Défendre les travailleurs frontaliers : les apprentissages de la légitimation dans l’Union européenne
Philippe Hamman
À travers le cas des représentants de la main d’œuvre transfrontalière en Europe, cet article vise à saisir les conditions variables d’accès de collectifs associatifs au champ politique central et européen, en rendant raison de la pluralité des niveaux d’administration et des territoires. Alors que la défense des travailleurs frontaliers apparaît de prime abord comme une cause illégitime, confrontée à une image négative de profiteurs et de corporatisme, c’est par la production d’une « expertise militante » mobilisant le droit communautaire que les porte-parole entreprennent de contourner ces obstacles, à travers des compétences et des savoir-faire valorisés dans le nouvel espace politique européen, ce qui suppose une professionnalisation des pratiques passant par toute une formation pour ces acteurs « de terrain ».
This article focuses on the conditions under which trans-border workforce gains access to central and European political spheres, taking into account the large quantity of administrative levels and situations. Whereas defending border workforce comes out as an a priori negative corporatist expression, their spokespersons go around such barriers by generating a militant expertise that activates European law.
• La défense des travailleurs frontaliers : une cause a priori illégitime
— Les frontaliers : des profiteurs ?
— Les organisations de défense des frontaliers : des groupes d’intérêt corporatistes ?
• Une voie de contournement : la production d’une « expertise militante »
— Des acteurs à l’identité sociale singulière
— La production d’expertise par la mobilisation du droit communautaire
• La formation des porte-parole frontaliers à la représentation des intérêts dans le contexte européen
— Les trois modalités de la ressource experte
— La formation des représentants frontaliers, un enjeu de professionnalisation