La place de la biologie dans les premiers textes de Durkheim : un paradigme oublié ?
Dominique Guillo
Dans ses premiers textes, Durkheim s’appuie très largement sur les sciences de la vie, y
compris parfois sur des thèses naturalistes teintées d’ethnocentrisme et de sexisme. L’apparente contradiction entre, d’une part, ces argumentaires marqués par la biologie et, d’autre
part, les textes, beaucoup plus nombreux et davantage commentés, dans lesquels Durkheim
critique fermement le réductionnisme biologique en sociologie et l’ethnocentrisme, s’efface
dès lors que l’on reconstitue le champ de pensée général, propre aux sociologies d’inspiration biologique de son temps, dans lequel le sociologue français déploie ses vues. Ce retour
sur les sources biologiques et naturalistes du premier Durkheim, souvent délaissées ou
euphémisées dans les commentaires, fait par ailleurs ressortir l’un des aspects originaux de
ses premiers textes : à ses yeux, on peut fort bien soutenir la thèse de l’autonomie épistémologique des faits sociaux sans admettre pour autant que l’esprit individuel est intégralement
façonné par la société. Une telle enquête révèle enfin, en creux, certains traits du regard
porté par une partie des sciences sociales actuelles sur leurs rapports avec les sciences de la
vie d’hier et d’aujourd’hui.
In his early texts, Durkheim cited and made extensive use of the life sciences, including
naturalist theses tinged with ethnocentrism and sexism. The apparent contradiction between this
biology-marked argumentation and the more numerous and more frequently commented on texts
in which he firmly criticized ethnocentrism and biological reductionism in sociology recedes as
soon as we reconstitute the general field of thought specific to the biology-inspired sociology of
the period in which he was developing his views. Returning to the early Durkheim’s biological
and naturalist sources, sources often neglected or euphemized in commentaries, also brings out
an original aspect of his first texts : it was, in his view, perfectly possible to claim the
epistemological autonomy of social facts without having to accept the idea that the individual
mind was entirely fashioned by society. Furthermore, the investigation reveals by contrast certain
aspects of the way a part of today’s social sciences view their relations with today’s and
yesterday’s life sciences.
In seinen ersten Texten stützt sich Durkheim weitgehend auf die Lebenswissenschaften und
dabei manchmal auf naturalistische Thesen mit ethnozentrischen und sexistischen Einschlag. Der
offensichtliche Widerspruch zwischen einerseits diesen von der Biologie geprägten Argumenten
und andererseits den viel häufigeren und öfter kommentierten Texten, in denen Durkheim den
biologischen Reduktionismus in der Soziologie und den Ethnozentrismus stark kritisiert,
verschwindet, sobald man das allgemeine Gedankenfeld der Soziologie mit biologischen Einfluß
seiner Zeit wiederherstellt, in dem der französische Soziologe seine Ideen entwickelt. Durch diese
Rückkehr zu den biologischen und naturalistischen Quellen des ersten Durkheims, die oft in den
Kommentaren vernachlässigt oder euphemisiert werden, wird in übrigen einer der eigenartigen
Aspekte seiner ersten Texte verdeutlicht : in seiner Vorstellung kann durchaus die These der
epistemologischen Autonomie der sozialen Fakten verteidigt werden, ohne dafür einzuräumen,
daß der individuelle Geist vollständig von der Gesellschaft gebildet wird. Eine solche
Untersuchung deckt schließlich im Hintergrund eigene Blickwinkel auf, die ein Teil der heutigen
Sozialwissenschaften auf ihre Beziehungen mit den Lebenswissenschaften von gestern und heute
wirft.
En sus primeros textos, Durkheim se apoya muy considerablemente sobre las ciencias,
incluyendo a veces las tesis naturalistas llenas de etnocentrismo y de sexismo. La contradicción
aparente entre esas argumentaciones marcadas por la biología de una parte y de los textos mucho
mas numerosos y mucho mas comentados por otra, en los cuales Durkheim critica firmemente el
etnocentrismo y el reduccionismo biológico en sociología, desaparece al momento que se
reconstituye el campo del pensamiento general, inherente a los sociólogos con inspiración
biológica de la época, en la cual el sociólogo francés despliega sus opiniones, ese retorno hacia
las fuentes biológicas y naturalistas del primer Durkheim, a menudo abandonadas o eufemisadas
en sus comentarios, por otra parte hace resaltar uno de los aspectos originales de esos primeros
textos : antes sus ojos, se puede muy bien sostener la tesis de la autonomía epistemológica de los
hechos sociales, sin admitir por lo tanto que el espíritu individual está íntegramente formado por
la sociedad. Finalmente esta encuesta revela, el vacío, en ciertos puntos de vista de una parte de
las ciencias sociales actuales sobre sus relaciones mantenidas con las ciencias de ayer y de hoy.
• Les paradoxes d’une omniprésence
• Les premiers écrits de Durkheim : un champ conceptuel issu de l’anatomie comparée
• La société comme organisation soumise à un processus de développement par différenciation
— La classification hiérarchique des différents types de sociétés : le critère
morphologique du degré de différenciation
— Sociétés segmentaires et sociétés organisées
— L’échelle des sociétés comme substrat général du développement social
— Les causes du développement des organisations sociales : le poids de la lutte
pour la vie
• Type individuel et type social
— L’anthropologie comme étude de l’organisation individuelle et de ses types
— La classification des types humains : une échelle d’organisations
individuelles de plus en plus différenciées
— Hérédité et milieu dans la formation de l’organisation individuelle et de ses
aptitudes
• La métaphysique du progrès de Durkheim : l’autonomisation progressive de l’activité à l’égard de son substrat
• Un paradoxe qui s’efface et laisse apparaître un parti pris théorique original
• RÉFÉRENCES