Revue française de sociologie
Ophrys

I.S.B.N.2708011243
368 pages

p. 905 à 920
doi: en cours

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MAX WEBER : TEXTES

Volume 46 2005/4

2005 Revue française de sociologie MAX WEBER : TEXTES

La théorie de l’utilité marginale et la « loi fondamentale de la psychophysique »  [**]

[384] L’étude consiste d’une part en un résumé et d’autre part en une critique des résultats auxquels ont conduit les recherches sur le développement de la théorie de la valeur depuis Aristote, lesquelles avaient été inspirées par Brentano [1], menées d’abord par L. Fick, malheureusement très tôt décédé [2], et ensuite achevées [3], d’ailleurs de manière absolument autonome, par un autre de ses élèves, le Dr R. Kaulla [4]. Parmi le grand nombre d’idées stimulantes qu’offre cette étude, comme chaque étude de Brentano, mentionnons ici uniquement les développements qui concernent la relation entre les concepts de « caractère utilisable » [Brauchbarkeit] et de « valeur d’usage » (p. 42 sq.) et qui offrent certainement la formulation la plus claire de ce qui a été dit sur ce sujet dans un espace aussi ramassé [5].
On partira ici du seul point qui, dans les analyses de Brentano, appelle la contradiction. Il concerne les prétendues relations entre la « théorie de l’utilité marginale » [6], et plus généralement toute théorie « subjective » de la valeur, et certaines propositions universelles de la psychologie expérimentale, en particulier la loi dite de Weber-Fechner. Ce n’est nullement la première fois, comme le souligne Brentano lui-même [7], que l’on tente de comprendre la théorie économique de la valeur comme une application de cette loi. On trouve une telle tentative développée de manière très explicite [385] déjà dans la deuxième édition de Die Arbeiterfrage de F. A. Lange [8], l’ébauche s’en trouve même déjà dans la première édition de la Psychophysik de Fechner (1860) [9]. Cette tentative resurgit depuis avec une extraordinaire fréquence. Lange lui-même avait considéré cette « loi » célèbre comme une confirmation et une généralisation des propositions que Bernoulli avait établies en son temps, concernant le rapport entre l’évaluation relative (personnelle) d’une somme d’argent et le montant absolu de la fortune du propriétaire de cette somme ou de celui qui la reçoit ou encore de celui qui la consomme [10]. Et de son côté, il avait essayé d’apporter des exemples attestant de sa signification encore plus universelle tirés de la vie politique (sensations ressenties face à l’oppression politique, etc.) [11]. On ne cesse de rencontrer, de manière générale, l’affirmation selon laquelle la théorie de la valeur de ladite « École autrichienne » serait fondée « psychologiquement » [12], alors que de l’autre côté les représentants les plus éminents de l’« École historique » revendiquent également d’avoir aidé la « psychologie » à obtenir gain de cause face aux abstractions « jusnaturalistes » de la théorie [13]. Étant donné la polysémie du terme « psychologique », il serait parfaitement inutile de se quereller avec les deux parties pour savoir laquelle peut le revendiquer ; selon les cas, ce peut être les deux ou aucune. Mais ici on a affaire à l’affirmation nettement plus précise de Brentano selon laquelle la « loi psychophysique fondamentale » serait le fondement de la « théorie de l’utilité marginale », cette dernière étant donc une application de celle-là. On se bornera ici à montrer qu’il s’agit d’une erreur.
Ce que l’on appelle la loi psychophysique fondamentale a connu des transformations quant à sa formulation, son champ de validité et son interprétation, comme Brentano le mentionne lui-même. Brentano quant à lui résume son contenu tout d’abord (p. 66) de manière très générale en ces termes : Fechner aurait montré que « dans tous les domaines de la sensation se manifeste la même loi de dépendance de la sensation à l’égard du stimulus, que celle que Bernoulli avait établie concernant le rapport de dépendance entre la sensation de bonheur que procure l’accroissement d’une somme d’argent et le montant de la fortune de celui qui ressent cette sensation ». Bien que la référence à Bernoulli se trouve de manière exactement identique chez Fechner lui-même [14], elle prête cependant à des malentendus. Fechner, certes, a été entre autres inspiré aussi par la méthode de Bernoulli. Mais la question de savoir jusqu’à quel point deux sciences, par ailleurs hétérogènes, se sont mutuellement [386] fécondées au cours de la genèse de certaines de leurs constructions conceptuelles qui sont apparentées quant à leur objectif de méthode, est une question qui ressortit purement à l’histoire des textes. Cette question n’a rien à voir avec notre problème ici : à savoir si la loi de Weber-Fechner représente le fondement théorique de la théorie de l’utilité marginale. Darwin par exemple a été inspiré par Malthus, mais les théories de Malthus ne sont pas les mêmes que celles de Darwin ; les unes ne sont pas non plus un cas spécifique des autres et toutes deux ne sont pas non plus des cas spécifiques d’une loi encore plus universelle. Il en va de même dans notre cas. Le « bonheur » n’est pas un concept qui peut être appréhendé par la psychophysique, il n’est absolument pas un concept unifié d’un point de vue qualitatif, comme on aimait à le croire à l’époque de l’éthique utilitariste. Les psychologues protesteraient assurément contre son identification avec le concept de plaisir, lequel fait l’objet parmi eux de vives disputes quant à sa portée. Mais mettons cela de côté ; même s’il était pensé comme une analogie vague, une simple image ou une comparaison, le parallèle serait boiteux. Car même en ce cas, il n’est valable que de manière extérieure et pour une partie seulement du problème. Le « stimulus » de Fechner est toujours un processus « extérieur », c’est-à-dire corporel [15], et donc directement mesurable quantitativement – au moins dans le principe – même si cela n’est pas possible dans les faits, processus en regard duquel nous trouvons des « sensations » conscientes déterminées à titre d’« effet » ou de « processus parallèle ». À ce stimulus devrait correspondre l’accroissement bernoullien d’une « somme d’argent », parce que ce dernier est également un processus « extérieur » ; et d’un point de vue tout à fait extérieur il pourrait effectivement y correspondre. Mais qu’est-ce qui correspond dans la loi psychophysique fondamentale à la « fortune » que possède déjà celui qui (chez Bernoulli) bénéficie d’un accroissement d’argent ? Ce problème semble, au moins extérieurement, aisé à résoudre. Dans les fameuses expérimentations wébériennes [16] sur la sensibilité différentielle de l’individu à un accroissement de poids, on peut penser la charge initiale comme étant l’équivalent de la fortune monétaire initiale. Acceptons cela également. Selon les observations wébériennes qui constituent le fondement de la loi psychophysique fondamentale, on pourrait énoncer la proposition simple qui suit : celui qui a déjà une charge initiale de 6 demi-onces (par exemple : sur le plat de sa main) et éprouve en sus un accroissement du trentième, soit 1/5e de demi-once, celui-là éprouvera aussi, pour une charge de 12 demi-onces, un accroissement différentiel du trentième, soit ici : [387] 2/5es de demi-once ; et à l’instar de ce qui se passe pour le « sens du toucher », il en va de même pour les autres « stimuli sensoriels ». La différence entre deux séries de stimuli serait donc éprouvée de la même manière dans la conscience lorsque le rapport entre l’accroissement du stimulus et le stimulus de base [Grundreiz] est objectivement le même. Pour le dire autrement : l’intensité du stimulus ne pourrait que croître dans un rapport géométrique, si l’intensité perceptible [17] [Merklichkeitsstärke] de la sensation devait croître dans un rapport arithmétique. Nous laissons ici complètement de côté la question de savoir dans quelle mesure cette « loi » formulée de la sorte a été vérifiée empiriquement. On lui a ajouté les concepts de « seuil de stimulus » [« Reizschwelle »] [18], « stimulus terminal » [« Reizhöhe »] [19] et ceux de stimuli « infra- » et « supraliminaire » [20] et tout un dédale de lois particulières (par exemple celle de Merkel [21]) s’est agrégé autour d’elle. Et si maintenant on transposait la bonne vieille formule de Weber à des processus économiques et si l’on posait donc avec Brentano – aussi osé cela soit-il – que : augmentation de fortune = accroissement du « stimulus », on obtiendrait le résultat suivant (comme chez Bernoulli) : si, pour un individu qui possède 1 000 marks, une augmentation de son patrimoine de 100 marks s’accompagne d’une sensation d’un « bonheur » accru d’une intensité déterminée, alors pour ce même individu, dans le cas où il possèderait 1 million de marks, une augmentation de son patrimoine de 100 000 marks s’accompagnerait d’une sensation de bonheur de la même intensité. Supposons qu’il en aille ainsi et qu’en outre les concepts de « seuil de stimulus » et de « stimulus terminal » et plus généralement la courbe de la loi de Weber puissent être transposés par analogie, d’une manière ou d’une autre, aux « sensations de bonheur » éprouvées lorsque l’on acquiert de l’argent, cela concernerait-il éventuellement les questions auxquelles la théorie économique tente de répondre ? Et pour les propositions de cette théorie, la validité de la courbe logarithmique des psychophysiciens constitue-t-elle le fondement sans lequel elles ne pourraient être comprises ? Il ne fait aucun doute qu’il vaut la peine d’examiner comment les différents grands groupes de « besoins » qui ont une pertinence pour l’analyse économique se comportent, selon le degré, mais aussi, surtout, selon le mode de leur « saturation » [Sättigung], point sur lequel la loi psychophysique fondamentale n’apporte déjà plus rien. Un bon nombre de développements concernant, par exemple, la signification de l’économie monétaire pour l’expansion qualitative des besoins relèvent de ce champ, de même que, par exemple, les recherches sur les changements de l’alimentation sous la pression de transformations économiques, etc. [388] Mais il apparaît qu’aucune observation de ce genre ne s’oriente en fonction de la théorie soi-disant fondamentale de Weber-Fechner. Et si l’on analysait les différents groupes de besoins, soit par exemple les besoins alimentaires, les besoins de logement, les besoins sexuels, les besoins d’alcool, les besoins « spirituels », esthétiques, etc., en suivant leur croissance et décroissance selon la quantité d’apport en « moyens de saturation », la courbe logarithmique établie par la règle de Weber-Fechner présenterait, certes, parfois des analogies plus ou moins poussées, parfois en revanche seulement des analogies bien ténues, voire aucune ; et il ne serait pas rare du tout que la courbe apparaisse la tête en bas (voir infra). Tantôt les courbes présenteraient une rupture brutale, tantôt elles prendraient des valeurs négatives, tantôt non, tantôt elles évolueraient proportionnellement à la « saturation », tantôt elles tendraient de façon asymptotique vers zéro – il en irait différemment pour presque chaque sorte de « besoin ». Mais quoi qu’il en soit, on pourrait cependant, en l’occurrence, trouver au moins çà et là des analogies. Supposons, sans entrer dans l’analyse, que l’on trouve de telles analogies – toujours assez vagues et fortuites – encore également en ce qui concerne la possibilité, si importante, de modifier la « saturation » des besoins quant à son mode, et donc quant aux moyens. Il conviendrait alors d’ajouter ceci : dans la théorie de l’utilité marginale de l’économie politique, ainsi que dans toute théorie « subjective » de la valeur, lorsque l’on se rapporte de façon générale aux états « psychiques » de l’individu, on ne part pas d’un « stimulus » extérieur, mais, exactement à l’inverse de la loi psycho-physique fondamentale, d’un « besoin », c’est-à-dire, si l’on veut donc s’exprimer « de manière psychologique » : on part d’un complexe de « sensations », de « situations affectives », d’états de « tension », de « déplaisir » et d’« attente » et de toutes choses semblables, chacune étant éventuellement d’une nature extrêmement complexe, tout cela combiné de surcroît avec des « images mnésiques », des « représentations des fins » et, selon les circonstances, des « motivations » les plus diverses qui luttent entre elles. Et tandis que la loi psychophysique fondamentale veut nous enseigner de quelle manière un stimulus extérieur provoque des états psychiques, ce que l’on nomme des « sensations », l’économie politique, à l’inverse, prend pour objet le fait que des états « psychiques » de cette nature provoquent un comportement extérieur (une action) ayant une orientation déterminée. Bien entendu, ce comportement extérieur agit ensuite, de son côté, en retour sur le « besoin » dont il procède, en le faisant disparaître, ou du moins en tendant à le faire, par le moyen de la « saturation » [389] – processus qui à son tour, du point de vue psychologique, est très complexe et n’est pas même univoque, en tout cas très exceptionnellement identifiable à une « sensation » simple au sens psychologique. En termes psychologiques, le problème ne serait donc pas le mode de « sentir », mais le mode de « réagir ». Nous trouvons donc déjà dans ces processus élémentaires de « l’action » (esquissés ici volontairement à très grands traits) un déroulement d’événements [Geschehnisse] qui, dans le meilleur des cas, pour une petite partie – la dernière – de leur cours peuvent être d’une structure « analogue » à celle des objets des expérimentations wébériennes sur les poids, et de tout objet semblable ; mais, globalement, ces événements ont manifestement une structure tout autre. Mais à cela s’ajoute que ce processus élémentaire, y compris dans la forme où nous l’avons dépeint ici, ne pourrait manifestement jamais conditionner ni rendre possible la naissance d’une économie politique comme science. Il représente au mieux pour sa part une composante des événements auxquels notre discipline a affaire. En effet l’économie politique, comme le présuppose aussi l’exposé plus approfondi de Brentano lui-même, a pour tâche d’examiner la manière dont l’action des hommes se configure : 1) du fait de la concurrence entre des « besoins » divers qui demandent à être « saturés » ; 2) du fait du caractère limité – non pas seulement de la « capacité à éprouver des besoins », mais surtout des « biens » et des « forces de travail » matériels, utilisables pour « satisfaire » ces besoins ; enfin 3) du fait d’un mode tout à fait déterminé de coexistence d’hommes divers affectés par des besoins identiques ou semblables, mais pourvus, ce faisant, de réserves de biens différentes pour les saturer, et du fait d’un mode déterminé de concurrence entre ces hommes pour obtenir les moyens de saturation. Dès lors, non seulement les problèmes qui apparaissent ici ne peuvent pas être considérés comme des cas spéciaux ou des complications de cette « loi psychophysique fondamentale », non seulement les méthodes pour résoudre ces problèmes ne sont pas de la psychophysique appliquée ou de la psychologie, mais les deux n’ont tout simplement rien à voir avec cela. Les propositions de la théorie de l’utilité marginale, comme le montre la réflexion la plus simple, non seulement sont totalement indépendantes du champ de validité de la loi de Weber, ou même du fait que cette loi ait un quelconque champ de validité, mais elles ne dépendent pas non plus du fait que l’on puisse établir une quelconque [390] proposition concernant la relation entre le « stimulus » et la « sensation », dont la validité serait absolument universelle. Pour que la théorie de l’utilité marginale soit possible, il suffit entièrement : 1) que soit exacte l’expérience quotidienne suivant laquelle les hommes dans leur action sont poussés entre autres aussi par des « besoins » qui ne peuvent être satisfaits que par la consommation de biens matériels en quantité à chaque fois limitée ou par des accomplissements de travail [Arbeitsleistungen] [22], ou encore par les produits de ceux-ci, ensuite 2) que soit pertinente l’expérience quotidienne, selon laquelle pour la plupart des besoins, et précisément pour ceux qui sont ressentis subjectivement comme les plus pressants, une consommation croissante de ces biens et de ces accomplissements aboutit à une quantité croissante de « saturation », de telle manière que d’autres besoins « non saturés » apparaissent dès lors comme plus pressants et qu’enfin, 3) les hommes – à quelque degré que ce soit – possèdent la capacité d’agir « en finalité » [zweckmässig], c’est-à-dire en recourant à l’« expérience » et au « calcul prévisionnel ». Ce qui veut dire que les hommes soient capables d’agir de telle manière qu’ils répartissent les « biens » et les « forces de travail » disponibles et accessibles – limités dans leur quantité selon les différents « besoins » du présent et du futur prévisible – en fonction de la signification qu’ils attribuent à ceux-ci. Or, cette « signification » n’est visiblement pas identique par exemple à une sensation produite par un « stimulus » physique. Quant à savoir ensuite si la « saturation » des « besoins » s’accomplit à chaque fois suivant une progression qui aurait une quelconque similitude avec celle posée par la loi de Weber-Fechner concernant l’intensité des « sensations » provoquées par les « stimuli », c’est une question que l’on peut laisser de côté ; mais si l’on réfléchit à la progression de la « saturation » au moyen de vases Tiffany [23], de papier toilette, de cervelas, d’éditions de classiques, de prostituées, d’assistance médicale ou cléricale, etc., la courbe logarithmique de la « loi psycho-physique fondamentale » apparaît tout à fait problématique en tant qu’analogie. Et si quelqu’un traite son « besoin », par exemple de satisfaire ses « besoins intellectuels » même aux dépens de son alimentation, en achetant des livres et en dépensant de l’argent pour suivre des cours sans satisfaire suffisamment sa faim – voilà quelque chose qu’une « analogie » psychophysique ne rend en tous cas pas plus « compréhensible ». Pour la théorie économique, il suffit entièrement que nous puissions nous représenter de façon théorique, sur la base des [391] faits de l’expérience quotidienne que nous avons mentionnés – des faits très triviaux, mais incontestables – une majorité d’hommes, dont chacun alloue d’une façon strictement « rationnelle » les « réserves de biens » et les « forces de travail » qui sont à sa disposition de manière purement factuelle ou grâce à la protection d’un « ordre juridique », avec pour fin unique et exclusive d’atteindre par des voies pacifiques un « optimum » de saturation de ses « besoins » divers et concurrents. Tout « psychologue » ne pourra sûrement que froncer les sourcils devant de telles « expériences quotidiennes » prises comme fondement d’une théorie scientifique : à commencer par le concept de « besoin » – quelle catégorie grossière et qui relève de la « psychologie vulgaire » ! Combien de chaînes causales physiologiques et psychologiques, d’une diversité indicible, ce que nous nommons ainsi est-il à même de mettre en branle ! Le besoin de manger lui-même peut 1) reposer sur une situation psychophysique (la faim) perceptible [merkliche] [24] pour la conscience et qui est relativement complexe, une situation qui, de son côté, peut être fondamentalement conditionnée par des circonstances de types divers qui agissent comme des « stimuli », par exemple l’estomac physiquement vide ou aussi tout simplement l’habitude prise de manger à des heures déterminées de la journée ; mais 2) cet habitus subjectif de la conscience peut aussi être absent et le « besoin » de manger peut être conditionné de manière « idéogène » [25], par exemple par le fait de se plier à une prescription médicale ; le « besoin d’alcool » peut reposer sur « l’habituation » à des stimuli « extérieurs », lesquels de leur côté créent un état de « stimulus » « intérieur », et ce besoin peut augmenter avec l’apport d’alcool, à l’encontre de la courbe logarithmique de Weber ; enfin les « besoins » de « lecture » d’une certaine sorte sont déterminés par des processus que le psychophysicien peut toujours « réinterpréter » à ses fins comme des modifications fonctionnelles de certains processus cérébraux – mais que l’on éclairera de toute façon difficilement en recourant simplement à la loi de Weber-Fechner et ainsi de suite… Le « psychologue » voit là toute une série d’énigmes des plus complexes pour ses propres questionnements – tandis que la « théorie » économique ne se pose aucune question à leur sujet et, ce faisant, elle a de surcroît la meilleure conscience scientifique ! Mieux encore : « l’action en finalité », « faire des expériences », « le calcul prévisionnel » – toutes choses qui dans la perspective psychologique sont ce qu’il y a de la plus grande complexité et sont peut-être même, pour certaines d’entre elles, proprement incompréhensibles, mais dans tous les cas font partie de ce que l’on peut rencontrer de plus difficile [392] à analyser : ces concepts et d’autres similaires – sans sublimation d’aucune sorte, obtenue grâce à des expérimentations pratiquées couramment par le psychologue avec ses tambours rotatifs [Drehtrommeln] [26] ou tout autre instrument de laboratoire – seraient pris comme « fondements » d’une discipline ! Et pourtant il en est bien ainsi, et cette discipline revendique même – sans se soucier le moins du monde de savoir si le matérialisme, le vitalisme, le parallélisme, n’importe quelle théorie de l’interaction [27], « l’inconscient » de Lipps [28], celui de Freud ou tout autre « inconscient », etc., constituent des fondements utilisables pour des disciplines psychologiques, et avec même l’assurance explicite que tout ceci lui est purement et simplement indifférent pour ses propres objectifs – je dis donc qu’elle prétend même, malgré tout, obtenir des formules mathématiques pour le déroulement, saisi au plan théorique, de l’action à portée économique. Et, ce qui est le plus important, elle le réalise effectivement. Quelle que soit l’ampleur des controverses sur la portée de ses résultats, pour les raisons les plus diverses qui concernent ses propres méthodes – ceux-ci sont de toute façon quant à leur « justesse » [Richtigkeit] absolument indépendants des bouleversements, aussi grands fussent-ils, qui affecteraient des hypothèses fondamentales de la biologie et de la psycho-logie, tout comme il est indifférent pour eux de savoir par exemple, si c’est Copernic ou Ptolémée qui a raison, ou ce qu’il en va des hypothèses théologiques ou encore, par exemple, des perspectives « douteuses » du deuxième principe de la thermodynamique. Toutes les transformations, de si grande portée soient-elles, de ce genre de théories fondamentales des sciences de la nature ne sont absolument pas en mesure d’ébranler ne serait-ce qu’une seule proposition, si elle est construite avec « justesse », de la théorie économique des prix et des rentes.
Tout ceci, bien entendu, 1) ne veut nullement dire que dans le domaine de l’analyse empirique de la vie économique il n’y aurait aucun point où les faits établis par ce qu’on appelle les sciences de la nature (et bien d’autres encore) ne pourraient devenir d’une très grande importance ; 2) cela ne veut pas dire non plus que le mode de formation des concepts, qui s’est avéré utilisable pour ces disciplines, ne pourrait pas, bien sûr, servir, à l’occasion, de modèle pour certains problèmes propres à l’analyse économique. Pour ce qui est du premier point, j’espère avoir prochainement l’occasion [393] d’étudier quelle utilisation pourrait éventuellement être faite de certains travaux de psycho-logie expérimentale, par exemple dans le domaine de l’exploration de certaines conditions de travail en usine [29]. Et pour ce qui est du second point, ce ne sont pas seulement, comme il est établi depuis longtemps, les formes de pensée mathématiques, mais aussi par exemple certaines formes de pensée biologiques qui ont leur place chez nous. Tout économiste sait – c’est là une vérité banale – que l’on pratique et que l’on ne peut faire autrement que pratiquer très régulièrement, en de très nombreux points particuliers de notre discipline, un échange fécond de résultats et de points de vue avec le travail qui est mené dans d’autres domaines de recherche. Mais il dépend de nos questionnements de savoir comment et en quel sens cela se produit dans notre domaine, et chaque tentative pour décider a priori quelles théories relevant d’autres disciplines devraient être « fondamentales » pour l’économie politique est oiseuse, comme toutes les tentatives d’établir une « hiérarchie » des sciences conformément au modèle de Comte. Non seulement, du moins en général, les hypothèses et les suppositions les plus générales des « sciences de la nature » (au sens habituel de ce mot) sont précisément celles qui sont les moins pertinentes pour notre discipline. Mais plus encore et surtout, précisément sur le point qui est décisif pour la spécificité des questionnements propres à notre discipline – à savoir la théorie économique (« la théorie de la valeur ») –, nous nous débrouillons parfaitement tout seuls. « L’expérience quotidienne » dont part notre théorie (voir supra) est bien entendu le point de départ commun à toutes les différentes disciplines empiriques. Chacune d’entre elles veut ensuite aller au-delà et ne peut que le vouloir, car son droit à l’existence en tant que « science » repose précisément sur cette démarche. Mais ce faisant, chacune d’entre elles « dépasse » ou « sublime » l’expérience quotidienne d’une manière différente et dans une direction différente. La théorie de l’utilité marginale, et toute « théorie » économique en général, ne le fait pas, par exemple, à la manière et dans la direction propres à la psycho-logie, mais plutôt exactement à l’opposé. Elle ne décompose pas, par exemple, ce qui est vécu intérieurement au sein de l’expérience quotidienne en « éléments » psychiques ou psychophysiques (« stimuli », « sensations », « réactions », « automatismes », « sentiments », etc.), mais elle s’efforce de « comprendre » certaines « adaptations » du comportement « extérieur » de l’homme à une sorte bien déterminée de conditions d’existence qui lui sont extérieures. Que ce [394] monde extérieur, pertinent pour la théorie économique, soit dans un cas « la nature » (au sens habituel du terme) ou « l’environnement social », on essaiera toujours dans ce contexte de rendre cette « adaptation » compréhensible en recourant à l’hypothèse heuristique construite ad hoc selon laquelle l’action dont s’occupe la théorie se déroule de façon strictement « rationnelle » au sens discuté plus haut. La théorie de l’utilité marginale appréhende, à des fins de connaissance déterminées, l’action humaine comme si elle se déroulait de A à Z sous le contrôle d’un calcul commercial, c’est-à-dire d’un calcul établi sur la base de la connaissance de toutes les conditions qui rentrent en ligne de compte. Elle appréhende les différents « besoins » et les biens qui sont disponibles, à produire ou à échanger en vue de la saturation de ces besoins, comme des « comptes » et des « postes » que l’on peut établir à l’aide de chiffres, dans le cadre d’une comptabilité continue ; elle appréhende l’homme comme s’il était continûment un « dirigeant d’entreprise » et sa vie comme l’objet de cette « entreprise » placée sous contrôle comptable. L’approche propre à la comptabilité commerciale est donc – si elle est quelque chose – le point de départ de ses constructions. Les procédures propres à cette théorie reposeraient-elles sur la loi de Weber ? Est-ce une application de telle ou telle proposition concernant la relation entre « stimulus » et « sensation » ? Pour ses fins, la théorie de l’utilité marginale traite la « psyché » de tous les hommes, qu’elle pense isolément, y compris celle de l’homme qui est exclu de toute activité d’achat et de vente, comme une âme de commerçant qui est capable d’opérer une évaluation chiffrée de l’« intensité » de ses besoins, et pareillement des moyens possibles pour couvrir ceux-là ; et en procédant ainsi, elle obtient ses constructions théoriques. Tout ceci est vraiment le contraire de toute « psychologie » ! – La « théorie » qui s’est développée sur ce terrain, indubitablement, n’invente pas entièrement ses présupposés, même s’il est tout aussi indubitable que ceux-ci sont « irréels ». La « valeur » des biens dans « l’économie isolée » [30] [isolierte Wirtschaft], telle qu’elle est construite par la théorie, serait exactement égale à la valeur comptable qui devrait nécessairement leur être attachée dans la comptabilité d’un budget isolé, idéalement parfaite [31]. La valeur comptable recèle autant et aussi peu « d’irréel » que toute comptabilité réellement pratiquée par un commerçant. Lorsque dans un bilan le « capital en actions » apparaît dans le « passif » comme étant d’un million par exemple, ou quand un bâtiment [395] est « comptabilisé » comme valant 100 000 marks, – ce million ou ces 100 000 marks se trouvent-ils alors en ce cas dans un quelconque tiroir ? Et cependant l’inscription de ces postes a bien tout son sens ! Il en va de même – mutatis mutandis – de la « valeur » dans l’économie isolée de la théorie de l’utilité marginale. Simplement, il n’est pas nécessaire d’élucider cette valeur en empruntant la voie de la « psychologie » ! Les « valeurs » théoriques, avec lesquelles travaille la théorie de l’utilité marginale, doivent nous rendre compréhensible le cours de la vie économique d’une façon qui, dans le principe, est analogue à la manière dont les valeurs comptables commerciales ont pour but de délivrer au commerçant de l’information sur l’état de son entreprise et les conditions nécessaires pour la poursuite de sa rentabilité. Et les propositions universelles que pose la théorie économique sont simplement des constructions qui énoncent quelles sont les conséquences que l’action de l’individu produirait nécessairement dans son entrelacement avec l’action de tous les autres, si chaque individu façonnait son comportement vis-à-vis de l’environnement exclusivement suivant les principes d’une comptabilité commerciale, donc, dans ce sens, « de manière rationnelle ». On sait bien que ce n’est nullement le cas et c’est pourquoi le déroulement empirique des processus, pour la compréhension desquels la théorie a été créée, ne montre qu’un « rapprochement », qui varie beaucoup selon les cas concrets avec le déroulement de l’action strictement rationnelle, tel que le construit la théorie. Toutefois, la spécificité historique de l’époque capitaliste, et aussi par là même la signification de la théorie de l’utilité marginale (comme de tout autre théorie économique de la valeur) pour la compréhension de cette époque, repose sur le fait que – alors que l’on a caractérisé, non sans raison, l’histoire économique d’un bon nombre d’époques du passé comme l’« histoire de l’absence de sens économique » [Unwirtschaftlichkeit] –, dans les conditions de la vie actuelle, ce rapprochement de la réalité avec les propositions théoriques n’a cessé de croître, prenant dans ses rets le destin de couches de l’humanité toujours plus larges et, pour autant que l’on puisse le discerner, elle ira toujours plus loin dans ce sens. C’est sur ce fait d’histoire culturelle et non sur sa prétendue fondation par la loi de Weber-Fechner que repose la signification heuristique de la théorie de l’utilité marginale. Par exemple, ce n’est pas un hasard si la fixation des cours de la bourse de Berlin [396] dans le cadre du système connu sous le nom de cotation unitaire [Einheitskurs] [32] présentait un degré particulièrement frappant de rapprochement avec les propositions théoriques relatives à la formation des prix, telles que von Böhm-Bawerk les a développées à la suite de Menger [33] : cette fixation pouvait servir directement de paradigme à ces principes [34]. Mais cela n’est bien sûr pas dû au fait que, par exemple, concernant la relation entre « stimulus » et « sensation », les usagers de la bourse seraient soumis dans une mesure particulièrement spécifique à la loi psychophysique fondamentale – cela est dû au contraire au fait qu’à la bourse on agit, ou, en tout cas, on a la capacité d’agir à un degré particulièrement élevé de manière économiquement « rationnelle ». La théorie rationnelle de la formation des prix n’a rien à faire non seulement avec les concepts de la psychologie expérimentale, mais d’une manière générale avec aucune « psychologie » d’aucune sorte qui se veut une « science » dépassant l’expérience quotidienne. Celui qui souligne, par exemple, la nécessité de prendre en compte la « psychologie de la bourse » spécifique en plus de la théorie des prix, purement théorique, s’imagine que l’objet de cette psycho-logie est précisément l’influence de facteurs économiquement irrationnels, à savoir donc des « perturbations » des lois de la formation des prix, lesquelles doivent être postulées sur le plan théorique. La théorie de l’utilité marginale et en général toute théorie subjective de la valeur ne sont pas fondées psycho-logiquement mais – si l’on veut un terme méthodologique pour cela – « pragmatiquement », c’est-à-dire en recourant aux catégories de « fin » et de « moyen ». Nous reviendrons sur ce point.
Les propositions qui constituent la théorie spécifiquement économique, non seulement ne représentent pas, comme chacun le sait et comme nous venons de le mentionner, le « tout » de notre science, mais elles sont uniquement un moyen – il est vrai souvent sous-estimé – pour l’analyse des connexions causales propres à la réalité empirique. Dès lors que nous voulons saisir et expliquer causalement cette réalité elle-même, en ses composantes dotées d’une signification culturelle, la théorie économique se révèle alors aussitôt être une somme de concepts « idéal-typiques ». Ce qui veut dire que ses propositions présentent une série de processus construits par la pensée, qui ne se rencontrent que rarement dans la réalité historique correspondante, et souvent pas du tout en cette « pureté idéale », mais qui par ailleurs – étant entendu que leurs éléments sont tirés de l’expérience [397] et ne gagnent en rationalité que par la pensée – sont utilisables comme moyens heuristiques pour l’analyse de la diversité empirique aussi bien que comme moyens pour construire la présentation de celle-ci.
Pour finir, revenons encore une fois à Brentano. Il a commencé (p. 67) par donner de la loi de Weber-Fechner une formulation plus précise, telle que, selon lui, elle serait au fondement aussi de l’économie politique, dans le sens suivant : pour susciter d’une manière générale une sensation, le seuil de stimulus (voir supra) devrait être franchi ; après le franchissement de ce dernier, tout nouvel accroissement de stimulus devrait accroître la sensation, au moins de manière proportionnelle, jusqu’à ce que, une fois l’optimum atteint (lequel varie selon les individus), l’intensité de la sensation s’accroisse certes non pas de manière absolue, mais dans une proportion moindre que l’accroissement du stimulus et jusqu’à ce qu’enfin, le stimulus croissant de façon ininterrompue, on atteigne le point à partir duquel la sensation diminue elle aussi dans l’absolu, pour finalement disparaître totalement par épuisement de l’énergie nerveuse. Puis il poursuit : « Cette loi avait acquis une reconnaissance en économie politique… en tant que loi du rendement décroissant du sol, car elle gouverne la croissance des plantes. » On se demande d’abord avec étonnement : la terre arable et les plantes réagissent-elles donc selon des lois psychologiques ? Or, en haut de la page 67, Brentano avait dit quelque chose de plus général, à savoir que selon une loi physiologique universelle chaque « processus vivant » perd en intensité, lorsque les conditions qui le favorisent s’accroissent au-delà d’un optimum déterminé et, à l’évidence, l’exemple du rendement décroissant du sol se rapporte à cette proposition et non à celle qui la précède immédiatement. Mais ensuite, il conçoit la loi de Weber-Fechner comme un cas spécifique de ce principe d’optimum universel et, manifestement, la théorie de l’utilité marginale est conçue à son tour comme un sous-cas de ce cas particulier. Elle apparaît ainsi comme directement liée à une loi fondamentale de toute « vie » comme telle. Certes, le concept d’« optimum » est effectivement commun à la théorie économique et à l’analyse physiologique et psychophysique et de pointer cette analogie à titre d’illustration peut très bien, selon l’objectif concret d’enseignement, avoir une valeur pédagogique. Toutefois de tels « optima » ne sont aucunement limités aux « processus vivants ». Toute machine par exemple possède habituellement un optimum de capacité d’accomplissement [Leistungsfähigkeit] [35] [398] en vue de buts déterminés : un apport supplémentaire en combustible ou une alimentation en matière première, etc., audelà de cet optimum diminue tout d’abord relativement, puis dans l’absolu, le résultat de son accomplissement. Et au seuil de « stimulus psychophysique » correspond pour elle le « seuil de chauffe ». Le concept d’« optimum » a donc, tout comme les autres concepts introduits par Brentano et liés à ce dernier concept, un champ d’application encore plus général et n’est pas lié aux principes propres aux « processus vivants ». Par ailleurs, ce concept recèle, comme on le voit déjà au seul examen de la signification du mot, une « valeur fonctionnelle » téléologique : « optimum » – pour quoi ? Il apparaît manifestement surtout là – peu importe si c’est partout ou uniquement là – où nous opérons explicitement ou tacitement à l’aide de la catégorie de « fin ». Et ceci se produit quand nous pensons un complexe donné d’éléments divers comme une unité, quand nous rapportons cette unité à un résultat déterminé, et qu’alors nous l’évaluons par rapport à ce résultat comme un « moyen » en vue de l’atteindre, que ce résultat soit atteint ou non, qu’il le soit incomplètement, qu’il le soit en recourant à un petit nombre ou à un grand nombre de moyens ; quand donc nous avons une diversité donnée de pièces d’acier et de métal usinées de toutes les façons, laquelle diversité, rapportée au but de produire du « tissu » à partir de « fil », se présente à nous comme une « machine » d’une nature déterminée, donc quand nous considérons cette diversité sous l’angle de la quantité de tissu de nature déterminée qu’elle est « capable » de produire par unité de temps, moyennant l’utilisation de quantités de charbon et d’accomplissements de travail [Arbeitsleistungen] déterminés. Ou quand nous cherchons à savoir, concernant des formations déterminées constituées de « cellules nerveuses », quelle serait leur « fonction », c’est-à-dire en réalité leur « accomplissement » qui correspondrait à leur « finalité » consistant à transmettre, en tant qu’éléments d’un organisme vivant, des sensations déterminées. Ou quand nous considérons les constellations cosmiques et météorologiques en posant la question de savoir où et quand, par exemple, le projet d’une observation astronomique bénéficierait de l’« optimum » de chances de succès. Ou, enfin, quand nous voyons l’homme économique traiter son environnement du point de vue de la « saturation » de ses besoins. Arrêtons-là ces développements, puisque je reviendrai en une autre occasion sur ces problèmes de construction conceptuelle, pour autant qu’ils relèvent de notre domaine de connaissance ; il vaut mieux en effet laisser les questions « biologiques » aux [399] biologistes. F. Gottl [36] et O. Spann [37], par exemple, ont écrit récemment beaucoup de bonnes choses sur ces sujets, à côté d’autres choses – en particulier chez Gottl – auxquelles je ne saurais adhérer. Notons simplement encore, pour nous rassurer, que les problèmes des valeurs « absolues » ou des « valeurs culturelles universelles », dont il est tant débattu, ou même la prétendue « opposition » entre « causa et telos », telle qu’elle a été établie de manière si confuse par Stammler [38], n’ont strictement rien à voir avec ces questions purement techniques de la construction des concepts, dont il est question ici, pas beaucoup plus que la comptabilité commerciale – un processus qu’il faut indubitablement « interpréter » comme « téléologico-rationnel » – n’a à voir avec la téléologie d’un gouvernement divin du monde.
Ce qu’il s’agissait ici exclusivement de montrer, c’est que le concept d’« optimum », sur lequel Brentano semble mettre l’accent pour sa thèse n’est, lui non plus, ni de nature spécifiquement psychologique, ni de nature psychophysique, physiologique ou encore biologique, mais qu’il est commun à toute une série de problèmes, très hétérogènes par ailleurs entre eux, et que par conséquent il ne dit rien sur les fondements de la théorie économique et, à coup sûr, ne fait pas de la théorie de l’utilité marginale un cas d’application de la loi de Weber-Fechner ou de n’importe quelle loi physiologique fondamentale.
 
NOTES
 
[*]Textes traduits par J.-P. Grossein.
[**]Ce texte a d’abord fait l’objet d’une publication sous le titre « Die Grenznutzlehre und das “psychophysische Grundgesetz” » dans Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1908, 27, 2, pp. 546-558 avant d’être repris dans l’édition posthume des Gesammelte Aufsätze zur Wissenschaftslehre, Tübingen, J. C. B. Mohr (Paul Siebeck), (1re éd. 1922). Il s’agit, au départ, d’un compte rendu de l’étude suivante : Lujo Brentano, Die Entwicklung der Wertlehre (Comptes rendus de séance de l’Académie Royale des Sciences de Bavière. Section philosophique, philologique et historique. Année 1908, troisième contribution, 15.02. 1908), Munich, Verlag der Akademie. Nous renvoyons entre crochets à la pagination restée inchangée depuis la troisième édition (1968), désignée par la suite : WL. Les deux procédés typographiques (guillemets et espacements) auxquels Weber recourt systématiquement sont scrupuleusement reproduits, à ce détail près que les espacements sont, à l’instar des éditions allemandes modernes, remplacés par des italiques. Un premier état de cette traduction a été réalisé sous la direction de Jean-Pierre Grossein, dans le cadre d’un atelier de traduction au sein du département de sciences sociales de l’ENS de Cachan, durant l’année 2002-2003. Ont participé régulièrement à cet atelier Gilles Bastin, Wolf Feuerhahn, Laurent Fleury, Romain Melot, Laure de Verdalle et Cécile Vigour. Le texte définitif a été établi par Jean-Pierre Grossein, avec la contribution de Wolf Feuerhahn qui a rédigé l’ensemble de l’annotation. Les quelques notes de Weber lui-même sont indiquées comme telles.
[(1)]Ludwig Josef alias Lujo Brentano (1844-1931), frère du philosophe Franz Brentano, membre fondateur du Verein für Sozialpolitik (1872), défenseur des droits syndicaux, libéral, faisait partie de l’aile gauche de l’École historique en économie comme Max Weber, dont il était proche. Il fut professeur ordinaire à Munich de 1891 à 1914.
[(2)]Ludwig Fick (1871-1897) s’engagea après sa thèse, sous la direction de L. Brentano, dans une enquête de grande ampleur sur l’histoire des théories de la valeur. Le 7 janvier 1897, il déposait le manuscrit de ce qui devait être une thèse d’habilitation sur l’histoire des théories de la valeur, mais mourait de l’appendicite deux mois plus tard.
[(3)]Note de Weber : R. Kaulla, Die geschichtliche Entwicklung der modernen Werttheorien, Tübingen, 1906. Voir aussi : O. Kraus, « Die aristotelische Werttheorie in ihrer Beziehung zu den Lehren der modernen Psycho-logenschule » (Zeitschrift für [die gesamte] Staatswissenschaft, 1905,61, p. 573 sq.).
[(4)]Rudolf Kaulla (1872-1954). Son livre, cité supra, a également fait l’objet d’un compte rendu par J. Schumpeter dans la revue dirigée par G. Schmoller, Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft im Deutschen Reich, 1909, 33, 3, pp. 399-400.
[(5)]Sur ce point, voir dans ce numéro W. Feuerhahn « Sociologie, économie et psychophysique ».
[(6)]Théorie subjective de la valeur, résultat des travaux indépendants du Britannique Jevons (1835-1882), du Suisse Walras (1834-1910) et de l’Autrichien Carl Menger (1840-1921), elle défend l’idée selon laquelle la valeur des biens de consommation est proportionnelle à leur utilité marginale, c’est-à-dire à l’utilité de la dernière unité consommée de chaque bien. L’expression d’« utilité marginale » [Grenznutzen] a été introduite par Friedrich von Wieser (1851-1926) dans Ueber den Ursprung und die Hauptgesetze des wirtschaftlichen Werts, Wien, 1884, p. 128. Pour davantage de précisions sur cette théorie, voir le texte de G. Campagnolo dans ce numéro.
[(7)]Voir Brentano (1908, pp. 67-68).
[(8)]Weber reprend ici textuellement la remarque de Brentano (p. 68), laquelle s’appuie sur une notation de Kaulla (1906, p. 248). Friedrich Albert Lange (1828-1875) prétend en effet que la loi de Weber-Fechner peut être appliquée à un grand nombre de phénomènes politiques et sociaux (Die Arbeiterfrage. Ihre Bedeutung für Gegenwart und Zukunft [La question ouvrière. Sa signification pour aujourd’hui et pour l’avenir], 2. umgearbeitete und vermehrte Auflage, Winterthur, 1870, p. 116).
[(9)]Fechner propose d’étendre l’application de la loi de Weber à la valeur économique des biens (Elemente der Psychophysik, 1860, I, pp. 236-238) en s’appuyant entre autres sur les recherches de D. Bernoulli.
[(10)]Voir sur ce point Lange (1870, p. 115).
[(11)]Lange (ibid., p. 116).
[(12)]Ce dont témoigne notamment l’article d’Oskar Kraus (1872-1942) cité par Weber (p. 384), intitulé « Die Aristotelische Werttheorie in ihren Beziehungen zu den Lehren der modernen Psychologenschule » [La théorie aristotélicienne de la valeur dans ses relations aux doctrines de l’école moderne des psycho-logues] dans lequel Kraus, par ailleurs (suite note 12) ami et admirateur de Franz Brentano, opère un rapprochement entre le marginalisme autrichien de Carl Menger et la Psychologie vom empirischen Standpunkte [Psychologie d’un point de vue empirique, trad. M. de Gandillac, Aubier, 1944] de Franz Brentano (1874).
[(13)]Gustav Schmoller (1838-1917), figure éminente de l’école historique en économie (cofondateur en 1872 puis directeur [à partir de 1890] du Verein für Sozialpolitik) avait initié une querelle des méthodes en s’opposant en 1883 (« Zur Methodologie der Staats- und Sozialwissenschaften », Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft im deutschen Reich, 1883,7, pp. 975-994) à l’épistémologie défendue par Carl Menger, fondateur de l’école marginaliste autrichienne, dans ses Untersuchungen über die Methode der Sozialwissenschaften und der politischen Ökonomie insbesondere (1883). Or, dans ce compte rendu qui recense également – mais cette fois-ci d’une façon très élogieuse – l’Einleitung in die Geisteswissenschaften [Introduction aux sciences de l’esprit, trad. par S. Mesure, Le Cerf, 1992] de Dilthey, il souligne que « l’anthropologie et la psychologie en tant que sciences des unités psychophysiques de vie constituent le fondement de toutes les autres sciences de l’esprit » (p. 990).
[(14)]Dans les notes historiques sur la genèse de la psychophysique (Elemente der Psychophysik, 1860, II, pp. 548-569), Fechner souligne le rôle de modèle qu’a pu jouer l’œuvre de Bernoulli dans son propre travail, notamment le recours à une fonction logarithmique (ibid., pp. 549-550).
[(15)]Note de Weber : Donc bien évidemment aussi : un stimulus qui provient de l’« intérieur » du corps propre.
[(16)]Max Weber reprend ici textuellement le résumé des travaux de Ernst Heinrich Weber (1795-1878) et notamment de son De tactu (1834) analysé par Fechner (1860, I, pp. 183-201) tel qu’il est proposé par Lange (1870, p. 115). Lujo Brentano cite également E. H. Weber (1908, pp. 66-67).
[(17)]Ou « liminaire » pour une traduction technique (« merklich » ayant à la fois le sens commun de « perceptible » et le sens scientifique de « liminaire »). L’intensité est liminaire quand elle est égale au seuil éveillant une sensation (H. Piéron, Vocabulaire de psycho-logie, PUF, 1994, p. 254).
[(18)]Le « seuil de stimulus » ou « seuil d’excitation » est la plus petite valeur d’un stimulus pour laquelle se produit une sensation.
[(19)]« Pour une stimulation sensorielle de nature donnée et la sensation normale correspondante, le stimulus terminal est le stimulus d’intensité maximale. Au-dessus de cette intensité, des sensations pénibles dominent. » (Piéron, ibid., p. 432).
[(20)]Le stimulus infraliminaire « n’atteint pas un niveau manifestant sa présence, un seuil d’efficience manifeste », au contraire le stimulus est supraliminaire « quand son intensité dépasse celle qui est juste nécessaire pour éveiller une sensation » (Piéron, ibid., p. 227, p. 436).
[(21)]Disciple de Wilhelm Wundt, docteur de l’université de Leipzig (1883), Heinrich Julius Merkel (1858-1916) a reformulé le problème psychophysique dans les termes de Wundt : quelle relation mathématique existe-t-il entre l’intensité du stimulus et l’intensité que la conscience attribue à la sensation (et non l’intensité réelle de la sensation comme pour Fechner) ? Il en a conclu que lorsqu’un stimulus agit sur l’un de nos organes, son énergie ne se transforme pas tout entière en sensation. D’où la « loi de Merkel » : S = kE où S désignant la sensation, E le stimulus, k est une constante qui est moindre que l’unité. Voir la série d’articles intitulée « Die Abhängigkeit zwischen Reiz und Empfindung » [la dépendance entre stimulus et sensation] publiée dans les Philosophische Studien (IV, 1888 ; V, 1889 ; X, 1894).
[(22)]La notion de Leistung exprimant l’idée d’un accomplissement, soit rapportée au résultat de l’action effectuée, soit rapportée au mode d’effectuation (idée de performance ou de rendement), le terme d’« accomplissement » semble le mieux approprié pour restituer ce champ sémantique [J.-P. G.].
[(23)]Charles Lewis Tiffany (1812-1902) orfèvre et joaillier américain. Son fils, Louis Comfort (1848-1933), monta une maison d’arts décoratifs. À partir de 1890, ce dernier exerça une influence sur l’Art nouveau européen, surtout par ses vases en verre soufflé d’inspiration végétale. Aux États-unis, Tiffany style désigne l’Art nouveau.
[(24)]Voir note 17. La faim serait ici une situation « liminaire » en tant que stimulus dont la valeur est égale au seuil.
[(25)]Ce terme se trouve dans les Études sur l’hystérie [Studien über Hysterie] publiées par Josef Breuer et Sigmund Freud (Leipzig, Franz Deuticke, 1895, p. 162 [trad. française : Anne Berman, PUF, 2000, p. 147]) et désigne les manifestations hystériques « déterminées par des représentations ».
[(26)]Il s’agit d’un système d’enregistrement graphique produit par des stylets mobiles sur des tambours rotatifs. Professeur de physiologie, Carl F. W. Ludwig (1816-1895) inventa en 1847 un appareil (kymographion ou hémodynamomètre) pour enregistrer les modifications de la pression sanguine artérielle. En France, le physiologiste Étienne Jules Marey (1830-1904) a perfectionné la méthode graphique pour l’enregistrement de l’activité physiologique et inventa en 1863 le sphygmographe afin d’enregistrer les battements du pouls et, dans un usage plus général, ce qui est resté sous le nom de « tambour de Marey ».
[(27)]La conception de la société comme le résultat d’interactions se trouve chez Dilthey (Gesammelte Schriften, I, 1990, p. 41, p. 421) et Simmel (Georg Simmel Gesamtausgabe, II, 1989, p. 131). Leur différence tient à ce qui interagit (seulement des individus pour Dilthey ou aussi des groupes pour Simmel). Weber esquisse à cette période (1908) un article sur Simmel dans lequel il critique vivement son usage du concept d’interaction (« Georg Simmel als Soziologe und Theoretiker der Geldwirtschaft », Simmel Newsletter, 1991, 1, 1, pp. 9-13).
[(28)]Dans le cadre du troisième Congrès international de psychologie (Munich, août 1896), Theodor Lipps (1851-1914), professeur à Munich de 1894 à 1914, présenta une communication intitulée « Der Begriff des Unbewussten in der Psychologie » [le concept d’inconscient en psychologie] (III. Internationaler Kongress für Psychologie in München vom 4. bis 7. August 1896, Munich, J. F. Lehmann, 1897, pp. 146-164), vivement remarquée selon H. Ellenberger (Histoire de la découverte de l’inconscient, Fayard, 1994, pp. 789-790).
[(29)]Weber fait ici référence à la série d’articles méthodologiques relatifs à l’enquête sur les ouvriers d’industrie qu’il rédige à la même époque. Textes reproduits dans Max Weber Gesamtausgabe I/11, pp. 162-380 et richement présentés par Wolfgang Schluchter avec la collaboration de Sabine Frommer.
[(30)]Dans son cours d’économie théorique, Weber montre que, pour expliquer les motifs de la valorisation subjective des biens, les marginalistes font l’hypothèse d’« économies isolées » au sens d’« économies singulières qui agissent économiquement sans échanger, sur la (suite note 30) base de réserves de biens de jouissance et de moyens de productions donnés (des réserves de biens et de travail) » (Weber, Grundriss zu den Vorlesungen über Allgemeine (« theoretische ») Nationalökonomie [1898], J. C. B. Mohr, 1990, p. 34). Voir aussi : C. Menger, Grundsätze der Volkswirtschaftslehre [1871], J. C. B. Mohr, 1968, pp. 30-31, p. 80 et Johann von Komorzynski Der Werth in der isolierten Wirtschaft, Manz, 1889, Vorwort cité dans Weber, 1990, p. 7.
[(31)]Note de Weber : On ne veut bien entendu pas dire par là qu’il faudrait, dans ce cadre, complètement assimiler la « technique » des entrées comptables à celle qui caractérise une entreprise économique individuelle de nos jours.
[(32)]Procédure de cotation consistant à établir journellement un cours unique pour chaque action sur la base des offres d’achat et de vente faites préalablement et d’un accord entre les différents intéressés, la fixation de ce cours devant intervenir obligatoirement avant les opérations effectives [Nous remercions Cornelia Meyer-Stoll pour ces indications – J.-P. G.].
[(33)]Dans le chapitre 5 de ses Grundsätze der Volkswirtschaftslehre (1871), Carl Menger développe une doctrine de la formation des prix qui va à l’encontre de la théorie classique, selon laquelle celle-ci résulterait de l’échange entre des biens objectivement équivalents. Menger conteste l’existence de tels équivalents objectifs et montre au contraire que la formation des prix doit être expliquée à partir de la tendance des hommes à satisfaire leurs besoins. Dans le cas de l’échange de deux biens entre deux sujets économiques, les prix sont formés entre deux limites constituées à partir des quantités de biens considérées par chaque sujet (donc subjectivement et non objectivement) comme des équivalents. Son disciple, Eugen von Böhm-Bawerk (1851-1914), développe dans sa Positive Theorie des Kapitals (Innsbruck, Wagner, 1889) cette théorie de la formation des prix et montre par exemple que dans l’échange isolé entre deux personnes souhaitant échanger, le prix est fixé dans un écart dont la limite supérieure est l’estimation subjective du bien par l’acheteur et dont la limite inférieure est l’estimation du vendeur (p. 207).
[(34)]Note de Weber : Je ne vois pas très bien sur quoi repose le traitement dépréciatif que Brentano réserve aux « Autrichiens ». K. Menger [Il faut lire : C. Menger] a présenté des pensées inabouties au plan méthodologique, mais excellentes, et pour ce qui touche à la question du « style », au demeurant surestimée de nos jours au détriment du contenu objectif de la pensée, c’est bien plutôt, non pas ce dernier, mais von Böhm-Bawerk qui excelle en la matière. [Dans son texte, Brentano nie certes l’originalité du projet de Menger et présente Böhm-Bawerk et Wieser comme de zélés propagandistes du marginalisme (p. 68), mais ne parle pas de leur style. Dans une lettre adressée à Weber, L. Brentano lui reproche donc cette note. Weber lui répond dans une lettre datée du 30.10.1908 (MWG II/5, pp. 688-689) en s’excusant d’avoir fait mention écrite de ses remarques orales – W. F.].
[(35)]Voir supra note 22 [N. d. T.].
[(36)]Friedrich Gottl (devenu en 1907 von Gottl-Ottlilienfeld) (1868-1958) fait partie des interlocuteurs de Weber en matière d’épistémologie. Malgré les critiques de Die Herrschaft des Wortes (1901) énoncées dans ses essais sur Roscher et Knies (WL, pp. 95-105 notamment), Weber soutint son travail, notamment la publication d’une série d’articles sur la formation des concepts en sciences sociales (« Zur sozialwissenschaftlichen Begriffsbildung » Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1906, 23, 2, pp. 403-470 ; 1907, 24, 2, pp. 265-326 ; 1909, 28, 1, pp. 72-100). Gottl est également l’auteur de Die Grenzen der Geschichte (1904).
[(37)]Othmar Spann (1878-1950) fut un interlocuteur de Weber en matière d’épistémologie. Weber fait ici probablement référence à (suite note 37) l’ouvrage de Spann : Untersuchungen über den Gesellschaftsbegriff zur Einleitung in die Gesellschaftslehre, 1. Bd : Wirtschaft und Gesellschaft. Eine dogmenkritische Untersuchung (Dresden, Verlag von O. V. Böhmert, 1907).
[(38)]La deuxième édition du livre de Rudolf Stammler (1856-1938), philosophe néokantien du droit, professeur à Halle (1885-1916), intitulé Wirtschaft und Recht nach der materialistischen Geschichtsauffassung. Eine sozialphilosophische Untersuchung (Leipzig, Verlag von Veit & Comp., 1906) [1re éd. 1896] a fait l’objet d’un compte rendu très critique publié par Weber en 1907 dans Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik (WL, pp. 291-359). Weber avait esquissé une suite consacrée à la critique de l’opposition chez Stammler entre « causalité et telos », qui ne sera publiée qu’à titre posthume (WL, pp. 360-383 et plus précisément, pp. 360-368). Traduction française : Max Weber, Rudolf Stammler et le matérialisme historique, trad. et introduit par M. Coutu, D. Leydet, G. Rocher, E. Winter, Presses de l’Université de Laval/ Le Cerf, 2001.
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[(17)]
Ou « liminaire » pour une traduction technique (« merklich...
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[(18)]
Le « seuil de stimulus » ou « seuil d’excitation » est la ...
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[(19)]
« Pour une stimulation sensorielle de nature donnée et la ...
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[(20)]
Le stimulus infraliminaire « n’atteint pas un niveau manif...
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[(21)]
Disciple de Wilhelm Wundt, docteur de l’université de Leip...
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[(22)]
La notion de Leistung exprimant l’idée d’un accomplissemen...
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[(23)]
Charles Lewis Tiffany (1812-1902) orfèvre et joaillier amé...
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[(24)]
Voir note 17. La faim serait ici une situation « liminaire...
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[(25)]
Ce terme se trouve dans les Études sur l’hystérie [Studien...
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[(26)]
Il s’agit d’un système d’enregistrement graphique produit p...
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[(27)]
La conception de la société comme le résultat d’interactio...
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[(28)]
Dans le cadre du troisième Congrès international de psycho...
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[(29)]
Weber fait ici référence à la série d’articles méthodologi...
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[(30)]
Dans son cours d’économie théorique, Weber montre que, pou...
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[(31)]
Note de Weber : On ne veut bien entendu pas dire par là qu...
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[(32)]
Procédure de cotation consistant à établir journellement u...
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[(33)]
Dans le chapitre 5 de ses Grundsätze der Volkswirtschaftsl...
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[(34)]
Note de Weber : Je ne vois pas très bien sur quoi repose l...
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[(35)]
Voir supra note 22 [N. d. T.]. Suite de la note...
[(36)]
Friedrich Gottl (devenu en 1907 von Gottl-Ottlilienfeld) (...
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[(37)]
Othmar Spann (1878-1950) fut un interlocuteur de Weber en ...
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[(38)]
La deuxième édition du livre de Rudolf Stammler (1856-1938...
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