2002
Genèses
Dossier
Apprendre à dire l’espace
L’invention du triangle
polynésien dans les récits de circumnavigation (1817-1845)
Hélène Blais
Cet article s’interroge sur la connaissance de l’océan Pacifique
par les officiers de marine en mission et ses liens avec la colonisation
française des îles polynésiennes (entre 1815 et 1845). Les tentatives de
délimitation et la recherche de caractères propres à cet immense ensemble
insulaire fondent les bases d’une représentation territoriale légitimée par une
pratique du terrain et une observation méthodique. Cependant, on constate des
décalages conséquents entre la géographie des voyageurs et celle qui est
diffusée au moment de la prise de possession des îles, décalages qui mettent au
jour une certaine indépendance du discours géographique par rapport au discours
colonial.
This article questions the knowledge naval officers on assignment
had of the Pacific Ocean and its link to the French colonisation of the
Polynesian Islands (between 1815 and 1845). The attempts to delimit this
immense group of islands and to determine its particular characteristics laid
the foundations for a territorial representation that was legitimised by
practice in the field and methodical observation. However, sizeable gaps can be
observed between the geography of the travellers and the one disseminated when
France took possession of the islands, which bring to light a certain degree of
independence in geographical discourse in relation to colonial
discourse.
Grand Océan, Mer(s) du Sud, Océanie, Polynésie, mer Pacifique :
les termes se rencontrent, se chevauchent, se recouvrent ou ne se recouvrent
pas. Les manières de dire avertissent sur les glissements de sens. « Mer du sud
» est déjà un peu vieilli au début du
xixe siècle, et n’est utilisé que dans les
récits de voyage les plus littéraires
[1]. « Grand Océan », le plus communément employé, semble
recueillir l’unanimité, à quelques exceptions près. Pour certains, le terme
n’est pas neutre, et même porteur d’erreurs, « parce que, nous ne craignons pas
de l’avancer, nulle partie de l’océan n’est au contraire plus
restreinte que cet espace semé
d’écueils, de peu de profondeur, et d’une navigation dangereuse »
[2]. La discussion est infinie,
et chacun peut y apporter de nouveaux arguments. La multiplicité des
expressions, aussi vagues soient-elles, dit malgré tout la volonté de saisir un
espace dans son ensemble, et ceci avec la crainte, présente à l’esprit des
voyageurs, de le dénaturer par un terme inexact. Cette multiplicité peut aussi
être interprétée comme l’écho d’un espace aux contours flous, sans définition.
Dans la représentation de l’océan Pacifique qu’expriment les voyageurs, il est
difficile de mettre en avant une vision unifiée d’un espace cohérent ou
continu. Il est impossible de désigner d’emblée une région ou un
territoire
[3]. Ainsi
l’océan est une étendue, un espace dont la continuité pose question.
Dans la première moitié du
xixe siècle sont organisées par la marine
française une dizaine de campagnes maritimes autour du monde
[4]. La multiplicité des domaines
scientifiques abordés par les voyageurs au cours de leur voyage s’inscrit dans
la tradition universaliste du Siècle des lumières. En même temps, chaque
expérience de voyage est ancrée dans le local, le particulier. Si l’objet de la
science est alors de passer du particulier à l’universel, si les instructions
le disent et si les voyageurs y croient, il n’en reste pas moins que le terrain
du voyage est reconnu comme le seul moyen de bâtir une connaissance
positive
[5]. L’empirisme
qu’impose la pratique du voyage s’accorde ainsi relativement bien avec les
consignes des savants, et l’espace géographique parcouru dans le temps du
voyage constitue ainsi un artéfact, une condition de la pratique de la science.
La question est alors de comprendre comment cet espace devient simultanément un
objet d’étude, comment il est reconnu, distingué, identifié, et à quelle
échelle il est considéré. Par leur pratique de la science, les voyageurs
construisent une image de l’océan Pacifique. C’est celle-ci, représentation et
savoir, que l’on voudrait interroger.
Les voyageurs du
xviiie siècle ont dépeint avec enthousiasme
un océan de découverte, où l’île devenait le réceptacle de toutes les utopies
des Lumières. La Nouvelle-Cythère, île de Tahiti nommée par Louis-Antoine de
Bougainville, symbolise (et schématise) cette approche des îles du Pacifique.
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, les tours du monde de la
marine française ne se font plus dans les mêmes conditions. Sur des navires
assez semblables, avec des instruments de mesure similaires, les officiers de
marine français, qui voyagent désormais sans embarquer de savants civils
[6], abordent le Pacifique dans
un contexte différent, où la rivalité avec l’Angleterre et le souci de
retrouver le prestige d’une marine défaite pendant les guerres napoléoniennes
jouent un rôle de premier plan. Les missions sont dites scientifiques, mais la
science n’exclut en rien la prospection coloniale. La géographie est au centre
des interactions qui s’exercent entre ces deux objectifs. Le savoir
géographique qu’élaborent les voyageurs est lié, dans une certaine mesure
seulement, à ces impératifs. La question se pose, notamment, si l’on compare la
géographie des voyageurs à l’image des toutes nouvelles colonies de Tahiti et
des Marquises, telle qu’elle se forme en 1842.
Dans cet article, nous voudrions montrer comment s’élabore une
connaissance du Pacifique comme région, entre le moment des derniers grands
tours du monde à la voile (1817-1840) et celui des premières prises de
possession française en Océanie (1842). Les travaux de ces circumnavigateurs
contribuent-ils à élaborer un savoir particulier sur l’océan Pacifique ?
Permettent-ils aux contemporains, voyageurs, savants et gens du monde, de
connaître l’océan Pacifique comme un espace qui serait doté de caractéristiques
précises, qui pourrait être défini, nommé précisément et délimité ? En quoi ce
savoir et les représentations du Pacifique que l’on diffuse au moment de la
colonisation, en 1842, sont-ils liés ? C’est en analysant la manière dont se
met en forme le discours sur l’espace de l’océan Pacifique que l’on peut mettre
en lumière les modalités de l’élaboration d’un savoir géographique sur le
Pacifique.
La réflexion autour des limites de l’Océan, la recherche
analogique de caractéristiques et les tentatives pour donner consistance et
unité à un espace d’abord vécu sont trois directions qui seront explorées ici
dans la mesure où elles sont liées à l’invention d’un ensemble territorial.
Elles apparaissent dans les récits de voyage, et trouvent un certain écho dans
le discours politique propre au moment de la colonisation, discours dans lequel
l’image retenue du Pacifique renvoie à la flexibilité du savoir élaboré sur un
espace en construction.
Tentatives d’encerclements
L’espace de l’océan Pacifique défie par son immensité la
conception traditionnelle des espaces maritimes, considérés sur le modèle de la
Méditerranée, comme des mers fermées, ou du moins aisées à cerner. L’océan
Atlantique relie deux continents. C’est moins clair pour le Pacifique, dont on
peut discuter indéfiniment des limites orientales, sans parler de son extrémité
méridionale. La tentative pour en définir les limites est pourtant un exercice
récurrent dans le discours des voyageurs. Le géographe Conrad Malte-Brun en a
établi un contour en 1813
[7], dont le tracé évolue d’ailleurs légèrement d’une
édition de la
Géographie Universelle à
l’autre. Les voyageurs s’y réfèrent, sans s’attarder trop longuement sur la
discussion. Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville s’appuie explicitement sur
C. Malte-Brun, et sur la rectification apportée par André Brué à la deuxième
édition de la
Géographie Universelle,
pour définir ce dont il parle dans une « Notice sur les îles du Grand Océan » :
« Nous désignerons par
Océanie
l’ensemble des îles grandes ou petites, éparses à la surface du
Grand Océan, nommé par différents
navigateurs
Océan Pacifique
[8]. » Océanie, Grand Océan,
Océan Pacifique : les deux derniers termes désignent l’espace maritime, le
premier renvoie à un contenant, à ce que l’espace contient de terres.
Cependant, dans sa définition globale, et sans entrer dans les détails
d’échelles, l’espace de l’océan Pacifique reste assez simple à
présenter.
Certaines mises au point sont pourtant nécessaires pour
qualifier l’objet décrit. René-Primevère Lesson, le pharmacien de l’expédition
de Louis-Isidore Duperrey, dans le volume de zoologie du voyage de la
Coquille, commence par une
présentation du Grand Océan, pour lequel il précise d’emblée :
« Adoptant la manière de voir de plusieurs géographes
modernes, nous appelons Océanie les îles innombrables qui sont éparses dans le
grand Océan, et Polynésie toutes les îles qui forment ce qu’on appelle les
archipels d’Asie […]. Quelques autres écrivains, au contraire, ont transposé
ces noms. Il suffit qu’on soit averti pour comprendre ce que nous appelons
Océanie et Polynésie [9].
»
C’est là une distance prise avec la géographie du président
Charles de Brosses qui, le premier, a désigné par Polynésie les îles que R.-P.
Lesson englobe au contraire dans l’Océanie. C. Malte-Brun a préféré des
divisions plus « savantes », selon ses propres termes, évoquant une partie
occidentale et une partie orientale, alors que le terme d’Océanie désigne
l’ensemble de l’espace de l’océan Pacifique. Ce qui est notable ici, c’est la
désinvolture affichée avec laquelle R.-P. Lesson éloigne le problème en le
réduisant à un simple accord normatif (« il suffit qu’on soit averti… »). Dans
cet espace, il faut adopter des conventions ; mais elles ne sont apparemment
fondées sur aucun présupposé idéologique. Les choses sont telles qu’on décide
de les nommer.
De fait, la limite méridionale reste le problème principal de
la délimitation de l’ensemble océanien. Au sud, les limites de l’océan
Pacifique sont souvent exprimées de façon plus sensitive que topographique. Les
navigateurs expriment une limite ressentie, symbole de rudesse, de froid et de
désert humain, mais qui ne se traduit pas par une ligne précise. Décrivant le
Grand Océan, Cyrille-Pierre-Théodore Laplace note : « Au sud de nous se
déployait l’immense mer australe, avec ses terres douteuses […]
[10]. » Le problème de la zone
antarctique ne peut être appréhendé que difficilement avant les explorations
polaires lancées par J.-S.-C. Dumont d’Urville à la fin des années 1830. R.-P.
Lesson donne ainsi pour borne « la zone glaciale australe », ce qui reste assez
flou, à l’image de la plupart des textes qui négligent d’ailleurs d’en parler.
J.-S.-C. Dumont d’Urville, l’un des premiers, dès 1832, ose trancher en
définissant une limite méridionale, qu’il trace en s’appuyant sur une ligne
géométrique, celle du 50
e
parallèle sud. Un nouveau sillage est tracé. En 1837, la
Géographie Universelle qui avait
négligé le sujet dans les éditions précédentes, établit une limite au sud, le
long du 55
e
parallèle.
Cette question de la limite sud de l’Océan conduit les
voyageurs à s’interroger sur le sens même de cette délimitation. L’Océan, par
son immensité, par sa matière (beaucoup plus d’eau que de terre, ce qui, même
pour des marins, déconcerte) et par son absence de bornes, pousse à
s’interroger sur le mode même de la description géographique. Ainsi, J.-S.-C.
Dumont d’Urville témoigne d’une certaine modernité dans le regard qu’il porte
sur sa propre délimitation. Alors que les descriptions des bornes sont faites
la plupart du temps au fil de la plume, comme un tracé au crayon qui ne serait
que l’évidence même, l’officier note à propos des limites nord, est et sud de
l’Océan : « Ces trois limites sont purement
systématiques, attendu qu’on ne trouve plus d’habitants dans toute
cette surface, au-delà du 23e
degré de longitude ouest, enfin du 47e degré de latitude sud. » Systématique
s’entend ici dans le sens d’artificiel, de gratuit aussi. Les limites, aux yeux
de J.-S.-C. Dumont d’Urville, font sens pour et par les répartitions humaines.
Quand il n’y a pas d’êtres humains, les tracés deviennent très arbitraires.
C’est une conception des frontières qui s’exprime là, de frontières comprises
traditionnellement comme limites entre des groupes humains aux caractéristiques
différentes. On peut comprendre alors la difficulté qu’éprouvent les
contemporains à leur donner un sens dans des espaces désertiques. Les limites
du Pacifique sont finalement peu importantes, dès lors qu’on se trouve dans des
zones inhabitées. Cependant, la nécessité d’en proposer indique la volonté de
cerner un ensemble.
Délimitations internes
Cette vision d’ensemble de l’océan Pacifique entraîne, chez
certains voyageurs, une volonté de penser l’ensemble comme un espace organisé,
voire hiérarchisé. Aux problèmes de délimitations générales s’ajoutent donc
ceux de délimitations internes, ou de différenciations à l’intérieur même de
l’espace considéré. Les naturalistes Adophe Lesson et Garnot
[11] établissent dans le Grand
Océan des divisions entre îles basses et îles hautes, qui correspondent à une
volonté de classer les formes de manière rigoureuse. Le terme de « division »
apparaît à plusieurs reprises sous la plume d’A. Lesson, et la typologie de
formes s’affine au fur et à mesure de sa description, puisqu’il en vient à
désigner les « motous simples, les motous à lagons et les plateaux
[12] ».
Mais surtout, des différences spatiales au sein de l’ensemble
de l’Océan apparaissent, par l’élaboration de typologies régionales, sur des
critères différents. Cette nouvelle division est essentiellement le fait de
J.-S. C. Dumont d’Urville, particulièrement intéressé par l’observation des
populations. Il établit des régions internes en se fondant sur les « races »,
en fonction des observations qu’il a faites sur les populations
rencontrées
[13]. Ces
divisions sont l’Océanie orientale, ou Polynésie, qui se limite « aux peuples
qui reconnaissent le Tapou »
[14], l’Océanie boréale, ou Micronésie, qui comprend «
toute la race cuivrée », l’Océanie occidentale, ou Malaisie, « îles communément
connues sous le nom d’îles orientales », et enfin l’Océanie australe, ou
Mélanésie « formée par les grandes îles de la Nouvelle-Hollande et toutes les
terres qui l’environnent », « patrie de la race noire océanienne ». J.-S.-C.
Dumont d’Urville est cependant l’un des rares officiers de marine à
s’intéresser de si près aux peuplements et aux différences de peuplement dans
les îles de l’océan Pacifique. Il en fait, on le voit, un critère de
différenciation géographique, ce qui représente, comparé aux autres recherches,
une démarche originale dans l’océan Pacifique
[15]. Les autres navigateurs sillonnent le Pacifique dans
tous les sens et ne représentent un ensemble géographique que par des mises en
relations analogiques, essentiellement fondées sur l’observation de la nature,
des paysages et milieux insulaires.
Caractères et signes particuliers
La question est de savoir dans quelle mesure ce Grand Océan,
dont tous parlent, constitue effectivement un espace unifié ou cohérent pour
ceux qui, essentiellement, ne font que le traverser. Des remarques, éparses et
non ordonnées, laissent penser que l’Océanie recèle une identité, à laquelle
les voyageurs peuvent faire incidemment référence, surtout sur des points
précis, et le plus souvent sans l’expliciter. Le savoir fragmentaire, accumulé
lors de ces circumnavigations, trouve-t-il une unité spatiale dans son
expression, chez les voyageurs et auprès de leurs rapporteurs ? L’empirisme de
la démarche des officiers est ici fondamental : c’est d’abord en disant leur
expérience de navigation qu’ils structurent l’espace parcouru. Décrivant une
rivière en Tasmanie, J.-S.-C. Dumont d’Urville note, rapidement : « Seulement,
comme cela arrive presque toujours dans les îles de l’Océanie, le cour de ces
torrents se resserrent, la pente devient rapide […]
[16]. » Aucun exemple ni aucune
démonstration ne viennent étayer cette assertion, qui est peut-être une simple
intuition, le résultat d’observations circonstanciées et non pas d’ordre
théorique.
Le voyage est en effet avant tout un itinéraire, une ligne que
les voyageurs matérialisent d’ailleurs par la figuration de la route de leur
navire, sur des planisphères centrés sur le Pacifique et dans lesquels se
perdent une ou deux petites lignes transversales. Passer de cette ligne vécue
dans le voyage à des considérations sur un espace plan, large et indéfini, n’a
rien d’évident et suppose une construction mentale dont on peut s’attacher à
identifier quelques étapes.
Procédés analogiques
Pour des espaces inconnus, sans références, l’analogie est un
moyen pratique d’identification. Le Grand Océan, aux yeux des voyageurs, est
d’abord doté des caractères que met en avant la comparaison. Ce sont des
ressemblances avec des terres d’ailleurs, certes, mais aussi et surtout des
comparaisons entre ce qui est vu et ce qui vient d’être vu, dans le cours de la
navigation, qui conduisent à produire la vision d’un ensemble.
C’est d’abord un espace où, grossièrement, tout se ressemble
:
« Sur toutes les îles du
Grand Océan, nous trouvâmes les mêmes
productions végétales, et le plus souvent
les mêmes noms pour les désigner.
C’est ainsi que les vallons si pittoresques, mais à la longue si monotones, des
Sandwich, et de la reine des mers du Sud, Taiti, si éloignés, produisent
abondamment le taro, l’igname, la pomme de terre […] [17]. »
En se battant contre l’immensité, les distances, et en
attirant l’attention sur la communauté des espèces végétales, les auteurs
s’accordent tacitement sur l’unité de « toutes les îles du Grand Océan », unité
forgée par la ressemblance, avouée ici d’ailleurs dans sa forme la plus
dépréciative, la monotonie. Le thème est d’ailleurs fréquent dans les récits de
voyage, où chaque île représente un but enfin atteint, mais aussi l’idée d’une
même découverte recommencée. Dans l’océan Pacifique, les navigateurs
n’échappent pas à cette impression, plus vive même que partout ailleurs
puisqu’il n’y a que des îles à rencontrer. Mais c’est cela même qui semble
forger la caractéristique première de cette zone, traversée différemment mais
avec toujours la même impression globale, et certes vague, d’un océan, « semé
»
[18] d’îles.
Les récits de voyages impliquent certes une réécriture a
posteriori, peut-être propice à la généralisation, mais les journaux de bord
témoignent aussi de cette construction, alors que toute nouvelle île est
identifiée par comparaison avec les précédentes dans l’ordre du voyage. Parvenu
à Eiméo
[19], île
voisine de Tahiti, Roquemaurel, officier à bord de l’
Astrolabe, note dans son journal :
« L’île d’Eiméo est aussi belle, et plus accidentée que celle de Tahiti […]. Une
large brèche qui existe dans le cratère d’un côté forme une magnifique vallée
dont l’aspect peut être comparé à
celui du hâvre de Noukouhiva [îles Marquises]. Ici comme à Tahiti, la nature étale jusqu’aux
montagnes un riche manteau de verdure […] [20]. »
Le procédé de description laisse percevoir le mode
d’appréhension de l’espace, référé à l’île de Tahiti, visitée quelques jours
plus tôt par l’Astrolabe, et à l’une
des îles Marquises, où l’expédition a accosté quelques semaines auparavant. À
quelques nuances près, ces comparaisons permettent d’établir avant tout la
ressemblance. C’est ce qui frappe d’abord le voyageur, et qui contribue
indubitablement à l’idée d’une unité dans le Grand Océan.
Ce principe d’unité est tel, que lorsque des différences sont
constatées entre deux archipels, elles ont tendance à être interprétées en
termes d’anomalie :
« Les îles Marquises ne sont point entourées de récifs […]
et sous ce rapport, elles présentent un contraste remarquable avec les
archipels si voisins des Pomotou et des îles de la Société. Cependant, leurs
rivages sont souvent entourés de masses arrondies de coraux, et bien qu’il
n’existe pas de récifs proprement dits, les fonds sont encombrés de coraux
sous-marins […]. Il est probable que ces îles seront enveloppées plus tard
d’une côte de récifs [21]. »
Le terme de « contraste » dit bien combien la particularité
se révèle d’abord sur une unité présupposée. Cette dernière est considérée
comme si évidente que la différence entre les deux archipels est donc appelée à
s’annuler avec le temps. Sans discuter l’argumentation scientifique, on peut
relever ici le mode de présentation du problème, qui pose un contraste avec des
îles « voisines », pour caractériser l’île, tout en réduisant immédiatement
cette différence. Tout se passe comme si l’on considérait, par principe, une
ressemblance entre les îles, une identité morphologique nécessaire, dans le
vague et subjectif territoire du « voisinage ». L’explication se fonde, quoi
qu’il en soit, sur cette idée. Par des projections sur le long terme, le
paysage s’uniformise, jusque dans sa constitution géologique.
Ainsi, la comparaison commence à grande échelle, en général
en considérant un archipel, puis s’étale d’espaces en espaces. A. Lesson, dans
la relation de voyage de la
Coquille
qu’il publie indépendamment de la relation officielle, entame un paragraphe sur
les Pomotou par des considérations sur les ressemblances observées au cours de
la croisière : «
Toutes les îles que nous
longeâmes se ressemblent par leur aspect extérieur,
toutes semblent être le résultat de
bandelettes d’un calcaire saxigène, reposant sur les contours des sommets des
montagnes sous-marines […]
[22]. » Suivent quelques lignes sur les ressources
végétales de ces îles, et leur peuplement, puis l’auteur conclut : «
Toutes les îles basses de la mer du
Sud, en effet, quelle que soit la petitesse de leur circonférence,
deviennent habitables et reçoivent des colons dès que le cocotier peut
produire
[23]. » On
passe donc rapidement d’observations à l’échelle de l’archipel à des constats
généraux, à l’échelle de la mer du Sud. Ce sont des vérités générales qui
permettent dans ce contexte de comprendre le fonctionnement d’îles
particulières, ici les Pomotou. Le voyageur cherche à mettre en lumière une
unité dans l’océan Pacifique et celle-ci passe par un constat sur les
caractères communs des îles basses, îles que l’on retrouve sur toute l’étendue
considérée.
Une nature homogène
L’observation de la nature est l’une des clés de cette
homogénéité suggérée. On l’a vu dans le propos de A. Lesson et Garnot cité
ci-dessus, qui énumèrent un nombre impressionnant de plantes communes à toutes
les îles du Grand Océan. J.-S.-C. Dumont d’Urville, s’intéressant à la flore
des Marquises, note : « C’était bien les mêmes espèces que j’étais habitué à
voir dans toute l’Océanie
[24]. » C’est là un lieu commun dans le discours des
voyageurs, moins dans la description des plantes comestibles, plus spécialisée,
que dans l’évocation d’un paysage à la végétation luxuriante et prodigue. Ce
paysage, les voyageurs en font un instrument de caractérisation spatiale. Le
terme « habitué » dit bien l’appropriation de ce paysage, devenant familier par
la simple observation de la répétition.
La géographie des plantes est de manière générale
déterminante dans toutes ces considérations. J.-S.-C. Dumont d’Urville, en
1830, tente ainsi d’expliquer des différences, minimes, par des étapes
systématiques. Il parle depuis la Nouvelle-Zélande :
« De nouveau, je fus frappé
de la ressemblance qui existe, pour le ton général, entre la végétation de
cette partie du monde et celle de la Polynésie. D’un côté, on ne
peut disconvenir que la Nouvelle-Zélande reproduit plusieurs espèces de l’Australie,
malgré les différences qu’offrent
entre elles au premier coup d’œil les Flores de ces deux contrées. Cette double
observation conduit naturellement à penser que la Nouvelle-Zélande, malgré sa
haute latitude, présente un système de végétation
intermédiaire entre celle de la Polynésie et celle de la
Nouvelle-Hollande, une sorte de
transition de l’une à l’autre [25]. »
J.-S.-C. Dumont d’Urville témoigne d’une surprise renouvelée
dans ce constat, surprise qui montre bien que l’unité de l’océan Pacifique n’a
rien d’évident a priori. L’auteur aurait tendance à relier, du fait de la
proximité géographique, la Nouvelle-Zélande à l’Australie, et uniquement à
elle. L’observation des plantes le conduit pourtant à changer d’échelle, à
considérer dans un même ensemble toutes les îles depuis l’Australie jusqu’à la
Polynésie, ensemble dans lequel lui apparaissent très clairement des
ressemblances, des glissements, des migrations.
Liés aux plantes, il y a les sols, et les formations
géologiques, qui sont des critères essentiels dans la caractérisation des îles
du Pacifique. L’Océanie insulaire se caractérise par deux formations
principales, les îles hautes et les îles basses. Ce couple forme un ensemble,
dans lequel, nécessairement, toute île décrite doit s’intégrer. « L’île de
Maita est le cratère d’un volcan éteint qui a surgi des bas- fonds de cette
partie de l’océan pacifique, et sous ce rapport,
toutes les îles vraiment océaniennes partagent
sa constitution géologique […].
Les terres hautes
sans exception sont le résultat d’éruptions volcaniques
[26]. » Ce qui fait le
caractère des îles « vraiment océaniennes », c’est donc une origine commune. Il
y a bien là affirmation d’une caractéristique identitaire. En insistant sur le
caractère indiscutable de son constat, l’auteur lisse et parfait son ensemble,
qui ne souffre aucune aspérité, et qui peut donc être pensé comme un tout. La
preuve en est d’ordre géologique, donc scientifique, et se présente de fait
comme indiscutable.
De même, dans la vision d’un océan formé par la scission d’un
seul continent, que prouveraient les parallélismes formels établis entre les
côtes américaines et les côtes asiatiques
[27], existe l’idée que cet espace, creusé pour ainsi
dire dans une même croûte terrestre, ne forme qu’un ensemble. Quand les
voyageurs cherchent à comprendre la formation des îles océaniennes, ils
présupposent presque systématiquement une identité d’origine de structure.
Cette identité n’est jamais vraiment discutée, ni d’ailleurs affirmée, mais
elle témoigne de l’idée préconçue d’un « ensemble océanien », dirions-nous pour
ne pas prendre le risque de dépasser cette pensée. Ce qui importe ici, c’est la
volonté, consciente ou pas, d’harmoniser un espace discontinu et d’y établir
une continuité, qu’elle soit de l’ordre de l’histoire géologique ou de celui de
la géographie des plantes. D’ailleurs, même ceux qui contestent l’idée d’un
ancien continent démembré à l’origine des archipels océaniens peuvent en
retenir l’image, si utile comme principe explicatif ou hypothèse de départ dans
tout discours sur l’océan Pacifique. C’est le cas par exemple du médecin de la
campagne de l’
Astrolabe et la
Zélée, qui, recherchant les centres de
peuplement de l’Océanie, rejette l’idée d’un continent autrefois émergé, mais
note cependant : « Une grande étendue d’îles couvrant un vaste océan peut donc
être considérée comme un continent développé de l’équateur au pôle, ou
occupant, de l’Est à l’Ouest, une large bande de méridiens
[28]. » L’océan Pacifique est ainsi pensé
comme espace continental ; par analogie avec les seuls espaces de dimensions
apparentes identifiés à la surface de la terre. Ce qui importe dans ces
démonstrations, c’est de considérer une unité, comme hypothèse de travail, puis
d’en trouver des caractéristiques. Il suffit ensuite de mettre en avant des
caractères communs aux éléments de cet ensemble.
Très fréquemment, une unité supposée, mais non prouvée, guide
les remarques d’ordre général qui s’attachent à qualifier l’Océanie. C’est
d’ailleurs plus souvent l’Océanie, comme ensemble d’îles, que l’Océan comme
espace liquide qui est en question, les caractères maritimes ne faisant l’objet
d’aucune synthèse. Des caractéristiques communes sont avancées pour décrire un
espace, mais aucune généralisation globale ne prévaut. Pour de nombreux
voyageurs, l’espace parcouru est un espace en construction. Dans le champ
géographique occidental, l’océan Pacifique semble en voie d’invention, plus que
de définition. Son appréhension est extensive, et c’est d’abord l’expérience
des voyageurs qui semble déterminante dans la description d’un ensemble
cohérent.
La construction par l’expérience
Une mer immense et fragmentaire
Dans la description de l’océan Pacifique, ce sont donc les
îles qui retiennent l’attention, îles surgies n’importe où, sans ordre et par
hasard aux yeux de la plupart des navigateurs. Les récits de voyages
s’ordonnent autour des relâches, alors que les passages consacrés aux grandes
traversées, entre deux chapitres, se réduisent à quelques lignes précisant la
durée et les conditions météorologiques de passage entre deux
archipels.
Mais si la mer est secondaire, elle ne peut cependant être
évacuée des qualifications données à l’océan Pacifique. Si elle ne semble pas
intéresser directement les voyageurs (du moins dans leur discours, sur le
principe qu’il n’y a rien à en dire), elle apparaît malgré tout au premier plan
comme un passage obligé de la relation du voyage. L’océan Pacifique est d’abord
vécu lors d’une traversée. C’est un lieu de passage, plus qu’une destination en
soi, et chaque voyageur le décrit plus ou moins comme un obstacle, ou du moins
comme un motif d’appréhension. La mer est d’abord ce qui sépare des
îles.
L’océan Pacifique est un espace maritime immense, certes,
mais surtout dangereux. C.-P.-T. Laplace, dont l’
Artémise a échoué à Tahiti, est particulièrement
prévenu contre cette mer. Il la présente lui aussi comme un espace de passage.
Depuis la Tasmanie, il écrit : « Alors s’ouvrit devant nous cette mer presque
sans bornes et que nous devions parcourir d’une extrémité à l’autre, cet
immense océan Pacifique, avec ces archipels entourés de milliers
d’écueils
[29]. » On
notera que l’Océan n’a pas de bornes, mais quand même des extrémités. C’est
bien là l’expression d’un espace mal circonscrit, cependant connu dans une de
ses longueurs, celle de la traversée entre l’Asie et les côtes américaines. Le
terme d’immensité revient de manière récurrente dans les passages consacrés à
l’Océan. C’est sa caractéristique principale, et presque unique.
À partir de ces considérations, le marin, comme s’il était
perdu, a rapidement fait d’accuser cette mer de tous les dangers. Un espace mal
maîtrisé est naturellement dangereux. L’autre
topos, qui accompagne celui de l’immensité, est
relatif aux risques de la traversée. Tous les navigateurs parlent des cartes
imparfaites et fausses, et de la navigation difficile dans ces mers. Le
naufrage, avec ses célèbres antécédents, guette le navigateur « sur les récifs
toujours grondants qui défendent ces terres basses et isolées contre la fureur
de la houle de l’Océan
[30] ». L’obstacle se précise par les récifs qui, plus
que les distances encore, éloignent des buts poursuivis, les îles.
L’immensité apparaît décidément comme le critère ultime de la
définition de cet océan. Jean-Baptiste Marcellin Bory de Saint-Vincent se
refuse à l’appeler Grand Océan, du moins pour sa partie orientale, en raison de
la multiplicité d’écueils et donc de la surface restreinte disponible pour la
navigation. La caractéristique « grand » lui semble inappropriée à qualifier un
espace qui est au contraire, selon lui, largement interrompu par des îles. Mais
ce n’est là qu’un point de vue bien raisonné, qui résulte de l’observation de
la carte plutôt que du voyage. À cela résistera longtemps le bon sens, et
surtout l’expérience directe des voyageurs, qui conduisent à nommer l’océan
Pacifique d’abord par l’impression qu’il donne à ceux qui le traversent, celle
d’un « grand Océan »
[31].
C’est d’ailleurs cette expérience même qui donne sens à
l’unité océanienne. Certains textes rendent bien compte de cette construction
empirique. C’est par les voyages, justement, que se construit l’océan
Pacifique. Dans les récits d’explorations terrestres, l’espace s’agrandit
souvent au fur et à mesure des avancées des explorateurs. Il y a comme un front
pionnier que l’expérience fait reculer, dans une dynamique adaptée à l’idée
occidentale de la « découverte » du monde. Le processus est similaire dans la
représentation de l’océan Pacifique.
Dans le rappel des grandes expéditions en guise
d’introduction au voyage de
La Bonite,
le rédacteur énumère les dernières circumnavigations et leurs résultats, si
riches, pour terminer sur la mission de J.-S.-C. Dumont d’Urville en 1826-1829,
et notamment ses travaux hydrographiques « dont l’océan pacifique fut le
théâtre, et
qui ont fait de la Polynésie une des
grandes divisions géographiques du monde
[32] ». Tout se passe comme si c’étaient les travaux
hydrographiques, et plus largement les observations diverses qui faisaient, qui
inventaient la Polynésie. La vision exprime un point de vue étroitement
européen, et évidemment fortement teinté d’impérialisme. Mais au-delà, la
formulation montre la volonté de faire quelque chose des observations
dispersées, de leur donner sens, ne serait-ce qu’en les rattachant à une grande
œuvre géographique, celle du découpage du monde. J.-S.-C. Dumont d’Urville,
dans la relation de voyage évoquée, ne dit d’ailleurs pas autre chose. Cédant
lui aussi à l’exercice presque obligatoire qui consiste à rappeler les voyages
précédents, en leur rendant hommage, il conclut : « C’est ainsi que
l’Océan-Pacifique se peuple successivement des îles suivantes, que j’ai réunies
sous la forme d’un tableau
[33]. » L’idée est la même, que l’océan Pacifique ne
prend existence que par la découverte et la reconnaissance des voyageurs, que
c’est dans l’expérience du voyage même que l’espace se construit. C’est dans la
somme des îles reconnues, dans l’accumulation que se dessine un ensemble. Pour
ces voyageurs du
xixe siècle qui n’espèrent plus de
découvertes importantes, il reste à faire, c’est-à-dire à dessiner, à
représenter exactement un espace dont le nom est encore vide de sens, ou
trompeur. Les reconnaissances doivent permettre d’établir des divisions
géographiques, de tracer des limites sur une carte, de nommer des archipels.
C’est en ce sens que se construit un espace, mieux délimité, mieux nommé, et
dont la représentation globale devient possible.
La description de l’océan Pacifique passe généralement par le
rappel des expériences précédentes. C’est un moyen unique d’appréhender un
espace dessiné en pointillé, dans lequel rien d’autre ne permet
d’homogénéisation globale. La référence constante aux voyages précédents joue
un rôle de construction, permet d’établir une matrice, que l’accumulation des
données contribue à renforcer. Si les voyageurs se réfèrent ainsi à leurs
prédécesseurs, c’est, entre autres raisons, pour donner cohérence à leurs
observations fragmentaires, inscrites ainsi immédiatement dans un espace
continu.
D’ailleurs, même ceux qui n’ont pas d’expérience propre à
ajouter peuvent se plier au jeu, dans un souci de continuité du récit qui va
au-delà du récit de l’expérience, et qui traduit l’importance de la description
d’un espace plein, jalonné par ses îles. C.-P.-T. Laplace, sur la
Favorite, ne fait aucune escale entre
la Nouvelle-Zélande et les côtes sud-américaines. Il consacre pourtant dans sa
relation de voyage un chapitre à la « Traversée du grand Océan », dans lequel
il décrit une à une les îles les plus célèbres, et disserte sur les ravages du
temps dans la Tahiti de L.-A. de Bougainville. Il dresse à son tour un
véritable
tableau, selon le terme
qu’il emploie lui-même, de la Polynésie, pour finalement préciser : « Toutes
ces terres étaient beaucoup trop loin de notre route pour qu’il nous fût permis
de les visiter
[34]. »
La description n’est pas le fruit d’observations, ou d’expériences
personnelles, mais d’habitudes de lectures inhérentes à la pratique du voyage.
Il semble inconcevable d’écrire un tour du monde sans s’arrêter sur cette
Polynésie. Cette région du monde représente aussi un passage obligé dans la
littérature de voyage, et c’est là qu’apparaît le Pacifique, comme ensemble
indispensable à la relation d’un tour du monde.
L’océan Pacifique se détermine ainsi par le discours que les
voyageurs portent sur lui. En s’inscrivant dans une expérience recommencée de
voyages, dans une série continue, on brise l’impression fragmentaire qui domine
chaque mission. Il convient donc de rappeler les précédents, mais aussi
d’inscrire son propre voyage dans une série qu’il ne clôt pas, puisque l’Océan
n’est pas encore « complet ». Hyacinthe de Bougainville
[35], en envisageant la possibilité d’une
carte générale de l’océan Pacifique, en 1837, rappelle bien que le travail
n’est pas achevé, même s’il doit l’être très bientôt. Ce qui importe, c’est
d’avoir quadrillé intégralement tout l’espace de l’Océan : « Il n’y aura
bientôt plus dans ces mers de parages qui n’aient été traversés
[36]. » Le terme de « parage »
est naturellement un peu flou. Il s’applique ici tout particulièrement à des
environs maritimes, des espaces non bornés, sur un ensemble non quadrillé. Quoi
qu’il en soit, pour que la carte, symbole d’une connaissance achevée, soit
possible, il faut une expérience totale du parcours de l’espace. H. de
Bougainville, dans cet objectif, suggère d’avoir recours aux matériaux les plus
divers, c’est-à-dire aux informations des navires étrangers et surtout des
bâtiments de commerce, alors les plus nombreux à sillonner l’Océan. C’est sur
cette expérience extensive, et uniquement sur elle, que se fonde la légitimité
à représenter l’océan Pacifique.
Dans cette représentation de l’Océan, liée à l’expérience
physique qu’en ont les voyageurs, se dessine ainsi une région qui est d’abord
un terrain d’expérience, une sorte de laboratoire dans lequel les voyageurs
poursuivent, d’un voyage à l’autre, les observations entreprises, dans des
conditions similaires, et dans lequel donc se constitue un savoir. Les titres
des ouvrages qui racontent ces expériences, et qui s’appellent presque tous
Voyage autour du monde…, renvoient
d’ailleurs un écho de cette répétition particulière : c’est à la fois le même
voyage et un voyage singulier qu’accomplissent les voyageurs. Et c’est dans la
singularité sur le même terrain et dans la continuité que s’élabore une
connaissance du Pacifique. Chaque voyage contribue ainsi à renforcer l’unité de
l’océan Pacifique dans les esprits, unité qui tient aussi au fait que les
observations et les collectes sont inscrites dans une continuité, dans un même
ensemble de savoirs liés à l’exploration de cette zone.
Cette représentation de l’océan Pacifique, à l’aube des
années 1840, est le fruit d’une expérience de voyages largement médiatisée,
dans laquelle la pratique scientifique des voyageurs est un objet central.
Celle-ci contribue à l’élaboration d’une géographie du Pacifique. Cette
connaissance est diffusée, et relativement accessible grâce aux comptes rendus
multiples que font les journaux et les revues de ces relations de voyages. Elle
est précisément évoquée et citée au moment où la France prend possession d’îles
dans le Pacifique, moment qui, chronologiquement, suit très exactement cette
série de circumnavigations. La question est alors de savoir quel est l’usage de
cette représentation géographique de l’océan Pacifique, et dans quelle mesure
elle peut apparaître comme cohérente, ou non, avec les agissements politiques
et militaires de la France dans cette région du monde, dans les années qui
suivent immédiatement ces grands tours du monde à la voile.
De l’espace insulaire au territoire polynésien
En 1842, Abel Aubert Dupetit-Thouars, qui a lui-même mené une
campagne de circumnavigation entre 1836 et 1839, prend possession au nom de la
France des îles Marquises, puis de Tahiti. La nouvelle, qui est en partie une
surprise, provoque des remous en France. Les députés s’affrontent sur ce thème,
les articles se multiplient dans les revues, et plusieurs ouvrages entièrement
consacrés aux nouvelles colonies sont publiés entre 1843 et 1845.
Ainsi, c’est au moment de la colonisation française des îles
que se fige une certaine manière de voir l’espace de l’océan Pacifique. Le
débat autour de la pertinence du choix des îles océaniennes conduit à des
prises de position qui mettent en avant des considérations géographiques. Le
débat est ouvert à la Chambre des députés dès réception de la nouvelle, en mars
1843. Il se poursuit durant plusieurs mois, et trouve un large écho dans les
journaux et les revues. L’Océanie tombe alors pour ainsi dire soudainement dans
le domaine public, sans que ceux qui prennent part au débat ne puissent
connaître cette partie du monde de source directe. Aussi, les argumentaires
stratégiques, économiques et politiques reposent en grande partie sur ce que
l’on veut bien alors retenir de la géographie des voyageurs. L’expérience des
navigateurs est la source d’un discours sur les îles qui est aussi varié qu’il
y a de positions différentes. Le débat ne porte pas alors sur la légitimité de
la colonisation, mais sur le choix particulier de ces îles plutôt que d’autres.
Les opposants à l’entreprise coloniale soulignent l’isolement, l’éloignement et
la vanité de ces territoires. La vacuité des territoires dont a pris possession
la France est mise en valeur par les littérateurs :
« La Polynésie ou l’Océanie orientale est de toutes les
grandes divisions du globe celle qui offre la plus petite superficie en terre,
malgré l’espace énorme sur lequel sont disséminées ces innombrables îles [37]. »
Ce type de raisonnement vise en général à montrer que cette
étroitesse territoriale est le support d’une faible population, de vallées
étroites et de productions réduites, autant d’éléments qui vont contre l’idée
de la grandeur d’une civilisation, selon les critères occidentaux. À cette
petitesse essentielle s’ajoute l’argument de l’isolement, lui aussi repris à
l’envi par les opposants à la politique coloniale de la France :
« Cette idée d’entrepôt tombe devant un simple fait
géographique : c’est que ces îles sont à 1 600 lieues de la côte occidentale de
l’Amérique, elles deviendront inutiles dans le cas même où l’on parviendrait à
percer le canal de Panama […] [38].»
L’isolement est ici présenté comme un « fait géographique »,
c’est-à-dire comme un fait indiscutable. L’idée est surtout celle de
l’éloignement, de distances incompressibles, quelles que soient les routes
utilisées. Les îles sont décidément trop loin.
Pour répondre à ces objections, le discours officiel dessine
un espace océanique adapté aux besoins de la colonisation. Il chante les
louanges de la luxuriance des îles tropicales et d’une nature parfaitement
adaptable aux besoins européens. Mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici,
ce discours fait des colonies un nouveau centre du monde, tant au sens
géométrique que métaphorique du terme. L’ingénieur-hydrographe de l’expédition
de J.-S.-C. Dumont d’Urville, prêtant sa plume à la cause de la défense des
colonies, n’hésite pas à affirmer « l’archipel des îles Taiti occupe une
position centrale dans l’océan Pacifique
[39] ». Et il bâtit une argumentation reposant sur
l’articulation entre centre et périphérie, à la manière d’un stratège moderne,
au profit d’une géométrie parfaite, et totalement abstraite :
« Si sur un point intérieur de la grande île de Taiti on
plaçait la pointe d’un compas, avec une ouverture de mille à quinze cents
lieues marines, la circonférence décrite atteindrait presque tous les
établissements importants des continents voisins [40]. »
L’idée de centralité permet de mettre en avant l’unité de
l’ensemble. Considérant les distances dans l’océan Pacifique, il note : « Avec
les îles Nouka-Hiva, sentinelles avancées dans le Nord, et les attolons
innombrables des Pomotou, l’archipel Taiti constitue une division naturelle de
la carte de l’Océanie
[41]. » Le terme de sentinelle rappelle la dimension
militaire de ces considérations stratégiques. Mais c’est surtout
l’identification d’une « division naturelle » de l’Océanie qui marque ici une
étape dans la représentation de la Polynésie. Cette division, c’est moins une
région qualifiée par tel ou tel caractère qu’un tracé sur une carte, comme le
souligne de fait l’auteur. Mais il n’en reste pas moins que, sans qu’elle soit
démontrée, une nature commune est ici attribuée aux archipels
polynésiens.
Parallèlement, dans la réfutation de l’idée de
l’éparpillement, la mise en valeur de l’unité régionale se veut efficace. En
passant de la représentation d’un espace en pointillé à un espace homogène, les
défenseurs du projet colonial cherchent à donner cohérence à ce qui a été fait.
Un exemple assez anecdotique, mais révélateur, illustre cette lutte constante
contre l’idée d’éparpillement, contre cette insularité polynésienne dans
laquelle les distances effraient. En 1843, dans une des ses livraisons
hebdomadaires, le
Magasin Pittoresque
consacre quelques pages à la description des Marquises dont on vient
d’apprendre la prise de possession. Les articles de cette revue grand public
sont illustrés. On trouve avec ce texte sur les Marquises des vues de baies,
des portraits du roi Iotété et de sa femme, et une bien étrange carte de
l’archipel, où les îles, figurées en relief, apparaissent comme compactées,
resserrées. Une parenthèse livre la clé de cette projection un peu spéciale : «
On a réduit de moitié, dans cette carte, l’espace de mer qui sépare les îles ;
en d’autres termes, on a doublé la dimension des terres
[42]. » Pour faire tenir la possession dans
le format de la revue, il faut rétracter l’Océan. Il faut surtout éviter de
donner l’idée d’une possession française qui ne serait que de l’eau.
Carte des Îles Marquises,
parue dans le Magasin Pittoresque,
1843, livraison 5. Cliché BNF.
L’argumentation contre la prise de possession est toujours
celle de l’éloignement et de la dissémination des îles. Les parties «
pittoresques » des récits de voyages, celles qui sont destinées au grand public
et où la navigation est racontée au jour le jour, trouvent ici leur écho. Les
nouvelles colonies françaises sont loin de former dans les esprits un
territoire continu.
La simple observation de la carte laisse les députés assez
sceptiques sur l’unité de la région, assez difficile à imaginer du seul point
de vue de cette représentation. Les marins, eux, soulignent plus volontiers,
semble-t-il, la cohérence d’un ensemble qu’ils considèrent volontiers comme un
tout. La position de l’ingénieur-hydrographe Clément-Adrien Vincendon-Dumoulin,
ancien circumnavigateur et fervent défenseur de la colonisation, qui insiste
sur l’interdépendance des îles, est à cet égard révélatrice d’une conception
largement partagée par les officiers de marine. Dans une lettre au directeur
des Colonies, qu’il informe sur son projet d’ouvrage sur les Marquises, il
écrit : « La possession de Taiti entraîne nécessairement celle des Pomotou et
des Marquises
[43]. »
L’argument principal de cette affirmation repose sur des conjectures. L’auteur
envisage le développement du cabotage entre ces archipels, qui ne doivent donc
faire qu’une possession, « en imitant en tous points le protectorat hollandais
». La référence aux colonies hollandaises des Moluques vise à donner l’idée
d’un ensemble cohérent, tant du point de vue militaire que commercial. C.-A.
Vincendon-Dumoulin, sans nier les « distances immenses » qui séparent ces
archipels, trouve les arguments qui doivent permettre d’en donner une vision
unifiée.
Surtout, l’identification de figures géométriques, telle une
modélisation, est aussi une réponse au sentiment d’immensité que provoque
l’océan Pacifique. Elle s’exprime clairement dans le propos des voyageurs au
lendemain de la colonisation. L’idée d’un triangle englobant les possessions
françaises permet de donner cohérence au discours en faveur de la colonisation.
A. A. Dupetit-Thouars justifie ainsi le protectorat sur Tahiti :
« Cette possession complète notre établissement des
Marquises et nous livre toute la pêche des perles de l’Océanie, ou du moins, la
principale, celle des îles de l’archipel dangereux qui sont entièrement
comprises dans le triangle formé par le groupe
des Marquises au nord, par Taiti à l’ouest, et par les îles Gambier à
l’est. Ces dernières sont aujourd’hui entièrement civilisées, et on
y professe uniquement la foi catholique, elles sont aussi françaises de
cœur [44]. »
Impérialisme et géographie sont mêlés ici pour former une
image harmonieuse des possessions françaises, possessions dont on met en avant
l’unicité. C’est le triangle le plus intéressant de l’Océanie qui apparaît dans
cette présentation, visant à rendre l’évidence de la continuité spatiale entre
ces îles.
A. A. Dupetit-Thouars considère aussi les choses depuis le
terrain, et relie systématiquement les Marquises et Tahiti dans un seul espace,
ce que les hommes politiques en charge du dossier refusent pourtant d’accepter
comme une évidence. Albin Roussin annonce ainsi à François Pierre Guillaume
Guizot les arguments avancés par A. A. Dupetit-Thouars, et disant qu’il se
fonde, notamment,
« sur cette considération que ces deux groupes d’îles qui
sont à 260 lieues de distance l’un de l’autre (c’est-à-dire à la distance de
Paris à Toulon), ne sont pourtant qu’un seul point considéré dans l’immensité
des mers qui les environnent, de sorte que les possessions d’un de ces groupes
entraînent presque nécessairement la possession de l’autre, sous peine
d’encourir les inconvénients d’un voisinage hostile [45] ».
Le Directeur des Colonies, Galos, témoigne d’une même vision
lorsqu’il note : « Les îles Gambier ou les Pomotou ou l’archipel dangereux
forment avec les Marquises et les îles de la Société un
triangle où notre pouvoir doit régner
sans contestation
[46].
» Le terme de triangle montre la volonté de considérer l’ensemble de manière
géométrique et finie, uniforme. L’éparpillement est contesté avec force dans le
discours officiel. Ce même triangle apparaît dans le texte de C.-A.
Vincendon-Dumoulin : « Les îles Marquises, les îles Gambier et celle de la
Société forment
un vaste triangle,
dont les côtés enveloppent dans son intérieur un nombre immense de petites îles
basses et boisées, pour la plupart habitées
[47]. » La géographie schématique de C.-A.
Vincendon-Dumoulin s’exprime ici très clairement. Tahiti est le centre d’un
cercle à la circonférence venant baigner les bordures continentales de l’Océan.
Dans ce cercle s’inscrit un triangle, symbole de ce que doit être la puissance
française
[48].
Pour ou contre les possessions françaises d’Océanie, l’espace
dans toutes ses dimensions est au centre du débat sur la colonisation des îles
polynésiennes. Ces visions s’opposent et se répondent dans une géographie
malléable, et sujette à diverses interprétations. L’île se prête
particulièrement au débat ; elle peut être à la fois, dans le discours, un
espace de protection et d’isolement, un lieu ouvert à toutes les influences ou
une terre en retrait du monde. L’espace même du Pacifique, tel qu’il est vu
alors, comme un vide avec des points, permet tous les tracés les plus
efficaces. Ainsi, à partir de trois archipels, les Marquises, les îles de la
Sociétés et les Gambier, se dessine comme naturellement un triangle, figure
géométrique élémentaire et par-là même rassurante : les possessions françaises
sont cohérentes, logiques, unies, puisqu’elles forment un même
ensemble.
Pour les débatteurs, les voyageurs sont des références, mais
c’est alors la notion même de référence qu’il faut interroger. Les officiers de
marine s’appuient sur un savoir empirique ; ils n’ont pas navigué dans un
triangle et l’espace parcouru lors des circumnavigations n’est pas
triangulaire. Les voyageurs ont sillonné, relevé des positions, observé avec
attention des îles, dressé des typologies en fonction des richesses présumées
des archipels, mais toujours en s’en tenant à ce que Louis-Claude de Freycinet
appelle alors une « géographie de détail » l’œil rivé sur la sonde dans une
baie, ou la main levée prête à relever le profil d’une côte sous voile. À
partir de 1842, du fait de l’emprise coloniale, l’océan Pacifique est le sujet
d’une représentation liée à la conquête. Une géographie s’élabore alors, dans
un lien constant avec les récits des voyageurs, au moins nominal, mais selon
des degrés de dépendance qui semblent varier à chaque cas. Le passage de
l’expérience du terrain au savoir géographique est ici en jeu. L’expérience des
navigateurs apporte une légitimité de détail. Le souvenir des mesures, des
observations et des collectes offre en lui-même une garantie au discours sur
les espaces conquis. Le constat n’est pas surprenant : le long travail
d’observation du terrain, médiatisé par le fait colonial, rend possible une
vision géostratégique tranchée et impérieuse.
Cependant, les récits de voyages et les archives des
voyageurs signalent une démarche géographique qui existe aussi indépendamment
des ambitions coloniales. Deux types de savoirs se superposent, sans pourtant
que le discours politique annule une posture scientifique propre à
l’élaboration d’un savoir sur l’espace. Par leurs interrogations, leurs
hypothèses et par leur empirisme même, les officiers de marine dans le
Pacifique se font géographes. Ils contribuent à donner forme et structure à une
région mal connue. La figure simplifiée et caricaturale du « triangle
polynésien » en est une émanation. En rendant possibles des considérations à
l’échelle régionale, les voyageurs du xixe siècle ouvrent l’espace du Pacifique à
des découpages et des modélisations externes. Leur savoir rend donc concevables
des géographies multiples, et c’est ici que le travail d’inventaire prend
toutes ses dimensions. Celui-ci n’est certainement pas neutre, et assurément
malléable. Ainsi la géographie des voyageurs sert-elle, entre autres, une
géographie coloniale. Mais il n’y a pas de lien nécessaire dans cet
enchaînement, et rien dans le travail d’observation et d’inventaire des formes
fait par les voyageurs ne détermine absolument ce type de schématisation
géographique. Dans cette mesure, les décalages entre la pratique quotidienne de
la science et son usage méritent d’être soulignés, tant ils renseignent sur les
interdépendances entre savoirs et pouvoirs, mais aussi sur certaines solutions
de continuité, dont témoignent des choix coloniaux en inadéquation avec la
géographie des voyageurs. Il apparaît donc aussi possible de lire dans cette
pratique des voyages de la première moitié du xixe siècle une tentative de compréhension
de l’espace, une manière de penser le territoire qui constituent, in fine, un
savoir géographique propre.
[1]
Avec une exception notable, celle de l’appellation officielle
de la station navale « du Pacifique et de la Mer du Sud », qui conserve son nom
jusqu’en 1841. La conjonction de coordination suppose d’ailleurs ici une
distinction originale entre le Pacifique (c’est-à-dire, dans ce contexte, les
côtes du continent sud-américain) et la mer du Sud (les îles plus lointaines,
sans doute, mais cela n’est jamais précisé).
[2]
Louis-Isidore Duperrey,
Voyage
autour du monde exécuté par ordre du roi sur la corvette de Sa
Majesté La Coquille
, pendant les
années 1823, 1824 et 1825…, Paris, A. Bertrand, volume Botanique,
par Dumont d’Urville, Bory de Saint-Vincent et Brongniart, 1828, p. 22. C’est
nous qui soulignons.
[3]
Dans la mesure où l’on prend comme définition de ce dernier
terme celle que propose Daniel Nordman dans
Frontières de France. De l’espace au territoire.
xvie-xixe siècle, Paris, Gallimard,
1998. Voir notamment pp. 516-517 : « Alors que l’espace est illimité – ou non
encore délimité –, le territoire est borné […] ; alors qu’un espace n’est pas
qualifié par un terme qui l’identifie intégralement ou exclusivement, un
territoire est désigné par un seul nom. »
[4]
À savoir celles de : Louis-Claude de Freycinet sur l’
Uranie et la
Physicienne (1817-1820), L.-I. Duperrey sur la
Coquille (1822-1825), Hyacinthe de
Bougainville sur la
Thétis et
l’
Espérance (1824-1826),
Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville sur l’
Astrolabe (1826-1829) et sur l’
Astrolabe et la
Zélée (1837-1840), Cyrille-Pierre-Théodore
Laplace sur la
Favorite (1829-1832) et
sur l’
Artémise (1837-1840),
Auguste-Nicolas Vaillant sur la
Bonite
(1836-1837), Abel-Aubert Dupetit-Thouars sur la
Vénus (1836-1839) et Cécille sur l’
Héroïne (1837-1839).
[5]
Voir Marie-Noëlle Bourguet, « De la Méditerranée »,
in M.-N. Bourguet, Bernard Lepetit, D. Nordman,
Maroula Sinarellis (éd.),
L’invention
scientifique de la Méditerranée…, Paris, EHESS, 1998, pp.
7-28.
[6]
À la différence des grands voyages du Siècle des lumières,
rassemblant les savants et spécialistes les plus éminents des divers corps
académiques. À partir de 1817, les circumnavigations ne concernent que des
officiers de marine, sous le prétexte de l’inadaptation des civils à la vie en
mer.
[7]
Dont les limites méridionales, en 1813 (première édition de la
Géographie Universelle, volume
contenant la « Description de l’Océanique »), ne sont pas précisées.
[8]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand
Océan… »,
Bulletin de la Société de
Géographie, t. XVII, 1832, pp. 1-21. C’est nous qui
soulignons.
[9]
L.-I. Duperrey,
Voyage autour du
monde…,
op. cit., volume
Zoologie, par Adolphe Lesson et
Garnot, 1826. Cette introduction a d’abord été publiée sous forme d’articles
dans les
Annales d’histoires
naturelles, en 1825, par A. Lesson.
[10]
C.-P.-T. Laplace,
Voyage autour
du monde par les mers de L’Inde et de la Chine, exécuté sur la corvette de
l’État La Favorite,
pendant les années
1830, 1831 et 1832…, Paris, Imprimerie Royale, 1833-1835, t. IV, p.
57.
[11]
Il s’agit d’un pharmacien et d’un médecin de marine, qui font
aussi office de naturalistes lors de ces campagnes.
[12]
A. Lesson, « Coup d’œil sur les îles océaniennes… »,
Annales de Sciences Naturelles, 1825,
p. 176.
[13]
Cette réflexion est accompagnée d’une carte générale de
l’Océanie qui représente en à-plats colorés les régions ainsi
distinguées.
[14]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand Océan
et sur l’origine des peuples qui les habitent »,
Bulletin de la Société de Géographie, 1832, pp. 1-21.
[15]
L’article est publié dans le
Bulletin de la Société de Géographie, ce qui est
assez révélateur des préoccupations de cette société, tournée vers ce qui
deviendra l’ethnologie, alors que le sujet reste globalement étranger aux
préoccupations de la marine. Certes, les navigateurs accumulent des
considérations sur les peuples rencontrés, mais sans aucune rigueur, et en
reprenant généralement des stéréotypes de la description de l’Autre exotique.
J.-S.-C. Dumont d’Urville, secondé par le phrénologue Dumoutier, est le seul à
tenter d’approfondir ses observations dans ce domaine.
[16]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
de la corvette L’Astrolabe
exécuté par
ordre du roi pendant les années 1826, 1827, 1828 et 1829…, Paris, J.
Tastu, 1830-1833, t. II, p. 35.
[17]
L.-I. Duperrey,
Voyage autour du
monde…, op. cit., p. 18. C’est nous qui soulignons.
[18]
Ce terme est très fréquemment utilisé dans les descriptions de
l’Océan.
[19]
Aujourd’hui Moorea.
[20]
Archives Nationale (par la suite AN), série marine, 5/JJ/ 144,
journal de Rocquemaurel, 16 septembre 1838. C’est nous qui soulignons.
[21]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
au pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolab
e et La Zélée
,
exécuté par ordre du roi dans les années 1837, 1838, 1839 et 1840…,
Paris, Gide, vol.
Géologie, Minéralogie et
Géographie physique, 1848-1854, t. II, chap.
x, p. 42.
[22]
A. Lesson,
Voyage médical autour
du monde exécuté par la corvette du roi La Coquille
…, suivi d’un Mémoire sur les îles du Grand
Océan, Paris, 1838, t. I, p. 229. C’est nous qui
soulignons.
[24]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
au pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe
et La Zélée…
, op.
cit., 1841-1846, t. III, p. 147.
[25]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
de la corvette L’Astrolabe
…,
op.
cit., p. 58. C’est nous qui soulignons.
[26]
A. Lesson,
Voyage médical autour
du monde…, op. cit., t. I, p. 235. C’est nous qui
soulignons.
[27]
On a tendance à penser alors, d’après la simple observation du
dessin des côtes, qu’elles s’encastrent parfaitement, et procèdent donc d’une
séparation originelle.
[28]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
au pôle Sud et dans l’Océanie…, op. cit., vol
. Zoologie, 1846-1854, t. I, « De l’homme dans
ses rapports avec la création, par M. Hombron », pp. 49-385, p. 248.
[29]
C.-P.-T. Laplace,
Campagne de
circumnavigation de la frégate L’Artémise
pendant les années 1837, 1838, 1839 et 1840…,
Paris, A. Bertrand, 1841-1854, t. V, p. 190.
[31]
Dénomination utilisée d’ailleurs, jusqu’au
xviie siècle, pour désigner l’océan
Atlantique.
[32]
A.-N. Vaillant,
Voyage autour du
monde exécuté pendant les années 1836 et 1837 sur la corvette La
Bonite
…, Paris, A. Bertrand,
1845-1852, chap.
i. C’est nous qui
soulignons.
[33]
J.-S.-C. Dumont d’Urville,
Voyage
de la corvette L’Astrolabe…,
op.
cit., p. XX.
[34]
C.-P.-T. Laplace,
Campagne de
circumnavigation…, op. cit., t. IV, p. 57.
[35]
Le fils du célèbre navigateur, lui-même
circumnavigateur.
[36]
H. de Bougainville,
Journal de la
navigation autour du globe de la frégate La Thétis, Paris, A.
Bertrand, 1837, p. 553.
[37]
Henri Lutteroth,
O-Taiti,
histoire et enquête, Paris, Paulin, 1843, 312 p.
[38]
Chambre des députés, séance du 9 juin 1843, intervention de M.
Boissy d’Anglas.
[39]
Clément-Adrien Vincendon-Dumoulin et Louis Desgraz,
Îles Taiti, Paris, 1844, p.
124.
[42]
Magasin Pittoresque,
1843, livraison 5, p. 36. Voir la carte ci-dessus.
[43]
AN, S.O.M, SG Océanie, carton 2, A16, lettre de Vincendon au
directeur des Colonies, s. d. [1843].
[44]
AN, série marine, BB/4/620, lettre de Dupetit-Thouars, n° 63,
12 juillet 1843. C’est nous qui soulignons.
[45]
AN, AP Guizot, copie d’une dépêche de Roussin à Guizot, 18 mars
1843.
[46]
AN, AP Guizot, note du directeur des Colonies au ministre de la
Marine, s. d. [1844]. C’est nous qui soulignons.
[47]
C.-A. Vincendon-Dumoulin et L. Desgraz,
Îles Taiti, op. cit., p. 5. C’est nous
qui soulignons.
[48]
Une longue histoire commence alors pour l’image du triangle
polynésien, image dont les géographies contemporaines ne se sont pas toujours
départies.