13. X. 1908
Je vous suis infiniment obligé pour votre aimable lettre et pour votre disponibilité qui m’est si précieuse. J’en ferai immédiatement un usage immodéré.
Il m’a semblé inévitable de tenter de montrer, en confrontant la méthode de
la
psychologie expérimentale avec
nos instruments de recherche (registres de
salaires, calculs des prestations d’utilités, en prenant l’exemple de quelques
entreprises), 1)
à quel point le fossé qui sépare les deux est encore immense à
l’heure actuelle, 2) comment l’on pourrait
tenter de
réduire progressivement
ce fossé. C’est ainsi que j’ai tenté dans une « revue critique » sur la « psycho-physique du travail » dans
Archiv f[ür] Sozialwiss[enschaft]
[1] d’abord de
résumer brièvement les résultats (effectifs et prétendus) des travaux de
Kraepelin (et de ses élèves) – une tentative hautement téméraire pour un
profane ! – pour
ensuite mener une comparaison avec les méthodes [possibles]
[2] de
notre discipline. Une telle compilation
ne peut qu’être « dilettante », au sens le plus fort du mot. Mais elle
devait être entreprise, si l’on
voulait mettre en œuvre la
problématique. Je l’ai fait
aussi, soit dit entre nous,
pour démontrer à mon
frère
[3], qui co-
dirigera l’enquête (j’ai
quant à moi
autre chose à faire et donc je me retire), les
grandes (à vrai dire insurmontables) difficultés qu’il y a à résoudre le problème de l’
hérédité par
cette voie.
– Je me permettrai de vous envoyer demain les
épreuves de cet essai. Si vous
pouviez trouver le temps, je vous serais infiniment reconnaissant de bien
vouloir attirer mon attention sur les
fautes grossières que je pourrais corriger.
Le caractère profane de toute la chose n’est pas amendable en soi, mais la
présence de petites incorrections et autres n’est pas le problème. Cela disparaîtra avec les analyses ultérieures. Mais j’aimerais bien, naturellement, éviter
seulement des
bévues tout à fait grossières et des
erreurs évidentes. Je serais
très reconnaissant, comme je l’ai dit, pour vos avertissements en
conséquence. Au revoir à Heidelberg.
[(1)]
Texte publié sous le titre « Zur Psycho-physik der industriellen Arbeit », sous la
rubrique « Literaturbericht » [revue critique]
dans
Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik (1908,
27, 3, pp. 730-770 et 1909,
28, 1,
pp. 219-277) ; repris dans
MWG I/11.
[(3)]
Il s’agit d’Alfred Weber. Pour la nature
du différend entre les deux frères, à l’occasion
de l’enquête sur la psychophysique du travail
industriel, en particulier à propos de l’orientation biologisante et scientiste d’Alfred Weber,
voir Wolfgang Schluchter, « Zwei Wege von
der Nationalökonomie zur Kultursoziologie.
Max Weber und Alfred Weber » dans W.
Schluchter,
Unversöhnte Moderne (Frankurt am
Main, Suhrkamp, 1996, pp. 154-158), ainsi que
« Physis und Kultur ; Max Weber über Psycho-physik » dans Schluchter (
ibid., pp. 135-138).