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Genèses

2001/2 (no43)

  • Pages : 176
  • ISBN : 2701129146
  • Éditeur : Belin
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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La résistance paysanne à la collectivisation forcée en Roumanie est un phénomène singulièrement méconnu, tant en Occident qu’en Europe Centrale et Orientale. Dans ce pays qui s’est fait connaître par la férocité de sa police politique – la redoutable Securitate – et la traditionnelle passivité de sa société face au joug soviétique et communiste, héritée d’une histoire jalonnée par une succession d’occupations, une farouche opposition paysanne au régime stalinien de la première période s’est pourtant manifestée.

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En effet, de 1945 à 1965, de nombreuses révoltes paysannes éclatèrent, relayées par des maquis parsemés sur tout l’arc carpatique. La présentation de cette résistance dans un travail en cours portant sur la vie quotidienne dans les maquis et livrant une typologie des résistants et des révoltes villageoises, est mise en situation par le témoignage d’anciens acteurs de ces luttes, qui se présentent comme les héros épiques de cette histoire roumaine cachée. Les récits de ces maquisards nourris du mythe extraordinairement vivace des Haïdouks, ces Robin des bois façon roumaine qui se retranchèrent dans les montagnes carpatiques pour faire le pied de nez au régime, nous offrent des scènes d’époque qui illustrent une société beaucoup plus complexe que les stéréotypes généralement appliqués à l’examen de la période considérée. Nous avons écarté l’hypothèse culturaliste se fondant sur une tradition de passivité et de soumission à l’oppression, ou au contraire de « résistantialisme », téléologie, étrangère à notre démarche.

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L’état encore embryonnaire des recherches sur le maquis antistalinien roumain [1]  La rédaction de la revue roumaine Memoria sur le phénomène... [1] nous engage plus que jamais à enrichir les archives écrites par la parole vivante de ceux qui ont participé à cette histoire. Les témoignages des maquisards et des paysans révoltés donnent un aperçu du désarroi dans lequel ils se trouvaient à la suite des changements induits par la collectivisation des terres sous le communisme.

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Les maquis anticommunistes furent particulièrement bien implantés en Bucovine (région montagneuse du Nord de la Roumanie), s’appuyant sur la mémoire d’une activité toute récente de guérilla antisoviétique. En effet, en mars 1944, la première province à être envahie par les troupes soviétiques est la Bucovine. Cette avancée russe, dans la confusion des intérêts contradictoires exprimés (et non exprimés) par le maréchal Antonescu, le roi, les oppositions et l’armée, est ressentie comme une libération par les uns, une occupation par les autres.

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À cette date, la Roumanie, encore alliée au Reich allemand, est envahie par les troupes soviétiques qui se conduisent en occupantes dans cette province roumaine. Les populations villageoises sont maltraitées et, en réponse, des groupes de volontaires se forment et constituent des détachements armés, soutenus par le commandement roumano-allemand de Bucovine. Ces groupes de partisans se cantonnent dans les reliefs forestiers et effectuent des missions d’information concernant les positions ennemies, des actions de destruction des postes soviétiques, de contrôle des voies d’accès, etc. Il semble que quelques opérations de ce type se déroulèrent avec la participation de soldats et officiers allemands, mais les chefs de ces partisans étaient toujours roumains, même s’ils étaient de grades inférieurs. En effet, ces combattants se mobilisèrent avant tout pour bouter l’envahisseur (le Soviétique) hors de leur pays, l’armée allemande ne servant dans leur esprit que de point d’appui pour ce faire. Pour autant que l’on en puisse juger à travers les témoignages de ces partisans, ils agissaient en dehors de toute considération idéologique consciente, aussi serait-il hasardeux de chercher des déterminismes doctrinaires – le nazisme en l’occurrence – à leur engagement. Traqués par le NKVD, ces partisans furent arrêtés, exécutés ou déportés en Sibérie. Les dernières traces d’existence de ces mouvements furent enregistrées le 12 octobre 1944.

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Les maquis organisés contre l’administration communiste instaurée par les soviétiques le 6 mars 1945 trouvèrent ainsi en Bucovine un terrain psychologique et géographique favorable car les populations s’étaient déjà plus ou moins habituées à ces hommes armés qui avaient investi les montagnes où ils trouvaient refuge sous d’épaisses toisons de sapins. Les maquisards, qui agirent dans la clandestinité de juillet 1945 à janvier 1958, étaient pourtant différents des partisans antisoviétiques par leur appartenance sociale, leurs mobiles, leurs actions mais surtout leur statut, puisque les premiers s’assimilaient à des soldats combattant aux ordres de leur armée, alors que les seconds étaient des maquisards en situation des plus irrégulières, agissant dans la plus totale clandestinité. Ils n’étaient, semble-t-il, pas davantage que leurs proches prédécesseurs guidés par une sympathie à l’égard du nazisme. La plupart de ceux-ci étaient des paysans pauvres qui ne supportaient plus les conséquences de la collectivisation des terres et les mesures de coercition qui en découlaient. Un rapport – précieux pour les historiens – de la Direction générale de la sécurité du peuple (1951) détaille la composition socioprofessionnelle, politique et les tranches d’âge de huit cent quatre personnes arrêtées dans tout le pays.

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Ce document fait valoir le phénomène d’une résistance véritablement populaire dans sa composition, avec une participation d’environ 50 % de paysans pauvres, et « spontanée » dans sa forme, avec plus de la moitié des troupes non encartées politiquement. Ce sont donc des informations consignées par la Securitate qui tordent le cou à la propagande officielle… Celle-ci n’avait de cesse de stigmatiser les « koulaks », légionnaires et autres ennemis de classe, dans sa lutte contre les maquisards. Il est une autre idée reçue, nourrie par les discours officiels et la plupart des récits des résistants qui convergent sur ce point : toute opposition émanant des rangs du Parti communiste serait catégoriquement exclue… Or, avec 6 % de communistes ayant pris fait et cause pour le maquis, les statistiques présentées nuancent ce propos.

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Les maquisards se regroupaient dans la forêt à partir de leur commune, ce qui explique sans doute leur ténacité, confortée par les solidarités villageoises et familiales. Ceci leur a permis de se maintenir pendant quatorze ans en Bucovine, véritable exploit au regard de l’affront permanent qu’ils lançaient au pouvoir, par leur existence même. Pendant toute cette période, les confrontations avec les représentants de l’ordre constituèrent l’exception. Le quotidien des maquisards n’était pas jalonné de batailles, mais plutôt de préoccupations de survie. Ces individus ont réussi non seulement à se soustraire aux mécanismes de contrôle, mais encore à créer de véritables petites sociétés parallèles ou plutôt divergentes de la société officielle en s’appuyant sur un réseau avec lequel ils maintenaient des liens permanents. Ces complices, parents, voisins, amis, etc., ceux que le pouvoir appelait les « favorizatori », appartenaient aux mêmes communautés villageoises, et sans eux, les maquisards de Bucovine n’auraient jamais pu survivre.

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Face aux spoliations, confiscations et brimades, les résistants cherchèrent un discours à leur portée. Ils trouvent dans les expressions du nationalisme « qu’elles relèvent de la philosophie libérale ou des traditionalismes versés dans le populisme fascisant » [2]  Catherine Durandin, « Européanisme et autochtonisme... [2] , des réponses confuses mais simples à utiliser contre l’ennemi qui est davantage identifié comme l’étranger (le Soviétique) que le communiste. Les plaidoyers antisémites, la haine du cosmopolitisme, l’anticommunisme, le mythe des frontières naturelles et de l’âme roumaine, l’accusation de l’autre (qu’il soit citadin, juif, turc, russe, hongrois, allemand, anglais, américain…), l’apologie du patriotisme comme expression exclusive de la lutte militaire et héroïque des vrais Roumains depuis deux millénaires, l’admiration du chef – personnage autoritaire mais juste, car défenseur des traditions et de la patrie – apparaissent comme des repères fermes, beaucoup plus convaincants qu’un système politique bien défini, mais aux principes abstraits, vagues et peu sûrs. Un autre élément qui a sans doute compté dans la psychologie des maquisards paysans, est ce profond et archaïque antagonisme ville-campagne. Matei Cazacu parle de « cette démarche d’exaltation de la culture paysanne », qui « s’accompagnait plus que jamais d’un rejet de la ville et de la civilisation urbaine considérées comme les grandes ennemies de l’âme roumaine authentique, essentiellement paysanne et rurale. La ville est perçue comme un réceptacle pour tous les étrangers, surtout les Juifs « apatrides » (heimatlos), considérés comme la classe bourgeoise par excellence, chargée de tous les pêchés imaginables et rétive à l’assimilation » [3]  Matei Cazacu, « La conscience identitaire des Roumains :... [3] . Le mythe de Vlad Tepes, qui inspira la dénomination de plusieurs groupes de maquisards, figure en bonne position. Cette figure terrible, faisant couler le sang au nom de l’intérêt supérieur de la nation (ordre intérieur et défense des frontières), fascina nombre de résistants qui, à mesure que le présent était plus menaçant et l’avenir plus incertain, ressentaient toujours plus le besoin de se référer au passé, comme à un paradis perdu, tandis que la nation unie constituait un objectif ultime. Ce fonds de valeurs et d’aspirations, de jugements et d’illusions, constitua le modèle que ces hommes purent invoquer ou « inventer ».

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Un entretien avec un ancien résistant, Gavril Vatamaniuc, réalisé et traduit par nos soins en 1995 à Sighetu Marmatiei (Roumanie), illustre de manière colorée l’état d’esprit des maquisards. G. Vatamaniuc nous a livré pendant plus de quatre heures son témoignage et ses impressions ; son récit fleuve fut prononcé en présence d’anciens partisans. La plupart de ses affirmations recoupent celles d’autres témoignages, notamment ceux qui ont été publiés dans Arhivele Totalitarismului de l’Institutului National pentru Studii Totalitarismului. Parmi les dizaines de récits recueillis, celui-ci est sans doute le plus riche. Son auteur, né en 1925 à Sucevita au pied des Carpates dans une famille nombreuse de petits paysans (trois sœurs, six frères, dont un prit également le maquis), s’engage en 1942 à l’âge de dix-sept ans dans l’armée roumaine. Il se retrouve ainsi dans la tourmente de la guerre, combattant l’armée soviétique sur le front de Russie en Crimée. Il suit l’école d’infanterie en 1944, lutte en Tchécoslovaquie en 1945 et devient sergent-major de gendarmerie en 1946. Démobilisé en 1948 et poursuivi par le nouveau pouvoir roumain pour son attitude anti-soviétique, il prend le maquis dans les Carpates de Bucovine en 1949, à l’âge de vingt-quatre ans. Il reste dans les montagnes, seul ou à la tête de différents groupes de partisans jusqu’à son arrestation en 1955. Il est alors condamné aux travaux forcés à perpétuité avec confiscation totale de ses biens pour « crime de terrorisme ». Libéré en 1964, il n’a accès qu’à des emplois non qualifiés et sous payés, la Securitate continue à le harceler. Il doit prendre sa retraite en 1981 à l’âge de cinquante-six ans pour invalidité grave.

Éléments de bibliographie

• Inceputurile miscarii de rezistenta in Romania (11 aprilie 1945-31 mai 1946), Bucuresti, Ed. ingrijita de Radu Ciuceanu, Octavian Roske, Cristian Troncota, 1948.

• Rezistenta armata din Bucovina. 1944-1946, Bucuresti, Ed. ingrijita de Adrian Brisca et R. Ciuceanu, 1948.

• Philippe Rostaing, « La résistance de la société roumaine au totalitarisme communiste 1945-1989 », Arhivele Totalitarismului, anul II, n° 1-2, 1994, pp. 31-43.

• Ph. Rostaing, « Totalitarisme marxiste et résistance en Roumanie (1945-1989) », mémoire de DEA, université Paul Valery-Montpellier III, 1994.

• Olimpia Cotan et Tascu Beca, Rezistenta, Constanta, Editura Fundatiei Andrei Saguna, 1995 ; Stefan Bellu, Padurea razvratita. Marturii ale rezistentei anticomuniste, Baia-Mare, Editura Gutinul, 1993.

• Eugen Sahan, « Aspecte din rezistenta romaneasca impotriva sovietizarii in perioada martie 1944-1962 », Analele Sighet, Instaurarea comunismului intre rezistenta si represiune, Bucuresti, Academia Civica, 1995, pp. 213-294.

• Marius Lupu, Cornel Nicoara, Gheorghe Onisoru, Cu unanimitate de voturi. Sentinte politice adunate si comentate, Bucuresti, Fundatia Academica Civica, 1997.

• Dorin Dobrincu, Inceputurile rezistentei armate anticomuniste in Romania, Anuarul Institutului de Istorie « A. D. Xenopol », t. XXXIV, Iasi, Editura Academiei Romane, 1997.

• D. Dobrincu, Rezistenta armata anticomunista la inceputul « Republicii Populare », in Anul 1948, institutionalizarea comunismului, Fundatia Academia Civica, 1998, pp. 210-237.

Garda Tineratului Roman (Brasov, 1958). Istoria unei organisatii anticomuniste, Brasov, Ed. ingrijita de Marius Oprea si Horia Salco, 1998.

• Paula Ivan, « Aspects du mouvement de résistance anticommuniste à Cluj et à Alba, 1947-1952 », Transylvanian Review, vol. 4, n° 4, 1995, pp. 13-18.

Extraits d’entretien avec Gavril Vatamaniuc du 11 juin 1995 (réalisé et traduit par Georges Diener)

Georges Diener. – Quelles étaient vos activités juste avant de prendre le maquis ?

Vatamaniuc Gavril. – Je m’appelle Vatamaniuc Gavril, né dans la commune de Sucevita, département de Radauti, Suceava. Je suis le dixième enfant de mes parents qui ont eu sept garçons et trois filles. Tous ces enfants ont vécu et ont servi la Roumanie. Après avoir fini mes études à l’école communale à l’âge de quatorze ans, je suis resté chez mes parents jusqu’à dix-sept ans, puis je me suis engagé dans l’armée. J’avais déjà deux frères sous-officiers dans l’armée. J’ai donc été incorporé volontairement dans l’armée en 1942. En 1943, je suis parti volontairement sur le front de Russie, en Crimée, où je suis resté six mois. J’ai été décoré de la médaille « Barbatie si Credinta » (Courage et Dévouement). Lorsque je suis revenu, je me suis inscrit dans une école de sous-officiers d’infanterie. Je voulais partir lutter en Bucovine dans l’infanterie, comme officier bien formé, bien instruit.

J’ai terminé cette école militaire au moment de l’accomplissement de l’acte du 23 août [1] . Nous avons été emmenés en Tchécoslovaquie. Je suis revenu du front de Tchécoslovaquie en 1946 et je suis entré dans une école de sous-officiers de la gendarmerie où j’ai suivi une formation d’agent de police : code pénal, procédure pénale, etc. Quand, au terme d’un an, j’ai terminé cette école, je suis parti dans le port de Constanta parce qu’à cette époque-là, en 1947, il y avait des bateaux américains qui arrivaient avec des aides.

La Roumanie a connu une grande famine pendant deux ans, après la guerre ; la Moldavie a connu elle-même une grande sécheresse. La situation des gens était extrêmement grave ; en Moldavie, on mourait de faim. Deux bateaux américains, le Panama et le Victoria, nous ont apporté du maïs, et le Munich Victoria des aliments, des rations alimentaires « menu 3 » et « menu 4 ». J’ai personnellement convoyé à Buzau, à Bucarest et dans d’autres villes, les wagons qui transportaient le maïs et les aliments. J’ai également accompagné des wagons de maïs dans la commune de Silodul de la Megidia, département de Constanta.

À ma stupéfaction j’ai vu les ouvriers du syndicat des CFR (Chemins de fer roumain) décharger cinq à dix tonnes de maïs puis l’arroser. Ceci m’a également été rapporté par l’un de mes amis, le sergent Lacatusu Vasile de Piatra Neamt. Il a vu la même chose. Pourquoi les communistes ont-ils fait ça ? Parce que toute la Moldavie criait : « Amérique, Amérique, tu nous sauves de la mort ! ». Dans le port de Constanta sont venus plus de dix mille hommes et ils ont franchi les cordons des garde-frontières, de la police et de la gendarmerie. Ils les ont rompus et sont arrivés jusque devant les bateaux américains. Ils avaient des drapeaux tricolores et criaient : « Nous voulons du maïs ! », « Vive l’Amérique ! ». J’ai exercé mes fonctions à Constanta et dans différents lieux en Moldavie, parmi lesquels le bataillon de gendarmes de Tîrgu Ocna. Là je suis entré pour la première fois en contact avec les instructeurs et officiers politiques, responsables de l’éducation politique et de la propagande qui nous instruisaient conformément aux directives reçues de Moscou. L’armée roumaine utilisait déjà les méthodes soviétiques de la prétendue « instruction » qui n’était autre que de la propagande et du mensonge. Quand on nous a dit en 1948 que l’Union soviétique nous avait sauvé de la famine en 1946-1947, j’ai senti mon cœur s’arrêter, tellement j’étais en colère. Je me suis levé pour dire que je n’avais vu aucun bateau soviétique dans le port de Constanta, mais des bateaux américains du nom de Panama, Victoria, Munich Victoria, qui nous avaient apporté des aliments et du maïs. J’ai ajouté qu’un seul bateau soviétique, le Slava, avait apporté du coton.

Vatamaniuc Gavril. – L’instructeur politique a dit : « Oui, c’est vrai, j’ai oublié de dire qu’ils nous ont aidés aussi avec du coton parce que tous nos vêtements ont été pris par les Allemands. » Je lui ai répondu : « Arrêtez, mon Capitaine, ce n’est pas vrai. Les Russes apportaient du coton et récupéraient le tissu. Ils faisaient faire les tissus dans nos usines où les ouvrières roumaines se rendaient malades à l’ouvrage, et le tissu était récupéré par les Soviétiques. » Dans la même période, on discutait souvent du problème du « bourreau » Tito, comme il était nommé. Un jour, j’ai pris la parole et j’ai dit : « Tito est un héros. C’est comme lui que nous devons procéder. Il n’a permis à personne de mettre le pied dans son pays, ni aux Allemands, ni aux Russes. » J’étais en profonde contradiction avec l’officier politique…

Puis, ils ont appris mon origine sociale, et le fait que j’avais un frère, Vatamaniuc Ion, qui avait été commandant des partisans en 1944, et un autre frère qui avait lutté à Odessa comme sergent-major dans un régiment de Cernauti, et qui, blessé au crâne, au bras et à la jambe, avait repris le commandement du régiment (l’officier, le sous-officier et une moitié des soldats du régiment étaient morts), et avait attaqué et conquis une ligne soviétique en faisant même des prisonniers. En 1948, moi aussi j’ai été démobilisé de l’armée roumaine, comme élément non conforme. J’ai repris mon travail sur un chantier de Craiova où j’avais un frère. Ma mère écrivit à mon frère que j’étais recherché, que la police avait pris l’une de mes photos. Moi, qui avais été sous-officier de gendarmerie, je me rendais compte que je serai recherché à travers tout le pays. J’ai quitté le domicile de mon frère, et suis parti secrètement chez l’un de mes amis. Je dormais chez lui pour retourner chaque matin sur le chantier. Quand la police est venue pour perquisitionner chez mon frère, elle ne m’a pas trouvé. Quand j’ai vu la police si près de moi, j’ai quitté Craiova et suis allé dans ma commune natale, chez ma mère, où je suis resté durant deux mois. En 1949, le 25 novembre, je suis parti dans les montagnes. Je suis né le 25 novembre et ce jour-là j’ai voulu être dur avec moi-même pour ne pas succomber à n’importe quel désir de liberté ou d’autre nature, parce que les désirs de jeunesse sont très forts. J’avais vingt-quatre ans et j’ai voulu être dur avec moi-même. Je savais que j’aurai des années et des années de souffrance.

Georges Diener. – Dans quelles montagnes êtes-vous parti ?

Vatamaniuc Gavril. – Je suis parti dans les montagnes « Noptile mari » de Bucovine avec mon frère Ion qui avait échappé à la prison et aux Russes et avec Mereuta Dumitru Constantin. Ce dernier fut tué par balle dans sa maison. Mon frère s’est longtemps caché dans la forêt et est resté vivant jusqu’en 1993. Il est mort à l’âge de quatre-vingt-sept ans, chez lui. Il a été arrêté et condamné à trois reprises, mais il a toujours réussi à rester en vie. Pendant un an je suis resté seul, et au printemps 1950 je suis entré en contact avec un groupe de partisans dirigé par Ghimici de Gura Humorului. Je suis resté avec eux deux mois seulement, parce que je n’aimais pas leur façon d’agir.

Georges Diener. – Quelle était cette façon ?

Vatamaniuc Gavril. – Ils voulaient arrêter les autobus, vérifier tous les documents des passagers, et faire manger à chaque communiste son carnet de membre du Parti. Ils voulaient également prendre tout ce qu’ils possédaient : montre, argent, etc. Je n’ai jamais fait ça. J’ai toujours combattu la théorie de la Securitate selon laquelle nous étions des bandits, des voleurs, des criminels. Je l’ai combattue en adoptant un comportement honorable. J’ai arrêté un jour un officier de la Securitate, un colonel, avec son épouse, sa belle-sœur et sa fille Monica. Je lui ai parlé gentiment et je lui ai expliqué que je ne lui ferai rien en ce jour et en ce lieu, parce que je n’avais pas le droit de le juger. Je lui ai dit qu’il sera jugé par un tribunal légal au moment venu, pour avoir empoisonné l’âme de la jeunesse avec le poison communiste. Je les ai laissés partir. Sa déclaration m’a été montrée plus tard, durant une enquête, par le major Feller, qui était juif. Il m’a montré la déclaration du colonel et m’a dit : « Vatamaniuc, cette déclaration t’a sauvé la vie. » Le colonel indiquait dans sa déclaration qu’il n’avait rien contre moi parce que je m’étais comporté avec lui et les siens de façon humaine. Les Juifs affectionnent le dicton « œil pour œil, dent pour dent ». Si je lui avais fait du mal, j’aurais été sûrement condamné à mort parce que j’étais accusé, comme vous verrez, de plusieurs délits et « crimes ».

Georges Diener. – Le groupe de partisans que vous avez rencontré dans les montagnes était constitué de combien de personnes ?

Vatamaniuc Gavril. – De trois personnes.

Georges Diener. – Est-ce que ces trois personnes étaient membres d’un parti politique ?

Vatamaniuc Gavril. – Non, ils n’étaient membres d’aucun parti. L’un d’entre eux, qui venait de la commune de Sucevita, avait dix-neuf ans. En 1950, quand j’ai quitté le groupe en question, un mécanicien de la commune de Sucevita, Gheorghe Chiras, a été arrêté par la Securitate et emmené au poste de police. La police est également allée chercher son frère, Ion, pour l’arrêter aussi. Il y a des gens qui faisaient de la propagande anticommuniste en disant que dans les montagnes il y avait des partisans, et que si la police essayait de les arrêter, ils les rejoindraient. Tout le monde disait ça. Ceux que l’on forçait à rejoindre les kolkhozes disaient : « Nous ne nous inscrivons pas dans le kolkhoze. Si vous nous y forcez, nous quitterons nos familles et irons dans les montagnes pour rejoindre les Partisans. » C’est avec ces arguments que les gens essayaient de menacer la Securitate. Quand la police est allée chez Ion pour l’arrêter, ce dernier savait déjà que son frère avait été arrêté. Il a fermé la porte à clé et a préparé une hache pour frapper les hommes de la Securitate au cas où ils essayeraient de forcer la porte et d’entrer. Il était également prêt à s’enfuir dans les montagnes où il avait, comme tous les montagnards, des armes cachées. C’étaient des armes militaires que les braconniers utilisaient pour chasser. Donc, le soir venu, les policiers sont venus pour l’arrêter. Ion, lui, avait pris ses affaires et était parti dans les montagnes. Son frère lui aussi a échappé à la police et s’est réfugié dans les montagnes. Par l’intermédiaire de leur frère Nicolae et de mon frère Ion, j’ai pris contact avec eux, et nous voilà tous les trois dans un groupe avec lequel je suis restɠjusqu’en 1955. Durant toute cette période, nous avons agi de la sorte : Gheorghe, étant bon mécanicien, a fabriqué une imprimerie rudimentaire ; je me procurais le papier et l’encre et nous avons commencé à imprimer des manifestes.

Georges Diener. – Où vous procuriez-vous le matériel ?

Vatamaniuc Gavril. – Je me le procurais dans le village, chez des parents à moi. J’avais un beau-frère qui était facteur à la poste. Il a toujours été un très bon informateur pour nous, parce qu’il avait des informations très utiles sur ce qui se passait à la police. Nous avons imprimé des manifestes, et dans la nuit du 5 août, lors d’une grande fête célébrée par la population de Bucovine, le jour saint du monastère de Sucevita, rassemblant des milliers de personnes dans ce monastère, nous aussi sommes apparus. Habillé en moine, j’ai sorti les manifestes et les ai distribués aux gens en leur disant : « Prenez pour la croyance, frères roumains, prenez pour la croyance… ». Comme il faisait nuit, personne ne savait qui j’étais et les gens ont pris tous les tracts, plus de cent exemplaires. Les manifestes avaient deux sortes de titres : « Frères roumains » et « Frères chrétiens ». Les « Frères roumains » incitaient les gens à ne pas s’inscrire dans la coopérative et au Parti, à résister encore un peu parce que les Américains allaient arriver et que les gens échapperaient à la peste rouge. Les manifestes « Frères chrétiens » appelaient les gens à ne pas se détourner de l’Église, à ne pas délaisser leur croyance, parce que les communistes étaient des antéchrists qui voulaient détruire l’Église et la croyance pour convertir les gens au bolchevisme comme ils l’avaient fait en Russie.

Georges Diener. – Votre organisation avait-elle un nom ?

Vatamaniuc Gavril. – Notre organisation s’appelait « Les archers de Stefan cel Mare ».

Georges Diener. – Avez-vous eu des contacts avec le groupe de Bessarabie qui portait aussi ce nom d’« archers de Stefan cel Mare » ?

Vatamaniuc Gavril. – Nous n’avions aucun contact ni aucune liaison avec eux. C’est par hasard que leur organisation avait le même nom que la nôtre. Stefan cel Mare [2] est pour nous un symbole de la Résistance et de la lutte contre l’ennemi, d’où cette coïncidence. J’étais le chef du groupe parce que j’avais été sous-officier dans l’armée roumaine et à ce titre très bien instruit à Fagarasi, où j’avais pris des cours avec des Allemands, à l’école de sous-officiers d’infanterie [3] . J’ai également appris beaucoup de choses à l’école de police et par conséquent, j’étais parfaitement rodé à la lutte des partisans sur tous les plans ; je connaissais des dizaines de méthodes de lutte. Ainsi, durant six ans j’ai rendu la vie dure à trois bataillons de la Securitate commandés par le major… je vais me rappeler son nom. Je n’ai jamais rien eu contre les membres du Parti. Cela m’a donné du fil à retordre, même avec les membres du groupe qui voulaient les fusiller pour les punir. Non, non et non ! Je savais que tous les membres du Parti n’étaient pas coupables. Je savais que parmi les membres du Parti il y avait des gens qui voulaient sauver leur emploi et dont le cœur n’était pas avec eux. Il y avait des gens qui voulaient protéger leurs enfants. Les enfants n’étaient pas admis au lycée si leurs parents n’étaient pas membres du Parti. Comment pouvions-nous punir les membres du Parti ? En plus, ils ne connaissaient pas toutes les personnes qui collaboraient avec moi. Parmi mes informateurs, il y avait des membres du Parti, des hommes connus dans la commune comme le brigadier forestier Zub Aurel que je rencontrais la nuit, clandestinement, pour qu’il me remette de l’argent. Il ne pouvait pas me donner des aliments parce qu’il se méfiait de sa femme. Personne ne savait ce qu’il faisait et il n’a jamais été arrêté par la Securitate parce que je n’ai jamais rien dit.

Il y a donc eu des membres du Parti qui m’informaient, comme Mihailescu Ion. Je l’ai rencontré chez l’un de mes beau-frères, Gheorghe Thus. Une fois, alors que je me cachais chez mon beau-frère pour un ou deux jours, Mihailescu Ion est venu chez lui après le travail comme il le faisait d’habitude. Je suis sorti et je lui ai parlé. Il m’a embrassé en pleurant et m’a dit :

« M. Gavriluta, je veux te demander quelque chose.

– Quoi ?

– Je te prie de nous sauver de ces statues.

– Quelles statues ?

– Vois-tu, quand nous sommes appelés au foyer culturel pour des séances avec les membres du Parti, au lieu de nous présenter quelqu’un de vivant pour parler avec nous, ils mettent d’abord sur la table les bustes de Lénine et de Staline, hauts d’un mètre chacun. Qu’est-ce qu’ils ont à nous mettre ces statues qui ne sont même pas roumaines ? Fais quelque chose pour que l’on échappe à ces statues.

– Je le ferai, frère Ion. »

Et dans la nuit du 23 août 1953, pendant une bourrasque et un temps de chien, sous une pluie torrentielle et froide, je me suis rendu au foyer culturel. Je suis entré, j’ai pris les bustes de Lénine et de Staline que j’ai cassés devant le bâtiment du Conseil populaire. J’ai détruit également le drapeau rouge et je suis revenu dans les montagnes. Le matin, les communistes étaient sens dessus dessous comme le sont les abeilles quand l’ours a détruit leur ruche. Le directeur de l’école, un nommé Tranca, pleurait avec son épouse en disant que le drapeau rouge arrosé avec le sang de la classe ouvrière avait été détruit la nuit par des bandits, et que les camarades Lénine et Staline avaient été brisés par ces mêmes bandits. Deux ans après il y a eu une vérification des membres du Parti, et on a constaté que ces deux-là avaient été des Légionnaires. Ils ont été chassés du Parti et obligés de quitter la commune. J’ai dit alors aux membres de mon organisation : « Regardez, vous voulez qu’on tue des membres du Parti. Regardez ce que ceux-là ont été. Des parvenus sans aucune idéologie, des gens qui ne cherchaient que le gain. » Je ne veux pas me salir les mains avec le sang de telles personnes, sales dans le cœur et dans l’âme. Toute ma vie j’ai aimé l’homme de caractère. Tu peux être membre du Parti, honnête, correct, sans tuer et sans faire de mal à tes semblables. Ceci était impossible, parce que la doctrine communiste en soi était basée sur ce dicton : « qui n’est pas avec nous, est contre nous ».

Georges Diener. – Aviez-vous un programme et un plan d’action ? Aviez-vous l’intention d’entrer en contact avec d’autres groupes ?

Vatamaniuc Gavril. – Durant toute cette période pendant laquelle j’ai agi avec mon groupe, dans la région de Punta, agissait le groupe mené par Cenusa Constantin avec Patruceanu Cozma, Motrescu Vasile et Ghelman Ioan. Ce groupe aussi procédait d’une façon un peu exagérée. Ils ne procédaient pas correctement. Je n’étais pas d’accord avec leur façon d’agir.

Ils étaient depuis plusieurs années dans les montagnes, depuis 1944, et en 1951 il se sont rendus aux autorités. Le premier à se rendre fut Motrescu Vasile, qui a été suivi par Cozma Patruceanu et les autres. La Securitate leur a promis la liberté s’ils se rendaient. Le premier qui s’est rendu – Motrescu Vasile – a été libéré par la Securitate. J’ai ri quand j’ai entendu cela. Je savais que c’était un piège. Je ne croyais à rien de ce que la Securitate affirmait, tout était faux, on ne pouvait pas croire à leurs promesses. C’étaient des traîtres dangereux et je n’avais aucune confiance en leurs paroles.

Quand les autres ont vu que Motrescu avait été libéré, ils se sont rendus eux aussi, parce que la Securitate leur avait promis la liberté. En fait, tous les membres de ce groupe ont été arrêtés. Cenusa a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, Cozma Patruceanu et les autres à douze ans de travaux forcés. Motrescu Vasile également a été pris par la Securitate. Il a protesté en disant : « Vous m’avez promis la liberté. C’est grâce à moi que les autres se sont rendus. Pourquoi m’avez-vous condamné ? C’est ça votre parole ? » Les organes de Securitate lui ont répondu « Non, Vasile, reste tranquille. Il faut que tu fasses une demande de libération ». Il a fait cette demande nominale et a été gracié à la suite d’une décision prise par le Comité central. La Securitate lui a dit alors : « Vasile, tu es libre. Si tu pars chez toi, les gens diront que tu es un traître parce que les autres sont encore en prison. Tes amis ne resteront pas longtemps dans la prison ; au bout d’un an ou de deux ans ils seront eux-mêmes libres (un autre mensonge, parce qu’ils sont restés emprisonnés douze ans, et non deux ans). Tu peux rester avec nous. On te fera lieutenant de la Securitate et tu iras avec notre groupe dans les montagnes de Fagarasi pour capturer les bandits de cette région. » Motrescu a accepté. Il a été emmené à Bucarest où il a été instruit pendant quelque temps. Après, il a été transféré dans les montagnes de Fagarasi et incorporé dans une équipe de la Securitate qui depuis plus d’un an essayait d’infiltrer les groupes de partisans de cette région, en se faisant eux-mêmes passer pour partisans. Motrescu, en bon expert et bon partisan (je l 19;estimais beaucoup parce qu’il était aussi bon que moi, nous nous comprenions d’un regard, nous nous entendions comme deux chiens à la chasse) a réussi à entrer en contact avec les partisans de Fagarasi (je ne vous raconte pas comment, parce que c’est une longue histoire) et n’a pas joué le jeu de la Securitate parce qu’il regrettait que ses camarades soient en prison. Il a trahi les hommes de la Securitate et les a livrés aux partisans en leur disant : « Voilà les traîtres au peuple, voilà la Securitate. » Les partisans de Fagarasi ont tué les trois policiers, et Vasile Motrescu s’est rendu de nouveau à la Securitate en expliquant qu’ils avaient été arrêtés et battus par les partisans, et qu’il avait été libéré pour raconter ce qui s’était passé. Il a laissé toutes ses armes aux partisans, s’est cogné volontairement contre les rochers et est apparu devant les organes de la Securitate en pyjama, plein de bleus et de sang. Les hommes de la Securitate l’ont cru et l’ont envoyé me chercher dans les montagnes de Bucovine. La Securitate pensait que si Vasile Motrescu les avait trahis à Fagarasi et que s’il faisait la même chose en Bucovine, nous l’aurions tué. Il n’avait aucune chance de rester parmi nous, pensaient-ils. Ils ont dit à Motrescu : « Vasile, va chez toi et l’on se rencontrera dans trois jours pour te donner les dernières informations que nous aurons sur Vatamaniuc. » Vasile est resté deux jours chez lui et, avec la Bible, est allé dans la montagne. Il a récupéré son arme qu’il avait cachée, et est à nouveau devenu partisan dans les montagnes. Personne ne lui donnait même du pain, tout le monde le fuyait. Sachant qu’il s’était rendu et avait été condamné, les gens se demandaient comment il avait de nouveau pu apparaître dans les montagnes. C’est ce sur quoi la Securitate misait. Vasile a tout de même trouvé une personne proche de sa famille qui l’a nourri pour quelques temps. Motrescu a rédigé une lettre dans laquelle il disait : « Si vous avez cru que moi, le paysan Vasile Motrescu, serai à côté de vous le jour où vous paierez pour les crimes que vous avez commis, vous vous êtes trompés. Je préfère mourir honnêtement, comme un Haidouc de Bucovine, plutôt que de répondre pour les crimes commis par vous. »

La Securitate, voyant que Motrescu était décidé à rester dans les montagnes, a appelé mon frère et les frères des autres partisans et leur a dit : « Transmettez à vos frères de se rendre. Sinon on va les descendre morts des montagnes, comme l’on a fait avec Savulet et les autres. Motrescu est l’un de nos hommes et vos frères n’ont aucune chance de survivre. » Ce faux bruit lancé par la Securitate a porté ses fruits. Les gens se demandaient pourquoi Motrescu, s’il avait été arrêté et condamné, se trouvait dans les montagnes tandis que les autres étaient en prison. Motrescu nous a rencontrés. Nous l’avons tenu longtemps sans armes et sous surveillance. Pendant toute cette période, je me suis renseigné sur ses faits. Les autres membres du groupe ont voulu le tuer à plusieurs reprises. Chaque fois que je partais quelque part, je demandais à mes hommes de ne pas le tuer durant mon absence. Je leur disais que nous aviserions à mon retour et que s’ils prenaient une décision par eux-mêmes, je les quitterais. Les membres de mon groupe ne risquaient pas de prendre une décision eux-mêmes parce qu’ils ne pouvaient pas vivre sans moi. Je travaillais avec les agents qui nous informaient, j’approvisionnais le groupe.

Georges Diener. – Vous ne faisiez que de la propagande contre le communisme ?

Vatamaniuc Gavril. – Oui, c’est ça. Nous combattions la théorie des communistes, nous incitions les gens à ne pas s’inscrire dans les coopératives et au Parti.

Georges Diener. – Par la théorie ?

Vatamaniuc Gavril. – Par la propagande. Les communistes incitaient jour et nuit les gens à s’inscrire dans le Parti, et nous les incitions à ne pas le faire.

Georges Diener. – Comment faisiez-vous cette propagande ? Par des discussions ?

Vatamaniuc Gavril. – Oui, par des discussions. Nous rassemblions une trentaine de forestiers dans une cabane, et nous leur parlions. C’était quelque chose d’insupportable pour les communistes. Ils ne pouvaient pas admettre que quelqu’un dans la montagne fasse de la propagande contre eux. Tous leurs efforts pour gagner des membres dans leur parti étaient réduits à zéro par nous.

Georges Diener. – Quel était votre but ?

Vatamaniuc Gavril. – Nous disions à ces gens que nous ne resterions pas longtemps à souffrir parce que les Américains viendraient et nous sauveraient. On organisait même des manifestations. Nous clamions : « Vive les partisans avant la venue des Américains ! ».

Georges Diener. – Vous faisiez ces manifestations dans les villages ou dans la forêt ?

Vatamaniuc Gavril. – Dans la forêt, dans la montagne.

Georges Diener. – N’avez-vous jamais pensé organiser une révolte armée contre les communistes ?

Vatamaniuc Gavril. – Plusieurs personnes, surtout celles qui nous abritaient, qui avaient des armes et qui nous donnaient des aliments, voulaient s’enrôler dans notre groupe. Par exemple quand je suis allé une fois chez Bocicu Dumitru, il m’a embrassé en pleurant et m’a dit : « Je t’attends depuis longtemps Gavriluta [diminutif de Gavrila]. J’ai apporté mon arme de la montagne, je l’ai nettoyée, j’ai fait mes bagages et demain je t’accompagne. » J’ai refusé. Je lui ai dit : « Frère Dumitru, tu as pris cette décision parce que tu ne peux pas supporter le communisme qui te vole avec ses impôts et ses quotas. Demain tu le regretteras, parce que toutes ces souffrances seront supportées par ta femme. Tu ne pourras pas t’accommoder de la vie rude de la montagne, et tu voudras te rendre. Reste à la maison parce que nous avons besoin de toi. En cas de guerre entre les Américains et les Russes, en vingt-quatre heures les villages de Bucovine et la ville de Radauti seront occupés par les partisans et libérés des communistes. »

Cela aurait pu se passer sur tout le territoire du pays. Tous les groupes de partisans attendaient le moment opportun parce que nous nous rendions compte que nous ne pouvions pas lutter et vaincre les bataillons de la Securitate. Cela aurait été pure folie.

Georges Diener. – Aviez-vous un idéal philosophique ?

Vatamaniuc Gavril. – Mon esprit n’était hanté que par le fait que le communisme, sans aucun doute, ne pourrait pas exister longtemps au sein de l’Europe. Si le communisme n’était pas remplacé en Russie, il le serait sûrement en Europe. Je savais qu’il n’était pas possible que les pays civilisés de l’Europe tolèrent longtemps ces ennemis de la civilisation, de la chrétienté, ces ennemis de l’Humanité. Je répète, ennemis de l’Humanité, parce qu’ils voulaient conquérir l’Humanité avec leur propagande communiste. Je savais que les forces de l’Occident ne pouvaient pas les tolérer longtemps. Je savais que nous devions maintenir allumée la flamme contre le communisme, parce qu’un jour il y aurait un dénouement et que, le moment venu, les gens seraient avec nous.

Georges Diener. – Quels étaient les plus réceptifs à votre propagande, les ouvriers forestiers, les paysans… ?

Vatamaniuc Gavril. – Absolument tous. C’est vrai qu’il y avait des exceptions parce que certaines personnes faisaient l’objet de chantages. Par exemple, la Securitate arrêtait quelqu’un qui avait chassé un cerf. On lui disait : « Soit tu vas en prison pour le restant de tes jours, soit tu deviens notre agent. » Cette personne acceptait le marché, mais souvent elle faisait double jeu, avec eux et avec nous, mais c’était dangereux. Celui qui volait un sapin dans la forêt était mis devant le même dilemme : prison ou agent de la Securitate. C’était cette forme de chantage.

Georges Diener. – L’Église vous a-t-elle aidé ?

Vatamaniuc Gavril. – Nous n’avons jamais fait appel à l’Église. On n’en a pas eu besoin parce que les dizaines de gens à qui nous faisions appel nous ouvraient leurs portes et nous donnaient des aliments sans aucune réticence. Nous n’en avons pas eu besoin.

Georges Diener. – Comment les gens vous nourrissaient-ils ?

Vatamaniuc Gavril. – Toujours en pleine nuit. Nous allions au village, chez les contacts avec lesquels on avait établi des signes clandestins : le soir nous regardions, de la hauteur de la montagne, la maison de notre collaborateur, et s’il y avait une serviette ou une chemise blanche sur la haie, mise à sécher (c’était le signe), nous y allions. S’il n’y avait pas de chemise ou de serviette, nous n’y allions pas.

Georges Diener. – Comment vous débrouilliez-vous en hiver ?

Vatamaniuc Gavril. – Au mois d’octobre, nous travaillions de jour à faire une cave pour l’hiver, et de nuit, nous allions chercher des aliments. Nous déposions les aliments dans la cave et y restions tout l’hiver.

Georges Diener. – Est-ce que vous faisiez du feu ?

Vatamaniuc Gavril. – Oui, la nuit. Une seule fois, le 18 janvier, quand j’ai été découvert à Batca Corbului et quand trois hommes de la Securitate et un chien ont été tués, nous sommes restés jusqu’au printemps sans nourriture chaude et sans une braise. Jusqu’au printemps, nous sommes restés sans abri dans la montagne, durant un hiver extrêmement rigoureux, et nous n’avions ni feu ni aliments chauds. Les forestiers nous approvisionnaient avec du pain et du lard. Nous avons cru mourir. L’eau gelait dans les bouteilles. Nous devions les tenir contre nous, pour que l’eau ne gèle pas, afin de pouvoir boire un peu d’eau. Quand l’eau gelait, nous mangions de la neige.

Georges Diener. – À cette époque-là, que pensiez-vous des Légionnaires [4]  ? Vous étaient-ils sympathiques ou antipathiques ?

Vatamaniuc Gavril. – Je peux parler de moi et des hommes de mon groupe. Nous ne pouvions admettre ni l’existence du fascisme, ni celle du communisme. Ces extrêmes ne sont pas bons. Il n’y a pas d’extrême, de droite ou de gauche, qui ne commette des abus et ne se transforme en dictature. Par conséquent, le fascisme n’est pas bon, le communisme n’est pas bon. Les Légionnaires étaient des sortes de fascistes. Nous n’avions aucune sympathie pour eux. Moi personnellement, je les méprisais pour avoir tué Iorga, pour avoir assassiné de nombreuses personnalités roumaines. Je vais vous dire toute la vérité. Les légionnaires n’ont pas bien fait en assassinant les Juifs. Mais les Juifs n’ont pas bien agi non plus. Ils ont amené le communisme en Roumanie, c’est par leur intermédiaire que l’aide rouge est arrivée.

Georges Diener. – Que pensez-vous de Patrascanu [5]  ?

Vatamaniuc Gavril. – Patrascanu a été exécuté par les communistes. Nous n’allons pas nous mêler de ça. C’est ça le communisme. Lisez l’histoire du Comité et vous allez voir ce qu’est le communisme : ils se tuent les uns les autres pour qu’il ne reste qu’une seule personne à la direction. Si celle-ci voit que quelqu’un est plus capable qu’elle, elle l’exécute parce qu’elle ne veut pas qu’on lui prenne son fauteuil. La dictature communiste et le communisme sont basés sur des crimes pour terroriser les gens, pour ne pas laisser monter leurs têtes un peu plus haut ou pour ne pas les laisser collaborer avec l’ennemi. Dès qu’une telle personne est découverte, elle est exécutée. C’est une dictature sauvage, et ils se sont tués les uns les autres comme on se tue dans les clans de « Cosa Nostra » de la mafia italienne.

Georges Diener. – N’y a-t-il jamais eu des communistes qui sympathisèrent avec votre mouvement de résistance ?

Vatamaniuc Gavril. – Si, et c’est une preuve de plus en faveur de ma théorie selon laquelle je n’ai pas le droit de juger quelqu’un pour la simple raison qu’il a été communiste. Voilà un exemple. Quand j’ai été libéré de prison, j’ai été invité à la chasse au cerf dans la commune de Sucevita par deux individus qui prétendaient être membres de la société de chasse, mais qui étaient en fait des hommes de la Securitate. Comme j’étais très bien instruit par Dieu et par ma formation, j’ai senti immédiatement (j’ai un don de Dieu qui me permet de tout pressentir, à la vue d’un simple signe) que ce cerf devait s’appeler Gavril. C’était moi le cerf ! J’ai refusé en disant que depuis ma sortie de prison, je n’étais plus capable d’écraser même une fourmi. Alors un cerf ! Ils m’ont dit : « Ce n’est pas vous qui le tuerez, c’est nous. Vous n’aurez qu’à nous montrer le cerf. Demain c’est dimanche, venez avec nous et nous vous payerons comme pour une journée de travail. » Je leur ai répondu : « Vous ne le tuerez pas si je ne vous le montre pas. Je ne viens pas. Je suis désolé. »

Peu de temps après, j’ai été appelé par le chef du poste, Vlajoaga, c’était son nom, qui m’a dit : « M. Vatamaniuc, je veux vous dire quelque chose. Si vous voulez rester en vie, quittez rapidement la commune de Sucevita. » Mais j’avais de l’expérience. Mereuta Dumitru a été tué par balle dans sa maison après être rentré de prison ; Cenusa Constantin a été trouvé pendu à sa sortie de prison ; Silvestru Macoviciuc a été renversé et tué par une voiture en pleine rue ; Marciuc Vasile, de mon groupe, suivait un traitement contre les rhumatismes et est mort après quelques piqûres. Tout cela, ce sont des coïncidences ? C’est sûrement la main de la Securitate. Avais-je besoin d’autres preuves pour refuser d’aller à la chasse ? J’ai pensé aussi à autre chose : le chef du poste avait instruction de faire des rapports quotidiens sur mon comportement et sur mes mouvements. Pour échapper à cette obligation, il voulait m’effrayer pour que je quitte la commune. Quelques jours après j’ai été appelé par un membre du Parti de mon âge, un membre du Parti très connu dans la commune, qui m’a dit : « M. Gavriluta, je veux vous dire quelque chose parce que j’ai confiance en vous et je crois que vous n’allez le dire à personne. » « Iliuta, lui ai-je dit, si vous avez confiance en moi, parlez-moi, si non, ne me dites rien. » « J’ai été à une séance, a-t-il continué, et je n’ai pas aimé ce qu’il s’y est dit. Il serait bon que vous quittiez la commune. » C’est alors que j’ai compris que Vlajoaga avait raison. J’ai fait rapidement mes bagages et je suis parti aux Portes de Fer. Quand on a retrouvé mes traces, je suis parti à Craiova. Quand on m’a retrouvé à Craiova, je suis parti à Bucarest, et c’est là qu’ils m’ont perdu. Je me suis marié à l’âge de quarante-deux ans, et ils m’ont laissé un peu en paix. Jusqu’à la révolution, j’ai été arrêté plus d’une dizaine de fois. J’ai eu des perquisitions à la maison et jamais on ne m’a laissé prendre un emploi, excepté la pelle, le travail non qualifié.

Georges Diener. – Croyez-vous qu’un parti comme le PNT [6] aurait dû organiser un mouvement de résistance à cette époque-là ?

Vatamaniuc Gavril. – Cela n’était pas possible. La dictature de la Securitate en Roumanie a dépassé, par son caractère sauvage, même celle du NKVD. Cela n’a pas été possible. Ce n’était que dans les montagnes, dans l’illégalité, que l’on pouvait parler contre le communisme. Autrement, dès que tu ouvrais la bouche, la Securitate te saisissait.

Georges Diener. – Jusqu’à quand avez-vous existé comme groupe de résistance ?

Vatamaniuc Gavril. – Mon groupe a existé de 1949 à 1955.

Georges Diener. – Pensez-vous que chaque village avait ses Partisans ?

Vatamaniuc Gavril. – Absolument. Chaque village avait de dix à vingt Partisans.

Georges Diener. – Est-ce qu’à l’époque il y avait une espèce de fièvre romantique, est-ce que vous vous considériez comme des héros qui avaient un rôle de sauveur de la nation ?

Vatamaniuc Gavril. – Il y a une question qui se pose : qu’est-ce qui se passait dans mon âme, quand à travers tout le pays on n’entendait à la radio, on ne lisait dans les journaux que la propagande communiste : « celui-là s’est inscrit au Parti, le communisme est puissant et il n’y a pas d’autre voie que celle du Parti ». Qu’est-ce qui se passait dans mon âme ? J’étais au comble du bonheur. Installé sur le pic d’une montagne, je regardais à une centaine de kilomètres à la ronde en me disant : c’est là le communisme, c’est là le cadavre. Je suis propre, invincible, je ne me rends pas. J’étais heureux comme les Daces libres qui, après l’occupation de la Dacie par les Romains, étaient heureux dans les montagnes de ne pas s’être soumis aux conquérants. J’étais heureux de ne pas m’être soumis aux communistes et j’étais prêt à mourir libre dans les montagnes, comme l’aigle qui tombe en plein vol. Lorsque j’eus un groupe à diriger, ma responsabilité devint plus grande. Cette responsabilité se manifestait de la façon suivante : « je ne veux pas perdre ces gens, parce que ce sont des gens innocents ». C’est pourquoi le plus souvent, c’est moi qui allais à l’approvisionnement.

Georges Diener. – Est-ce que votre sort fut celui de tous les autres partisans ?

Vatamaniuc Gavril. – Ce fut un grand malheur pour tout le monde. On a tous été arrêtés, emprisonnés. Les frères Ion et Gheorghe Chiras ont été tués lors d’une attaque à Ursoaia Mare. Je suis resté avec Marciuc Vasile, puis avec Motrescu. Rien n’a compté pour nous davantage que le fait que nos familles ont été arrêtées et condamnées, que nos biens ont été confisqués. Ils ont tout pris.

Georges Diener. – Aviez-vous reçu une aide extérieure ?

Vatamaniuc Gavril. – On n’a jamais reçu d’aide extérieure. La nuit on « volait » le maïs et la polenta dans nos maisons pour les manger dans les montagnes. Aucune aide, ni armes, ni aliments.

Georges Diener. – Il n’y a pas eu d’aide parachutée ?

Vatamaniuc Gavril. – Il y en a eu. Les Américains organisaient cette aide de façon que Moscou sache quand les parachutistes partaient de leurs bases. Ainsi, au lieu d’être attendus par les partisans, ils étaient attendus par la Securitate. Moscou avait ses espions infiltrés qui ont fait en sorte que cette aide ne serve à rien.

Georges Diener. – Pensez-vous aujourd’hui que vous auriez dû agir autrement à cette époque-là ?

Vatamaniuc Gavril. – On n’aurait pas pu faire autrement.

[1]

Cette date marque le renversement de la dictature du maréchal Antonescu (fondée à l’intérieur sur le « nationalisme actif » et à l’extérieur sur une étroite collaboration avec le Reich), l’avènement d’un gouvernement d’Union nationale, la rupture avec l’Allemagne nazie, la fin de la guerre contre les Alliés et l’acceptation de leurs conditions de cessez-le-feu. Les communistes roumains se sont appropriés ce renversement d’alliances qu’ils mettent au crédit de leur lutte.

[2]

Stefan cel Mare (Étienne le Grand), prince de Moldavie (1433-1504), figure de la résistance héroïque contre l’envahisseur. Il combattit avec succès contre les Turcs, les Hongrois et les Polonais.

[3]

École militaire située au centre de la Roumanie et encadrée partiellement par la Wehrmacht. Ayant adhéré au Pacte tripartite (Allemagne, Italie, Japon), la Roumanie accueillait sur son territoire une « mission militaire allemande d’instruction ».

[4]

Les Légionnaires constituèrent un mouvement politique fasciste, d’abord nommé « Garde de fer », puis « Mouvement légionnaire », qui marqua profondément la vie politique roumaine de l’entre-deux-guerres. Leur fascisme emprunta aux modèles italien et allemand : culte du chef, antisémitisme, anticommunisme, antiparlementarisme, etc.

[5]

Lucretiu Patrascanu, ministre communiste de la Justice du premier gouvernement (Sanatescu) issu de la nouvelle donne après le 23 août 1944. Cette personnalité, souvent qualifiée de « communiste national et ouvert », joua un rôle majeur dans l’évolution du rapport des forces politiques, permettant en 1944 par son côté rassurant, le lien entre les forces anti-légionnaires et le Parti communiste contre le maréchal Antonescu et sa dictature.

[6]

Parti national paysan. Ce parti fit rapidement le plein de mécontents de la collectivisation des terres. Son charismatique dirigeant, I. Maniu, devenant un symbole de la résistance nationale, les autorités communistes le condamnèrent en 1947 à la prison à perpétuité. Il mourut en captivité à l’âge de soixante-quatorze ans en 1953.

Notes

[1]

La rédaction de la revue roumaine Memoria sur le phénomène totalitaire indiquait en 1992 que « l’histoire réelle de cette résistance armée n’a pas été écrite et qu’il est temps de commencer à le faire ». La situation est sensiblement la même aujourd’hui. Quelques articles et rares ouvrages évoquent, au mieux abordent ce sujet, et sont parfois écrits par d’anciens résistants qui sont aussi les héros de leurs propres récits (voir bibliographie ci-dessous).

[2]

Catherine Durandin, « Européanisme et autochtonisme en Europe centrale et orientale : de la guerre froide à la guerre chaude », Xenopoliana, vol. 5, n° 1-4, 1997, p. 79.

[3]

Matei Cazacu, « La conscience identitaire des Roumains : mémoire historique et stratégies politiques », Historiens et Géographes, n° 366, 1999, p. 285.

Résumé

Français

La mémoire longtemps enfouie de la résistance à l’installation du communisme en Roumanie est ici revisitée. Cette étude, qui passe du témoignage vivant recueilli auprès d’un acteur de cette histoire et la réflexion en distance, donne la mesure de la complexité du sujet. Les maquisards ont, par leur opposition à la collectivisation des terres de 1945 à 1965, jalonné l’histoire du stalinisme roumain d’une série de secousses patriotiques.

English

Peasant Resistance and the Maquis in Romania from 1945 to 1965.This article returns to the long-buried memory of Romanian resistance to the establishment of Communism. The study, which moves from the first-hand account of an actor in the story to adopting a reflective distance on the topic, gives an idea of the complexity of the subject. Through their opposition to land collectivisation from 1945 to 1965, the members of the maquis punctuated Romanian history with successive patriotic upheavals.

Pour citer cet article

Diener Georges, « Résistance paysanne et maquis en Roumanie de 1945 à 1965 », Genèses 2/ 2001 (no43), p. 145-158
URL : www.cairn.info/revue-geneses-2001-2-page-145.htm.

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