2004
Revue française de science politique
Idées, politiques de défense et stratégie
Idées, politiques de défense et stratégie : enjeux et niveaux d’analyse
Pascal Vennesson
Quel est le rôle des idées dans les politiques de défense et les stratégies ? L’objectif des articles de ce dossier est de répondre à cette question à partir d’enquêtes empiriques, en combinant la socio-histoire du politique, l’étude des relations internationales et l’analyse des politiques publiques. Ces dernières années, en France, plusieurs recherches proches dans l’inspiration générale, mais distinctes sur des points importants, ont mis l’accent sur le rôle des idées et des représentations dans l’analyse de différents aspects des politiques publiques : la politique agricole commune, les croyances des hauts fonctionnaires relatives aux réformes de l’État, les politiques du livre, ou les politiques sidérurgiques
[1]. Les notions, les variables et les problématiques de ces travaux seront ici mises à profit dans l’étude, comparativement plus négligée, des politiques de défense et de la stratégie. Simultanément, on s’efforcera de parcourir le chemin inverse et de comprendre comment et pourquoi des objets tels que la défense et la stratégie peuvent enrichir la socio-histoire du politique, l’analyse des politiques publiques et des relations internationales. Cet ensemble d’articles vise également à montrer l’existence de liens et à en tisser de nouveaux entre l’étude des politiques publiques et plusieurs courants d’analyse développés parallèlement en relations internationales. L’étude des perceptions, des cadres d’analyse et plus récemment des normes et des identités a pris, en effet, une place croissante dans l’étude des relations internationales, des politiques étrangères et des politiques de défense
[2]. Cette mise en relation est aussi prometteuse que peu fréquente, notamment en France, où ce sont les liens entre l’étude des politiques publiques et la sociologie politique qui ont été examinés plus spontanément.
Cette introduction procède en deux étapes. On précise, tout d’abord, le point de départ théorique et empirique de l’étude du rôle des idées en politique et les débats dans lesquels s’enracinent les travaux consacrés aux politiques de défense et aux stratégies. Il s’agit aussi de dire comment le problème du rôle des idées s’est posé dans ce domaine de l’action publique. Ensuite, on soulignera la contribution des articles ici réunis, en distinguant trois niveaux d’analyse et en précisant les définitions retenues, les méthodes mises en œuvre et les terrains empiriques explorés.
Idées, politique et stratégies : les enjeux
Les idées en politique
La manière dont le rôle des idées a été conceptualisé dans l’étude des politiques de défense et de la stratégie s’enracine dans le problème plus global de la place des idées en politique. Même si les logiques propres au domaine de la défense mettent en relief des enjeux spécifiques et que les rapports avec les interrogations plus globales sont plus ou moins directs et explicites, le problème des idées en politique, tel qu’il est abordé dans les sciences sociales et notamment en science politique, fournit un indispensable arrière-plan. Le scepticisme des inventeurs et des promoteurs de la Réforme protestante, puis la dénonciation de la religion par les philosophes des Lumières sont les origines lointaines des recherches en sciences sociales sur le rôle des idées en politique
[3]. Au milieu du 19
e siècle et au début du 20
e siècle, les fondateurs des sciences sociales ont posé les bases des recherches sur les rapports entre idées et ordres politiques à partir d’une phénoménologie des croyances religieuses, qu’il s’agisse de Marx et d’Engels dans
L’idéologie allemande (1846), de Max Weber avec
L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905) ou d’Émile Durkheim avec
Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912).
L’intérêt de l’étude empirique du rôle des idées en politique commence là où les approches purement matérialistes et purement idéalistes cessent de nous guider
[4]. Les conceptions matérialistes des rapports politiques considèrent communément que les idées et les croyances sont, dans le meilleur des cas, le paravent des intérêts ou des inégalités de pouvoir dans l’ordre politique interne ou de puissance dans les relations internationales. Dans ces conditions, pourquoi existerait-il la moindre idée politique, la moindre idéologie ? La réponse conventionnelle avance que ces idées sont censées légitimer la position de ceux qui gouvernent. Mais pourquoi une telle légitimation serait-elle nécessaire ? Si les forces matérielles, notamment l’inégale répartition du pouvoir, sont irrésistibles, elles n’ont besoin d’aucune justification. Si, en revanche, une légitimation est nécessaire, c’est que ces forces ne sont pas aussi irrésistibles qu’il y paraît
[5]. « Toutes les dominations, observe Max Weber, cherchent à éveiller et à entretenir la croyance en leur légitimité »
[6]. Pourquoi ? Pourquoi ces croyances sont-elles aussi variées ? Pourquoi changent-elles ?
Les conceptions idéalistes buttent également sur un obstacle : elles doivent expliquer pourquoi, parmi les nombreuses idées existant dans une société à un moment donné, certaines deviennent politiquement prééminentes, tandis que d’autres ne rencontrent aucun écho. Les conceptions du rôle des idées et des valeurs issues de l’anthropologie
– par exemple, celles de Clifford Geertz ou de Louis Dumont (quelles que soient par ailleurs leurs différences) – mettent en avant le rôle de valeurs qui structurent le système social dans sa totalité
[7]. Ce qui, à leurs yeux, devient prioritaire pour la recherche, c’est l’exploration et la comparaison de différents systèmes conceptuels. Les idées et les valeurs ne causent pas les phénomènes sociaux et politiques, elles les constituent. Louis Dumont distingue ce qu’il appelle la note idéologique prédominante, dans une société, des idéologies plus limitées dont il reconnaît l’existence et l’importance. Mais, dans l’ensemble, il laisse à d’autres le soin de saisir ces différences et ces conflits entre idées et valeurs au sein de la société. D’où viennent ces idées ? Qui sont leurs créateurs ? Qu’est-ce qui fait que l’heure d’une idée a politiquement sonné ?
[8] Comme le champ politique n’est pas un espace intellectuel vide, des processus sociaux et politiques font que certaines idées (mais pas d’autres) « circulent », que certaines gagnent et que d’autres perdent, avec des conséquences diverses pour les individus et les groupes
[9]. On peut explorer empiriquement l’origine de ces idées, la manière dont elles deviennent cohérentes et leur confrontation à d’autres idées. Il s’agit de comprendre ce qui les rend prééminentes, influentes et parfois déterminantes pour les comportements politiques et la définition de la rationalité politique
[10]. Les mécanismes qui gouvernent la montée en puissance et le déclin des idées et des valeurs sont ici d’un grand intérêt. Des aspects fondamentaux des réalités politiques, comme la représentation populaire, sont des idées qui se construisent historiquement, exercent une emprise et façonnent les comportements
[11].
Même si, en France, c’est surtout dans l’étude des politiques publiques que la question du rôle des idées a été le plus systématiquement posée et discutée, l’ensemble des réalités politiques est concerné. Au cours des années 1960 et 1970, l’étude du rôle des idées s’est portée à différents niveaux d’analyse et a emprunté des méthodes variées pour découvrir le « code opérationnel » de certains décideurs, pour identifier les cultures politiques, ou montrer le rôle de l’idéologie dans les croyances des élites
[12]. Depuis le début des années 1990, de nombreux travaux de politique comparée, de sociologie politique et de relations internationales ont renouvelé ce travail sur le rôle des idées
[13].
Politiques de défense et stratégie : les idées en débat
Pourquoi se préoccuper des idées pour comprendre un phénomène en apparence aussi matériel et rationnel que la puissance militaire ? Les armées et les politiques de défense sont pleinement concernées par le problème de l’influence et des rôles sociaux et politiques des idées. Vue des armées et des politiques de défense, comment cette question se présente-t-elle ? Les politiques de défense et l’évaluation de la puissance militaire sont, en règle générale, conçues et analysées, par les analystes comme par les praticiens, d’un point de vue matériel. La perspective la plus courante est issue des conceptions réalistes dans l’étude des relations internationales et du paradigme du choix rationnel. Dans les évaluations conventionnelles de la puissance et de l’efficacité militaire, ce sont des facteurs matériels qui sont considérés comme déterminants, notamment le nombre de soldats et surtout aujourd’hui le nombre et la qualité des armements. Si la capacité du commandement, la surprise et la manœuvre jouent un rôle, leur influence est souvent jugée moindre. Parallèlement, la stratégie militaire semble propice au paradigme de l’acteur rationnel, aux calculs et à l’expression des intérêts. Données matérielles quantifiables, maîtrise des capacités physiques des armements et, de là, maîtrise de la fabrication des armements et de leurs emplois caractérisent nombre de conceptions de la puissance militaire et de ses usages. Depuis l’Antiquité, la rationalité dans la stratégie militaire a été associée aux sciences et aux techniques
[14]. Ces rapports entre rationalité technique et rationalité stratégique sont d’ailleurs pour beaucoup dans la genèse du « paradigme de l’acteur rationnel » dans le domaine stratégique
[15]. Les exigences de la guerre et, plus généralement, l’action dans un milieu conflictuel sont au cœur de l’affirmation de la raison d’État et des intérêts des princes, que l’on croit pouvoir distinguer de leurs croyances religieuses et de leurs aspirations idéalistes. Force, raison, connaissance : c’est la « liberté de conscience au fait des armes » qui apparaît ici et que l’on retrouve dans la tradition réaliste en relations internationales
[16]. Les Lumières, mais également la Première Guerre mondiale et la création des armes nucléaires vont accentuer ce rapport à la rationalité, à la science et aux techniques, qui semble, à première vue, mettre à l’écart les idées, les normes et les cultures. À partir de 1916, par exemple, Erich Ludendorff, qui prend avec Hindenburg le commandement des armées allemandes, impose un « modèle rationnel » de la guerre qu’il combine avec des éléments plus traditionnels de la stratégie
[17]. Une stratégie propre à l’âge des machines inspire des opérations marquées par une rationalité technique et instrumentale.
De plus, il semble difficile de théoriser la stratégie sans le paradigme de l’acteur rationnel. « […] La théorie stratégique, écrit Lucien Poirier, ne se constitue et ne se justifie qu’en construisant du rationnel, du logique, malgré et avec les incertitudes propres à ce type d’action »
[18]. Bernard Brodie, dans un article fondateur, expliquait, à partir d’une analogie avec l’économie, que la stratégie pouvait être considérée comme une science
[19]. À la même époque, le secrétaire américain à la Défense Robert MacNamara apparaît comme l’archétype d’une volonté de rationalité qui s’est exprimée dans les politiques d’acquisition d’armements comme dans la conduite des conflits armés
[20]. Au début des années 1970 aux États-Unis et au milieu des années 1990 en France, au moment de la professionnalisation des armées, le paradigme de l’acteur rationnel a également marqué le recrutement des militaires, leurs motivations à l’engagement et leurs identités.
On peut aussi soutenir que, dans les politiques de défense comme dans la stratégie, les idées et les valeurs ne sont pas décisives car ce domaine est, par excellence, celui du pragmatisme et de l’action. Nombre de formules reprennent ce thème d’un art de la guerre « simple et tout d’exécution » (Napoléon), qui serait même associé à l’anti-intellectualisme inconscient ou revendiqué des militaires. Puisque, pour Charles de Gaulle, « l’action de guerre revêt essentiellement le caractère de la contingence », la valeur des principes dépend des circonstances
[21]. Ce qui est vrai de la guerre l’est d’ailleurs aussi de l’action politique et économique. Les doctrines et les principes sont tentants car ils donnent l’illusion qu’il est possible de se prémunir des risques et des surprises. La quête d’une règle générale, applicable à tous les problèmes, est aussi fréquente que trompeuse. Dans ses souvenirs de la Première Guerre mondiale, Bernard Serrigny, évoquant l’impréparation des Français avant la bataille de Verdun autant que la doctrine de l’offensive à outrance, note que « rien n’est plus dangereux à la guerre que les théoriciens »
[22]. Au début de la guerre froide, le diplomate américain George Kennan a également exprimé son aversion pour les doctrines universelles et les « […] généralités du verbiage […] typiques de cette mixture de légalisme aride et de prétention sémantique qui passe si souvent, dans les assemblées de notre vie politique intérieure, pour le sens de l’État »
[23]. Après tout, expliquait-il, les politiques de défense et la stratégie relèvent de l’action et de la décision, non des promesses ou des généralisations abstraites. Kennan n’avait aucune confiance « […] dans la capacité des hommes à définir hypothétiquement, à l’aide d’une phraséologie générale et légale, des situations futures que personne ne pouvait réellement imaginer ou envisager »
[24]. En définitive, les idées, les valeurs et peut-être, pires encore, les doctrines sont néfastes, soit parce que, par définition, elles ne correspondent pas aux « réalités du terrain », soit que, lorsqu’elles existent, elles ne sont pas mises en œuvre. Idées et doctrines peuvent aussi apparaître comme le résumé des pratiques, la mise en forme de ce que l’on fait. Rendre ces pratiques explicites reviendrait à dévoiler des choix tactiques et stratégiques à l’adversaire, ce qui serait contraire au but recherché.
Ce scepticisme sur les idées et cet accent souvent mis sur les aspects matériels des politiques de défense et sur le pragmatisme supposé des stratèges sont cependant loin d’être uniformément partagés. Les idées et les normes ne sont pas indifférentes aux réalités militaires et stratégiques, d’abord parce que les militaires et les responsables civils de la défense s’en préoccupent, qu’il s’agisse d’utiliser les idées de Gustave Le Bon sur la psychologie des foules à la fin du 19
e siècle, ou les recherches sur la culture politique au cours des années 1970
[25]. De plus, la contestation même du rôle de principes d’action et l’impératif d’une réponse au cas par cas à des situations changeantes et impossibles à prédire sont eux-mêmes des options normatives fortes et les composantes d’idéologies dominantes dans certains contextes, qu’il conviendra d’explorer. Les politiques de défense et les stratégies militaires offrent en cette matière un domaine de réflexion riche et vivement discuté par les analystes comme par les praticiens. Ces derniers ne sont d’ailleurs pas unanimes dans la critique des principes et des doctrines. Le réaliste pragmatique Henry Kissinger, par exemple, observe que : « […] l’on ne peut se passer, en politique étrangère, d’un cadre structurel de pensée. […] L’absence de lien engendre précisément le contraire de la liberté d’action et les hommes politiques sont alors contraints de servir des intérêts particuliers et de subir des pressions de toutes sortes, sans pouvoir y mettre un frein »
[26]. Les dirigeants politiques au plus haut niveau sont directement confrontés à une « tourmente de problèmes » politiques internationaux et domestiques et ils sont à la recherche d’instruments utiles pour les guider et les aider à penser rigoureusement
[27]. Charles de Gaulle a également souligné la nécessité d’une conception et d’une méthode afin de classer les valeurs par ordre d’importance et de mettre en relation différentes opérations. « Juste ou fausse, écrit-il, il faut [que la méthode] existe, car, sans elle, l’action demeure noyée dans la confusion »
[28].
Pourquoi certaines idées militaires se diffusent-elles et parviennent-elles à influencer les politiques de défense et pas d’autres ? Quelles sont les conséquences de ces idées sur l’action publique dans ce domaine ? À la fin du 19
e siècle et au début du 20
e siècle, les idées des militaires allemands, français et britanniques concernant la guerre de Sécession américaine, leurs perceptions du conflit et les leçons qu’ils en ont tirées n’ont pas exercé d’influence majeure sur les doctrines et les politiques de défense de leurs pays respectifs
[29]. Avant 1914, la technologie, la géographie et les calculs stratégiques « rationnels » semblent favoriser la défensive. Or, « l’idéologie de l’offensive » a profondément affecté les conceptions de l’emploi des forces armées et les rapports internationaux
[30]. Les doctrines darwiniennes ont également influencé les perceptions et les mauvaises perceptions de la sécurité internationale avant 1914
[31].
Il faut également être attentif à ceux qui inventent, ou disent inventer, les idées dans le domaine militaire, au processus de formation de ces idées et à leur influence éventuelle sur la fabrication des politiques de défense. Peu de stratèges ont autant que le britannique Basil Liddell Hart souligné l’importance des idées en général et, en particulier, de ses propres idées. « Le plus grand écrivain militaire de notre temps, Sir Basil Liddell Hart, souligne Raymond Aron, partage avec Lord Keynes une conviction que la destinée posthume de Marx, en dépit du marxisme officiel, tend à justifier : l’influence des idées sur le cours de l’histoire »
[32]. Pour Liddell Hart, l’influence de la pensée, l’inspiration d’idées nouvelles permettant de transformer les méthodes, de réorganiser la stratégie et la tactique, voire de réorienter la politique étrangère dans son ensemble, sont des aspects fondamentaux des politiques de défense. Dans ces nombreux travaux, Liddell Hart consacre assez peu d’attention aux facteurs matériels et insiste sur le rôle des idées et des esprits créatifs
[33]. Les idées d’individus d’exception qui, par une recherche approfondie, découvrent les secrets de l’art de la guerre sont pour lui décisives. Au début des années 1920, Liddell Hart explique : « Cela avait été pour moi une expérience passionnante de voir réserver un accueil si favorable à mes idées en matière de tactique et à mes brochures »
[34]. Quand il veut expliquer l’immobilité du front au cours de la Première Guerre mondiale et les lourdes pertes humaines qui en découlent, Liddell Hart met en cause les idées de Clausewitz, qu’il croit adoptées par les chefs des principales armées en Europe. Les
Mémoires de Liddell Hart mettent en scène un paradoxe dans le rôle des idées : sur de nombreux sujets, ce stratège aurait trouvé précocement des idées nombreuses, originales et novatrices, mais en dépit de ses avertissements répétés, il n’aurait pas été entendu dans son pays, alors même que les adversaires du Royaume-Uni (notamment l’Allemagne), plus attentifs et plus ouverts, auraient réservé le meilleur accueil à ses idées. Historiens et politistes ont montré que, paradoxalement, les analyses de Liddell Hart se sont révélées inexactes pour certaines d’entre elles, mais influentes ou, à tout le moins, congruentes avec celles des décideurs politiques et militaires au Royaume-Uni
[35]. L’importance des experts et de leurs idées est devenue particulièrement cruciale depuis la création des armes nucléaires et le développement d’une expertise civile sur les réalités de la défense.
Enfin, le postulat selon lequel la répartition de la puissance matérielle – et en particulier de la puissance militaire – entre les États et son évaluation sont censées favoriser la sécurité, notamment par la dissuasion, a été remis en question à de nombreuses reprises. Il n’est pas systématiquement avéré que les puissances plus faibles (et dont les dirigeants politiques savent qu’ils sont plus faibles) ne remettront pas en cause les intérêts des États plus puissants. Dans de nombreuses situations, la distribution de la puissance militaire s’est révélée insuffisante pour rendre compte des préférences et des décisions des acteurs
[36]. Les politiques extérieures et les politiques de défense sont affectées par la culture, par les expériences historiques et les analogies qu’en tirent les décideurs
[37]. En définitive, le rôle des idées dans les politiques de défense, s’il est bien l’objet de débats et de controverses, n’en est pas moins un problème significatif, sur le plan théorique comme sur le plan empirique.
Du penseur militaire aux normes stratégiques internationales
Idées et politiques de défense : états des lieux
Que sait-on en science politique du rôle des idées dans les politiques de défense et les stratégies ? Les états des travaux consacrés aux recherches menées en ce domaine, notamment aux États-Unis, distinguent habituellement trois générations, qui ne sont d’ailleurs pas toujours définies de la même manière
[38]. Pour Michael Desch, la première génération est celle de la Seconde Guerre mondiale
[39]. Au cours du conflit, plusieurs anthropologues s’étaient efforcés de mieux comprendre les caractéristiques nationales de l’Allemagne nazie et du Japon impérial, pour en tirer des conclusions sur leurs conduites de la guerre. « Les Japonais, écrit Ruth Benedict, furent les adversaires les plus différents d’eux que les Américains combattirent jamais dans une guerre totale. Dans aucun autre affrontement avec un ennemi de cette taille, il ne nous avait été nécessaire de prendre en considération des comportements et des modes de pensée à ce point étrangers aux nôtres »
[40]. Puis, au début des années 1980, une deuxième génération de travaux s’est efforcée de comprendre pourquoi les dirigeants soviétiques et américains concevaient différemment la stratégie nucléaire alors que leurs représentations et leurs comportements auraient dû être homogènes. Enfin, la troisième génération, bien que plus hétérogène que les précédentes, a pris pour objet les cultures organisationnelles, aussi bien des armées que des États, pour mettre en valeur leur impact sur les choix stratégiques.
Les états des travaux, dressés notamment pas Alastair Johnson, Michael Desch et, de manière plus succincte, par Peter Katzenstein, sont utiles, mais ils comportent trois limites. D’une part, ils ne couvrent qu’une partie des recherches consacrées au rôle des idées (notamment le problème de la culture stratégique) et donnent une vision déformée d’un domaine plus vaste et divers qu’ils ne le laissent entendre. La conception du domaine couvert par les études de sécurité est trop exclusivement liée à la politique internationale. Même si ce thème est important et dominant aux États-Unis, il n’est pas le seul : d’autres champs significatifs de la science politique, comme l’étude des politiques publiques, et d’importants travaux réalisés par les historiens de la guerre, des organisations militaires et de la pensée stratégique apportent une contribution majeure, souvent négligée par les présentations conventionnelles. La pensée stratégique, par exemple, semble paradoxalement rester en dehors des réflexions actuelles sur le rôle des idées
[41]. De même, le rôle des idéologies politiques n’est évoqué que de manière marginale. Certains des travaux importants qui mettent l’accent sur les idées ne figurent pas non plus de manière prééminente dans ces états des lieux : c’est, par exemple, le cas des travaux de Jack Snyder sur l’idéologie de l’offensive avant 1914, de John Mearsheimer sur les idées du stratège britannique Basil Liddell Hart ou de Michael Shafer sur les convictions stratégiques relatives à la guérilla et à la contre-guérilla développées par les décideurs américains confrontés aux guerres révolutionnaires
[42].
D’autre part, dans ces états des travaux, la discussion du rôle des idées n’est souvent qu’un prétexte : elle vise à mettre en relief des clivages entre problématiques ou à aborder d’autres enjeux. Pour Desch notamment, il s’agit de savoir si les approches « culturalistes » vont supplanter ou simplement compléter le réalisme
[43]. Discuter ces approches à partir d’une opposition entre le programme de recherche réaliste et ses concurrents se révèle décevant. À ce niveau de généralité, on peut soutenir à peu près n’importe quelle position sans crainte d’être démenti. Au demeurant, les filiations que les auteurs établissent sont parfois trompeuses. Contrairement à ce que laisse entendre la présentation fine et argumentée d’Alastair Johnston, il n’est pas sûr qu’il existe un rapport clair entre les travaux effectués sur les cultures stratégiques depuis la fin des années 1970 et les recherches bien plus diversifiées du début des années 1990. Enfin, ces états des lieux découlent principalement de la manière dont ces questions sont abordées dans le champ de la science politique aux États-Unis. Or, les évolutions de la recherche et les clivages ne sont pas identiques dans tous les pays, pas plus que dans les différents domaines de la science politique. En France, les débats sur le rôle des idées dans l’action publique sont dans une situation différente. Il n’y a pas, en science politique, d’approches fermement ancrées dans la théorie du choix rationnel dont il faudrait se distinguer. Inversement, aux États-Unis, le rapport avec la pensée politique, l’histoire ou le droit, par exemple, est moins immédiat et significatif.
Idées et politiques de défense : niveaux d’analyse et définitions
Les articles réunis dans ce dossier entendent apporter une triple contribution. Il s’agit, tout d’abord, d’incorporer aux recherches et aux débats existants, souvent ancrés dans l’étude des relations internationales, des perspectives issues de l’étude des politiques publiques, de la socio-histoire du politique et de la sociologie politique des identités militaires. En France, l’étude des politiques publiques se tourne aujourd’hui davantage vers les politiques de défense et met en œuvre des problématiques qui intègrent le rôle des idées. Il s’agit, ensuite, d’élargir ces débats en insérant une réflexion historique et de socio-histoire du politique sur le rôle des promoteurs d’idées et ses limites. Il s’agit, enfin, de comprendre la place et les rôles des idées dans les politiques de défense et la stratégie, à partir de plusieurs études de cas empiriques. L’impact des idées est analysé ici aussi bien en amont qu’en aval du processus de fabrication des politiques publiques, depuis les idées d’un penseur militaire jusqu’à l’influence de normes sur les choix stratégiques au plan du système international. Les contributions qui suivent explorent trois niveaux d’analyse : le niveau du penseur militaire, de ses idées et de leur éventuelle influence, le niveau de l’État et des institutions militaires et administratives pour comprendre l’origine et la fabrication des idées, le sens de l’action publique, et, enfin, le niveau du système international, pour saisir dans quelle mesure et selon quelles modalités certaines normes partagées affectent les choix stratégiques.
Le premier niveau est celui d’un penseur militaire, de ses représentations et de l’éventuelle influence de ces idées. Les idées stratégiques ont été abordées sous cet angle pour saisir les processus complexes de la réception de certaines idées militaires et de leur influence, qu’il s’agisse, par exemple, des idées de Clausewitz ou de Jomini
[44]. Des problématiques inspirées de la psychologie cognitive ont également montré l’importance des croyances des stratèges, par exemple leur croyance dans la « théorie des dominos »
[45]. Claude d’Abzac-Epezy examine ainsi le cas de Camille Rougeron, l’un des penseurs militaires français les plus prolifiques et les plus originaux, mais également les plus mal connus du 20
e siècle. Elle aborde plusieurs enjeux déterminants pour comprendre le rôle des idées : les origines d’une pensée différente, critique et exigeante sur les réalités militaires, son effort de diffusion des idées en dehors des cercles militaires et du ministère de la Défense, mais également sa marginalité, voire sa marginalisation.
Le deuxième niveau d’analyse est celui de l’État et des institutions militaires, ici abordé sous des angles complémentaires. En analysant les effets stratégiques de l’idéologie de la défensive, Philippe Garraud restitue la dimension cognitive de la défaite de mai-juin 1940. À partir de l’institution militaire, envisagée dans une perspective néo-institutionnaliste, il montre le rôle des croyances partagées et enseignées, qui socialisent les acteurs et provoquent des dissonances cognitives, tout comme l’importance de l’expérience de la Grande Guerre et de l’idéologie pacifiste. Les idées stratégiques sont en constante interaction avec les idéologies politiques et ces influences réciproques affectent profondément les politiques de défense
[46]. L’imaginaire populaire et les représentations technologiques, relativement autonomes et distinctes des croyances des stratèges, peuvent affecter les politiques de défense, comme dans le cas des ballons dirigeables Zeppelins en Allemagne avant et pendant la Grande Guerre
[47]. Jean Joana, quant à lui, compare les politiques de la ressource humaine militaire mises en œuvre au cours des années 1990 en France et au Royaume-Uni et souligne la transformation de leur signification pour les acteurs. Il relève aussi que l’hypothèse de la diffusion des normes néo-libérales ne permet pas, à elle seule, d’expliquer l’évolution des politiques publiques dans le secteur qu’il examine.
Le troisième niveau est celui de l’ordre international. Idées et normes contribuent à prohiber certaines armes, à légitimer certains emplois de la force armée (par exemple, les interventions humanitaires), ou bien encore à favoriser la coopération au sein d’alliances, comme l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord
[48]. Certains historiens, comme Victor Davis Hanson, se sont efforcés de dégager la note idéologique prédominante d’un système stratégique, en identifiant le « modèle occidental de la guerre » et son impact sur les conflits armés ayant mis aux prises Occidentaux et non-Occidentaux
[49]. Thomas Lindemann explore ce qu’il appelle les deux cultures stratégiques des démocraties et souligne l’historicité de la « paix démocratique ». Il combine une réflexion sur les aspects normatifs et cognitifs tout en intégrant une dimension matérielle : c’est, en effet, la confrontation avec l’Union Soviétique qui, pour lui, est à l’origine de la constitution d’une identité commune aux régimes démocratiques.
Qu’est-ce qu’une idée ? Comment évaluer son rôle ? L’incertitude sur la notion d’idée est endémique dans la recherche sur ces questions depuis les origines
[50]. Comme définition préalable, les articles ici réunis considèrent les idées comme « des systèmes cohérents d’éléments normatifs et cognitifs qui définissent dans un domaine donné des “visions du monde”, des identités, des principes d’action, ainsi que des prescriptions pour les acteurs partageant une même croyance »
[51]. Pour Louis Dumont, une idéologie est « un système d’idées et de valeurs qui a cours dans un milieu social donné »
[52]. Il souligne le lien étroit entre idées et valeurs, entre les aspects cognitifs et normatifs
[53]. Ce n’est pas uniquement, ni même principalement, lorsque les idées se présentent comme ayant un rôle causal qu’elles exercent l’influence la plus grande
[54]. Idées et valeurs prennent l’allure d’un constat et elles sont difficilement dissociables de la perception et de l’action. Elles permettent aux acteurs de décrire une réalité sur le mode de l’inévitabilité. Une part de leur force et de leur efficacité provient de ce registre du constat reflétant des réalités concrètes. Les éléments fondamentaux d’un système d’idées et de valeurs peuvent rester implicites. Lorsqu’elles apparaissent évidentes et omniprésentes, proche de l’ingénierie et d’une loi de fonctionnement, les idées peuvent s’apparenter à une tradition
[55]. « Concret », explique Louis Dumont, signifie « pénétré de valeur »
[56]. Dans
Ideas and Foreign Policy, et
Ideas, Interests, and American Trade Policy, Judith Goldstein et Robert Keohane ont exploré le rôle des idées dans la définition et dans la mise en
œuvre de la politique étrangère
[57]. Les idées – définies par Goldstein et Keohane comme des croyances individuelles – peuvent jouer trois rôles : en clarifiant les buts des acteurs et la relation entre les moyens et les fins, elles jouent le rôle d’une « carte routière » ; les idées permettent également d’obtenir un résultat déterminé lorsque plusieurs situations optimales sont disponibles ; enfin, les idées, assimilées à des règles et à des normes, peuvent devenir des contraintes pour les politiques publiques. Ces différents rôles sont explorés dans les pages qui suivent, même si l’intention de chaque article est aussi de proposer des pistes nouvelles pour aborder le rôle des idées dans les politiques de défense et les stratégies.
[1]
Pierre Muller, Yves Surel (dir.), « Les approches cognitives des politiques publiques »,
Revue française de science politique, numéro spécial, 50 (2), avril 2000 ; Yves Surel, « Idées, intérêts, institutions dans l’analyse des politiques publiques »,
Pouvoirs, 87, 1998, p. 161-178. Pour une critique méthodologique, Patrick Hassenteufel, Andy Smith, « Essoufflement ou second souffle ? L’analyse des politiques publiques “à la Française” »,
Revue française de science politique, 52 (1), février 2002, p. 58-62.
[2]
Peter J. Katzenstein (ed.),
The Culture of National Security. Norms and Identity in World Politics, New York, Columbia University Press, 1996 ; Thomas Lindemann, « Les “néo-idéalistes” et l’étude de la guerre »,
Revue française de science politique, 50 (3), juin 2000, p. 515-530 ; Pierre Hassner, « Le rôle des idées dans les relations internationales », dans Pierre Hassner,
La Terreur et l’empire. II.
La violence et la paix, Paris, Le Seuil, 2003 (La couleur des idées), p. 219-234 (1re éd. : 2000) ; Pascal Vennesson, « Les “réalistes” contre les inter-ventions : arguments, délibérations et politique étrangère »,
Annuaire français de relations internationales, Bruxelles, Bruylant, vol. II, 2001, p. 234-252 ; Theo Farrell, « Constructivist Security Studies : Portrait of a Research Program »,
International Studies Review, 4 (1), printemps 2002, p. 49-72.
[3]
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Political Innovation and Conceptual Change, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, p. 272-280.
[4]
Shmuel N. Eisenstadt, « Social Structure, Culture, Agency, and Change », dans Shmuel N. Eisenstadt,
Power, Trust, and Meaning. Essays in Sociological Theory and Analysis, Chicago, University of Chicago Press, 1995, p. 32-33 ; John A. Hall, « Ideas and the Social Sciences », dans Judith Goldstein, Robert O. Keohane (eds),
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Perspectives on Politics, 1 (4), décembre 2003, p. 695-706.
[5]
John A. Hall, « Ideas and the Social Sciences », cité, p. 39.
[6]
Max Weber,
Économie et société, Paris, Plon, tome 1, 1971 (1re éd. : 1922), p. 220.
[7]
Clifford Geertz, « Ideology as a Cultural System », dans David Apter (ed.),
Ideology and Discontent, Glencoe, The Free Press, 1964, p. 47-76 ; Louis Dumont,
Homo hierarchicus. Le système des castes et ses implications, Paris, Gallimard, 1990 (Tel) (1re éd. : 1966), p. 15-16, note 1 ; Louis Dumont,
Homo aequalis. I.
Genèse et épanouissement de l’idéologie économique, Paris, Gallimard, 1991 (Bibliothèque des sciences humaines) (1re éd. : 1977), p. 26-29.
[8]
Dans l’étude des politiques publiques, cette question est au cœur de la problématique de John Kingdon (John W. Kingdon,
Agendas, Alternatives, and Public Policies, New York, Harper Collins, 1984, p. 1-22).
[9]
Jack Snyder, Karen Ballentine, « Nationalism and the Marketplace of Ideas »,
International Security, 21 (2), automne 1996, p. 5-40.
[10]
Robert C. Lieberman, « Ideas, Institutions, and Political Order : Explaining Political Change »,
American Political Science Review, 96 (4), décembre 2002, p. 700.
[11]
Cf., par exemple, Edmund S. Morgan,
Inventing the People. The Rise of Popular Sovereignty in England and America, New York, W. W. Norton & Company, 1989 (1re éd. : 1988).
[12]
Alexander L. George, « The “operational code” : A Neglected Approach to the Study of Political Leaders and Decision-Making »,
International Studies Quarterly, 13, 1969, p. 190-222 ; Lucian W. Pye, Sidney Verba (eds),
Political Culture and Political Development, Princeton, Princeton University Press, 1972 (1re éd. : 1965) ; Robert D. Putnam, « Studying Elite Political Culture : The Case of “Ideology” »,
American Political Science Review, 65, 1971, p. 651-681.
[13]
Cf., par exemple, Sheri Berman, « Ideas, Norms, and Culture in Political Analysis »,
Comparative Politics, 33, janvier 2001, p. 231-250 ; Mark Blyth,
Great Transformations : Economic Ideas and Institutional Change in the Twentieth Century, Cambridge, Cambridge University Press, 2002 ; Robert C. Lieberman, art. cité ; John Kurt Jacobsen, « Much Ado About Ideas. The Cognitive Factor in Economic Policy »,
World Politics, 47, janvier 1995, p. 283-310 ; Yosef Lapid, Friedrich Kratochwil (eds),
The Return of Culture and Identity in International Relations Theory, Boulder, Lynne Rienner, 1996 ; Mlada Bukovansky,
Legitimacy and Power Politics. The American and French Revolutions in International Political Culture, Princeton, Princeton University Press, 2002, p. 15-60.
[14]
Lucien Poirier,
Les voix de la stratégie. Généalogie de la stratégie militaire, Guibert, Jomini, Paris, Fayard, 1985, p. 84-87.
[15]
Hélène Vérin,
La gloire des ingénieurs. L’intelligence technique du 16e au 18e siècle, Paris, Albin Michel, 1993 (L’évolution de l’humanité), p. 50-62 et p. 131-180.
[16]
Étienne Thuau,
Raison d’État et pensée politique à l’époque de Richelieu, Paris, Albin Michel, 2000 (Bibliothèque de l’évolution de l’humanité) (1re éd. : 1966), p. 317-318.
[17]
Hans Speier, « Ludendorff : la conception allemande de la guerre totale », dans Edward Mead Earle (dir.),
Les maîtres de la stratégie. 2.
De la fin du 19e siècle à Hitler, Paris, Flammarion, 1987 (Champs) (1re éd. : 1943), p. 31-48 ; Michael Geyer, « German Strategy in the Age of Machine Warfare (1914-1945) », dans Peter Paret (ed.),
Makers of Modern Strategy from Machiavelli to the Nuclear Age, Princeton, Princeton University Press, 1986, p. 537-554.
[18]
Lucien Poirier,
Essais de stratégie théorique, Paris, Fondation pour les études de Défense nationale, 1983, p. 19.
[19]
Bernard Brodie, « Strategy as a Science »,
World Politics, 1 (4), juillet 1949, p. 467-488.
[20]
Alain C. Enthoven, « Le choix des stratégies et la sélection des systèmes d’armes », dans Bernard Brodie et. al.,
La guerre nucléaire. Quatorze essais sur la nouvelle stratégie américaine, Paris, Stock, 1965 (1re éd. : 1963), p. 275-293 ; Alain C. Enthoven, K. Wayne Smith,
How Much Is Enough ? Shaping the Defense Program (1961-1969), New York, Harper & Row, 1969, p. 31-72 et p. 267-308.
[21]
Charles de Gaulle, « Le Fil de l’épée », dans Charles de Gaulle,
Le Fil de l’épée et autres écrits, Paris, Plon, 1990 (1re éd. : 1932), p. 151.
[22]
Bernard Serrigny,
Trente ans avec Pétain, Paris, Plon, 1959 (Librairie), p. 56.
[23]
George F. Kennan,
Memoirs (1925-1950), New York, Pantheon Books, 1967, p. 409 : « […]
generalities of verbiage […]
typical of that mixture of arid legalism and semantic pretentiousness that so often passes, in the halls of our domestic-political life, for statesmanship ».
[24]
George F. Kennan,
ibid., p. 408, voir également p. 320 : « […]
In the ability of men to define hypothetically in any useful way, by means of general and legal phraseology, future situations which no one could really imagine or envisage ». Pour Kennan, ce verbiage est une conséquence de l’approche légaliste-moraliste des problèmes internationaux, qu’il juge caractéristique de la diplomatie américaine (George F. Kennan,
American Diplomacy (1900-1950), Chicago, The University of Chicago Press, 1951, p. 95-103).
[25]
Ido Oren, « Is Culture Independent of National Security ? How America’s National Security Concerns Shaped “Political Culture” Research »,
European Journal of International Relations, 6 (4), 2000, p. 543-573.
[26]
Henry Kissinger,
À la Maison Blanche (1968-1973), Paris, Fayard, tome 1, 1979, p. 135-136.
[27]
Robert MacNamara se souvient qu’au cours de la guerre du Vietnam, l’administration américaine « […]
faced a blizzard of problems, there were only twenty-four hours in a day, and we often did not have time to think straight [… affrontait une tourmente de problèmes, il n’y avait que 24 heures dans une journée et nous n’avions souvent pas le temps de penser posément] » (Robert S. McNamara (avec Brian VanDeMark),
In Retrospect. The Tragedy and Lessons of Vietnam, New York, Vintage, 1996 (1re éd. : 1995), p. xxi, voir également, p. 108, p. 177-178, p. 273-274, p. 323 et p. 332.
[28]
Charles de Gaulle, cité, p. 155, p. 151-157.
[29]
Jay Luvaas,
The Military Legacy of the Civil War. The European Inheritance, Lawrence, Kansas University Press, 1988 (1re éd. : 1959).
[30]
Jack Snyder,
The Ideology of the Offensive. Military Decision-Making and the Disasters of 1914, Ithaca, Cornell University Press, 1984.
[31]
Thomas Lindemann,
Les doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, Paris, Economica, 2001.
[32]
Raymond Aron,
Penser la guerre, Clausewitz. II.
L’âge planétaire, Paris, Gallimard, 1976 (Bibliothèque des sciences humaines), p. 7.
[33]
John J. Mearsheimer,
Liddell Hart and the Weight of History, Ithaca, Cornell University Press, 1988, p. 48-52.
[34]
Sir Basil Liddell Hart,
Mémoires, Paris, Fayard, 1970 (1re éd. : 1965), p. 31.
[35]
Irving M. Gibson, « Maginot et Liddell Hart : la doctrine de la défense », dans Edward Mead Earle (dir.),
op. cit., p. 109-119 ; John J. Mearsheimer,
op. cit., p. 167-177.
[36]
T. V. Paul,
Asymmetric Conflicts : War Initiations by Weaker Powers, Cambridge, Cambridge University Press, 1994.
[37]
Robert Dallek,
The American Style of Foreign Policy. Cultural Politics and Foreign Affairs, New York, Alfred A. Knopf, 1982 ; Michael H. Hunt,
Ideology and US Foreign Policy, New Haven, Yale University Press, 1987 ; Valérie-Barbara Rosoux,
Les usages de la mémoire dans les relations internationales. Le recours au passé dans la politique étrangère de la France à l’égard de l’Allemagne et de l’Algérie de 1962 à nos jours, Bruxelles, Bruylant, 2001 ; Jack S. Levy, « Learning and Foreign Policy : Sweeping a Conceptual Minefield »,
International Organization, 48 (2), printemps 1994, p. 279-312.
[38]
Alastair Iain Johnston, « Thinking about Strategic Culture »,
International Security, 19 (4), printemps 1995, p. 32-64 ; Alastair Iain Johnston,
Cultural Realism. Strategic Culture and Grand Strategy in Chinese History, Princeton, Princeton University Press, 1995, p. 4-22 ; Michael C. Desch, « Culture Clash : Assessing the Importance of Ideas in Security Studies »,
International Security, 23 (1), été 1998, p. 144-150 ; John S. Duffield, Theo Farrell, Richard Price, Michael C. Desch, « Correspondence -Ism and Schisms : Culturalism versus Realism in Security Studies »,
International Security, 24 (1), été 1999, p. 156-180. Dans une perspective un peu différente, Peter J. Katzenstein, « Introduction : Alternative Perspectives on National Security », dans Peter J. Katzenstein (ed.),
The Culture of National Security. Norms and Identity in World Politics, New York, Columbia University Press, 1996, p. 11-17.
[39]
Michael C. Desch, « Culture Clash… »,
ibid., p. 144-145.
[40]
Ruth Benedict,
Le chrysanthème et le sabre, Paris, Éditions Philippe Picquier, 1991 (1re éd. : 1946), p. 13. Cf. également, Jean Stoetzel,
Jeunesse sans chrysanthème ni sabre, Paris, Plon/UNESCO, 1954.
[41]
Cf. cependant, Stephen M. Walt, « The Search for a Science of Strategy. A Review Essay »,
International Security, 12 (1), été 1987, p. 140-165.
[42]
Jack Snyder,
The Ideology of the Offensive…,
op. cit. ; John J. Mearsheimer,
op. cit. ; D. Michael Shafer,
Deadly Paradigms. The Failure of US Counterinsurgency Policy, Princeton, Princeton University Press, 1988.
[43]
Michael C. Desch, « Culture Clash… », art. cité, p. 141, p. 143 et p. 144.
[44]
Sur Clausewitz, cf. Raymond Aron,
op. cit. ; Michael Howard, « The Influence of Clausewitz », dans Carl von Clausewitz,
On War. Indexed Edition, Edited and Translated by Michael Howard and Peter Paret, Princeton, Princeton University Press, 1984, p. 27-44 ; Christopher Bassford,
Clausewitz in English. The Reception of Clausewitz in Britain and America (1815-1945), Oxford, Oxford University Press, 1994. Sur Jomini, cf. Bruno Colson,
La culture stratégique américaine. L’influence de Jomini, Paris, Economica/FEDN, 1993 (Bibliothèque stratégique).
[45]
Robert Jervis, « Domino Beliefs and Strategic Behavior », dans Robert Jervis, Jack Snyder (eds),
Dominoes and Bandwagons. Strategic Beliefs and Great Power Competition in the Eurasian Rimland, Oxford, Oxford University Press, 1991, p. 20-50.
[46]
Azar Gat,
A History of Military Thought. From the Enlightenment to the Cold War, Oxford, Oxford University Press, 2001.
[47]
Peter Fritzsche,
A Nation of Fliers. German Aviation and the Popular Imagination, Cambridge, Harvard University Press, 1992, p. 9-58.
[48]
Richard Price, Nina Tannenwald, « Norms and Deterrence : The Nuclear and Chemical Weapons Taboos », dans Peter J. Katzenstein (ed.),
The Culture of National Security…,
op. cit. ; Richard Price, « Reversing the Gun Sights : Transnational Civil Society Targets Land Mines »,
International Organization, 52 (3), été 1998, p. 613-644.
[49]
Victor Davis Hanson,
Le modèle occidental de la guerre. La bataille d’infanterie dans la Grèce classique, Paris, Les belles lettres, 1990 (1re éd. : 1989) ; Victor Davis Hanson,
Carnage et culture. Les grandes batailles qui ont fait l’Occident, Paris, Flammarion, 2002 (1re éd. : 2001).
[50]
Edward Shils, « Ideology », dans Edward Shils,
The Constitution of Society, Chicago, The University of Chicago Press, 1982 (The Heritage of Sociology) (1re éd. : 1972), p. 202-223 ; Raymond Boudon,
L’idéologie ou l’origine des idées reçues, Paris, Le Seuil, 1992 (Points. Essais) (1re éd. : 1986), p. 29-52.
[51]
Yves Surel, « Idées, intérêts, institutions… », art. cité.
[52]
Louis Dumont,
Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Paris, Le Seuil, 1991 (Points. Essais), p. 20.
[53]
Louis Dumont, « La valeur chez les modernes et chez les autres », dans Louis Dumont,
Essais sur l’individualisme…,
ibid., p. 263.
[54]
Albert S. Yee, « The Causal Effects of Ideas on Policies »,
International Organization, 50 (1), hiver 1996, p. 69-108.
[55]
Louis Dumont,
Homo aequalis. I.
Genèse et épanouissement de l’idéologie économique,
op. cit., p. 28.
[56]
Louis Dumont, « La valeur chez les modernes et chez les autres », cité, p. 273.
[57]
Judith Goldstein, Robert O. Keohane (eds),
Ideas and Foreign Policy…,
op. cit.