« Mourir à l’heure du médecin »
Décisions de fin de vie en réanimation
Nancy Kentish-barnes
La réanimation et les techniques employées ont bousculé notre rapport à la mort, déjà
professionnalisée et médicalisée. L’étude de quatre services de réanimation, en France et en
Grande-Bretagne, permet de faire apparaître la réalité des pratiques concrètes de la mort et
de la replacer au cœur des relations professionnelles et des expériences personnelles. Au
terme de ce travail, la décision de fin de vie apparaît être une véritable construction sociale :
loin d’être purement objective et médicale, elle est conditionnée par des effets de contexte et
par l’engagement des acteurs. La recherche d’autonomie et d’autorégulation professionnelle
renforce l’ambivalence du processus de « mourir » déjà complexe puisque régi par des logiques très hétérogènes. La mort dépend plus de l’organisation et de la culture de chaque
service que de la volonté du patient ou de ses proches.
Intensive care units and their techniques have considerably altered our attitude towards death
as well as the death process – a process that had already been professionalised and medicalised.
This study of four intensive care units in France and Britain brings to light the reality of deathrelated practices and resituates that reality at the core of professional relationships and personal
experiences. Study results strongly suggest that the decision to end life is a genuine social
construction : far from being purely objective and medical, it is heavily conditioned by context
and actors’ commitment. The search for professional autonomy and self-regulation has increased
the ambivalence of the dying process, already complex because governed by numerous and
heterogeneous logics. This study shows that our death depends more on the organization and the
culture of the intensive care unit than on our own wishes or those of close relatives.
Behandlung und technische Mittel in der Intensivstation haben unser Verhältnis zum Sterben
grundlegend verändert und es heute schon zu einer medizinischen Berufssache gemacht. Die in
vier verschiedenen Intensivstationen in Frankreich und Großbritannien durchgeführten
Untersuchungen zeigen die Realität der konkreten Todespraxis und deren Platz im Zentrum der
beruflichen Beziehungen und persönlichen Erfahrungen. Sie lassen die Entscheidung zum
Ableben als eine echte soziale Konstruktion erscheinen : es handelt sich hierbei keineswegs um
eine rein sachlich ärztliche Entscheidung, denn sie unterliegt Umfeldeinwirkungen und wird vom
Engagement der Aktoren beeinflusst. Das Streben nach Autonomie und beruflicher
Selbstregelung verstärkt die Ambivalenz des « Sterbeprozesses », der an sich schon komplex ist
durch die sehr unterschiedlichen Denklogiken. So ist das Ableben in erster Linie von der
Organisation und der Kultur der verschiedenen Krankenstationen abhängig, und weniger vom
Willen des Patienten oder dessen Angehörigen.
Las técnicas utilizadas por los servicios de reanimación han transformado nuestra relación ya
profesionalizada y medicalizada de la muerte. Un estudio en cuatro servicios de reanimación de
Francia y de Gran Bretaña permite mostrar la realidad en las prácticas concretas sobre la muerte
reubicándolas al centro de las relaciones profesionales y de las experiencias personales. Al final
de ese trabajo, la decisión de poner fin a una vida se manifiesta como una verdadera construcción
social : en lugar de ser netamente objetiva y medical se encuentra condicionada por los efectos de
un conjunto de circunstancias como por un acuerdo de sus protagonistas. La búsqueda de una
autonomía y de una autorregulación profesional refuerza la ambivalencia del proceso de « morir »
en sí ya complejo puesto que obedece a diferentes lógicas. El momento para decidir la muerte
depende mas de la organización y de la cultura de cada servicio que de la misma voluntad del
paciente o de sus allegados.
• La mort à l’hôpital : l’étude sociologique des pratiques
• Une observation participante
• Qu’est-ce que mourir en réanimation ? La limitation et l’arrêt des thérapeutiques
• Production de la mort en réanimation
• Quatre services de réanimation, quatre cultures de fin de vie spécifiques
• Les décisions de fin de vie au cœur d’un contexte ambivalent
• Qui décide de la fin de vie ?
— Les médecins
— Les infirmières
— Les proches
• La recherche d’autonomie malgré un contexte d’incertitude pesant
• Le rejet d’une intervention extérieure
• L’« effet-service » et ses conséquences sur le rapport à la norme
• RÉFÉRENCES