Accueil Revue Numéro Article

Revue française de sociologie

2009/4 (Vol. 50)



Pages 693 - 718 Article suivant
1

Seuls les sociologues se sont intéressés aux réussites délinquantes, celles du délinquant professionnel (Sutherland, 1937), innovateur (Merton, 1965), populaire (Greenberg, 1977 ; Rebellon et Manasse, 2004), stoïque (Sykes, 1958 ; Preble et Casey, 1969) ou transcendental (Katz, 1988). Les trajectoires de délinquance y sont analysées comme des projets de vie dans lesquels les sujets s’efforcent de s’accomplir sous différentes formes : la compétence pour Edwin Sutherland, la richesse pour Robert Merton, la popularité ou le prestige pour David Greenberg, la force de caractère pour Gresham Sykes et la liberté pour Jack Katz. C’est cette thématique, s’inscrivant dans le champ d’étude des mécanismes de la mobilité sociale (Cuin, 1993), qui donne à la sociologie criminelle classique (principalement américaine) son unité narrative et sa spécificité.

2

Cette sociologie américaine, de Sutherland à Daniel Bell, envisageait la possibilité que les trajectoires de délinquance puissent manifester, dans certaines conditions, des parcours de mobilité sociale et professionnelle ascendante (Bell, 1965 ; Cloward, 1959). Ces hypothèses se sont révélées peu concluantes. D’une part, les parcours professionnels des trajectoires délinquantes manifestent peu de « mobilité ». L’enquête de terrain de Adler et Adler (1983 ; voir aussi Adler, 1993) auprès d’un groupe de soixante-cinq contrebandiers et trafiquants de haut niveau qui opéraient dans une petite ville américaine, à la frontière du Mexique, suggère que les trajectoires délinquantes prennent essentiellement la forme d’une mobilité latérale. Ils notent que le clivage qui démarque les échelons inférieurs et supérieurs de la vente de drogues illégales reproduit, à quelques exceptions près, la position professionnelle d’origine des délinquants. On retrouve une variante de cette thèse dans l’étude de Holtzman (1983). Celle-ci a examiné « la feuille de route » des emplois légitimes occupés par une cohorte de récidivistes condamnés uniquement dans des causes de vols ou de cambriolages. S’étonnant de ce que la grande majorité de ces délinquants soient intégrés au marché du travail, Holtzman développe l’hypothèse selon laquelle leurs activités de délinquance offraient toutes les caractéristiques d’un deuxième emploi pour des ouvriers semi-qualifiés qui ne peuvent « arrondir leurs fins de mois » par le travail au noir.

3

D’autre part, les sondages de délinquance autodéclarée ont dénié à la classe sociale d’origine toute influence directe sur l’engagement dans la délinquance (Tittle, Villemez et Smith, 1978 ; Tittle et Meier, 1990 ; Reiss et Rhodes, 1961 ; Roché, 2001), renforçant du même coup la thèse selon laquelle les mécanismes d’étiquetage social suffisent à rendre compte des « biais de composition sociale » des populations délinquantes fichées ou emprisonnées. Mais cette fin de non-recevoir est peut-être prématurée. Les travaux de Wright et al. (1999) abordent la question d’un tout autre point de vue : ils soutiennent que l’absence de corrélation observée dans la méta-analyse de Tittle et Meier (1990) n’implique pas nécessairement une absence de causalité. Il serait possible qu’elle soit le résultat d’un effet suppressif résultant de deux pressions contraires qui toutes deux varient avec la classe sociale. S’appuyant sur une enquête de délinquance autodéclarée auprès d’adolescents et de jeunes adultes, ils commencent par observer qu’il n’existe aucune relation apparente entre leur classe sociale d’origine et leur penchant pour la délinquance (la proportion qui participe à des activités délinquantes), son intensité (la fréquence individuelle des délits commis) ou sa gravité. Mais ils découvrent ensuite que le sentiment d’impunité et le goût du non-conformisme s’accroissent à chaque strate de l’échelle, expliquant du même coup pourquoi les conduites de délinquance peuvent augmenter avec la position sociale. Même si ces résultats s’écartent de l’opinion reçue parmi les criminologues américains, ils ne sont pas sans précédents. S’inspirant des travaux d’obédience marxiste de William Bonger (1916), Hagan, Gillis et Simpson (1985) vérifient l’hypothèse selon laquelle la classe sociale d’origine exerce un effet d’interaction sur la relation entre la participation à des activités délinquantes et le contrôle familial différentiel qui s’exerce sur les adolescents et les adolescentes : les différences de comportement de délinquance entre les sexes sont très marquées en haut de l’échelle sociale, mais elles déclinent dans les classes intermédiaires et sont très atténuées au bas de l’échelle sociale. Par ailleurs, une enquête de délinquance autodéclarée de Grasmick, Jacobs et Mc Collom (1983) montre que les risques perçus d’arrestation et l’évaluation de leurs conséquences varient en fonction inverse de la classe sociale d’origine des adolescents interviewés. Mais Wright et al. (1999) découvrent que les conduites délinquantes varient également en fonction directe des frustrations relatives et de la désorganisation familiale, lesquelles varient en fonction inverse de la classe sociale d’origine. Ces résultats corroborent ceux de McCarthy et Hagan (2004), qui ont eu la bonne idée d’incorporer dans leur enquête de délinquance autodéclarée des questions sur les revenus et les dépenses personnelles. Ils découvrent que la classe sociale d’origine exerce un effet d’interaction sur le penchant pour la délinquance : tout supplément de revenu personnel diminue les conduites délinquantes des adolescents qui se trouvent au bas de l’échelle sociale, alors qu’il n’exerce pas un tel effet pour les adolescents qui bénéficient des ressources d’un milieu social plus favorisé. La solution analytique proposée par Wright et ses collègues est élégante mais présente deux inconvénients : la classe sociale devient, par sa « psychologisation », une notion qui explique une chose et son contraire. Le second inconvénient est que le scénario conceptuel a été élaboré de manière ad hoc afin de rendre compte d’un résultat anticipé – l’absence apparente d’impact de la classe sociale d’origine sur les conduites délinquantes autodéclarées.

4

Dans cet article, nous examinons la délinquante sous l’angle de ses résultats plutôt que de ses modalités (fréquence ou gravité des délits commis). On ne s’est guère employé à vérifier empiriquement pourquoi, à activités délinquantes tenues constantes, certains délinquants en retirent des avantages appréciables alors que d’autres n’y parviennent pas – question pourtant centrale chez Cloward (1959), pour qui l’accès aux opportunités criminelles attrayantes est lui-même stratifié. Cette carence est particulièrement évidente dans le bilan que Hobbs (1995) propose des travaux publiés entre 1937 et 1993 sur la délinquance « professionnelle ». Malgré l’importance que Sutherland et Cressey (1966) accordaient à la formation dans le modèle de professionnalisation des trajectoires de délinquance (voir Dubar et Tripier, 2005), aucune des études sélectionnées par Hobbs ne s’y attarde. Ce n’est que récemment, à l’occasion d’une enquête sur les activités délinquantes d’un échantillon de détenus de trois prisons fédérales canadiennes, que Morselli, Tremblay et McCarthy (2006) se sont avisés de leur poser directement la question : « Parmi les personnes qui, dans votre vie, vous ont influencé, est-ce qu’il y en a une qui vous a introduit dans le milieu criminel et que vous considérez comme votre mentor ? » Les résultats de cette étude indiquent que ces mentors jouent un rôle important (39 % des détenus interviewés disent avoir bénéficié d’un mentor) et qu’ils présentent les mêmes caractéristiques que sur le marché des emplois conventionnels. La différence d’âge entre les mentors et leurs protégés est appréciable (en moyenne onze ans). Aucun des répondants n’a mentionné la rencontre de « plus d’un mentor », ce qui souligne le caractère privilégié de cette relation au sein de leurs réseaux de connaissances. À l’appui de la thèse selon laquelle la formation offerte par ces mentors serait bénéfique, l’étude montre que les délinquants qui ont eu la « chance » de rencontrer un mentor déclaraient des revenus criminels médians dix fois plus élevés que ceux qui n’avaient pas eu cette « chance », et qu’ils avaient également passé moins de temps en prison durant les trois années antérieures à leur incarcération. La rencontre des mentors (qui se produit autour de 18 à 20 ans) n’explique sans doute pas les débuts de la délinquance, mais plutôt son développement ou sa « maturité ». Leur rôle n’est pas incitatif (encourager les non-délinquants à devenir délinquants) mais formatif (s’assurer qu’un délinquant motivé devienne un « bon délinquant »). Ces mentors « professent » le crime comme une vocation et jouent, semble-t-il, un rôle essentiel dans la professionnalisation des activités de délinquance.

5

Mais il est difficile d’analyser la mobilité professionnelle des délinquants sans disposer d’une mesure de leur performance criminelle. La criminologie contemporaine a manifesté peu d’empressement à évaluer cette performance. Exception faite d’un certain nombre d’enquêtes de terrain (McCarthy et Hagan, 2001), les seuls sondages de délinquance autodéclarée qui se soient donné la peine d’interroger les délinquants sur leurs performances individuelles (en l’occurrence les revenus qu’ils retirent de leurs activités illégales) ont été réalisés dans les années 1970 auprès d’échantillons représentatifs de détenus à qui l’on demandait de reconstituer leurs trajectoires de délinquance, la nature des activités illicites auxquelles ils avaient participé durant les trente-six mois qui avaient précédé leur incarcération, la séquence de leurs épisodes de liberté ou de détention et la cadence ou le tempo de leurs délits par type d’activité (Peterson et Braiker, 1981 ; Chaiken et Chaiken, 1982 ; Blumstein et al., 1986). Il faudra pourtant attendre une quinzaine d’années avant que l’on s’attarde à écouter ce que les détenus interrogés avaient à dire sur leurs propres performances criminelles (Tremblay et Morselli [2000] analysèrent l’enquête de 1976 auprès de 672 détenus ; Robitaille [2004] examina l’enquête de 1978, qui s’appuyait sur un échantillon de 2670 détenus). Ce nouvel examen suggère que les délinquants « moins compétents » purgeaient des sentences carcérales aussi longues que leurs confrères « plus compétents » ; que ceux-ci étaient, on peut le comprendre, plus enclins à déserter le marché des emplois conventionnels que ceux-là ; que les délinquants les plus performants étaient également ceux dont les chances de récidive étaient les plus élevées. Ces réussites n’étaient pas fortuites ou aléatoires mais bien « méritées » puisqu’elles augmentaient proportionnellement aux soins que les délinquants consacraient à planifier et organiser leurs délits. Les dépendances lourdes à l’alcool nuisaient aux performances criminelles alors que les dépendances à la cocaïne ou l’héroïne n’exerçaient pas cet effet. Enfin, les délinquants qui s’abstenaient de recourir à la violence retiraient des revenus moindres de leurs activités illégales que ceux disposés à en faire usage.

6

Nous examinons ici l’hypothèse selon laquelle la classe sociale d’origine des délinquants influence leurs chances de mobilité professionnelle dans leurs parcours de délinquance. Les pratiques délinquantes que nous étudierons peuvent être qualifiées de communes en ce sens qu’elles sont accessibles à toutes les classes sociales (vols de véhicules, trafics de drogues illicites, vols qualifiés, fraudes « ordinaires » par cartes de crédit ou par chèques). Cette hypothèse diffère de celle de Cloward (1959), pour qui les chances de réussite dans le crime sont indépendantes des chances de réussite sur le marché du travail conventionnel. Elle diffère également de la thèse selon laquelle l’accès aux emplois conventionnels serait le principal ou le seul mécanisme de stratification des opportunités de délinquance (délinquance d’affaires vs délinquance « commune »). Elle a le mérite, cependant, de croiser deux traditions de recherche qui s’ignorent mutuellement : les auteurs qui s’intéressent aux classes sociales d’origine des délinquants se désintéressent de leurs trajectoires professionnelles dans le crime ; et ceux qui s’intéressent aux parcours professionnels des délinquants se désintéressent de leur classe sociale d’origine.

7

L’article procède en cinq étapes. La première section décrit dans quelles conditions nous avons interviewé les détenus et la stratégie adoptée pour reconstituer leur trajectoire de vie durant les trois années qui ont précédé leur incarcération actuelle. La deuxième section présente les deux variables centrales de l’analyse – en amont, la classe sociale d’origine des délinquants, et, en aval, leurs revenus criminels durant la période fenêtre. La troisième section croise les revenus criminels des délinquants et leur classe sociale d’origine. Pour clarifier l’interprétation de ce croisement, la quatrième section introduit trois mécanismes susceptibles de conditionner les rapports observés entre la classe sociale d’origine et la performance criminelle – l’ambition ou le désir personnel d’enrichissement des délinquants, leur accès à une formation (la rencontre d’un « mentor criminel ») et leurs choix d’activités criminelles. La cinquième section examine si la classe sociale d’origine des délinquants influence ou non la sévérité relative des tribunaux criminels à leur endroit. Si la thématique de la « justice de classe » a été largement éclipsée, aux États-Unis notamment, par l’étude des pratiques de discrimination fondée sur l’origine et la couleur de la peau, nous reprenons ici, sous un angle différent et beaucoup plus ciblé, une tradition de recherche initiée par Herpin (1977), Pires, Landreville et Blankevoort (1981) et Aubusson de Cavarlay (1985, 1987 ; voir aussi Aubusson de Cavarlay et al., 1995). Tous les délinquants interrogés dans cette étude partagent la même filière pénale (ils ont tous été condamnés à une sentence d’au moins deux ans de prison) et le même profil autodéclaré d’illégalismes (délinquance commune ou « classique »). À filière pénale et forme d’illégalisme tenues constantes, l’objectif sera de déterminer si les garçons dévoyés de « bonnes familles » sont avantagés devant les tribunaux criminels et d’examiner, le cas échéant, les moyens dont ils disposent pour assurer cet avantage.

Échantillon de sujets et déroulement des entretiens

8

262 détenus ont été rencontrés dans cinq pénitenciers fédéraux [1]   Les prisons fédérales canadiennes n’admettent que... [1] de la région de Montréal durant les mois d’été de 1999 à 2001. Contrairement aux enquêtes américaines où les questionnaires étaient auto-administrés et complétés en groupe (Peterson et Braiker, 1981 ; Chaiken et Chaiken, 1982 ; Horney, Osgood et Marshall, 1995), ces entretiens ont été réalisés en face-à-face. Cette méthode a permis aux intervieweurs (trois étudiants et six étudiantes) de s’assurer que chaque question était bien comprise et que le niveau de précision des réponses était suffisant. Pour minimiser les erreurs de mémoire, les détenus qui avaient été incarcérés depuis plus de sept ans ont été exclus des entretiens. Ce filtrage n’a guère été utilisé puisque la majorité des répondants (76%) étaient incarcérés depuis moins de deux ans. La durée moyenne des entretiens était d’une heure trente. La discussion ne portait pas sur leurs conditions de détention mais sur les trente-six mois qui avaient précédé le début de leur dernière incarcération.

9

La sélection des détenus s’est faite au hasard à partir d’une liste des individus présents dans l’établissement les journées d’entrevue. Les entretiens se sont déroulés à part égale dans des établissements à sécurité moyenne (n = 123 ou 47 %) et les établissements à sécurité minimale (n = 123 ou 47 %) [2]   Quelques entretiens (n = 16 ou 6 %) ont été réalisés... [2] . Dans les établissements à sécurité moyenne, des bureaux réservés aux rencontres entre les détenus et leurs avocats étaient mis à notre disposition. Chaque emplacement était muni d’un téléphone permettant de joindre (à l’interne) différentes sections du pénitencier. C’est aux intervieweurs que revenait la tâche de contacter les détenus. Dans les pénitenciers à sécurité minimale, la procédure d’appel était quelque peu différente. En raison de la liberté de mouvement des résidents, la stratégie la plus efficace était de les joindre via l’intercom, à partir d’un poste de contrôle à proximité des locaux réservés aux entretiens. Ici encore, le motif de l’appel n’était pas indiqué et la seule instruction de se présenter au lieu de l’entretien était entendue dans chaque unité de l’établissement. Bien que 262 détenus aient été interviewés, nous utilisons dans cette étude un échantillon de 195 entretiens. Nous avons exclu 45 répondants dont les activités délinquantes n’avaient aucune visée lucrative (délits sexuels, par exemple, conduites dangereuses, etc.) et 23 autres dont les questionnaires étaient incomplets.

10

L’entretien débutait avec les présentations d’usage et les garanties de confidentialité et d’anonymat. Les détenus pouvaient refuser de participer à l’enquête (20 % d’entre eux s’en sont prévalus) [3]   35% des détenus n’étaient pas disponibles au moment... [3] , interrompre l’entretien à tout moment ou refuser de répondre à n’importe quelle question. Le titre du questionnaire, laissé intentionnellement vague (Sondage sur la situation financière des détenus avant leur incarcération actuelle), annonçait néanmoins que l’enquête allait porter sur les revenus licites et illégaux des détenus. Nous souhaitions offrir une compensation financière symbolique aux participants mais les autorités correctionnelles s’y sont opposées.

11

Pour faciliter la reconstitution des trajectoires de vie, les informations des répondants ont été transposées sur trois calendriers de douze mois chacun (sur cette stratégie de contextualisation des histoires de vie, voir Horney, Osgood et Marshall, 1995 ; Freedman et al., 1988 ; Bradburn, Lance et Shevell, 1987). Les événements carcéraux étaient les premiers repères positionnés sur les calendriers. Les répondants devaient reconstruire leurs « trajectoires carcérales » en indiquant les mois où ils avaient été arrêtés, les périodes d’incarcération ainsi que les mois où une probation, une libération conditionnelle ou un séjour en maison de transition leur avait été imposé. La grande majorité des répondants connaissait la date précise d’entrée et de sortie des différents séjours en prison. L’intervieweur abordait ensuite, en rafale, un ensemble d’événements de vie suffisamment marquants pour que leurs mois d’occurrence soient généralement connus des répondants. Les décès de proches parents et d’amis, les hospitalisations, les séjours en thérapie, les tentatives de suicide, les séparations ou les divorces, les naissances d’enfants, les pertes significatives d’emploi, les pertes importantes d’argent et les déménagements étaient ainsi disposés sur les calendriers. Les expériences de travail légitime complétaient cette première mise à plat des balises de la trajectoire. Après avoir précisé les trois emplois les plus significatifs de cette période, les répondants devaient indiquer les mois durant lesquels ils avaient occupé ces emplois et le revenu mensuel de chacun des mois de travail.

12

Les activités délinquantes [4]   La notion d’ « activité délinquante » réfère ici à... [4] étaient abordées en dernier lieu. Les répondants devaient d’abord indiquer s’ils avaient participé à différents délits d’acquisition (vols qualifiés, cambriolages, vols de voitures, vols simples, fraudes et escroqueries) et différents délits reliés aux marchés illicites (vente et distribution de drogue, contrebande, recel, paris illégaux, prêt usuraire et prostitution) [5]   Aucune des pratiques de fraude et d’escroquerie des... [5] . Après avoir précisé les paramètres de chacune de ces activités (niveau de planification, cadence de réalisation, gains moyens par délit, nombre de codélinquants impliqués, cibles les plus fréquentes, etc.), les répondants devaient indiquer, sur les calendriers, chacun des mois où ils avaient été actifs. Après avoir reconstruit les séquences de tous les délits commis, les répondants devaient ensuite fournir une estimation de leurs gains illicites (pour une analyse détaillée, voir Charest, 2007).

Stratégie d’analyse

13

La mesure de positionnement social des détenus interviewés est dérivée de la nature des emplois qu’occupent (ou qu’occupaient) leurs pères. Nous utilisons plus précisément l’échelle de prestige occupationnel développée par Nakao et Treas (1994) pour regrouper les sphères d’emplois en six catégories : 1) les professions libérales et les postes de gestionnaires (cadres, professeurs, ingénieurs, médecins, juges, architectes) ; 2) les emplois du domaine technique, de la vente et de l’administration (informaticiens, fonctionnaires, acheteurs) ; 3) les emplois de service (commis, policiers, pompiers, restaurateurs) ; 4) les emplois manuels « qualifiés » (plombiers, machinistes, soudeurs et électriciens) ; 5) le secteur ouvrier « non qualifié » (employés d’entretien, camionneurs, livreurs et manœuvres de chantier), et enfin 6) le domaine de l’agriculture, de la pêche et de la foresterie. Ces catégories d’emplois et leur ordonnancement diffèrent très peu d’autres échelles de prestige occupationnel utilisées au Canada (notamment celle de Blishen, 1958). L’échelle de Nakao et Treas a été retenue principalement parce qu’elle incorpore un éventail plus vaste et plus contemporain d’occupations. En raison du nombre limité de sujets dans certaines catégories (le domaine forestier et l’agriculture notamment), nous avons restreint notre échelle à quatre groupes : 1) les emplois de professionnels et de gestionnaires ; 2) les emplois des domaines techniques, de la vente et des services ; 3) la main-d’œuvre qualifiée, et 4) la main-d’œuvre non qualifiée. À ces quatre catégories, nous ajoutons celle des « sans-emploi », regroupant les individus dont les pères étaient au chômage durant la majeure partie de leur vie (voir Annexe pour une description des emplois des pères).

14

Cette mesure de positionnement social est corrélée avec une série d’autres indicateurs du niveau socioéconomique des familles. Par exemple, 91 % des pères professionnels et gestionnaires sont propriétaires de leur lieu de résidence contre 48 % des ouvriers (la valeur du coefficient de contingence [C. C.] est de 0,26, p < 0,001). La fréquence des recours à l’aide sociale décroît également avec la position sociale d’origine (C. C. = 0,34, p < 0,001). Seuls 4 % des familles de professionnels (une sur 23) ont eu recours à l’aide sociale à un moment ou un autre dans la vie du délinquant, contre 42 % des familles d’ouvriers non qualifiés. On note aussi que plus le prestige occupationnel est élevé, plus les pères sont susceptibles d’avoir eu des employés sous leur ordre (C. C. = 0,35, p < 0,001). Le nombre d’employés sous leur responsabilité varie également de manière proportionnelle avec la position sociale (C. C. = 0,49, p < 0,001). Elle concorde aussi avec l’évaluation personnelle que les répondants font de la situation financière de leurs familles (r = .396, p < .001). La plupart des familles ne semblent pas avoir vécu de difficultés financières notables lorsque les répondants étaient jeunes. Près de 30 % considéraient la situation financière de leur famille comme étant « aisée », 49 % considéraient cette situation comme étant « dans la moyenne », alors que seulement 21 % des revenus familiaux étaient considérés inférieurs à la moyenne.

TABLEAU I - Catégories occupationnelles des pères des délinquants

15

Le Tableau I présente le nombre et la proportion des répondants selon la catégorie d’emploi de leur père ainsi que les catégories occupationnelles des hommes québécois de 55 ans et plus (un groupe similaire en âge aux pères de nos répondants) [6]   Les données de Statistique Canada (fondées sur le... [6] . On remarque que les fils de professionnels, d’entrepreneurs ou de gestionnaires sont aussi nombreux dans notre échantillon que dans la population générale (12 % vs 11 %). Au bas de l’échelle sociale (les fils de chômeurs), les proportions sont également similaires (3 % vs 9 %). Les pères des délinquants ne sont proportionnellement pas plus nombreux à bénéficier des prestations de chômage ou d’aide sociale que la population québécoise. Les délinquants de milieux modestes sont tout de même surreprésentés. Dans la population québécoise, environ 50 % des hommes de 55 ans et plus occupent des emplois d’ouvriers (qualifiés ou non). Cette proportion est de 69% chez les pères des délinquants rencontrés. Les deux tiers proviennent donc de milieux ouvriers. Cette surreprésentation se produit au détriment de la classe moyenne des emplois techniques, de service ou de la vente. Ces secteurs d’activités regroupent près du tiers des hommes au Québec (30 %) alors qu’ils n’atteignent que 16 % dans notre échantillon. Malgré ces différences, on retrouve une diversité appréciable des milieux d’origine. Cette composition sociale n’est pas sans rappeler celle de l’étude de Zamble et Porporino (1988) auprès de détenus fédéraux d’une autre province canadienne (Ontario), où 28 % des détenus provenaient des classes moyennes et supérieures (professionnels, gestionnaires et employés qualifiés) alors que 39 % étaient issus des classes ouvrières et 33 % des classes inférieures (emplois non qualifiés ou chômage).

16

Pour mesurer les revenus criminels des délinquants, nous leur avons d’abord demandé d’indiquer le type d’activité criminelle pratiquée durant les trois années de la période d’analyse, la fréquence d’activité de chaque type de crime commis et les revenus moyens par crime ou par transaction. En combinant ces trois informations, on obtient une estimation de leurs revenus mensuels et cumulatifs durant la période fenêtre. Dans une seconde section du sondage, nous avons demandé aux détenus d’apprécier eux-mêmes leurs revenus illicites mensuels pour chacun des mois de la période de référence durant lesquels ils étaient « actifs » avant l’incarcération (en utilisant trois calendriers de douze mois chacun). Les deux mesures prennent en considération les mois d’activité ou d’inactivité des sujets, de sorte que la « période d’activité » délinquante peut être considérée comme une constante. Les deux mesures sont positivement corrélées (0,52) même si elles exigent des répondants qu’ils procèdent à des opérations intellectuelles différentes (esprit d’analyse dans le premier cas, esprit de synthèse dans le second). Les différences entre ces deux mesures ne s’expliquent ni par le sexe des intervieweurs, l’âge des répondants, l’établissement où l’entretien s’est déroulé, le nombre de leurs séjours passés en prison, ni par l’intervalle de temps qui sépare la date de l’entrevue du début de la période fenêtre (Charest, 2004). Dans cette étude, nous utilisons les revenus déclarés (la seconde mesure) parce qu’ils sont plus bas que les revenus estimés (ou dérivés). Nous utilisons également la base logarithmique de ces revenus pour différentes raisons : cette transformation normalise la distribution des revenus (voir, par exemple, Tremblay et Morselli, 2000 ; Matsueda et al., 1992), elle permet de neutraliser le penchant des répondants à mieux discriminer les différences de revenus lorsque ceux-ci sont faibles aussi bien qu’élevés (Tiberghien, 1984) et réduit les effets de distorsion attribuables à la vantardise ou l’exagération. Lorsque les données de revenus sont transformées, la corrélation entre les revenus déclarés et les revenus estimés est presque parfaite (r = 0,97). Lorsque les données ne le sont pas, la corrélation est beaucoup plus faible (r = 0,52).

Mise à plat des effets directs de la classe socialesur la performance criminelle

17

Lorsque l’on croise la classe sociale d’origine des délinquants interrogés et leur aptitude à retirer des revenus de leurs activités criminelles, le croisement prend la forme d’une relation positive (r = 0,156, p = 0,026). Ce qui est vrai au niveau individuel l’est également lorsque les revenus individuels sont regroupés par classe sociale d’origine (Tableau II). Les revenus criminels des délinquants provenant du haut de l’échelle sociale (les fils de professionnels et de gestionnaires) sont nettement supérieurs à ceux des autres délinquants (170000$ sur trois ans ou 56000$ en moyenne par an). À mesure que décline la position sociale, déclinent également les revenus illicites. À partir du deuxième échelon, le revenu criminel moyen n’est plus que de 42 000 $ (14000$ annuellement). Pour ce qui est des emplois manuels, les fils d’ouvriers qualifiés (troisième échelon) retireront en moyenne 30907$ de leurs activités criminelles, alors que les fils d’ouvriers non qualifiés (quatrième échelon) gagneront moins de 17 000 $ (5 600 $ par an). Ce déclin progressif s’inverse lorsque l’on observe les performances des délinquants du bas de l’échelle sociale. Les fils de chômeurs ou d’assistés sociaux réussissent généralement mieux que les délinquants se situant au centre de la distribution. Les gains criminels de ce dernier groupe demeurent en deçà des revenus des délinquants de la classe favorisée mais sont de loin supérieurs aux performances des délinquants des classes « moyennes » (100719$ ou 33573$ par an).

TABLEAU II - Gains licites réels et possibles et revenus criminels atteints (moyennes géométriques) selon la classe sociale d’origine

18

Comment expliquer cette inégalité de performance ? Un premier scénario pourrait être que les « voyous » des classes moyennes et aisées ont des revenus d’emploi plus élevés que les autres et exigent que leurs revenus criminels soient également plus élevés. Il se trouve que leurs revenus légitimes sont médiocres et similaires à ceux des autres délinquants. Les salaires horaires des délinquants durant la période fenêtre ne diffèrent pas sensiblement d’une classe à l’autre. La similitude des salaires suggère que la qualité des emplois occupés ne diffère pas réellement selon la position sociale d’origine [7]   Les analyses de variance montrent effectivement que... [7] . La plupart des délinquants occupent des emplois qui se situent au bas de l’échelle de prestige occupationnel. Deuxième scénario : leurs revenus conventionnels sont également médiocres mais la raison en serait qu’ils sont moins motivés à occuper des emplois de troisième ordre que les autres délinquants. Ce scénario ne convient pas car le nombre de mois pendant lesquels ils occupent un emploi est similaire à celui des autres délinquants. Quelle que soit la classe sociale d’origine, les séquences de travail sont sporadiques et couvrent en moyenne le tiers de la période fenêtre (treize mois sur trente-six). Troisième scénario : il est vrai que leurs revenus d’emploi ne diffèrent pas de ceux des autres délinquants, mais leurs revenus légitimes potentiels pourraient être plus élevés compte tenu des avantages de leur classe sociale d’origine. Ce scénario doit lui aussi être abandonné : les délinquants qui proviennent des classes moyennes ou aisées ont décroché de l’école dans la même proportion que les délinquants des autres classes sociales. Même si les délinquants d’origines sociales favorisées ont un niveau de scolarité moyen plus élevé (48% d’entre eux ont terminé leurs études secondaires contre 19 % au deuxième échelon, 14 % au troisième et 13 % au dernier), peu d’entre eux ont poursuivi leur scolarité, de sorte que les différences d’instruction sont modestes et n’ont que peu de poids sur les revenus qu’ils pourraient espérer obtenir sur le marché de l’emploi [8]   En revanche, la proportion d’entre eux qui ont séjourné... [8] . Ces revenus légitimes « potentiels » ont été estimés [9]   La procédure d’estimation du revenu licite potentiel... [9] (voir Tableau II, colonne 4). De fait, on n’observe aucune corrélation entre ces revenus et le statut social des répondants.

19

Les performances des délinquants n’offrent pas une image inversée des gains licites auxquels ils renoncent. Ce n’est pas parce que les membres des classes sociales favorisées ont davantage à perdre qu’ils requièrent du crime une compensation plus élevée. Mais un dernier scénario peut être envisagé : ce qui représente un revenu acceptable pour certains ne l’est pas nécessairement pour d’autres. On ne peut exclure l’hypothèse classique que la classe sociale d’origine influence les aspirations des délinquants ou leur degré d’ambition. Cette hypothèse a été vérifiée par Hyman (1965). Les délinquants d’origine sociale modeste s’accommoderaient d’espérances de revenus licites ou illicites plus « raisonnables » que les délinquants d’origine sociale plus favorisée. Nous avons posé une question sur les ambitions monétaires des délinquants en leur demandant s’ils endossaient ou non l’énoncé « je veux faire beaucoup d’argent ». Les résultats indiquent une corrélation positive entre la classe sociale et le désir d’atteindre un niveau de réussite financière élevé (r = 0,157, p = 0,03), ce qui suggère que les aspirations sont effectivement influencées par le milieu d’origine des délinquants.

Ambition, capital social et style de délinquance

20

Nous examinons la valeur de ce dernier scénario et changeons de registre d’analyse. L’objectif est de modéliser la séquence des processus qui font en sorte que les délinquants d’origine sociale plus favorisée réussissent mieux leur trajectoire délinquante que les autres. Pour cette analyse, nous considérons les revenus criminels comme la variable dépendante, la classe sociale d’origine comme la variable antécédente, l’âge des répondants comme une variable contrôle, l’ambition comme une variable « intervenante » (la classe sociale influencerait le degré d’ambition des délinquants en élevant leurs standards [Hyman, 1965] ; et ces standards les inciteraient à rechercher et à obtenir de meilleures performances dans leurs activités criminelles). Comme cette étude poursuit une investigation qui s’est d’abord intéressée au capital social de ces délinquants puis à leur formation criminelle (Morselli et Tremblay, 2004 ; Morselli, Tremblay et McCarthy, 2006), nous introduisons un indicateur de « professionnalisation » dans le modèle (la rencontre des mentors). Ces deux variables intervenantes ont en commun d’être antécédentes à la performance criminelle durant la période fenêtre. L’ambition est toutefois considérée comme une caractéristique relativement stable qui précède la cooptation avec le mentor (qui se produit dans la plupart des cas vers 18-19 ans). S’il est vrai que la classe sociale influence les chances de mobilité, on doit examiner plus attentivement les choix professionnels des délinquants, notamment leur choix de participer à des activités de nature « entrepreneuriale ». Charest (2007) a démontré que la participation à ces activités permet aux délinquants d’accéder à des revenus illicites attrayants et stables, occasionne des risques d’appréhension plus faibles et nécessite une cadence d’activité plus basse que les autres domaines d’activité. Nous introduisons une variable dichotomique qui mesure la décision (ou la possibilité) des délinquants d’opter ou non pour une délinquance entrepreneuriale [10]   Nous entendons par « délinquance entrepreneuriale »... [10] .

TABLEAU III - Régressions croisées des paramètres des trajectoires de délinquance (performances, formation, choix professionnels) d’un échantillonde détenus sur leur classe sociale d’origine et leur âge

Note : **α < .01 ; *α < .05 ; +α < .10.

21

Le modèle de départ indique que la classe sociale d’origine des délinquants avantage leurs performances criminelles (b = 0,228, p < .05), même si celles-ci diminuent avec l’âge (b = – 0,067, p < .01). Il pourrait s’agir d’un effet d’usure (les délinquants plus âgés sont plus « fatigués » ou moins actifs) ou d’un effet d’autosélection (les délinquants plus dynamiques et plus performants abandonnent leur carrière criminelle plus rapidement). Trois facteurs ou mécanismes contribuent à cet effet de classe : les aspirations ou le désir d’enrichissement personnel (modèle 2), la formation assurée par un mentor criminel (modèle 4) et leur participation à une délinquance de type entrepreneuriale (modèle 6). Le modèle 2 indique que le niveau d’ambition est effectivement modulé par la classe sociale d’origine (b = 0,150, p < .10) et le modèle 3 montre qu’en tenant constant le désir individuel d’enrichissement l’effet de la classe sociale d’origine sur la performance criminelle disparaît (b = 0,172). Le modèle 4 montre que les délinquants dont la classe d’origine est favorisée sont plus enclins à rechercher et à trouver des mentors criminels lorsqu’ils deviennent des jeunes adultes (b = 1,48, p < .01) et que ce sont les délinquants les plus ambitieux qui attirent l’attention de ces mentors (b = 1,35, p < .01). Le modèle 5 montre que lorsque l’on tient compte des effets de relais de la formation (mentors) et de la motivation (désir d’enrichissement), l’effet direct de la classe sociale d’origine sur la performance criminelle disparaît (b = 0,121). Les choix professionnels des délinquants ont également leur importance. Le modèle 6 indique que les mauvais garçons issus des classes favorisées sont davantage enclins à opter pour la délinquance entrepreneuriale (b = 0,131, p < .10). Ce sont les mentors qui, semble-t-il, font pencher la balance : lorsque l’on tient constantes la présence ou l’absence d’un mentor, l’effet de la classe sociale sur le choix de s’investir ou non dans une délinquance entrepreneuriale disparaît (modèle 7). Le dernier modèle propose une synthèse des analyses antérieures. Les trajectoires des délinquants reproduisent les inégalités sociales de leurs pères et trois facteurs canalisent cette reproduction : les délinquants des familles les plus favorisées manifestent au départ un désir ou une volonté plus grands de « rentabiliser » leurs activités illicites (b = 0,197, p < .05) ; ils sont plus enclins à rechercher ou à trouver des mentors criminels qui leur offrent une formation criminelle bénéfique (b = 0,45, p < .10) ; et plus enclins à opter pour une délinquance entrepreneuriale (b = 0,56, p < .01). Ces trois facteurs ont des effets additifs sur la performance mais sont également interdépendants : leur ambition attire l’attention des mentors et les mentors les orientent vers une délinquance entrepreneuriale.

Classe sociale, rabais sentenciel et performance criminelle

22

On serait tenté de croire que les carrières criminelles les plus prolifiques et les plus lucratives sont également celles qui sont le plus susceptible d’attirer l’attention des policiers et les foudres de la justice, et que les délinquants les plus performants à court terme seront également les plus rapidement neutralisés par de longues peines d’emprisonnement. La théorie de l’étiquetage, en revanche, suggère que les « jeunes bourgeois dévoyés » (Pires, 1983 ; Pires, Landreville et Blankevoort, 1981) qui s’investissent dans la délinquance « traditionnelle » bénéficieraient d’avantages pénaux lorsqu’ils sont accusés ou condamnés (sentences moins sévères ou meilleures conditions de détention). Pour ce type de délinquant, « le rôle de l’avocat comme mécanisme de neutralisation capable d’aller chercher des avantages supplémentaires pour le justiciable est remarquable [...]. Nous ne faisons pas référence ici directement à la qualité de l’avocat, mais à la possibilité structurelle, organisationnelle et idéologique de demander, de solliciter des mesures exceptionnelles sans se discréditer face aux autres joueurs (le policier, le procureur, le juge, etc.) » (Pires, Landreville et Blankevoort, 1981, p. 333). Cette hypothèse, dérivée d’un très petit nombre d’entretiens [11]   La thèse de doctorat de Pires (1983, p. 101) repose... [11] , mérite d’être examinée à la lumière des analyses qui précèdent.

23

Une inspection préliminaire des données de l’enquête indique que les sentences d’emprisonnement imposées à l’intérieur de la période fenêtre de trois ans ne sont pas influencées par le degré de réussite des délinquants. Les délinquants les plus performants ne sont pas ceux qui ont été le plus souvent mis en détention (r = 0,103, p = 0,15, n = 195) ou le plus longtemps incarcérés (r = 0,031, p = 0,67). On parvient aux mêmes résultats lorsque l’on s’intéresse à la sentence pour laquelle ils sont actuellement incarcérés, et dont la distribution par classe sociale d’origine est présentée au Tableau IV. Les délinquants dont les revenus sont les plus élevés n’ont pas écopé d’une sentence fédérale plus sévère (r = – 0,024, p = 0,77). Si l’on isole les revenus de la dernière année du calendrier, en supposant que la peine d’incarcération découle des délits commis dans ce dernier segment, la relation ne s’améliore guère (r = 0,004, p = 0,96). La sévérité des sentences imposées par les tribunaux n’est pas directement proportionnelle aux avantages que les délinquants retirent de leurs délits. Il est possible aussi que l’absence de relation entre les deux termes résulte d’un effet suppressif et soit contrecarrée par d’autres influences. Il est généralement bien établi que le recours aux tribunaux et aux ressources qu’offrent les avocats (civils ou criminels) augmente, toutes choses étant égales par ailleurs, en fonction directe du statut social des victimes ou des personnes accusées (Black, 1976, pp. 11-36 ; 1989, pp. 20-40). C’est cette hypothèse que nous souhaitons examiner ici.

TABLEAU IV - Profil des détenus interviewés : chefs de condamnation, antécédents judiciaires et dépenses en frais d’avocats lors de leur dernière condamnation

24

Le Tableau IV suggère un effet de la classe sociale d’origine sur la durée des sentences d’emprisonnement aux deux pôles de la distribution : une sentence moyenne de 51 mois (médiane de 36) pour les fils de la classe la plus aisée et une sentence moyenne de 62 mois (médiane de 48) pour les fils de la classe la plus défavorisée. Pour les tribunaux criminels, cependant, le profil des délinquants est passablement similaire : les délinquants qui ont des antécédents de détention (c’est le cas de 75% d’entre eux), de même que la fréquence de leurs séjours à l’ombre (2,3 en moyenne) ne varient pas selon la classe sociale d’origine. La moyenne d’âge est également similaire d’un groupe à l’autre, ce qui signifie que la période durant laquelle ces délinquants étaient exposés aux risques d’incarcération est comparable.

25

En revanche, l’hypothèse formulée par Pires, Landreville et Blankevoort (1981) se vérifie : plus la classe sociale d’origine des délinquants est élevée, plus ils seront enclins à payer des avocats pour assurer leur défense (colonne 5) ou à y consacrer des sommes plus élevées (colonnes 6 et 7). Pour assurer leur défense, le tiers d’entre eux recevra de l’aide de l’entourage. Cette aide est le plus souvent inconditionnelle : les deux tiers des délinquants qui reçoivent une aide financière ne sont pas tenus de la rembourser en totalité ou en partie. On note que les délinquants dont la classe sociale d’origine est aisée sont plus fréquemment tenus de rembourser l’aide reçue (c’est le cas de 60 % d’entre eux, alors que la proportion dans l’ensemble de l’échantillon est de 38%). Ce soutien de l’entourage immédiat (le plus souvent familial) mérite d’être souligné puisque les recherches sur les processus d’étiquetage attirent davantage l’attention sur le rejet ou l’exclusion dont les délinquants font l’objet (Cusson, 1983). Ce sont également ceux qui retirent les revenus les plus appréciables de leurs activités délinquantes qui investissent le plus dans leur défense (environ 33 000 $ alors que les dépenses en frais d’avocats sont de 18 000 $ en moyenne).

26

Il est malaisé d’interpréter les données du Tableau IV parce qu’un nombre appréciable de facteurs doit être contrôlé pour isoler l’effet éventuel de la classe sociale d’origine sur la sévérité des tribunaux. Le Tableau IV suggère qu’une fraction appréciable de délinquants ont consacré des sommes importantes à leur défense sans pour autant que la durée de la sentence d’emprisonnement qu’ils doivent purger ne diffère de celle qui a été imposée à d’autres délinquants aux revenus plus précaires. Il est possible que cette absence de relation apparente soit un artefact. D’une part, on devrait s’attendre à ce que les délinquants qui ont consacré le plus d’argent à payer leurs avocats soient ceux qui étaient susceptibles de purger les sentences les plus longues. En contrôlant la gravité des chefs de condamnation, le diagnostic relatif à un effet distinctif de la classe sociale d’origine sur la sévérité des tribunaux a plus de chances d’être concluant. D’autre part, on peut imaginer que les délinquants seront davantage motivés à s’assurer les services d’avocats lorsque la preuve est circonstancielle ou relativement fragile (sur les effets décisifs de la « solidité » de la preuve sur les résultats d’un procès, voir Albonetti, 1987). Nous ne disposons pas des données nécessaires pour mesurer directement la force ou la faiblesse des causes judiciaires des sujets interviewés. Mais il est raisonnable de supposer que les sommes consacrées par les délinquants à leur défense mesurent l’intensité des efforts que leurs avocats consacrent à négocier une sentence favorable à leurs intérêts. En tenant constants les frais d’avocats investis, le diagnostic sur la présence ou l’absence d’un effet distinctif de la classe sociale d’origine des délinquants sur la sévérité des tribunaux a également plus de chances d’être concluant. Nous adoptons ainsi l’hypothèse de travail selon laquelle la classe sociale d’origine des délinquants ne devient un avantage que si une tierce partie autorisée (l’avocat de la défense) est en mesure de la faire valoir « sans se discréditer auprès des autres joueurs » du tribunal. En tenant compte de la gravité relative des chefs de condamnation, de leurs frais d’avocat, de leur âge, de leurs antécédents de détention et d’autres caractéristiques (leur statut de père de famille ou leur intégration sur le marché conventionnel du travail), et de leurs revenus criminels, on augmente nos chances d’infirmer ou de confirmer, de manière plus concluante, l’existence d’un effet de classe et, le cas échéant, d’en estimer son importance relative.

27

Le Tableau V présente trois modèles d’analyse. Les deux premiers conceptualisent l’effet de la classe sociale d’origine sur la sévérité de la sentence d’emprisonnement à laquelle les délinquants interrogés ont été condamnés. Le dernier modèle examine son effet sur un mécanisme central de la détermination de cette peine – le recours à un avocat privé – susceptible d’offrir aux délinquants une défense dévouée.

TABLEAU V - Régressions de la sévérité de la sentence (mois d’emprisonnement) et des frais d’avocats sur la classe sociale d’origine, leurs chefs de condamnation,leurs performances criminelles, leur âge et autres caractéristiques

28

Comme prévu, plus le chef de condamnation est grave, plus la sentence imposée est lourde : pour une sentence moyenne de quarante mois (la constante), les délinquants condamnés pour homicide devront purger 111 mois supplémentaires ; lorsqu’ils sont condamnés pour un délit de violence (vol qualifié, voies de fait graves, etc.), ils purgeront environ vingt mois supplémentaires. Les tribunaux criminels tiennent-ils compte indirectement du caractère attrayant ou médiocre des revenus qu’ils retirent de leurs activités criminelles dans les trois dernières années qui précèdent leur incarcération ? Il semble bien que non (p = 0,97). Une carrière « ratée » ou médiocre dans le crime n’est pas une circonstance atténuante et une carrière plus réussie n’est pas une circonstance aggravante. Le statut parental n’est pas une circonstance atténuante (p = 0,68) de même que l’âge des délinquants (p = 0,71). Leurs antécédents de détention ne constituent pas une circonstance aggravante appréciable (1,67 mois supplémentaire de détention par antécédent). Les antécédents judiciaires (et notamment les antécédents de détention) constituent un critère important de détermination pénale dans la décision des tribunaux criminels de recourir ou non à une peine d’emprisonnement. Mais, dans cette étude, tous les sujets sont des délinquants actifs et persistants et la majorité a des antécédents de détention.

29

À cause jugée équivalente, l’effet de la classe sociale d’origine sur la sévérité de la sentence imposée se révèle assez modeste : chaque échelon de l’échelle sociale (quatre dans cette étude) atténue la sentence imposée de 3,5 mois. Comme la durée moyenne d’incarcération est de soixante mois, cela signifie un rabais marginal d’environ 5 % pour chaque échelon de l’échelle sociale. Cet impact est statistiquement marginal (p = 0,20). Il reste que son impact cumulatif signifie qu’il y aurait une disparité sentencielle de 20% entre les causes criminelles jugées à l’encontre de délinquants situés en bas et en haut de l’échelle sociale. Cet écart représente tout de même une différence appréciable d’un an de prison.

30

Que se passe-t-il lorsque l’on tient compte de la capacité des délinquants d’assurer leur défense par un avocat privé et d’y consacrer les sommes nécessaires ? Pour les délinquants capables de s’offrir un avocat privé, chaque mois de prison leur a « coûté » 5 000 $ en frais d’avocats (b = 0,22, p < .002). La relation causale entre les termes signifie que plus la preuve déposée contre le délinquant est compromettante, plus les frais de défense seront coûteux (il est improbable que les avocats de la défense soient responsables d’un surplus de sévérité des tribunaux). La décision des délinquants d’assurer à fort prix la défense de leurs intérêts est-elle justifiée ? Il semble bien que oui. Pour ceux qui ont pu se prévaloir de cette option, chaque échelon de leur statut social d’origine leur procure une réduction de près de six mois de prison (b = - 5,8, p < 0,03). La disparité sentencielle entre les délinquants situés au bas et en haut de l’échelle sociale serait d’environ vingt-quatre mois (5,8 mois x 4). Comme la sentence moyenne est de soixante mois, les délinquants les plus favorisés par la classe sociale d’origine obtiendraient, grâce au concours de leurs avocats, une réduction du tiers de leur sentence (5,8x 4/60 mois). Ayant dépensé en moyenne environ 33 000 $ en frais d’avocats (voir Tableau IV), on peut supposer qu’ils ont jugé qu’une année de moins en prison valait bien une dépense de 16 500 $.

31

Quel est le profil des délinquants qui ont été en mesure de s’assurer les services d’avocats privés ? Plus les délinquants réussissent dans leurs activités criminelles, plus ils peuvent s’assurer d’une défense zélée de leurs intérêts (p <.01). Il s’agit du facteur qui pèse le plus lourd dans la balance (bêta=.28). L’effet de la classe sociale d’origine était manifeste dans le Tableau IV, il l’est encore ici : chaque échelon de l’échelle consacre une somme additionnelle d’environ 5 600 $ pour leur défense (b = 5 630, p = 0,02). Cet effet est remarquable. D’une part, la classe sociale d’origine influence la performance criminelle des délinquants, et cette performance leur donne l’opportunité de se prévaloir des services d’un avocat privé. Mais, d’autre part, à cet effet indirect s’ajoute un effet direct : les délinquants qui proviennent d’une classe sociale plus favorisée sont plus enclins à mobiliser les moyens nécessaires pour « négocier » en force leur sentence, quels que soient les revenus criminels dont ils disposent. Le soutien familial ou le soutien financier sont présents dans toutes les classes sociales, mais à chaque échelon la richesse de l’entourage augmente, et les sommes investies sont plus conséquentes. Lorsqu’ils risquent d’être condamnés pour meurtre ou homicide involontaire coupable, tous les délinquants, quelle que soit leur classe sociale d’origine, et moyennant l’assistance de leur entourage, sont enclins à s’assurer les services d’avocats privés, quitte à s’endetter s’il le faut. Comme on retrouve, dans notre échantillon, des délinquants condamnés pour homicide à tous les échelons de l’échelle sociale, cette mobilisation vient partiellement brouiller ou contrecarrer les effets de disparité imputable à la classe sociale d’origine des délinquants. Elle explique que cette disparité soit beaucoup moins prononcée dans les analyses bivariées du Tableau IV que dans les analyses multivariées du Tableau V.

32

Cuin (1993, p. 44) note que si la sociologie américaine des années 1945 à 1970 s’est passionnément intéressée à mesurer l’intensité, la généralité et l’amplitude des taux de mobilité sociale, c’est en partie parce que ces trois objets d’étude renvoyaient aux trois composantes du « rêve américain » – la « société sans classes », l’ « égalité des chances » et la « réussite sociale ». C’est dans ce contexte qu’il parut « naturel » de formuler l’hypothèse selon laquelle les trajectoires de délinquance s’inscriraient dans une dynamique effective ou espérée de « mobilité sociale ascendante ». La sociologie criminelle contemporaine a depuis élargi son champ d’étude en intégrant la délinquance d’affaires à son répertoire (par exemple, Shapiro, 1985 ; Albonetti, 1999 ; Weisburd, Waring et Wheeler, 1990, aux États-Unis ; Hagan et Parker, 1985, au Canada ; Lascoumes, 1997, en France). Mais il est frappant de noter à quel point les hypothèses soulevées par la sociologie criminelle « classique » (celles de Sutherland, Merton ou Cloward) n’ont pas été opérationnalisées et soumises à une vérification empirique adéquate. On s’est désintéressé des inégalités des chances qui s’offrent aux délinquants (l’éducation offerte par les mentors par exemple, Morselli, Tremblay et McCarthy, 2006) ou de la distribution des réussites ponctuelles ou cumulatives dans les trajectoires de délinquance (Tremblay et Morselli, 2000). La stratégie d’analyse adoptée dans cette étude évite les catégorisations indéfinies ( « expliquer le penchant pour la délinquance ») ou la fascination des causes premières ( « expliquer les causes de la délinquance juvénile »). Son objet d’étude n’est pas la délinquance mais les inégalités de performance criminelle. Ces inégalités de performance sont probablement très estompées parmi ceux qui participent à des activités délinquantes sur une base sporadique ou temporaire, ou qui y accordent une importance mineure ou ludique. Il était préférable, de ce point de vue, d’étudier un groupe de délinquants qui pratiquent la délinquance de manière sérieuse et persistante et qui en outre acceptent d’en payer le prix. L’hypothèse de départ n’a pas été conçue pour expliquer un résultat prévisible et maintes fois observé (Wright et al., 1999). Elle résulte d’un examen systématique des mérites empiriques d’une thématique classique de la mobilité sociale dans la sociologie criminelle américaine.

33

Cet examen aboutit à la conclusion que les trajectoires de délinquance commune (accessible aux mauvais garçons de toutes les classes sociales), loin de participer à la mobilité sociale, reproduisent les inégalités d’origine de ceux qui choisissent de s’y engager (une thèse d’ailleurs envisagée par Adler, 1993). La criminologie anglo-saxonne contemporaine, principalement américaine, a banni, à quelques exceptions notables près (Hagan, 1992), les « effets de classe » de son vocabulaire. Les enquêtes de délinquance autodéclarée (la plupart portant sur la délinquance juvénile) suggèrent que la classe sociale n’exerce aucun impact direct sur le penchant délinquant, la fréquence des conduites délinquantes, ou même leur gravité (Tittle, Villemez et Smith, 1978 ; Tittle et Meier, 1990). Tout effet de classe devrait être mis au passif des institutions publiques qui pratiquent l’exclusion ou la discrimination et des mécanismes de régulation sociale qui l’amplifient (Bernburg et Krohn, 2003). Une telle perspective semble incomplète. La classe sociale d’origine des délinquants détermine à la fois leurs chances de réussite dans leurs activités criminelles communes et leur capacité de négocier les contrecoups pénaux qui en résultent. La notion d’activités criminelles communes renvoie, dans cette étude, à des pratiques délinquantes accessibles à tous (vols de véhicules, trafics de drogues illicites, vols qualifiés, fraudes « ordinaires » par cartes de crédit ou par chèques), quels que soient leur niveau d’instruction ou leur classe sociale. L’échantillon de délinquants interviewés sélectionnés pour cette étude (195 sur 262), tous rencontrés dans les pénitenciers canadiens, et sélectionnés au hasard (sur une base volontaire), n’avaient qu’une chose en commun : avoir commis des délits susceptibles de leur procurer des revenus pendant les trente-six mois qui avaient précédé leur incarcération actuelle.

34

Nous observons que plus les délinquants proviennent d’une classe sociale avantagée, plus leurs revenus criminels seront élevés. La raison en est que la classe sociale d’origine exciterait l’ambition ou le désir d’enrichissement des délinquants ; qu’elle augmenterait en outre leurs chances de rencontrer des mentors criminels susceptibles de les orienter et de les former ; et que ces mentors contribueraient à leur tour aux chances de réussite de leurs protégés en les orientant vers une délinquance entrepreneuriale (plutôt qu’une délinquance d’employés ou une délinquance d’appropriation). Ces conclusions n’excluent sans doute pas le scénario que des réussites délinquantes puissent, à l’occasion, s’accompagner d’une mobilité sociale ascendante (comme l’envisageait la tradition mertonienne). Mais ce cas de figure doit être théorisé plutôt que dérivé a priori d’une problématique implicite de mobilité sociale. La classe sociale d’origine exerce également un impact sur la manière dont les délinquants peuvent négocier à leur avantage les revers pénaux qui accompagnent leurs activités illicites. D’une part, elle influence leur motivation à recourir à des avocats privés pour défendre leurs intérêts ; d’autre part, elle augmente (grâce à leur performance criminelle) les chances qu’ils puissent investir les sommes requises, souvent considérables, que requiert une défense « pleine et entière ». Or, les services qu’offrent les avocats privés à leurs clients les plus fortunés sont appréciables : la disparité des sentences entre délinquants qui se situent au bas ou au sommet de l’échelle sociale, à chefs de condamnation et autres caractéristiques tenues constantes, a pour effet de réduire du tiers la durée des sentences d’emprisonnement. Plusieurs études suggèrent soit que les avocats nuisent aux intérêts de leurs clients (Blumberg, 1967), soit qu’ils ne leur procurent aucun avantage particulier (Nardulli, 1986). Mais ces travaux n’ont jamais tenu compte à la fois des dépenses que les accusés ont consacrées à leur défense (voir cependant Feeley, 1979), de leur classe sociale d’origine et de leur réussite relative dans les activités criminelles. On doit en conclure que la microdynamique des inégalités pénales ou judiciaires ne peut faire l’économie d’un examen des finalités des conduites délinquantes et des résultats qu’ils parviennent à atteindre (Cusson, 1981). Encore faut-il que les causes prochaines ou lointaines de leurs réussites ou des échecs qui ponctuent leurs trajectoires délinquantes soient examinées explicitement. Autrement dit, la criminologie de la réaction sociale ne peut faire l’économie d’une criminalité du passage à l’acte (l’inverse est également vrai) lorsque les facteurs susceptibles d’influencer le premier terme de l’équation (les pratiques de délinquance) influencent aussi la capacité des délinquants de neutraliser en partie, par leur recours au droit, la sévérité des sanctions qui leur seront éventuellement infligées.


Annexe

ANNEXE Nature des emplois selon le positionnement social des parents des répondants


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Adler P. A., 1993. – Wheeling and dealing : ethnography of an upper-level drugdealing and smuggling community, New York (NY), Columbia University Press [2e éd.].
  • Adler P. A., Adler P., 1983. – « Shifts and oscillations in deviant careers : the case of upper-level drug dealers and smugglers », Social problems, 31, 2, pp. 195-207.
  • Albonetti C. A., 1987. – « Prosecutorial discretion : the effects of uncertainty », Law and society review, 21, 2, pp. 291-312.
  • — 1999. – « The avoidance of punishment : a legal-bureaucratic model of suspended sentence in federal white collar cases prior to the federal guidelines », Social forces, 78, 1, pp. 303-329.
  • Aubusson de Cavarlay B., 1985. – « Hommes, peines et infractions. La légalité de l’inégalité », L’Année sociologique, 35, pp. 275-309.
  • — 1987. – Filières pénales, Paris, CESDIP.
  • Aubusson de Cavarlay B. ; Huré M.-S., Aillet V., Barré M.-D. (collabs.), 1995. – Arrestations, classements, déferrements, jugements. Suivi d’une cohorte d’affaires pénales de la police à la justice, Guyancourt, CESDIP (Études et données pénales, 72).
  • Bell D., 1965. – The end of ideology. On the exhaustion of political ideas in 1950, New York (NY), Free Press.
  • Bernburg J. G., Krohn M. D., 2003. – « Labeling, life chances, and adult crime : the direct and indirect effects of official intervention in adolescence on crime in early adulthood », Criminology, 41, 4, pp. 1287-1318.
  • Black D., 1976. – The behaviour of law, New York (NY), Academic Press.
  • — 1989. – Sociological justice, New York (NY), Oxford University Press.
  • Blishen B. R., 1958. – « The construction and use of an occupational class scale », The Canadian journal of economics and political science, 24, 4, pp. 519-531.
  • Blumberg A. S., 1967. – « The practice of law as confidence game : organizational cooptation of a profession », Law and society review, 1, 2, pp. 15-41.
  • Blumstein A., Cohen J., Roth J., Visher C., 1986. – Criminal careers and career criminals, Washington (DC), National Academy Press.
  • Bonger W., 1916. – Crime and economic conditions, Boston (MA), Little, Brown.
  • Bradburn N. M., Lance J. R., Shevell S. K., 1987. – « Answering autobiographical questions : the impact of memory and inference on surveys », Science, 23, 6, pp. 157-161.
  • Chaiken J. M., Chaiken M. R., 1982. – Varieties of criminal behaviour, Santa Monica (CA), Rand Corporation.
  • Charest M., 2004. – « Peut-on se fier aux délinquants pour estimer leurs revenus criminels ? », Criminologie, 37, 2, pp. 63-87.
  • — 2007. – Classe sociale et réussite criminelle, thèse de doctorat, École de criminologie, Université de Montréal.
  • Cloward R. A., 1959. – « Illegitimate means, anomie, and deviant behaviour », American sociological review, 24, 2, pp. 164-176.
  • Cuin C.-H., 1993. – Les sociologues et la mobilité sociale, Paris, Presses Universitaires de France.
  • Cusson M., 1981. – Délinquants, pourquoi ? Montréal, Hurtubise.
  • — 1983. – Le contrôle social du crime, Paris, Presses Universitaires de France.
  • Dubar C., Tripier P., 2005. – La sociologie des professions, Paris, Armand Colin.
  • Feeley M., 1979. – The process is the punishment : handling cases in a lower criminal court, New York (NY), Basic Books.
  • Freedman D., Thornton A., Camburn D., Alwin D., Young-DeMarco L., 1988. – « The life course calendar : a technique for collecting retrospective data », Sociological methodology, 18, pp. 37-68.
  • Grasmick H. G., Jacobs D., Mc Collom C. B., 1983. – « Social class and social control : an application of deterrence theory », Social forces, 62, 2, pp. 359-374.
  • Greenberg D., 1977. – « Delinquency and the age structure of society », Contemporary crises, 1, pp. 189-223.
  • Hagan J., 1992. – « The poverty of a classless criminology. The American society of criminology 1991 presidential address », Criminology, 30, 2, pp. 1-19.
  • Hagan J., Parker P., 1985. – « White-collar crime and punishment : the class structure and legal sanctioning of securities violations », American sociological review, 50, 3, pp. 302-316.
  • Hagan J., Gillis A. R., Simpson J., 1985. – « The class structure of gender and delinquency : toward a power-control theory of common delinquent behaviour », American journal of sociology, 90, 6, pp. 1151-1178.
  • Herpin J., 1977. – L’application de la loi. Deux poids, deux mesures, Paris, Le Seuil (Sociologies).
  • Hobbs D., 1995. – Professional criminals, Brookfield (CT), Dartmouth Publishing.
  • Holtzman H. R., 1983. – « The serious habitual property offender as “moonlighter” : an empirical study of labor force participation among robbers and burglars », The journal of criminal law and criminology, 73, pp. 1774-1992.
  • Horney J., Osgood D. W., Marshall I. H., 1995. – « Criminal careers in the short-term : intra-individual variability in crime and its relation to local life circumstances », American sociological review, 60, 5, pp. 655-673.
  • Hyman H. H., 1965. – « Classe sociale et système de valeurs : contribution psychologique à l’analyse de la stratification » dans R. Boudon, P. Lazarsfeld (éds.), Le vocabulaire des sciences sociales, Paris, Mouton, pp. 255-259.
  • Katz J., 1988. – Seductions of crime, New York (NY), Basic Books.
  • Lascoumes P., 1997. – Élites irrégulières : essai sur la délinquance d’affaires, Paris, Gallimard.
  • Matsueda R. L., Gartner R., Piliavin I., Polakowski M., 1992. – « The prestige of criminal and conventional occupations : a subcultural model of criminal activity », American sociological review, 57, 6, pp. 752-770.
  • McCarthy B., Hagan J., 2001. – « When crime pays : capital, competence, and criminal success », Social forces, 79, 3, pp. 1035-1059.
  • — 2004. – « L’argent change tout : les revenus personnels des adolescents et leur penchant à la délinquance », Criminologie, 37, 2, pp. 123-150.
  • Merton R., 1965. – « Anomie, anomia and social interaction : contexts in deviant behaviour » dans M. B. Clinard (ed.), Anomie and deviant behavior, New York (NY), The Free Press of Glencoe, pp. 213-242.
  • Morselli C., Tremblay P., 2004. – « Délinquance, performance et capital social : une théorie sociologique », Criminologie, 37, 2, pp. 89-122.
  • Morselli C., Tremblay P., McCarthy B., 2006. – « Mentors and criminal achievement », Criminology, 44, 1, pp. 17-43.
  • Nakao K., Treas J., 1994. – « Updating occupational prestige and socioeconomic scores : how the new measures measure up », Sociological methodology, 24, pp. 1-72.
  • Nardulli P., 1986. – « Insider justice : defense attorneys and the handling of felony case », Journal of criminal law and criminology, 77, 2, pp. 379-418.
  • Peterson M. A., Braiker H. B., 1981. – Who commits crime : a survey of prison inmates, Cambridge (MA), Oelgeschlager, Gunn and Hain.
  • Pires A. A., 1983. – Stigmate pénal et trajectoire sociale, thèse de doctorat, École de criminologie, Université de Montréal.
  • Pires A. A., Landreville P., Blankevoort V., 1981. – « Système pénal et trajectoire sociale », Déviance et société, 5, 4, pp. 319-345.
  • Preble E., Casey J. J., 1969. – « Taking care of business : the heroin users’ life on the streets », International journal of the addictions, 4, pp. 1-24.
  • Rebellon C. J., Manasse M., 2004. – « Do “bad boys” really get the girls ? Delinquency as a cause and consequence of dating behavior among adolescent », Justice quarterly, 21, 2, pp. 355-389.
  • Reiss A. J., Rhodes A. L., 1961. – « The distribution of juvenile delinquency in the social structure », American sociological review, 26, 5, pp. 720-732.
  • Robitaille C., 2004. – « À qui profite le crime ? Les facteurs individuels de la réussite criminelle », Criminologie, 37, 2, pp. 33-62.
  • Roché S., 2001. – La délinquance des jeunes : les 13-19 ans racontent leurs délits, Paris, Le Seuil.
  • Shapiro S. P., 1985. – « The road not taken : the elusive path to criminal prosecution for white-collar offenders », Law and society review, 19, 2, pp. 179-218.
  • Sutherland E. H., 1937. – The professional thief, Chicago (IL), Chicago University Press.
  • Sutherland E. H., Cressey D. R., 1966. – Principes de criminologie, Paris, Cujas.
  • Sykes G., 1958. – The society of captives, Princeton (NJ), Princeton University Press.
  • Tiberghien G., 1984. – Initiation à la psychophysique, Paris, Presses Universitaires de France.
  • Tittle C. R., Meier R. F., 1990. – « Specifying the SES/delinquency relationship », Criminology, 28, 2, pp. 271-300.
  • Tittle C. R., Villemez W. J., Smith D. A., 1978. – « The myth of social class and criminality : an empirical assessment of the empirical evidence », American sociological review, 43, 5, pp. 643-656.
  • Tremblay P., 1986. – « Designing crime. The short life expectancy and the workings of a recent wave of credit card bank frauds », British journal of criminology, 26, 3, pp. 234-253.
  • Tremblay P., Morselli C., 2000. – « Patterns in criminal achievement : Wilson and Abrahamse revisited », Criminology, 38, 2, pp. 633-657.
  • Mativat F., Tremblay P., 1997. – « Counterfeiting credit cards : displacements effects, suitable offenders and crime wave patterns », British journal of criminology, 37, 2, pp. 165-183.
  • Weisburd D., Waring E., Wheeler S., 1990. – « Class, status and the punishment of white-collar criminals », Law and social inquiry, 15, 2, pp. 223-243.
  • Wright B. R., Caspi A., Moffitt T. E., Miech R. A., Silva P. A., 1999. – « Reconsidering the relationship between SES and delinquency : causation but not correlation », Criminology, 37, 1, pp. 175-194.
  • Zamble E., Porporino F. J., 1988. – Coping, behavior, and adaptation in prison inmates, New York (NY), Springer Verlag.

Notes

[*]

Nous remercions les évaluateurs de la Revue française de sociologie, ainsi que Fabien Jobard et Laurent Mucchielli, de leurs commentaires.

[1]

Les prisons fédérales canadiennes n’admettent que les délinquants condamnés à des peines de plus de deux ans. Mais l’aménagement des peines qu’offrent les libérations conditionnelles fait en sorte que la moitié d’entre eux ne purgent que la moitié de leur sentence derrière les barreaux.

[2]

Quelques entretiens (n = 16 ou 6 %) ont été réalisés dans un établissement à sécurité maximale où tous les détenus sont soumis à une batterie de tests et de questionnaires dont les résultats les aiguilleront vers un lieu de détention qui correspond à leur « profil ». Le contexte se prêtant mal à des entrevues décontractées, le site a été abandonné.

[3]

35% des détenus n’étaient pas disponibles au moment où nous avons sollicité leur présence (notamment ceux assignés aux cuisines, à la buanderie, aux ateliers de travail ou en permission de sortie). Parmi ceux que nous avons effectivement rencontrés, 80 % ont accepté de participer à la recherche.

[4]

La notion d’ « activité délinquante » réfère ici à l’éventail des activités criminelles dont la visée première est le gain financier. Notre analyse s’intéressant aux écarts de rendement entre les délinquants d’origines sociales diverses, nous excluons ceux dont le parcours criminel connu est exempt de délits potentiellement lucratifs.

[5]

Aucune des pratiques de fraude et d’escroquerie des délinquants de cet échantillon ne relève de la délinquance d’affaires. Sur les fraudes communes accessibles à tous, quel que soit leur emploi (ou absence d’emploi) sur le marché du travail, voir Tremblay (1986) ou Mativat et Tremblay (1997).

[6]

Les données de Statistique Canada (fondées sur le recensement de 2001) ne permettent pas de procéder à un recoupement plus spécifique des tranches d’âges (45 à 70 ans par exemple). Les catégories disponibles étaient de 25 à 54 ans et de 55 ans et plus. En raison de l’âge moyen des détenus de l’échantillon (35 ans), la seconde catégorie (55 ans et plus) semble la plus appropriée.

[7]

Les analyses de variance montrent effectivement que les moyennes des scores occupationnels des emplois des délinquants durant la période d’analyse ne diffèrent pas selon leur milieu d’origine.

[8]

En revanche, la proportion d’entre eux qui ont séjourné dans des maisons de détention pour juvéniles est plus faible en haut de l’échelle qu’en bas (35 % pour les délinquants d’origine favorisée, 38 % pour ceux de la classe moyenne et 52% pour les fils d’ouvriers non qualifiés).

[9]

La procédure d’estimation du revenu licite potentiel découle d’une équation de régression incluant les termes suivants : 1) le salaire horaire ; 2) le nombre hebdomadaire d’heures travaillées ; 3) le nombre de mois à l’emploi ; 4) le niveau de scolarité ; 5) la classe sociale d’origine ; 6) les antécédents de détention, et 7) l’âge. La première étape consiste à calculer le coefficient de chacun de ces paramètres pour ceux qui ont effectivement travaillé durant la période d’analyse. Cette première équation permet de mesurer la contribution de chaque terme au revenu légitime réellement observé. La deuxième étape consiste à ajuster les revenus de ceux qui ont travaillé. Nous avons pris le salaire horaire moyen du ou des emplois occupés durant la période fenêtre et avons réajusté à quarante le nombre hebdomadaire d’heures travaillées pour ceux en deçà de ce seuil. Nous avons ensuite réajusté à trente-six le nombre de mois travaillés. Les autres variables (classe sociale, scolarité et antécédents) sont multipliées par le coefficient de l’équation d’origine. Le revenu potentiel représente donc les revenus attendus si les délinquants avaient occupé leurs emplois à temps plein. Pour estimer le revenu potentiel des délinquants sans emploi durant la période fenêtre, nous avons utilisé le salaire horaire moyen des travailleurs et avons procédé aux mêmes ajustements pour le nombre d’heures et les mois de travail. Nous avons ensuite pondéré l’estimation en fonction du niveau de scolarité des répondants, de leur classe sociale d’origine et de leurs antécédents de détention. L’équation de régression du revenu potentiel est la suivante : Log 10 (y) = 3,30+0,021 (salaire horaire) +0,005 (heures travaillées) + 0,034 (mois à l’emploi) + 0,013 (niveau de scolarité) +0,006 (classe sociale d’origine) +-0,0156 (antécédents) +-0,002 (âge).

[10]

Nous entendons par « délinquance entrepreneuriale » les domaines d’activité criminelle qui s’apparentent aux entreprises légitimes de services. Cette catégorie regroupe la distribution de drogues illicites, la contre-bande (de cigarettes, par exemple), le prêt usuraire, la gestion d’entreprises de prostitution et la revente de biens volés. Nous la distinguons d’une « délinquance d’employés », qui renvoie aux activités de ceux qui sont les exécutants à la solde ou à la remorque des entrepreneurs criminels. Les domaines d’activité qui figurent dans cette catégorie sont la revente au détail de drogues illicites (principalement le cannabis et la cocaïne) et le vol de voitures pour fin de revente. Les expressions « délits d’acquisition » ou « délits de francs-tireurs » renvoient aux activités des petits groupes de délinquants « autonomes » qui opèrent en marge des entreprises de services illicites et s’engagent plutôt dans une délinquance d’appropriation par choix ou par nécessité. Nous incluons dans ce domaine d’activité les vols qualifiés, les vols simples, les cambriolages, les fraudes et les escroqueries. On ne trouve dans cet échantillon aucun délinquant d’affaires.

[11]

La thèse de doctorat de Pires (1983, p. 101) repose sur 25 entretiens auprès de délinquants dont la majorité avait été condamnée à purger une peine d’emprisonnement. Son objectif était d’examiner l’impact de la classe sociale d’origine sur le stigmate pénal en tenant constante la nature de leur délinquance (délinquance d’affaires vs délinquance commune) : cas type 1, petite bourgeoisie, délinquance d’affaires (N=4) ; cas type 2, moyen bourgeoisie, délinquance (N = 1) ; cas type 3, prolétariat précaire et infractions traditionnelles (N=9) ; cas type 4, jeunes bourgeois, infractions traditionnelles (N = 4) ; cas type 5, fils d’ouvriers qualifiés, infractions traditionnelles (N = 3) ; cas type 6, diplômés précaires, fils de cadres moyens ou de salariés qualifiés, infractions traditionnelles (N = 4).

Résumé

Français

Les trajectoires mensuelles des revenus licites et illicites de 195 délinquants ont été reconstituées pour les trois années qui ont précédé leur incarcération. Nous développons la thèse selon laquelle la classe sociale d’origine des délinquants majore les chances de succès de leurs activités illicites et module à la baisse la sévérité des tribunaux criminels à leur endroit. Les résultats de cette étude renouvellent la thématique de la stratification des opportunités criminelles et remettent en cause l’opinion commune, parmi les criminologues, selon laquelle la classe sociale n’influence pas les trajectoires de délinquance.

English

Social class and criminal achievement. Past attempts to solve the social class and crime puzzle (why is there no strong effects ?) have tried to redefine the independent variable (social class), the dependant variable (crime) or tried to uncover alternative causal paths. The results were generally disappointing. In this paper, we offer yet another attempt to address the puzzle. We argue that individual patterns in criminal achievement are directly and indirectly shaped by social class of origin of offenders. We test this argument by analyzing a self-report survey on the criminal activities of a random sample of 195 federal inmates during the three years prior to their current incarceration.

Deutsch

Soziale Immobilität und Delinquenztrajektorien. Die monatlichen Entwicklungen der gesetzlichen und ungesetzlichen Einkünfte von 195 Delinquenten wurden nachvollzogen über die drei Jahre vor ihrer Inhaftierung. Wir entwickeln die These, nach der die soziale Herkunft der Delinquenten die Erfolgsaussichten ihrer ungesetzlichen Aktivitäten steigert und gleichzeitig die Strenge der Gerichtsurteile über sie nach unten abstuft. Die Ergebnisse dieser Untersuchung erneuern die Thematik zur Stratifizierung der Gelegenheiten zu Vergehen und stellen die allgemeine Ansicht der Kriminologen in Frage, wonach die soziale Klasse die Delinquentenlaufbahnen nicht beeinflußt.

Español

La inmovilidad social y las trayectorias de la delincuencia. Las trayectorias mensuales de los ingresos legales e ilegales de 195 delincuentes se han reconstituido durante los tres años que precedieron a su encarcelamiento. Hemos desarrollado la tesis según la cual la clase social de la que provienen los delincuentes aumenta las posibilidades de éxito en sus actividades ilegales y modula la severidad de los tribunales criminales con respecto a ellos. Los resultados de este estudio renuevan la temática de la estratificación de las oportunidades criminales y cuestionan la opinión común entre criminalistas, según la cual la clase social no influencia las trayectorias de la delincuencia.

Plan de l'article

  1. Échantillon de sujets et déroulement des entretiens
  2. Stratégie d’analyse
  3. Mise à plat des effets directs de la classe socialesur la performance criminelle
  4. Ambition, capital social et style de délinquance
  5. Classe sociale, rabais sentenciel et performance criminelle

Pour citer cet article

Charest Mathieu, Tremblay Pierre, « Immobilité sociale et trajectoires de délinquance », Revue française de sociologie 4/ 2009 (Vol. 50), p. 693-718
URL : www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2009-4-page-693.htm.


Pages 693 - 718 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback