La mobilité sociale descendante et ses conséquences politiques : recomposition de l’univers de valeurs et préférence partisane
Camille Peugny
Cet article se propose d’étudier les conséquences politiques de la mobilité intergénérationnelle descendante au sein de la population salariée. Dans une première partie, ce sont les
effets de la mobilité descendante sur les valeurs et attitudes politiques qui figurent au cœur
de l’analyse. Dans une seconde partie, il s’agit de passer à une analyse des effets des trajectoires descendantes sur le positionnement partisan.
Concernant les valeurs et attitudes politiques, notre analyse des données du Panel électoral français 2002 (Cevipof-Cecop-Cidsp) souligne la force de l’effet « position » : pour trois
des quatre dimensions étudiées (ethnocentrisme, autoritarisme, libéralisme économique), les
mobiles descendants ont plutôt tendance à adopter les attitudes en vigueur dans leur groupe
d’accueil. Cependant, dans la mesure où c’est un effet « origine » qui est mis en évidence
dans le cas de la préoccupation sociale, il semble qu’il faille conclure à une recomposition
originale de l’univers axiologique des mobiles descendants considéré dans son ensemble.
Dans le cadre de la tripartition de l’espace politique, cette recomposition originale du
système de valeurs des mobiles descendants se traduit par un ancrage partisan particulier :
dans le cas de la préférence partisane déclarée, la mobilité descendante introduit bien un
effet propre, celui d’un attrait relatif pour l’extrême droite. Deux hypothèses sont formulées
pour tenter d’expliquer ce résultat : le sentiment de frustration relative qui accompagne la
mobilité descendante d’une part, et la recomposition originale du discours économique et
social des « déclassés » d’autre part.
This article studies the political consequences of intergenerational downward mobility among
wage-earners. The first focus of the analysis is effects of downward mobility on values and
political attitudes. In this connection, analysis of Panel Électoral Français 2002 data (Cevipof-Cecop-Cidsp) brings out the strength of the « position » effect : for three out of the four
dimensions studied (ethnocentrism, authoritarianism, economic liberalism), the downwardly
mobile are likely to adopt the attitudes characteristic of the group they are moving into. However,
in the case of social preoccupation, an « origin » effect is found, strongly suggesting an original
reconstruction of the downwardly mobile’s axiological world as a whole. The second part
analyzes the effects of downward trajectories on position in political space. In the framework of a
three-part political space, the aforementioned original reconstruction of the value system is
reflected in a particular political positioning, and for stated political preference, downward
mobility has its own effect : a relatively strong attraction to the extreme right. Two hypotheses are
developed to explain this result : the feeling of relative deprivation that goes with downward
mobility, and the original reconstruction of social and economic discourse by the « déclassés ».
Dieser Aufsatz möchte die politischen Folgen der intergenerationellen Abwärtsmobilität
innerhalb der arbeitenden Bevölkerung untersuchen. In einem ersten Teil findet sich der
Kernstück der Analyse mit den Auswirkungen der Abwärtsmobilität auf die Werte und das
politische Verhalten. In einem zweiten Teil geht es darum, eine Analyse der Auswirkungen der
Abstiegsverläufe auf die Parteiwahl vorzulegen.
Bezüglich der Werte und der politischen Einstellungen unterstreicht unsere Analyse der Daten
des Panel électoral français 2002 [französischen Wahlpanels] (Cevipof-Cecop-Cidsp) die Stärke
der Auswirkung « Position » : bei drei der vier untersuchten Dimensionen (Ethnozentrismus,
Autoritarismus, Wirtschaftsliberalismus) neigen die Absteiger eher dazu, die in ihre
Aufnahmegruppe gültigen Einstellungen zu übernehmen. Soweit es jedoch darum geht, die
Auswirkung der « Herkunft » im Falle der sozialen Besorgnis hervorzuheben, scheint sich die
Schlußfolgerung einer eigenartigen Neubildung der axiologischen Vorstellungen anzubieten.
Im Rahmen der Dreiteilung des politischen Feldes, drückt sich diese neuartige Neubildung des
Wertsystems der Absteiger in einer besonderen Parteiverankerung aus : im Falle einer
ausdrücklich angegebenen Parteibevorzugung bringt die Abwärtsmobilität eine Eigenwirkung ein,
das heißt eine relative Neigung zur extrem Rechten. Zur Erklärung dieses Ergebnisses werden
zwei Hypothesen vorgelegt : das relative Frustrationsgefühl als Begleitwirkung der
Abwärtsmobilität einerseits und die eigenartige Neubildung des wirtschaftlichen und sozialen
Diskurses der « Deklassierten » andererseits.
Este artículo estudia las consecuencias políticas de la movilidad intergeneracional
descendente en la población asalariada. En una primera parte son las actitudes políticas de la
movilidad descendente y los efectos sobre los valores las que figuran en el centro del análisis. En
una segunda parte, se trata de pasar a un análisis de los efectos de las trayectorias descendentes
sobre el posicionamiento partidista.
En lo referente a los valores y actitudes políticas, nuestro análisis de los datos del Panel
électoral français 2002 (Cevipof-Cecop-Cidsp) resalta la fuerza del efecto « posición » : en tres
de las cuatro dimensiones estudiadas (etnocentrismo, autoritarismo, liberalismo económico), los
móviles descendentes tienden mas bien a adoptar las actitudes vigentes del grupo de acogida. En
la medida que es un efecto « origen » puesto en evidencia en el caso de la preocupación social,
sin embargo parece que falta concluir en una recomposición original del universo axiológico de
los móviles descendentes considerados en su conjunto.
Dentro del cuadro de la tripartición del espacio político, esta recomposición original del
sistema de valores de los móviles descendentes se traduce por una decisión partidista particular :
en el caso de una declarada preferencia partidista, la movilidad descendente a muy bien
introducido su propio efecto, el de un relativo incentivo para la extrema derecha. Se han
formulado dos hipótesis para ensayar de explicar este resultado : el relativo sentimiento de
frustración que acompaña la movilidad descendente de un lado, y la recomposición original del
discurso económico y social de los « denigrados » por otra lado.
• Les conséquences politiques de la mobilité sociale
— Le cadre théorique « psychologique »
— Les explications en termes d’acculturation politique
— Les progrès récents
— Deux caractéristiques de la littérature française
• Données et méthode
— Les données : le Panel électoral français 2002
— Les échelles d’attitude
— Les modèles
• Mesurer la mobilité sociale
— Une vision hiérarchique de la société
— Un indicateur agrégé de mobilité intergénérationnelle
— Les « petits » mouvements intergénérationnels ne sont pas significatifs
• Ethnocentrisme et autoritarisme, un effet position
• Libéralisme économique et préoccupation sociale : une recomposition originale
— Libéralisme économique, un effet position
— Préoccupation sociale, un effet origine
— Vers une recomposition originale ?
• Mobilité descendante et proximité partisane : un attrait relatif pour le Front national
— Un effet de la frustration relative ?
— Un effet de la recomposition originale du discours économique et social ?
• RÉFÉRENCES