Les Écrits politiques de Max Weber : un éclairage sociologique sur des problèmes contemporains
François Chazel
La parution partielle des Écrits politiques en langue française fournit l’occasion d’attirer
l’attention du public francophone sur leur portée proprement sociologique. S’ils sont étroitement liés aux circonstances, ils n’en abordent pas moins, pour les plus importants d’entre
eux, des problèmes de grande ampleur, dont Max Weber traite à partir de perspectives de
nature sociologique, qui font appel, de façon plus ou moins explicite, à certains de ses outils
conceptuels majeurs. Les deux analyses approfondies consacrées par Weber à la Révolution
russe de 1905 et à son issue constituent une brillante illustration de ce type de démarche :
Weber commence par dresser, dans le premier article, un tableau d’ensemble de la société
russe qui lui permet de dégager la multiplicité des obstacles s’opposant au succès de la
démocratie bourgeoise, avant de souligner, dans le second, les limites de plus en plus
marquées de l’ouverture politique avec la mise en place du « pseudo-constitutionnalisme ».
Dans le cadre du célèbre « Parlement et gouvernement dans l’Allemagne réorganisée »
Weber procède même à une transposition directe d’analyses empruntées à sa « Sociologie de
la domination » pour conduire sa vigoureuse critique de la bureaucratie et des risques d’extension de son pouvoir. D’une manière globale, c’est son regard sociologique qui l’amène à
voir à l’œuvre dans les sociétés modernes une tendance à la bureaucratisation et à chercher
à lui opposer des contrepoids, dont le socialisme de grande échelle serait à ses yeux précisément dépourvu. Ce rôle de contrepoids, qu’il a d’abord confié, pour l’essentiel, à un Parlement fort, il a ensuite cru le trouver, au moins en partie, du côté d’un pouvoir plébiscitaire
sous la forme du Président du Reich : il isole ainsi une autre tendance de la modernité politique, qui découlerait de la démocratie de masse et de l’affrontement entre les partis politiques organisés.
This publication of a part of Weber’s political writings is clearly an occasion for drawing
French-language readers’ attention to the specifically sociological thrust of the writings in question. Though they are closely tied to context and circumstances, the most important among them
take up extremely broad issues, which Weber handles from distinctly sociological points of view,
making more or less explicit use of some of his major conceptual instruments. His in-depth analyses of the Russian Revolution of 1905 and its outcome are a brilliant illustration of this type of
approach. In the first he presents an overview of Russian society that allows him to identify the
multiple obstacles to successful development of bourgeois democracy in Russia ; in the second he
stresses the increasingly marked political closure in Russia, as reflected in its « pseudo-constitutionalism ». Moreover, in writing his renowned « Parliament and government in a reconstructed Germany », a vigorous critique of bureaucracy and an acute perception of the dangers
inherent in the extension of bureaucratic power, he directly transposed analyses taken from his
« sociology of domination ». In general, it is Weber’s sociological understanding that led him to
perceive a tendency toward bureaucratization in modern societies, and to seek counterweights to
it. Large-scale socialism seemed to him particularly ill-equipped to fulfill this function. He first
attempted to confer the counterweight role on a strong parliament ; then thought he has found at
least a partial answer in plebiscitary power in the form of the Reichspräsident. In this way he
identified yet another tendency of modern politics, that seemed to him to derive from mass
democracy and confrontation among organized political parties.
Die Teilausgabe der Politischen Schriften Webers in französischer Sprache bietet Gelegenheit,
die Aufmerksamkeit des frankophonen Publikums auf deren eigentlich soziologische Bedeutung
zu lenken. Diese Schriften stehen zwar in engem Zusammenhang mit den zeitlichen Umständen,
sie betreffen jedoch, zumindest die wichtigsten unter ihnen, Probleme von größter Tragweite.
Max Weber behandelt sie aus soziologischen Perspektiven, die, mehr oder weniger explizit, die
Anwendung mancher seiner wichtigsten begrifflichen Instrumenten erfordern. Die beiden eingehenden Untersuchungen, die Weber der russischen Revolution von 1905 und ihrem Ausgang
widmet, sind eine glänzende Illustrierung dieses Vorgehens : Weber beginnt damit, in dem ersten
Aufsatz, ein Gesamtbild der russischen Gesellschaft zu zeichnen, das die vielfältigen Hindernisse
erkennen lässt, die sich einem Erfolg der bürgerlichen Demokratie entgegenstellen. In dem
zweiten Aufsatz unterstreicht er dann die mit der Schaffung des « Pseudokonstitutionalismus »
immer deutlicher werdenden Grenzen der politischen Öffnung.
In seinem berühmten Artikels « Parlament und Regierung im neugeordneten Deutschland »
verwendet Weber sogar direkt Analysen, die er seiner « Soziologie der Herrschaft » entnimmt, um
eine harsche Kritik an der Bürokratie und der Gefahr ihrer Machtausweitung zu entwickeln.
Insgesamt gesehen ist es der Blick des Soziologen, der Weber dazu befähigt, in den modernen
Gesellschaften eine Tendenz zur Bürokratisierung aufzudecken, und zu versuchen, dieser
Tendenz Gegengewichte entgegenzustellen, die, wie er meint, gerade einem in großem Ausmaße
durchgeführten Sozialismus fehlen würden. Diese Rolle des Gegengewichts hat er im Wesentlichen zuerst einem starken Parlament zugewiesen. Später hat er es, zumindest teilweise, in einer
plebiszitären Macht, in der Form des Reichspräsidenten, finden wollen : damit hebt er eine andere
Tendenz der politischen Modernität hervor, die sich aus der Massendemokratie und aus dem
Kampf zwischen den organisierten politischen Parteien speisen würde.
La publicación parcial de los Écrits politiques (Escritos políticos) en francés permite atraer la
atención del público francófono sobre su alcance propiamente sociológico. Incluso si están íntimamente vinculados a las circunstancias, los más importantes no dejan de tratar de problemas de
gran importancia, de los cuales Max Weber habla a partir de perspectivas de índole sociológico y
que se refieren, de manera más o menos explícita, a algunos de sus mayores instrumentos conceptuales. Los dos análisis detallados que Weber dedica a la Revolución rusa de 1905 y a su resultado, constituyen una brillante ilustración de ese tipo de enfoque. En el primer artículo, Weber
empieza estableciendo un cuadro del conjunto de la sociedad rusa lo que le permite destacar la
multiplicidad de los obstáculos que se oponían al éxito de la democracia burguesa antes de
subrayar, en el segundo, los límites cada vez más acentuados de la apertura política con el establecimiento del « pseudo-constitucionalismo ». En el marco del famoso « Parlamento y gobierno en
la Alemania reorganizada » Weber efectúa incluso una transposición directa de los análisis
sacados de su « Sociología de la dominación » para llevar a cabo su vigorosa crítica de la burocracia y de los riesgos de extensión de su poder. De manera general, es su enfoque sociológico el
que le conduce a ver en acción en las sociedades modernas una tendencia a la burocratización y a
buscar oponerle contrapesos de los cuales, según él, el socialismo en gran escala estaría desprovisto. Ese papel de contrapeso que por lo esencial atribuyó primero a un Parlamento fuerte, creyó
encontrarlo después, por lo menos en parte, por el lado de un poder plebiscitario bajo la figura del
Presidente del Reich : es así como aísla otra tendencia de la modernidad política, que resultaría de
la democracia de masa y del enfrentamiento entre los partidos políticos organizados.
• Max Weber et la Révolution russe de 1905
— Les obstacles au succès de la démocratie bourgeoise
— Les dimensions politiques de l’échec de la Révolution : le pseudo-constitutionnalisme et le pouvoir de la bureaucratie
• Les impératifs de la réorganisation de l’Allemagne : le contrôle de la bureaucratie par le Parlement et l’émergence de dirigeants politiques responsables
• Les périls du socialisme
• Comment interpréter les ultimes propositions de Weber sur l’élection directe du Président du Reich par le peuple ?