Revue française de sociologie
Ophrys

I.S.B.N.2708010743
208 pages

p. 133 à 165
doi: en cours

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Volume 45 2004/1

2004 Revue française de sociologie

École publique, école privée

Comparaison des trajectoires et de la réussite scolaires  [*]

Chloé Tavan Insee Timbre F 110 – 18, boulevard Adolphe Pinard – 75675 Paris cedex 14
Ce texte propose, sur la base d’une exploitation du panel 1989 de l’Éducation nationale, de poursuivre l’entreprise de comparaison de la réussite scolaire entre le secteur privé et le secteur public initiée par G. LangouÎt et A. Léger dans leur ouvrage École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires publié en 1994. Après avoir présenté, à travers un état des lieux des recherches américaines, l’importance potentielle des biais de sélection et la nécessité de les prendre en compte, cet article compare les deux secteurs selon deux axes : celui de l’efficacité de chaque secteur, c’est-à-dire sa capacité à produire un résultat global, et celui de son équité, c’est-à-dire sa capacité à réduire en son sein les inégalités sociales de réussite. L’avantage apparent d’une scolarisation continue dans le privé mis en évidence par G. LangouÎt et A. Léger ne se maintient pas toujours lorsque l’on raisonne sur des élèves rendus comparables. Le fait de fréquenter un établissement privé est ainsi au mieux sans influence sur le parcours effectué dans le cadre du collège. Cet effet global varie selon la position relative du secteur privé dans l’offre scolaire locale : dans les territoires de forte implantation du privé, les trajectoires scolaires des élèves, de même que leur recrutement social, diffèrent peu entre les deux secteurs. Enfin, conformément aux résultats établis par G. LangouÎt et A. Léger, le secteur privé semble connaître en son sein des écarts sociaux de réussite moindres. On the basis of a 1989 French Education Ministry panel, this study pursues the comparison between private versus public sectors with regard to scholastic success undertaken by G. LangouÎt and A. Léger in their 1994 study, École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires. After an overview of American research which underlines the potentially strong effect of selection biases and the necessity of taking these into account, the two sectors are compared with regard to two main concerns : sector efficiency or ability to produce an overall result, sector equity or ability to reduce socially-based inequalities in scholastic success within that sector. The apparent advantage of being continuously schooled in the private sector brought to light by LangouÎt and Léger is not always maintained when pupils are made comparable. The overall effect varies by private sector weight in local school supply. In areas where the private sector has a strong presence, differences in pupil itineraries and social recruitment from one sector to the other are slight. However, consistent with LangouÎt and Léger’s results, the private sector does seem to display smaller differences in school success by social milieu. Aus der Auswertung eines 1989 erstellten Panels der Éducation nationale, möchte dieser Aufsatz die Vergleichsarbeiten fortsetzen zum Schulerfolg zwischen privaten und öffentlichen Schulen, wie G. LangouÎt und A. Léger sie in ihren 1994 veröffentlichen Werke : École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires begonnen haben. Dieser Aufsatz stellt zunächst, anhand einer Bestandsaufnahme der amerikanischen Forschung, die potentielle Bedeutung der Selektionsverzerrungen und die Notwendigkeit zu ihrer Berücksichtigung vor, und vergleicht anschließend beide Sektoren in zwei Richtungen : die Richtung der Effizienz jedes Sektors, d.h. seiner Kapazität ein Gesamtergebnis zu produzieren, und die Richtung seines Gleichbehandlungswillens, d.h. seiner Fähigkeit, die sozialen Unterschiede zum Erfolg zu reduzieren. Der scheinbare Vorteil einer ununterbrochenen Einschulung im Privatsektor, wie von G. LangouÎt und A. Léger aufgezeigt, kann nicht immer beibehalten werden, wenn die Untersuchung mit vergleichbar gemachten Schülern geführt wird. Der Besuch einer Privatschule ist somit bestenfalls ohne Einfluß auf die Laufbahn im Rahmen eines « Collèges ». Dieser Gesamteffekt ist unterschiedlich entsprechend der relativen Position des Privatsektors im lokalen Schulangebot : in Gebieten mit häufigen Privatschulen verläuft die Schullaufbahn der Schüler und ist ihre soziale Herkunft wenig unterschiedlich zwischen beiden Schulsektoren. Schließlich entsprechend den von G. LangouÎt und A. Léger aufgezeichneten Ergebnissen, scheint der Privatsektor geringere soziale Unterschiede im Schulerfolg aufzuweisen. En base de la explotación del panel 1989 de la educación nacional, este texto propone continuar la empresa comparativa del éxito escolar entre el sector privado y el sector público iniciado por G. LangouÎt y A. Léger en su obra École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires publicadas en 1994. Después de haber presentado, el punto exacto de las investigaciones americanas, la importancia primordial de los rodeos de selección y la necesidad de tomarlos en cuenta, este artículo compara los dos sectores de acuerdo a dos ejes : el de la eficacidad de cada sector, es decir su capacidad a producir un resultado global, y el de su equidad, o sea la capacidad de reducir en su seno las desigualdades sociales de éxito. La ventaja aparente en lo privado de una escolarización continua puesta en evidencia por G. LangouÎt y A. Léger no siempre es mantenida cuando se reflexiona comparativamente sobre los alumnos. El hecho de frecuentar un establecimiento privado a lo mejor no tiene influencia en el ciclo efectuado en el marco escolar. Este efecto global varía de acuerdo a la relativa posición del sector privado en la oferta escolar local : en las áreas de importante implantación de lo privado, las trayectorias escolares de los alumnos, al igual que su reclutamiento social, entre los dos sectores difieren poco. Finalmente, de acuerdo a los resultados establecidos por G. LangouÎt y A. Léger, el sector privado parece conocer en su seno las variaciones sociales de triunfos menores.
L’école privée a été et reste encore un facteur important de changement de l’institution scolaire. Paradoxalement, le double système d’enseignement qui existe aujourd’hui est né avec les lois scolaires de la IIIe République (de 1882, 1886 et 1889). En effet, si ces dernières instaurent l’école publique, gratuite et obligatoire, elles ne mettent pas pour autant fin au système scolaire antérieur et permettent le maintien, sinon le développement, de l’école privée (Tanguy, 1972, p. 326, p. 332). Le caractère partiel et inabouti de ces réformes, qui ne concernent que l’enseignement primaire, est ainsi au fondement de ce qu’il convient d’appeler, à la suite de L. Tanguy, la « dualité scolaire ». Cette coexistence a souvent suscité des débats passionnés illustrés notamment par les grandes manifestations de défense de l’enseignement libre de 1984 – suite au projet de créer un « grand service public unifié et laïque » – ou par les mobilisations des partisans de l’école laïque contre le projet de révision de la loi Falloux en 1994.
Bien qu’étant au cœur de la « querelle scolaire », l’école privée n’a fait l’objet, en France, que de rares études, aux orientations disciplinaires et théoriques diverses. Trois approches peuvent globalement être distinguées : 1) Une approche historique et institutionnelle s’attachant à décrire les conditions d’émergence du secteur privé tel qu’on le connaît aujourd’hui (Tanguy, 1972 ; Prost, 1982) ; 2) Une analyse du choix du secteur de scolarisation par les familles considérées comme des agents rationnels et stratégiques (Ballion, 1980) dont les choix restent cependant largement soumis aux contraintes culturelles (Héran, 1996 ; Tournier, 1997) ; 3) Une comparaison de l’efficacité des deux secteurs illustrée essentiellement par l’ouvrage de G. LangouÎt et A. Léger, École publique ou école privée ? Trajectoires et réussites scolaires, publié en 1994.
Dans cet ouvrage, G. LangouÎt et A. Léger concluent à une plus grande efficacité du secteur privé [1]. Plus précisément, ils constatent que si les élèves tirent globalement bénéfice d’une scolarisation ininterrompue dans le privé, l’avantage final est essentiellement acquis au cours de la première moitié du premier cycle. En effet, les élèves du privé atteignent plus souvent et plus rapidement le niveau de la quatrième, mais leurs chances d’accès en seconde et en terminale sont relativement proches de celles des lycéens du public. La différence de composition sociale entre les deux secteurs ne suffit pas, selon les auteurs, à rendre compte totalement de ces écarts : lorsque l’on se place au sein de groupes sociaux homogènes [2], l’avantage apparent du privé se maintient, notamment pour les employés. Cette plus grande efficacité du secteur privé s’accompagne selon eux d’une plus grande équité. Il leur apparaît en effet « incontestable que l’enseignement privé a globalement réduit en son sein les écarts de réussite selon l’origine sociale. À l’exception des enfants d’agriculteurs qui semblent pâtir d’une scolarisation dans le privé, les enfants des classes populaires y réussissent mieux » (1994, pp. 94-95). C. Ben-Ayed (1998), dans sa thèse consacrée à la différence sectorielle de réussite des enfants issus des classes populaires, confirme, sur la base de données plus récentes (le panel 1989 du ministère de l’Éducation nationale), le maintien d’un bénéfice propre aux élèves de milieux populaires à être scolarisés dans le secteur privé (p. 541).
On peut cependant s’interroger sur la portée des résultats établis par G. LangouÎt et A. Léger. Certes, ils désignent une réalité, mais, en se restreignant aux seules différences dans l’origine sociale des élèves, ils ne peuvent pas rendre compte des écarts réels de réussite scolaire entre les deux secteurs, c’est-à-dire des écarts qui existent au-delà des disparités de recrutement. Aussi, nous nous proposons de poursuivre le travail de comparaison entre public et privé entrepris par G. LangouÎt et A. Léger, mais en adoptant une démarche méthodologique visant à prendre véritablement en compte l’ensemble des sources d’hétérogénéité individuelle entre les deux secteurs. L’avantage global du privé persiste-t-il lorsque l’on raisonne sur des élèves rendus comparables en tous points (c’est-à-dire au-delà de la seule origine sociale) ?
Par ailleurs, G. LangouÎt et A. Léger n’identifient pas clairement les bases sur lesquelles une comparaison des deux secteurs doit se fonder : ils confondent en particulier les notions d’efficacité et d’équité. Pour prouver la plus grande réussite dans le privé à structure sociale comparable et démontrer que les écarts sociaux y sont plus ténus, ils ne regardent qu’une seule et même chose : les différences sectorielles de réussite à origine sociale donnée. Or les notions d’efficacité et d’équité, qui sous-tendent leur raisonnement, doivent être clairement distinguées et mesurées à l’aide d’outils différents. La notion d’efficacité doit être entendue comme la capacité moyenne à produire un résultat global ou à élever le niveau d’acquisition des élèves, tandis que celle d’équité renvoie à la capacité du système scolaire, ou plus précisément d’un système scolaire (dans le cas présent, il s’agit du secteur privé d’une part, et du secteur public d’autre part), à réduire les écarts de performances scolaires entre des élèves issus de milieux sociaux différents [3]. Dans ce dernier cas, la question est donc de savoir si les secteurs public et privé traitent de la même façon les caractéristiques sociales et culturelles de leurs élèves. Autrement dit, public et privé produisent-ils les mêmes inégalités sociales ?
Enfin, nous introduirons une dimension originale dans l’analyse, celle de la position relative de l’école privée dans l’offre scolaire locale. Les fortes variations dans l’implantation géographique de l’enseignement privé – très minoritaire dans certains départements, il est majoritaire dans d’autres, notamment en Vendée où il accueille 54,3 % des élèves du second degré – nous invitent en effet à émettre l’hypothèse que les contextes de scolarisation dans le privé prennent des formes différentes selon son influence locale. On peut en effet s’attendre à ce que le recrutement soit plus « démocratique » dans un département où le privé est très fortement implanté que dans un département où il n’accueille qu’une faible part des élèves, mais aussi à ce que l’enseignement privé ne remplisse pas la même « fonction » selon ces territoires : une fonction proche de celle de l’enseignement public dans les départements où il est fortement implanté et une fonction plus spécifique là où il est moins présent.
 
Public, privé : des biais de sélection importants
 
 
La coexistence de deux systèmes de scolarisation n’est pas propre à la France, ni même le débat sur la « supériorité » de l’un sur l’autre. Cependant, alors qu’aux États-Unis ce débat a donné lieu à une abondante littérature sociologique – notamment à la suite de la publication du rapport Public and private school de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore (1981) –, en France, il en est largement resté au niveau des querelles partisanes. Les recherches américaines ne peuvent certes pas servir de base de comparaison des résultats, tant les contextes scolaires français et américains sont dissemblables, mais elles présentent l’intérêt indéniable de montrer comment, dans ce pays, le débat public/privé a été investi par la réflexion sociologique, et de faire apparaître les problèmes méthodologiques que pose la comparaison des deux secteurs. Les publications ultérieures au rapport Coleman ont ainsi mis en évidence non seulement la nécessité de tenir compte de l’effet de sélection du privé, bien au-delà de l’origine sociale, mais aussi la sensibilité des résultats obtenus aux caractéristiques individuelles introduites dans les modèles.
Le cas américain : débat social et controverses méthodologiques
Dans leur rapport Public and private school (1981) [4], ainsi que dans leurs articles postérieurs qui en reprennent les principales conclusions, J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore concluent à une plus grande efficacité apparente des écoles du secteur privé catholique, au regard du niveau atteint par les élèves. Les analyses effectuées pour tenir compte de l’effet de sélection du secteur privé tendent certes à réduire les écarts, mais ne les annulent pas totalement : même si plus de la moitié des différences brutes observées entre les deux secteurs sont en réalité dues à des différences initiales de composition de la population, une part non négligeable de ces différences reste inexpliquée par les biais de sélection et peut être attribuée, selon les auteurs, à des différences de « traitement » entre les deux secteurs (1982a, p. 71). Par ailleurs, J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore avancent que les écoles privées ne présentent pas seulement une plus grande efficacité moyenne, mais ont, pour des niveaux scolaires et revenus des parents comparables, un effet moins discriminant que les écoles publiques sur les résultats des enfants des minorités ethniques et des milieux sociaux modestes (1982b). L’école privée apparaît ainsi plus égalitaire car elle produit des résultats plus homogènes en son sein, malgré des origines sociales diverses.
Ces conclusions ont cependant été remises en cause par de nombreuses recherches. Ainsi, K. L. Alexander et A. M. Pallas (1983), qui ont mené des analyses similaires sur un autre ensemble de données – le National Longitudinal Study de 1972 –, aboutissent à des conclusions différentes. S’ils reconnaissent qu’une approche simple et purement descriptive met effectivement en lumière une meilleure réussite des élèves scolarisés dans le secteur privé, ils considèrent que l’avantage net des écoles privées, c’est-à-dire une fois les variables individuelles et de localisation de l’école contrôlées, est trop faible pour pouvoir être affirmé avec certitude [5]. De même, J. D. Willms (1985) conclut à l’absence d’effet univoque en faveur du secteur privé : les élèves scolarisés dans les écoles publiques réussissent mieux en science et en instruction civique (même si cet effet n’est pas significatif) tandis que ceux des lycées privés présentent globalement des résultats légèrement supérieurs en mathématiques, lecture, vocabulaire et écriture. Enfin, J. Noell (1982) fait ressortir les effets de quatre variables qui n’ont pas été prises en considération dans les travaux de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore (le sexe, le handicap éventuel de l’élève, le lieu de résidence et les attentes scolaires) et qui, susceptibles d’être associées à des biais de sélection, sont potentiellement responsables d’une part de l’impact de l’école privée sur la réussite scolaire. Ainsi, quand l’auteur introduit ces quatre variables supplémentaires dans le modèle de Coleman et al., l’effet associé au secteur privé diminue, voire s’annule.
Mais la principale critique adressée aux travaux de J. Coleman et de son équipe repose sur le fait que la prise en compte d’un ensemble de variables socio-démographiques ne suffit pas à écarter complètement le problème du biais de sélection puisque celui-ci réside notamment dans la disparité des niveaux initiaux et que les variables de contexte familial et social ne peuvent qu’imparfaitement remplacer une mesure directe des acquisitions à l’entrée (Goldberger et Cain, 1982,1983 ; Alexander et Pallas, 1985). Si les élèves du secteur privé sont, ce qui semble être le cas, dotés de plus de facilités dès le départ, alors les résultats de J. Coleman, T. Hoffer et S. Kilgore sont, au moins en partie, des artefacts (Alexander et Pallas, 1983, p. 171). Une exploitation de la seconde vague du HSB de 1982, qui contient l’information sur le niveau initial, conduit à nouveau K. L. Alexander et A. M. Pallas (1985) à conclure que les différences entre les deux secteurs sont trop faibles pour pouvoir affirmer la « supériorité » de l’un sur l’autre.
Effets bruts, effets nets
Si l’on revient à la France, la connaissance des taux bruts de passage ou de réussite dans chaque secteur, malgré un intérêt descriptif évident, ne permet pas de conclure, sans précaution, à une plus ou moins grande efficacité d’un secteur par rapport à l’autre. En effet, si la comparaison des taux bruts offre une mesure précise du phénomène étudié lorsque les deux sous-populations sont homogènes, il n’en est rien quand les populations sont caractérisées par des distributions différentes. Or d’importantes différences de composition existent entre les deux secteurs : outre un héritage social favorable, les élèves du secteur privé bénéficient globalement d’un environnement économique et familial plus propice que leurs condisciples du secteur public (Tableau I). Ainsi, il devient dès lors impossible de faire la part entre ce qui, dans le différentiel constaté, relève d’un effet de composition ou de sélection, et ce qui relève d’un strict effet de secteur.

TABLEAU I.
Comparaison des élèves du public et du privé
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TABLEAU I. – Comparaison des élèves du public et du privé Tout public Tout privé Indice de N=14 084 N= 3 128 dissimilarité* (en %) (en %) (en %) Agriculteur 2,8 6,3 Artisan, commerçant 6,8 10,5 Chef d’entreprise, profession libérale 3,5 8,7 Cadre 12,0 17,7 PCS du chef 18,4Profession intermédiaire 9,6 9,9 de famille Technicien, contremaître 10,9 10,0 Employé 12,7 10,5 Ouvrier qualifié 27,9 20,3 Ouvrier non qualifié ou agricole 10,9 4,7 Inactif, chômeur 2,9 1,5 Nombre de Moins de 0,8 22,5 30,5 personnes par 11,9Entre 0,8 et 1 (exclus) 18,2 22,0 pièce Entre 1 et 1,2 (exclus) 33,0 33,1 1,2 et plus 26,3 14,4 Pas de diplôme 17,9 8,3 CEP 19,9 18,3 Diplôme CAP 13,2 15,6 de la mère 13,3BEP, BEPC 15,5 17,7 Baccalauréat 11,5 14,6 Supérieur 12,8 18,4 Inconnu 9,2 7,1 Activité Travaille à temps plein 40,4 46,2 de la mère 9,2Travaille à temps partiel 15,7 19,1 Autre 43,9 34,7 Biparentale 81,6 85,8 Structure 4,2Biparentale recomposée 6,0 4,4 familiale Monoparentale 9,8 8,0 Autre situation et non-réponse 2,5 1,8 Un enfant 10,0 12,0 Taille de la Deux enfants 40,8 43,4 famille 5,0Trois enfants 28,9 29,8 Quatre enfants 10,2 10,0 Cinq enfants et plus 10,0 4,8 Rang dans Premier 45,1 45,4 0,3 la fratrie Sexe Masculin 49,7 49,3 0,4 Nationalité Française 90,5 97,8 7,3


TABLEAU I
(suite)
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TABLEAU I (suite) Tout public Tout privé Indice de N=14 084 N= 3 128 dissimilarité* (en %) (en %) (en %) Niveau Faible 19,1 13,7 d’aspiration 10,3Moyen 25,7 20,8 des familles Fort 55,2 65,5 Nul 5,7 1,5 Niveau Faible 18,4 12,3 d’implication 12,2Moyen 46,6 44,8 des familles Moyen fort 18,7 30,1 Fort 10,5 11,4 Faible 16,7 12,2 Comportement 8,1Moyen 58,9 63,6 de l’élève Fort 17,3 20,7 Ne sait pas et non-réponse 7,1 3,5 Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Champ : Élèves ayant effectué leur scolarité du collège entièrement dans le privé ou entièrement dans le public. * L’indice de dissimilarité est égal à la demi-somme des écarts, en valeur absolue, entre les modalités (|ai privé -ai public|) d’une même variable (a). Il s’interprète comme la proportion d’élèves qui devraient changer d’état pour que la distribution de a soit la même dans les deux secteurs. Plus l’indice est élevé, plus les distributions des deux secteurs sont éloignées. Lecture : Il faudrait que le chef de famille de 18,4 % des élèves de l’un des secteurs change de catégorie socioprofessionnelle pour que la distribution de l’origine sociale des élèves soit la même dans les deux secteurs.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Aussi, peut-on se demander si l’apparente plus grande efficacité du secteur privé mise en évidence par G. LangouÎt et A. Léger se maintient quand on tient compte des différences de composition entre les deux secteurs. C’est pourquoi nous mènerons des analyses multivariées, lesquelles permettent justement de maintenir constant un ensemble de variables dites de contrôle. Ces analyses s’inscrivent dans une démarche de type marginaliste puisqu’il s’agit d’évaluer l’effet propre, c’est-à-dire toutes choses égales par ailleurs, de chaque variable explicative, et notamment de celle désignant le secteur de scolarisation. En outre, l’introduction progressive des variables de contrôle permet de décomposer les différences brutes de réussite entre les deux secteurs et de voir quels sont les facteurs qui expliquent le plus cet écart. Enfin, le modèle global permet de voir si, au-delà des différences observables et mesurables de composition des publics, des différences subsistent [6].
Population et variables : sélection et construction
L’analyse que nous menons prend appui sur un panel représentatif d’entrants au collège construit par le ministère de l’Éducation nationale en 1989. Les données dont nous disposons permettent de suivre l’élève sur une période d’au plus six ans après son entrée en sixième, c’est-à-dire jusqu’à l’année scolaire 1995-1996 [7] et de connaître en particulier, année après année, la classe dans laquelle il est scolarisé et le secteur de l’établissement qu’il fréquente. L’édition de 1989 perpétue une tradition relativement ancienne de panels d’élèves, mais présente, par rapport aux éditions antérieures, l’intérêt majeur d’être la première édition à être associée à une enquête auprès des familles. Cette dernière, réalisée lors de la deuxième année d’observation, permet d’avoir de nombreuses informations sur l’environnement familial de l’élève, son attitude et celle de ses parents, ainsi que sur son parcours scolaire lors du primaire (de façon rétrospective) ; autant d’informations qui sont indispensables pour contrôler les biais de sélection entre les deux secteurs [8].
Dans l’analyse que nous développons ici, seuls seront considérés les enfants qui, en septembre 1989, entraient en sixième dans un établissement de France métropolitaine. Les redoublants de sixième, les élèves de SES (Section d’éducation spécialisée) et les collégiens des départements d’Outre-mer en sont donc exclus. En outre, nous ne retiendrons que les élèves dont les parents ont répondu au questionnaire « Famille » en raison de la richesse des informations contenues dans ce dernier [9].
Une difficulté fondamentale lorsque l’on souhaite apprécier les différences entre secteur public et secteur privé réside dans le fait que l’appartenance à un secteur n’est pas, contrairement aux autres caractéristiques habituellement étudiées (sexe, origine sociale, rang dans la fratrie, etc.), un attribut permanent de l’élève, mais est susceptible d’évoluer au cours de la carrière scolaire. Que signifie dès lors être élève du privé ou du public ? Afin de rendre complètement exogène la question du choix des familles et des transferts [10] et de pouvoir déterminer avec assurance à quel secteur attribuer le résultat observé, nous avons choisi de considérer une population encore plus restreinte. Il s’agit de deux cohortes « pures », redéfinies lors du changement de degré [11] : celle des élèves ayant effectué toute leur scolarité dans le public et celle des élèves ayant effectué toute leur scolarité dans le privé. Dans un premier temps, on comparera donc la réussite et les trajectoires scolaires en primaire des élèves ayant effectué tout leur premier degré dans le secteur public à celle des élèves ayant effectué tout leur premier degré dans le secteur privé ; dans un deuxième temps, on comparera la réussite et les trajectoires scolaires en premier cycle du secondaire des élèves ayant été fidèles au secteur public à celle des élèves ayant été fidèles au secteur privé sur toute la durée du collège [12]. La Figure I illustre les changements qui interviennent entre les deux sous-populations. Il apparaît que la cohorte « tout public » est relativement stable alors que la cohorte « tout privé » se trouve profondément modifiée lors du passage en sixième.
FIGURE I.
Composition des cohortes « pures » et changement de cohortes
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Analyse comparée de l’efficacité des deux secteurs
 
 
Comparons d’abord les deux secteurs du point de vue de leur efficacité, c’est-à-dire de leur capacité à amener le plus grand nombre d’élèves jusqu’à un palier donné ou à élever le niveau moyen de leurs acquisitions. Plus qu’une évaluation ponctuelle des différences entre les deux secteurs, il apparaît intéressant d’adopter un point de vue dynamique afin d’apprécier le rôle respectif de chacune des étapes de la scolarité dans la construction de ces différences. Les écarts de réussite entre les deux secteurs sont-ils de même ampleur aux différents moments du cursus ? Observe-t-on une différence entre le primaire et le collège ?
Le primaire : une école privée au moins aussi efficace que l’école publique
Dès le primaire, des différences sectorielles de réussite apparaissent : alors que 83,5 % des élèves du privé ont accompli une scolarité élémentaire sans heurt, ils ne sont que 75,2 % dans le public à avoir connu le même parcours. À situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude à l’égard de l’école identiques, les élèves du privé ont encore un avantage sur leurs condisciples du public puisqu’ils ont encore 1,2 fois plus de chance de ne pas avoir redoublé plutôt que d’avoir redoublé au cours de leur scolarité dans le primaire (Tableau II). Il convient toutefois de relativiser cette importance en la comparant aux différences créées par d’autres caractéristiques. L’écart sectoriel de réussite est ainsi de l’ordre des écarts qui peuvent exister entre un enfant d’ouvrier qualifié et un enfant d’ouvrier non qualifié, ou entre un élève dont la mère est titulaire du CEP et un autre dont la mère possède un CAP. Il reste donc mineur par rapport aux écarts que peuvent créer le diplôme (le contraste logistique entre un élève dont la mère est titulaire du CEP et un autre dont la mère est diplômée du supérieur vaut, toutes choses égales par ailleurs, 1,171).

TABLEAU II.
Ne pas avoir redoublé au cours du primaire [13]
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TABLEAU II. – Ne pas avoir redoublé au cours du primaire Coefficient (13) Écart Significativité Odds ratio M1 0,5061 - *** 1,659 Transformation logistique du tri croisé M2 0,3499-0,1562 *** 1,419 M1 + PCS du chef de famille M3 M2 + caractéristiques familiales 0,224-0,1259 *** 1,251 et individuelles M4 0,2303 0,0063 *** 1,259 M3 + passé scolaire M5 M4 + aspirations et implication 0,1858-0,0445 ** 1,204 des familles, comportement des élèves Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 % et ** qu’il est significatif au seuil de 1 %. Lecture : Dans un modèle simple ne comprenant que la variable de secteur comme variable explicative (M1), le coefficient associé au secteur privé vaut 0,5061 ce qui signifie que les élèves du privé ont 1,659 fois plus de chance de ne pas avoir redoublé plutôt que d’avoir redoublé au cours de leur scolarité dans le primaire. Lorsque l’on introduit comme variable de contrôle supplémentaire l’origine sociale (M2), le coefficient associé au secteur privé vaut 0,3499 c’est-à-dire 0,1562 de moins que dans le modèle M1.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

En ce qui concerne le niveau à l’entrée en sixième, si des différences brutes de réussite existent, l’avantage apparent du privé disparaît une fois que l’on tient compte de l’ensemble des caractéristiques sociales et familiales des élèves, de leur passé scolaire et du comportement des familles (Tableau III). Toutes choses égales par ailleurs, les élèves du privé ont donc atteint, à la fin du primaire, un niveau d’acquisition sensiblement égal à celui de leurs condisciples du public.

TABLEAU III.
Niveau à l’entrée en sixième
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TABLEAU III. – Niveau à l’entrée en sixième Coefficient Écart Significativité Odds ratio M1 0,3156 - *** 1,371 Transformation logistique du tri croisé M2 0,1709-0,1447 *** 1,186 M1 + PCS du chef de famille M3 M2 + caractéristiques familiales 0,0912-0,0797 * 1,096 et individuelles M4 0,0544-0,0368 Ns 1,056 M3 + passé scolaire M5 M4 + aspirations et implication 0,0499-0,0045 Ns 1,051 des familles, comportement des élèves Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, * qu’il est significatif au seuil de 5 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %. La variable dépendante est une variable polytomique ordonnée : il s’agit de la variable de score à l’entrée en sixième reconstruite et discrétisée (voir Annexe I).
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Ainsi, à situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude des familles à l’égard de l’école identiques, les élèves du privé accèdent plus souvent au collège sans avoir redoublé au cours du primaire, tout en ayant acquis un niveau sensiblement équivalent à leurs condisciples du public. Le privé se caractérise donc par une pratique de passages moins sélective qui n’implique pas pour autant des résultats moindres aux épreuves d’évaluation à l’entrée en sixième.
Le collège : un bilan qui s’inverse
Contrairement au primaire, la réussite au collège ne peut être appréhendée qu’à travers des analyses de trajectoire [14]. Nous étudierons plus précisément les deux principaux paliers d’orientation que sont la fin de cinquième et la fin de troisième. La population d’intérêt est désormais celle des élèves ayant été fidèles à l’un des deux secteurs depuis leur entrée en sixième jusqu’à leur sortie de collège.
Si globalement les élèves scolarisés dans le secteur privé accèdent plus souvent en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège que leurs condisciples du public, le seul fait de contrôler l’origine sociale des élèves suffit presque à annuler cet avantage (Tableau IV). Autrement dit, les différences dans l’origine sociale des élèves des deux secteurs expliquent en totalité l’avantage des élèves du privé sur leurs condisciples du public. Plus surprenant, dans le modèle complet (M5), le coefficient estimé pour le secteur privé est négatif et significativement différent de zéro. Toutes choses égales par ailleurs, les élèves du privé ont donc finalement 0,818 fois plus de chance (ou, de façon équivalente, 1,22 fois moins de chance) d’accéder plutôt que de ne pas accéder en quatrième générale sans avoir redoublé au collège.

TABLEAU IV.
Accéder en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège
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TABLEAU IV. – Accéder en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège Coefficient Écart Significativité Odds ratio M1 Transformation logistique 0,2424 - *** 1,274 du tri croisé M2 M1 + PCS du chef 0,0391-0,2033 Ns 1,04 de famille M3 M2 + caractéristiques-0,0746-0,1137 Ns 0,928 familiales et individuelles M4 -0,121-0,0464 * 0,886 M3 + passé scolaire M5 M4 + aspirations et-0,2003-0,0793 ** 0,818 implication des familles, comportement des élèves Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, ** qu’il est significatif au seuil de 1 %, * qu’il est significatif au seuil de 5 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Si l’on considère à présent le fait plus général et moins sélectif d’accéder en quatrième générale quel que soit le temps mis pour atteindre ce niveau, l’avantage brut du privé est encore plus marqué puisqu’il correspond alors à un contraste logistique brut de 0,4438 contre 0,2424 précédemment (Tableau V). Cependant, au fur et à mesure des contrôles successifs, le contraste logistique associé au secteur privé se réduit jusqu’à devenir non significativement différent de zéro. À situation sociale et familiale, niveau scolaire initial et attitude des familles à l’égard de l’école identiques, il ne subsiste plus de différences de parcours entre les élèves des deux secteurs.

TABLEAU V.
Accéder en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans de scolarité au collège
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TABLEAU V. – Accéder en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans de scolarité au collège Coefficient Écart Significativité Odds ratio M1 Transformation logistique 0,4438 - *** 1,559 du tri croisé M2 0,2306-0,2132 *** 1,259 M1 + PCS du chef de famille M3 M2 + caractéristiques familiales 0,0912-0,1394 Ns 1,095 et individuelles M4 0,0749-0,0163 Ns 1,078 M3 + passé scolaire M5 M4 + aspirations et implication-0,0544-0,1293 Ns 0,947 des familles, comportement des élèves Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Négatif quand on se restreignait à l’accès en quatrième sans redoublement, le coefficient associé au secteur privé devient nul dès lors que l’on autorise un ou plusieurs redoublement(s) avant l’entrée en quatrième. Les différences entre les deux secteurs ne se fondent donc pas tant sur le fait d’atteindre le niveau de la quatrième générale, mais sur le temps mis pour y accéder : toutes choses égales par ailleurs, les élèves du secteur privé accèdent aussi souvent que leurs condisciples du public en quatrième générale, mais mettent en général plus de temps pour atteindre ce niveau. La même structure de résultats se dégage lors de l’étude du palier d’orientation vers la seconde (Tableaux A-I et A-II en Annexe III).
L’analyse comparée de l’efficacité des deux secteurs met en avant, de façon systématique, un avantage brut lié au fait d’être scolarisé dans le privé, mais conduit, lorsque l’on raisonne sur des élèves rendus comparables, à des conclusions distinctes selon le degré considéré. Ainsi, les élèves du secteur privé acquièrent, lors du primaire, un avantage sur ceux du public puisque même s’ils ont atteint à la fin du primaire un niveau d’acquisition sensiblement équivalent, ils sont plus souvent entrés au collège sans avoir redoublé auparavant. En revanche, la situation s’inverse au collège : quel que soit le palier d’orientation considéré, accès en quatrième générale ou accès en seconde générale ou professionnelle, les élèves du privé l’atteignent aussi souvent que leurs condisciples du public, mais mettent généralement plus de temps. Raisonner sur des publics rendus comparables ne corrobore donc pas les résultats établis par G. LangouÎt et A. Léger : loin de présenter un avantage « incontestablement » acquis (1994, p. 81), les collégiens du privé connaissent au mieux une situation comparable à celle de leurs condisciples du public.
 
Disparités territoriales de l’offre scolaire et différences sectorielles
 
 
Les « territoires de l’école privée » [15]
Se poser la question de la comparaison entre secteur public et secteur privé à l’échelle nationale semble à la fois nécessaire et insuffisant. L’école privée, tout comme l’école publique, n’est pas unique, mais multiple et nous pouvons espérer rendre compte, en partie au moins, de cette multiplicité en considérant les différents « territoires de l’école privée ». En effet, l’influence plus ou moins forte du privé – mesurée par la proportion d’élèves scolarisés dans le secteur privé – joue comme un facteur important de structuration du territoire. Comme ce n’est pas tant chaque département, pour ce qu’il a de singulier, qui nous intéresse ici, mais plutôt la définition de territoires présentant des taux de scolarisation dans le privé proches, nous avons regroupé ces départements en quatre classes [16] : la classe 1 est celle où le privé est le moins implanté ; la classe 4 est, au contraire, celle qui présente les taux de scolarisation dans le privé les plus élevés [17] (Figure II-a).
FIGURE II.
Typologie des départements selon le taux de scolarisation dans le privé
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Repères et références statistiques (1991)
Se détachent ainsi des zones de forte implantation, nettement délimitées, parmi lesquelles on compte la Bretagne, les Pays de Loire, le sud du Massif central et, dans une moindre mesure, le Pays Basque et le Nord. À l’exception notable des départements concordataires de l’Alsace-Lorraine [18], au statut scolaire singulier, les pays de l’école libre correspondent aux « forteresses de l’esprit clérical » (Siegfried, [1913] 1995, p. 483) telles qu’elles ont été mises en évidence dans l’Atlas de la pratique religieuse (1980) de F.-A. Isambert et J.-P. Terrenoire (Figure II-b). De même, ces territoires sont, à quelques nuances près, les bastions des partis de droite. On redécouvre ainsi, près d’un siècle après, la triple correspondance cartographique entre pratique religieuse, vote à droite et fréquentation de l’école privée mise en évidence par A. Siegfried en 1913 [19]. On retrouve également, au niveau agrégé du département, la relation qu’avait mise au jour F. Héran (1996) et V. Tournier (1997) à l’échelle des comportements individuels entre appartenance politique, pratique religieuse et choix du secteur. Contrairement à A. Siegfried, qui voit dans cette « coïncidence » une « relation de cause à effet » ([1913] 1995, p. 483), l’école lui apparaissant comme le moyen par lequel le clergé devient le « maître des âmes » (ibid., p. 481), nous nous garderons de voir dans cette triple corrélation une simple causalité. La causalité est en effet plutôt double : « La présence des écoles religieuses est sans doute une cause, mais c’est encore plus sûrement un effet : elles sont installées dans les régions où elles sont sûres de trouver une clientèle. » (Bois, 1960, p. 109).

TABLEAU VI.
Indices de dissimilarité intra-classe (en %)
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TABLEAU VI. – Indices de dissimilarité intra-classe (en %) Classe 1 Classe 2 Classe 3 Classe 4 PCS du chef de famille 23,8 24,4 20,3 11,3 Nombre de personnes par pièce 17,0 15,1 15,2 4,3 Diplôme de la mère 18,4 17,2 16,4 6,7 Activité de la mère 16,8 6,9 8,6 4,0 Niveau d’aspiration des familles 17,6 13,1 9,5 0,8 Niveau d’implication des familles 14,3 14,5 11,9 9,2 Comportement des élèves 9,4 8,6 8,0 2,1 Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Lecture : Au sein de la classe 1, il faudrait que le chef de famille de 23,8 % des élèves de l’un des secteurs change de catégorie socioprofessionnelle pour que la distribution de l’origine sociale des élèves soit la même dans les deux secteurs.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Ces disparités dans l’offre scolaire locale renvoient à des différences de recrutement : élèves du privé et élèves du public diffèrent davantage dans les zones où le privé est peu influent (classe 1) que dans celles où il est très influent (classe 4) (Tableau VI). Les enfants de cadres sont ainsi près de deux fois plus nombreux dans le privé que dans le public dans les départements où le privé est largement minoritaire dans l’offre scolaire, alors que leur part dans les deux secteurs est proche dans les zones de forte influence du privé. Plus précisément, non seulement les écarts se réduisent dans les départements où le secteur privé est très implanté, mais on y observe même des situations plus défavorables pour les élèves du privé : si la part d’enfants de cadres scolarisés dans le public ne varie guère selon la classe de départements considérée (12 % environ), celle des enfants de cadres fréquentant le privé passe de 21,8 % pour la classe 1 à 8,5 % pour la classe 4. De même, alors que la proportion d’élèves dont la mère est diplômée du supérieur est plus élevée pour les élèves du privé lorsque ce secteur est faiblement implanté, la situation s’inverse dès lors que le privé est influent (Tableau VII).

TABLEAU VII.
Le privé : un recrutement différent selon son importance dans l’offre scolaire locale
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TABLEAU VII. – Le privé : un recrutement différent selon son importance dans l’offre scolaire locale Classe 1 Classe 4 Public Privé Public Privé N = 4 676 N = 473 N = 1 144 N = 888 PCS du chef de famille Agriculteur 2,3 3,8 5,5 10,9 Artisan, commerçant 6,1 10,6 6,5 11,7 Chef d’entreprise, profession libérale 3,5 9,3 3,8 4,2 Cadre 11,9 21,8 10,8 8,5 Profession intermédiaire 9,0 8,5 10,6 10,2 Technicien, contremaître 11,0 13,1 11,4 7,9 Employé 13,3 11,4 11,0 11,3 Ouvrier qualifié 28,7 17,3 27,5 27,1 Ouvrier non qualifié ou agricole 11,4 3,6 10,5 6,9 Inactif, chômeur 2,8 0,6 2,5 1,4 Diplôme de la mère Pas de diplôme 19,2 7,6 14,2 11,0 CEP 20,6 15,9 21,0 22,3 CAP 14,3 19,2 13,3 17,3 BEP, BEPC 15,0 14,6 19,8 19,7 Baccalauréat 10,9 16,1 12,8 12,2 Supérieur 11,2 19,5 12,4 9,5 Inconnu 8,8 7,2 6,6 8,0 Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Lecture : 2,3 % des élèves du public de la classe 1 (c’est-à-dire celle où le privé est le moins implanté) sont fils d’agriculteurs, contre 3,8 % pour ceux du privé de la même classe.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Les différences de composition entre les deux secteurs et leur ampleur rendent donc légitime le fait de penser que les trajectoires scolaires des élèves ont elles aussi une expression différente selon les territoires. Cette approche spatiale devrait permettre d’examiner s’il existe un « modèle du privé » uniforme dans l’espace français ou non.
Une efficacité différente selon les territoires
Des modèles visant à éclairer l’efficacité nette de chaque secteur reproduits séparément sur des territoires contrastés [20] indiquent que l’effet apparent du privé sur les trajectoires scolaires diffère selon les territoires : dans les départements où l’enseignement privé accueille proportionnellement peu d’élèves (classe 1), celui-ci se distingue positivement et significativement du public en permettant à ses élèves d’atteindre des niveaux scolaires plus élevés et de connaître de meilleures trajectoires scolaires ; en revanche, dans les départements où le privé est fortement implanté (classe 4), si le fait de fréquenter un établissement privé semble constituer un avantage au cours du primaire, ceci n’est plus le cas lors de la scolarité au collège (Tableau VIII). Ces différences ne semblent pas tenir uniquement aux différences de composition mises en évidence. En effet, même si l’influence nette du privé mesurée dans le modèle complet est non significativement différente de zéro quel que soit le territoire considéré (excepté pour le non-redoublement en primaire, où elle est positive et significative dans les territoires où le privé est fortement implanté), les résultats présentent une certaine structure : à caractéristiques sociales et familiales, passé scolaire et attitude des familles à l’égard de l’école identiques, l’effet du privé est nul dans les territoires de forte influence et négatif dans les territoires de faible influence (Tableau VIII) [21].


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TABLEAU VIII. – Écarts sectoriels de réussite selon les territoires Classe 1 Classe 4 Ne pas avoir redoublé Modèle simple (M1) 0,3282 ** 0,3107 *** en primaire Modèle complet (M5) -0,195 Ns 0,2956 ** Bon niveau à l’entrée Modèle simple (M1) 0,282 ** 0,2012 ** en sixième Modèle complet (M5) -0,1221 Ns-0,00261 Ns Accès en quatrième après Modèle simple (M1) 0,3373 *** 0,1066 Ns deux ans de scolarité au collège Modèle complet (M5) -0,2146 Ns 0,0298 Ns Accès en seconde après quatre Modèle simple (M1) 0,315 *** 0,1022 Ns ans de scolarité au collège Modèle complet (M5) -0,2114 Ns 0,0982 Ns Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarque : *** indique que le coefficient est significatif au seuil de 0,1 %, ** qu’il est significatif au seuil de 1 % et Ns qu’il n’est pas significatif au seuil de 5 %.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Ces conclusions, à prendre avec précaution en raison de la faiblesse des effectifs au sein de chaque classe, tendent toutefois à être confirmées par un modèle complet (M5) augmenté d’une variable traduisant l’appartenance à une classe de départements et d’une autre mesurant l’interaction entre cette dernière et le secteur de scolarisation. L’effet du privé est alors systématiquement négatif pour les zones de faible influence alors qu’il est positif au primaire et nul au collège pour les zones de forte influence (Tableau A-IV en Annexe III).
 
Inégalités sociales et culturelles, inégalités sectorielles
 
 
De nombreux travaux mettent en avant l’existence de fortes inégalités sociales de réussite scolaire. On peut dès lors se demander si le principe de différenciation sociale, constaté au niveau global, joue avec la même intensité dans les deux secteurs. Comparer les deux secteurs de scolarisation que sont le privé et le public, ce n’est en effet pas seulement porter un regard global sur leur efficacité respective, mais c’est aussi s’interroger sur leur capacité à réduire les écarts sociaux de réussite qui existent en leur sein. Observe-t-on, pour des élèves de même origine sociale, des différences de réussite selon le secteur de scolarisation ? Le lien entre origine sociale et réussite scolaire joue-t-il avec la même force dans les deux secteurs ?
Une première approche descriptive de l’équité consiste à utiliser un modèle multivarié comportant comme variables explicatives le secteur, la PCS du chef de famille (ou le diplôme de la mère pour l’analyse des inégalités culturelles) et l’interaction entre ces deux variables. Nous utiliserons ce modèle de deux façons complémentaires : d’une part, à la suite de G. LangouÎt et A. Léger, nous sommes invités à raisonner à origine sociale ou culturelle fixée et à regarder s’il existe, au sein de ces catégories, des différences de réussite selon le secteur fréquenté ; d’autre part, nous pouvons adopter une approche duale en fixant le secteur et en observant l’ampleur des écarts sociaux ou culturels en son sein. Ces deux démarches présentent un intérêt descriptif certain puisqu’elles permettent de donner une mesure des inégalités sociales et culturelles qui existent dans chacun des deux secteurs, mais elles ne peuvent pas suffire pour répondre véritablement à la question. En effet, il existe, au sein même des catégories socioprofessionnelles, des différences secondaires qui tendent à favoriser les élèves du privé, notamment lorsque ces derniers sont issus des classes « populaires » (Tableau IX). Les familles des élèves du privé possèdent plus souvent des formes de capital social, culturel et économique habituellement atypiques en milieu « populaire » (Ben-Ayed, 1998). L’éventuel constat d’une meilleure réussite des enfants issus des classes « populaires » dans le privé ou d’écarts sociaux et culturels moindres au sein du privé peut dès lors s’expliquer par le fait que la distance, en termes de caractéristiques individuelles ou familiales, entre les enfants des classes « populaires » et les enfants de cadres est elle-même moins grande dans le privé.

TABLEAU IX.
Différences secondaires entre élèves du secteur public et élèves du secteur privé
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TABLEAU IX. – Différences secondaires entre élèves du secteur public et élèves du secteur privé Employé Ouvrier qualifié Ouvrier non qualifié Public Privé Public Privé Public Privé N=1 793 N=328 N=3 926 N=636 N=1 536 N=146 Formation post-scolaire 37,8 43,0 28,4 34,4 15,6 23,3 Moins de 0,8 personne 23,1 29,6 13,8 20,1 11,7 17,8 par pièce Mère diplômée du bac 15,8 20,4 8,1 10,4 3,9 7,5 ou du supérieur Aspirations élevées 50,1 57,6 41,7 45,9 34,0 41,8 Implication forte 8,8 9,5 5,2 6,0 2,8 4,8 Comportement des élèves 18,3 19,8 17,0 18,9 14,0 22,6 « élevé » Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Lecture : 37,8 % des enfants d’employés scolarisés dans le public ont des parents qui ont suivi une formation post-scolaire.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

Il s’avère donc nécessaire, une fois encore, de tenir compte de ces différences secondaires et de raisonner « toutes choses égales par ailleurs ». Nous estimerons donc, sur l’ensemble de la population d’intérêt, un modèle complet (M5) augmenté d’une variable traduisant l’interaction entre le secteur et la PCS du chef de famille. Nous procéderons de même pour le diplôme de la mère, pris ici comme indicateur du milieu culturel d’origine.
Des différences de réussite au sein de catégories homogènes
Une analyse des différences sectorielles brutes de réussite met au jour non seulement un avantage des enfants issus des classes dites « populaires » (employés, ouvriers qualifiés et non qualifiés, inactifs et chômeurs) à être scolarisés dans le secteur privé – avantage qui semble plus marqué dans le primaire –, mais aussi un handicap des enfants des classes favorisées (de cadres notamment) lié à la fréquentation d’un collège privé (Tableau X). Ces différences brutes subsistent lorsque l’on raisonne sur des publics rendus en tous points comparables. Un modèle complet (M5) augmenté de l’interaction entre origine sociale et secteur de scolarisation tend en effet à indiquer qu’il existe bien des expressions différentes de l’origine sociale selon le secteur [22] : à situation familiale, passé scolaire et attitude à l’égard de l’école identiques, les enfants d’employés, d’ouvriers qualifiés et de chômeurs réussissent mieux leur scolarité primaire lorsqu’ils sont dans le privé. La conclusion est en revanche moins nette pour le collège puisque si les enfants de cadres se voient pénalisés par un parcours dans le privé, les enfants d’ouvriers qualifiés le sont également.

TABLEAU X.
Différences sectorielles de réussite brutes selon l’origine sociale
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TABLEAU X. – Différences sectorielles de réussite brutes selon l’origine sociale Public Privé Différence privé/public Agriculteur 0,9078 1,2599 0,3521 Ns Artisan, commerçant 0,5836 0,5026-0,0810 Ns Chef d’entreprise, profession libérale 1,4847 1,4863 0,0016 Ns Cadre 1,9561 2,336 0,3799 Ns Non-redoublement Profession intermédiaire 1,2926 1,2556-0,037 Ns au primaire Technicien, contremaître 0,9269 1,2166 0,2897 Ns Employé 0,3529 1,1077 0,7548 *** Ouvrier qualifié 0 0,3778 0,3778 *** Ouvrier non qualifié ou agricole-0,3617 0,1111 0,4728 * Inactif, chômeur-0,5671 0,6891 1,2562 ** Agriculteur 0,5989 0,6751 0,0762 Ns Artisan, commerçant 0,4452 0,6062 0,1610 Ns Chef d’entreprise, profession libérale 1,3206 1,2548-0,0658 Ns Cadre 1,6234 1,5963-0,0271 Ns Niveau à l’entrée Profession intermédiaire 1,1532 0,8663-0,2869 * en sixième Technicien, contremaître 0,8694 1,0182 0,1488 Ns Employé 0,3074 0,7758 0,4684 *** Ouvrier qualifié 0 0,3795 0,3795 *** Ouvrier non qualifié ou agricole-0,3497 0,0410 0,3907 * Inactif, chômeur-0,5716 0,1179 0,6895 * Agriculteur 0,6889 0,6975 0,0086 Ns Artisan, commerçant 0,3980 0,5501 0,1521 Ns Chef d’entreprise, profession libérale 1,6077 1,3270-0,2807 Ns Accès en Cadre 2,0030 1,3148-0,6882 *** quatrième après Profession intermédiaire 1,2190 1,0026-0,2164 Ns deux ans de scolarité au Technicien, contremaître 0,9200 0,8875-0,0325 Ns collège Employé 0,2698 0,4839 0,2141 Ns Ouvrier qualifié 0 0,1793 0,1793 Ns Ouvrier non qualifié ou agricole-0,2782 0,0074 0,2856 Ns Inactif, chômeur-0,3893-0,0139 0,3754 Ns Agriculteur 0,7995 0,6889-0,1106 Ns Artisan, commerçant 0,3792 0,5348 0,1556 Ns Chef d’entreprise, profession libérale 1,6823 1,5502-0,1321 Ns Accès en seconde Cadre 1,9839 1,6030-0,3809 *** après quatre ans Profession intermédiaire 1,3626 1,2099-0,1527 Ns de scolarité au Technicien, contremaître 0,9799 0,9499-0,0300 Ns collège Employé 0,3330 0,5470 0,2140 Ns Ouvrier qualifié 0 0,1670 0,1670 Ns Ouvrier non qualifié ou agricole-0,2762 0,0159 0,2921 Ns Inactif, chômeur-0,6177 0,3567 0,9744 ** Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarques : *** indique que la différence est significative au seuil de 0,1 %, ** qu’elle est significative au seuil de 1 %, * qu’elle est significative au seuil de 5 % et Ns qu’elle n’est pas significative au seuil de 5 %. Le modèle mis en œuvre est un modèle comprenant, comme variables explicatives, le secteur de scolarisation, la PCS du chef de famille et une interaction entre ces deux variables.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

De même que pour l’origine sociale, d’importantes différences sectorielles brutes de réussite existent à niveau de diplôme de la mère fixé. Ainsi, alors que les enfants dont la mère possède une faible qualification (aucun diplôme, CEP, CAP) tirent profit, à tout moment de leur cursus scolaire, d’une scolarisation continue dans le privé, ceux dont la mère est fortement diplômée semblent davantage pénalisés par un tel parcours. Ce constat brut est, en partie au moins [23], confirmé par des analyses de type « toutes choses égales par ailleurs » : à situation sociale et familiale, passé scolaire et attitude à l’égard de l’école identiques, les élèves dont la mère est sans diplôme ou titulaire du CEP réussissent mieux leur scolarité primaire dans le privé que dans le public.
Inégalités sociales et culturelles : des différences selon le secteur
Si l’on regarde à présent les inégalités sociales et culturelles au sein de chacun des secteurs, il apparaît que l’ampleur de ces écarts diffère fortement d’un secteur à l’autre : la distance qui sépare les enfants issus des classes favorisées de ceux issus de milieux ouvriers, tout comme celle qui sépare les élèves dont la mère possède un diplôme du supérieur de ceux dont la mère n’est pas diplômée, est systématiquement inférieure dans le privé à ce qu’elle est dans le public (Tableau XI). L’école publique apparaît donc, comme l’avaient déjà noté G. LangouÎt et A. Léger, « moins démocratique [que l’école privée] par les écarts sociaux de réussite qu’elle crée en cours de scolarité » (1994, p. 142). Ce résultat se maintient, au moins en ce qui concerne la distance entre les enfants de cadres et d’ouvriers qualifiés, lorsque l’on tient compte de l’environnement familial, des caractéristiques individuelles et du comportement des familles.

TABLEAU XI.
Inégalités sociales et culturelles brutes
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TABLEAU XI. – Inégalités sociales et culturelles brutes Différence Public Privé privé/public Écart chef de famille cadre/ chef de famille ouvrier qualifié 1,9561 1,9579 0,0018 Ns Non-redoublement Amplitude maximale des écarts au primaire sociaux 2,5232 2,2247-0,2985 Ns Écart mère diplômée du supérieur/mère sans diplôme 2,6571 2,0242-0,6329 *


TABLEAU XI
(suite)
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Différence 
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TABLEAU XI (suite) Différence Public Privé privé/public Écart chef de famille cadre/ chef de famille ouvrier qualifié 1,6234 1,2169-0,4065 * Niveau à l’entrée Amplitude maximale des écarts en sixième sociaux 2,195 1,5554-0,6396 * Écart mère diplômée du supérieur/mère sans diplôme 2,2178 1,6356-0,5822 *** Écart chef de famille cadre/ chef de famille ouvrier qualifié 2,003 1,1355-0,8675 *** Accès en quatrième après deux ans de Amplitude maximale des écarts 2,3923 1,3409-1,0514 ** scolarité au collège sociaux Écart mère diplômée du supérieur/mère sans diplôme 2,589 1,9533-0,6357 ** Écart chef de famille cadre/ chef de famille ouvrier qualifié 1,9839 1,436-0,5479 *** Accès en seconde après quatre ans de Amplitude maximale des écarts 2,6016 1,5871-1,0145 *** scolarité au collège sociaux Écart mère diplômée du supérieur/mère sans diplôme 2,4793 2,0191-0,4602 * Source : Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP. Remarques : *** indique que la différence est significative au seuil de 0,1 %, ** qu’elle est significative au seuil de 1 %, * qu’elle est significative au seuil de 5 % et Ns qu’elle n’est pas significative au seuil de 5 %. Les coefficients sont issus de l’estimation de deux modèles : l’un ne comportant que la variable de secteur, la PCS du chef de famille et l’interaction entre ces deux variables, l’autre la variable de secteur, le diplôme de la mère et l’interaction entre ces deux variables.
Panel 1989, ministère de l’Éducation nationale, DEP.

 
Analyses individuelles et analyses de contexte
 
 
La persistance éventuelle d’un écart de réussite entre les deux secteurs et la réduction des écarts sociaux de réussite dans le privé nous invitent à réfléchir sur les raisons de tels écarts. Comment expliquer que, dans certains cas, des élèves rendus comparables en de nombreux points réussissent différemment selon le secteur qu’ils fréquentent ? Comment expliquer que des différences de réussite subsistent au sein de groupes sociaux homogènes ?
Deux grands types d’explications peuvent être avancés : le premier se situe dans la lignée des critiques adressées aux travaux de J. Coleman et al. et consiste à dire qu’au-delà des variables de contrôle, les élèves des écoles privées diffèrent de leurs condisciples du secteur public par des caractéristiques inobservables (intelligence, motivation, etc.) susceptibles d’affecter la réussite scolaire ; le second considère qu’une analyse strictement individuelle ne peut suffire dès lors que l’on reconnaît que public et privé définissent deux contextes de scolarisation différents qui influent sur le parcours scolaire des élèves.
Des explications individuelles…
Comme le rappelle I. G. G. Kreft (1993), les élèves du secteur privé ne sont pas un échantillon aléatoire de l’ensemble des élèves, mais constituent une population préalablement sélectionnée. Les différences observées au niveau de la réussite scolaire peuvent dès lors être attribuées, en partie au moins, à des différences de sélection entre les secteurs. Des modélisations statistiques fondées sur des analyses multivariées, comme celles utilisées par les sociologues américains pour analyser la différence de réussite scolaire entre les deux secteurs, permettent de tenir compte de cet effet de sélection. Cependant, les variables introduites dans l’analyse ne peuvent prétendre à l’exhaustivité et, au-delà de l’identité sur les variables de contrôle, des différences peuvent encore exister.
Par ailleurs, contrôler une variable n’a de sens que si les modalités de celle-ci renvoient à une seule et même réalité. Or, à la suite de G. LangouÎt et A. Léger, il convient de « se demander si, au-delà d’une identité apparente de la CSP, des différences, touchant par exemple les enfants d’ouvriers fréquentant le public et ceux fréquentant le privé, ne pourraient pas expliquer à elles seules les écarts observés » au sein de chaque origine sociale [24] (1994, p. 96). Plus précisément, « ne peut-on penser, par exemple, que les familles populaires consentant l’effort financier que représente pour elles une scolarisation dans le privé sont plus soucieuses de réussite scolaire et de promotion sociale, plus attentives à la scolarité de leurs enfants, plus attachées à l’école et aux valeurs qui y sont actuellement enseignées : méritocratie, ambition individuelle, sens de la compétition ? » (ibid., p. 97). C. Ben-Ayed apporte une réponse à cette question et constate en effet que les familles des classes populaires ayant recours au privé « se distinguent par des ressources financières et des compositions de ménage atypiques, […] des investissements dans la scolarité plus importants que la population témoin [et] […] surtout par une continuité, une proximité culturelle importante avec le système éducatif » (1998, p. 542). Si certaines de ces caractéristiques peuvent être mesurées (implication, niveau de fin d’études souhaité, etc.), d’autres échappent certainement à l’observation (attachement aux valeurs de l’école, croyance en ses capacités de promotion sociale, etc.).
… à l’influence du contexte lié au secteur
Si les recherches sur les inégalités face à l’école se sont pendant longtemps intéressées aux inégalités sociales et, plus généralement, aux déterminants individuels de la réussite scolaire, depuis les années quatre-vingt s’est développée l’idée que les structures scolaires participent également à la compréhension des comportements individuels. On peut dès lors supposer que les établissements du secteur privé partagent des caractéristiques propres qui les différencient des établissements du secteur public, et que ces caractéristiques sont susceptibles d’avoir une influence sur le déroulement des scolarités individuelles. À la suite de M. Duru-Bellat et A. Mingat (1988), on est amené à distinguer l’effet spécifique de la concentration dans une unité collective donnée de caractéristiques particulières – au-delà des stricts effets de composition – et la dimension institutionnelle du contexte [25]. Le secteur de scolarisation est alors perçu comme une « organisation qui possède un style particulier, des modes de relations sociales spécifiques et une capacité de mobilisation de ses acteurs et de ses ressources qui lui est propre » (Cousin, 1993, p. 395).
Ainsi, la concentration d’élèves issus de milieux sociaux favorisés ou de familles porteuses de certaines valeurs (valorisation des études, implication, aspirations) peut créer un environnement qui affecte positivement les comportements individuels. Par ailleurs, ce qui fonde l’originalité de l’organisation des établissements privés, c’est le principe de « volontarisme » qui y régit les relations (Salganik et Karweit, 1982). Ce volontarisme se manifeste notamment à travers la sélection mutuelle entre élèves et direction (prospection des familles, d’une part, et prise en compte de la volonté du nouvel élève et de sa famille d’adhérer au projet éducatif de l’établissement, d’autre part), mais aussi entre enseignants et chefs d’établissement. M. Duru-Bellat et A. van Zanten (1999) remarquent en effet que le concours, impersonnel et anonyme, qui prévaut dans le public, est remplacé, dans le secteur privé, par un entretien avec le personnel de direction de l’établissement, dont le rôle est de « détecter les qualités psychologiques, professionnelles et morales des futurs enseignants » (ibid., p. 154). C. Ben-Ayed constate également que « les établissements privés imposent des conditions de recrutement des enseignants, notamment d’adhésion au projet éducatif » (1998, p. 536). Cette sélection mutuelle assure le consensus et la confiance (Salganik et Karweit, 1982) entre les différents intervenants de l’école privée (enseignants, personnel de direction, parents et élèves) et permet l’émergence d’une « communauté scolaire », pour reprendre l’expression de J.-L. Derouet (1987, p. 99) [26]. F. Dubet, O. Cousin et J.-P. Guillemet, dans le cadre d’une étude comparative, en 1989, de trois collèges populaires de la banlieue d’une grande ville de province, observent les effets de cette mobilisation sur l’acquisition des connaissances et concluent que « le collège qui connaît la plus forte participation de ses acteurs autour des objectifs préalablement définis est aussi celui qui s’avère le moins sélectif tant scolairement que socialement [...] [et qu’] au contraire, dans le collège qui ne connaît aucune cohésion, la sélection sociale joue librement dans l’univers atomisé de l’établissement, les enfants des classes populaires se trouvant être les plus pénalisés » (Cousin, 1993, p. 412). Les différences au niveau des relations entre les principaux acteurs scolaires peuvent donc expliquer les plus faibles écarts sociaux mesurés pour le privé. L’inégale concentration de certaines caractéristiques individuelles (position sociale des parents, niveau d’implication et d’aspiration des parents, etc.) dans le public et dans le privé ainsi que les différences quant à leur organisation interne sont donc susceptibles de peser sur les trajectoires individuelles [27].
Si la fréquentation d’un établissement privé est apparemment associée, aux différents niveaux de la scolarité, à une meilleure réussite scolaire [28], il convient d’une part de relativiser l’ampleur des écarts créés par le secteur (ils sont par exemple mineurs par rapport à ceux qui existent entre élèves d’origines sociales ou culturelles extrêmes), et d’autre part, de se garder d’interpréter cette liaison en termes de causalité : cette différence sectorielle de réussite tient-elle à autre chose qu’aux conditions objectives plus favorables que partagent les élèves du privé ? Une analyse visant à dégager l’influence spécifique du secteur de scolarisation sur les performances et les trajectoires scolaires nous conduit alors à des conclusions différentes selon le degré considéré. Dans le premier degré, l’école privée apparaît comme au moins aussi efficace que l’école publique puisque, si les écoliers du privé ont atteint à la fin du primaire un niveau d’acquisition sensiblement équivalent à celui des écoliers du public, ils sont plus souvent entrés au collège sans avoir redoublé auparavant ; à l’inverse, dans le second degré, l’incidence propre du secteur de scolarisation est à l’opposé de ce que les écarts bruts laissaient présager : le fait de fréquenter un établissement privé est au mieux sans influence sur le parcours effectué dans le cadre du collège. Le handicap dont pâtissent les collégiens du privé semble tenir non pas à des pratiques d’orientation plus sélectives – élèves du public et du privé sont, ceteris paribus, également maintenus dans la filière longue d’enseignement –, mais à des pratiques de passage plus strictes. L’effet net lié à la fréquentation exclusive du secteur privé est intéressant non tant par son ampleur, mais par son signe. En effet, une fois les différents biais de sélection observables pris en compte, les résultats que nous obtenons pour le collège vont à l’encontre de ceux établis par G. LangouÎt et A. Léger qui, restant à un niveau purement descriptif, concluent qu’« incontestablement […] les “éliminations” au cours de la première moitié du premier cycle concernent un moins grand nombre d’élèves du “tout privé” que du “tout public” » (1994, p. 81).
Les écarts sectoriels de réussite s’expriment différemment selon l’influence locale du secteur privé : lorsque l’enseignement privé est minoritaire, les trajectoires des élèves qui le fréquentent se distinguent de celles des élèves du public, alors que dans les territoires où public et privé accueillent des proportions relativement proches d’élèves, on n’observe peu ou pas de différence. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, mais aucune ne peut être vraiment vérifiée : cela peut tenir aux différences de profil des élèves du privé entre les territoires de forte et de faible influence [29], à un mode d’organisation ou à une fonction particulière de l’enseignement privé là où il est moins présent. La position de l’enseignement privé dans l’offre locale d’enseignement aurait donc une incidence sur ses fonctions et ses caractéristiques et in fine sur le parcours scolaire de ses élèves.
Si l’on regarde désormais non pas les différences globales de réussite entre les deux secteurs, mais les différences propres à chacune des catégories sociales, l’école privée apparaît, notamment au cours de la scolarité élémentaire, comme un lieu de meilleure réussite pour les élèves issus des classes sociales modestes ainsi que pour ceux dont la mère est peu ou pas diplômée. Cet avantage brut déjà mis en évidence par G. LangouÎt et A. Léger subsiste lorsque l’on considère des élèves rendus en tous points comparables. De plus, même après contrôle de l’environnement familial, du passé scolaire et de l’attitude des familles à l’égard de l’école, on conclut à l’existence d’écarts sociaux et culturels de réussite scolaire plus faibles dans le privé que dans le public.
Ces conclusions nous amènent finalement à voir dans les inégalités face à l’école non seulement le résultat d’inégalités héritées de l’environnement familial (inégalités sociales, culturelles, etc.), mais aussi le fruit de différences liées au contexte de scolarisation. En effet, la prise en considération des caractéristiques individuelles et familiales ne parvient pas toujours à annuler l’influence spécifique au privé. De plus, l’ampleur des effets nets, positifs ou négatifs, qui subsistent après les nombreux contrôles introduits dans les modèles, laisse supposer que ces écarts ne peuvent pas tenir seulement à des effets de composition non pris en considération, mais relèvent bien d’« effets de secteur ».
 
ANNEXES ANNEXE I. – Les variables
 
 
Afin de comparer l’efficacité des deux secteurs de scolarisation au cours du primaire et du collège et d’observer le processus de construction des inégalités entre les deux secteurs, nous avons construit plusieurs indicateurs de réussite ou de trajectoire scolaire. Il s’avère en effet indispensable de ne pas se limiter à un seul indicateur pour plusieurs raisons : d’une part, les différences entre les secteurs sont susceptibles d’évoluer au cours du cursus. Or ce n’est pas tant leur état à un moment donné que leur dynamique qui est intéressante. D’autre part, l’échec et la réussite scolaires peuvent revêtir des formes différentes selon le secteur considéré – notamment celles du redoublement et de l’orientation précoce vers des filières technologiques ou professionnelles. En effet, selon M. Duru-Bellat et A. van Zanten, « à des inégalités dans le fait de rester ou non au collège pendant tout le premier cycle, se sont substituées des inégalités plus qualitatives de réussite (probabilité inégale de redoubler) et d’orientation » (1999, p. 44). Les indicateurs retenus sont donc les suivants :
  • Ne pas avoir redoublé au cours du primaire ;
  • Le niveau à l’entrée en sixième, qui résume le niveau d’acquisition atteint à la fin du premier degré. Cet indicateur composite est construit sur la base de plusieurs variables : le score aux évaluations à l’entrée en sixième (disponible pour à peine plus de la moitié des élèves de l’échantillon) et les évaluations du niveau des élèves déclarées par les chefs d’établissement [30]. Un score continu est ainsi reconstruit. Il est ensuite scindé en quatre modalités ;
  • tre parvenu en quatrième générale après deux ans de scolarité au collège ;
  • tre parvenu en quatrième générale après deux, trois ou quatre ans de scolarité au collège ;
  • tre parvenu en seconde générale ou technologique après quatre ans de scolarité au collège ;
  • tre parvenu en seconde générale ou technologique après quatre ou cinq ans de scolarité au collège.
Le choix des variables explicatives ne vise pas l’exhaustivité, mais n’entend pas non plus se limiter à la seule origine sociale, comme c’est le cas dans les travaux de G. LangouÎt et A. Léger (1994). De nombreuses recherches ont en effet mis en avant le rôle plus général de la famille – de son capital scolaire et de l’activité professionnelle de la mère (Estrade, 1995), de son lien à la migration (Vallet et Caille, 1996), de sa structure (Archambault, 2001), de ses attentes –, mais aussi celui de la carrière scolaire passée (Duru-Bellat, Jarousse et Mingat, 1993). Les variables introduites sont les suivantes :
  • Le secteur de scolarisation ;
  • La catégorie socioprofessionnelle (PCS) du chef de famille ;
  • Des variables individuelles et familiales :
    • Le nombre de personnes par pièce (utilisé ici comme une approximation du revenu),
    • Le diplôme le plus élevé de la mère,
    • L’activité de la mère,
    • La structure familiale,
    • Le nombre d’enfants dans la famille,
    • Le rang dans la fratrie,
    • Le sexe,
    • La nationalité de l’élève ;
  • Des variables de trajectoire scolaire passée :
    • La durée de fréquentation de la maternelle pour l’étude du primaire,
    • La durée de fréquentation de la maternelle et le redoublement lors du primaire pour l’étude du niveau à l’entrée en sixième,
    • L’âge à l’entrée en sixième et le niveau à l’entrée en sixième pour l’étude de la trajectoire scolaire au collège ;
  • Des variables d’attitude de la famille et de l’élève :
    • Le niveau d’aspiration. Cet indicateur est fondé sur la réponse de la famille à deux questions : l’une concernant l’âge de fin d’études souhaité, l’autre le diplôme jugé le plus utile pour trouver un emploi. Elle possède trois modalités allant d’un niveau d’aspiration faible à un niveau d’aspiration élevé.
    • Le niveau d’implication des parents. Cet indicateur est fondé sur un score qui attribue un point pour chacun des cinq comportements suivants : aider son enfant dans son travail à la maison (ou ne pas l’aider s’il n’en a pas besoin), avoir rencontré un professeur lors des rencontres parents-professeurs, avoir rencontré un professeur sur sa propre initiative, adhérer à une association de parents d’élèves, participer au conseil de classe. Le score, qui va de zéro à cinq points, a ensuite été scindé en cinq modalités : implication nulle (score égal à 0) ; implication faible (score égal à 1) ; implication moyenne (score égal à 2) ; implication moyenne forte (score égal à 3) ; implication forte (score égal à 4 ou 5).
    • Le comportement de l’élève. La seule variable disponible concernant le comportement de l’élève est le temps consacré au travail à la maison (rien n’est dit quant à son assiduité, à son attitude en classe, etc.). On a ainsi distingué quatre modalités selon que la famille déclare que l’élève consacre moins de cinq heures par semaine pour ses devoirs à la maison, entre cinq et dix heures, plus de dix ou que la famille ne connaît pas le temps consacré aux devoirs.
 
ANNEXE II. – Description des modèles
 
 
Nous utilisons ici plusieurs modèles emboîtés selon la séquence suivante :
  • Le modèle 1 (M1) n’est rien d’autre que la transformation logistique du tri croisé « variable dépendante * secteur de scolarisation » et permet d’appréhender les écarts bruts entre les deux secteurs, autrement qu’en ayant recours à une différence ou à un rapport de pourcentages comme il est souvent fait.
  • Le modèle 2 (M2) ajoute comme variable explicative la catégorie socio-professionnelle (PCS) du chef de famille et permet donc de mesurer un éventuel effet associé au secteur privé à origine sociale contrôlée. La différence de niveau ou de signe du coefficient relatif au secteur de scolarisation entre M1 et M2 est donc à attribuer à la PCS : si le coefficient s’annule, cela revient à dire que l’ensemble des différences constatées étaient en fait dues à des différences de composition sociale entre les deux secteurs.
  • Le modèle 3 (M3) complète M2 par un ensemble de variables individuelles et familiales.
  • Le modèle 4 (M4) reprend M3 et y ajoute des variables retraçant la trajectoire scolaire passée.