Revue française de sociologie
Ophrys

I.S.B.N.2708010573
224 pages

p. 449 à 467
doi: en cours

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Volume 44 2003/3

2003 Revue française de sociologie

La « désaffection » pour les études scientifiques

Bernard Convert CLERSÉ-IFRESI-CNRS Université des Sciences et Technologies de Lille 2, rue des Canonniers – 59800 Lille
La désaffection des jeunes pour les études scientifiques est un phénomène commun à beaucoup de pays industrialisés. On attribue trop facilement ce phénomène à l’image qu’auraient de la science les jeunes générations. En réalité, dans le cas français on peut lui attribuer, avec plus de fondement, des causes socio-démographiques. Un paradoxe manifeste de façon frappante que les choix d’études ne sont pas liés de façon simple aux contenus disciplinaires : c’est exactement au moment où l’on a créé, dans l’enseignement secondaire, une spécialité Physique-Chimie que les inscriptions vers ces filières dans l’enseignement supérieur ont commencé à chuter fortement. L’explication que nous proposons renvoie à la hiérarchie des disciplines. Pour beaucoup d’élèves, le choix de la physiquechimie plutôt que des mathématiques est associé à une moindre ambition scolaire, elle-même associée à une moindre réussite et/ou une origine sociale plus modeste. Le constat peut être généralisé. Une des causes de la désaffection pour les études scientifiques, en France, est le caractère de moins en moins distinctif des filières scientifiques dans les lycées. Au cours des quinze dernières années, mais surtout après 1995, les femmes, les élèves scolairement « moyens » et les élèves d’origine modeste ont été sans cesse plus nombreux à préparer un baccalauréat scientifique. Or, les femmes, les élèves « moyens » et les élèves d’origine modeste, chacun pour des raisons spécifiques, ont aussi, toutes choses égales par ailleurs, une propension moindre à opter pour les études supérieures scientifiques longues. The loss of interest of school-goers in scientific studies is a common phenomenon in numerous industrialized countries. This phenomenon is too easily blamed on the image young generations supposedly have of science. In reality, regarding the situation in France, there are solid grounds to believe that this is more likely caused by social demographical factors. A paradox which clearly indicates that the choice of studies is not linked solely to the course subject content : it was exactly at the time when in secondary education a physics-chemistry specialization was introduced, that the registrations in scientific subjects in further education started to drop sharply. The explanation put forward here, is related to the hierarchy of subjects. For a large number of students, the choice of physics-chemistry studies rather than mathematics is associated with a lower level of educational ambition, which itself is associated with a lower level of success and/or a more modest social background. This observation may be generalized. One of the causes for this loss of interest in scientific studies, in France, is the fact that scientific courses at the lycée (upper secondary) are becoming less and less distinctive. Over the last fifteen years, especially since 1995, women, average students academically-speaking, and students with a modest social background, have been more and more numerous to follow scientific baccalauréat courses. Yet women, academically average students and students with a modest social background, fully worthy in all aspects, are less inclined to opt for long term scientific studies. Das nachlassende Interesse der Jugend für das Studium der Wissenschaften ist eine Erscheinung, die vielen industrialisierten Ländern gemein ist. Dieses Phänomen wird der Einfachheit halber mit der Vorstellung begründet, die die jüngeren Generationen von den Wissenschaften hätten. Im französischen Fall wäre es nachweislich richtiger, es soziodemographischen Gründen zuzuweisen. Ein sichtbares Paradox ist die Studienwahl unabhängig vom Studieninhalt, denn gerade zu dem Zeitpunkt, als ein Fachgebiet der Physik und Chemie in der Sekundarstufe eingeführt wurde, begann der Rücklauf der Wahl dieser Studienfächer. Die von uns vorgeschlagene Erklärung liegt in der Hierarchie der Studienfächer. Für viele Schüler bedeutet die Wahl der Physik/Chemie anstelle der Mathematik geringere Studienambitionen, die wiederum mit geringeren Erfolgsaussichten und/oder mit niedrigerer sozialer Herkunft zusammenhängen. Diese Feststellung lässt sich durchaus verallgemeinern. Eine der Ursachen des Rücklaufs der Wissenschaftsstudien in Frankreich ist das geringer werdende Unterscheidungsmerkmal der wissenschaftlichen Studienfächer in den Gymnasien. Im Verlauf der letzten fünfzehn Jahre, besonders jedoch ab 1995, waren es mehr und mehr Frauen, « mittelmässige » Schüler und Schüler niedrigerer sozialer Herkunft, die sich auf ein wissenschaftliches Abitur vorbereiteten. Die gleichen Kategorien sind auch weniger dazu geneigt, jede aus ihr eigenen Gründen bei darüber hinaus vergleichbaren Umständen, lange höhere wissenschaftliche Studiengänge zu wählen. El desamor de los jóvenes para los estudios científicos es un fenómeno común en muchos países industrializados. Se atribuye muy fácilmente ese fenómeno a la imagen que tendrían de la ciencia las jóvenes generaciones. En realidad con mas fundamento en el caso francés, se puede atribuir, a las causas socio-demográficas. Se demuestra de manera palpable que la elección de estudios no están ligadas de manera simple a los contenidos disciplinarios : paradójicamente es exactamente al momento que se ha creado, en la enseñanza secundaria la especialidad físicaquimica que las inscripciones hacia esas secciones en la enseñanza superior han comenzado a disminuir ostensiblemente. La explicación que nosotros proponemos, nos hace repensar en la jerarquía de las disciplinas. Para muchos alumnos la elección de la física-quimica antes que a las matemáticas está asociada a una menor ambición escolar, que a la vez que esta asociada a un logro menor y / o a un origen social mas modesto. La constatación puede ser generalizada. Una de las causas del desamor por los estudios científicos, en Francia, es el carácter de menos en menos diferente de las secciones científicas en los colegios. En el transcurso de los últimos quince años, pero sobre todo después de 1995, las mujeres, los alumnos escolarmente « medianos » y los alumnos de origen modesto fueron constantemente mas numerosos a preparar un bachillerato científico. Ahora bien las mujeres, los alumnos « medianos » y los alumnos de origen modesto, cada uno por razones específicas, todas las cosas iguales, por otra parte, una menor propensión a optar por los estudios científicos largos.
Quelques paradoxes du cas français
La désaffection pour les études scientifiques touche, semble-t-il, beaucoup de pays industriels [1] mais elle prend d’un pays à l’autre des formes différentes. En France, les symptômes sont d’abord apparus dans les universités, qui ont vu chuter depuis 1995 le nombre des inscriptions dans les disciplines scientifiques, particulièrement en physique-chimie, mais aussi depuis plus récemment en mathématiques et en biologie. Depuis cette date les bacheliers scientifiques s’inscrivent moins qu’avant dans les 1ers cycles de ces disciplines, et le déficit se transmet d’année en année pour finir par toucher dramatiquement les 2e et 3e cycles (en Physique-Chimie, de 1994 à 2000, on enregistre 44 % d’effectifs en moins dans les 2es cycles, et 22 % en 3e cycle). Les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques sont également touchées : ici, la stabilité du chiffre des inscriptions cache le fait que les candidats à l’entrée, s’ils excèdent encore le nombre des admis, sont moins nombreux qu’auparavant.
On attribue trop vite cette désaffection à des changements dans les goûts ou dans l’image qu’auraient de la science les nouvelles générations : « perte de confiance dans le progrès scientifique, sentiment confus que la science a sa responsabilité dans les problèmes d’environnement (pollution...) », « Vache folle, OGM, nucléaire… la science a perdu son aura » [2], lit-on dans les journaux. Ces affirmations sont sans fondement. Outre que, comme le montrent certains travaux fondés sur des sondages d’opinion [3], l’image de la science tout autant que celle du chercheur scientifique reste très bonne parmi les lycéens et les étudiants, ce n’est pas (ou c’est très loin d’être exclusivement) au nom de tels motifs que les lycéens choisissent une orientation universitaire.
D’ailleurs force est de constater que si « désaffection » pour la science il y a, elle ne concerne pas jusqu’à présent l’enseignement secondaire. C’est une différence entre la France et d’autres pays touchés par le phénomène : en France, il y a autant de bacheliers scientifiques aujourd’hui qu’il y a dix ans (123 394 en 1990,123 213 en 2001) [4]. S’il y a désaffection, à ce niveau, elle concernerait bien plutôt les lettres que les sciences : 63 727 bacheliers littéraires en 1990 et seulement 54 401 en 2001.
Mais si les bacheliers scientifiques sont aussi nombreux qu’avant, ils confirment de moins en moins leur choix des sciences quand ils entrent dans l’enseignement supérieur. Il y a là un premier paradoxe qui nous invite à étudier plus avant les particularités du système français et ses effets sur les formes qu’a pris dans ce pays un phénomène international : pour quelles raisons les courbes décrochent-elles en 1995 ? Pourquoi les universités scientifiques sont-elles plus touchées que les écoles d’ingénieurs (alors qu’en Allemagne, par exemple, c’est l’inverse), pourquoi, parmi les disciplines scientifiques, la physique-chimie est-elle particulièrement affectée ? Sans forcément contredire l’explication (d’ailleurs difficile à vérifier rigoureusement) selon laquelle les nouvelles générations opteraient plus fréquemment pour des études qui leur semblent moins difficiles et plus « rentables » que les études scientifiques, nous voulons dans ces lignes faire apparaître certains phénomènes socio-démographiques qui ont contribué à produire les effets constatés [5].
 
Le paradoxe de la filière Physique-Chimie
 
 
S’il est un paradoxe qui manifeste de façon frappante que les choix d’orientation ne sont pas liés de façon simple aux contenus disciplinaires, c’est bien le suivant : c’est exactement au moment où l’on a créé, dans l’enseignement secondaire [6], une spécialité Physique-Chimie, que les orientations vers cette filière dans l’enseignement supérieur ont commencé à chuter fortement.
Rappelons qu’avant la réforme des baccalauréats de 1992-1995 [7], les lycéens scientifiques étaient répartis en trois séries, C (Mathématiques et Sciences Physiques), D (Mathématiques et Sciences Naturelles) et E (Mathématiques et Technologie), les deux premières formaient environ (en 1990) 60 000 bacheliers par an chacune, la troisième environ 8 000. À cette époque, la série C formait indifféremment de futurs étudiants en mathématiques, physique, chimie, médecine et de futurs élèves-ingénieurs (voir infra Tableau V), la série D débouchant plutôt sur la biologie ou les études médicales (faculté de médecine et de pharmacie ou études d’infirmières).
La réforme des baccalauréats, qui a touché les classes terminales à partir de 1994-1995, ne laisse subsister qu’une seule série scientifique, la série S, mais comportant quatre « spécialités », Mathématiques, Physique-Chimie, Sciences de la Vie et de la Terre, Technologie Industrielle. La nouveauté significative ici est la scission de l’ancienne série C : pour la première fois dans le paysage scolaire français, mathématiciens et physiciens-chimistes sont donc répartis, dès le lycée, en deux spécialités différentes. Or la baisse des inscriptions à l’université dans la filière Physique-Chimie est exactement contemporaine de la mise en place de ces spécialités.
La comparaison des choix d’orientation des lycéens de 1994 (dernière année de fonctionnement des anciennes séries) et des lycéens de 1996 (deuxième année de fonctionnement des nouvelles) permet d’observer les changements contemporains de la réforme des baccalauréats. Nous comparons terme à terme les choix d’orientation des lycéens des séries C et D en 1994 et ceux de la série S spécialités Mathématiques, Physique-Chimie, et Sciences de la Vie et de la Terre en 1996 [8].
En deux ans, on observe une baisse sensible des intentions d’orientations des lycéens scientifiques vers les DEUG de Lettres, de Droit et Sciences Humaines, et une hausse des demandes pour les études de sport. On observe également une hausse relative des demandes pour les filières technologiques courtes (IUT, STS, Écoles d’infirmières) et pour les classes préparatoires scientifiques. Mais la variation la plus forte du tableau touche les intentions d’orientation vers le DEUG Sciences de la Matière (Physique-Chimie) : ils étaient 610 élèves à en faire leur premier choix en 1994 ; ils ne sont plus que 390 deux ans plus tard (-36 %).
À quoi doit-on ce paradoxe ? Notre hypothèse est la suivante : en créant deux spécialités, Mathématiques, et Physique-Chimie en lieu et place de l’ancienne série C, Mathématiques et Sciences Physiques, qui les réunissait, on a accentué les effets liés aux positions différentes des deux spécialités dans la hiérarchie des disciplines. On a créé deux univers de possibles universitaires différents et cloisonnés face auxquels on trouve désormais deux populations de lycéens elles-mêmes différentes. Faire au lycée le choix de la spécialité Physique-Chimie plutôt que de la spécialité Mathématiques, ce n’est pas seulement (même si c’est aussi) manifester un goût ou des dispositions pour le concret et l’expérience plutôt que pour le seul raisonnement abstrait, c’est également, pour beaucoup, renoncer d’emblée à un projet d’études longues, difficiles et aléatoires, au profit d’une trajectoire « à étapes », prudente, passant par les filières technologiques courtes. Examinons les phénomènes de plus près.

TABLEAU I.
Les choix d’orientations des élèves des terminales C et D en 1994 et des élèves des
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TABLEAU I. – Les choix d’orientations des élèves des terminales C et D en 1994 et des élèves des spécialités Mathématiques, Physique-Chimie et Sciences de la Vie et de la Terre en 1996 1994 1996 Total Séries C et D Total Série S spécialités Mathématiques, Physique-Chimie et Sciences de la Vie et de la Terre N % N % DEUG Mathématiques (MIAS) 551 5% 582 5% DEUG Sciences de la Matière 610 5% 390 3% DEUG Sciences de la Vie et Sciences de la Terre 938 8% 815 7% Autres DEUG scientifiques (1) 213 2% 231 2% Classes de Mathématiques supérieures (2) 1 451 12% 1 496 13% Classes préparatoires Bio ou Vétérinaire 464 4% 545 5% Classes préparatoires non scientifiques (3) 437 4% 306 3% Médecine, Pharmacie 1 291 11% 1 142 10% Instituts Universitaires de Technologie (IUT) 1 188 10% 1 140 10% Écoles médico-sociales 1 100 9% 1 151 10% Écoles autres que médico-sociales (4) 585 5% 541 5% Sections de Technicien Supérieur (STS) 960 8% 953 8% DEUG STAPS (Activités Physiques et Sportives) 539 4% 619 6% DEUG Lettres et Sciences Humaines (5) 861 7% 624 6% DEUG Droit, AES, Économie 566 5% 410 4% Autres 398 3% 281 3% Total 12 152 100% 11 226 100% (1) DEUG TI et tout DEUG Maths appliquées. (2) MPSI, PCSI, PTSI et classes préparatoires intégrées. (3) Khâgnes et prépas HEC. (4) Y compris IEP et préparation à l'IEP. (5) À l'exclusion des DEUST.

 
Une orientation plus précoce
 
 
D’abord, en créant deux spécialités distinctes, on a opéré de fait une préorientation plus précoce vers l’une ou l’autre des disciplines : alors qu’un élève de C pouvait choisir indifféremment de faire des études supérieures de mathématiques, de physique ou de chimie, alors qu’un élève de D choisissait assez fréquemment des études de physique-chimie et même de mathématiques, dans la nouvelle configuration, les filières Mathématiques et Physique-Chimie (Sciences de la Matière) de l’enseignement supérieur sont plus exclusivement alimentées par les seuls lycéens ayant préparé la spécialité correspondante dans l’enseignement secondaire. En particulier, le DEUG Sciences de la Matière est désormais alimenté avant tout par les lycéens ayant passé leur baccalauréat dans la spécialité Physique-Chimie.

TABLEAU II.
Les séries de baccalauréat d’origine des candidats aux DEUG scientifiques, avant et
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TABLEAU II. – Les séries de baccalauréat d’origine des candidats aux DEUG scientifiques, avant et après la mise en place des nouvelles séries Baccalauréats d'origine des candidats C D E Autres Total aux DEUG scientifiques (1994) séries DEUG MIAS (Mathématiques, Informatique) 64% 27% 9% 1% 100% DEUG Sciences de la Matière 60% 32% 7% 1% 100% DEUG Sciences de la Terre et de l'Univers 20% 70% 1% 9% 100% DEUG Sciences de la Vie 10% 87% 0% 4% 100% Baccalauréats d'origine des candidats S spéc. S spéc. S spéc. S spéc. Autres Total aux DEUG scientifiques (1996) Maths PC SVT TI séries DEUG MIAS (Mathématiques, Informatique) 72% 10% 8% 7% 2% 100% DEUG Sciences de la Matière 14% 70% 8% 8% 0% 100% DEUG Sciences de la Terre et de l'Univers 6% 13% 80% 1% 1% 100% DEUG Sciences de la Vie 8% 11% 77% 0% 4% 100% Lecture : en 1994,60 % des élèves souhaitant entrer en 1re année de DEUG Sciences de la Matière (Phy-sique-Chimie) étaient originaires du bac C ; en 1996,14 % des élèves souhaitant entrer en 1re année de DEUG Sciences de la Matière étaient originaires du bac S Spécialité Mathématiques.

Le même phénomène affecte l’entrée en classes préparatoires aux grandes écoles. En même temps qu’ont été créées les spécialités Mathématiques et Physique-Chimie dans l’enseignement secondaire, les classes préparatoires ont été plus précocement spécialisées : c’est désormais dès l’entrée en 1re année (Mathématiques supérieures), et non en 2e comme précédemment, que les étudiant(e)s ont un choix entre des filières à dominante mathématiques (Mathématiques, Physique et Sciences de l’Ingénieur [MPSI]) ou à dominante physique-chimie (Physique, Chimie et Sciences de l’Ingénieur [PCSI]). Or, là encore, le fait de préparer le baccalauréat dans la spécialité Physique-Chimie prédétermine largement le choix d’une classe préparatoire de type PCSI, et décourage le choix d’une de type MPSI.

TABLEAU III.
Orientations en classes préparatoires MPSI et PCSI des élèves des spécialités
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TABLEAU III. – Orientations en classes préparatoires MPSI et PCSI des élèves des spécialités Mathématiques et Physique-Chimie de la série S en 1996 Série S Maths 1996 Série S Physique-Chimie 1996 Prépa MPSI 19% 2% Prépa PCSI 4% 7% Lecture : 19 % des élèves préparant un baccalauréat avec spécialité Mathématiques souhaitent entrer dans une MPSI (classe préparatoire à dominante mathématiques) et 4 % dans une PCSI (à dominante physique-chimie).

Cette spécialisation plus précoce, dès la classe de première, après une seconde dite « indifférenciée », était bien l’un des objectifs de la réforme mise en place en 1992-1995. Dans le dispositif initial conçu par Lionel Jospin, alors ministre de l’Éducation nationale, l’élève, après la seconde dont la fonction « de détermination » était renforcée, devait à l’entrée en première s’engager dans une véritable filière qui se prolongeait dans l’enseignement supérieur : « Chaque filière est adaptée de manière privilégiée à certains débouchés dans l’enseignement supérieur. » ; « Le recrutement des élèves après le baccalauréat [...] sera aménagé [...] pour que les différentes séries de baccalauréat mènent prioritairement aux études qui leur font suite naturellement. » [9]. L’élève devait donc, dès la classe de première, se constituer un « profil » très typé autour des « matières dominantes » de sa série, représentant l’essentiel (au moins 60 %) des coefficients à l’examen, et qui pouvaient être renforcées par des options. Les disciplines ne participant pas directement à la définition de la série devenaient des « matières complémentaires ». L’objectif du réformateur était bien de contraindre les élèves à faire un choix responsable, en s’engageant en fin de seconde dans la filière correspondant véritablement à leurs dispositions : « C’est donc à un véritable choix entre des études littéraires, scientifiques, économiques et sociales, technologiques industrielles, technologiques tertiaires, etc., que les élèves devront procéder à l’issue de la classe de seconde. » [10]. Il s’agissait également en accentuant les profils de filières de tenter de mettre fin au rôle prédominant des mathématiques comme instrument de sélection ainsi qu’à la hiérarchisation qui s’était établie au profit de la filière C, et qui faisait que convergeaient vers elle les bons élèves, y compris ceux dont les meilleures dispositions étaient littéraires.
Il est vrai que, sans revenir sur ces objectifs, les ministères suivants, ceux de Jack Lang puis de François Bayrou, en réponse notamment aux pressions exercées par les lobbies des différentes disciplines, y ont apporté des aménagements, qui ont contribué à adoucir le profil des séries tel qu’il était conçu dans la première version. Mais si les nouvelles séries sont moins typées que ne l’avaient prévu les initiateurs de la réforme, elles le sont plus que les anciennes [11], ce qui contribue à prédéterminer plus étroitement qu’avant les choix d’études supérieures. C’est particulièrement le cas pour les spécialités scientifiques Mathématiques et Physique-Chimie puisque l’on a désormais deux univers de disciplines relativement cloisonnés, associés à deux univers de possibles, là où il n’y en avait qu’un seul, indifférencié.
 
La hiérarchie scolaire et sociale des disciplines
 
 
La population de lycéen(ne)s qui est placée devant l’un et l’autre de ces univers de choix n’est pas la même. Pour le dire en bref, la spécialité Physique-Chimie est choisie en moyenne par des élèves ayant de moins bonnes performances scolaires (et d’origine sociale plus modeste) que ceux qui choisissent la spécialité Mathématiques et choisissaient l’ancienne série C. En créant deux spécialités, on a aussi créé des populations scolairement et socialement différentes dans l’une et dans l’autre, porteuses d’objectifs et d’ambitions scolaires différents.
Cette position relative des différentes séries en termes de composition scolaire et sociale peut être illustrée par les Graphiques I et II. Y sont représentées les séries de l’ancien système, à la fin de son fonctionnement (1994) et celles du nouveau au début du sien (1996). Aux deux dates, 1994 et 1996, chaque série est caractérisée par deux variables simples, le pourcentage d’élèves « à l’heure » (c’est-à-dire, n’ayant jamais redoublé), indicateur de « qualité scolaire » du public, et le pourcentage d’élèves issus de familles de cadres (dont le père ou le beau-père est cadre supérieur ou intermédiaire, chef d’entreprise ou membre d’une profession libérale), indicateur de sa « qualité sociale ». Les droites pointillées marquent la moyenne régionale pour l’ensemble des terminales générales et technologiques.

TABLEAU IV.
Résultats au baccalauréat S selon la spécialité (académie de Lille. Chiffres de
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TABLEAU IV. – Résultats au baccalauréat S selon la spécialité (académie de Lille. Chiffres de 1996) Série S spécialité Série S spécialité Série S spécialité Série S spécialité Maths Physique-Chimie Sciences de la Technologie Vie et de la Terre Très bien 7% 3% 1% 2% Bien 18% 10% 6% 8% Assez bien 23% 21% 16% 19% Total mentionnés 48% 33% 23% 28% Passable 36% 43% 50% 47% Ajourné 15% 23% 27% 25% Total 100% 100% 100% 100%

La différence de « qualité scolaire » représentée ici par l’indicateur (imparfait mais inévitable) « âge moyen au bac » est bien confirmée par les différences dans les résultats au baccalauréat, qui font apparaître les mêmes hiérarchies : les élèves de spécialité Physique-Chimie sont plus souvent ajournés et obtiennent beaucoup moins souvent une mention (notamment « très bien » et « bien ») que les élèves de spécialité Mathématiques ; ils sont eux-mêmes sur ces deux critères nettement mieux placés que les élèves de spécialité Sciences de la Vie et de la Terre et un peu mieux que ceux de la spécialité Technologie.
GRAPHIQUE I.
L’espace des séries de baccalauréat en 1994
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GRAPHIQUE II.
L’espace des séries de baccalauréat en 1996
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Performances scolaires, origines socioculturelles et ambition scolaire
 
 
La sociologie de l’éducation a depuis longtemps établi que les élèves ne font pas les mêmes choix d’orientation selon leur niveau de réussite scolaire, selon leur genre, et même, à niveau de réussite égal, selon leur origine sociale [12]. Examinons précisément ce qu’il en est dans le cas des disciplines scientifiques. Nous prendrons comme étalon les choix d’orientation tels qu’ils s’opéraient dans l’ancienne série C auxquels nous comparerons ceux qui s’opèrent, après la mise en place de la réforme, dans les nouvelles spécialités.
En 1994, dans l’ancienne série C, l’éventail des choix que faisaient les lycéens en matière d’orientation vers l’enseignement supérieur était essentiellement composé (voir Tableau V) :
  • des classes préparatoires scientifiques (32,4 % des intentions d’orientation),
  • des DEUG de Sciences (Mathématiques et Sciences Physiques : 15,2 %),
  • des études de Médecine-Pharmacie (11,4 %),
  • et des études technologiques courtes (11,0 %).
Le « premier » choix pour ces élèves était celui des classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques. En effet si l’on observe les variations des choix selon le genre, l’âge au baccalauréat et l’origine sociale [13], on constate que la probabilité d’opter pour une classe préparatoire scientifique était maximum pour les élèves cumulant tous les « avantages » : « garçons », « à l’heure », « d’origine sociale élevée », eux-mêmes constituant la catégorie dont le poids était le plus fort dans cette série (voir Tableau V). En bref, la série C recrutait avant tout des jeunes gens bons élèves d’origine aisée (probabilité conditionnelle pour cette catégorie de fréquenter cette série : 46,2 %) [14], qu’elle conduisait avant tout (57,8 % des intentions d’orientation) vers les classes préparatoires aux grandes écoles. Autour de cette trajectoire modale, les intentions d’orientation se déplaçaient quand on passait des garçons aux filles, des élèves d’origine aisée à ceux d’origine modeste et des élèves à l’heure aux élèves en retard, selon les règles suivantes.


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La probabilité de s’orienter vers une classe préparatoire scientifique décroissait assez peu avec l’origine sociale, mais beaucoup avec le genre et plus encore avec l’âge. Plutôt que les classes préparatoires scientifiques, beaucoup de jeunes filles à l’heure, surtout celles d’origine aisée, demandaient, plus fréquemment que leurs homologues masculins, des classes préparatoires littéraires ou bien s’orientaient vers des études de médecine-pharmacie ; les élèves d’origine modeste à l’heure optaient eux plus souvent pour des études universitaires, et d’abord en Mathématiques. En cas de retard, les demandes pour les classes préparatoires étaient moins fortes, les élèves se rabattant vers les études universitaires, et d’abord en Physique-Chimie (sauf pour les jeunes filles d’origine aisée en retard), et plus encore vers les études technologiques courtes, IUT pour les garçons, IUT et STS pour les filles.
En complément de ces chiffres, l’analyse des variations des choix d’orientation selon la mention obtenue au baccalauréat permet de situer très précisément les unes par rapport aux autres les différentes possibilités d’orientation, en fonction des niveaux de réalisation scolaire des élèves. On peut distinguer trois cas de figure :
  • les orientations dont la fréquence de choix ne fait que décroître quand décroît le niveau de réalisation scolaire : c’est seulement le cas pour les classes préparatoires scientifiques.
  • les orientations dont la fréquence de choix croît puis décroît quand décroît le niveau de réalisation scolaire : c’est le cas des classes préparatoires non scientifiques dont le maximum de fréquence se rencontre chez les élèves qui obtiennent la mention « bien », celui des études de médecine-pharmacie (bimodal), dont l’un des maxima correspond aux mentions « assez bien », et celui des petites écoles d’ingénieurs accessibles au niveau bac dont le maximum correspond aux mentions « passable ».
  • les orientations dont la fréquence de choix ne fait que croître quand le niveau de réalisation scolaire décroît : c’est le cas des études à l’université et celui des études technologiques courtes.
Au sein de cette dernière catégorie, on observe des différences significatives entre quatre filières qui attirent au total sensiblement le même nombre d’élèves, le DEUG Mathématiques, le DEUG Sciences de la Matière, les IUT et les DEUG non scientifiques. Même s’il est rare, il y a bien un choix électif des filières universitaires : certains très bons élèves (4,5 % des mentionnés « très bien » et 9,3 % des mentionnés « bien ») choisissent d’entrer à l’université. Alors qu’aucun ou presque n’envisage d’entrer en IUT (ou en STS). En revanche, parmi les élèves de moindre réussite, le choix des IUT est légèrement plus fort que le choix de chacun des différents DEUG chez les mentionnés « passable », mais légèrement moins fort que le choix des DEUG non scientifiques et du DEUG Sciences de la Matière chez les élèves qui seront finalement ajournés. En d’autres termes, un peu plus que les DEUG, l’IUT est le refuge des élèves « moyens », mais un peu moins que les DEUG celui des élèves « médiocres ». On observe également que le DEUG Mathématiques attirait légèrement plus les mentionnés que le DEUG Physique-Chimie, et qu’à l’inverse la Physique-Chimie attirait plus que les Mathématiques les élèves moyens ou médiocres.

TABLEAU VI.
Les choix d’orientation des élèves de terminales C en 1994, selon leurs résultats
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TABLEAU VI. – Les choix d’orientation des élèves de terminales C en 1994, selon leurs résultats au baccalauréat (académie de Lille) Orientations des élèves de terminales C Très Bien Assez Passable Ajourné Total en 1994 bien bien Classes préparatoires maths physique 59% 42% 28% 15% 6% 24% Autres Classes préparatoires 20% 26% 21% 11% 4% 15% DEUG Sciences de la Matière 1% 2% 5% 10% 14% 8% DEUG Mathématiques 1% 3% 7% 9% 12% 7% DEUG non scientifiques 2% 4% 5% 9% 14% 8% Petites écoles d'ingénieurs 0% 1% 3% 4% 2% 3% Médecine, Pharmacie 13% 12% 13% 11% 8% 11% IUT 0% 1% 4% 11% 13% 7% STS 0% 1% 2% 5% 8% 4% STAPS (Activités physiques et sportives) 1% 0% 2% 3% 4% 2% Autres 3% 7% 9% 12% 15% 11% Total 100% 100% 100% 100% 100% 100%

 
L’effet de la réforme des baccalauréats sur les choix d’orientation
 
 
En 1996, la nouvelle série S spécialité Mathématiques présente une structure très proche de l’ancienne série C en termes de poids des différentes catégories d’élèves, le seul écart significatif étant la baisse du poids des « garçons d’origine modeste en retard », catégorie que l’on va retrouver précisément en plus grand nombre en spécialité Physique-Chimie. En revanche, la spécialité Physique-Chimie présente une structure assez différente avec un poids plus grand de toutes les catégories d’élèves en retard, et un poids moindre de toutes les catégories d’élèves à l’heure.
En termes de choix d’orientation, maintenant, ceux des élèves de la série S spécialité Mathématiques vont présenter une structure assez proche de celle de l’ancienne série C que l’on vient d’examiner. Les seuls changements significatifs concernent une probabilité légèrement accrue pour les élèves à l’heure de demander une classe préparatoire, et une chute très forte de cette même probabilité pour les élèves en retard, quelle que soit la catégorie. Une hypothèse pour expliquer cette baisse serait qu’entre les deux dates, le taux global d’élèves en retard ayant baissé (les politiques étant désormais de limiter les redoublements), « être en retard » en 1996 est plus péjoratif qu’en 1994.

TABLEAU VII.
Composition en genre, origine sociale et âge des séries scientifiques avant et après
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TABLEAU VII. – Composition en genre, origine sociale et âge des séries scientifiques avant et après la réforme des baccalauréats Filles Garçons Origine Origine Composition des séries ouvrier, ouvrier, scientifiques avant Totalemployé, petit Origine cadre employé, petit Origine cadre et après la réforme indépendant indépendant À En À En À En À En l'heure retard l'heure retard l'heure retard l'heure retard Série C en 1994 13% 4% 19% 2% 17% 12% 25% 7% 100% Série S spécialité Mathémati- 14% 6% 18% 3% 17% 10% 25% 7% 100% ques en 1996 Série S spécialité Physique- 12% 10% 14% 4% 17% 17% 19% 9% 100% Chimie en 1996

L’autre écart entre les deux dates concerne les orientations en DEUG Physique-Chimie (Sciences de la Matière), vers lequel, pour les raisons indiquées plus haut, les élèves spécialisés en mathématiques ne se tournent pratiquement plus. Le DEUG Mathématiques, désormais seule filière universitaire associée, joue comme avant un rôle d’accueil des bons élèves d’origine modeste (qui demandent moins fréquemment les classes préparatoires que leurs homologues d’origine aisée), mais il joue également le rôle naguère dévolu plutôt au DEUG Sciences de la Matière d’accueil des élèves d’origine modeste en retard. Les IUT et les STS restent pour toutes les catégories la filière de rabattement privilégiée des élèves en retard.
Si l’on examine maintenant les choix d’orientation qu’opèrent les élèves de la spécialité Physique-Chimie, les choses sont très différentes. C’est l’ensemble des choix d’orientation qui subit une translation « vers le bas ».
L’orientation, ordinairement la plus prestigieuse, vers les classes préparatoires est beaucoup moins fréquente qu’en spécialité Mathématiques ou que dans l’ancienne série C [15]. La filière universitaire directement associée (Sciences de la Matière) va, comme c’était le cas précédemment pour la filière Mathématiques, jouer un rôle de filière de substitution des classes préparatoires pour les bons élèves d’origine modeste, et un rôle de filière-refuge pour les élèves médiocres d’origine modeste. Mais, pour ces deux fonctions, elle est ici largement surpassée par les demandes pour les filières technologiques courtes, IUT et STS, et (pour les filles) par les écoles d’infirmières. Pour les élèves d’origine aisée, le DEUG Sciences de la Matière n’est une orientation privilégiée ni en cas de bonne réussite ni en cas de réussite médiocre : les bons élèves choisissent les classes préparatoires et les études de médecine-pharmacie (surtout les filles) voire les filières technologiques courtes ; les élèves de réussite médiocre se tournent avant tout vers les IUT (les garçons), les STS et les écoles d’infirmières (les filles).


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En résumé, le paradoxe de la chute des inscriptions en Physique-Chimie à l’université, à partir de 1995, alors même que venait de se créer une filière spécifique dans l’enseignement secondaire, tient à ce qu’en scindant en deux l’ancienne série C, Mathématiques et Sciences Physiques, on a produit des effets liés à la position différente occupée par l’une et l’autre spécialité dans la hiérarchie des disciplines. Pour beaucoup d’élèves de S, le choix de la physique-chimie plutôt que des mathématiques est associé à une moindre ambition scolaire, elle-même associée à une moindre réussite et/ou une origine sociale plus modeste. La spécialité Physique-Chimie, qui est désormais la filière quasi-exclusive d’alimentation du DEUG Sciences de la Matière, recrute, du fait de sa position dans l’univers de concurrence scolaire, des élèves qui, par leur profil scolaire et social, sont, beaucoup plus que ne l’étaient en moyenne les élèves des séries C, attirés par les études technologiques courtes, tarissant par le fait même la source d’alimentation de ce DEUG.
 
Une explication socio-démographique de la « désaffection » pour les études scientifiques
 
 
Ce constat de l’effet de la composition socio-démographique des séries sur les choix d’orientation peut être généralisé. On constate depuis 1995 un resserrement de l’écart entre les différentes séries générales, en termes de composition scolaire et sociale de leur public et en particulier une moindre suprématie des filières scientifiques. Les chiffres d’évolution sur quinze ans de cette composition suggèrent que jusqu’à la mise en place de la réforme des baccalauréats, les classes de terminale C étaient restées relativement perméables aux changements socio-démographiques consécutifs à l’explosion des effectifs scolaires des années 1987-1992. Alors que leurs effectifs augmentaient de 80 %, elles ne se sont que très modérément démocratisées (par contre, elles se sont plus nettement féminisées). En revanche, après 1994, alors même que l’ensemble des effectifs lycéens décroissent légèrement, les terminales scientifiques, y compris mathématiques, apparaissent relativement moins sélectives socialement et scolairement qu’auparavant (voir Tableau X). L’exemple de la filière Physique-Chimie nous conduit à proposer l’hypothèse plus générale selon laquelle la désaffection pour les études scientifiques, en France, les formes et la temporalité qu’elle y a prises, tient à ce que les études secondaires de mathématiques et de sciences physiques ont désormais un caractère moins distinctif. Qu’il s’agisse du sex-ratio, de l’origine sociale, ou de la proportion d’élèves « en retard », le profil des élèves des terminales scientifiques se rapproche du profil moyen, et ceci de façon accélérée depuis 1995 [16].

TABLEAU X.
Évolution de la composition des séries mathématiques (série C en 1987,
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TABLEAU X. – Évolution de la composition des séries mathématiques (série C en 1987, série S spécialité Mathématiques en 1996 et 2001) 1987 1996 2001 Pourcentage de femmes 34,8% 40,4% 42,3% Pourcentage d'élèves d'origine modeste 43,5% 45,4% 50,0% Écart à la moyenne-23,4% -20,7% -18,1% Pourcentage d'èlèves en retard 26,8% 25,4% 23,3% Écart à la moyenne-33,9% -30,5% -24,0% Lecture : En 1987,43,5 % des élèves de terminale C étaient d’origine modeste (père ouvrier, employé ou petit indépendant). À cette même date, 43,5 % + 23,4 % = 66 ,9 % de l’ensemble des élèves de terminale (générale et technologique) avaient cette même origine sociale.

Les filles, les élèves scolairement « moyens » et les élèves d’origine modeste sont plus nombreux aujourd’hui à préparer ces baccalauréats. On peut s’en réjouir. Mais on peut également voir dans cette évolution une des explications de la baisse des choix d’études supérieures scientifiques : les filles, les élèves « moyens », les élèves d’origine modeste ont aussi, toutes choses égales par ailleurs, une propension moindre à opter pour les études scientifiques longues, les filles parce que les études de mathématiques et de sciences physiques sont plutôt associées à des métiers « masculins », les élèves « moyens » parce que leur niveau de réalisation scolaire les fait reculer devant des études réputées longues et difficiles, et les élèves d’origine modeste parce que, moins familiers de l’enseignement supérieur, ils préfèrent les trajectoires scolaires à étapes au « tout ou rien » des filières longues.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Boy D., 1999. – Le progrès en procès, Paris, Presses de la Renaissance.
·  Duru-Bellat M., Kieffer A., 2000. – « La démocratisation de l’enseignement en France : polémiques autour d’une question d’actualité », Population, 55, 1, pp. 51-79.
·  Foisy M., Gingras Y., Sérigny J., Séguin S., 2000. – « Portrait statistique des effectifs étudiants en Sciences et en Génie au Québec (1970-2000) », Le bulletin de l’enseignement supérieur, octobre.
·  Hochschulstandort Deutschland 2001, 2001. – Wiesbaden, Statistiches Bundesamt.
·  Merle P., 1996. – « Les transformations socio-démographiques des filières de l’enseignement supérieur de 1985 à 1995. Essai d’interprétation », Population, 51, 6, pp. 1181-1210.
·  — 2000. – « Le concept de démocratisation de l’institution scolaire : une typologie et sa mise à l’épreuve », Population, 55, 1, pp. 15-50.
·  Merle P., Mear P., 1992. – « 1986-1990 : démocratisation et/ou hiérarchisation scolaire croissante des publics lycéens ? », Sociétés contemporaines, 11-12, pp. 31-52.
·  Seymour E., Hewitt N. M., 1997. – Talking about leaving. Why undergraduates leave the sciences, Boulder, Westview Press.
 
NOTES
 
[(1)]Pour les États-Unis, voir Seymour et Hewitt (1997). Cette recherche, fondée sur des entretiens auprès d’étudiants à propos de leur rapport à l’enseignement scientifique, ne porte pas prioritairement sur l’évolution des effectifs étudiants en sciences. Mais en introduction les auteures citent une série d’études sur les inscriptions à l’université, qui montrent que la part des étudiants « undergraduates » qui « majorent » en sciences, notamment en mathématiques et en sciences physiques, n’a pas cessé de décroître depuis les années soixante(suite note 1) dix, et a connu une très forte baisse à partir du milieu des années quatre-vingt. Pour l’Allemagne, nous avons consulté les statistiques du Hochschulstandort Deutschland 2001 (2001). Elles montrent une chute spectaculaire depuis 1992 des effectifs en sciences de l’ingénieur : de 1992 à 2000, les sciences pures (Mathematik, Naturwissenschaften) ont perdu 1,5 % de leurs effectifs, mais les sciences de l’ingénieur (Ingenieurwissenschaften) en ont perdu 26 % (environ 100 000 étudiants de moins en huit ans dans cette discipline). Pour le Japon, un article du Nihon Keizai Shimbun, traduit par la revue Courrier international, laisse à penser que ce pays connaît aussi ce phénomène (« Les jeunes Japonais boudent les filières scientifiques », Courrier international n° 168 du 20/1/1994). Pour le Canada, en revanche, Foisy et al. (2000) contestent l’idée d’une désaffection des étudiants pour les sciences dans ce pays. Tout au plus assiste-t-on, disent-ils, à une stabilité des effectifs en sciences, qui va de pair avec une croissance des effectifs dans les sciences humaines et sociales.
[(2)]Extraits d’un article du journal Libération du 12 octobre 2000 et d’un autre du Monde Campus, supplément du journal Le Monde du mercredi 3 avril 2002.
[(3)]En particulier ceux menés par Daniel Boy au CEVIPOF. Sur la question des attitudes des Français à l’égard de la science, voir Boy (1999, chap. 6 : « La science et l’opinion »).
[(4)]Source : Ministère de l’Éducation nationale, Direction de la programmation et du développement. En chiffres relatifs sur l’ensemble des filières générales et technologiques, la part des bacheliers scientifiques s’est légèrement érodée de 1985 à 2001, passant de 33,0 % à 31,3 %. n’avons retenu dans cette analyse que le premier vœu de la liste. Il s’agit donc des intentions, et non des affectations réelles une fois les procédures de sélection opérées. Ces « intentions » constituent une bonne image de « ce que souhaitent faire comme études supérieures » les élèves de terminales. Nous disposons de ces fichiers complets pour les années 1987,1991, 1994,1996,2001.
[(6)]Avec la réforme des lycées de 1992-1994.
[(7)]Mise en place pour les classes de seconde à la rentrée 1992, cette réforme touche les classes terminales à la rentrée 1994.
[(5)]Les données statistiques utilisées ici sont tirées de fichiers de données individuelles qui nous ont été fournis par les services informatiques du rectorat de l’académie de Lille, fichiers anonymisés contenant pour chaque élève de terminale de l’académie des données biographiques (âge, sexe, profession des parents, commune d’habitation), des données scolaires (lycée fréquenté, série de terminale, résultats au bac), et les choix d’orientation vers l’enseignement supérieur qu’il ou elle a fait dans le cadre de la procédure dite OCAPI qui avait cours jusqu’en 2001 dans l’académie de Lille, et qui consistait à saisir par Minitel une liste de 10 vœux, par ordre préférentiel. Nous
[(8)]Nous ne faisons pas apparaître la spécialité Technologie Industrielle qui, de fait sinon de droit, ne participe pas tout à fait au même univers scolaire. Dans les faits, elle a purement et simplement pris le relais de l’ancienne série E, dans les lycées à tonalité « technologique ».
[(9)]Circulaire du Directeur des Lycées et Collèges du 12/3/93 (BO, mars 1993,11, p. 1169).
[(10)]Circulaire du 25/5/92.
[(11)]La revue Le Monde de l'éducation (janvier 1995) a proposé une simulation pour mesurer l’effet du poids nouveau des coefficients. Elle montre par exemple qu'un élève de terminale scientifique aux capacités plus littéraires que scientifiques (notes un peu au-dessous de la moyenne dans les matières scientifiques et un peu au-dessus de la moyenne dans les matières littéraires) aurait été admis au baccalauréat dans l'ancienne série C alors qu’il sera ajourné dans le nouveau système. Un élève de terminale C pouvait compenser une note très médiocre en mathématiques (6/20) par des notes comprises entre 12 et 14 en matières littéraires. Ce n'est plus le cas dans la nouvelle configuration.
[(12)]Parmi les travaux français récents sur la question de l’effet (et de son évolution dans le temps) de l’origine sociale sur les carrières scolaires dans l’enseignement secondaire, voir Duru-Bellat et Kieffer (2000). Sur la question du recrutement social des différentes séries de baccalauréat, voir Merle et Mear (1992) et Merle (2000) ; ces deux articles portent sur la période 1986-1990 pour le premier, et 1985-1995 pour le second (même si, ici ou là, cet article donne quelques éclairages sur la période postérieure), c’est-à-dire la période contemporaine de la forte croissance des effectifs lycéens. Sur la question du recrutement, selon le genre et selon l’origine sociale, des filières d’enseignement supérieur (période 1985-1995 également), voir Merle (1996).
[(13)]Nous utilisons dans les tableaux suivants une taxinomie des élèves en huit catégories obtenues en croisant entre elles les trois variables sexe, âge et origine sociale, réduites à deux modalités chacune. Cette partition permet la construction de tableaux croisés qui donnent à lire facilement les effets propres de chacune des variables explicatives. La partition binaire de la variable « origine sociale » oppose la catégorie des enfants de cadres telle que définie ci-dessus à sa classe complémentaire (élèves dont le père ou le beau-père est ouvrier, employé, petit indépendant, etc). Sur les mérites respectifs des partitions ternaires ou binaires en matière d’origine sociale appliquées à la question de la démocratisation de l’enseignement, voir Merle (2000, pp. 19-20).
[(14)]C’est-à-dire sur 100 garçons à l’heure d’origine aisée présents dans l’enseignement secondaire, général et technologique, 46,2 % faisaient une série C (chiffres de 1994, académie de Lille).
[(15)]Pourtant (sur l’académie de référence) il n’y a pas sensiblement moins de places en classes préparatoires PCSI qu’en MPSI (11 classes de la première contre 12 de la seconde).
[(16)]Plus généralement, de 1987 à 2001, les séries générales et technologiques sont devenues, dans leur ensemble, légèrement moins « ségrégatives » sur le plan de l’origine sociale et sur celui de la composition en genre. Autrement dit leurs profils respectifs sont légèrement moins accusés. La valeur de l’indicateur de ségrégation sociale interséries proposé par Pierre Merle (2000, p. 38) passe de 12,4 en 1987 à 11,0 en 2001 (chiffres de l’académie de Lille, calculés sur les séries générales et technologiques), ce qui traduit un resserrement tendanciel de la composition sociale de l’ensemble des séries, ou pour reprendre le terme de Pierre Merle, une démocratisation sensiblement « égalisatrice ». Un indice de même formule mesurant l’évolution de la ségrégation sexuelle passe de 16,9 à 15,1 sur la même période, manifestant là aussi une moindre hétérogénéité. En revanche l’hétérogénéité en matière de composition scolaire (nombre d’élèves à l’heure) s’accroît : de 1987 à 2001 l’indice passe de 16,1 à 17,6 (indice de ségrégation sociale interséries au temps t : avec pi = poids relatif de la série i; xi = pourcentage d’enfants de cadres dans la série i; x = pourcentage moyen d’enfants de cadres).
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[(1)]
Pour les États-Unis, voir Seymour et Hewitt (1997). Cette ...
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[(2)]
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[(3)]
En particulier ceux menés par Daniel Boy au CEVIPOF. Sur l...
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[(4)]
Source : Ministère de l’Éducation nationale, Direction de ...
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Avec la réforme des lycées de 1992-1994. Suite de la note...
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Mise en place pour les classes de seconde à la rentrée 199...
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Circulaire du Directeur des Lycées et Collèges du 12/3/93 ...
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Circulaire du 25/5/92. Suite de la note...
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La revue Le Monde de l'éducation (janvier 1995) a proposé u...
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C’est-à-dire sur 100 garçons à l’heure d’origine aisée pré...
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L’espace des séries de baccalauréat en 1994
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