Prévenir la violence dans l’activité militante
Trois études de cas
[(1)]
Eric Doidy
Cet article prend pour objet la manière dont les collectifs militants s’efforcent de gérer
des situations tendues en faisant en sorte qu’elles ne basculent pas dans la violence. Les
situations dans lesquelles s’engagent ces collectifs (la manifestation, par exemple) sont tissées d’inquiétude et d’indétermination quant à leur issue. L’horizon de la violence survient
lorsque les acteurs manifestent ce que l’on peut appeler soit un « excès d’engagement », soit
un « défaut d’engagement ». Ces deux formes de risque sont examinées successivement, à
travers la manière dont les militants s’efforcent de les réduire ou de les corriger : non seulement par l’établissement de liens de proximité avec autrui dans des relations de face-à-face
(le tact, la sollicitude, l’écoute, la confiance, une forme compensatrice de déférence ou
encore une attention à ne pas blesser la personne) mais également par la prise en compte de
l’environnement matériel de l’action (éviter que cet environnement se prête à un basculement dans la violence). Nous montrons alors que l’engagement public de tels collectifs est
soutenu par des formes plus particularisées d’engagement. L’activité militante se donne ici à
voir comme une activité de composition dans laquelle les acteurs s’efforcent d’ordonner
l’hétérogénéité des collectifs.
This article focuses on how activist groups work to manage tense situations, preventing them
from tipping over into violence. The situations these groups are involved in (demonstrations, for
example) are characterized by combined worry and uncertainty about outcome. The prospect of
violence appears when actors demonstrate either « excessive » or « insufficient » engagement.
These two types of risk are examined successively in terms of how activists work to reduce or
correct them. They do so not just by creating proximity ties with others in face-to-face relations
(tact, solicitude, listening, trust, a compensatory type of deference, care not to hurt the person)
but also by taking into account the material surroundings of the action (ensuring this cannot facilitate a shift to violence). It is shown that the public engagement of such groups is strengthened
by more particular types of engagement. Activist activity is seen to be an activity of composition
in which actors work to organize group heterogeneity.
Dieser Aufsatz beschäftigt sich mit der Bemühung der Aktivistenkollektiven, Spannungssituationen zu lenken und die Ausschreitungen in Gewalttaten zu vermeiden. Die Situationen in denen
sich die Kollektive bewegen (zum Beispiel Demonstrationen) sind mit Unruhe und Ungewißheit
bezüglich ihres Ausgangs behaftet. Die Gewaltschwelle wird erreicht wenn Aktoren etwas
ausweisen, was man entweder mit « Übermaß an Engagement » oder « Fehlen von Engagement »
bezeichnen könnte. Diese beiden Risikoformen werden nacheinander geprüft durch die Art, wie
die Aktivisten sich bemühen, sie zu reduzieren oder sie zu korrigieren : nicht nur durch die
Erstellung von nahen Bindungen mir dem Anderen bei « Auge in Auge » Beziehungen (Takt,
Rücksichtnahme, Zuhören, Vertrauen, eine Ausgleichsform von Höflichkeit, oder die Behutsamkeit, die andere Person nicht zu verletzten) sondern auch durch die Berücksichtigung des materiellen Umfelds der Aktion (vermeiden, daß dieses Umfeld ein Ausschreiten in die Gewalt
begünstigt). Wir zeigen schließlich, daß das öffentliche Engagement solcher Kollektive durch
besondere Eigenformen des Engagements unterstützt wird. Die aktivistische Tätigkeit zeigt sich
hier als eine ausgleichende Tätigkeit, in der die Aktoren bemüht bleiben, die Heterogenität der
Kollektiven zu ordnen.
Este artículo toma por objeto la forma como los militantes colectivos se esfuerzan por
controlar las tensiones de manera que no degeneren en la violencia. Las situaciones en las cuales
se comprometen esos colectivos (por ejemplo, la manifestación) están tejidos de inquietud y de
indecisión en cuanto a su resultado. El horizonte de la violencia aparece cuando los actores manifiestan lo que se puede llamar ya sea un « exceso de compromiso », ya sea un « defecto de
compromiso ». Sucesivamente estas dos formas de riesgo son examinadas, mediante el modo por
el cual los militantes se esfuerzan por reducirlas o corregirlas : no solamente por el establecimiento de lazos de proximidad con los otros en las relaciones frente a frente (el tacto, la simpatía,
la escucha atentiva, la confianza, una cierta forma compensadora de consideración o aún un
cuidado para no herir a la persona) sino igualmente tomando en cuenta y respetando el ambiente
material de la acción (evitar que ese ambiente degenere en la violencia). Se muestra entonces que
el compromiso público de estos colectivos es respaldado por dos formas mas particularizadas de
compromiso. La actividad militante se muestra aquí, como una actividad de composición en la
cual los actores se esfuerzan por ordenar la heterogeneidad de los colectivos.
• Excès d’engagement dans la manifestation
Préserver le proche et prévenir les dérapages
— Détente par l’effacement des saisies par typification : convivialité, gêne, tact
dans les interactions de face-à-face
— Prévenir l’excès de généralisation qu’autorisent les entours de l’action :
la montée en généralité comme action située
• Défaut d’engagement et collectifs en tension
— Lorsque l’exclusion se révèle illégitime
— L’accompagnement par la sollicitude vers une parole légitime
— Réparer un dérapage : l’attention à des circonstances et une personnalité
appréhendées comme particulières
• RÉFÉRENCES