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Revue Française de Socio-Économie

2012/1 (n° 9)

  • Pages : 288
  • ISBN : 9782707173157
  • DOI : 10.3917/rfse.009.0275
  • Éditeur : La Découverte

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Laurent Beauguitte L’Assemblée générale des Nations unies de 1985 à nos jours : acteur et reflet du Système-Monde. Essai de géographie politique quantitative

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Thèse de Géographie, réalisée sous la direction de Christian GRATALOUP, Professeur, université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, soutenue le 20 octobre 2011, à l’université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité.

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Jury composé de Claude GRASLAND, Professeur, université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité ; Michel BUSSI, Professeur, université de Rouen, Rapporteur ; Céline ROZENBLAT, Professeure, université de Lausanne, Rapporteure ; Barbara DELCOURT, Professeure, université libre de Bruxelles, REPI.

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Compte-rendu :

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L’Organisation des Nations unies (ONU) est une institution étudiée principalement par les sciences politiques et plus particulièrement les relations internationales. L’étude quantitative de cette institution est longtemps restée une exclusivité anglophone. L’objectif de cette thèse est de montrer l’intérêt d’une approche géographique des institutions internationales en prenant comme exemple l’Assemblée générale des Nations unies. Dans cet espace new-yorkais, des acteurs de niveaux scalaires différents (États, groupes régionaux, ONG) tentent de coopérer afin de bâtir les règles d’une hypothétique gouvernance mondiale. L’étude des comportements des différents acteurs, des stratégies de coopération mises en place et des conflits existants est supposée fournir des éclairages concernant l’évolution du système international. La période étudiée, à la fois pour des raisons thématiques et de disponibilités des données, va de 1985 à 2010.

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La thèse est organisée en trois parties. La première partie est consacrée aux aspects théoriques et épistémologiques. Le choix du vocabulaire (géographie politique et non géopolitique), des méthodes (quantitatives, de l’analyse lexicale à l’analyse des réseaux sociaux et passant par différents modèles et tests statistiques) et du cadre conceptuel (Système-Monde) sont précisément argumentés. L’absence de l’ONU dans les travaux menés en géographie, tant dans le monde francophone qu’anglophone, est fortement questionnée, tout comme le fréquent refus des méthodes quantitatives chez les praticiens francophones des relations internationales.

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La deuxième partie s’intéresse aux évolutions globales de l’ONU, et plus précisément à celles de l’Assemblée générale, considérée simultanément comme un système et une organisation bureaucratique. Les données disponibles (voyages du Secrétaire général, taille des délégations nationales à New York) et l’utilisation qui peut en être faite, tant pour des modèles de régression que pour des analyses de réseau (centralité, équivalence structurale) sont clairement exposées. Les traitements statistiques sur les résolutions soumises au vote permettent de mettre en évidence une régionalisation politique dynamique du Système-Monde. Si le monde a beaucoup changé en vingt-cinq ans, les grands ensembles politico-spatiaux demeurent d’une grande stabilité et opposent grosso modo l’Occident (incluant le Japon puis, pour la dernière décennie, la Corée du Sud) et le reste du monde.

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Enfin, la troisième partie s’intéresse aux tensions scalaires entre niveau national, régional et international, en prenant comme exemple, mais non comme modèle, le rôle de l’Union européenne (UE) à l’Assemblée générale de l’ONU. Mobilisant diverses méthodes quantitatives (analyse iconographique, analyse lexicale, web mapping, analyse de graphes lexicaux et modèles statistiques), cette partie permet de relativiser l’exceptionnalité (de l’Union) européenne trop souvent considérée comme un idéaltype dans la littérature scientifique. Des études de cas ciblées, concernant l’évolution des comportements des États candidats à l’UE, les parrainages des résolutions au sein de la troisième commission (droits humains) ou encore les résistances au moratoire sur l’application de la peine capitale, complètent cette approche comparative. Des annexes fournies clôturent cette thèse : logithèque, glossaire des concepts et des notions utilisés, présentation détaillée des bases de données et des ressources internet disponibles. La bibliographie, pluridisciplinaire et à dominante anglophone, permet de compléter les pistes ouvertes dans cette thèse à forte visée exploratoire.

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Laurent BEAUGUITTE, Postdoctorant, CNRS UMR IDEES, beauguittelaurent@hotmail.com

Marie Fare Les conditions monétaires d’un développement local soutenable : des systèmes d’échange complémentaires aux monnaies subsidiaires

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Thèse d’Économie, réalisée sous la direction de Bernard BAUDRY, Professeur, université Lumière Lyon 2, et de Jérôme BLANC, MCF-HDR, université Lumière Lyon 2, soutenue le 12 décembre 2011, à l’université Lumière Lyon 2.

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Jury composé de Pascal GLEMAIN, MCF-HDR, ESSCA, université catholique de l’Ouest, rapporteur ; Florence JANY-CATRICE, Professeure, université Lille 1 ; Bernard PECQUEUR, Professeur, Université Joseph Fourier ; Bruno THÉRET, Directeur de recherche CNRS, IRISSO, université Paris Dauphine, rapporteur.

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Compte-rendu :

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Cette thèse a pour objet d’évaluer les potentialités et les impacts des monnaies locales, sociales et complémentaires (MLSC) au regard des enjeux posés par le développement local soutenable.

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La première partie revient sur le concept de développement soutenable en l’ancrant dans une perspective bioéconomique et territoriale. Le développement économique ne peut être soutenable au plan social et écologique que s’il est enraciné à la fois au niveau local et encastré dans la biosphère (« l’écosystème »). Elle adopte une perspective de « soutenabilité forte » et « protéiforme » incluant non seulement des dimensions sociales et environnementales, mais aussi économique, politique et territoriale (les territoires étant des constructions sociales spécifiques). Elle précise également la conception de la monnaie retenue. Le paradigme dominant en économie réduit la monnaie à un instrument dérivé des échanges marchands ; le paradigme hétérodoxe, institutionnaliste et circuitiste retenu la considère comme une institution fondamentale de toute société, marchande ou non, un opérateur de totalisation sociale et un médium symbolique de communication. Ce choix paradigmatique implique de partir des pratiques monétaires observables et de développer une méthode d’analyse économique de type ethnographique en tenant compte des apports de l’ensemble des sciences sociales.

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La deuxième partie traite des potentialités des MLSC en termes de développement local soutenable. Cette évaluation, fondée à la fois sur une revue de littérature concernant l’ensemble des dispositifs et sur les données d’enquête construites pour la thèse sur les dispositifs du SOL Alpin (France) et de l’Accorderie (Québec), est menée au regard de trois critères caractérisant le développement local soutenable : la territorialisation des activités, la dynamisation des échanges et la transformation des pratiques, des modes de vie et des représentations sociales. La conclusion de cette deuxième partie de la thèse est que l’analyse des différents types de dispositifs de MLSC conduit à penser que ceux-ci peuvent être de véritables outils au service du développement local soutenable à condition de déterminer les conditions pertinentes de leur implantation et de leur échelle d’action. La diversité des dispositifs permet de penser les possibilités de complémentarité de ces monnaies afin de satisfaire les objectifs du développement local soutenable.

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C’est sur la base de ce constat que la thèse propose dans sa troisième partie une architecture possible d’un système pluriel de MLSC susceptible de fournir l’infrastructure institutionnelle de base, voire le moteur d’un développement soutenable. Partant du principe de subsidiarité monétaire, sont ainsi précisées les diverses échelles d’action des monnaies ainsi que les conditions de leur implantation adéquates à leur effectuation.

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Marie FARE, Docteure en économique, Triangle - ISH, marie.fare@univ-lyon2.fr

Mathieu Hauchecorne La Fabrication transnationale des idées politiques. Sociologie de la réception de John Rawls et des « théories de la justice » en France (1971-2011)

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Thèse de Sciences politiques, réalisée sous la direction de Frédéric SAWICKI, Professeur de Science politique, université Paris 1, et de Frédérique Matonti, Professeure de Science politique, université Paris 1, soutenue le 14 novembre 2011 à l’Université Lille 2.

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Jury composé de Marion FOURCADE, Associate-Professor de Sociologie, université de Californie-Berkeley ; Sandra LAUGIER, Professeure de philosophie, université Paris 1, rapportrice ; Olivier NAY, Professeur de science politique, université Lille 2 ; Gisèle SAPIRO, Directrice de recherche, CNRS, rapportrice.

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Compte-rendu :

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Au carrefour de la sociologie des élites, de l’histoire intellectuelle et des études de réception, cette recherche explore les mécanismes par lesquels les discours théoriques et les idées politiques circulent entre pays, entre disciplines, et entre mondes savants et politiques. Elle prend pour objet la réception, dans les champs intellectuel et politique français, de la théorie de la justice sociale de John Rawls et du vaste débat ouvert par celle-ci dans le monde anglophone à partir de 1971. Contribution à une histoire sociale des idées politiques contemporaines, elle combine l’observation in situ de séminaires d’experts, de colloques universitaires, l’ethnographie de discussions en ligne, avec une enquête statistique, et l’étude d’archives administratives, universitaires et éditoriales. La description des références à Rawls, Sen ou Walzer dans les publications académiques, la presse, les programmes politiques, l’action publique ou les programmes scolaires est conçue comme un analyseur de reconfigurations plus globales, comme la centralité croissante des sciences humaines et sociales étasuniennes, le déclin des référentiels marxistes et keynésiens au sein de la gauche française, ou la remise en cause du paradigme structuraliste.

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La première partie retrace le processus d’entrée de Rawls et des « théories de la justice » au sein du canon académique français. Elle analyse les résistances qui font, à l’origine, obstacle à la traduction de ces auteurs et limite dans un premier temps leur réception à l’économie publique française et à la cybernétique. La politisation des « théories de la justice » à la fin des années 1980 et leur circulation au sein de revues intellectuelles généralistes comme Esprit, des notes de la Fondation Saint-Simon, ou des rapports du Commissariat général du plan lèvent une partie de ces obstacles en élargissant leur audience. Leur entrée dans le canon de la philosophie française à partir de la fin des années 1990 s’opère toutefois contre ces appropriations politiques. Accélérée par la réception antérieure des « théories de la justice » au Québec et en Belgique, elle aboutit à la constitution d’un groupe de spécialistes, et à la monopolisation des interprétations légitimes de la philosophie politique étasunienne par ceux-ci.

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Dans la deuxième partie, la diversité des usages des « théories de la justice » et des modalités d’intervention politique au sein desquelles ceux-ci s’inscrivent est rapportée, sur la base d’une analyse des correspondances multiples, aux positions occupées par leurs lecteurs au sein de l’espace de réception. L’analyse des relations de co-citations entre récepteurs montre ensuite en quoi la circulation des interprétations des « théories de la justice » épouse la structure relationnelle du réseau des importateurs. Les affinités entre Rawls et ses lecteurs français apparaissent, enfin, fondées sur des homologies entre leurs trajectoires intellectuelles et religieuses.

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La troisième partie vise à analyser comment les appropriations des « théories de la justice » au sein des différentes disciplines (économie, philosophie, droit, et dans une moindre mesure sociologie et science politique) s’articulent avec les transformations propres à chacune d’entre elles. L’accent est mis sur les mécanismes par lesquels les reconfigurations du champ de production idéologique se réfractent à l’intérieur des champs disciplinaires spécialisés à partir de trois études de cas : les appropriations des « théories de la justice » par Ricœur les échanges au sein d’un forum d’éthique analytique ; et l’importation des « théories de la justice » au sein des organismes d’étude ministériels.

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Mathieu HAUCHECORNE, ATER à l’université Lille 2, membre du CERAPS (CNRS-université Lille 2) et du Centre Maurice Halbwachs (CNRS-ENS-EHESS), mathieu.hauchecorne-2@univ-lille2.fr

Bruno Kestemont Les indicateurs de développement durable. Fondements et applications

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Thèse de Sciences, réalisée sous la direction d’Edwin ZACCAÏ, Professeur, CEDD-IGEAT, université libre de Bruxelles, soutenue le 28 juin 2010 à l’ULB.

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Jury composé de Philippe BOURDEAU, Chargé de cours honoraire, IGEAT-ULB ; Marie-Françoise GODART, Chargé de cours, IGEAT-ULB ; Véronique JOIRIS, Chargée de cours, Centre d’Anthropologie culturelle – ULB ; Christian VANDERMOTTEN, Professeur ordinaire émérite, IGEAT-ULB ; Franck-Dominique VIVIEN, Maître de conférences HDR, université de Reims-Champagne-Ardenne ; Bertrand ZUINDEAU, Maître de conférences HDR, CLERSÉ, université de Lille 1 ; Walter HECQ, Chargé de cours honoraire, CEESE-ULB.

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Compte rendu :

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Existe-t-il un consensus scientifique sur les conditions de la durabilité ? Est-il possible de construire un indicateur unique de soutenabilité faible ? Quelles sont les composantes objectives et subjectives des indicateurs ? Peut-on envisager des indicateurs objectifs de soutenabilité ? Quelles voies de recherche sont nécessaires pour développer des indicateurs de développement durable ? Telles sont les questions auxquelles cette thèse tente de répondre.

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La comparaison des courants de la soutenabilité faible et de la soutenabilité forte nous sert de fil conducteur pour évaluer la part normative et la part objective du choix des paramètres et de leur méthode d’agrégation. L’agrégation arithmétique implique des hypothèses de substituabilité entre les facteurs, ce qui relève de la soutenabilité faible. La pondération, toujours normative, peut être explicite ou se traduire par le choix d’une unité ou dimension unique. Nous redéfinissons la soutenabilité faible comme étant la réduction de la complexité à une dimension unique. Il y a dès lors autant d’indicateurs de soutenabilité faible que de choix possibles de cette dimension unique. En particulier, l’empreinte écologique par habitant relève d’une forme « écologique » de soutenabilité faible. Le prix de marché est l’unité fondamentale de mesure de sa forme « économique ». Nous montrons que les acteurs ne savent pas bien identifier leur intérêt et qu’ils ne sont pas parfaitement égoïstes, ce qui introduit un biais important dans toute mesure en unité monétaire. La soutenabilité forte se caractérise par la multiplicité de dimensions ou « capitaux critiques » dont le dépassement d’un seul suffit à déterminer la non-soutenabilité. Les différentes formes de soutenabilité faible peuvent représenter des capitaux critiques parmi d’autres.

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Nous présentons une typologie des acteurs et du partage des responsabilités, également susceptible d’introduire des grandes divergences dans les résultats publiés. Quelques études de cas illustrent ces différents éléments dans des contextes contrastés. L’empreinte écologique de consommation se limite en particulier à une responsabilisation du seul consommateur, alors que les comptes nationaux permettent d’envisager la coresponsabilité de l’ensemble des acteurs. L’indicateur de « dématérialisation de l’économie » appliqué à un village indien montre la pertinence de mesurer l’utilisation absolue de matière sans pondération monétaire. Il est par ailleurs possible de minimiser le coût de dépollution sans toucher à la limite absolue d’émissions globales des centrales thermiques. Les deux dimensions, coûts sociaux et bénéfices environnementaux, peuvent donc être traitées séparément.

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En conclusion, il est possible d’identifier, dans chaque calcul d’indicateur de développement durable, une composante relativement objective de soutenabilité « forte » et une composante « faible », négociable, de partage des droits et responsabilités.

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Bruno KESTEMONT, Directeur, Direction

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thématique Territoire, SPF Économie – Statistics Belgium, bruno.kestemont@economie.fgov.be

Thibault Le Texier La rationalité managériale, de l’administration domestique à la gouvernance

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Thèse d’Économie, réalisée sous la direction de Joël Thomas RAVIX, Professeur d’économie à l’université de Nice Sophia Antipolis, soutenue le 21 novembre 2011 au GREDEG (Groupe de recherche en droit, économie et gestion).

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Jury composé de Ragip EGE, Professeur d’économie à l’université Louis Pasteur de Strasbourg ; Philippe FONTAINE, Professeur d’économie à l’École normale supérieure de Cachan ; Éric GODELIER, Professeur de gestion à l’École polytechnique ; Yvon PESQUEUX, Professeur de gestion au Conservatoire national des arts et métiers ; François VATIN, Professeur de sociologie à l’université de Paris X Nanterre ; Daniel A. WREN, David Ross Boyd Professor Emeritus of Management, Oklahoma University.

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Compte-rendu :

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Dans les textes publiés en anglais aux xviiie et xixe siècles, la notion de « management » prend sens au sein d’un faisceau cohérent de concepts – le soin, l’industrie, l’arrangement, la conduite et le calcul – dont l’articulation dessine un système de pensée inédit. Le management fait ainsi d’abord sens par rapport à la famille et non par rapport au travail industriel ou au marché, dans un environnement non capitaliste et faiblement technicisé où le travail est peu divisé. L’enfant est son objet paradigmatique.

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Au début du xxe siècle, alors que l’entreprise s’émancipe peu à peu de l’univers patriarcal, cette première rationalité managériale est reformulée par des ingénieurs industriels américains sur la base de quatre principes généraux : l’efficacité, l’organisation, le contrôle et le savoir. L’entreprise privée est l’institution cardinale de cette rationalité managériale moderne, et le travailleur salarié son objet privilégié. Cette rationalité montre, tout au long du xxe siècle, une unité et une stabilité qui ne sont de nature ni idéologique ni scientifique. De fait, la constitution du management en discipline académique à prétention universelle n’est pas le projet politique d’un groupe social donné visant à asseoir en fait et en légitimité son hégémonie sociale. Plutôt qu’une théorie cherchant son application, c’est une pratique en quête de formalisation théorique. Ni le taylorisme ni aucune des doctrines gestionnaires qui lui succèdent ne s’appuient sur un véritable soubassement scientifique.

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Par ailleurs, la rationalité managériale moderne n’est rabattable ni sur le commandement militaire et la discipline des corps, ni sur l’autorité patriarcale et morale, ni sur la rationalité instrumentale propre aux ingénieurs, ni sur la logique marchande forgée par les économistes à partir du xviiie siècle. Elle est même construite largement en réaction à ces quatre rationalités. Par exemple, ni le « profit » ni la « propriété », ces catégories centrales de la science économique depuis la fin du xviiie siècle au moins, ne sont des références importantes pour les sciences de gestion.

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La rationalité managériale moderne constitue, de fait, un entendement inédit du gouvernement des individus, que nous nommons une « gouvernementalité », pour reprendre tout en le détournant un terme foucaldien. Cette gouvernementalité managériale n’est pas inscriptible dans un cadre organisationnel unique mais circule entre différentes institutions, au premier rang desquelles la famille, l’entreprise et l’État. L’examen de cette gouvernementalité nouvelle est l’occasion d’interroger les principales manières de penser le gouvernement prévalant de part et d’autre de l’Atlantique depuis un siècle et demi et, ce faisant, de contribuer à préciser les entendements contemporains du pouvoir. Le pouvoir moderne ne saurait en effet être confiné à la logique régalienne de la loi, de l’État et de la police. Tout au long du xxe siècle, l’exercice de la domination relève de plus en plus de phénomènes proprement managériaux.

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Thibault LE TEXIER, chercheur associé au GREDEG et affilié au MediaLab de Sciences Po, letexier_t@yahoo.fr

Céline Marival Interactions entre associations et pouvoirs publics : logiques, tensions, diversité. Le cas des associations d’action sociale et médico-sociale

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Thèse d’Économie, réalisée sous la direction de Philippe MOSSÉ, Directeur de recherche au CNRS-LEST, université Aix-Marseille II, soutenue le 22 février 2011 à l’université d’Aix-Marseille II.

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Jury composé de Michel AUTES, Chargé de Recherche CNRS-CLERSE, université Lille 1, rapporteur ; Dominique BALMARY, Président de l’UNIOPSS ; Bernard ENJOLRAS, Senior Researcher, Institute for Social Research, Oslo, Norvège, rapporteur ; Henry NOGUÈS, Professeur émérite, université de Nantes, président du jury ; Nadine RICHEZ-BATTESTI, Maître de conférences, université Aix-Marseille II.

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Compte-rendu :

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Dans un contexte de transformations de l’action publique, cette thèse étudie les relations entre associations et pouvoirs publics, dans une approche en termes d’interactions. Le point de départ vise à rééquilibrer un point de vue unilatéral qui souligne l’influence croissante des pouvoirs publics sur les fonctionnements et projets associatifs. Bien sûr, les associations ne peuvent être appréhendées sans une analyse des régulations publiques dont elles sont l’objet ; mais, inversement, elles participent à la construction de ce cadre et à l’orientation des politiques publiques. Ce second aspect est mis en évidence dans la thèse. Les associations sociales et médicosociales ont fait l’objet d’une étude détaillée dans le cadre d’une convention CIFRE avec l’URIOPSS Languedoc-Roussillon. Les observations empiriques combinent méthodes qualitatives (entretiens) et quantitatives (questionnaires), permettant une analyse fine et étayée des relations associations-autorités publiques. Au total, le recueil de données porte sur 65 associations. La perspective théorique socio-économique mobilisée permet de dépasser une analyse des associations réduite à leur dimension économique de prestataires de services. Cette thèse retient donc une perspective plus complexe intégrant le rôle politique des associations. Celles-ci exercent en effet une fonction « tribunicienne » de porte-parole de personnes fragilisées dont les besoins sont insuffisamment pris en compte par les politiques publiques. L’approche est contextualisée tant au plan historique qu’institutionnel. Dans ce cadre, la thèse défendue est celle de l’existence d’interactions plurielles ancrées dans des contextes locaux. L’hypothèse retenue est que le processus interactif doit être doublement relié au contexte institutionnel des associations d’une part, à leur structure organisationnelle i.e. à leurs stratégies et caractéristiques endogènes (taille, ancienneté…) d’autre part. Un examen des évolutions de la régulation de l’État-providence depuis 1945 permet d’abord de modéliser la situation actuelle en décrivant ses oscillations entre un encadrement tutélaire renforcé et une mise en concurrence systématique des associations. L’exploration des dimensions organisationnelles et stratégiques développées par les associations permet ensuite la mise en évidence d’une diversité de positionnements dans leurs relations aux pouvoirs publics dépassant ainsi les analyses qui les considèrent souvent de façon homogène et peu différenciée. Cette thèse apporte une illustration de l’intérêt de travaux socio-économiques au croisement de travaux des sciences politique et économique et ouvre des pistes de réflexion nouvelles sur les rapports complexes entre les pouvoirs publics et les associations de solidarité.

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Céline MARIVAL, ATER à l’université de la Méditerranée, Aix-Marseille II et chercheure contractuelle au LEST/CNRS, celine.marival@univmed.fr

Alvaro Pina Stranger Apprentissage collectif à l’échelle inter-organisationnelle. Le cas des entrepreneurs en biotechnologie

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Thèse de Sociologie, réalisée sous la direction d’Emmanuel LAZEGA, Professeur, université Paris-Dauphine, soutenue le 7 décembre 2011 à l’Université Paris-Dauphine.

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Jury composé d’Isabelle HUAULT, Professeur, université Paris-Dauphine ; Michel GROSSETTI, Directeur de recherche au CNRS, rapporteur ; Philippe STEINER, Professeur à l’université de Paris-Sorbonne, rapporteur ; Olivier GODECHOT, Chargé de recherche au CNRS.

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Compte-rendu :

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La survie et les réalisations professionnelles des entrepreneurs en biotechnologie dépendent de leur capacité à capitaliser collectivement les savoirs, c’est-à-dire à les évaluer, les valider et les contrôler. L’objectif de cette thèse a été d’étudier le mécanisme social d’apprentissage qui rend compte, à l’échelle inter-organisationnelle, de ce travail collectif. Elle a mobilisé une approche micro-politique considérant que la valeur et la pertinence du savoir sont définies par les relations d’autorité et les critères sociaux qu’utilisent les acteurs pour les gérer.

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Cette thèse montre que l’hétérogénéité des secteurs d’activité impliqués dans l’industrie des biotechnologies, ainsi que l’absence d’interdépendances formelles entre les entreprises, sont à l’origine d’une controverse sur la légitimité des autorités épistémiques. Cette controverse est décrite à partir des définitions de la situation (identité, règles et représentants de l’autorité) opposant des entrepreneurs qui ne revendiquent pas les mêmes types de savoir. Elle se traduit par un mouvement de polarisation où différentes communautés tentent d’imposer leur définition de la situation, cloisonnant ainsi le travail de validation du savoir, ce qui a pour conséquence de réduire l’efficacité de l’apprentissage collectif.

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Pour atténuer les effets négatifs de la polarisation, les acteurs participent à différents processus d’intégration qui constituent autant de solutions possibles aux conflits sur la légitimité des autorités. Notre enquête a conduit à identifier trois processus d’intégration. Le premier est associé à la construction des niches sociales à l’intérieur desquelles les dirigeants entretiennent des relations plus denses, réciproques et multiplexes. Le deuxième processus d’intégration est le résultat, sur le plan des relations interpersonnelles, de la proximité géographique qui découle de la colocalisation des entreprises dans des clusters régionaux. Enfin, le troisième processus d’intégration passe par la personnalisation des relations entre les dirigeants en Biotech et les investisseurs en capital-risque. Ces processus d’intégration s’appuient sur la construction d’espaces relationnels de proximité qui permettent aux acteurs de faire converger leurs revendications épistémiques et de résoudre les conflits associés à la construction d’un consensus sur la légitimité des autorités épistémiques. Ces solutions aux conflits épistémiques favorisent le travail collectif de validation du savoir, et sont associées à de meilleures performances pour les entreprises.

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Ces résultats contribuent à l’étude de l’apprentissage collectif à l’échelle inter-organisationnelle. Ils permettent de faire un lien entre les interdépendances épistémiques – représentées par l’échange de savoirs –, les interdépendances symboliques – associées, par exemple, aux parcours professionnels ou aux affiliations institutionnelles des acteurs –, et les interdépendances fonctionnelles – associées aux types d’activité ou aux business models des entreprises. Ces résultats décrivent la manière dont les entrepreneurs construisent leur autorité épistémique. Ils permettent d’identifier les savoirs congruents avec cette autorité ainsi que les communautés où elle s’exerce.

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Alvaro PINA STRANGER, chercheur post-doctorant au CSI (Centre de sociologie de l’innovation), École nationale supérieure des mines de Paris, alvaro.pina-stranger@mines-paristech.fr

Hadrien Saiag Le trueque argentin au prisme de la dette : une socio-économie des pratiques monétaires et financières

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Thèse d’Économie, réalisée sous la direction conjointe de Bruno THÉRET, Directeur de recherche, CNRS, université Paris-Dauphine, et de Jean-Michel SERVET, Professeur, IHEID, soutenue le 2 décembre 2011 à l’université Paris-Dauphine.

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Jury composé d’André ORLÉAN, Directeur de recherche, CNRS, Directeur d’études, EHESS, rapporteur ; Jérôme BLANC, Maître de conférences HDR, université Lyon 2, rapporteur ; Florence WEBER, Professeur, ENS ; Keith HART, Professeur émérite, Goldsmiths, University of London.

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Compte-rendu :

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Cette thèse prolonge les réflexions socio-économiques et institutionnalistes quant à la nature de la monnaie (Polanyi, Commons ainsi que les recherches interdisciplinaires impulsées par Michel Aglietta et André Orléan) à partir de l’étude des pratiques financières des participants à un ensemble de systèmes monétaires locaux en Argentine (trueque). Pour ce faire, des observations détaillées des pratiques monétaires et financières des participants au trueque, issues d’une enquête de terrain de type ethnographique menée en 2009 (niveau micro), sont complétées par une analyse documentaire visant à reconstituer l’histoire des principaux réseaux de trueque d’ampleur nationale (niveau méso).

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L’observation minutieuse des pratiques financières conduit à appréhender la monnaie en tant que système d’évaluation et de règlement des dettes. Le rapport à la dette permet d’abord d’unifier et de rendre intelligible un ensemble de pratiques monétaires et financières hétérogènes : toutes ont pour objet de quantifier les obligations réciproques (créances/dettes) issues des transactions ou de faire reconnaître un droit sur les produits issus de la division sociale du travail (la monnaie est une créance sur la communauté de paiement). Appréhender la monnaie à partir de l’évaluation des dettes permet ensuite de rendre compte des modalités empiriques de formation des prix, puisque les « prix relatifs » des différents biens varient considérablement d’une sphère à l’autre (crédito/peso). Notre recherche prend donc le contre-pied des approches « instrumentales » (Orléan), qui défendent l’idée d’une dichotomie entre sphères « réelle » et « monétaire » : au contraire, les modalités d’évaluation des dettes sont propres aux sphères monétaires dans lesquelles les transactions prennent place ; il ne saurait dès lors y avoir d’expression non monétaire de la valeur (marchande).

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Une telle approche laisse ouverte la question de la nature des rapports sociaux médiatisés par la monnaie. Les diverses modalités d’émission monétaire ainsi que les différents rapports au temps et rationalités sous-jacentes aux pratiques financières soulignent qu’ils sont hétérogènes et ne se limitent pas aux rapports marchands. Cette question est approfondie à travers celle des modalités contrastées d’accès aux moyens de paiement dans deux ensembles de places de marché intégrant le trueque : dans un cas, l’accès égalitaire traduit monétairement un projet politique d’émancipation des pauvres ; dans l’autre, la monnaie est vectrice de stratification sociale car les participants les plus mobiles jouissent d’un accès privilégié à la monnaie grâce à leur position d’interface entre sphères monétaires (via des procédures d’arbitrages) aux dépens de ceux qui ne peuvent tirer profit des interdépendances entre sphères monétaires.

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Ce faisant, cette thèse souligne l’acuité de la question des fondements éthiques et institutionnels d’un accès démocratique à la monnaie : dès lors que la monnaie est une créance sur la communauté de paiement, restreindre l’accès aux moyens de paiement à certains groupes sociaux revient à leur accorder un privilège considérable ; de même, les exclure de cet accès revient à les bannir socialement.

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Hadrien SAIAG, ATER, LADYSS, Université Paris-Diderot, hadrien.saiag@gmail.com

Gabrielle Schütz Travail et relations hiérarchiques en contexte d’externalisation. Les prestations de services d’hôtesses d’accueil

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Thèse de Sociologie, réalisée sous la direction d’Ève CHIAPELLO, Professeure, HEC, soutenue le 30 mars 2011 à l’EHESS.

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Jury composé de Didier DEMAZIÈRE, Directeur de recherche, CNRS ; Vincent DUBOIS, Professeur, université de Strasbourg ; Catherine MARRY, Directrice de recherche, CNRS ; Olivier SCHWARTZ, Professeur, université Paris V, rapporteur ; François VATIN, Professeur, université Paris Ouest Nanterre La Défense, rapporteur.

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Compte-rendu :

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L’externalisation des services a surtout fait l’objet jusqu’ici de travaux relevant de la gestion ou du management, qui l’analysent comme une décision stratégique et vantent le recentrage des entreprises sur leur « cœur de métier ». Cette thèse interroge, d’un point de vue sociologique, l’externalisation d’activités de services peu qualifiés destinés aux entreprises. Elle étudie, à partir du cas des prestations de services d’accueil et en prenant le genre en considération dans l’analyse, le processus d’externalisation et ses conséquences, tant sur les contenus de travail et les conditions d’emploi du personnel prestataire que sur les relations de travail. Menant l’étude serrée de cette forme particulière de sous-traitance, où le travail est effectué au sein de la société cliente mais sous l’autorité hiérarchique de la société prestataire, elle explore ainsi une facette des transformations contemporaines des relations d’emploi et de travail et approche une des manières dont le monde du travail actuel pense et exploite la féminité. Son matériau central, constitué d’entretiens avec les différents acteurs de l’accueil (clients des prestations, hôtesses d’accueil et personnel du siège des sociétés prestataires), est mis en regard avec des données ethnographiques (observations participantes comme hôtesse d’accueil ainsi que comme encadrante aux sièges de deux sociétés prestataires), des analyses statistiques de première main et un dépouillement de revues professionnelles sur longue période.

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Dans un premier temps, l’analyse est centrée sur la genèse et la sociologie de la relation commerciale liant les prestataires d’accueil à leurs clients. L’histoire de l’externalisation des services généraux des entreprises (dont l’accueil fait partie) montre la manière dont ont ainsi été reconfigurées la division du travail et les professions impliquées. L’étude des rapports sociaux entre sociétés prestataires et sociétés clientes fait apparaître trois configurations types, tout en mettant en évidence la difficulté pour les prestataires de faire valoir un savoir-faire spécialisé et différentes formes de retour de relations hiérarchiques au sein des rapports marchands.

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L’étude ethnographique de la profession d’hôtesse d’accueil, menée dans un second temps, montre que l’externalisation exacerbe les caractéristiques genrées de cette activité, fonctionnant à cet égard comme une caisse de résonance. La diversité des usages et modes d’appropriation de cet emploi externalisé est ensuite mise en évidence et analysée, au regard des propriétés sociales des hôtesses comme de leurs trajectoires professionnelles.

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Les derniers chapitres de la thèse s’intéressent aux relations de travail en contexte d’externalisation. L’analyse de l’activité des supérieures hiérarchiques des hôtesses, qui apparaissent comme un encadrement intermédiaire singulièrement dévalué, met en lumière les contraintes structurelles pesant sur la gestion à distance de services externalisés (en particulier la mise à mal de la relation hiérarchique par la force d’attraction exercée par l’entreprise cliente). L’encadrement intermédiaire affronte ces difficultés en mettant en œuvre un management singulier qui mobilise amplement l’affect. Le dernier chapitre interroge les ressources offertes aux hôtesses d’accueil par la relation d’emploi triangulaire. Il montre la plasticité d’un jeu à trois où plusieurs configurations d’alliances peuvent émerger, identifie les stratégies que les hôtesses peuvent déployer et les dispositions dont elles doivent faire preuve afin de faire carrière ou simplement de rester en emploi.

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Gabrielle SCHÜTZ, Post-doctorante à l’Université Laval (Québec), gabrielle.schutz@gmail.com

Titres recensés

  1. Laurent Beauguitte L’Assemblée générale des Nations unies de 1985 à nos jours : acteur et reflet du Système-Monde. Essai de géographie politique quantitative
  2. Marie Fare Les conditions monétaires d’un développement local soutenable : des systèmes d’échange complémentaires aux monnaies subsidiaires
  3. Mathieu Hauchecorne La Fabrication transnationale des idées politiques. Sociologie de la réception de John Rawls et des « théories de la justice » en France (1971-2011)
  4. Bruno Kestemont Les indicateurs de développement durable. Fondements et applications
  5. Thibault Le Texier La rationalité managériale, de l’administration domestique à la gouvernance
  6. Céline Marival Interactions entre associations et pouvoirs publics : logiques, tensions, diversité. Le cas des associations d’action sociale et médico-sociale
  7. Alvaro Pina Stranger Apprentissage collectif à l’échelle inter-organisationnelle. Le cas des entrepreneurs en biotechnologie
  8. Hadrien Saiag Le trueque argentin au prisme de la dette : une socio-économie des pratiques monétaires et financières
  9. Gabrielle Schütz Travail et relations hiérarchiques en contexte d’externalisation. Les prestations de services d’hôtesses d’accueil

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