Une primaire à la française
La désignation de Ségolène Royal par le parti socialiste
Bernard Dolez
Annie Laurent
Les conditions et l’ampleur de la victoire de Ségolène Royal lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006 conduisent à s’interroger sur les mécanismes politiques à l’œuvre dans une « primaire » à la française. La relation qui se noue entre les « candidats à la candidature » et les militants appelés à choisir leur champion ne se construit pas à l’abri des influences internes ou externes. Elle s’inscrit, au contraire, dans un système plus vaste d’interactions, où les cadres du parti et les électeurs occupent une place de choix : tant les rapports de force internes que l’anticipation des attentes de l’opinion, telles que mesurées par les sondages, contribuent à façonner l’offre, à modifier le scénario de la campagne et, en définitive, à peser sur le vote lui-même. Si Ségolène Royal a réussi à imposer sa candidature, puis à l’emporter avec plus de 60 % des suffrages exprimés dès le premier tour du scrutin, c’est parce qu’elle est parvenue à faire entrer en résonance l’opinion, les cadres du parti et, finalement, les adhérents.
The conditions and the scale of Ségolène Royal’s success at the socialist primary elections (16th November 2006) question the political system engaged in French primary elections. Both external and internal influences characterize the relation that ties up the candidates to the militants. However, such relation is deep rooted in a vaster system of interactions in which the leading party officers and the electors take up a major place: internal rapports de force, as much as anticipating on public opinion expectation – as measured up in the polls – contribute to shape the nature of the supply and modify the campaign’s circumstances; ultimately, they influence the vote. Ségolène Royal succeeded to force her candidature and then to win with over 60 % votes as early as the first ballot because she achieved to reconcile public opinion with her party’s officers and finally her party’s members.
• L’offre électorale : le poids des courants, le miroir de l’opinion
— L’irruption de Ségolène Royal dans le cénacle des présidentiables
— Les contraintes internes : la brusque fermeture du jeu présidentiel
• La triple campagne des candidats à la candidature
— Convaincre les cadres
— S’adresser directement aux adhérents
— Débattre devant les français
• La victoire sans partage de Ségolène Royal
— Les traces – asymétriques – des affrontements de 2004 et 2005
— La faible emprise des cadres sur les militants
— Et les nouveaux adhérents ?