L’académisme radical ou le monologue sociologique
Avec qui parlent les sociologues ?
Didier Lapeyronnie
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, s’est développé en France, avec grand succès, un courant de la sociologie « l’académisme radical ». Il repose sur l’identification du
sociologue à une « objectivité » externe à la société (incarnée par l’institution) et conduit à
une sorte d’élitisme : seule l’élite des « savants » accède à la lucidité qu’offrent la théorie et
les valeurs universelles. Il échappe aux déterminismes sociaux qu’il peut repérer chez les
autres. Il est ainsi conduit à monologuer et à ériger son « moi » en point d’articulation de la
science et de la politique. Il peut donc « montrer » aux dominés la véritable signification de
leur action. Cette position, outre les bénéfices qu’elle permet, rencontre l’expérience sociale
« d’intellos-précaires » qui peuvent de la sorte mettre sur un même plan leur « misère » et la
« souffrance » des plus démunis et universaliser leurs intérêts. L’académisme radical se prolonge dans une vive hostilité à la démocratie et trouve une forte correspondance dans le
mélange d’auto-apitoiement et de distance critique qui caractérise l’idéologie des classes
moyennes. Sur le plan politique, il exprime très directement la mainmise de ces classes
moyennes sur l’univers revendicatif et leur capacité d’affaiblir les défenses des classes
populaires.
Since the 1990s, a sociological approach known as « radical academicism » has developed,
with considerable success, in France. Based on identifying the sociologist as a kind of « objectivity » source external to society (society being incarnated by the institution), radical academicism
leads to a sort of elitism : only an elite of « savants », this thinking goes, can accede to the clear
thinking offered by theory and universal values. The sociologist is understood not to be subject to
social determinism of the sort he can see at work in others’ lives. He is therefore led to engage in
a monologue and establish his « self » as the point where science and politics connect. This in
turn means he is in a position to « show » the dominated the real meaning of their actions. In
addition to the benefits this position provides, it joins up with the social experience of « intellos
précaires » [intellectuals in a precarious socio-economic situation], thus enabling that group to
put their « misère » on a par with the « suffering » of the most deprived persons or groups in
society and thereby to universalize their own interests. Radical academicism is sharply hostile to
democracy, and there is a strong correspondance between this approach and the mixture of
self-pity and critical distance that characterizes middle-class ideology. In political terms, radical
academicism clearly expresses the grip that the middle classes have on the world of labor
demands and other social demands and their ability to weaken the defenses of the classes
populaires.
Mit Beginn der neunziger Jahre hat sich in Frankreich mit großem Erfolg die soziologische
Bewegung des « radikalen Akademismus » entwickelt. Sie begründet sich auf die Identifizierung
des Soziologen mit einer externen « Objektivität » zur Gesellschaft (die durch die Institution
dargestellt wird) und führt zu einer Art Elitismus : allein die Elite der « Wissenschaftler » hat
Zugang zur Erkenntnis, die durch die Theorie und die universellen Werte ermöglicht wird. Die
Bewegung entzieht sich den sozialen Determinismen, die sie bei den anderen feststellen kann.
Somit führt sie zu einem Monolog und zur Errichtung des « Selbsts » als Artikulationspunkt der
Wissenschaft und der Politik. Sie kann damit den Beherrschten die tatsächliche Bedeutung ihrer
Aktion « zeigen ». Außer den aus ihr abgeleiteten Vorteilen trifft diese Position auf die soziale
Erfahrung von « prekären Intellektuellen », die auf diese Weise ihre « Armut » und das
« Leiden » der am meisten bedürftigen auf die gleiche Ebene stellen können und ihre Interesse
universal gestalten. Der radikale Akademismus hat seine Verlängerung in einer starken Feindseligkeit gegenüber der Demokratie und findet eine enge Beziehung in der Mischung von Selbstbedauerung und kritischer Distanzierung wie sie die Ideologie der Mittelklassen auszeichnet.
Politisch gesehen ist er ein direkter Ausdruck der Beherrschung der Mittelklassen über die allgemeinen Forderungen und ihrer Kapazität, die Verteidigungsmöglichkeiten der unteren Klassen zu
schwächen.
Desde principios de los años noventa, con un éxito enorme, se desarrolló en Francia una
corriente sociológica « el academismo radical ». Que se fundamenta sobre la identificación del
sociólogo a una « objetividad » externa a la sociedad (representada por la institución) y conduce a
una manera de elitismo : solo la élite de los « sabios » accede a la lucidez que ofrecen la teoría y
los valores universales. Escapando a los determinismos sociales que puede notar en los otros. Así
es llevado a monologar y a erigir su « yo » en el centro articulativo de la ciencia y de la política.
En consecuencia puede « mostrar » a los oprimidos la verdadera significación de su acción. Esta
posición a parte de los beneficios que recibe, reencuentra la experiencia social « de intelectuales
precarios » que de esta manera pueden poner en un mismo plano su « miseria » como y el « sufrimiento » de los mas necesitados y universalizar sus intereses. El academismo radical se prolonga
en una marcada hoslitidad a la democracia y encuentra una intensa correspondencia en la amalgama de auto-compación y de distancia crítica que caracteriza la ideología de las clases medias.
En el plano politico, expresa muy claramente el dominio de las clases medias sobre el universo
reivindicativo y su capacidad para debilitar las defensas de las clases populares.
• La logique de l’académisme radical
— Réflexivité, science et radicalisme politique
— La position radicale
• Les fondements sociaux de l’académisme radical
— L’académie contre le néo-libéralisme
— La formation d’une intelligentsia précaire
• Classes moyennes et radicalisme
— La science contre la démocratie
— Critique des médias et hostilité à la démocratie
— Distance, critique et auto-apitoiement
• RÉFÉRENCES