Genèses
Belin

I.S.B.N.2701127912
168 pages

p. 160 à 168
doi: en cours

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no 38 2000/1

â–  Françoise Létoublon et Catherine Volpilhac-Auger avec la collaboration de Daniel Sangsue (éd.), Homère en France après la querelle (1715-1900). Paris, Honoré Champion, 1999, 536 p.

Ce travail collectif, résultat d’un colloque qui s’est tenu à l’université de Grenoble III en 1995, propose un panorama très large de la réception d’Homère en France aux xviii e et xixe siècles. Il prend ainsi chronologiquement la suite du livre de Noémi Hepp sur Homère en France au xviie siècle (1968). Un tel sujet est un excellent fil conducteur pour aborder l’histoire de la culture savante et l’on peut d’abord souligner que l’ouvrage commence par d’excellentes mises au point sur l’histoire des éditions d’Homère en France et sur ce fameux codex Venetus retrouvé par le philologue Ansse de Villoison, un manuscrit qui livrait des commentaires antiques et les opinions antiques sur les vers interpolés. Les contributions qui traitent de cette découverte tendent à réhabiliter son importance par rapport à la thèse défendue en 1795 dans ses Prolegomena ad Homerum par Friedrich August Wolf. L’histoire des traductions d’Anne Dacier en passant par Houdar de la Motte jusqu’à Bitaubé (1760), puis Leconte de Lisle (1850), est révélatrice d’évolutions dans les représentations du goût.
La lecture d’Homère a paradoxalement été mise au service d’une éducation morale et le Traité des études de Charles Rollin (1726-1728) annonce l’intérêt suscité par l’Iliade et l’Odyssée chez Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot. Il y a dès le xviii e siècle une utilisation anthropologique d’Homère et le missionnaire jésuite Lafitau interprète volontiers ses Iroquois à partir du modèles des héros antiques. Les enjeux esthétiques sont plus immédiatement évidents : Homère, si on le débarrasse du carcan de l’alexandrin et de la rime, peut fort bien être revendiqué par les modernes, et si Marivaux se livre à une parodie burlesque de l’Iliade, on trouve au milieu du xviiie siècle des auteurs pour écrire des tragédies sur des thèmes tels que Briséis. L’un des mérites de l’ouvrage tient à ses nombreuses ouvertures à des domaines non littéraires. La réputation d’Homère comme géographe est analysée au même titre que l’iconographie à laquelle il donne lieu. Les tableaux inspirés par Homère suscitent ainsi dès le milieu du xviiie siècle une analyse de Caylus. Impressionnante est la part de la référence à Homère dans les œuvres du tournant xviiie-xixe siècle, chez des auteurs comme Mercier, Lebrun-Pindare, Chénier qui, à partir d’Ansse de Villoison, aurait anticipé sur les positions wolfiennes. S’il est des Homère attendus – celui qui sert de garant aux collecteurs de poésies populaires, celui qui inspire Lamartine ou Hugo ou encore le Berlioz des Troyennes – il en est de plus surprenants, comme celui de Delacroix peignant au Sénat et à l’Assemblée nationale Alexandre qui fait enfermer dans un coffre précieux le manuscrit d’Homère. Même Stendhal amoureux de l’Italie et ignorant le grec se proposait, en 1801, d’écrire une tragédie sur le thème d’Ulysse. Il n’est pas jusqu’aux outrances de la référence homérique qui se trouvent fustigées par le principal caricaturiste du xixe siècle que fut Daumier, et c’est sur ces images de dérision que se clôt un parcours particulièrement original.
On pourra exprimer deux regrets qui n’atténuent en rien les qualités du volume. D’abord, il aurait été intéressant de suivre davantage Homère dans les classes des collèges, dans la transmission du savoir moyen. D’autre part la réception dans les autres pays d’Europe aurait permis d’observer aussi bien des interconnexions (les positions de Wolf ne sont pas proprement allemandes) que des parallélismes (l’utilisation d’Homère dans les tentatives de reconstruire des épopées nationales) ou des différences. Mais de telles enquêtes auraient exigé plusieurs volumes. Tel qu’il est le livre est une contribution d’un grand intérêt à l’histoire de la référence grecque dans la construction d’une culture française sur deux siècles.
Michel Espagne

â–  Patrick Garcia, Le Bicentenaire de la Révolution française, Paris, CNRS, 2000, 354 p.

Le bicentenaire de la Révolution française n’a pas encore révélé tous ses enseignements, l’émotion qu’il a soulevée a été pour une part décrite par Steven L. Kaplan dès 1993. P. Garcia s’est intéressé à ses mécanismes commémoratifs pour comprendre les rapports des Français d’aujourd’hui à leur passé. Son livre concerne autant les historiens soucieux des liens avec le passé et la mémoire, que les sociologues et les politistes (l’abondance de cartes du pays illustrant et fondant le propos est à noter). Le projet de l’auteur est exposé dans une introduction d’une grande précaution méthodologique : compter sans fétichisme du chiffre, varier les échelles d’observation sans en privilégier une, articuler toutes les scènes sur lesquelles la commémoration se joue sans croire qu’une exprime mieux la réalité qu’une autre, enfin, mais ce n’est pas dit ainsi, ne pas prendre le bicentenaire comme le sujet du livre, qui est le rapport d’historicité de la société contemporaine. Le cœur du livre est l’attention à la commémoration, façon de faire du lien social. Or, contrairement à ce qui semblait dans l’air – la dilution de la commémoration dans une confusion des calendriers – le bicentenaire a conservé un sens, même s’il marque un changement dans le régime d’historicité de notre époque. Dans ce registre il faut noter la grande liberté obtenue par l’auteur pour consulter les sources les plus diverses, des plus officielles aux archives des associations, qui atteste déjà cette publicité spécifique de notre époque.
La première partie du livre décrit les acteurs essentiels de la scène nationale, montrant les mutations de sensibilité dans laquelle se trouve la France en 1989. L’auteur insiste sur les mutations survenues dans le rôle de l’écriture de l’histoire en France, les difficultés théoriques dans lesquelles se trouvait la gauche au pouvoir, alors que les dénonciations du Goulag entraînaient la condamnation de la Terreur. Il montre cependant que l’opinion est ailleurs, acceptant la Révolution pour ses acquis, tout en refusant la violence et en utilisant de façon peu précautionneuse les grands symboles – dont le sens est perdu. Face à cela la mission du bicentenaire se situe dans un flou initial intéressant puisqu’il s’agit moins de commémorer que d’inventer le III e millénaire. Il faut l’arrivée de Jean-Noël Jeanneney pour que la mission s’enracine dans l’histoire républicaine. Le succès vient paradoxalement de la parade Goude, critiquée tant à gauche qu’à droite dans un premier temps. Enfin, si le président de la République garde un cap républicain dénué de trop de militantisme, les réseaux associatifs se mobilisent et se créent : Anti-89 à droite contre CLEF et Cercles Condorcet à gauche. Le tableau des écoles historiques montre l’ensemble des courants, au-delà des affrontements réels entre école « critique » ou « révisionniste » et école « classique » ou « jacobine ». On sait gré à l’auteur de montrer les attendus théoriques des deux positions. Or, clôturant cette partie de façon étonnante, ce sont les projets des artistes qui expriment des demandes plus radicales par rapport au passé pour façonner l’avenir, et qui rendent compte sans doute le mieux du goût, qui n’est plus ni aux reconstitutions ni aux évocations, mais dans un entre-deux, entre fête populaire, récit mythique et revendication utopique, toutes choses que Goude incarne, mais que beaucoup de projets de plasticiens reflètent. Cette dimension mythique est sans doute la clé de tout le livre. Plus que la mémoire, c’est le bloc mémorial enfoui qui est étudié ici, au-delà de toutes vérifications. La première partie, consacrée aux efforts des politiques et des historiens pour tenir un discours organisé, s’achève donc sur une réalité mythique qui leur échappe.
La deuxième partie consacrée aux territoires de la commémoration s’ouvre sur une description stricte, insistant sur les choix financiers faits par les régions et la description des moyens mis en œuvre par la mission du bicentenaire. Significativement le moyen employé est la plantation d’arbre, aussitôt détournée vers des horizons qui ne sont pas étroitement identifiés à la Révolution. Mais sous les rites, lorsqu’il est possible de suivre les politiques locales, les clivages subsistent et les actions liées au bicentenaire sont aisément référées aux ruptures entre droite et gauche. Pourtant, troisième niveau d’analyse, les actions locales sont aussi liées aux initiatives locales et surtout aux politiques d’image des villes (certains rappels de la Révolution entrent dans des cadres chronologiques très larges destinés à affirmer l’identité des régions et des localités). Les habitudes régionales adaptent les manifestations, car les héritages révolutionnaires (et les habitudes religieuses) n’ont pas disparu. Si bien qu’il est possible de repérer les empreintes politiques au travers des pratiques commémoratives. La novation de l’analyse vient de la concordance globale relevée entre l’attitude des départements face au bicentenaire et au traité de Maastricht ; rapidement il est possible de souligner que ceux qui refusent le premier acceptent le second et vice-versa. La commémoration ne traduirait donc pas seulement les traditions identitaires anciennes, mais aussi l’inquiétude devant les pertes d’identité possibles. Enfin le dernier chapitre entre dans les descriptions concrètes des épisodes commémoratives. L’auteur donne là quelques exemples particulièrement significatifs des opinions tranchées, attestant la vitalité d’une culture politique conflictuelle.
Au total, ce livre donne une image contrastée des rapports des Français à leur passé. Manifestement les clivages sont importants entre les élites (surtout entre les spécialistes de l’Histoire) et les populations. Un nouveau régime d’historicité se serait manifesté au travers de cette commémoration sans horizon d’attente, insistant sur le local, craignant la perte d’une identité, alors que le national se désintègre entre local et universel, l’histoire étant instrumentalisée dans des commémorations sans exigences scientifiques ; mais l’histoire n’a pas perdu tout son sens. Il est possible de regretter que le retour à la culture héritée de la Révolution, attestant que celle-ci n’est pas un objet froid, n’ait pas été discuté davantage.
Jean-Clément Martin

â–  Paul Claval, Histoire de la géographie française de 1870 à nos jours, Paris, Nathan-Université, coll. « Réf. », 1998, 544 p.

L’ampleur des thèmes et de la période historique abordés ainsi que la démarche interprétative qui veut « saisir la logique du développement des idées en les resituant dans le contexte qui les appelle, les rend utiles, ou explique qu’elles ne trouvent aucun écho » font de l’Histoire de la géographie française un ouvrage de référence à l’usage aussi bien des étudiants que des chercheurs qui s’intéressent à cette discipline. L’ouvrage a également le mérite de mentionner, à côté des événements, des hommes, des objets, des concepts et des pratiques qui ont marqué la discipline, les interprétations successives données par ceux qui se sont penchés sur l’épistémologie et sur l’histoire de la géographie.
Se situant « dans une perspective longue », depuis le commencement de l’élaboration de la « géographie scientifique » en 1870 jusqu’au milieu des années 1990, les treize chapitres du livre examinent tout d’abord les conditions qui ont permis la formation de l’École française de géographie (1875) autour de la figure de Vidal de La Blache et des deux générations qui la composent, celle qui a accompagné l’élaboration de la pensée vidalienne (1875-1900) et celle des premiers de ses élèves (1905-1914). L’entre-deux-guerres constitue une période de « science normale » fondée sur le paradigme vidalien, que les géographes appliquent sur des nouveaux domaines mais sans volonté interprétative systématique. En revanche, durant le second après-guerre (1945-1960), qui signe la fin de la « phase classique », les efforts « de refondation théorique » émergent ainsi que des « doutes », des « curiosités » et des pratiques nouvelles. C’est durant les années 1960 et 1970, et surtout depuis 1970-1972, que la mutation s’accomplit avec à la fois l’approfondissement de la réflexion théorique – où la modélisation mais aussi l’épistémologie de la géographie ont une place privilégiée – et la légitimation de l’idée de l’implication de la géographie dans l’action publique. Quant à la période qui s’ouvre au début des années 1980, elle continue d’être « prise dans le double mouvement d’approfondissement et de recentrage sur les problèmes de l’heure », confirmant le « renouveau esquissé vers 1970-1972 ».
Ce rapide, et forcément réducteur, aperçu de la périodisation des grandes tendances de la discipline permet d’entrevoir les limites du livre. Celles-ci touchent essentiellement à son pari, l’articulation de l’analyse contextuelle avec l’analyse des idées géographiques. La prise en compte du contexte perd ainsi parfois sa richesse en raison du regard évolutionniste et cumulatif qui traverse le livre. La période après 1972 est par exemple décrite comme une sorte de libération de la discipline, « la fin des tabous ». Ce regard rétrospectif, soutenu par le fort engagement de l’auteur dans les débats géo-graphiques, aboutit même à certains anachronismes, comme quand il utilise le terme d’aménagement du territoire (apparu après la Seconde Guerre mondiale) pour parler de la pensée de Vidal de la Blache au début du siècle. Parallèlement, cette articulation est souvent considérée, pour chaque période, sous l’angle de l’adéquation de la discipline aux « besoins » de la société. Le découpage chronologique qui tourne autour des grandes dates nationales (1870, 1914-1918, 1940-1945, 1968) illustre par ailleurs un certain transfert mécanique entre le contexte historique et l’histoire de la discipline. Une analyse plus fine des relations entre ces deux registres aurait certainement permis d’éviter d’évoquer « l’esprit du temps » ou la « mode » pour expliquer les analogies entre la géographie et les autres sciences humaines pendant l’entre-deux-guerres, ou l’incompréhension par les géographes des épistémologies néo-positives pour expliquer leur non-diffusion en France dans le second après-guerre. Il est enfin à regretter que certaines erreurs se soient glissées dans cet ouvrage de référence érudit (par exemple, Emmanuel de Martonne n’est devenu président de l’Union géographique internationale qu’en 1938 et non pas à la suite du Congrès tenu au Caire en 1925). Ces remarques n’enlèvent cependant rien à l’intérêt de ce livre qui est l’aboutissement des recherches entamées par l’auteur depuis les années soixante.
Efi Markou

â–  Vincent Viet, La France immigrée. Construction d’une politique 1914-1997, Paris, Fayard, 1998, 510 p.

L’ouvrage de Vincent Viet est le fruit d’une collaboration scientifique entre un historien et des administrations gérant l’immigration en France : Direction de la population et des migrations, Fonds d’action sociale, Mission recherche-expérimentation.
L’ampleur de la période traitée (près d’un siècle de politique migratoire), la diversité des structures et des hommes qui ont bâti la trame de cette politique, l’évolution des enjeux, font de ce livre une référence des plus précieuses sur la mémoire politico-administrative en cette matière, allant souvent à l’encontre de beaucoup d’idées reçues ou fournissant des éclairages nouveaux sur les épisodes de la décision.
De la gestion coloniale et militaire de l’immigration algérienne et marocaine à la politique de main d’œuvre d’après 1945, des régularisations épisodiques des clandestins, fruits d’une gestion mal maîtrisée des flux migratoires, aux fluctuations d’une politique guidée par les aléas de l’opinion publique et des alternances au pouvoir, V. Viet brosse une vaste fresque, riche en données et en analyses. Son analyse distingue trois périodes : 1914-1945 (« À la recherche d’une matrice »), 1945-1974 (« La dérégulation coloniale »), 1974-1997 (« Une politique sous haute surveillance »). Elle nous introduit dans les coulisses de la décision politique et de l’action administrative, avec leurs secrets, leurs erreurs, leurs insuffisances, leur clairvoyance et leurs innovations.
Les données utilisées (il s’agit, le plus souvent, de sources de première main émanant de l’Administration, de souvenirs de hauts fonctionnaires, de correspondances d’hommes politiques et d’hommes d’État, de textes législatifs, réglementaires et administratifs) fournissent à cet ouvrage toute sa richesse et son originalité.
Selon l’auteur, la France a, de longue date, cherché à avoir une politique d’immigration sans réussir à s’en donner une lisible et stable, les décideurs agissant dans l’urgence, entre les contradictions et les impératifs d’une politique publique d’abord marginalisée, puis progressivement sous les feux de l’actualité ; très souvent, les frontières se sont déplacées entre travailleurs coloniaux et ouvriers étrangers, puis entre européens et extra-communautaires, au gré de la libre circulation pour les uns et du contrôle des entrées pour les autres. Quant à l’intégration, si souvent définie d’emblée comme un « modèle » pré-établi, elle s’est façonnée au jour le jour, au gré des modes, des philosophies, des volontés politiques et loin des prétendus idéaux-types.
Peut-être la finesse de l’analyse et la minutie du recueil des données auraient gagné à être enrichies de sources plus diversifiées, moins exclusivement administratives et d’approches universitaires plus nombreuses que celles qui ont été utilisées dans la rédaction de ce livre, qui reste une référence.
Catherine Withol de Wenden

â–  Michèle Riot-Sarcey, Le réel de l’utopie, Paris, Albin Michel, 1998, 309 p.

Le propos de Michèle Riot-Sarcey est de rendre compte de la partition que l’on observe au xix e siècle entre le social et le politique. Elle appuie son interrogation sur les utopies saint-simoniennes et fourièristes en les confrontant à l’activité de ceux qui s’en sont appropriés le contenu. Chemin faisant, M. Riot-Sarcey questionne l’écriture de l’histoire. Elle prend appui sur la réflexion critique de Walter Benjamin, afin d’arracher l’objet historique à une continuité factice, de retrouver l’événement et sa singularité. En particulier, la révolte des canuts à Lyon en 1831 et les grèves parisiennes de 1840, moments de résistance, événements qui deviennent terrain d’observation. M. Riot-Sarcey veut analyser comment les revendications qui se font jour, entrées en résonance avec des écrits utopistes, vont servir de prétexte aux autorités en place pour « évacuer hors du politique les problèmes sociaux soulevés par les victimes du système libéral ». Car des moments comme ceux-là mettent à nu les rapports sociaux, permettent de « saisir les relations de pouvoir en jeu, rendues invisibles par la traditionnelle séparation du politique des problèmes sociaux. »
Mais d’abord, quelle est la réception des écrits utopistes au moment où se produisent ces événements, se demande l’auteur ? La réception de Fourier, d’Owen, de Saint-Simon, sachant que l’inscription dans le réel fut une constante de leurs démarches respectives ? M. Riot-Sarcey trouve des réponses à ses interrogations à la lecture d’un corpus de 2 097 lettres adressées au journal Le Globe, aussitôt après la révolution de 1830. Les correspondants du journal y sont de plain-pied avec le monde et font preuve d’une réelle expérience de réflexion critique. La question sociale n’y est pas perçue comme séparée du politique. Elle est au cœur du politique. Dans le même temps, comme le rappelle M. Riot-Sarcey, les divergences à propos du politique s’expriment, non pas entre classes sociales, mais entre porteurs de théories sociales différentes. Entre ceux qui veulent prendre en compte le rôle politique des classes laborieuses – pendant par exemple la révolution de 1830 – et ceux qui dénient toute capacité à des individus dont le savoir est insuffisant pour être en mesure d’organiser ou d’associer les hommes entre eux. Les mêmes mettent hors du jeu politique la catégorie prolétaire, dans un espace social transformé en lieu d’intervention morale d’où sera jugée l’immoralité des comportements.
À l’orée des années trente, les catéchismes politiques vont se multiplier, les républicains eux-mêmes ne seront pas en reste. Et, à partir de cette toile de fond faite de critique morale, l’on va assigner aux conflits sociaux une place spécifique. Les passions populaires seront lues comme des désordres moraux et la volonté politique des ouvriers comme se rattachant à des hérésies utopiques.
Plus particulièrement la révolte des canuts à Lyon, en 1831, est l’objet de discours et de contre-discours dont l’enjeu est de se prononcer sur le contenu, politique ou non, de l’événement. Or, il n’en a aucun. Cette dernière interprétation, agrémentée de considérations morales, deviendra vite la version officielle de restitution des faits. L’événement sera déclaré « attentat contre la loi », « atteinte à la propriété », « étranger à toute pensée politique ».
Quant aux grèves parisiennes de juin-septembre 1840, elles sont incomprises par les contemporains, même par les républicains. Loin d’y reconnaître la revendication d’une modification radicale des relations du travail et la nécessité d’en débattre sur un terrain politique, ceux qui précisément occupent ce terrain cantonnent là encore l’action ouvrière sur le plan social. L’issue obligée du mouvement devient judiciaire et se résoud par une série d’inculpations qui en proclament l’irrecevabilité.
On peut prolonger la lecture faite par M. Riot-Sarcey des événements de 1831 et 1840, en portant attention à l’écriture du statut des relations de travail à la fin du xix e siècle. Ainsi, la loi de 1884 va certes légaliser les associations professionnelles, mais cantonner également les regroupements ouvriers sur le terrain purement professionnel. Les ouvriers sont immatures, il faut les protéger d’eux-mêmes et des idées subversives. Les actions ouvrières au sein de syndicats ne sauraient donc déboucher sur le plan politique. Il n’y a pas véritablement rupture entre les représentations successives qui s’offrent à la lecture, celles des passions populaires des années trente et celles des travailleurs soumis aux influences révolutionnaires des années quatre-vingt : les « potentialités politiques » ouvrières ne doivent pas trouver à s’employer car leur développement anéantirait l’ordre social. Comme le dit M. Riot-Sarcey, la question sociale est « affaire de temps, d’éducation et de moralisation sous le contrôle d’un système politique qui se veut représentatif », mais qui ne l’est pas de la classe ouvrière.
Au début du xx e siècle, la question du travail et de sa gestion deviendra de plus en plus envahissante avec le développement de l’industrie. Les républicains resteront dans la logique du siècle précédent : puisqu’il ne saurait être envisagé que les ouvriers s’emparent du politique et gèrent leur propre sort, le politique s’emparera d’eux : on va créer alors en 1906, un ministère du Travail dédié à l’observation et à la résolution des problèmes posés par l’accomplissement du travail. Cette nouvelle activité de l’État est éloignée de l’utopie des années 1830-1848, de la façon dont elle s’exprime en 1848, lorsque les ouvriers fondent des associations qui mettent en correspondance activité liée au travail et activité politique. Les travailleurs entendaient rester maîtres de leur destinée, inclure le travail dans un ensemble constituant une vie citoyenne. Or l’État, avec la création d’un ministère du Travail, appréhende les travailleurs comme objets et non comme sujets politiques. On est loin de la position d’un Fourier et d’un Saint Simon pour qui la reconstitution du lien social passe par « une redéfinition radicale des lieux et des compétences politiques, qu’ils déplacent du côté des forces actives de la nation ».
Francine Soubiran-Paillet

â–  Gérard Fabre, Épidémies et contagions ; L’imaginaire du mal en occident. Paris, Puf, 1998, 239 p.

Le sociologue peut-il parvenir à une étude rationnelle des représentations du mal contagieux ? Non, selon Gérard Fabre, sociologue, car « métaphysique du mal et science des maladies » s’entrecroisent. Mais, semble-t-il ajouter, le va-et-vient entre le social et le biologique donne au sociologue sa place pour contribuer à connaître ce mal. En effet, le mal contagieux développe une série d’imaginaires qui lui donnent un sens et permettent de « l’arracher au règne biologique ».
Le mal dont il est question dans ce livre est donc intimement lié à plusieurs maladies contagieuses et à leur prégnance dans la société, et c’est à une étude sémantique et historique du terme « épidémie » que se livre l’auteur au début de son recueil de douze articles, qui couvrent la longue période allant de la peste du Moyen Âge au SIDA de la fin du xxe siècle.
G. Fabre montre ensuite comment l’épidémie, la contagion, la peur du mal doivent s’analyser comme des phénomènes sociaux. Ses études mettent en scène la peste, la syphilis, le choléra, les moyens de lutte envisagés, la vie et la mort d’institutions comme le lazaret ou la quarantaine et les manières d’être devant ces maux. Car l’épidémie avant tout fait peur, et cette peur du mal influe sur la société tout entière : les liens familiaux se disloquent, l’ordre établi est transgressé, l’ordre social se dérobe. Les explications irrationnelles prévalent devant le fléau et le complot devient la clé de lecture des événements, écrasant les populations fragiles, les « hors-limites » (vagabonds, Juifs…), mais écartant également celui qui lutte, à savoir le médecin, considéré comme « l’entremetteur du mal ».
G. Fabre montre comment ce que l’on voit comme étant la rationalité médicale n’échappe en rien aux peurs et à la morale d’une époque. Ainsi l’aérisme, en vigueur jusqu’à la fin du xixe siècle, suppose des milieux contaminants, en particulier les poches de pauvreté, maladie morale et civile, vecteur de contagion. Le mal biologique trouve ici son exutoire dans le mal social et dans les remèdes destinés à l’éradiquer, notamment dans les politiques d’hygiène publique, où les tenants des doctrines contagionnistes et infectionnistes se déchirent, d’autant plus que les mots restent flous.
Tout cela se passe avant que Koch et Pasteur ne découvrent les microorganismes qui relégitiment certains dispositifs sanitaires comme la quarantaine. G. Fabre fait cependant remarquer que subsiste, après ces découvertes, la croyance populaire en la purification, dans des dispositifs comme l’isolement, le lavage, la désinfection par les agents chimiques, tenus pour dernières avancées de la rationalité médicale.
De même, le discours sur la syphilis montre comment la rationalité médicale ne se dissocie pas complètement de la morale. Ainsi, au tournant du xx e siècle, la lutte contre cette maladie, qui jusqu’alors se plaçait sur le terrain de la morale religieuse, se déplace sur le terrain de la médecine : les mœurs dissolues sont proscrites non plus au nom de la religion, mais au nom de la raison médicale. Les connexions entre les médecins hygiénistes et les associations de protection de la famille font que morale médicale et morale sociale remplacent la morale religieuse.
Qu’en est-il aujourd’hui d’une maladie comme le SIDA ? La prévention, mise ici en avant, relève du modèle hygiéniste (avec le préservatif comme nouveau cordon sanitaire), mais cette épidémie ne s’inscrit guère dans les modèles culturels ayant prévalu pour les autres maladies contagieuses.
Au total, ce qui intéresse G. Fabre, c’est la persistance des représentations contagionnistes : selon lui, c’est le principe de la contagion qui fonde l’idée du social, en liant celui-ci au biologique. Comme il l’écrit en conclusion : « l’imaginaire du mal contagieux existe. La peur en est le ressort ».
Épidémies et contagions n’est pas un livre d’histoire, mais il offre l’intérêt d’une bonne synthèse d’une partie des questionnements actuels en « histoire des pratiques de santé », pour reprendre le titre d’un ouvrage récent de Georges Vigarello. Au moyen d’exemples tirés d’une riche bibliographie, à la fois historique et sociologique, l’auteur argumente et étaye ses hypothèses de départ. Convaincant sur la peste, la syphilis, le choléra, c’est sur le SIDA, sujet sur lequel il travaille depuis plusieurs années, qu’il apporte les éclairages les plus stimulants. C’est sur cette histoire en train de s’écrire qu’il démontre le mieux la place que peuvent jouer les sciences sociales dans la compréhension, la gestion de la maladie et la vie avec celle-ci.
Claire Fredj

â–  Luc Boltanski, Eve Chiapello, Le Nouvel Esprit du Capitalisme, Paris, Gallimard, 1999, 843 p.

Le projet de ce livre trouve son origine dans le constat d’un formidable redéploiement du capitalisme en même temps que d’un effondrement de la critique dont celui-ci faisait l’objet depuis trente ans. L’appauvrissement de la population d’âge actif, la croissance régulière du nombre des chômeurs et de la précarité du travail, la stagnation des revenus du travail, côtoient un accroissement sans précédent des revenus de la rente. Dans un contexte de retour de la demande sociale de pensée critique depuis 1995 en France, les auteurs entendent fonder un renouveau critique en donnant à cette pensée des armes théoriques plus ajustées aux transformations récentes du capitalisme. Revendiquant l’héritage weberien, les auteurs constatent que le capitalisme, entendu minimalement comme « exigence d’accumulation illimitée du capital par des moyens formellement pacifiques » (p. 37), n’est pas mobilisateur par lui-même. Axiomatiquement pauvre, le capitalisme a besoin d’un esprit, c’est-à-dire d’une « idéologie qui justifie l’engagement dans le capitalisme » (p. 42). Les auteurs ont concentré leur analyse sur la littérature managériale, sur la base de ce constat que « les personnes [ont] besoin de puissantes raisons morales pour se rallier au capitalisme » (p. 44), et en premier lieu les cadres et les ingénieurs, dont la contribution active au capitalisme, indispensable à la prolifération de celui-ci, n’en fait pas moins, contrairement aux petits patrons et aux grands dirigeants, une population sensible à la critique. Cette littérature est en effet entendue comme réservoir de raisons pratiques et morales de s’engager dans le capitalisme, destinées aux cadres. Aussi les auteurs en analysent-ils deux corpus importants, l’un des années 1960, l’autre des années 1990, afin de montrer comment le capi-talisme, forme vide et plasti- que (et non ethos spécifique comme chez Max Weber), s’adapte en générant la critique de l’intérieur.
Le modèle théorique mobilisé par Luc Boltanski et Ève Chiapello reprend la distinction entre « critique artiste » et « critique sociale » (p. 83). La première dénonce le capitalisme comme marchandisation du monde débouchant sur le désenchantement, l’inauthenticité, l’oppression de la liberté et de l’autonomie des individus. Issue de l’invention du mode de vie bohème au xixe siècle, elle valorise l’incertitude, la mobilité et le détachement incarné par l’artiste. La critique sociale, issue du socialisme et du marxisme, dénonce en revanche le capitalisme comme source d’opportunisme, d’égoïsme et de misère, d’inégalités. L’un des intérêts majeurs de ce livre réside dans l’histoire des mutations du couple Capitalisme-Critique. Au capitalisme domestique et familial hérité du xix e siècle, succède le compromis fordien (ou « civique-industriel ») des années 1930-1973, qui emprunte à la critique sociale son exigence de sécurité des salariés (conventions collectives, logique du statut, État-Providence). Le troisième esprit du capitalisme naît à partir des années 1970 sous l’effet d’une génération, par le capitalisme, de la critique artiste qui dénonçait le compromis fordien, notamment en mai 1968, au nom des valeurs d’authenticité, de créativité et d’autonomie. Le capitalisme connaît alors de multiples micro-déplacements vers des formes d’organisation du travail flexibilisées (couple projets-réseaux) présentées aux cadres comme satisfaisant ces valeurs. Substituant un crédo à l’autre, le « réseau » (années 1990) à la « structure » (années 1960), le nouvel esprit du capitalisme engage, parfois dans l’enthousiasme, une fraction importante de la génération des années 1960 dans ses mutations. La littérature de management propose au cadre une nouvelle figure à laquelle adhérer, celle du manager, « homme connexionniste », « homme léger », enchaînant les projets et tissant ses réseaux. La flexibilité entraîne à son tour le réveil de la critique sociale, et aussi d’une critique artiste pourtant éreintée par la marchandisation de l’authentique.
La réussite de l’ouvrage réside dans son ambition pluridisciplinaire qui conduit les auteurs à mobiliser aussi bien la socio-économie du travail, la sociologie des élites et des idéologies, qu’une sociologie des régimes d’action et de justification importée de De la Justification de L. Boltanski et Laurent Thévenot, dont sont formalisées certaines notions clefs, comme celles d’épreuve ou de critique. Les auteurs voudraient ainsi enclencher une sociologie des nouvelles élites dominantes (managers, médiateurs, etc.). On regrettera que cette ambition de mobilisation de la sociologie au service d’une entreprise de défatalisation et de dé-naturalisation du monde achoppe en partie à sa visée prescriptive : la « cité par projet », proposée comme manière de soumettre le monde « connexionniste » à une exigence de justice, peut-elle constituer une arme pratique pour les mouvements critiques ? De même, l’ouvrage passe sous silence l’ensemble complexe des médiations qui conduisent certaines élites issues de mai 1968 à contribuer à produire le nouvel esprit du capitalisme, ce que seules une prosopographie et une sociologie des déplacements de l’action collective pourraient finement disséquer. Enfin l’entreprise de totalisation ici à l’œuvre dans l’élaboration d’un modèle de changement du capitalisme et de ses critiques, tend parfois à s’appuyer sur des catégories agrégées comme « le capitalisme », pourtant peu mobilisées en tant que telles par les mouvements critiques eux-mêmes dans leurs dénonciations publiques.
Boris Gobille

â–  Catherine Bonvalet, Anne Gotman, Yves Grafmeyer (éd.), La famille et ses proches. L’aménagement des territoires, Paris, Ined, Puf diffusion, Cahier n° 143, 1999, 291 p.

Cet ouvrage explore les formes contemporaines de la vie familiale en rapport avec la résidence, en sortant de l’équation entre « ménage » et « logement » posée par la statistique administrative, dans laquelle les études sociologiques se sont généralement enfermées. La recherche dont il consigne les résultats repose, d’un côté, sur une exploitation de l’enquête « Proches et parents » réalisée en 1990 par l’Ined, de l’autre, sur des entretiens approfondis auprès de 99 personnes choisies parmi les 1946 composant l’échantillon, représentatif de la population française adulte, de l’enquête de l’Ined. Cinq chapitres exposent les analyses conduites par les divers auteurs de l’ouvrage, le dernier étant consacré à l’analyse textuelle du corpus des entretiens. Un chapitre introductif présente la démarche et les procédures de la recherche, dont le détail documentaire est donné en annexes. Conclusion et bibliographie situent l’ouvrage dans la suite des études qui s’inscrivent dans le même courant de recherche.
L’enquête repose sur deux postulats que l’on peut résumer ainsi : les stratégies résidentielles d’un individu ou d’un ménage, loin d’être structurées par les seules logiques du marché immobilier, sont le produit de l’histoire du groupe familial d’appartenance ; or ce groupe ne saurait être réduit « au petit cercle de personnes qui habitent un même logement ou aux parents et à leurs descendants » (p. 5). De fait, les résultats de l’enquête de 1990 avaient montré qu’à l’intérieur de la parentèle de chaque individu interrogé se dessine un cercle de « proches » – définis subjectivement comme tels par les enquêtés – qui déborde le groupe des corésidents défini par les recensements, même si la « famille restreinte » (parents, enfants, frères et sœurs) y occupe une place prépondérante. La recherche approfondit ce constat, mettant en évidence les formes diverses sous lesquelles se manifeste, à travers la résidence, la force des relations familiales. Ainsi, Catherine Bonvalet et Dominique Maison, exploitant les données de l’enquête de l’Ined, confirment « l’extraordinaire cohésion des familles dans l’espace » relevée par Hervé Le Bras et Catherine Goré en 1984 : six ans plus tard, un enquêté sur deux habite le même département que son père ou sa mère, un sur cinq la même commune. Les auteurs repèrent les éléments démographiques et sociaux qui renforcent ou affaiblissent cette proximité, puis étudient les rapports que celle-ci entretient avec les liens d’affinité noués au sein de la famille restreinte. Croisant les indicateurs de la proximité géographique, de l’affinité (parents cités comme proches), de la fréquence des contacts et de l’entraide, ils portent au jour, à la suite de Peter Willmott, un mode d’organisation familiale fondé sur la « vie ensemble » qui n’implique ni la communauté ni, nécessairement, la proximité de la résidence : cette « famille-entourage » concerne 41 % des personnes enquêtées, dont près des deux tiers habitent la même commune ou des communes limitrophes.
Utilisant le matériau des entretiens, les études suivantes s’attachent à explorer en profondeur quelques-uns des résultats de l’enquête de 1990. Ainsi Anne Gotman analyse les trajectoires résidentielles dans leurs rapports avec les territoires familiaux, pour rendre compte à la fois des rapprochements et des dispersions résidentielles dans l’espace, la focale étant portée sur les rapports entre générations, en particulier à deux moments critiques du cycle de vie, l’entrée dans la vie adulte et la vieillesse. Isabelle Bertaux-Wiame considère elle aussi les trajectoires résidentielles, mais sur le cas particulier des professions indépendantes, pour montrer que les contraintes professionnelles cèdent, ici aussi, parfois, devant les priorités des appartenances familiales, et dessinent des configurations résidentielles qui restent variables dans le temps en fonction de l’étape du cycle de vie. Yves Grafmeyer centre son étude sur l’hébergement par les parents ou les proches, pratique « nullement exceptionnelle » d’après l’analyse fine des déclarations des enquêtés recueillies en 1990. Limitée à la population retenue par l’enquête par entretiens, l’étude considère les hébergements d’une durée suffisante pour êtres appréciés comme véritables séquences des itinéraires résidentiels : cette expérience concerne, une fois au moins au cours de la vie adulte, un enquêté sur trois. Plus que les traits socio-démographiques des hébergés, de leur histoire familiale, de leurs itinéraires professionnels et géographiques, établis sur une population numériquement faible (99 enquêtés), il importe ici de souligner qu’au terme de l’analyse, l’hébergement se révèle être non seulement l’une des modalités de la décohabitation, mais aussi une forme d’aide intervenant au cours de la vie adulte, qui voit engagée en premier lieu la famille ou la belle-famille. Ce résultat converge avec ceux de autres études pour souligner que l’inscription territoriale de la résidence est, sous de multiples formes, fortement dépendante des liens qui tissent le réseau des relations familiales, les resserrent ou les distendent.
Susanna Magri
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