Les secondes générations sur le marché du travail en France : une pénalité ethnique ancrée dans le temps
Contribution à la théorie de l’assimilation segmentée
[*]
Roxane Silberman
Irène Fournier
Cet article examine la consistance dans le temps de la pénalité ethnique à l’embauche
pour deux cohortes de jeunes sortis de l’école au cours de la dernière décennie du
XXe siècle. Les résultats montrent que la pénalité subie, à diplôme égal, n’a pas substantiellement changé pour le groupe des Maghrébins qui était déjà, dans les années quatre-vingt, en
difficulté en dépit d’une baisse passagère du chômage et de la poursuite de la démocratisation du système scolaire. Elle est significative pour deux autres groupes : les jeunes originaires d’Afrique subsaharienne et à un moindre degré d’Asie du Sud-Est. Dans cette période où
l’amélioration de la conjoncture a été plus favorable aux diplômés, les jeunes issus de l’immigration maghrébine sont, en nombre, encore restés détenteurs de faibles certifications. Ils
sont désormais devancés par les jeunes originaires du Portugal, qui paraissent avoir été
portés par l’expansion des filières professionnelles vers les niveaux supérieurs. Ceci peut
conforter l’hypothèse d’une « discrimination statistique », mécanisme qui s’appuie sur les
caractéristiques moyennes d’un groupe. La frontière avec une discrimination à caractère plus
ouvertement raciste reste cependant floue. Le très fort sentiment de discrimination qu’expriment les jeunes issus du Maghreb et d’Afrique noire ainsi que la vision pessimiste de l’avenir qui l’accompagne indiquent de toute façon une fracture forte au sein de la société
française que l’on ne retrouve pas pour le courant turc. Ces perceptions peuvent aussi contribuer à accentuer une dynamique négative sur le plus long terme, comme le montrent les
données longitudinales dont on dispose pour la seconde cohorte. Ces résultats ouvrent sur
une relecture de la théorie de « l’assimilation segmentée », telle qu’elle a été proposée dans
un contexte américain, en référence au racisme spécifique de la société américaine à l’égard
de la population noire héritière de l’esclavage.
This article examines the strength over time of the ethnic penalty in hiring in France for two
cohorts of young people who left school in the last decade of the twentieth century. The results
show that for equal educational degrees, the penalty affecting the Maghrebin group, who were
already in difficulty in the 1980s despite a temporary fall in unemployment and continued
democratizing of the school system, did not change substantially. The penalty was also significant
for two other groups : young people of sub-Saharan African origin and, to a lesser degree, young
people of Southeast Asian origin. During this period the improving economic context was more
favorable to degree-holding applicants than others, while children of Maghrebin immigrants were
still numerically more likely to have low qualifications. Young people of Portuguese origin, who
seem to have advanced upon expansion of vocational specialization programs into higher
education, pulled ahead of the Maghrebin group and they are from now ahead. This may
strengthen the hypothesis of « statistical discrimination », a mechanism based on a group’s
average characteristics. The borderline between statistical discrimination and more overtly racist
discrimination remains unclear, however. The strong feeling of being discriminated against that is
expressed by young people whose parents immigrated from North Africa or Black Africa,
together with their pessimistic vision of the future, are indications of a serious split running
through French society, though this does not affect the Turkish group. These perceptions may also
work to accentuate a negative long-term dynamic, as shown by available longitudinal data on the
second cohort. The results compel a rereading of the « segmented assimilation » theory as
developed in an American context in reference to racism toward a black population – descendants
of slaves – specific to American society.
Dieser Aufsatz prüft die Fortdauer der ethnischen Nachteile bei der Arbeitssuche für zwei
Kohorten von Jugendlichen nach ihrem Schulbesuch im letzten Jahrzehnt des 20. Jahrhunderts.
Die Ergebnisse zeigen, daß die erlittenen Nachteile bei gleichen Diplomen sich nicht wesentlich
für die Gruppe der Nordafrikaner verändert haben, die bereits Schwierigkeiten in den achtziger
Jahren hatten, trotz einem vorübergehenden Rückgang der Arbeitslosigkeit und der
fortschreitenden Demokratisierung des Schulsystems. Diese Nachteile sind für zwei weitere
Gruppen von Bedeutung : für Jugendliche aus dem subsaharischen Afrika und etwas weniger für
Jugendliche aus Südostasien. In diesem Zeitraum, in dem die Konjunkturbelebung für diplomierte
Jugendliche günstiger war, hatten die Jugendliche aus der nordafrikanischen Immigration zum
größten Teil noch geringerwertige Abschlußzeugnisse. Sie liegen heute hinter den Jugendlichen
aus Portugal, die offenbar durch die Ausweitung der professionellen Studiengänge zu höheren
Abschlußniveaus gebracht wurden. Damit könnte die Hypothese einer « statistischen
Diskriminierung » unterstützt werden, das heißt eines Mechanismen, der sich auf die mittleren
Eigenschaften einer Gruppe stützt. Die Grenze zu einer mehr offenen rassistischen
Diskriminierung bleibt jedoch ungenau. Das sehr starke Diskriminierungsgefühl, wie es die
Jugendliche aus Nord- und Schwarzafrika ausdrücken, sowie die pessimistische Begleitvision zu
ihrer Zukunft, zeigen auf jedem Fall einen starken Bruch innerhalb der französischen Gesellschaft
auf, den man nicht für die türkische Einwanderung nachvollziehen kann. Diese Wahrnehmungen
können ebenfalls auf längere Zeit eine negative Dynamik vertiefen, wie die Längschnittsdaten für
die zweite Kohorte zeigen. Diese Untersuchungsergebnisse öffnen den Weg zu einer neuen
Lektüre der Theorie der « segmentierten Assimilation », wie sie in einem amerikanischen Rahmen
vorgeschlagen wurde, in Bezug auf den spezifischen Rassismus der amerikanischen Gesellschaft
gegenüber der von der Sklaverei her stigmatisierten schwarzen Bevölkerung.
En la época de cohesión este artículo examina la penalidad étnica al contratar dos grupos de
jóvenes egresados durante el último decenio del siglo XX. En conclusión, los resultados nos
muestran que en posesión del mismo título la penalidad sufrida, no ha cambiado esencialmente
para el grupo magrebí, que ya se encontraba en dificultad en los años ochenta, pese al descenso
pasajero de la desocupación y de la búsqueda de la democratización del sistema escolar. Esta
resulta significativa para otros dos grupos : los jóvenes originarios del África sub-sahariana y los
del Asia del sudeste en menor cantidad. En este período, el mejoramiento de la situación
económica fue más favorable a los titulados, siendo aún pocos los jóvenes provenientes de la
inmigración magrebí que poseían certificados. Desde este momento son aventajados por los
jóvenes originarios de Portugal, que parecen haber sido llevados hacia los niveles superiores por
la expansión de los escalafones profesionales. Esto puede reforzar la hipótesis de una
« discriminación estadística », mecanismo que se apoya sobre las características medias de un
grupo. De todas maneras la frontera con una discriminación de carácter francamente más racista
sin embargo queda confusa. El más intenso sentimiento de discriminación que expresan los
jóvenes provenientes del Magreb y del África negra así como la visión pesimista del porvenir que
la acompañan indican una enorme fractura en el seno de la sociedad francesa, que no se encuentra
con el caso turco. Así, estas percepciones pueden también contribuir a acentuar una dinámica
negativa en un período mas largo, como lo muestran los datos longitudinales que disponemos para
el segundo grupo. Estos resultados nos llevan a releer la teoría de « la asimilación segmentada »,
tal como a sido propuesta en el contexto americano, en referencia al racismo específico de la
sociedad americana con relación a la población negra heredera de la esclavitud.
• Modes d’incorporation des immigrés et discrimination sur le marché du travail : vers un modèle dynamique de « l’assimilation segmentée »
• Observer l’entrée des enfants d’immigrés sur le marché du travail en France entre 1992 et 2003 : une toile de fond en forte évolution
— Les secondes générations dans les années quatre-vingt–quatre-vingt-dix : de
l’école au marché du travail
— Une période qui connaît des évolutions sensibles
— Des groupes nouveaux en présence sur le marché du travail
• Données et méthode
• L’évolution des caractéristiques des groupes en présence
— Les différents courants migratoires présents et leur composition en termes
de générations
• Une pénalité ethnique à l’embauche persistante pour certaines origines en dépit de l’amélioration de la conjoncture
— Un chômage qui demeure à des niveaux très élevés pour certains groupes
en dépit d’une baisse générale et qui stagne au fil de l’ancienneté
— La probabilité d’avoir un emploi s’améliore d’une cohorte à l’autre…
— L’ancienneté sur le marché du travail atténue inégalement la pénalité
ethnique…
— … qui touche, dans une certaine mesure, les diplômés
• Quelle perception les enfants d’immigrés ont-ils de leur situation ?
— Un sentiment fort de discrimination chez les garçons comme chez les filles
originaires du Maghreb et d’Afrique noire
— Une perception plusnégative qu’il s’agisse de l’emploi actuel ou de l’avenir
— La dynamique de la discrimination
• RÉFÉRENCES