Niveau de l’abstention dans les cantons objets d’un second tour dans deux élections
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Niveau de l’abstention Cantons 2e tour 2004 et 1985 Cantons 2e tour 2004 et 1992 Cantons 2e tour 2004 et 1998 Cantonales 1er tour de l’année de référence Cantonales 2e tour de l’année de référence Cantonales 1er tour 2004 Cantonales 2e tour 2004 34,35 34,18 36,93 33,80 30,69 38,5 36,95 33,91 40,62 45,38 36,81 33,71 nombre 906 1105 1233

 
NOTES
 
[1] Sur cette thématique, cf. Jean-Luc Parodi, « La double consultation de mars 1992 : à la recherche d’un modèle », dans Philippe Habert, Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote éclaté, Paris, Presses de Sciences Po, 1992, p. 269-285, et Pascal Perrineau, « Élections régionales, passé et présent », dans Pascal Perrineau, Dominique Reynié (dir.), Le vote incertain, Paris, Presses de Sciences Po, 1999, p. 17-27.
[2] À l’issue des élections régionales de 1992, la gauche ne dirige que 2 régions et les Verts une. Seuls 28,39 % des suffrages exprimés se sont portés sur les partis de gauche lors de ces élections. Les écologistes rassemblent, quant à eux, 14,8 % des suffrages exprimés et les partis de droite, 37,18 %.
[3] Il est à noter que les quatre régions d’Outre-Mer s’inscrivent également dans cette dynamique, aucune n’ayant un exécutif UMP.
[4] Ce résultat est atteint malgré l’absence d’accord de fusion entre les deux tours en Midi-Pyrénées et Champagne-Ardenne. On peut remarquer que les Verts ne sont précédés que de 11 sièges par le PC dans les conseils régionaux.
[5] La comparaison la moins risquée concerne la région Nord-Pas-de-Calais et semble favorable au PS. La liste PS-MRC-PRG seule rassemble en effet plus de 30 000 voix de plus que les listes PS-PC dans le Nord et PS dans le Pas-de-Calais en 1998.
[6] L’analyse a été menée en proportion des inscrits, dans les circonscriptions législatives, région Midi-Pyrénées exclue pour cause de qualité insuffisante des données. La question de l’inclusion ou non de listes étiquetées « écologistes » en 1998 dans les statistiques du ministère de l’Intérieur peut faire l’objet de débats. En tout état de cause, leur inclusion ne remet pas en cause l’existence d’une différence statistiquement significative entre les moyennes des progressions de la gauche au profit des situations de pluralité.
[7] Analysée en proportion des inscrits, dans les circonscriptions législatives, la région Midi-Pyrénées exclue, la différence de moyennes est statistiquement significative également.
[8] Le recul des élus rangés dans la catégorie « autres » est, en partie, dû à l’absence dans certains départements de listes ayant obtenu des élus en 1998, dont l’explication réside dans le nouveau mode de scrutin.
[9] Nous avons adopté l’hypothèse d’un gel des voix des élus d’extrême gauche et d’extrême droite.
[10] À mode de scrutin équivalent, la gauche perd deux sièges en 2004 en Languedoc-Roussillon quand la droite et le FN sont parfaitement stables. Par conséquent, l’hypothèse d’une réédition en 2004 de l’alliance droite-extrême droite de 1998, bien que peu probable, est envisageable. Le scénario est identique pour la région Picardie, à deux exceptions près : (1) le changement de leader à droite, peu susceptible d’une alliance avec le FN ; (2) la perte d’un siège chacun, pour la gauche et CPNT, aurait profité au FN.
[11] André Blais, « Y a-t-il un vote stratégique en France ? », dans Bruno Cautrès, Nonna Mayer (dir.), Le nouveau désordre électoral, Paris, Presses de Sciences Po, 2004, p. 279-301.
[12] Vincent Tiberj, « L’extrême gauche et la recomposition de la gauche traditionnelle à la veille des élections régionales », working paper, <www. cevipof.msh-paris.fr/actu/elections/reg2004/pdf/11_tiberj01.pdf>, 2004, p. 9.
[13] Vincent Tiberj estime que « la grande majorité des votes pour ces candidats (trotskystes) provient de la gauche plurielle : 62 % pour Arlette Laguiller et 68,5 % pour Olivier Besancenot, parmi lesquels les plus forts mouvements sont à chercher du côté du PS (38,5 % pour la première, 41,5 % pour le second) et des Verts (14 % pour la première et 15,5 % pour le second) » (Vincent Tiberj, ibid.).
[14] Les données EDEN, fournies par le ministère de l’Intérieur, classent la liste composée des Verts et des régionalistes en Midi-Pyrénées dans l’extrême gauche, ce qui ne correspond pas aux codages des listes des Verts dans les autres régions. Par conséquent, nous avons supprimé cette région de l’analyse, bien que, sur les relations gauche–extrême gauche, l’impact soit très faible.
[15] Cf. Jean Chiche, Florence Haegel, Vincent Tiberj, « Érosion et mobilité partisane », dans Bruno Cautrès, Nonna Mayer (dir.), op. cit., p. 255-275.
[16] Sur cette question, cf. Gérard Grunberg, Étienne Schweisguth, « Vers une tripartition de l’espace politique », dans Daniel Boy, Nonna Mayer (dir.), L’électeur a ses raisons, Paris, Presses de Sciences Po, 1997, p. 179-218, et Jean Chiche, Brigitte Le Roux, Pascal Perrineau, Henry Rouanet, « L’espace politique des électeurs français à la fin des années 1990 », Revue française de science politique, 50 (3), 2000, p. 463-487.
[17] L’adoption de seuils en pourcentage des suffrages exprimés – et non des inscrits –, consécutive à la censure, pour des raisons de forme, du premier projet de loi par le Conseil constitutionnel, a fait douter, à raison, de la capacité du nouveau mode de scrutin à induire une bipolarisation au second tour des élections régionales.
[18] Ce coefficient est bien évidemment significatif. À noter que l’analyse des corrélations en nombre absolu de suffrages exprimés (non standardisé, par conséquent) entre les deux tours est encore plus fort : .971.
[19] Ce dernier critère rend compte de la part de voix FN nécessaire à la droite pour dépasser de 0,01 % le niveau observé de la gauche, donc, avant que les reports se partagent équitablement ou se destinent à l’abstention. Par conséquent, ce chiffre n’inclut pas de report de voix FN sur la gauche. Plus la part de report gagnant des voix FN augmente, moins il est aisé de compenser les reports éventuels pour la gauche et, par conséquent, plus la probabilité que la défaite réside dans le pouvoir de nuisance du FN dans les triangulaires est faible.
[20] Les élections cantonales 2001, qui se trouvaient également dans cette configuration, étaient couplées, pour la première fois, aux élections municipales, élections traditionnellement mobilisatrices en France.
[21] Cf. les sondages CSA, Louis Harris, SOFRES ou IPSOS, consultables en ligne sur leur site.
[22] Jérome Jaffré, « Quand l’abstention fait l’élection », dans Pascal Perrineau, Dominique Reynié (dir.), Le vote incertain, op. cit., p. 113-123.
[23] Dans les listes « autres », nous avons pris en compte l’ensemble des listes n’appartenant ni à la droite parlementaire ni à la gauche parlementaire et absentes au second tour. Par conséquent, l’extrême gauche et le MNR sont, par exemple, systématiquement dans cette catégorie, le FN seulement dans les régions où il est absent du second tour.
[24] Cf. Jean Chiche, Élisabeth Dupoirier, Gérard Grunberg, « La participation dans tous ses états », dans Philippe Habert, Pascal Perrineau, Colette Ysmal (dir.), Le vote éclaté, op. cit., p. 165-186, et Jérome Jaffré, cité.
[25] Sur la situation en 1998, cf. Pascal Perrineau, « Les élections régionales, passé et présent », cité.
[26] Sondage IPSOS du 15 mars 1998 (3 906 personnes).
[27] Sondage SOFRES des 22 et 23 mars (2 000 personnes).
[28] Les sièges sont répartis selon un mode inspiré par le modèle municipal, c’est-à-dire à la proportionnelle avec une prime de 25 % à la liste régionale arrivant en tête au second tour, ce qui lui assure 50 % des sièges plus un si elle rassemble plus de 35 % des suffrages exprimés.
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