Revues
â– «Jaurès et l'État», Jean Jaurès
cahiers trimestriels, n° 150,
octobre-décembre 1998,242 p.
S'intéresser à «Jaurès et l'État»,
comme le fit le colloque organisé
à Castres en octobre 1997, dont
l'excellente revue Jean Jaurès
donne ici les actes, c'est s'efforcer
de montrer en quoi, en ce champ
essentiel qui en regroupe bien
d'autres, l'action politique ne
peut se séparer d'une pensée philosophique
- mieux connue
depuis la publication récente,
sous la direction d'Annick Wajn-
gart, de la partie de ses Œuvres
complètes consacrée à sa philosophie
- elle-même en évolution
comme le souligne, dans un propos
d'ouverture particulièrement
riche, Rolande Trempé.
Mais c'est aussi souligner combien,
au cours des trente ans que
dura sa vie politique, J. Jaurès
eut l'occasion de se heurter à
tous les aspects de l'État républicain,
alliage composite entre
la part de bonapartisme administratif
toujours en vigueur et
les instruments d'action nouveaux
créés par la République.
Instruments dont J. Jaurès
n'entend pas détourner la classe
ouvrière au motif qu'ils auraient
été ceux de l'État bourgeois. Au
contraire, jouant un rôle intermédiaire
entre l'État et la
société - l'un ne défendant les
intérêts de l'autre qu'en raison
du rapport de classe existant -
ils sont susceptibles à terme
d'amoindrir la puissance étatique
si ce rapport change. Il est
donc nécessaire, écrit-il en 1911,
en pleine émergence de la théorie
juridique du service public
portée par Léon Duguit, « que
les prolétaires défendent vigoureusement
les services publics
contre les campagnes systématiques
de la presse bourgeoise ».
Ce gradualisme, qui accorde à
l'État une véritable épaisseur, est
aussi celui qui le verra approuver,
en ses débuts, l'expérience de
participation ministérielle tentée
par Alexandre Millerand, expérience
qu'analyse ici Isabelle
Moret-Lespinet. L'échec de cette
expérience conduit J. Jaurès à
s'interroger, dans une réflexion
que prolonge Christophe Charle,
sur la question de la nature du
pouvoir dans l'État socialiste,
question qui ne cessera de hanter
le socialisme français (pensons à
Léon Blum) ; et, corrélativement,
à s'interroger sur la limite du
pouvoir d'un socialiste dans un
État resté capitaliste, au-delà du
seul exercice de la fonction parlementaire,
à laquelle s'attache
Gilles Candar.
Pensée éminemment politique de
l'État donc, qui verra J. Jaurès
conclure, dans L'Armée nouvelle,
que «figer l'État, c'est supprimer
l'espérance, c'est supprimer
l'action». Pensée appliquée aussi,
concrètement, à chacune des
sphères d'action où il est engagé.
Parmi les plus essentielles de
celles-ci, la justice, analysée par
Vincent Duclert - le colloque de
Castres ne revient pas sur
l'affaire Dreyfus, déjà largement
traitée dans d'autres livraisons de
la revue, mais on ne peut que
conseiller la relecture de Preuves,
analyse implacable de la manière
dont la machinerie d'État devient
machination. La sphère des
nationalisations aussi, domaine
par excellence où choix théoriques
et positions politiques vont
de pair, le sujet étant ici traité par
Alain Boscus, directeur du
Centre national et musée Jean
Jaurès de Castres, institution
organisatrice du colloque et dont
on a plaisir à saluer la volonté de
concilier souci pédagogique et
rigueur scientifique.
Ce principe de l'aller et retour
entre pensée et action inspire les
interventions du colloque - et
donc de l'ouvrage - présentées
ici, y compris lorsque, sans directement
évoquer l'action de
J. Jaurès, elles définissent le
cadre étatique dans lequel entend
se définir la République. Cadre
qui passe à la fois par la munici-
palisation des polices (Jean-Marc
Berlière) et par le développement
de l'inspection du travail
(Vincent Viet), par la laïcité militante
(Gérard Baal) et par les
premiers linéaments de ce
qu'avec Madeleine Rébérioux on
n'appellera pas encore une politique
culturelle. Homme politique
dans l'État, sans avoir
jamais été au pouvoir, le député
de Carmaux se prononça sur
toutes ces questions, et sur bien
d'autres non évoquées ici,
comme la question coloniale. On
regrette que celle-ci ne soit pas
abordée, de même qu'on aurait
lu avec intérêt une contribution
relative à l'armée (la grande
muette est ici la grande absente,
mais la Société d'études jauré-
siennes avait déjà évoqué le sujet
dans un colloque de 1991, dont
les actes furent publiés deux ans
plus tard dans les Cahiers Jean
Jaurès). Le syndicalisme des
fonctionnaires est certes évoqué
çà et là, mais c'est dommage que
ce thème n'ait pas fait l'objet
d'une étude systématique, qui
aurait permis de résumer les
positions de J. Jaurès, auteur en
1895 de L'État socialiste et les
fonctionnaires, sur l'État-patron.
On ne saurait évidemment faire
grief de ces quelques manques
aux organisateurs de ce colloque
déjà si riche, qui offre un panorama
remarquable, et rare, à la
fois de l'Etat au tournant du
siècle et de la pensée socialiste
sur l'État, en cette belle époque
où les socialistes ne dédaignaient
pas de penser l'État...
Marc Olivier Bamch
Livres
â– Louis Desgraves et Catherine
Volpilhac-Auger (avec la collaboration
de Françoise Weil)
Catalogue de la Bibliothèque
de Montesquieu à La Brède,
Liguori Editore, Napoli-Univer-
sitas, Paris-Voltaire Foundation,
Oxford, 1999,476 p.
Les recherches consacrées à la
structure des bibliothèques et à
leur histoire sont des enquêtes
historiques dont l'intérêt apparaît
de plus en plus clairement,
car elles permettent d'insérer
un individu dans un contexte
culturel difficile à reconstituer
par ailleurs. L'intérêt est
d'autant plus manifeste
lorsqu'il s'agit d'une personnalité
qui, comme Montesquieu,
est l'une des figures clés du
xvme siècle littéraire et philosophique.
Un premier catalogue
avait été publié en 1954.
La nouvelle édition réalisée par
Louis Desgraves et Catherine
Volpilhac-Auger, dans le cadre
de l'UMR du CNRS Lire, le
complète sur de nombreux
points. Une introduction riche
d'informations rappelle la
méthode de travail de Montesquieu,
son accumulation de
notes de lectures qui, pour
autant qu'elles ont été conservées,
sont le complément naturel
du catalogue. Même s'il doit
être croisé avec les données de
la correspondance, qui nous
apprennent que Montesquieu
avait acheté en Italie une édition
de Vico non mentionnée, il
offre avec ses 3 236 rubriques
classées en 95 divisions, des
aperçus essentiels sur la culture
de l'auteur de l'Esprit des lois.
On apprend d'abord que 28 %
des ouvrages conservés par le
seigneur de la Brède concernent
les sciences et les arts, et
seulement 10 % le droit.
Dans le domaine des Belles-
Lettres, les auteurs latins sont
beaucoup mieux représentés
que les auteurs grecs. Ainsi
Montesquieu possédait peu
d'écrits de Platon. On trouve en
revanche de nombreuses éditions
d'Homère parmi lesquelles la
version latine de Jean de Sponde
de 1583, la traduction d'Anne
Dacier de 1709 et la traduction
par Houdar de la Motte de 1714.
Montesquieu avait visiblement
un faible pour la poésie anglaise,
particulièrement bien représentée
non seulement avec
Shakespeare, mais aussi Milton,
Addison, Dryden. Dans la collection
d'ouvrages théologiques se
manifeste une curiosité de
Montesquieu pour le judaïsme.
La part d'ouvrages médicaux est
tout à fait considérable. Dans la
partie philosophique on ne
trouve pas Spinoza, mais les
œuvres latines de Hobbes, la traduction
de V Utopie de More,
l'abrégé de la philosophie de
Gassendi, des traductions française
de Locke, les œuvres de
Montaigne, Marcile Ficin,
Machiavel, Pierre Bayle, Plotin,
Scaliger, beaucoup de Sénèque.
Montesquieu possédait le Traité
de l'harmonie de Jean-Philippe
Rameau et les observations
astronomiques de Tycho Brahé.
Les lettres philosophiques de
Voltaire côtoient les Å“uvres du
compilateur Morhof.
Montesquieu possédait quelques
ouvrages d'alchimie, de démono-
logie comme les traités de Kaspar
Peucer, d'ésotérisme comme Tri-
themius. Les récits de voyages
sont bien représentés et il a pu
s'informer sur l'Orient en lisant
le Voyage en Turquie, en Perse et
aux Indes de Jean-Baptiste
Tavernier. Les nombreux
ouvrages historiques sont répartis
en régions du monde. On se
prend à regretter que l'on ne dispose
pas encore d'une analyse
synthétique qui montrerait les
stratifications successives de la
culture de Montesquieu à partir
de ses livres et de ses notes de
lecture. Mais le beau travail de
L. Desgraves et C. Volpilhac-
Auger ouvre largement la voie à
une telle recherche.
Michel Espagne
â– Richard Weisberg
Vichy, la justice et les Juifs,
Paris, Éditions des archives
contemporaines, 1998 (éd. américaine,
1996) ; traduit de
l'anglais par Lise-Eliane Pomier
et Yves Coleman, 266 p.
Depuis quelques années, la question
des responsabilités de l'État
français dans les persécutions
antisémites orchestrées par les
nazis à l'époque de Vichy a fait
l'objet d'une multitude d'articles
et d'ouvrages. L'originalité du
livre de Richard Weisberg, professeur
de droit institutionnel à
Yeshiva University (New York),
tient au fait qu'il aborde ce problème
en mobilisant des compétences
de juriste qui font défaut,
le plus souvent, aux historiens
ordinaires. Il confirme l'hypothèse
que d'autres chercheurs
avaient développée antérieurement:
la législation xénophobe et
antisémite qui a contribué à la
déportation (et à l'extermination)
de 75000 Juifs de France, a suscité
peu de résistances dans le
monde des hauts fonctionnaires
et des magistrats. L'auteur étudie
de façon minutieuse comment les
tribunaux ont appliqué la législation
antisémite en privilégiant
deux exemples. Tout d'abord, il
montre comment la justice française
a mis en Å“uvre la législation
sur le statut des Juifs. Il insiste
sur l'enjeu essentiel qu'a été la
question de la charge de la
preuve (qui est Juif? qui ne l'est
pas ?) en soulignant que cette
logique d'assignation identitaire a
rencontré des résistances, y compris
au sein de l'appareil d'État,
l'action des tribunaux judiciaires
ayant parfois freiné le zèle discriminatoire
des tribunaux administratifs.
R. Weisberg étudie aussi
la manière dont la justice française
a appliqué la législation
pétainiste sur «l'aryanisation» de
l'économie qui a conduit à la spoliation
des biens juifs. Ces
exemples débouchent sur la
conclusion que le pouvoir pétainiste
a agi avec une détermination
allant souvent au-delà des exigences
nazies. Pour R. Weisberg,
l'une des raisons de cette radica-
lité dans l'exclusion tient à l'interprétation
religieuse (et non
raciale) que le gouvernement de
Vichy a donné à sa législation
antisémite. Des groupes ethniques
comme les Géorgiens
mosaïques, les Djougoutes ou les
Subbotniks - qui n'étaient pas
considérés comme étant de «race
juive » par les nazis - sont étiquetés
comme étant de « religion
juive» par Vichy et sont donc victimes,
en tant que tels, de la politique
d'exclusion décidée par le
régime. Analysant les arguments
développés par les juristes et les
magistrats qui ont cautionné ces
discriminations, R. Weisberg y
décèle une façon d'interpréter les
textes, enseignée dans les facultés
de droit sous la IIP République,
fortement influencée par une
herméneutique empruntée à la
religion catholique. «Il me
semble évident, ajoute l'auteur,
qu'une forme de rhétorique
propre au catholicisme n'est pas
étrangère à la facilité avec
laquelle les lois raciales se sont
imposées à une culture qui n'y
était pas disposée auparavant »
(p. 186). Cette affirmation mériterait
certainement d'être discutée.
Mais elle a le grand mérite
de souligner que la politique
d'exclusion propre au gouvernement
de Vichy ne peut pas
s'expliquer uniquement en se
focalisant sur les événements de
la période 1940-1945, comme le
font la majorité des historiens
français spécialistes de cette
question. R. Weisberg nous invite
à essayer de comprendre dans
quelle mesure les raisonnements,
les arguments, les justifications
développés par les partisans de
Vichy ont pu s'appuyer, moyennant
toute une série de déformations
et de manipulations, sur des
catégories de pensée élaborées et
fixées dans les décennies antérieures
par la IIIe République.
Gérard Noiriel
â– Jacques Commaille
Territoires de justice. Une sociologie
politique de la carte judiciaire,
Paris, Puf, 2000,291 p.
La carte judiciaire française se
caractérise globalement par un
immobilisme auquel la réforme
de 1958, seule, fait exception. De
manière générale, elle peut
apparaître a priori comme le
résultat d'une construction socio-
historique dont les principaux
artisans ont été, et demeurent,
l'institution judiciaire et les différents
gouvernements politiques
qui se sont succédés. Cependant,
si la production de politiques de
justice touchant à la carte judiciaire
semble reposer grandement
sur l'action de ces deux
protagonistes, elle ne peut réellement
s'y réduire. Cet ouvrage se
propose ainsi de restituer et
d'analyser l'ensemble des mécanismes
socio-politiques et les
enjeux des projets de réformes
de la carte judiciaire française de
1929-1930 jusqu'à nos jours.
L'appellation «carte judiciaire»,
qui désigne communément la
répartition des juridictions sur le
territoire français, est écartée
par l'auteur au profit du concept
de « territorialisation de la fonction
de justice» car celui-ci a le
mérite de souligner que «dans
le cadre de confrontations politiques
[se joue] la définition
d'une fonction centrale dans la
régulation d'une société et la
détermination de ses rapports
aux citoyens [...] » et que, de ce
fait, l'évolution de la répartition
des juridictions sur le sol français
n'est pas réductible a priori
à un problème d'ordre purement
organisationnel ou technique.
Jacques Commaille ne
s'en tient donc pas à une analyse
de la «Justice» comprise strictement
en tant qu'institution. Il
propose au contraire, en élaborant
les bases d'une sociologie
de la fonction de justice, de
dépasser les catégories communes
afin d'envisager cette institution
sous l'angle de son inscription
dans des processus
sociaux généraux. Franchissant
largement les frontières de la
seule analyse interne de l'institution,
l'auteur intègre les différentes
attentes sociales qui ont
animé jusqu'à ce jour les
réformes ou les projets de
réforme touchant à la territoria-
lisation de la fonction de justice
- lesquelles consistent généralement
en la suppression ou la
création de juridictions.
En matière de politique de justice,
la tradition française de
l'État jacobin se traduit par
« une tendance lourde à la
concentration» des juridictions
et par une définition traditionnelle
de la Justice comme détentrice
d'une métaraison garante
de l'ordre social. À cet égard,
l'auteur souligne l'existence de
deux grands modèles d'exercice
de la fonction de justice qui
constituent l'arrière-plan des
différents débats et qui sont
indissociables de conceptions
politiques; d'une part, un
modèle d'exercice comme
« métagarant » du social et,
d'autre part, un modèle d'exercice
comme «opérateur» du
social. À ces deux modèles sont
associées respectivement deux
conceptions de l'organisation
politique ; la première se caractérise
par un État central fort et
un mode d'exercice du «haut
vers le bas » (top down), la
seconde, à l'inverse, se définit
par son immersion dans le social
et un mode d'exercice du «bas
vers le haut» (bottom up).
Dans la continuité des travaux
historiques consacrés à la carte
judiciaire française, J. Commaille
constate la tendance à
l'immobilisme de la Justice française
en ce domaine et souligne
le caractère exceptionnel de la
réforme de la carte judiciaire en
1958, réforme qui constitue une
figure presque archétypale de
«régulation univoque». Selon
l'auteur, cette désignation permet
«de souligner l'existence
d'une aspiration à la mise en
œuvre d'une action politique
volontaire, d'une réforme de la
territorialisation de la fonction
de justice comme expression
d'une volonté politique dotée de
toutes les caractéristiques généralement
attribuées au concept
de "politique publique" pour
souligner le caractère linéaire,
unilatéral et descendant de sa
mise en Å“uvre » (pp. 85-86). À
l'opposé, ce sont les manifestations
de la régulation plurivoque
qui sont rencontrées le plus fréquemment
au cours de l'histoire
de la territorialisation de la
fonction de justice. Ce type de
régulation politique désigne la
diversité des acteurs qui jouent
de leurs forces au sein de différentes
instances, la pluralité des
intérêts, des logiques et des
modes d'action qui sont en jeu.
Par exemple, les revendications
des élus locaux ont consisté bien
souvent à présenter la préservation
des juridictions existantes
et la spécificité de la justice rendue,
comme les garantes d'une
culture locale et, partant, d'une
institution judiciaire efficace.
De plus, J. Commaille met en
avant le caractère évolutif de la
régulation politique - il s'appuie
alors sur les analyses développées
dans l'ouvrage dirigé avec Bruno
Jobert Les métamorphoses de la
régulation politique - laquelle se
caractérise aujourd'hui globalement
par une rupture avec la
vision étato-centrique traditionnelle
et la démultiplication au
niveau local des centres de décision.
Ainsi, les formes actuelles
des politiques de justice remettent
en cause une vision politique
de type top down.
De façon générale, l'auteur pose
un regard critique sur les agissements
des différents acteurs de la
territorialisation de la fonction de
justice et, à travers une analyse
empirique méticuleuse, parvient
à mettre au jour la complexité
des réseaux de relations et des
systèmes d'interaction auxquels
les divers acteurs politiques peuvent
appartenir et prendre part.
Si cette étude s'articule clairement
aux travaux antérieurs de
l'auteur - notamment Les métamorphoses
de la régulation politique
et L'esprit sociologique des
lois. Essai de sociologie politique
du droit - elle se fonde essentiellement
sur l'analyse de matériaux
empiriques. Ainsi, au fil de
l'ouvrage, voit-on apparaître différentes
situations concrètes de
la territorialisation de la fonction
de justice. La richesse des
matériaux issus de la démarche
empirique, centrée principalement
sur les archives des projets
de réforme, contribue à cet
égard à la qualité de l'analyse -
dont l'objet peut être considéré
difficile à saisir empiriquement.
En outre, l'étude proposée a
une dimension macrosociologique
comme en témoigne la
volonté de « rechercher le sens
des processus sociaux généraux»
participant de la territorialisation
de la fonction de justice,
tels la recomposition du
contrôle social, les métamorphoses
de la régulation politique
et la redéfinition du territoire.
De façon générale, le grand intérêt
de l'ouvrage est d'éclairer des
enjeux politiques, institutionnels,
sociaux et économiques, ainsi
que leur évolution au cours de
l'histoire récente, ce qui permet
de déterminer les conditions
actuelles d'une réforme globale
de la carte judiciaire.
Alexandre Mathieu-Fritz
â– Bénédicte Zimmermann,
Claude Didry et Peter Wagner (éd.)
Le travail et la nation, histoire
croisée de la France et de l'Allemagne,
Paris, Éditions de la
Maison des Sciences de
l'Homme, 1999,402 p.
Comment articuler le travail et la
nation? Quel «avenir» pour le
travail ? Cet ouvrage collectif,
édité par Bénédicte Zimmermann,
historienne à l'École des
hautes études en sciences
sociales, Claude Didry, sociologue
au CNRS et Peter Wagner,
sociologue à l'Institut universitaire
européen de Florence et à
l'université de Warwick, apporte
une contribution originale et
riche, en termes de contenu et de
méthode, à la discussion contemporaine,
idéologiquement très
marquée, sur la « mondialisation »
et «l'avenir du travail». Au lieu
de considérer l'État-nation
comme le cadre normatif des pratiques
du travail, les auteurs
affrontent le double défi de dénaturaliser
et d'historiciser son
apparition et de montrer sa
construction sociale au sein des
activités de production individuelles.
Ils questionnent le point
de départ du débat actuel, c'est-
à-dire l'acceptation généralisée
du paradigme de l'État-nation
comme cadre d'action naturalisé
des institutions du travail.
Les trois parties de l'ouvrage
(« La nation comme ressource
pour l'organisation des pratiques»
; « Registres de l'action
publique et institutions du
travail» ; « Qualités des produits
et conventions du travail») déclinent
chaque fois le même objet
d'une manière particulière: la
constitution des cadres étatiques
nationaux, l'action publique et les
situations de travail. Ainsi, la
nation apparaît comme l'aboutissement
de formes de coopération
dans l'histoire de l'État et des
identités régionales (Angelo
Pichierri, ch. i), comme cadre de
l'action économique en France et
en Allemagne au moment de la
Première Guerre mondiale
(C. Didry et P. Wagner, ch. il),
comme facteur d'hétérogénéité
de la statistique économique
en France et en Allemagne
entre 1914 et 1950 (J. Adam,
ch. m), comme contexte culturel
du droit du travail (Ulrich
Miickenberger, Alain Supiot,
ch. iv) et comme producteur de
contingence socioculturelle de la
formation professionnelle (Jurgen
Schriewer et Klaus Harney,
ch. v). L'action publique est
l'objet de l'histoire de la protection
sociale (Didier Renard,
ch. vi, Sandrine Kott, ch. vu) et
du chômage (B. Zimmermann,
ch. x). La nation comme ressource
pour les individus ressort
de l'histoire du Paquebot (Alain
Dewerpe, ch. xi), du moteur Diesel
(Mikael Hard et Andréas
Knie, ch. xn), des formulaires
l'évaluation du personnel (Normand
Filion, ch. xm) et du programme
Airbus (Robert Salais,
ch. xrv).
Une multitude de points de vue
croisés montrent, sur une période
relativement longue, la genèse de
l'État-nation en France et Allemagne:
celui-ci repose sur la
nationalisation de la régulation
des pratiques économiques et la
naissance simultanée de l'État-
providence, sous l'influence du
mouvement ouvrier et des réformateurs
sociaux à partir du tournant
du siècle. Sa mise en pratique
s'appuie sur la manière
dont les personnes mobilisent
l'État au travail. Il est important
de retenir dans ce contexte que
le travail est défini «comme une
activité orientée vers la réalisation
de produits, et comme une
dimension anthropologique de
participation au bien commun».
La démarche heuristique fait
apparaître les enjeux de la discussion
actuelle sous un autre
jour. Par exemple, alors que la
question de l'efficacité économique
se posait il y a un siècle
en termes d'homogénéisation
des pratiques socio-économiques
locales au sein d'un espace
national, celui-ci est considéré à
l'époque actuelle par certains
comme le garant de la diversité
de ces dernières face à la réglementation
européenne, ou par
rapport à une «mondialisation»
des pratiques économiques. La
démonstration du recouvrement
de réalités historiques différentes
par des mêmes termes
(dans un cas l'État-nation est
interprété comme un danger
pour la diversité d'espaces
locaux, dans un autre comme le
garant d'identités nationales),
permet au lecteur de prendre de
la distance par rapport aux
enjeux idéologiques de la discussion
actuelle et de se former sa
propre opinion.
Un autre point de méthode fort,
qui complète la multiplication des
échelles d'analyse au sein de
chaque société et une perspective
historique large, est l'usage de la
comparaison internationale. Loin
de viser la mise en évidence point
par point des différences ou similitudes
de propriétés nationales
naturalisées, le regard croisé
porte sur l'interpénétration des
deux espaces socio-économiques,
par exemple autour de certains
produits, comme le moteur Diesel.
M. Hard et A. Knie (ch. xu)
montrent, à propos de cette production
dans les années 1920 et
1930, la mise en place d'une
forme de division du travail
historique entre les entreprises
françaises et allemandes. Dans ce
modèle de coopération, encore
actuellement en vigueur pour les
voitures de tourisme, les premières
assurent la diffusion du
produit tandis que les secondes
définissent «les règles grammaticales»
de base, c'est-à-dire les
normes techniques du produit. La
microhistoire de ce produit fait
apparaître à la fois le flou entre
les frontières nationales et les spécificités
des deux modes de production
nationaux. Ainsi, bien
qu'exploitée pour la première fois
en Allemagne dans les ateliers de
construction mécanique d'Aug-
sburg sous la direction de
Rudolph Diesel, la théorie du
«cycle réversible idéal», sur
laquelle se fondent ses essais pratiques,
a été découverte par un
Français, Sadi Camot. D'ailleurs,
R. Diesel lui-même est né à Paris
en 1859 et a dû quitter la France à
la veille de la guerre franco-allemande.
L'identité nationale de ce
produit est difficile à déterminer.
En revanche, sa longue histoire
montre l'émergence et le maintien
des pratiques d'ingénieurs
différentes. Tandis que cette catégorie
professionnelle a fait en
France preuve de pragmatisme,
c'est-à-dire d'une recherche de
solutions simples et faciles à
vendre, inspirées en partie
d'inventions étrangères, elle pratique
en Allemagne le purisme et
le repliement sur ses propres
règles. Contrairement à la France,
la diffusion de voitures Diesel
sera empêchée en Allemagne par
cette attitude jusqu'au lancement
de la production pour la guerre.
Ce cas particulier montre à titre
d'exemple l'intérêt d'une compa¬
raison internationale entre la
France et l'Allemagne : en prenant
comme point d'entrée de la
comparaison un produit spécifique,
les auteurs parviennent à
mettre en évidence les particularités
des deux «mondes de production
», qui sont liées au poids
respectif et au mode d'intégration
du groupe social des ingénieurs
dans les deux sociétés. Ces
différences «sociétales» aboutissent
à une forme de division du
travail autour du même produit
entre les deux pays. Cet exemple
manifeste d'une manière particulièrement
claire l'extrême proximité
entre France et Allemagne,
y compris au niveau des trajectoires
individuelles, malgré la
persistance de pratiques nationales
spécifiques (de production,
de division du travail, de mode
d'intégration des groupes
sociaux, etc.), rendues visibles
par la comparaison. Finalement,
c'est cette contiguïté sociale et
historique même qui permet
d'éclaircir les spécificités nationales
des deux pays, qui se reflètent
et parfois se complètent.
Isabel Georges
â– Vincent Dubois et Delphine
Dulong
La question technocratique. De
l'invention d'une figure aux
transformations de l'action
publique, Strasbourg, Presses
universitaires de Strasbourg,
coll. «Sociologie politique européenne»,
1999,253 p.
Remettre la question technocratique
sur l'agenda scientifique,
tel est l'objectif de cet ouvrage
collectif dirigé par Vincent
Dubois et Delphine Dulong.
Catégorie habituelle de l'entendement
politique mais aussi
catégorie floue et disqualifiante,
la notion de technocrate a été
rejetée par les sciences sociales.
Pour en faire un objet de
recherche légitime, deux niveaux
d'analyse ont été privilégiés dans
cet ouvrage : celui des usages
sociaux et politiques d'un label
le plus souvent apposé comme
stigmate, et celui des transformations
des pratiques politiques
et de la morphologie des groupes
dirigeants dans lesquels ces
usages sont inscrits. Organisé
autour de ces deux axes, La
question technocratique rassemble
treize contributions de
politistes, historiens et sociologues,
issues d'un colloque
organisé à l'Institut d'études
politiques de Strasbourg en
novembre 1997 par le Centre de
recherche politique de la Sor-
bonne (CRPS-Paris I) et le
Groupe de sociologie politique
européenne (CSPE-IEP Strasbourg).
C'est à partir de travaux
portant sur des périodes historiques
différentes (de l'entre-
deux-guerres à aujourd'hui), se
focalisant sur des objets variés
(du mouvement américain de la
Technocracy à la Commission
européenne en passant par
l'administration française), que
l'ouvrage revient sur l'histoire
de la thématique technocratique
et l'élaboration des politiques se
fondant sur la revendication
d'une compétence technique.
Jacques Lagroye, qui introduit la
première partie de l'ouvrage,
souligne qu'«à chaque configuration
historique correspondent
"ses" technocrates» (p. 13) : la
terminologie différenciée (ratio-
nalisateur, organisateur, planificateur,
manager, expert, eurocrate,
etc.) renvoie à différents
groupes de technocrates (ingénieurs,
patrons, intellectuels, économistes,
hommes politiques,
etc.) porteurs de projets divers et
associés à des institutions spécifiques
(les comités d'organisations,
les comités interministériels,
les organismes de la
statistique, la Commission européenne,
etc.). Ainsi, «si tous les
technocrates entendent bien
"rationaliser" l'organisation politique,
économique et sociale, s'ils
prônent la "modernisation" et
vantent l'efficacité de la technique,
s'ils affichent méfiance et
mépris à l'égard des partis, des
passions politiques et des verbo-
crates, ils ne donnent pas à ces
termes et à ces attitudes le même
sens» (p. 14). L'invariant entre
ces figures est plutôt à rechercher
dans une homologie de positions.
La deuxième partie de l'ouvrage,
présenté par Bruno Jobert, porte
sur les lieux, les modalités et les
enjeux de la «technicisation» de
l'action publique. À travers
l'analyse de différents «secteurs»
(la famille, l'emploi,
l'environnement, la culture), de
différents domaines (la Commission
européenne, la politique
municipale) ou encore d'un
moment politique fort (les
ordonnances de 1958), les
auteurs «cernent des processus
qui se fondent sur une forme
spécifique de mobilisation des
savoirs pour assurer le pouvoir
d'une fraction de l'élite dirigeante
sur un domaine particu¬
lier» (p. 131). À travers ces cas,
on perçoit ce qui les différencie
ou les rapproche des bureaucrates
(selon le modèle de Max
Weber) - une proximité à la
production scientifique, la promotion
d'une vision horizontale
et prospective, la connaissance
des langages et coutumes du
domaine concerné - et comment
leur apparition induit et traduit
des transformations de la structure
politique. Alors que certaines
contributions «voient dans
la technicisation un moment singulier
de reconnaissance et
d'incorporation des nouvelles
élites professionnalisées », note
B. Jobert, d'autres «mettent
l'accent sur le processus de traduction,
d'hybridation de savoirs
et de monopolisation de l'information
pertinente» (p. 135).
Si, dans l'économie du livre, on
aurait aimé davantage d'analyses
transversales dans des
introductions plus développées
ou dans une conclusion générale,
il faut souligner la cohérence
d'ensemble de cet
ouvrage composite: chacun des
auteurs, avec son objet propre
et circonscrit, contribue à reposer
la question technocratique et
à lui donner une actualité en
termes de recherche.
Fabienne Pavis
â– Louis Chauvel
Le destin des générations. Structure
sociale et cohortes en
France au XXe siècle, Paris, Puf,
1998,301p.
Ambitieux programme que celui
de Louis Chauvel dans cet
ouvrage: relire l'évolution de la
structure sociale française au
XXe siècle sous l'angle des générations.
En quoi l'appartenance
à une cohorte de naissance donnée
a-t-elle déterminé pour partie
le destin social individuel au
cours de la période? Poser une
telle question nécessite tout
d'abord de clarifier nettement
l'outil «cohorte». L'analyse des
différents groupes sociaux en
fonction de l'année de naissance
de leurs membres ne constitue
pas une innovation. Près de
vingt ans de macrosociologie
quantitative ont nourri de
manière intense la littérature
française en ce domaine, en
indiquant la force des analyses
générationnelles. Le destin des
générations se présente comme
un brillant aboutissement de ce
champ de la recherche, qu'il
prolonge de manière stimulante
grâce à une grande rigueur
conceptuelle. Dans une longue
introduction (28 pages), l'auteur
prend le temps nécessaire à la
clarification des termes et
concepts qu'il utilisera par la
suite. Changement social,
cohorte et génération, strate et
classe font ainsi l'objet de nettes
mises au point. Une annexe
méthodologique offre par
ailleurs une explicitation de
l'analyse des cohortes et de son
évolution.
Interroger la succession des
générations constitue par
ailleurs un programme de
recherche périlleux, en ce sens
qu'une telle analyse risque de
réduire les positions sociales à la
seule année de naissance, d'uniformiser
les expériences sociales
des membres d'une même
cohorte. Pourtant, une «loi du
progrès générationnel» (p. 6)
semble bien exister, même si
celle-ci connaît des exceptions:
être né plus tard que ses aînés
constitue une chance, par le
simple bénéfice des progrès de
la société dans son ensemble, en
matière de soins, d'accès aux
diplômes, etc. Qu'en est-il en
situation de récession économique
? L. Chauvel assume pleinement
le risque énoncé, et la
première partie de son livre
constitue un véritable tour de
force en ce sens que l'auteur utilise
la méthode cohortale pour
affiner et prolonger l'analyse
des catégories sociales. Il
démontre ainsi que la «décade
dorée» (1965-1975) ne peut être
vue comme ayant favorisé une
« moyennisation » de la structure
sociale, pas plus qu'il n'existe un
éventuel «écartèlement de la
classe moyenne» ou une «aspiration
vers le haut» de l'ensemble
des strates. L'évolution
est complexe, et l'auteur met en
évidence un double mouvement
«d'aspiration vers le haut d'une
partie du salariat, et, simultanément,
d'aspiration vers le bas
d'une partie des catégories
populaires» (p. 47). L'extension
du salariat moyen et supérieur
ainsi que l'ascension sociale des
cadres ne constituent spécifiquement
le destin que d'une génération,
celle dont les membres
sont nés au cours des années
1940. L'année 1950 marque une
rupture, à partir de laquelle les
nouvelles cohortes connaissent
une évolution plutôt défavorable
de leur situation en regard
de celle de leurs aînés, de même
que les générations nées avant
guerre ont peu bénéficié de la
croissance des Trente glorieuses.
Ici apparaît toute la
richesse de la variable cohortale
qui, loin de lisser la structure
sociale derrière l'appartenance
générationnelle, permet de
révéler la subtilité des processus
de stratification. La cohorte
constitue ainsi «le grain du
sablier social» (p. 92).
Ces mises au point effectuées,
l'auteur peut s'attacher à analyser
dans les deux autres parties
le véritable objet de l'ouvrage
(dont le titre ne rend par ailleurs
pas compte): comment la «rupture
» économique que constitue
la fin de la période de croissance
a-t-elle modifié la structure
sociale ? Dans la seconde partie,
L. Chauvel recherche ainsi les
causes de la rupture dans le
rythme d'amélioration du destin
des cohortes successives.
L'accroissement du niveau scolaire
et les mouvements de
valorisation/dévalorisation des
titres ne sont tout d'abord pas
linéaires, de même que la
répartition du capital scolaire
crée rapidement une hiérarchie
dans l'accession aux différentes
positions sociales des membres
d'une même cohorte. L'inégalité
des chances d'accès à l'éducation
et aux diplômes marque durablement
les destins individuels,
puisqu'elle se concrétise par une
entrée sur le marché du travail
dans une conjoncture donnée.
Que cette dernière soit positive
ou négative, elle induit un type
d'évolution probable de la carrière
professionnelle de chacun.
Cette «temporalité cohortale
du système de stratification
sociale» (p. 147) impose, selon
l'auteur, une analyse critique
des politiques d'éducation et de
recrutements. Leurs manques en
visées de long terme ne font en
effet que renforcer les inégalités
cohortales.
Dans une troisième et dernière
partie, L. Chauvel élargit l'analyse
des catégories sociales, afin
d'appréhender les conséquences
de la rupture économique en
termes de niveaux et de genre
de vie, de mortalité et de mobilité
sociale. Le constat est amer:
le «bond en avant» des générations
nées dans les années 1940
fut exceptionnel, et ne se reproduira
vraisemblablement plus.
Pour les cohortes qui entrent
aujourd'hui sur le marché du
travail, les déclassements
sociaux se généralisent, allant de
pair avec une stagnation du pouvoir
d'achat et de l'accès aux loisirs,
et une élévation du taux de
suicide. «Le mythe de l'éléva¬
tion perpétuelle pour tous aura
vécu» (p. 231): il fut celui d'une
génération. Toutefois, sa pré-
gnance sur l'imaginaire collectif
tend à masquer les nouvelles
formes de conscience sociale
propres aux générations
confrontées à la crise (on peut,
sur ce point et sur d'autres,
consulter fort utilement le
récent ouvrage de Christian
Baudelot et Roger Establet,
Avoir 30 ans en 1968 et en 1998).
On pourra regretter une tendance
de l'auteur, légère mais
récurrente, à généraliser les
expériences sociales des
membres d'une génération donnée
à partir de quelques phénomènes
ou événements. De
même, le recours régulier au
revenu tend à ériger cet indice
de niveau de vie en indicateur
par trop systématique de la
« valeur sociale » des différents
groupes sociaux. Ces défauts
n'amoindrissent pas pour autant
l'ampleur du travail effectué, et
la vigueur des analyses de
l'auteur qui s'inscrivent pleinement
dans l'actualité intellectuelle
et politique. L'ouvrage de
L. Chauvel peut être in fine
perçu comme une invite à l'analyse
des solidarités intergéné-
rationnelles. Si la méthode
cohortale insiste sur le «cloisonnement
entre les générations »
(p. 200), et si l'un des apports
magistraux de l'ouvrage est de
mettre en lumière l'unicité de
l'expérience collective rencontrée
par chaque cohorte, reste
alors à la sociologie à comprendre
comment les solidarités
s'établissent entre cohortes, et à
la société dans son entier à se
montrer apte à penser l'avenir
de ses enfants.
Nicolas Renahy