2004
Revue française de sociologie
École publique, école privée
Comparaison des trajectoires et de la réussite scolaires
[*]
Chloé Tavan
Insee Timbre F 110 – 18, boulevard Adolphe Pinard – 75675 Paris cedex 14
Ce texte propose, sur la base d’une exploitation du panel 1989 de l’Éducation nationale,
de poursuivre l’entreprise de comparaison de la réussite scolaire entre le secteur privé et le
secteur public initiée par G. LangouÎt et A. Léger dans leur ouvrage École publique ou école
privée ? Trajectoires et réussites scolaires publié en 1994. Après avoir présenté, à travers un
état des lieux des recherches américaines, l’importance potentielle des biais de sélection et
la nécessité de les prendre en compte, cet article compare les deux secteurs selon deux axes :
celui de l’efficacité de chaque secteur, c’est-à-dire sa capacité à produire un résultat global,
et celui de son équité, c’est-à-dire sa capacité à réduire en son sein les inégalités sociales de
réussite. L’avantage apparent d’une scolarisation continue dans le privé mis en évidence par
G. LangouÎt et A. Léger ne se maintient pas toujours lorsque l’on raisonne sur des élèves
rendus comparables. Le fait de fréquenter un établissement privé est ainsi au mieux sans
influence sur le parcours effectué dans le cadre du collège. Cet effet global varie selon la
position relative du secteur privé dans l’offre scolaire locale : dans les territoires de forte
implantation du privé, les trajectoires scolaires des élèves, de même que leur recrutement
social, diffèrent peu entre les deux secteurs. Enfin, conformément aux résultats établis par
G. LangouÎt et A. Léger, le secteur privé semble connaître en son sein des écarts sociaux de
réussite moindres.
On the basis of a 1989 French Education Ministry panel, this study pursues the comparison
between private versus public sectors with regard to scholastic success undertaken by G. LangouÎt
and A. Léger in their 1994 study, École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites
scolaires. After an overview of American research which underlines the potentially strong effect
of selection biases and the necessity of taking these into account, the two sectors are compared
with regard to two main concerns : sector efficiency or ability to produce an overall result, sector
equity or ability to reduce socially-based inequalities in scholastic success within that sector. The
apparent advantage of being continuously schooled in the private sector brought to light by
LangouÎt and Léger is not always maintained when pupils are made comparable. The overall
effect varies by private sector weight in local school supply. In areas where the private sector has
a strong presence, differences in pupil itineraries and social recruitment from one sector to the
other are slight. However, consistent with LangouÎt and Léger’s results, the private sector does
seem to display smaller differences in school success by social milieu.
Aus der Auswertung eines 1989 erstellten Panels der Éducation nationale, möchte dieser
Aufsatz die Vergleichsarbeiten fortsetzen zum Schulerfolg zwischen privaten und öffentlichen
Schulen, wie G. LangouÎt und A. Léger sie in ihren 1994 veröffentlichen Werke : École publique
ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires begonnen haben. Dieser Aufsatz stellt
zunächst, anhand einer Bestandsaufnahme der amerikanischen Forschung, die potentielle Bedeutung der Selektionsverzerrungen und die Notwendigkeit zu ihrer Berücksichtigung vor, und
vergleicht anschließend beide Sektoren in zwei Richtungen : die Richtung der Effizienz jedes
Sektors, d.h. seiner Kapazität ein Gesamtergebnis zu produzieren, und die Richtung seines
Gleichbehandlungswillens, d.h. seiner Fähigkeit, die sozialen Unterschiede zum Erfolg zu reduzieren. Der scheinbare Vorteil einer ununterbrochenen Einschulung im Privatsektor, wie von G.
LangouÎt und A. Léger aufgezeigt, kann nicht immer beibehalten werden, wenn die Untersuchung
mit vergleichbar gemachten Schülern geführt wird. Der Besuch einer Privatschule ist somit
bestenfalls ohne Einfluß auf die Laufbahn im Rahmen eines « Collèges ». Dieser Gesamteffekt ist
unterschiedlich entsprechend der relativen Position des Privatsektors im lokalen Schulangebot : in
Gebieten mit häufigen Privatschulen verläuft die Schullaufbahn der Schüler und ist ihre soziale
Herkunft wenig unterschiedlich zwischen beiden Schulsektoren. Schließlich entsprechend den
von G. LangouÎt und A. Léger aufgezeichneten Ergebnissen, scheint der Privatsektor geringere
soziale Unterschiede im Schulerfolg aufzuweisen.
En base de la explotación del panel 1989 de la educación nacional, este texto propone continuar la empresa comparativa del éxito escolar entre el sector privado y el sector público iniciado
por G. LangouÎt y A. Léger en su obra École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites
scolaires publicadas en 1994. Después de haber presentado, el punto exacto de las investigaciones
americanas, la importancia primordial de los rodeos de selección y la necesidad de tomarlos en
cuenta, este artículo compara los dos sectores de acuerdo a dos ejes : el de la eficacidad de cada
sector, es decir su capacidad a producir un resultado global, y el de su equidad, o sea la capacidad
de reducir en su seno las desigualdades sociales de éxito. La ventaja aparente en lo privado de una
escolarización continua puesta en evidencia por G. LangouÎt y A. Léger no siempre es mantenida
cuando se reflexiona comparativamente sobre los alumnos. El hecho de frecuentar un establecimiento privado a lo mejor no tiene influencia en el ciclo efectuado en el marco escolar. Este
efecto global varía de acuerdo a la relativa posición del sector privado en la oferta escolar local :
en las áreas de importante implantación de lo privado, las trayectorias escolares de los alumnos, al
igual que su reclutamiento social, entre los dos sectores difieren poco. Finalmente, de acuerdo a
los resultados establecidos por G. LangouÎt y A. Léger, el sector privado parece conocer en su
seno las variaciones sociales de triunfos menores.
L’école privée a été et reste encore un facteur important de changement de
l’institution scolaire. Paradoxalement, le double système d’enseignement qui
existe aujourd’hui est né avec les lois scolaires de la IIIe République (de 1882,
1886 et 1889). En effet, si ces dernières instaurent l’école publique, gratuite
et obligatoire, elles ne mettent pas pour autant fin au système scolaire antérieur et permettent le maintien, sinon le développement, de l’école privée
(Tanguy, 1972, p. 326, p. 332). Le caractère partiel et inabouti de ces
réformes, qui ne concernent que l’enseignement primaire, est ainsi au fondement de ce qu’il convient d’appeler, à la suite de L. Tanguy, la « dualité
scolaire ». Cette coexistence a souvent suscité des débats passionnés illustrés
notamment par les grandes manifestations de défense de l’enseignement libre
de 1984 – suite au projet de créer un « grand service public unifié et laïque »
– ou par les mobilisations des partisans de l’école laïque contre le projet de
révision de la loi Falloux en 1994.
Bien qu’étant au cœur de la « querelle scolaire », l’école privée n’a fait
l’objet, en France, que de rares études, aux orientations disciplinaires et théoriques diverses. Trois approches peuvent globalement être distinguées :
1) Une approche historique et institutionnelle s’attachant à décrire les conditions d’émergence du secteur privé tel qu’on le connaît aujourd’hui (Tanguy,
1972 ; Prost, 1982) ; 2) Une analyse du choix du secteur de scolarisation par
les familles considérées comme des agents rationnels et stratégiques (Ballion,
1980) dont les choix restent cependant largement soumis aux contraintes
culturelles (Héran, 1996 ; Tournier, 1997) ; 3) Une comparaison de l’efficacité des deux secteurs illustrée essentiellement par l’ouvrage de G. LangouÎt
et A. Léger, École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites
scolaires, publié en 1994.
Dans cet ouvrage, G. LangouÎt et A. Léger concluent à une plus grande
efficacité du secteur privé
[1]. Plus précisément, ils constatent que si les
élèves tirent globalement bénéfice d’une scolarisation ininterrompue dans le
privé, l’avantage final est essentiellement acquis au cours de la première
moitié du premier cycle. En effet, les élèves du privé atteignent plus souvent
et plus rapidement le niveau de la quatrième, mais leurs chances d’accès en
seconde et en terminale sont relativement proches de celles des lycéens du
public. La différence de composition sociale entre les deux secteurs ne suffit
pas, selon les auteurs, à rendre compte totalement de ces écarts : lorsque l’on
se place au sein de groupes sociaux homogènes
[2], l’avantage apparent du
privé se maintient, notamment pour les employés. Cette plus grande efficacité
du secteur privé s’accompagne selon eux d’une plus grande équité. Il leur
apparaît en effet « incontestable que l’enseignement privé a globalement
réduit en son sein les écarts de réussite selon l’origine sociale. À l’exception
des enfants d’agriculteurs qui semblent pâtir d’une scolarisation dans le privé,
les enfants des classes populaires y réussissent mieux » (1994, pp. 94-95).
C. Ben-Ayed (1998), dans sa thèse consacrée à la différence sectorielle de
réussite des enfants issus des classes populaires, confirme, sur la base de
données plus récentes (le panel 1989 du ministère de l’Éducation nationale),
le maintien d’un bénéfice propre aux élèves de milieux populaires à être
scolarisés dans le secteur privé (p. 541).
On peut cependant s’interroger sur la portée des résultats établis par
G. LangouÎt et A. Léger. Certes, ils désignent une réalité, mais, en se restreignant aux seules différences dans l’origine sociale des élèves, ils ne peuvent
pas rendre compte des écarts réels de réussite scolaire entre les deux secteurs,
c’est-à-dire des écarts qui existent au-delà des disparités de recrutement.
Aussi, nous nous proposons de poursuivre le travail de comparaison entre
public et privé entrepris par G. LangouÎt et A. Léger, mais en adoptant une
démarche méthodologique visant à prendre véritablement en compte l’ensemble des sources d’hétérogénéité individuelle entre les deux secteurs.
L’avantage global du privé persiste-t-il lorsque l’on raisonne sur des élèves
rendus comparables en tous points (c’est-à-dire au-delà de la seule origine
sociale) ?
Par ailleurs, G. LangouÎt et A. Léger n’identifient pas clairement les bases
sur lesquelles une comparaison des deux secteurs doit se fonder : ils confondent en particulier les notions d’efficacité et d’équité. Pour prouver la plus
grande réussite dans le privé à structure sociale comparable et démontrer que
les écarts sociaux y sont plus ténus, ils ne regardent qu’une seule et même
chose : les différences sectorielles de réussite à origine sociale donnée. Or les
notions d’efficacité et d’équité, qui sous-tendent leur raisonnement, doivent
être clairement distinguées et mesurées à l’aide d’outils différents. La notion
d’
efficacité doit être entendue comme la capacité moyenne à produire un
résultat global ou à élever le niveau d’acquisition des élèves, tandis que celle
d’
équité renvoie à la capacité du système scolaire, ou plus précisément d’un
système scolaire (dans le cas présent, il s’agit du secteur privé d’une part, et
du secteur public d’autre part), à réduire les écarts de performances scolaires
entre des élèves issus de milieux sociaux différents
[3]. Dans ce dernier cas,
la question est donc de savoir si les secteurs public et privé traitent de la
même façon les caractéristiques sociales et culturelles de leurs élèves. Autrement dit, public et privé produisent-ils les mêmes inégalités sociales ?
Enfin, nous introduirons une dimension originale dans l’analyse, celle de
la position relative de l’école privée dans l’offre scolaire locale. Les fortes
variations dans l’implantation géographique de l’enseignement privé – très
minoritaire dans certains départements, il est majoritaire dans d’autres,
notamment en Vendée où il accueille 54,3 % des élèves du second degré –
nous invitent en effet à émettre l’hypothèse que les contextes de scolarisation
dans le privé prennent des formes différentes selon son influence locale. On
peut en effet s’attendre à ce que le recrutement soit plus « démocratique »
dans un département où le privé est très fortement implanté que dans un
département où il n’accueille qu’une faible part des élèves, mais aussi à ce
que l’enseignement privé ne remplisse pas la même « fonction » selon ces
territoires : une fonction proche de celle de l’enseignement public dans les
départements où il est fortement implanté et une fonction plus spécifique là
où il est moins présent.
Public, privé : des biais de sélection importants
La coexistence de deux systèmes de scolarisation n’est pas propre à la
France, ni même le débat sur la « supériorité » de l’un sur l’autre. Cependant,
alors qu’aux États-Unis ce débat a donné lieu à une abondante littérature
sociologique – notamment à la suite de la publication du rapport Public and
private school de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore (1981) –, en France, il
en est largement resté au niveau des querelles partisanes. Les recherches
américaines ne peuvent certes pas servir de base de comparaison des résultats,
tant les contextes scolaires français et américains sont dissemblables, mais
elles présentent l’intérêt indéniable de montrer comment, dans ce pays, le
débat public/privé a été investi par la réflexion sociologique, et de faire apparaître les problèmes méthodologiques que pose la comparaison des deux
secteurs. Les publications ultérieures au rapport Coleman ont ainsi mis en
évidence non seulement la nécessité de tenir compte de l’effet de sélection du
privé, bien au-delà de l’origine sociale, mais aussi la sensibilité des résultats
obtenus aux caractéristiques individuelles introduites dans les modèles.
Le cas américain : débat social et controverses méthodologiques
Dans leur rapport
Public and private school (1981)
[4], ainsi que dans
leurs articles postérieurs qui en reprennent les principales conclusions,
J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore concluent à une plus grande efficacité
apparente des écoles du secteur privé catholique, au regard du niveau atteint
par les élèves. Les analyses effectuées pour tenir compte de l’effet de sélection du secteur privé tendent certes à réduire les écarts, mais ne les annulent
pas totalement : même si plus de la moitié des différences brutes observées
entre les deux secteurs sont en réalité dues à des différences initiales de
composition de la population, une part non négligeable de ces différences
reste inexpliquée par les biais de sélection et peut être attribuée, selon les
auteurs, à des différences de « traitement » entre les deux secteurs (1982a,
p. 71). Par ailleurs, J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore avancent que les
écoles privées ne présentent pas seulement une plus grande efficacité
moyenne, mais ont, pour des niveaux scolaires et revenus des parents comparables, un effet moins discriminant que les écoles publiques sur les résultats
des enfants des minorités ethniques et des milieux sociaux modestes (1982b).
L’école privée apparaît ainsi plus égalitaire car elle produit des résultats plus
homogènes en son sein, malgré des origines sociales diverses.
Ces conclusions ont cependant été remises en cause par de nombreuses
recherches. Ainsi, K. L. Alexander et A. M. Pallas (1983), qui ont mené des
analyses similaires sur un autre ensemble de données – le
National Longitudinal Study de 1972 –, aboutissent à des conclusions différentes. S’ils reconnaissent qu’une approche simple et purement descriptive met effectivement
en lumière une meilleure réussite des élèves scolarisés dans le secteur privé,
ils considèrent que l’avantage net des écoles privées, c’est-à-dire une fois les
variables individuelles et de localisation de l’école contrôlées, est trop faible
pour pouvoir être affirmé avec certitude
[5]. De même, J. D. Willms (1985)
conclut à l’absence d’effet univoque en faveur du secteur privé : les élèves
scolarisés dans les écoles publiques réussissent mieux en science et en
instruction civique (même si cet effet n’est pas significatif) tandis que ceux
des lycées privés présentent globalement des résultats légèrement supérieurs
en mathématiques, lecture, vocabulaire et écriture. Enfin, J. Noell (1982) fait
ressortir les effets de quatre variables qui n’ont pas été prises en considération
dans les travaux de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore (le sexe, le handicap
éventuel de l’élève, le lieu de résidence et les attentes scolaires) et qui,
susceptibles d’être associées à des biais de sélection, sont potentiellement
responsables d’une part de l’impact de l’école privée sur la réussite scolaire.
Ainsi, quand l’auteur introduit ces quatre variables supplémentaires dans le
modèle de Coleman
et al., l’effet associé au secteur privé diminue, voire
s’annule.
Mais la principale critique adressée aux travaux de J. Coleman et de son
équipe repose sur le fait que la prise en compte d’un ensemble de variables
socio-démographiques ne suffit pas à écarter complètement le problème du
biais de sélection puisque celui-ci réside notamment dans la disparité des
niveaux initiaux et que les variables de contexte familial et social ne peuvent
qu’imparfaitement remplacer une mesure directe des acquisitions à l’entrée
(Goldberger et Cain, 1982,1983 ; Alexander et Pallas, 1985). Si les élèves
du secteur privé sont, ce qui semble être le cas, dotés de plus de facilités dès
le départ, alors les résultats de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore sont, au
moins en partie, des artefacts (Alexander et Pallas, 1983, p. 171). Une exploitation de la seconde vague du HSB de 1982, qui contient l’information sur le
niveau initial, conduit à nouveau K. L. Alexander et A. M. Pallas (1985) à
conclure que les différences entre les deux secteurs sont trop faibles pour
pouvoir affirmer la « supériorité » de l’un sur l’autre.
Effets bruts, effets nets
Si l’on revient à la France, la connaissance des taux bruts de passage ou de
réussite dans chaque secteur, malgré un intérêt descriptif évident, ne permet
pas de conclure, sans précaution, à une plus ou moins grande efficacité d’un
secteur par rapport à l’autre. En effet, si la comparaison des taux bruts offre
une mesure précise du phénomène étudié lorsque les deux sous-populations
sont homogènes, il n’en est rien quand les populations sont caractérisées par
des distributions différentes. Or d’importantes différences de composition
existent entre les deux secteurs : outre un héritage social favorable, les élèves
du secteur privé bénéficient globalement d’un environnement économique et
familial plus propice que leurs condisciples du secteur public (Tableau I).
Ainsi, il devient dès lors impossible de faire la part entre ce qui, dans le différentiel constaté, relève d’un effet de composition ou de sélection, et ce qui
relève d’un strict effet de secteur.
TABLEAU I.
Comparaison des élèves du public et du privé
TABLEAU I. – Comparaison des élèves du public et du privé
Tout public Tout privé Indice de
N=14 084 N= 3 128 dissimilarité*
(en %) (en %) (en %)
Agriculteur 2,8 6,3
Artisan, commerçant 6,8 10,5
Chef d’entreprise, profession libérale 3,5 8,7
Cadre 12,0 17,7
PCS du chef 18,4Profession intermédiaire 9,6 9,9
de famille Technicien, contremaître 10,9 10,0
Employé 12,7 10,5
Ouvrier qualifié 27,9 20,3
Ouvrier non qualifié ou agricole 10,9 4,7
Inactif, chômeur 2,9 1,5
Nombre de Moins de 0,8 22,5 30,5
personnes par 11,9Entre 0,8 et 1 (exclus) 18,2 22,0
pièce Entre 1 et 1,2 (exclus) 33,0 33,1
1,2 et plus 26,3 14,4
Pas de diplôme 17,9 8,3
CEP 19,9 18,3
Diplôme CAP 13,2 15,6
de la mère 13,3BEP, BEPC 15,5 17,7
Baccalauréat 11,5 14,6
Supérieur 12,8 18,4
Inconnu 9,2 7,1
Activité Travaille à temps plein 40,4 46,2
de la mère 9,2Travaille à temps partiel 15,7 19,1
Autre 43,9 34,7
Biparentale 81,6 85,8
Structure 4,2Biparentale recomposée 6,0 4,4
familiale Monoparentale 9,8 8,0
Autre situation et non-réponse 2,5 1,8
Un enfant 10,0 12,0
Taille de la Deux enfants 40,8 43,4
famille 5,0Trois enfants 28,9 29,8
Quatre enfants 10,2 10,0
Cinq enfants et plus 10,0 4,8
Rang dans Premier 45,1 45,4 0,3
la fratrie
Sexe Masculin 49,7 49,3 0,4
Nationalité Française 90,5 97,8 7,3
TABLEAU I
(suite)
TABLEAU I (suite)
Tout public Tout privé Indice de
N=14 084 N= 3 128 dissimilarité*
(en %) (en %) (en %)
Niveau Faible 19,1 13,7
d’aspiration 10,3Moyen 25,7 20,8
des familles Fort 55,2 65,5
Nul 5,7 1,5
Niveau Faible 18,4 12,3
d’implication 12,2Moyen 46,6 44,8
des familles Moyen fort 18,7 30,1
Fort 10,5 11,4
Faible 16,7 12,2
Comportement 8,1Moyen 58,9 63,6
de l’élève Fort 17,3 20,7
Ne sait pas et non-réponse 7,1 3,5
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Champ : Élèves ayant effectué leur scolarité du collège entièrement dans le privé ou entièrement dans le
public.
* L’indice de dissimilarité est égal à la demi-somme des écarts, en valeur absolue, entre les modalités
(|ai privé -ai public|) d’une même variable (a). Il s’interprète comme la proportion d’élèves qui devraient
changer d’état pour que la distribution de a soit la même dans les deux secteurs. Plus l’indice est élevé,
plus les distributions des deux secteurs sont éloignées.
Lecture : Il faudrait que le chef de famille de 18,4 % des élèves de l’un des secteurs change de catégorie
socioprofessionnelle pour que la distribution de l’origine sociale des élèves soit la même dans les deux
secteurs.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Aussi, peut-on se demander si l’apparente plus grande efficacité du secteur
privé mise en évidence par G. LangouÎt et A. Léger se maintient quand on
tient compte des différences de composition entre les deux secteurs. C’est
pourquoi nous mènerons des analyses multivariées, lesquelles permettent
justement de maintenir constant un ensemble de variables dites de contrôle.
Ces analyses s’inscrivent dans une démarche de type marginaliste puisqu’il
s’agit d’évaluer l’effet propre, c’est-à-dire toutes choses égales par ailleurs,
de chaque variable explicative, et notamment de celle désignant le secteur de
scolarisation. En outre, l’introduction progressive des variables de contrôle
permet de décomposer les différences brutes de réussite entre les deux
secteurs et de voir quels sont les facteurs qui expliquent le plus cet écart.
Enfin, le modèle global permet de voir si, au-delà des différences observables
et mesurables de composition des publics, des différences subsistent
[6].
Population et variables : sélection et construction
L’analyse que nous menons prend appui sur un panel représentatif d’entrants au collège construit par le ministère de l’Éducation nationale en 1989.
Les données dont nous disposons permettent de suivre l’élève sur une période
d’au plus six ans après son entrée en sixième, c’est-à-dire jusqu’à l’année
scolaire 1995-1996
[7] et de connaître en particulier, année après année, la
classe dans laquelle il est scolarisé et le secteur de l’établissement qu’il
fréquente. L’édition de 1989 perpétue une tradition relativement ancienne de
panels d’élèves, mais présente, par rapport aux éditions antérieures, l’intérêt
majeur d’être la première édition à être associée à une enquête auprès des
familles. Cette dernière, réalisée lors de la deuxième année d’observation,
permet d’avoir de nombreuses informations sur l’environnement familial de
l’élève, son attitude et celle de ses parents, ainsi que sur son parcours scolaire
lors du primaire (de façon rétrospective) ; autant d’informations qui sont
indispensables pour contrôler les biais de sélection entre les deux secteurs
[8].
Dans l’analyse que nous développons ici, seuls seront considérés les
enfants qui, en septembre 1989, entraient en sixième dans un établissement de
France métropolitaine. Les redoublants de sixième, les élèves de SES (Section
d’éducation spécialisée) et les collégiens des départements d’Outre-mer en
sont donc exclus. En outre, nous ne retiendrons que les élèves dont les parents
ont répondu au questionnaire « Famille » en raison de la richesse des informations contenues dans ce dernier
[9].
Une difficulté fondamentale lorsque l’on souhaite apprécier les différences
entre secteur public et secteur privé réside dans le fait que l’appartenance à un
secteur n’est pas, contrairement aux autres caractéristiques habituellement
étudiées (sexe, origine sociale, rang dans la fratrie, etc.), un attribut permanent de l’élève, mais est susceptible d’évoluer au cours de la carrière scolaire.
Que signifie dès lors être élève du privé ou du public ? Afin de rendre
complètement exogène la question du choix des familles et des transferts
[10]
et de pouvoir déterminer avec assurance à quel secteur attribuer le résultat
observé, nous avons choisi de considérer une population encore plus
restreinte. Il s’agit de deux cohortes « pures », redéfinies lors du changement
de degré
[11] : celle des élèves ayant effectué toute leur scolarité dans le
public et celle des élèves ayant effectué toute leur scolarité dans le privé.
Dans un premier temps, on comparera donc la réussite et les trajectoires
scolaires en primaire des élèves ayant effectué tout leur premier degré dans le
secteur public à celle des élèves ayant effectué tout leur premier degré dans le
secteur privé ; dans un deuxième temps, on comparera la réussite et les trajectoires scolaires en premier cycle du secondaire des élèves ayant été fidèles au
secteur public à celle des élèves ayant été fidèles au secteur privé sur toute la
durée du collège
[12]. La Figure I illustre les changements qui interviennent
entre les deux sous-populations. Il apparaît que la cohorte « tout public » est
relativement stable alors que la cohorte « tout privé » se trouve profondément
modifiée lors du passage en sixième.
FIGURE I.
Composition des cohortes « pures » et changement de cohortes
Analyse comparée de l’efficacité des deux secteurs
Comparons d’abord les deux secteurs du point de vue de leur efficacité,
c’est-à-dire de leur capacité à amener le plus grand nombre d’élèves jusqu’à
un palier donné ou à élever le niveau moyen de leurs acquisitions. Plus
qu’une évaluation ponctuelle des différences entre les deux secteurs, il apparaît intéressant d’adopter un point de vue dynamique afin d’apprécier le rôle
respectif de chacune des étapes de la scolarité dans la construction de ces
différences. Les écarts de réussite entre les deux secteurs sont-ils de même
ampleur aux différents moments du cursus ? Observe-t-on une différence
entre le primaire et le collège ?
Le primaire : une école privée au moins aussi efficace que l’école
publique
Dès le primaire, des différences sectorielles de réussite apparaissent : alors
que 83,5 % des élèves du privé ont accompli une scolarité élémentaire sans
heurt, ils ne sont que 75,2 % dans le public à avoir connu le même parcours. À
situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude à l’égard de l’école identiques, les élèves du privé ont encore un avantage sur leurs condisciples du
public puisqu’ils ont encore 1,2 fois plus de chance de ne pas avoir redoublé
plutôt que d’avoir redoublé au cours de leur scolarité dans le primaire
(Tableau II). Il convient toutefois de relativiser cette importance en la comparant aux différences créées par d’autres caractéristiques. L’écart sectoriel de
réussite est ainsi de l’ordre des écarts qui peuvent exister entre un enfant d’ouvrier qualifié et un enfant d’ouvrier non qualifié, ou entre un élève dont la mère
est titulaire du CEP et un autre dont la mère possède un CAP. Il reste donc
mineur par rapport aux écarts que peuvent créer le diplôme (le contraste logistique entre un élève dont la mère est titulaire du CEP et un autre dont la mère
est diplômée du supérieur vaut, toutes choses égales par ailleurs, 1,171).
TABLEAU II.
Ne pas avoir redoublé au cours du primaire
[13]
TABLEAU II. – Ne pas avoir redoublé au cours du primaire
Coefficient (13) Écart Significativité Odds ratio
M1 0,5061 - *** 1,659
Transformation logistique du tri croisé
M2 0,3499-0,1562 *** 1,419
M1 + PCS du chef de famille
M3
M2 + caractéristiques familiales 0,224-0,1259 *** 1,251
et individuelles
M4 0,2303 0,0063 *** 1,259
M3 + passé scolaire
M5
M4 + aspirations et implication 0,1858-0,0445 ** 1,204
des familles, comportement des élèves
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 % et ** qu’il est significatif au
seuil de 1 %.
Lecture : Dans un modèle simple ne comprenant que la variable de secteur comme variable explicative
(M1), le coefficient associé au secteur privé vaut 0,5061 ce qui signifie que les élèves du privé ont 1,659
fois plus de chance de ne pas avoir redoublé plutôt que d’avoir redoublé au cours de leur scolarité dans le
primaire. Lorsque l’on introduit comme variable de contrôle supplémentaire l’origine sociale (M2), le
coefficient associé au secteur privé vaut 0,3499 c’est-à-dire 0,1562 de moins que dans le modèle M1.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
En ce qui concerne le niveau à l’entrée en sixième, si des différences
brutes de réussite existent, l’avantage apparent du privé disparaît une fois que
l’on tient compte de l’ensemble des caractéristiques sociales et familiales des
élèves, de leur passé scolaire et du comportement des familles (Tableau III).
Toutes choses égales par ailleurs, les élèves du privé ont donc atteint, à la fin
du primaire, un niveau d’acquisition sensiblement égal à celui de leurs
condisciples du public.
TABLEAU III.
Niveau à l’entrée en sixième
TABLEAU III. – Niveau à l’entrée en sixième
Coefficient Écart Significativité Odds ratio
M1
0,3156 - *** 1,371
Transformation logistique du tri croisé
M2
0,1709-0,1447 *** 1,186
M1 + PCS du chef de famille
M3
M2 + caractéristiques familiales 0,0912-0,0797 * 1,096
et individuelles
M4
0,0544-0,0368 Ns 1,056
M3 + passé scolaire
M5
M4 + aspirations et implication 0,0499-0,0045 Ns 1,051
des familles, comportement des élèves
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, * qu’il est significatif au seuil
de 5 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %. La variable dépendante est une variable polytomique ordonnée : il s’agit de la variable de score à l’entrée en sixième reconstruite et discrétisée
(voir Annexe I).
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Ainsi, à situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude des familles à
l’égard de l’école identiques, les élèves du privé accèdent plus souvent au
collège sans avoir redoublé au cours du primaire, tout en ayant acquis un
niveau sensiblement équivalent à leurs condisciples du public. Le privé se
caractérise donc par une pratique de passages moins sélective qui n’implique
pas pour autant des résultats moindres aux épreuves d’évaluation à l’entrée en
sixième.
Le collège : un bilan qui s’inverse
Contrairement au primaire, la réussite au collège ne peut être appréhendée
qu’à travers des analyses de trajectoire
[14]. Nous étudierons plus précisément les deux principaux paliers d’orientation que sont la fin de cinquième et
la fin de troisième. La population d’intérêt est désormais celle des élèves
ayant été fidèles à l’un des deux secteurs depuis leur entrée en sixième
jusqu’à leur sortie de collège.
Si globalement les élèves scolarisés dans le secteur privé accèdent plus
souvent en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège que
leurs condisciples du public, le seul fait de contrôler l’origine sociale des
élèves suffit presque à annuler cet avantage (Tableau IV). Autrement dit, les
différences dans l’origine sociale des élèves des deux secteurs expliquent en
totalité l’avantage des élèves du privé sur leurs condisciples du public. Plus
surprenant, dans le modèle complet (M5), le coefficient estimé pour le secteur
privé est négatif et significativement différent de zéro. Toutes choses égales
par ailleurs, les élèves du privé ont donc finalement 0,818 fois plus de chance
(ou, de façon équivalente, 1,22 fois moins de chance) d’accéder plutôt que de
ne pas accéder en quatrième générale sans avoir redoublé au collège.
TABLEAU IV.
Accéder en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège
TABLEAU IV. – Accéder en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège
Coefficient Écart Significativité Odds ratio
M1
Transformation logistique 0,2424 - *** 1,274
du tri croisé
M2
M1 + PCS du chef 0,0391-0,2033 Ns 1,04
de famille
M3
M2 + caractéristiques-0,0746-0,1137 Ns 0,928
familiales et individuelles
M4
-0,121-0,0464 * 0,886
M3 + passé scolaire
M5
M4 + aspirations et-0,2003-0,0793 ** 0,818
implication des familles,
comportement des élèves
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, ** qu’il est significatif au
seuil de 1 %, * qu’il est significatif au seuil de 5 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Si l’on considère à présent le fait plus général et moins sélectif d’accéder
en quatrième générale quel que soit le temps mis pour atteindre ce niveau,
l’avantage brut du privé est encore plus marqué puisqu’il correspond alors à
un contraste logistique brut de 0,4438 contre 0,2424 précédemment
(Tableau V). Cependant, au fur et à mesure des contrôles successifs, le
contraste logistique associé au secteur privé se réduit jusqu’à devenir non
significativement différent de zéro. À situation sociale et familiale, niveau
scolaire initial et attitude des familles à l’égard de l’école identiques, il ne
subsiste plus de différences de parcours entre les élèves des deux secteurs.
TABLEAU V.
Accéder en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans
de scolarité au collège
TABLEAU V. – Accéder en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans
de scolarité au collège
Coefficient Écart Significativité Odds ratio
M1
Transformation logistique 0,4438 - *** 1,559
du tri croisé
M2
0,2306-0,2132 *** 1,259
M1 + PCS du chef de famille
M3
M2 + caractéristiques familiales 0,0912-0,1394 Ns 1,095
et individuelles
M4
0,0749-0,0163 Ns 1,078
M3 + passé scolaire
M5
M4 + aspirations et implication-0,0544-0,1293 Ns 0,947
des familles, comportement
des élèves
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Négatif quand on se restreignait à l’accès en quatrième sans redoublement,
le coefficient associé au secteur privé devient nul dès lors que l’on autorise un
ou plusieurs redoublement(s) avant l’entrée en quatrième. Les différences
entre les deux secteurs ne se fondent donc pas tant sur le fait d’atteindre le
niveau de la quatrième générale, mais sur le temps mis pour y accéder : toutes
choses égales par ailleurs, les élèves du secteur privé accèdent aussi souvent
que leurs condisciples du public en quatrième générale, mais mettent en
général plus de temps pour atteindre ce niveau. La même structure de résultats
se dégage lors de l’étude du palier d’orientation vers la seconde (Tableaux
A-I et A-II en Annexe III).
L’analyse comparée de l’efficacité des deux secteurs met en avant, de façon
systématique, un avantage brut lié au fait d’être scolarisé dans le privé, mais
conduit, lorsque l’on raisonne sur des élèves rendus comparables, à des conclusions distinctes selon le degré considéré. Ainsi, les élèves du secteur privé
acquièrent, lors du primaire, un avantage sur ceux du public puisque même s’ils
ont atteint à la fin du primaire un niveau d’acquisition sensiblement équivalent,
ils sont plus souvent entrés au collège sans avoir redoublé auparavant. En
revanche, la situation s’inverse au collège : quel que soit le palier d’orientation
considéré, accès en quatrième générale ou accès en seconde générale ou professionnelle, les élèves du privé l’atteignent aussi souvent que leurs condisciples
du public, mais mettent généralement plus de temps. Raisonner sur des publics
rendus comparables ne corrobore donc pas les résultats établis par G. LangouÎt
et A. Léger : loin de présenter un avantage « incontestablement » acquis (1994,
p. 81), les collégiens du privé connaissent au mieux une situation comparable
à celle de leurs condisciples du public.
Disparités territoriales de l’offre scolaire et différences sectorielles
Les « territoires de l’école privée »
[15]
Se poser la question de la comparaison entre secteur public et secteur privé
à l’échelle nationale semble à la fois nécessaire et insuffisant. L’école privée,
tout comme l’école publique, n’est pas unique, mais multiple et nous pouvons
espérer rendre compte, en partie au moins, de cette multiplicité en considérant
les différents « territoires de l’école privée ». En effet, l’influence plus ou
moins forte du privé – mesurée par la proportion d’élèves scolarisés dans le
secteur privé – joue comme un facteur important de structuration du territoire.
Comme ce n’est pas tant chaque département, pour ce qu’il a de singulier, qui
nous intéresse ici, mais plutôt la définition de territoires présentant des taux
de scolarisation dans le privé proches, nous avons regroupé ces départements
en quatre classes
[16] : la classe 1 est celle où le privé est le moins implanté ;
la classe 4 est, au contraire, celle qui présente les taux de scolarisation dans le
privé les plus élevés
[17] (Figure II-a).
FIGURE II.
Typologie des départements selon le taux de scolarisation dans le privé
Repères et références statistiques (1991)
Se détachent ainsi des zones de forte implantation, nettement délimitées,
parmi lesquelles on compte la Bretagne, les Pays de Loire, le sud du Massif
central et, dans une moindre mesure, le Pays Basque et le Nord. À l’exception
notable des départements concordataires de l’Alsace-Lorraine
[18], au statut
scolaire singulier, les pays de l’école libre correspondent aux « forteresses de
l’esprit clérical » (Siegfried, [1913] 1995, p. 483) telles qu’elles ont été mises
en évidence dans l’
Atlas de la pratique religieuse (1980) de F.-A. Isambert et
J.-P. Terrenoire (Figure II-b). De même, ces territoires sont, à quelques
nuances près, les bastions des partis de droite. On redécouvre ainsi, près d’un
siècle après, la triple correspondance cartographique entre pratique religieuse,
vote à droite et fréquentation de l’école privée mise en évidence par A.
Siegfried en 1913
[19]. On retrouve également, au niveau agrégé du département, la relation qu’avait mise au jour F. Héran (1996) et V. Tournier (1997)
à l’échelle des comportements individuels entre appartenance politique,
pratique religieuse et choix du secteur. Contrairement à A. Siegfried, qui voit
dans cette « coïncidence » une « relation de cause à effet » ([1913] 1995, p.
483), l’école lui apparaissant comme le moyen par lequel le clergé devient le
« maître des âmes » (
ibid., p. 481), nous nous garderons de voir dans cette
triple corrélation une simple causalité. La causalité est en effet plutôt double :
« La présence des écoles religieuses est sans doute une cause, mais c’est
encore plus sûrement un effet : elles sont installées dans les régions où elles
sont sûres de trouver une clientèle. » (Bois, 1960, p. 109).
TABLEAU VI.
Indices de dissimilarité intra-classe (en %)
TABLEAU VI. – Indices de dissimilarité intra-classe (en %)
Classe 1 Classe 2 Classe 3 Classe 4
PCS du chef de famille 23,8 24,4 20,3 11,3
Nombre de personnes par pièce 17,0 15,1 15,2 4,3
Diplôme de la mère 18,4 17,2 16,4 6,7
Activité de la mère 16,8 6,9 8,6 4,0
Niveau d’aspiration des familles 17,6 13,1 9,5 0,8
Niveau d’implication des familles 14,3 14,5 11,9 9,2
Comportement des élèves 9,4 8,6 8,0 2,1
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Lecture : Au sein de la classe 1, il faudrait que le chef de famille de 23,8 % des élèves de l’un des secteurs
change de catégorie socioprofessionnelle pour que la distribution de l’origine sociale des élèves soit la
même dans les deux secteurs.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Ces disparités dans l’offre scolaire locale renvoient à des différences de
recrutement : élèves du privé et élèves du public diffèrent davantage dans les
zones où le privé est peu influent (classe 1) que dans celles où il est très
influent (classe 4) (Tableau VI). Les enfants de cadres sont ainsi près de deux
fois plus nombreux dans le privé que dans le public dans les départements où
le privé est largement minoritaire dans l’offre scolaire, alors que leur part
dans les deux secteurs est proche dans les zones de forte influence du privé.
Plus précisément, non seulement les écarts se réduisent dans les départements
où le secteur privé est très implanté, mais on y observe même des situations
plus défavorables pour les élèves du privé : si la part d’enfants de cadres
scolarisés dans le public ne varie guère selon la classe de départements considérée (12 % environ), celle des enfants de cadres fréquentant le privé passe de
21,8 % pour la classe 1 à 8,5 % pour la classe 4. De même, alors que la
proportion d’élèves dont la mère est diplômée du supérieur est plus élevée
pour les élèves du privé lorsque ce secteur est faiblement implanté, la situation s’inverse dès lors que le privé est influent (Tableau VII).
TABLEAU VII.
Le privé : un recrutement différent selon son importance
dans l’offre scolaire locale
TABLEAU VII. – Le privé : un recrutement différent selon son importance
dans l’offre scolaire locale
Classe 1 Classe 4
Public Privé Public Privé
N = 4 676 N = 473 N = 1 144 N = 888
PCS du chef de famille
Agriculteur 2,3 3,8 5,5 10,9
Artisan, commerçant 6,1 10,6 6,5 11,7
Chef d’entreprise, profession libérale 3,5 9,3 3,8 4,2
Cadre 11,9 21,8 10,8 8,5
Profession intermédiaire 9,0 8,5 10,6 10,2
Technicien, contremaître 11,0 13,1 11,4 7,9
Employé 13,3 11,4 11,0 11,3
Ouvrier qualifié 28,7 17,3 27,5 27,1
Ouvrier non qualifié ou agricole 11,4 3,6 10,5 6,9
Inactif, chômeur 2,8 0,6 2,5 1,4
Diplôme de la mère
Pas de diplôme 19,2 7,6 14,2 11,0
CEP 20,6 15,9 21,0 22,3
CAP 14,3 19,2 13,3 17,3
BEP, BEPC 15,0 14,6 19,8 19,7
Baccalauréat 10,9 16,1 12,8 12,2
Supérieur 11,2 19,5 12,4 9,5
Inconnu 8,8 7,2 6,6 8,0
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Lecture : 2,3 % des élèves du public de la classe 1 (c’est-à-dire celle où le privé est le moins implanté)
sont fils d’agriculteurs, contre 3,8 % pour ceux du privé de la même classe.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Les différences de composition entre les deux secteurs et leur ampleur
rendent donc légitime le fait de penser que les trajectoires scolaires des élèves
ont elles aussi une expression différente selon les territoires. Cette approche
spatiale devrait permettre d’examiner s’il existe un « modèle du privé »
uniforme dans l’espace français ou non.
Une efficacité différente selon les territoires
Des modèles visant à éclairer l’efficacité nette de chaque secteur reproduits
séparément sur des territoires contrastés
[20] indiquent que l’effet apparent
du privé sur les trajectoires scolaires diffère selon les territoires : dans les
départements où l’enseignement privé accueille proportionnellement peu
d’élèves (classe 1), celui-ci se distingue positivement et significativement du
public en permettant à ses élèves d’atteindre des niveaux scolaires plus élevés
et de connaître de meilleures trajectoires scolaires ; en revanche, dans les
départements où le privé est fortement implanté (classe 4), si le fait de
fréquenter un établissement privé semble constituer un avantage au cours du
primaire, ceci n’est plus le cas lors de la scolarité au collège (Tableau VIII).
Ces différences ne semblent pas tenir uniquement aux différences de composition mises en évidence. En effet, même si l’influence nette du privé mesurée
dans le modèle complet est non significativement différente de zéro quel que
soit le territoire considéré (excepté pour le non-redoublement en primaire, où
elle est positive et significative dans les territoires où le privé est fortement
implanté), les résultats présentent une certaine structure : à caractéristiques
sociales et familiales, passé scolaire et attitude des familles à l’égard de
l’école identiques, l’effet du privé est nul dans les territoires de forte
influence et négatif dans les territoires de faible influence (Tableau
VIII)
[21].
TABLEAU VIII. – Écarts sectoriels de réussite selon les territoires
Classe 1 Classe 4
Ne pas avoir redoublé Modèle simple (M1) 0,3282 ** 0,3107 ***
en primaire Modèle complet (M5) -0,195 Ns 0,2956 **
Bon niveau à l’entrée Modèle simple (M1) 0,282 ** 0,2012 **
en sixième Modèle complet (M5) -0,1221 Ns-0,00261 Ns
Accès en quatrième après Modèle simple (M1) 0,3373 *** 0,1066 Ns
deux ans de scolarité au collège Modèle complet (M5) -0,2146 Ns 0,0298 Ns
Accès en seconde après quatre Modèle simple (M1) 0,315 *** 0,1022 Ns
ans de scolarité au collège Modèle complet (M5) -0,2114 Ns 0,0982 Ns
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, ** qu’il est significatif au
seuil de 1 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Ces conclusions, à prendre avec précaution en raison de la faiblesse des
effectifs au sein de chaque classe, tendent toutefois à être confirmées par un
modèle complet (M5) augmenté d’une variable traduisant l’appartenance à
une classe de départements et d’une autre mesurant l’interaction entre cette
dernière et le secteur de scolarisation. L’effet du privé est alors systématiquement négatif pour les zones de faible influence alors qu’il est positif au
primaire et nul au collège pour les zones de forte influence (Tableau A-IV en
Annexe III).
Inégalités sociales et culturelles, inégalités sectorielles
De nombreux travaux mettent en avant l’existence de fortes inégalités
sociales de réussite scolaire. On peut dès lors se demander si le principe de
différenciation sociale, constaté au niveau global, joue avec la même intensité
dans les deux secteurs. Comparer les deux secteurs de scolarisation que sont
le privé et le public, ce n’est en effet pas seulement porter un regard global
sur leur efficacité respective, mais c’est aussi s’interroger sur leur capacité à
réduire les écarts sociaux de réussite qui existent en leur sein. Observe-t-on,
pour des élèves de même origine sociale, des différences de réussite selon le
secteur de scolarisation ? Le lien entre origine sociale et réussite scolaire
joue-t-il avec la même force dans les deux secteurs ?
Une première approche descriptive de l’équité consiste à utiliser un modèle
multivarié comportant comme variables explicatives le secteur, la PCS du
chef de famille (ou le diplôme de la mère pour l’analyse des inégalités culturelles) et l’interaction entre ces deux variables. Nous utiliserons ce modèle de
deux façons complémentaires : d’une part, à la suite de G. LangouÎt et A.
Léger, nous sommes invités à raisonner à origine sociale ou culturelle fixée et
à regarder s’il existe, au sein de ces catégories, des différences de réussite
selon le secteur fréquenté ; d’autre part, nous pouvons adopter une approche
duale en fixant le secteur et en observant l’ampleur des écarts sociaux ou
culturels en son sein. Ces deux démarches présentent un intérêt descriptif
certain puisqu’elles permettent de donner une mesure des inégalités sociales
et culturelles qui existent dans chacun des deux secteurs, mais elles ne
peuvent pas suffire pour répondre véritablement à la question. En effet, il
existe, au sein même des catégories socioprofessionnelles, des différences
secondaires qui tendent à favoriser les élèves du privé, notamment lorsque ces
derniers sont issus des classes « populaires » (Tableau IX). Les familles des
élèves du privé possèdent plus souvent des formes de capital social, culturel
et économique habituellement atypiques en milieu « populaire » (Ben-Ayed,
1998). L’éventuel constat d’une meilleure réussite des enfants issus des
classes « populaires » dans le privé ou d’écarts sociaux et culturels moindres
au sein du privé peut dès lors s’expliquer par le fait que la distance, en termes
de caractéristiques individuelles ou familiales, entre les enfants des classes
« populaires » et les enfants de cadres est elle-même moins grande dans le
privé.
TABLEAU IX.
Différences secondaires entre élèves du secteur public et élèves du secteur privé
TABLEAU IX. – Différences secondaires entre élèves du secteur public et élèves du secteur privé
Employé Ouvrier qualifié Ouvrier non qualifié
Public Privé Public Privé Public Privé
N=1 793 N=328 N=3 926 N=636 N=1 536 N=146
Formation post-scolaire 37,8 43,0 28,4 34,4 15,6 23,3
Moins de 0,8 personne 23,1 29,6 13,8 20,1 11,7 17,8
par pièce
Mère diplômée du bac 15,8 20,4 8,1 10,4 3,9 7,5
ou du supérieur
Aspirations élevées 50,1 57,6 41,7 45,9 34,0 41,8
Implication forte 8,8 9,5 5,2 6,0 2,8 4,8
Comportement des élèves 18,3 19,8 17,0 18,9 14,0 22,6
« élevé »
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Lecture : 37,8 % des enfants d’employés scolarisés dans le public ont des parents qui ont suivi une
formation post-scolaire.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Il s’avère donc nécessaire, une fois encore, de tenir compte de ces différences secondaires et de raisonner « toutes choses égales par ailleurs ». Nous
estimerons donc, sur l’ensemble de la population d’intérêt, un modèle
complet (M5) augmenté d’une variable traduisant l’interaction entre le secteur
et la PCS du chef de famille. Nous procéderons de même pour le diplôme de
la mère, pris ici comme indicateur du milieu culturel d’origine.
Des différences de réussite au sein de catégories homogènes
Une analyse des différences sectorielles brutes de réussite met au jour non
seulement un avantage des enfants issus des classes dites « populaires »
(employés, ouvriers qualifiés et non qualifiés, inactifs et chômeurs) à être
scolarisés dans le secteur privé – avantage qui semble plus marqué dans le
primaire –, mais aussi un handicap des enfants des classes favorisées (de
cadres notamment) lié à la fréquentation d’un collège privé (Tableau X). Ces
différences brutes subsistent lorsque l’on raisonne sur des publics rendus en
tous points comparables. Un modèle complet (M5) augmenté de l’interaction
entre origine sociale et secteur de scolarisation tend en effet à indiquer qu’il
existe bien des expressions différentes de l’origine sociale selon le
secteur
[22] : à situation familiale, passé scolaire et attitude à l’égard de
l’école identiques, les enfants d’employés, d’ouvriers qualifiés et de
chômeurs réussissent mieux leur scolarité primaire lorsqu’ils sont dans le
privé. La conclusion est en revanche moins nette pour le collège puisque si les
enfants de cadres se voient pénalisés par un parcours dans le privé, les enfants
d’ouvriers qualifiés le sont également.
TABLEAU X.
Différences sectorielles de réussite brutes selon l’origine sociale
TABLEAU X. – Différences sectorielles de réussite brutes selon l’origine sociale
Public Privé Différence
privé/public
Agriculteur 0,9078 1,2599 0,3521 Ns
Artisan, commerçant 0,5836 0,5026-0,0810 Ns
Chef d’entreprise, profession libérale 1,4847 1,4863 0,0016 Ns
Cadre 1,9561 2,336 0,3799 Ns
Non-redoublement Profession intermédiaire 1,2926 1,2556-0,037 Ns
au primaire Technicien, contremaître 0,9269 1,2166 0,2897 Ns
Employé 0,3529 1,1077 0,7548 ***
Ouvrier qualifié 0 0,3778 0,3778 ***
Ouvrier non qualifié ou agricole-0,3617 0,1111 0,4728 *
Inactif, chômeur-0,5671 0,6891 1,2562 **
Agriculteur 0,5989 0,6751 0,0762 Ns
Artisan, commerçant 0,4452 0,6062 0,1610 Ns
Chef d’entreprise, profession libérale 1,3206 1,2548-0,0658 Ns
Cadre 1,6234 1,5963-0,0271 Ns
Niveau à l’entrée Profession intermédiaire 1,1532 0,8663-0,2869 *
en sixième Technicien, contremaître 0,8694 1,0182 0,1488 Ns
Employé 0,3074 0,7758 0,4684 ***
Ouvrier qualifié 0 0,3795 0,3795 ***
Ouvrier non qualifié ou agricole-0,3497 0,0410 0,3907 *
Inactif, chômeur-0,5716 0,1179 0,6895 *
Agriculteur 0,6889 0,6975 0,0086 Ns
Artisan, commerçant 0,3980 0,5501 0,1521 Ns
Chef d’entreprise, profession libérale 1,6077 1,3270-0,2807 Ns
Accès en Cadre 2,0030 1,3148-0,6882 ***
quatrième après Profession intermédiaire 1,2190 1,0026-0,2164 Ns
deux ans de
scolarité au Technicien, contremaître 0,9200 0,8875-0,0325 Ns
collège Employé 0,2698 0,4839 0,2141 Ns
Ouvrier qualifié 0 0,1793 0,1793 Ns
Ouvrier non qualifié ou agricole-0,2782 0,0074 0,2856 Ns
Inactif, chômeur-0,3893-0,0139 0,3754 Ns
Agriculteur 0,7995 0,6889-0,1106 Ns
Artisan, commerçant 0,3792 0,5348 0,1556 Ns
Chef d’entreprise, profession libérale 1,6823 1,5502-0,1321 Ns
Accès en seconde Cadre 1,9839 1,6030-0,3809 ***
après quatre ans Profession intermédiaire 1,3626 1,2099-0,1527 Ns
de scolarité au Technicien, contremaître 0,9799 0,9499-0,0300 Ns
collège Employé 0,3330 0,5470 0,2140 Ns
Ouvrier qualifié 0 0,1670 0,1670 Ns
Ouvrier non qualifié ou agricole-0,2762 0,0159 0,2921 Ns
Inactif, chômeur-0,6177 0,3567 0,9744 **
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarques : *** indique que la différence est significative au seuil de 0,1 %, ** qu’elle est significative
au seuil de 1 %, * qu’elle est significative au seuil de 5 % et Ns qu’elle n’est pas significative au seuil de
5 %. Le modèle mis en œuvre est un modèle comprenant, comme variables explicatives, le secteur de scolarisation, la PCS du chef de famille et une interaction entre ces deux variables.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
De même que pour l’origine sociale, d’importantes différences sectorielles
brutes de réussite existent à niveau de diplôme de la mère fixé. Ainsi, alors
que les enfants dont la mère possède une faible qualification (aucun diplôme,
CEP, CAP) tirent profit, à tout moment de leur cursus scolaire, d’une scolarisation continue dans le privé, ceux dont la mère est fortement diplômée
semblent davantage pénalisés par un tel parcours. Ce constat brut est, en
partie au moins
[23], confirmé par des analyses de type « toutes choses égales
par ailleurs » : à situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude à
l’égard de l’école identiques, les élèves dont la mère est sans diplôme ou titulaire du CEP réussissent mieux leur scolarité primaire dans le privé que dans
le public.
Inégalités sociales et culturelles : des différences selon le secteur
Si l’on regarde à présent les inégalités sociales et culturelles au sein de
chacun des secteurs, il apparaît que l’ampleur de ces écarts diffère fortement
d’un secteur à l’autre : la distance qui sépare les enfants issus des classes
favorisées de ceux issus de milieux ouvriers, tout comme celle qui sépare les
élèves dont la mère possède un diplôme du supérieur de ceux dont la mère
n’est pas diplômée, est systématiquement inférieure dans le privé à ce qu’elle
est dans le public (Tableau XI). L’école publique apparaît donc, comme
l’avaient déjà noté G. LangouÎt et A. Léger, « moins démocratique [que
l’école privée] par les écarts sociaux de réussite qu’elle crée en cours de
scolarité » (1994, p. 142). Ce résultat se maintient, au moins en ce qui
concerne la distance entre les enfants de cadres et d’ouvriers qualifiés,
lorsque l’on tient compte de l’environnement familial, des caractéristiques
individuelles et du comportement des familles.
TABLEAU XI.
Inégalités sociales et culturelles brutes
TABLEAU XI. – Inégalités sociales et culturelles brutes
Différence
Public Privé privé/public
Écart chef de famille cadre/
chef de famille ouvrier qualifié 1,9561 1,9579 0,0018 Ns
Non-redoublement Amplitude maximale des écarts
au primaire sociaux 2,5232 2,2247-0,2985 Ns
Écart mère diplômée du
supérieur/mère sans diplôme 2,6571 2,0242-0,6329 *
TABLEAU XI
(suite)
TABLEAU XI (suite)
Différence
Public Privé privé/public
Écart chef de famille cadre/
chef de famille ouvrier qualifié 1,6234 1,2169-0,4065 *
Niveau à l’entrée Amplitude maximale des écarts
en sixième sociaux 2,195 1,5554-0,6396 *
Écart mère diplômée du
supérieur/mère sans diplôme 2,2178 1,6356-0,5822 ***
Écart chef de famille cadre/
chef de famille ouvrier qualifié 2,003 1,1355-0,8675 ***
Accès en quatrième
après deux ans de Amplitude maximale des écarts 2,3923 1,3409-1,0514 **
scolarité au collège sociaux
Écart mère diplômée du
supérieur/mère sans diplôme 2,589 1,9533-0,6357 **
Écart chef de famille cadre/
chef de famille ouvrier qualifié 1,9839 1,436-0,5479 ***
Accès en seconde
après quatre ans de Amplitude maximale des écarts 2,6016 1,5871-1,0145 ***
scolarité au collège sociaux
Écart mère diplômée du
supérieur/mère sans diplôme 2,4793 2,0191-0,4602 *
Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Remarques : *** indique que la différence est significative au seuil de 0,1 %, ** qu’elle est significative
au seuil de 1 %, * qu’elle est significative au seuil de 5 % et Ns qu’elle n’est pas significative au seuil de
5 %. Les coefficients sont issus de l’estimation de deux modèles : l’un ne comportant que la variable de
secteur, la PCS du chef de famille et l’interaction entre ces deux variables, l’autre la variable de secteur, le
diplôme de la mère et l’interaction entre ces deux variables.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.
Analyses individuelles et analyses de contexte
La persistance éventuelle d’un écart de réussite entre les deux secteurs et la
réduction des écarts sociaux de réussite dans le privé nous invitent à réfléchir
sur les raisons de tels écarts. Comment expliquer que, dans certains cas, des
élèves rendus comparables en de nombreux points réussissent différemment
selon le secteur qu’ils fréquentent ? Comment expliquer que des différences
de réussite subsistent au sein de groupes sociaux homogènes ?
Deux grands types d’explications peuvent être avancés : le premier se situe
dans la lignée des critiques adressées aux travaux de J. Coleman et al. et
consiste à dire qu’au-delà des variables de contrôle, les élèves des écoles
privées diffèrent de leurs condisciples du secteur public par des caractéristiques inobservables (intelligence, motivation, etc.) susceptibles d’affecter la
réussite scolaire ; le second considère qu’une analyse strictement individuelle
ne peut suffire dès lors que l’on reconnaît que public et privé définissent deux
contextes de scolarisation différents qui influent sur le parcours scolaire des
élèves.
Des explications individuelles…
Comme le rappelle I. G. G. Kreft (1993), les élèves du secteur privé ne
sont pas un échantillon aléatoire de l’ensemble des élèves, mais constituent
une population préalablement sélectionnée. Les différences observées au
niveau de la réussite scolaire peuvent dès lors être attribuées, en partie au
moins, à des différences de sélection entre les secteurs. Des modélisations
statistiques fondées sur des analyses multivariées, comme celles utilisées par
les sociologues américains pour analyser la différence de réussite scolaire
entre les deux secteurs, permettent de tenir compte de cet effet de sélection.
Cependant, les variables introduites dans l’analyse ne peuvent prétendre à
l’exhaustivité et, au-delà de l’identité sur les variables de contrôle, des
différences peuvent encore exister.
Par ailleurs, contrôler une variable n’a de sens que si les modalités de
celle-ci renvoient à une seule et même réalité. Or, à la suite de G. LangouÎt et
A. Léger, il convient de « se demander si, au-delà d’une identité apparente de
la CSP, des différences, touchant par exemple les enfants d’ouvriers fréquentant le public et ceux fréquentant le privé, ne pourraient pas expliquer à elles
seules les écarts observés » au sein de chaque origine sociale
[24] (1994,
p. 96). Plus précisément, « ne peut-on penser, par exemple, que les familles
populaires consentant l’effort financier que représente pour elles une scolarisation dans le privé sont plus soucieuses de réussite scolaire et de promotion
sociale, plus attentives à la scolarité de leurs enfants, plus attachées à l’école
et aux valeurs qui y sont actuellement enseignées : méritocratie, ambition
individuelle, sens de la compétition ? » (
ibid., p. 97). C. Ben-Ayed apporte
une réponse à cette question et constate en effet que les familles des classes
populaires ayant recours au privé « se distinguent par des ressources financières et des compositions de ménage atypiques, […] des investissements
dans la scolarité plus importants que la population témoin [et] […] surtout par
une continuité, une proximité culturelle importante avec le système éducatif »
(1998, p. 542). Si certaines de ces caractéristiques peuvent être mesurées
(implication, niveau de fin d’études souhaité, etc.), d’autres échappent certainement à l’observation (attachement aux valeurs de l’école, croyance en ses
capacités de promotion sociale, etc.).
… à l’influence du contexte lié au secteur
Si les recherches sur les inégalités face à l’école se sont pendant longtemps
intéressées aux inégalités sociales et, plus généralement, aux déterminants
individuels de la réussite scolaire, depuis les années quatre-vingt s’est développée l’idée que les structures scolaires participent également à la compréhension des comportements individuels. On peut dès lors supposer que les
établissements du secteur privé partagent des caractéristiques propres qui les
différencient des établissements du secteur public, et que ces caractéristiques
sont susceptibles d’avoir une influence sur le déroulement des scolarités individuelles. À la suite de M. Duru-Bellat et A. Mingat (1988), on est amené à
distinguer l’effet spécifique de la concentration dans une unité collective
donnée de caractéristiques particulières – au-delà des stricts effets de composition – et la dimension institutionnelle du contexte
[25]. Le secteur de scolarisation est alors perçu comme une « organisation qui possède un style
particulier, des modes de relations sociales spécifiques et une capacité de
mobilisation de ses acteurs et de ses ressources qui lui est propre » (Cousin,
1993, p. 395).
Ainsi, la concentration d’élèves issus de milieux sociaux favorisés ou de
familles porteuses de certaines valeurs (valorisation des études, implication,
aspirations) peut créer un environnement qui affecte positivement les comportements individuels. Par ailleurs, ce qui fonde l’originalité de l’organisation
des établissements privés, c’est le principe de « volontarisme » qui y régit les
relations (Salganik et Karweit, 1982). Ce volontarisme se manifeste notamment à travers la sélection mutuelle entre élèves et direction (prospection des
familles, d’une part, et prise en compte de la volonté du nouvel élève et de sa
famille d’adhérer au projet éducatif de l’établissement, d’autre part), mais
aussi entre enseignants et chefs d’établissement. M. Duru-Bellat et A. van
Zanten (1999) remarquent en effet que le concours, impersonnel et anonyme,
qui prévaut dans le public, est remplacé, dans le secteur privé, par un entretien avec le personnel de direction de l’établissement, dont le rôle est de
« détecter les qualités psychologiques, professionnelles et morales des futurs
enseignants » (
ibid., p. 154). C. Ben-Ayed constate également que « les
établissements privés imposent des conditions de recrutement des enseignants, notamment d’adhésion au projet éducatif » (1998, p. 536). Cette
sélection mutuelle assure le consensus et la confiance (Salganik et Karweit,
1982) entre les différents intervenants de l’école privée (enseignants,
personnel de direction, parents et élèves) et permet l’émergence d’une
« communauté scolaire », pour reprendre l’expression de J.-L. Derouet (1987,
p. 99)
[26]. F. Dubet, O. Cousin et J.-P. Guillemet, dans le cadre d’une étude
comparative, en 1989, de trois collèges populaires de la banlieue d’une
grande ville de province, observent les effets de cette mobilisation sur l’acquisition des connaissances et concluent que « le collège qui connaît la plus
forte participation de ses acteurs autour des objectifs préalablement définis est
aussi celui qui s’avère le moins sélectif tant scolairement que socialement [...]
[et qu’] au contraire, dans le collège qui ne connaît aucune cohésion, la sélection sociale joue librement dans l’univers atomisé de l’établissement, les
enfants des classes populaires se trouvant être les plus pénalisés » (Cousin,
1993, p. 412). Les différences au niveau des relations entre les principaux
acteurs scolaires peuvent donc expliquer les plus faibles écarts sociaux
mesurés pour le privé. L’inégale concentration de certaines caractéristiques
individuelles (position sociale des parents, niveau d’implication et d’aspiration
des parents, etc.) dans le public et dans le privé ainsi que les différences quant
à leur organisation interne sont donc susceptibles de peser sur les trajectoires
individuelles
[27].
Si la fréquentation d’un établissement privé est apparemment associée, aux
différents niveaux de la scolarité, à une meilleure réussite scolaire
[28], il
convient d’une part de relativiser l’ampleur des écarts créés par le secteur (ils
sont par exemple mineurs par rapport à ceux qui existent entre élèves d’origines sociales ou culturelles extrêmes), et d’autre part, de se garder d’interpréter cette liaison en termes de causalité : cette différence sectorielle de
réussite tient-elle à autre chose qu’aux conditions objectives plus favorables
que partagent les élèves du privé ? Une analyse visant à dégager l’influence
spécifique du secteur de scolarisation sur les performances et les trajectoires
scolaires nous conduit alors à des conclusions différentes selon le degré
considéré. Dans le premier degré, l’école privée apparaît comme au moins
aussi efficace que l’école publique puisque, si les écoliers du privé ont atteint
à la fin du primaire un niveau d’acquisition sensiblement équivalent à celui
des écoliers du public, ils sont plus souvent entrés au collège sans avoir
redoublé auparavant ; à l’inverse, dans le second degré, l’incidence propre du
secteur de scolarisation est à l’opposé de ce que les écarts bruts laissaient
présager : le fait de fréquenter un établissement privé est au mieux sans
influence sur le parcours effectué dans le cadre du collège. Le handicap dont
pâtissent les collégiens du privé semble tenir non pas à des pratiques d’orientation plus sélectives – élèves du public et du privé sont,
ceteris paribus,
également maintenus dans la filière longue d’enseignement –, mais à des
pratiques de passage plus strictes. L’effet net lié à la fréquentation exclusive
du secteur privé est intéressant non tant par son ampleur, mais par son signe.
En effet, une fois les différents biais de sélection observables pris en compte,
les résultats que nous obtenons pour le collège vont à l’encontre de ceux
établis par G. LangouÎt et A. Léger qui, restant à un niveau purement
descriptif, concluent qu’« incontestablement […] les “éliminations” au cours
de la première moitié du premier cycle concernent un moins grand nombre
d’élèves du “tout privé” que du “tout public” » (1994, p. 81).
Les écarts sectoriels de réussite s’expriment différemment selon l’influence
locale du secteur privé : lorsque l’enseignement privé est minoritaire, les
trajectoires des élèves qui le fréquentent se distinguent de celles des élèves du
public, alors que dans les territoires où public et privé accueillent des proportions relativement proches d’élèves, on n’observe peu ou pas de différence.
Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, mais aucune ne peut être vraiment vérifiée : cela peut tenir aux différences de profil des élèves du privé
entre les territoires de forte et de faible influence
[29], à un mode d’organisation ou à une fonction particulière de l’enseignement privé là où il est moins
présent. La position de l’enseignement privé dans l’offre locale d’enseignement aurait donc une incidence sur ses fonctions et ses caractéristiques et
in
fine sur le parcours scolaire de ses élèves.
Si l’on regarde désormais non pas les différences globales de réussite entre
les deux secteurs, mais les différences propres à chacune des catégories
sociales, l’école privée apparaît, notamment au cours de la scolarité élémentaire, comme un lieu de meilleure réussite pour les élèves issus des classes
sociales modestes ainsi que pour ceux dont la mère est peu ou pas diplômée.
Cet avantage brut déjà mis en évidence par G. LangouÎt et A. Léger subsiste
lorsque l’on considère des élèves rendus en tous points comparables. De plus,
même après contrôle de l’environnement familial, du passé scolaire et de l’attitude des familles à l’égard de l’école, on conclut à l’existence d’écarts sociaux
et culturels de réussite scolaire plus faibles dans le privé que dans le public.
Ces conclusions nous amènent finalement à voir dans les inégalités face à
l’école non seulement le résultat d’inégalités héritées de l’environnement
familial (inégalités sociales, culturelles, etc.), mais aussi le fruit de différences liées au contexte de scolarisation. En effet, la prise en considération
des caractéristiques individuelles et familiales ne parvient pas toujours à
annuler l’influence spécifique au privé. De plus, l’ampleur des effets nets,
positifs ou négatifs, qui subsistent après les nombreux contrôles introduits
dans les modèles, laisse supposer que ces écarts ne peuvent pas tenir seulement à des effets de composition non pris en considération, mais relèvent bien
d’« effets de secteur ».
ANNEXES
ANNEXE I. – Les variables
Afin de comparer l’efficacité des deux secteurs de scolarisation au cours
du primaire et du collège et d’observer le processus de construction des inégalités entre les deux secteurs, nous avons construit plusieurs indicateurs de
réussite ou de trajectoire scolaire. Il s’avère en effet indispensable de ne pas
se limiter à un seul indicateur pour plusieurs raisons : d’une part, les différences entre les secteurs sont susceptibles d’évoluer au cours du cursus. Or ce
n’est pas tant leur état à un moment donné que leur dynamique qui est intéressante. D’autre part, l’échec et la réussite scolaires peuvent revêtir des formes
différentes selon le secteur considéré – notamment celles du redoublement et
de l’orientation précoce vers des filières technologiques ou professionnelles.
En effet, selon M. Duru-Bellat et A. van Zanten, « à des inégalités dans le fait
de rester ou non au collège pendant tout le premier cycle, se sont substituées
des inégalités plus qualitatives de réussite (probabilité inégale de redoubler)
et d’orientation » (1999, p. 44). Les indicateurs retenus sont donc les
suivants :
- Ne pas avoir redoublé au cours du primaire ;
- Le niveau à l’entrée en sixième, qui résume le niveau d’acquisition
atteint à la fin du premier degré. Cet indicateur composite est construit sur la
base de plusieurs variables : le score aux évaluations à l’entrée en sixième
(disponible pour à peine plus de la moitié des élèves de l’échantillon) et les
évaluations du niveau des élèves déclarées par les chefs d’établissement
[30].
Un score continu est ainsi reconstruit. Il est ensuite scindé en quatre
modalités ;
- tre parvenu en quatrième générale après deux ans de scolarité au
collège ;
- tre parvenu en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans de
scolarité au collège ;
- tre parvenu en seconde générale ou technologique après quatre ans de
scolarité au collège ;
- tre parvenu en seconde générale ou technologique après quatre ou cinq
ans de scolarité au collège.
Le choix des variables explicatives ne vise pas l’exhaustivité, mais n’entend pas non plus se limiter à la seule origine sociale, comme c’est le cas dans
les travaux de G. LangouÎt et A. Léger (1994). De nombreuses recherches ont
en effet mis en avant le rôle plus général de la famille – de son capital scolaire
et de l’activité professionnelle de la mère (Estrade, 1995), de son lien à la
migration (Vallet et Caille, 1996), de sa structure (Archambault, 2001), de ses
attentes –, mais aussi celui de la carrière scolaire passée (Duru-Bellat,
Jarousse et Mingat, 1993). Les variables introduites sont les suivantes :
- Le secteur de scolarisation ;
- La catégorie socioprofessionnelle (PCS) du chef de famille ;
- Des variables individuelles et familiales :
- Le nombre de personnes par pièce (utilisé ici comme une approximation du revenu),
- Le diplôme le plus élevé de la mère,
- L’activité de la mère,
- La structure familiale,
- Le nombre d’enfants dans la famille,
- Le rang dans la fratrie,
- Le sexe,
- La nationalité de l’élève ;
- Des variables de trajectoire scolaire passée :
- La durée de fréquentation de la maternelle pour l’étude du primaire,
- La durée de fréquentation de la maternelle et le redoublement lors du
primaire pour l’étude du niveau à l’entrée en sixième,
- L’âge à l’entrée en sixième et le niveau à l’entrée en sixième pour
l’étude de la trajectoire scolaire au collège ;
- Des variables d’attitude de la famille et de l’élève :
- Le niveau d’aspiration. Cet indicateur est fondé sur la réponse de la
famille à deux questions : l’une concernant l’âge de fin d’études
souhaité, l’autre le diplôme jugé le plus utile pour trouver un emploi.
Elle possède trois modalités allant d’un niveau d’aspiration faible à un
niveau d’aspiration élevé.
- Le niveau d’implication des parents. Cet indicateur est fondé sur un
score qui attribue un point pour chacun des cinq comportements
suivants : aider son enfant dans son travail à la maison (ou ne pas
l’aider s’il n’en a pas besoin), avoir rencontré un professeur lors des
rencontres parents-professeurs, avoir rencontré un professeur sur sa
propre initiative, adhérer à une association de parents d’élèves, participer au conseil de classe. Le score, qui va de zéro à cinq points, a
ensuite été scindé en cinq modalités : implication nulle (score égal
à 0) ; implication faible (score égal à 1) ; implication moyenne (score
égal à 2) ; implication moyenne forte (score égal à 3) ; implication
forte (score égal à 4 ou 5).
- Le comportement de l’élève. La seule variable disponible concernant
le comportement de l’élève est le temps consacré au travail à la maison
(rien n’est dit quant à son assiduité, à son attitude en classe, etc.). On a
ainsi distingué quatre modalités selon que la famille déclare que
l’élève consacre moins de cinq heures par semaine pour ses devoirs à
la maison, entre cinq et dix heures, plus de dix ou que la famille ne
connaît pas le temps consacré aux devoirs.
ANNEXE II. – Description des modèles
Nous utilisons ici plusieurs modèles emboîtés selon la séquence suivante :
- Le modèle 1 (M1) n’est rien d’autre que la transformation logistique du
tri croisé « variable dépendante * secteur de scolarisation » et permet d’appréhender les écarts bruts entre les deux secteurs, autrement qu’en ayant
recours à une différence ou à un rapport de pourcentages comme il est
souvent fait.
- Le modèle 2 (M2) ajoute comme variable explicative la catégorie socio-professionnelle (PCS) du chef de famille et permet donc de mesurer un éventuel effet associé au secteur privé à origine sociale contrôlée. La différence de
niveau ou de signe du coefficient relatif au secteur de scolarisation entre M1
et M2 est donc à attribuer à la PCS : si le coefficient s’annule, cela revient à
dire que l’ensemble des différences constatées étaient en fait dues à des différences de composition sociale entre les deux secteurs.
- Le modèle 3 (M3) complète M2 par un ensemble de variables individuelles et familiales.
- Le modèle 4 (M4) reprend M3 et y ajoute des variables retraçant la
trajectoire scolaire passée.