La rencontre coloniale, une affaire de mœurs ?
L’aristocratie de Java face au pouvoir hollandais à la fin du xixe siècle
Romain Bertrand
Durant la « rencontre coloniale », les élites sociales indigènes sont engagées dans un double dialogue : avec le colonisateur, certes, mais aussi et surtout avec leur propre société. En retraçant la trajectoire historique de la noblesse de robe de Java, c’est-à-dire de ceux que l’on appelait les priyayi, on s’aperçoit que ce groupe social se définissait avant tout par les relations imaginaires qu’il entretenait avec l’aristocratie de sang, les marchands et la petite paysannerie. Au fil du xixe siècle, à mesure que s’édifie l’État colonial néerlandais en Insulinde, les priyayi élaborent une version idéale de leur mode de vie, qui fait de « Java » un lieu politique inaccessible aux armées et aux savoirs du colonisateur.
During the “ colonial encounter ”, the indigenous social elite was involved in a twofold dialogue: with the colonisers, of course, but also, and especially, with their own society. When we go back over the historical path of the Javanese noblesse de robe, i.e. those who were known as the priyayi, it becomes apparent that this social group was defined first and foremost by its imaginary relationships with those belonging to aristocratic bloodlines, merchants and small peasantry. As the 19th century wore on and the Dutch colonial government was built up in Insulinde, the priyayi developed an idealised version of their way of life, making Java a political place impenetrable to the armies and knowledge of the colonisers.
• Le « moment colonial » comme moment dialectique
• La naissance d’une « classe morale » : la noblesse de robe des priyayi
• Vertus aristocratiques et vices bourgeois : l’idéal ascétique des priyayi
• Le « double dialogue » des priyayi, modalité spécifique d’interaction coloniale