2005
Revue française de sociologie
MAX WEBER : TEXTES
La théorie de l’utilité marginale et la « loi fondamentale de la psychophysique »
[**]
[384] L’étude consiste d’une part en un résumé et d’autre part en une
critique des résultats auxquels ont conduit les recherches sur le développement de la théorie de la valeur depuis Aristote, lesquelles avaient été inspirées
par Brentano
[1], menées d’abord par L. Fick, malheureusement très tôt
décédé
[2], et ensuite achevées
[3], d’ailleurs de manière absolument autonome, par un autre de ses élèves, le Dr R. Kaulla
[4]. Parmi le grand nombre
d’idées stimulantes qu’offre cette étude, comme chaque étude de Brentano,
mentionnons ici uniquement les développements qui concernent la relation
entre les concepts de « caractère utilisable » [
Brauchbarkeit] et de « valeur
d’usage » (p. 42
sq.) et qui offrent certainement la formulation la plus claire
de ce qui a été dit sur ce sujet dans un espace aussi ramassé
[5].
On partira ici du seul point qui, dans les analyses de Brentano, appelle la
contradiction. Il concerne les prétendues relations entre la « théorie de l’utilité marginale »
[6], et plus généralement toute théorie « subjective » de la
valeur, et certaines propositions universelles de la psychologie expérimentale,
en particulier la loi dite de Weber-Fechner. Ce n’est nullement la première
fois, comme le souligne Brentano lui-même
[7], que l’on tente de comprendre
la théorie économique de la valeur comme une application de cette loi. On
trouve une telle tentative développée de manière très explicite [385] déjà dans
la deuxième édition de
Die Arbeiterfrage de F. A. Lange
[8], l’ébauche s’en
trouve même déjà dans la première édition de la
Psychophysik de Fechner
(1860)
[9]. Cette tentative resurgit depuis avec une extraordinaire fréquence.
Lange lui-même avait considéré cette « loi » célèbre comme une confirmation
et une généralisation des propositions que Bernoulli avait établies en son
temps, concernant le rapport entre l’évaluation relative (personnelle) d’une
somme d’argent et le montant absolu de la fortune du propriétaire de cette
somme ou de celui qui la reçoit ou encore de celui qui la consomme
[10]. Et
de son côté, il avait essayé d’apporter des exemples attestant de sa signification encore plus universelle tirés de la vie politique (sensations ressenties face
à l’oppression politique, etc.)
[11]. On ne cesse de rencontrer, de manière
générale, l’affirmation selon laquelle la théorie de la valeur de ladite « École
autrichienne » serait fondée « psychologiquement »
[12], alors que de l’autre
côté les représentants les plus éminents de l’« École historique » revendiquent
également d’avoir aidé la « psychologie » à obtenir gain de cause face aux
abstractions « jusnaturalistes » de la théorie
[13]. Étant donné la polysémie du
terme « psychologique », il serait parfaitement inutile de se quereller avec les
deux parties pour savoir laquelle peut le revendiquer ; selon les cas, ce peut
être les deux ou aucune. Mais ici on a affaire à l’affirmation nettement plus
précise de Brentano selon laquelle la « loi psychophysique fondamentale »
serait le fondement de la « théorie de l’utilité marginale », cette dernière étant
donc une application de celle-là. On se bornera ici à montrer qu’il s’agit
là
d’une erreur.
Ce que l’on appelle la loi psychophysique fondamentale a connu des transformations quant à sa formulation, son champ de validité et son interprétation,
comme Brentano le mentionne lui-même. Brentano quant à lui résume son
contenu tout d’abord (p. 66) de manière très générale en ces termes : Fechner
aurait montré que « dans tous les domaines de la sensation se manifeste la
même loi de dépendance de la sensation à l’égard du stimulus, que celle que
Bernoulli avait établie concernant le rapport de dépendance entre la sensation
de
bonheur que procure l’accroissement d’une somme d’argent et le montant
de la fortune de celui qui ressent cette sensation ». Bien que la référence à
Bernoulli se trouve de manière exactement identique chez Fechner lui-même
[14], elle prête cependant à des malentendus. Fechner, certes, a été
entre autres inspiré aussi par la méthode de Bernoulli. Mais la question de
savoir jusqu’à quel point deux sciences, par ailleurs hétérogènes, se sont
mutuellement [386] fécondées au cours de la genèse de certaines de leurs
constructions conceptuelles qui sont apparentées quant à leur objectif de
méthode, est une question qui ressortit purement à l’histoire des textes. Cette
question n’a rien à voir avec notre problème ici : à savoir si la loi de Weber-Fechner représente le fondement
théorique de la théorie de l’utilité marginale.
Darwin par exemple a été inspiré par Malthus, mais les théories de Malthus ne
sont pas les mêmes que celles de Darwin ; les unes ne sont pas non plus un
cas spécifique des autres et toutes deux ne sont pas non plus des cas spécifiques d’une loi encore plus universelle. Il en va de même dans notre cas. Le
« bonheur » n’est pas un concept qui peut être appréhendé par la psychophysique, il n’est absolument pas un concept unifié d’un point de vue qualitatif,
comme on aimait à le croire à l’époque de l’éthique utilitariste. Les psychologues protesteraient assurément contre son identification avec le concept de
plaisir, lequel fait l’objet parmi eux de vives disputes quant à sa portée. Mais
mettons cela de côté ; même s’il était pensé comme une analogie vague, une
simple image ou une comparaison, le parallèle serait boiteux. Car même en ce
cas, il n’est valable que de manière extérieure et pour une partie seulement du
problème. Le « stimulus » de Fechner est toujours un processus « extérieur »,
c’est-à-dire corporel
[15], et donc directement mesurable quantitativement
– au moins dans le principe – même si cela n’est pas possible dans les faits,
processus en regard duquel nous trouvons des « sensations » conscientes
déterminées à titre d’« effet » ou de « processus parallèle ». À ce stimulus
devrait correspondre l’accroissement bernoullien d’une « somme d’argent »,
parce que ce dernier est également un processus « extérieur » ; et d’un point
de vue tout à fait extérieur il pourrait effectivement y correspondre. Mais
qu’est-ce qui correspond dans la loi psychophysique fondamentale à la
« fortune » que possède déjà celui qui (chez Bernoulli) bénéficie d’un
accroissement d’argent ? Ce problème semble, au moins extérieurement, aisé
à résoudre. Dans les fameuses expérimentations wébériennes
[16] sur la
sensibilité différentielle de l’individu à un
accroissement de poids, on peut
penser la charge initiale comme étant l’équivalent de la fortune monétaire
initiale. Acceptons cela également. Selon les observations wébériennes qui
constituent le fondement de la loi psychophysique fondamentale, on pourrait
énoncer la proposition simple qui suit : celui qui a déjà une charge initiale de
6 demi-onces (par exemple : sur le plat de sa main) et éprouve en sus un
accroissement du trentième, soit 1/5
e de demi-once, celui-là éprouvera aussi,
pour une charge de 12 demi-onces, un accroissement différentiel du trentième, soit ici : [387] 2/5
es de demi-once ; et à l’instar de ce qui se passe pour
le « sens du toucher », il en va de même pour les autres « stimuli sensoriels ».
La différence entre deux séries de stimuli serait donc éprouvée de la même
manière dans la conscience lorsque le rapport entre l’accroissement du
stimulus et le stimulus de base [
Grundreiz] est objectivement le même. Pour
le dire autrement : l’intensité du stimulus ne pourrait que croître dans un
rapport géométrique, si l’intensité perceptible
[17] [
Merklichkeitsstärke] de la
sensation devait croître dans un rapport arithmétique. Nous laissons ici
complètement de côté la question de savoir dans quelle mesure cette « loi »
formulée de la sorte a été vérifiée empiriquement. On lui a ajouté les concepts
de « seuil de stimulus » [«
Reizschwelle »]
[18], « stimulus terminal »
[«
Reizhöhe »]
[19] et ceux de stimuli « infra- » et « supraliminaire »
[20] et
tout un dédale de lois particulières (par exemple celle de Merkel
[21]) s’est
agrégé autour d’elle. Et si maintenant on transposait la bonne vieille formule
de Weber à des processus économiques et si l’on posait donc avec Brentano
– aussi osé cela soit-il – que : augmentation de fortune = accroissement du
«
stimulus », on obtiendrait le résultat suivant (comme chez Bernoulli) : si,
pour un individu qui possède 1 000 marks, une augmentation de son patrimoine de 100 marks s’accompagne d’une sensation d’un « bonheur » accru
d’une intensité déterminée, alors pour
ce même individu, dans le cas où il
possèderait 1 million de marks, une augmentation de son patrimoine de
100 000 marks s’accompagnerait d’une sensation de bonheur de la
même
intensité. Supposons qu’il en aille ainsi et qu’en outre les concepts de « seuil
de stimulus » et de « stimulus terminal » et plus généralement la courbe de la
loi de Weber puissent être transposés par analogie, d’une manière ou d’une
autre, aux « sensations de bonheur » éprouvées lorsque l’on acquiert de l’argent, cela concernerait-il éventuellement les questions auxquelles la théorie
économique tente de répondre ? Et pour les propositions de cette théorie, la
validité de la courbe logarithmique des psychophysiciens constitue-t-elle le
fondement sans lequel elles ne pourraient être comprises ? Il ne fait aucun
doute qu’il vaut la peine d’examiner comment les différents grands groupes
de « besoins » qui ont une pertinence pour l’analyse économique se comportent, selon le degré, mais aussi, surtout, selon le
mode de leur « saturation »
[
Sättigung], point sur lequel la loi psychophysique fondamentale n’apporte
déjà plus rien. Un bon nombre de développements concernant, par exemple,
la signification de l’économie monétaire pour l’expansion qualitative des
besoins relèvent de ce champ, de même que, par exemple, les recherches sur
les changements de l’alimentation sous la pression de transformations économiques, etc. [388] Mais il apparaît qu’aucune observation de ce genre ne
s’oriente en fonction de la théorie soi-disant fondamentale de Weber-Fechner.
Et si l’on analysait les différents groupes de besoins, soit par exemple les
besoins alimentaires, les besoins de logement, les besoins sexuels, les besoins
d’alcool, les besoins « spirituels », esthétiques, etc., en suivant leur croissance
et décroissance selon la
quantité d’apport en « moyens de saturation », la
courbe logarithmique établie par la règle de Weber-Fechner présenterait,
certes, parfois des analogies plus ou moins poussées, parfois en revanche
seulement des analogies bien ténues, voire aucune ; et il ne serait pas rare du
tout que la courbe apparaisse la tête en bas (voir
infra). Tantôt les courbes
présenteraient une rupture brutale, tantôt elles prendraient des valeurs négatives, tantôt non, tantôt elles évolueraient proportionnellement à la « saturation », tantôt elles tendraient de façon asymptotique vers zéro – il en irait
différemment pour presque chaque sorte de « besoin ». Mais quoi qu’il en
soit, on pourrait cependant, en l’occurrence, trouver au moins çà et là des
analogies. Supposons, sans entrer dans l’analyse, que l’on trouve de telles
analogies – toujours assez vagues et fortuites – encore également en ce qui
concerne la possibilité, si importante, de modifier la « saturation » des
besoins quant à son
mode, et donc quant aux moyens. Il conviendrait alors
d’ajouter ceci : dans la théorie de l’utilité marginale de l’économie politique,
ainsi que dans toute théorie « subjective » de la valeur, lorsque l’on se
rapporte de façon générale aux états « psychiques » de l’individu, on
ne part
pas d’un « stimulus » extérieur, mais, exactement à l’inverse de la loi psycho-physique fondamentale, d’un « besoin », c’est-à-dire, si l’on veut donc
s’exprimer « de manière psychologique » : on part d’un complexe de « sensations », de « situations affectives », d’états de « tension », de « déplaisir » et
d’« attente » et de toutes choses semblables, chacune étant éventuellement
d’une nature extrêmement complexe, tout cela combiné de surcroît avec des
« images mnésiques », des « représentations des fins » et, selon les circonstances, des « motivations » les plus diverses qui luttent entre elles. Et tandis
que la loi psychophysique fondamentale veut nous enseigner de quelle
manière un stimulus
extérieur provoque des états psychiques, ce que l’on
nomme des « sensations », l’économie politique, à l’inverse, prend pour objet
le fait que des états « psychiques » de cette nature provoquent un comportement
extérieur (une action) ayant une orientation déterminée. Bien entendu,
ce comportement extérieur agit ensuite, de son côté, en retour sur le
« besoin » dont il procède, en le faisant disparaître, ou du moins en tendant à
le faire, par le moyen de la « saturation » [389] – processus qui à son tour, du
point de vue psychologique, est très complexe et n’est pas même univoque, en
tout cas très exceptionnellement identifiable à une « sensation » simple au
sens psychologique. En termes psychologiques, le problème ne serait donc
pas le mode de « sentir », mais le mode de «
réagir ». Nous trouvons donc
déjà dans ces processus élémentaires de « l’action » (esquissés ici volontairement à très grands traits) un déroulement d’événements [
Geschehnisse] qui,
dans le meilleur des cas, pour une petite partie – la dernière – de leur cours
peuvent être d’une structure « analogue » à celle des objets des expérimentations wébériennes sur les poids, et de tout objet semblable ; mais, globalement, ces événements ont manifestement une structure tout autre. Mais à cela
s’ajoute que ce processus élémentaire, y compris dans la forme où nous
l’avons dépeint ici, ne pourrait manifestement jamais conditionner ni rendre
possible la naissance d’une économie politique comme science. Il représente
au mieux pour sa part
une composante des événements auxquels notre discipline a affaire. En effet l’économie politique, comme le présuppose aussi
l’exposé plus approfondi de Brentano lui-même, a pour tâche d’examiner la
manière dont l’action des hommes se configure : 1) du fait de la concurrence
entre des « besoins »
divers qui demandent à être « saturés » ; 2) du fait du
caractère limité – non pas seulement de la « capacité à éprouver des
besoins », mais surtout des « biens » et des « forces de travail » matériels,
utilisables pour « satisfaire » ces besoins ; enfin 3) du fait d’un mode tout à
fait déterminé de coexistence
d’hommes divers affectés par des besoins identiques ou semblables, mais pourvus, ce faisant, de réserves de biens différentes
pour les saturer, et du fait d’un mode déterminé de concurrence entre ces
hommes pour obtenir les moyens de saturation. Dès lors, non seulement les
problèmes qui apparaissent ici ne peuvent
pas être considérés comme des cas
spéciaux ou des complications de cette « loi psychophysique fondamentale »,
non seulement les
méthodes pour résoudre ces problèmes ne sont
pas de la
psychophysique appliquée ou de la psychologie, mais les deux n’ont tout
simplement rien à voir avec cela. Les propositions de la théorie de l’utilité
marginale, comme le montre la réflexion la plus simple, non seulement sont
totalement indépendantes du champ de validité de la loi de Weber, ou même
du fait que cette loi ait un quelconque champ de validité, mais elles ne dépendent pas non plus du fait que l’on puisse établir une
quelconque [390] proposition concernant la relation entre le « stimulus » et la « sensation », dont la
validité serait absolument universelle. Pour que la théorie de l’utilité marginale soit possible, il suffit entièrement : 1) que soit exacte l’expérience quotidienne suivant laquelle les hommes dans leur action sont poussés
entre autres
aussi par des « besoins » qui ne peuvent être satisfaits que par la consommation de biens matériels en quantité à chaque fois limitée ou par des accomplissements de travail [
Arbeitsleistungen]
[22], ou encore par les produits de
ceux-ci, ensuite 2) que soit pertinente l’expérience quotidienne, selon laquelle
pour la plupart des besoins, et précisément pour ceux qui sont ressentis
subjectivement comme les plus pressants, une consommation croissante de
ces biens et de ces accomplissements aboutit à une quantité croissante de
« saturation », de telle manière que d’
autres besoins « non saturés » apparaissent dès lors comme plus pressants et qu’enfin, 3) les hommes – à quelque
degré que ce soit – possèdent la capacité d’agir « en finalité » [
zweckmässig],
c’est-à-dire en recourant à l’« expérience » et au « calcul prévisionnel ». Ce
qui veut dire que les hommes soient capables d’agir de telle manière qu’ils
répartissent les « biens » et les « forces de travail » disponibles et accessibles
– limités dans leur quantité selon les différents « besoins » du présent et du
futur prévisible – en fonction de la
signification qu’ils attribuent à ceux-ci.
Or, cette « signification » n’est visiblement pas identique par exemple à une
sensation produite par un « stimulus » physique. Quant à savoir ensuite si la
« saturation » des « besoins » s’accomplit
à chaque fois suivant une progression qui aurait une
quelconque similitude avec celle posée par la loi de
Weber-Fechner concernant l’intensité des « sensations » provoquées par les
« stimuli », c’est une question que l’on peut laisser de côté ; mais
si l’on réfléchit à la progression de la « saturation » au moyen de vases Tiffany
[23], de
papier toilette, de cervelas, d’éditions de classiques, de prostituées, d’assistance médicale ou cléricale, etc., la courbe logarithmique de la « loi psycho-physique fondamentale » apparaît tout à fait problématique en tant
qu’analogie. Et si quelqu’un traite son « besoin », par exemple de satisfaire
ses « besoins intellectuels » même aux dépens de son alimentation, en achetant des livres et en dépensant de l’argent pour suivre des cours sans satisfaire
suffisamment sa faim – voilà quelque chose qu’une « analogie » psychophysique ne rend en tous cas pas plus « compréhensible ». Pour la théorie économique, il
suffit entièrement que nous puissions nous
représenter de façon
théorique, sur la base des [391] faits de l’expérience quotidienne que nous
avons mentionnés – des faits très triviaux, mais incontestables – une majorité
d’hommes, dont chacun alloue d’une façon strictement « rationnelle » les
« réserves de biens » et les « forces de travail » qui sont à sa disposition de
manière purement factuelle ou grâce à la protection d’un « ordre juridique »,
avec pour fin unique et exclusive d’atteindre par des voies pacifiques un
« optimum » de saturation de ses « besoins »
divers et concurrents. Tout
« psychologue » ne pourra sûrement que froncer les sourcils devant de telles
« expériences quotidiennes » prises comme fondement d’une théorie scientifique : à commencer par le concept de « besoin » – quelle catégorie grossière
et qui relève de la « psychologie vulgaire » ! Combien de chaînes causales
physiologiques et psychologiques, d’une diversité indicible, ce que nous
nommons ainsi est-il à même de mettre en branle ! Le besoin de manger lui-même peut 1) reposer sur une situation psychophysique (la faim) perceptible
[
merkliche]
[24] pour la conscience et qui est relativement complexe, une
situation qui, de son côté, peut être fondamentalement conditionnée par des
circonstances de types
divers qui agissent comme des « stimuli », par
exemple l’estomac physiquement vide ou aussi tout simplement l’habitude
prise de manger à des heures déterminées de la journée ; mais 2) cet habitus
subjectif de la conscience peut aussi être absent et le « besoin » de manger
peut être conditionné de manière « idéogène »
[25], par exemple par le fait de
se plier à une prescription médicale ; le « besoin d’alcool » peut reposer sur
« l’habituation » à des stimuli « extérieurs », lesquels de leur côté créent un
état de « stimulus » « intérieur », et ce besoin peut
augmenter avec l’apport
d’alcool, à l’encontre de la courbe logarithmique de Weber ; enfin les
« besoins » de « lecture » d’une certaine sorte sont déterminés par des
processus que le psychophysicien peut toujours « réinterpréter » à ses fins
comme des modifications fonctionnelles de certains processus cérébraux –
mais que l’on éclairera de toute façon difficilement en recourant simplement à
la loi de Weber-Fechner et ainsi de suite… Le « psychologue » voit là toute
une série d’énigmes des plus complexes pour
ses propres questionnements
– tandis que la « théorie » économique ne se pose aucune question à leur sujet
et, ce faisant, elle a de surcroît la meilleure conscience scientifique ! Mieux
encore : « l’action en finalité », « faire des expériences », « le calcul prévisionnel » – toutes choses qui dans la perspective psychologique sont ce qu’il
y a de la plus grande complexité et sont peut-être même, pour certaines
d’entre elles, proprement incompréhensibles, mais dans tous les cas font
partie de ce que l’on peut rencontrer de plus difficile [392] à analyser : ces
concepts et d’autres similaires – sans sublimation d’aucune sorte, obtenue
grâce à des expérimentations pratiquées couramment par le psychologue avec
ses tambours rotatifs [
Drehtrommeln]
[26] ou tout autre instrument de laboratoire – seraient pris comme « fondements » d’une discipline ! Et pourtant il en
est bien ainsi, et cette discipline revendique même – sans se soucier le moins
du monde de savoir si le matérialisme, le vitalisme, le parallélisme, n’importe
quelle théorie de l’interaction
[27], « l’inconscient » de Lipps
[28], celui de
Freud ou tout autre « inconscient », etc., constituent des fondements utilisables pour des disciplines
psychologiques, et avec même l’assurance explicite
que tout ceci lui est
purement et simplement indifférent pour
ses propres
objectifs – je dis donc qu’elle prétend même, malgré tout, obtenir des
formules
mathématiques pour le déroulement, saisi au plan théorique, de l’action à portée économique. Et, ce qui est le plus important, elle le réalise
effectivement. Quelle que soit l’ampleur des controverses sur la portée de ses
résultats, pour les raisons les plus diverses qui concernent
ses propres
méthodes – ceux-ci sont de toute façon quant à leur « justesse » [
Richtigkeit]
absolument indépendants des bouleversements, aussi grands fussent-ils, qui
affecteraient des hypothèses fondamentales de la biologie et de la psycho-logie, tout comme il est indifférent pour eux de savoir par exemple, si c’est
Copernic ou Ptolémée qui a raison, ou ce qu’il en va des hypothèses théologiques ou encore, par exemple, des perspectives « douteuses » du deuxième
principe de la thermodynamique. Toutes les transformations, de si grande
portée soient-elles, de ce genre de théories fondamentales des sciences de la
nature ne sont absolument pas en mesure d’ébranler ne serait-ce qu’une seule
proposition, si elle est construite avec «
justesse », de la théorie économique
des prix et des rentes.
Tout ceci, bien entendu, 1) ne veut nullement dire que dans le domaine de
l’analyse
empirique de la vie économique il n’y aurait aucun point où les
faits
établis par ce qu’on appelle les sciences de la nature (et bien d’autres encore)
ne pourraient devenir d’une très grande importance ; 2) cela ne veut pas dire
non plus que le mode de formation des
concepts, qui s’est avéré utilisable
pour ces disciplines, ne pourrait pas, bien sûr, servir, à l’occasion, de modèle
pour certains problèmes propres à l’analyse économique. Pour ce qui est du
premier point, j’espère avoir prochainement l’occasion [393] d’étudier quelle
utilisation pourrait éventuellement être faite de certains travaux de psycho-logie expérimentale, par exemple dans le domaine de l’exploration de
certaines conditions de travail en usine
[29]. Et pour ce qui est du second
point, ce ne sont pas seulement, comme il est établi depuis longtemps, les
formes de pensée mathématiques, mais aussi par exemple certaines formes de
pensée biologiques qui ont leur place chez nous. Tout économiste sait – c’est
là une vérité banale – que l’on pratique et que l’on ne peut faire autrement que
pratiquer très régulièrement, en de très nombreux points particuliers de notre
discipline, un échange fécond de résultats et de points de vue avec le travail
qui est mené dans d’autres domaines de recherche. Mais il dépend de
nos
questionnements de savoir comment et en quel sens cela se produit dans
notre
domaine, et chaque tentative pour décider
a priori quelles théories relevant
d’autres disciplines devraient être « fondamentales » pour l’économie politique est oiseuse, comme toutes les tentatives d’établir une « hiérarchie » des
sciences conformément au modèle de Comte. Non seulement, du moins en
général, les hypothèses et les suppositions les plus générales des « sciences de
la nature » (au sens habituel de ce mot) sont précisément celles qui sont les
moins pertinentes pour notre discipline. Mais plus encore et surtout, précisément sur le point qui est décisif pour la spécificité des questionnements
propres à notre discipline – à savoir la théorie économique (« la théorie de la
valeur ») –, nous nous débrouillons parfaitement tout seuls. « L’expérience
quotidienne » dont part notre théorie (voir
supra) est bien entendu le point de
départ commun à
toutes les différentes disciplines empiriques. Chacune
d’entre elles veut ensuite aller au-delà et ne peut que le vouloir, car son droit à
l’existence en tant que « science » repose précisément sur cette démarche.
Mais ce faisant, chacune d’entre elles « dépasse » ou « sublime » l’expérience
quotidienne d’une manière différente et dans une direction différente. La
théorie de l’utilité marginale, et toute « théorie » économique en général, ne
le fait pas, par exemple, à la manière et dans la direction propres à la psycho-logie, mais plutôt exactement à l’opposé. Elle ne décompose pas, par
exemple, ce qui est vécu
intérieurement au sein de l’expérience quotidienne
en « éléments » psychiques ou psychophysiques (« stimuli », « sensations »,
« réactions », « automatismes », « sentiments », etc.), mais elle s’efforce de
« comprendre » certaines « adaptations » du comportement « extérieur » de
l’homme à une sorte bien déterminée de conditions d’existence qui lui sont
extérieures. Que ce [394] monde extérieur, pertinent pour la théorie économique, soit dans un cas « la nature » (au sens habituel du terme) ou « l’environnement social », on essaiera
toujours dans ce contexte de rendre cette
« adaptation » compréhensible en recourant à l’hypothèse heuristique construite
ad hoc selon laquelle l’action dont s’occupe la théorie se déroule de
façon strictement « rationnelle » au sens discuté plus haut. La théorie de l’utilité marginale appréhende, à des fins de connaissance déterminées, l’action
humaine comme si elle se déroulait de A à Z sous le contrôle d’un
calcul
commercial, c’est-à-dire d’un calcul établi sur la base de la connaissance de
toutes les conditions qui rentrent en ligne de compte. Elle appréhende les
différents « besoins » et les biens qui sont disponibles, à produire ou à
échanger en vue de la saturation de ces besoins, comme des « comptes » et
des « postes » que l’on peut établir à l’aide de chiffres, dans le cadre d’une
comptabilité continue ; elle appréhende l’homme comme s’il était continûment un « dirigeant d’entreprise » et sa vie comme l’objet de cette « entreprise » placée sous contrôle comptable. L’approche propre à la comptabilité
commerciale est donc – si elle est quelque chose – le point de départ de ses
constructions. Les procédures propres à cette théorie reposeraient-elles sur la
loi de Weber ? Est-ce une application de telle ou telle proposition concernant
la relation entre « stimulus » et « sensation » ? Pour ses fins, la théorie de
l’utilité marginale traite la « psyché » de tous les hommes, qu’elle
pense
isolément, y compris celle de l’homme qui est exclu de toute activité d’achat
et de vente, comme une
âme de commerçant qui est capable d’opérer une
évaluation chiffrée de l’« intensité » de ses besoins, et pareillement des
moyens possibles pour couvrir ceux-là ; et en procédant ainsi, elle obtient ses
constructions théoriques. Tout ceci est vraiment le
contraire de toute
« psychologie » ! – La « théorie » qui s’est développée sur ce terrain, indubitablement, n’invente pas entièrement ses présupposés, même s’il est tout aussi
indubitable que ceux-ci sont « irréels ». La « valeur » des biens dans « l’économie isolée »
[30] [
isolierte Wirtschaft], telle qu’elle est construite par la
théorie, serait exactement égale à la
valeur comptable qui devrait nécessairement leur être attachée dans la comptabilité d’un budget isolé, idéalement
parfaite
[31]. La valeur comptable recèle autant et aussi peu « d’irréel » que
toute comptabilité réellement pratiquée par un commerçant. Lorsque dans un
bilan le « capital en actions » apparaît dans le « passif » comme étant d’un
million par exemple, ou quand un bâtiment [395] est « comptabilisé » comme
valant 100 000 marks, – ce million ou ces 100 000 marks se trouvent-ils alors
en ce cas dans un quelconque tiroir ? Et cependant l’inscription de ces postes
a bien tout son sens ! Il en va de même –
mutatis mutandis – de la « valeur »
dans l’économie isolée de la théorie de l’utilité marginale. Simplement, il
n’est pas nécessaire d’élucider cette valeur en empruntant la voie de la
« psychologie » ! Les « valeurs » théoriques, avec lesquelles travaille la
théorie de l’utilité marginale, doivent nous rendre compréhensible le cours de
la vie économique d’une façon qui, dans le principe, est analogue à la manière
dont les valeurs comptables commerciales ont pour but de délivrer au
commerçant de l’information sur l’état de son entreprise et les conditions
nécessaires pour la poursuite de sa rentabilité. Et les propositions universelles
que pose la théorie économique sont simplement des constructions qui énoncent quelles sont les conséquences que l’action de l’individu produirait
nécessairement dans son entrelacement avec l’action de tous les autres,
si chaque
individu façonnait son comportement vis-à-vis de l’environnement exclusivement suivant les principes d’une comptabilité commerciale, donc, dans
ce
sens, « de manière rationnelle ». On sait bien que ce n’est nullement le cas et
c’est pourquoi le déroulement empirique des processus, pour la compréhension desquels la théorie a été créée, ne montre qu’un « rapprochement », qui
varie beaucoup selon les cas concrets avec le déroulement de l’action strictement rationnelle, tel que le construit la théorie. Toutefois, la spécificité historique de l’époque capitaliste, et aussi par là même la signification de la
théorie de l’utilité marginale (comme de tout autre théorie économique de la
valeur) pour la compréhension de cette époque, repose sur le fait que – alors
que l’on a caractérisé, non sans raison, l’histoire économique d’un bon
nombre d’époques du passé comme l’« histoire de l’absence de sens économique » [
Unwirtschaftlichkeit] –, dans les conditions de la vie actuelle, ce
rapprochement de la réalité avec les propositions théoriques n’a
cessé de
croître, prenant dans ses rets le destin de couches de l’humanité toujours plus
larges et, pour autant que l’on puisse le discerner, elle ira toujours plus loin
dans ce sens. C’est sur ce fait d’
histoire culturelle et non sur sa prétendue
fondation par la loi de Weber-Fechner que repose la signification heuristique
de la théorie de l’utilité marginale. Par exemple, ce n’est pas un hasard si la
fixation des cours de la bourse de Berlin [396] dans le cadre du système
connu sous le nom de cotation unitaire [
Einheitskurs]
[32] présentait un degré
particulièrement frappant de rapprochement avec les propositions théoriques
relatives à la formation des prix, telles que von Böhm-Bawerk les a développées à la suite de Menger
[33] : cette fixation pouvait servir directement de
paradigme à ces principes
[34]. Mais cela n’est bien sûr pas dû au fait que,
par exemple, concernant la relation entre « stimulus » et « sensation », les
usagers de la bourse seraient soumis dans une mesure particulièrement spécifique à la loi psychophysique fondamentale – cela est dû au contraire au fait
qu’à la bourse on agit, ou, en tout cas, on a la
capacité d’agir à un degré particulièrement élevé de manière économiquement « rationnelle ». La
théorie
rationnelle de la formation des prix n’a rien à faire non seulement avec les
concepts de la psychologie expérimentale, mais d’une manière générale avec
aucune « psychologie » d’aucune sorte qui se veut une « science » dépassant
l’expérience quotidienne. Celui qui souligne, par exemple, la nécessité de
prendre en compte la « psychologie de la bourse » spécifique
en plus de la
théorie des prix, purement théorique, s’imagine que l’objet de cette psycho-logie est précisément l’influence de facteurs économiquement
irrationnels, à
savoir donc des « perturbations » des lois de la formation des prix, lesquelles
doivent être postulées
sur le plan théorique. La théorie de l’utilité marginale
et en général toute théorie subjective de la valeur ne sont pas fondées psycho-logiquement mais – si l’on veut un terme méthodologique pour cela –
« pragmatiquement », c’est-à-dire en recourant aux catégories de « fin » et de
« moyen ». Nous reviendrons sur ce point.
Les propositions qui constituent la théorie spécifiquement économique,
non seulement ne représentent pas, comme chacun le sait et comme nous
venons de le mentionner, le « tout » de notre science, mais elles sont uniquement un moyen – il est vrai souvent sous-estimé – pour l’analyse des
connexions causales propres à la réalité empirique. Dès lors que nous voulons
saisir et expliquer causalement cette réalité elle-même, en ses composantes
dotées d’une signification culturelle, la théorie économique se révèle alors
aussitôt être une somme de concepts « idéal-typiques ». Ce qui veut dire que
ses propositions présentent une série de processus construits par la pensée,
qui ne se rencontrent que rarement dans la réalité historique correspondante,
et souvent pas du tout en cette « pureté idéale », mais qui par ailleurs – étant
entendu que leurs éléments sont tirés de l’expérience [397] et ne gagnent en
rationalité que par la pensée – sont utilisables comme moyens heuristiques
pour l’analyse de la diversité empirique aussi bien que comme moyens pour
construire la présentation de celle-ci.
Pour finir, revenons encore une fois à Brentano. Il a commencé (p. 67) par
donner de la loi de Weber-Fechner une formulation plus précise, telle que,
selon lui, elle serait au fondement aussi de l’économie politique, dans le sens
suivant : pour susciter d’une manière générale une sensation, le seuil de
stimulus (voir
supra) devrait être franchi ; après le franchissement de ce
dernier, tout nouvel accroissement de stimulus devrait accroître la sensation,
au moins de manière proportionnelle, jusqu’à ce que, une fois l’optimum
atteint (lequel varie selon les individus), l’intensité de la sensation s’accroisse
certes non pas de manière absolue, mais dans une proportion moindre que
l’accroissement du stimulus et jusqu’à ce qu’enfin, le stimulus croissant de
façon ininterrompue, on atteigne le point à partir duquel la sensation diminue
elle aussi dans l’absolu, pour finalement disparaître totalement par épuisement de l’énergie nerveuse. Puis il poursuit : « Cette loi avait acquis une
reconnaissance en économie politique… en tant que loi du
rendement décroissant du sol, car elle gouverne la croissance des plantes. » On se demande
d’abord avec étonnement : la terre arable et les plantes réagissent-elles donc
selon des lois
psychologiques ? Or, en haut de la page 67, Brentano avait dit
quelque chose de plus général, à savoir que selon une loi
physiologique
universelle chaque « processus vivant » perd en intensité, lorsque les conditions qui le favorisent s’accroissent au-delà d’un optimum déterminé et, à
l’évidence, l’exemple du rendement décroissant du sol se rapporte à cette
proposition et non à celle qui la précède immédiatement. Mais ensuite, il
conçoit la loi de Weber-Fechner comme un cas spécifique de ce principe
d’
optimum universel et, manifestement, la théorie de l’utilité marginale est
conçue à son tour comme un sous-cas de ce cas particulier. Elle apparaît ainsi
comme directement liée à une loi fondamentale de toute « vie » comme telle.
Certes, le concept d’« optimum » est effectivement commun à la théorie
économique et à l’analyse physiologique et psychophysique et de pointer
cette analogie à titre d’
illustration peut très bien, selon l’objectif concret
d’enseignement, avoir une valeur
pédagogique. Toutefois de tels « optima »
ne sont aucunement limités aux « processus vivants ». Toute machine par
exemple possède habituellement un optimum de capacité d’accomplissement
[
Leistungsfähigkeit]
[35] [398] en vue de buts déterminés : un apport supplémentaire en combustible ou une alimentation en matière première, etc., audelà de cet optimum diminue tout d’abord relativement, puis dans l’absolu, le
résultat de son accomplissement. Et au seuil de « stimulus psychophysique »
correspond pour elle le « seuil de chauffe ». Le concept d’« optimum » a
donc, tout comme les autres concepts introduits par Brentano et liés à ce
dernier concept, un champ d’application
encore plus général et
n’est pas lié
aux principes propres aux « processus vivants ». Par ailleurs, ce concept
recèle, comme on le voit déjà au seul examen de la signification du mot, une
« valeur fonctionnelle » téléologique : « optimum » – pour quoi ? Il apparaît
manifestement surtout là – peu importe si c’est partout ou uniquement là – où
nous opérons explicitement ou tacitement à l’aide de la catégorie de « fin ».
Et ceci se produit quand nous pensons un complexe donné d’éléments divers
comme une
unité, quand nous rapportons cette unité à un
résultat déterminé,
et qu’alors nous l
’évaluons par rapport à ce résultat comme un « moyen » en
vue de l’atteindre, que ce résultat soit atteint ou non, qu’il le soit incomplètement, qu’il le soit en recourant à un petit nombre ou à un grand nombre de
moyens ; quand donc nous avons une diversité donnée de pièces d’acier et de
métal usinées de toutes les façons, laquelle diversité, rapportée au but de
produire du « tissu » à partir de « fil », se présente à nous comme une
« machine » d’une nature déterminée, donc quand nous considérons cette
diversité sous l’angle de la
quantité de tissu de nature déterminée qu’elle est
« capable » de produire par unité de temps, moyennant l’utilisation de quantités de charbon et d’accomplissements de travail [
Arbeitsleistungen] déterminés. Ou quand nous cherchons à savoir, concernant des formations
déterminées constituées de « cellules nerveuses », quelle serait leur « fonction », c’est-à-dire en réalité leur « accomplissement » qui correspondrait à
leur « finalité » consistant à transmettre, en tant qu’éléments d’un organisme
vivant, des sensations déterminées. Ou quand nous considérons les constellations cosmiques et météorologiques en posant la question de savoir où et
quand, par exemple, le projet d’une observation astronomique bénéficierait de
l’« optimum » de chances de succès. Ou, enfin, quand nous voyons l’homme
économique traiter son environnement du point de vue de la « saturation » de
ses besoins. Arrêtons-là ces développements, puisque je reviendrai en une
autre occasion sur ces problèmes de construction conceptuelle, pour autant
qu’ils relèvent de
notre domaine de connaissance ; il vaut mieux en effet
laisser les questions « biologiques » aux [399] biologistes. F. Gottl
[36] et
O. Spann
[37], par exemple, ont écrit récemment beaucoup de bonnes choses
sur ces sujets, à côté d’autres choses – en particulier chez Gottl – auxquelles
je ne saurais adhérer. Notons simplement encore, pour nous rassurer, que les
problèmes des valeurs « absolues » ou des « valeurs culturelles universelles »,
dont il est tant débattu, ou même la prétendue « opposition » entre «
causa et
telos », telle qu’elle a été établie de manière si confuse par Stammler
[38],
n’ont strictement rien à voir avec ces questions purement
techniques de la
construction des concepts, dont il est question ici, pas beaucoup plus que la
comptabilité commerciale – un processus qu’il faut indubitablement « interpréter » comme « téléologico-rationnel » – n’a à voir avec la téléologie d’un
gouvernement divin du monde.
Ce qu’il s’agissait ici exclusivement de montrer, c’est que le concept
d’« optimum », sur lequel Brentano semble mettre l’accent pour sa thèse
n’est, lui non plus, ni de nature spécifiquement psychologique, ni de nature
psychophysique, physiologique ou encore biologique, mais qu’il est commun
à toute une série de problèmes, très hétérogènes par ailleurs entre eux, et que
par conséquent il ne dit rien sur les fondements de la théorie économique et, à
coup sûr, ne fait pas de la théorie de l’utilité marginale un cas d’application
de la loi de Weber-Fechner ou de n’importe quelle loi physiologique
fondamentale.
[*]
Textes traduits par J.-P. Grossein.
[**]
Ce texte a d’abord fait l’objet d’une
publication sous le titre « Die Grenznutzlehre
und das “psychophysische Grundgesetz” » dans
Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik,
1908,
27, 2, pp. 546-558 avant d’être repris
dans l’édition posthume des
Gesammelte
Aufsätze zur Wissenschaftslehre, Tübingen,
J. C. B. Mohr (Paul Siebeck), (1
re éd. 1922). Il
s’agit, au départ, d’un compte rendu de l’étude
suivante : Lujo Brentano,
Die Entwicklung der
Wertlehre (Comptes rendus de séance de l’Académie Royale des Sciences de Bavière. Section
philosophique, philologique et historique.
Année 1908, troisième contribution, 15.02.
1908), Munich, Verlag der Akademie.
Nous renvoyons entre crochets à la
pagination restée inchangée depuis la troisième
édition (1968), désignée par la suite :
WL. Les
deux procédés typographiques (guillemets et
espacements) auxquels Weber recourt systématiquement sont scrupuleusement reproduits, à ce
détail près que les espacements sont, à l’instar
des éditions allemandes modernes, remplacés
par des italiques.
Un premier état de cette traduction a été
réalisé sous la direction de Jean-Pierre
Grossein, dans le cadre d’un atelier de
traduction au sein du département de sciences
sociales de l’ENS de Cachan, durant l’année
2002-2003. Ont participé régulièrement à cet
atelier Gilles Bastin, Wolf Feuerhahn, Laurent
Fleury, Romain Melot, Laure de Verdalle et
Cécile Vigour. Le texte définitif a été établi par
Jean-Pierre Grossein, avec la contribution de
Wolf Feuerhahn qui a rédigé l’ensemble de
l’annotation. Les quelques notes de Weber lui-même sont indiquées comme telles.
[(1)]
Ludwig Josef alias Lujo Brentano
(1844-1931), frère du philosophe Franz
Brentano, membre fondateur du
Verein für
Sozialpolitik (1872), défenseur des droits
syndicaux, libéral, faisait partie de l’aile gauche
de l’École historique en économie comme Max
Weber, dont il était proche. Il fut professeur
ordinaire à Munich de 1891 à 1914.
[(2)]
Ludwig Fick (1871-1897) s’engagea
après sa thèse, sous la direction de L. Brentano,
dans une enquête de grande ampleur sur l’histoire des théories de la valeur. Le 7 janvier
1897, il déposait le manuscrit de ce qui devait
être une thèse d’habilitation sur l’histoire des
théories de la valeur, mais mourait de l’appendicite deux mois plus tard.
[(3)]
Note de Weber : R. Kaulla,
Die
geschichtliche Entwicklung der modernen
Werttheorien, Tübingen, 1906. Voir aussi :
O. Kraus, « Die aristotelische Werttheorie in ihrer
Beziehung zu den Lehren der modernen Psycho-logenschule » (
Zeitschrift für [
die gesamte]
Staatswissenschaft, 1905,61, p. 573
sq.).
[(4)]
Rudolf Kaulla (1872-1954). Son livre,
cité
supra, a également fait l’objet d’un compte
rendu par J. Schumpeter dans la revue dirigée
par G. Schmoller,
Jahrbuch für Gesetzgebung,
Verwaltung und Volkswirtschaft im Deutschen
Reich, 1909,
33, 3, pp. 399-400.
[(5)]
Sur ce point, voir dans ce numéro
W. Feuerhahn « Sociologie, économie et
psychophysique ».
[(6)]
Théorie subjective de la valeur, résultat
des travaux indépendants du Britannique
Jevons (1835-1882), du Suisse Walras (1834-1910) et de l’Autrichien Carl Menger (1840-1921), elle défend l’idée selon laquelle la valeur
des biens de consommation est proportionnelle à
leur utilité marginale, c’est-à-dire à l’utilité de la
dernière unité consommée de chaque bien.
L’expression d’« utilité marginale » [
Grenznutzen] a été introduite par Friedrich von Wieser
(1851-1926) dans
Ueber den Ursprung und die
Hauptgesetze des wirtschaftlichen Werts, Wien,
1884, p. 128. Pour davantage de précisions sur
cette théorie, voir le texte de G. Campagnolo
dans ce numéro.
[(7)]
Voir Brentano (1908, pp. 67-68).
[(8)]
Weber reprend ici textuellement la
remarque de Brentano (p. 68), laquelle s’appuie
sur une notation de Kaulla (1906, p. 248).
Friedrich Albert Lange (1828-1875) prétend en
effet que la loi de Weber-Fechner peut être
appliquée à un grand nombre de phénomènes
politiques et sociaux (
Die Arbeiterfrage. Ihre
Bedeutung für Gegenwart und Zukunft [La
question ouvrière. Sa signification pour
aujourd’hui et pour l’avenir], 2. umgearbeitete
und vermehrte Auflage, Winterthur, 1870,
p. 116).
[(9)]
Fechner propose d’étendre l’application
de la loi de Weber à la valeur économique des
biens (
Elemente der Psychophysik, 1860, I,
pp. 236-238) en s’appuyant entre autres sur les
recherches de D. Bernoulli.
[(10)]
Voir sur ce point Lange (1870, p. 115).
[(12)]
Ce dont témoigne notamment l’article
d’Oskar Kraus (1872-1942) cité par Weber
(p. 384), intitulé « Die Aristotelische Werttheorie
in ihren Beziehungen zu den Lehren der
modernen Psychologenschule » [La théorie
aristotélicienne de la valeur dans ses relations
aux doctrines de l’école moderne des psycho-logues] dans lequel Kraus, par ailleurs
(suite note 12)
ami et admirateur de Franz Brentano, opère un
rapprochement entre le marginalisme autrichien
de Carl Menger et la
Psychologie vom
empirischen Standpunkte [
Psychologie d’un
point de vue empirique, trad. M. de Gandillac,
Aubier, 1944] de Franz Brentano (1874).
[(13)]
Gustav Schmoller (1838-1917), figure
éminente de l’école historique en économie
(cofondateur en 1872 puis directeur [à partir de
1890] du
Verein für Sozialpolitik) avait initié
une querelle des méthodes en s’opposant en
1883 (« Zur Methodologie der Staats- und
Sozialwissenschaften »,
Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft im
deutschen Reich, 1883,7, pp. 975-994) à l’épistémologie défendue par Carl Menger, fondateur
de l’école marginaliste autrichienne, dans ses
Untersuchungen über die Methode der Sozialwissenschaften und der politischen Ökonomie
insbesondere (1883). Or, dans ce compte rendu
qui recense également – mais cette fois-ci d’une
façon très élogieuse – l’
Einleitung in die
Geisteswissenschaften [
Introduction aux
sciences de l’esprit, trad. par S. Mesure, Le
Cerf, 1992] de Dilthey, il souligne que
« l’anthropologie et la psychologie en tant que
sciences des unités psychophysiques de vie
constituent le fondement de toutes les autres
sciences de l’esprit » (p. 990).
[(14)]
Dans les notes historiques sur la
genèse de la psychophysique (
Elemente der
Psychophysik, 1860, II, pp. 548-569), Fechner
souligne le rôle de modèle qu’a pu jouer
l’œuvre de Bernoulli dans son propre travail,
notamment le recours à une fonction logarithmique (
ibid., pp. 549-550).
[(15)]
Note de Weber : Donc bien
évidemment aussi : un stimulus qui
provient de
l’« intérieur » du corps propre.
[(16)]
Max Weber reprend ici textuellement
le résumé des travaux de Ernst Heinrich Weber
(1795-1878) et notamment de son
De tactu
(1834) analysé par Fechner (1860, I, pp. 183-201) tel qu’il est proposé par Lange (1870, p. 115).
Lujo Brentano cite également E. H. Weber
(1908, pp. 66-67).
[(17)]
Ou « liminaire » pour une traduction
technique («
merklich » ayant à la fois le sens
commun de « perceptible » et le sens scientifique de « liminaire »). L’intensité est liminaire
quand elle est égale au seuil éveillant une
sensation (H. Piéron,
Vocabulaire de psycho-logie, PUF, 1994, p. 254).
[(18)]
Le « seuil de stimulus » ou « seuil
d’excitation » est la plus petite valeur d’un
stimulus pour laquelle se produit une sensation.
[(19)]
« Pour une stimulation sensorielle de
nature donnée et la sensation normale correspondante, le stimulus terminal est le stimulus
d’intensité maximale. Au-dessus de cette
intensité, des sensations pénibles dominent. »
(Piéron,
ibid., p. 432).
[(20)]
Le stimulus infraliminaire « n’atteint
pas un niveau manifestant sa présence, un seuil
d’efficience manifeste », au contraire le stimulus
est supraliminaire « quand son intensité dépasse
celle qui est juste nécessaire pour éveiller une
sensation » (Piéron,
ibid., p. 227, p. 436).
[(21)]
Disciple de Wilhelm Wundt, docteur
de l’université de Leipzig (1883), Heinrich
Julius Merkel (1858-1916) a reformulé le
problème psychophysique dans les termes de
Wundt : quelle relation mathématique existe-t-il entre l’intensité du stimulus et l’intensité que
la conscience attribue à la sensation (et non
l’intensité réelle de la sensation comme pour
Fechner) ? Il en a conclu que lorsqu’un
stimulus agit sur l’un de nos organes, son
énergie ne se transforme pas tout entière en
sensation. D’où la « loi de Merkel » : S =
kE où
S désignant la sensation, E le stimulus,
k est
une constante qui est moindre que l’unité. Voir
la série d’articles intitulée « Die Abhängigkeit
zwischen Reiz und Empfindung » [la dépendance entre stimulus et sensation] publiée dans
les
Philosophische Studien (IV, 1888 ; V,
1889 ; X, 1894).
[(22)]
La notion de
Leistung exprimant l’idée
d’un accomplissement, soit rapportée au
résultat de l’action effectuée, soit rapportée au
mode d’effectuation (idée de performance ou de
rendement), le terme d’« accomplissement »
semble le mieux approprié pour restituer ce
champ sémantique [J.-P. G.].
[(23)]
Charles Lewis Tiffany (1812-1902)
orfèvre et joaillier américain. Son fils, Louis
Comfort (1848-1933), monta une maison d’arts
décoratifs. À partir de 1890, ce dernier exerça
une influence sur l’Art nouveau européen,
surtout par ses vases en verre soufflé d’inspiration végétale. Aux États-unis,
Tiffany style
désigne l’Art nouveau.
[(24)]
Voir note 17. La faim serait ici une
situation « liminaire » en tant que stimulus dont
la valeur est égale au seuil.
[(25)]
Ce terme se trouve dans les
Études sur
l’hystérie [
Studien über Hysterie] publiées par
Josef Breuer et Sigmund Freud (Leipzig, Franz
Deuticke, 1895, p. 162 [trad. française : Anne
Berman, PUF, 2000, p. 147]) et désigne les
manifestations hystériques « déterminées par
des représentations ».
[(26)]
Il s’agit d’un système d’enregistrement graphique produit par des stylets
mobiles sur des tambours rotatifs. Professeur de
physiologie, Carl F. W. Ludwig (1816-1895)
inventa en 1847 un appareil (kymographion ou
hémodynamomètre) pour enregistrer les modifications de la pression sanguine artérielle. En
France, le physiologiste Étienne Jules Marey
(1830-1904) a perfectionné la méthode
graphique pour l’enregistrement de l’activité
physiologique et inventa en 1863 le sphygmographe afin d’enregistrer les battements du
pouls et, dans un usage plus général, ce qui est
resté sous le nom de « tambour de Marey ».
[(27)]
La conception de la société comme le
résultat d’interactions se trouve chez Dilthey
(
Gesammelte Schriften, I, 1990, p. 41, p. 421) et
Simmel (
Georg Simmel Gesamtausgabe, II,
1989, p. 131). Leur différence tient à ce qui
interagit (seulement des individus pour Dilthey
ou aussi des groupes pour Simmel). Weber
esquisse à cette période (1908) un article sur
Simmel dans lequel il critique vivement son
usage du concept d’interaction (« Georg
Simmel als Soziologe und Theoretiker der
Geldwirtschaft »,
Simmel Newsletter, 1991,
1,
1, pp. 9-13).
[(28)]
Dans le cadre du troisième Congrès
international de psychologie (Munich, août
1896), Theodor Lipps (1851-1914), professeur à
Munich de 1894 à 1914, présenta une communication intitulée « Der Begriff des Unbewussten
in der Psychologie » [le concept d’inconscient en
psychologie] (
III. Internationaler Kongress für
Psychologie in München vom 4. bis 7. August
1896, Munich, J. F. Lehmann, 1897, pp. 146-164), vivement remarquée selon H. Ellenberger
(
Histoire de la découverte de l’inconscient,
Fayard, 1994, pp. 789-790).
[(29)]
Weber fait ici référence à la série
d’articles méthodologiques relatifs à l’enquête
sur les ouvriers d’industrie qu’il rédige à la
même époque. Textes reproduits dans
Max
Weber Gesamtausgabe I/11, pp. 162-380 et
richement présentés par Wolfgang Schluchter
avec la collaboration de Sabine Frommer.
[(30)]
Dans son cours d’économie théorique,
Weber montre que, pour expliquer les motifs de
la valorisation subjective des biens, les marginalistes font l’hypothèse d’« économies
isolées » au sens d’« économies singulières qui
agissent économiquement
sans échanger, sur la
(suite note 30)
base de réserves de biens de jouissance et de
moyens de productions donnés (des réserves de
biens et de travail) » (Weber,
Grundriss zu den
Vorlesungen über Allgemeine («
theoretische »
)
Nationalökonomie [1898], J. C. B. Mohr, 1990,
p. 34). Voir aussi : C. Menger,
Grundsätze der
Volkswirtschaftslehre [1871], J. C. B. Mohr,
1968, pp. 30-31, p. 80 et Johann von
Komorzynski
Der Werth in der isolierten
Wirtschaft, Manz, 1889,
Vorwort cité dans
Weber, 1990, p. 7.
[(31)]
Note de Weber : On ne veut bien
entendu pas dire par là qu’il faudrait, dans ce
cadre, complètement assimiler la « technique »
des entrées comptables à celle qui caractérise
une entreprise économique individuelle de nos
jours.
[(32)]
Procédure de cotation consistant à
établir journellement un cours unique pour
chaque action sur la base des offres d’achat et de
vente faites préalablement et d’un accord entre
les différents intéressés, la fixation de ce cours
devant intervenir obligatoirement avant les
opérations effectives [Nous remercions Cornelia
Meyer-Stoll pour ces indications – J.-P. G.].
[(33)]
Dans le chapitre 5 de ses
Grundsätze
der Volkswirtschaftslehre (1871), Carl Menger
développe une doctrine de la formation des prix
qui va à l’encontre de la théorie classique, selon
laquelle celle-ci résulterait de l’échange entre
des biens objectivement équivalents. Menger
conteste l’existence de tels équivalents objectifs
et montre au contraire que la formation des prix
doit être expliquée à partir de la tendance des
hommes à satisfaire leurs besoins. Dans le cas
de l’échange de deux biens entre deux sujets
économiques, les prix sont formés entre deux
limites constituées à partir des quantités de
biens considérées par chaque sujet (donc
subjectivement et non objectivement) comme
des équivalents. Son disciple, Eugen von
Böhm-Bawerk (1851-1914), développe dans sa
Positive Theorie des Kapitals (Innsbruck,
Wagner, 1889) cette théorie de la formation des
prix et montre par exemple que dans l’échange
isolé entre deux personnes souhaitant échanger,
le prix est fixé dans un écart dont la limite
supérieure est l’estimation subjective du bien
par l’acheteur et dont la limite inférieure est
l’estimation du vendeur (p. 207).
[(34)]
Note de Weber : Je ne vois pas très bien
sur quoi repose le traitement dépréciatif que
Brentano réserve aux « Autrichiens ». K. Menger
[Il faut lire : C. Menger] a présenté des pensées
inabouties au plan méthodologique, mais excellentes, et pour ce qui touche à la question du
« style », au demeurant surestimée de nos jours au
détriment du contenu objectif de la pensée, c’est
bien plutôt, non pas ce dernier, mais von Böhm-Bawerk qui excelle en la matière. [Dans son
texte, Brentano nie certes l’originalité du projet
de Menger et présente Böhm-Bawerk et Wieser
comme de zélés propagandistes du marginalisme
(p. 68), mais ne parle pas de leur style. Dans une
lettre adressée à Weber, L. Brentano lui reproche
donc cette note. Weber lui répond dans une lettre
datée du 30.10.1908 (
MWG II/5, pp. 688-689)
en s’excusant d’avoir fait mention écrite de ses
remarques orales – W. F.].
[(35)]
Voir
supra note 22 [N. d. T.].
[(36)]
Friedrich Gottl (devenu en 1907 von
Gottl-Ottlilienfeld) (1868-1958) fait partie des
interlocuteurs de Weber en matière d’épistémologie. Malgré les critiques de
Die Herrschaft
des Wortes (1901) énoncées dans ses essais sur
Roscher et Knies (
WL, pp. 95-105 notamment),
Weber soutint son travail, notamment la publication d’une série d’articles sur la formation
des concepts en sciences sociales (« Zur sozialwissenschaftlichen Begriffsbildung »
Archiv für
Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1906,
23,
2, pp. 403-470 ; 1907,
24, 2, pp. 265-326 ;
1909,
28, 1, pp. 72-100). Gottl est également
l’auteur de
Die Grenzen der Geschichte (1904).
[(37)]
Othmar Spann (1878-1950) fut un
interlocuteur de Weber en matière d’épistémologie. Weber fait ici probablement référence à
(suite note 37)
l’ouvrage de Spann :
Untersuchungen über den
Gesellschaftsbegriff zur Einleitung in die
Gesellschaftslehre, 1. Bd :
Wirtschaft und
Gesellschaft. Eine dogmenkritische Untersuchung (Dresden, Verlag von O. V. Böhmert,
1907).
[(38)]
La deuxième édition du livre de
Rudolf Stammler (1856-1938), philosophe
néokantien du droit, professeur à Halle (1885-1916), intitulé
Wirtschaft und Recht nach der
materialistischen Geschichtsauffassung. Eine
sozialphilosophische Untersuchung (Leipzig,
Verlag von Veit & Comp., 1906) [1
re éd. 1896]
a fait l’objet d’un compte rendu très critique
publié par Weber en 1907 dans
Archiv für
Sozialwissenschaft und Sozialpolitik (
WL,
pp. 291-359). Weber avait esquissé une suite
consacrée à la critique de l’opposition chez
Stammler entre « causalité et telos », qui ne
sera publiée qu’à titre posthume (
WL, pp. 360-383 et plus précisément, pp. 360-368).
Traduction française : Max Weber,
Rudolf
Stammler et le matérialisme historique, trad. et
introduit par M. Coutu, D. Leydet, G. Rocher,
E. Winter, Presses de l’Université de Laval/
Le Cerf, 2001.