Genèses
Belin

I.S.B.N.2701131111
176 pages

p. 91 à 113
doi: en cours

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Dossier

no45 2001/4

2002 Genèses Dossier

Apprendre à dire l’espace

L’invention du triangle polynésien dans les récits de circumnavigation (1817-1845)

Hélène Blais
Cet article s’interroge sur la connaissance de l’océan Pacifique par les officiers de marine en mission et ses liens avec la colonisation française des îles polynésiennes (entre 1815 et 1845). Les tentatives de délimitation et la recherche de caractères propres à cet immense ensemble insulaire fondent les bases d’une représentation territoriale légitimée par une pratique du terrain et une observation méthodique. Cependant, on constate des décalages conséquents entre la géographie des voyageurs et celle qui est diffusée au moment de la prise de possession des îles, décalages qui mettent au jour une certaine indépendance du discours géographique par rapport au discours colonial. This article questions the knowledge naval officers on assignment had of the Pacific Ocean and its link to the French colonisation of the Polynesian Islands (between 1815 and 1845). The attempts to delimit this immense group of islands and to determine its particular characteristics laid the foundations for a territorial representation that was legitimised by practice in the field and methodical observation. However, sizeable gaps can be observed between the geography of the travellers and the one disseminated when France took possession of the islands, which bring to light a certain degree of independence in geographical discourse in relation to colonial discourse.
Grand Océan, Mer(s) du Sud, Océanie, Polynésie, mer Pacifique : les termes se rencontrent, se chevauchent, se recouvrent ou ne se recouvrent pas. Les manières de dire avertissent sur les glissements de sens. « Mer du sud » est déjà un peu vieilli au début du xixe siècle, et n’est utilisé que dans les récits de voyage les plus littéraires [1]. « Grand Océan », le plus communément employé, semble recueillir l’unanimité, à quelques exceptions près. Pour certains, le terme n’est pas neutre, et même porteur d’erreurs, « parce que, nous ne craignons pas de l’avancer, nulle partie de l’océan n’est au contraire plus restreinte que cet espace semé d’écueils, de peu de profondeur, et d’une navigation dangereuse » [2]. La discussion est infinie, et chacun peut y apporter de nouveaux arguments. La multiplicité des expressions, aussi vagues soient-elles, dit malgré tout la volonté de saisir un espace dans son ensemble, et ceci avec la crainte, présente à l’esprit des voyageurs, de le dénaturer par un terme inexact. Cette multiplicité peut aussi être interprétée comme l’écho d’un espace aux contours flous, sans définition. Dans la représentation de l’océan Pacifique qu’expriment les voyageurs, il est difficile de mettre en avant une vision unifiée d’un espace cohérent ou continu. Il est impossible de désigner d’emblée une région ou un territoire [3]. Ainsi l’océan est une étendue, un espace dont la continuité pose question.
Dans la première moitié du xixe siècle sont organisées par la marine française une dizaine de campagnes maritimes autour du monde [4]. La multiplicité des domaines scientifiques abordés par les voyageurs au cours de leur voyage s’inscrit dans la tradition universaliste du Siècle des lumières. En même temps, chaque expérience de voyage est ancrée dans le local, le particulier. Si l’objet de la science est alors de passer du particulier à l’universel, si les instructions le disent et si les voyageurs y croient, il n’en reste pas moins que le terrain du voyage est reconnu comme le seul moyen de bâtir une connaissance positive [5]. L’empirisme qu’impose la pratique du voyage s’accorde ainsi relativement bien avec les consignes des savants, et l’espace géographique parcouru dans le temps du voyage constitue ainsi un artéfact, une condition de la pratique de la science. La question est alors de comprendre comment cet espace devient simultanément un objet d’étude, comment il est reconnu, distingué, identifié, et à quelle échelle il est considéré. Par leur pratique de la science, les voyageurs construisent une image de l’océan Pacifique. C’est celle-ci, représentation et savoir, que l’on voudrait interroger.
Les voyageurs du xviiie siècle ont dépeint avec enthousiasme un océan de découverte, où l’île devenait le réceptacle de toutes les utopies des Lumières. La Nouvelle-Cythère, île de Tahiti nommée par Louis-Antoine de Bougainville, symbolise (et schématise) cette approche des îles du Pacifique. Sous la Restauration et la monarchie de Juillet, les tours du monde de la marine française ne se font plus dans les mêmes conditions. Sur des navires assez semblables, avec des instruments de mesure similaires, les officiers de marine français, qui voyagent désormais sans embarquer de savants civils [6], abordent le Pacifique dans un contexte différent, où la rivalité avec l’Angleterre et le souci de retrouver le prestige d’une marine défaite pendant les guerres napoléoniennes jouent un rôle de premier plan. Les missions sont dites scientifiques, mais la science n’exclut en rien la prospection coloniale. La géographie est au centre des interactions qui s’exercent entre ces deux objectifs. Le savoir géographique qu’élaborent les voyageurs est lié, dans une certaine mesure seulement, à ces impératifs. La question se pose, notamment, si l’on compare la géographie des voyageurs à l’image des toutes nouvelles colonies de Tahiti et des Marquises, telle qu’elle se forme en 1842.
Dans cet article, nous voudrions montrer comment s’élabore une connaissance du Pacifique comme région, entre le moment des derniers grands tours du monde à la voile (1817-1840) et celui des premières prises de possession française en Océanie (1842). Les travaux de ces circumnavigateurs contribuent-ils à élaborer un savoir particulier sur l’océan Pacifique ? Permettent-ils aux contemporains, voyageurs, savants et gens du monde, de connaître l’océan Pacifique comme un espace qui serait doté de caractéristiques précises, qui pourrait être défini, nommé précisément et délimité ? En quoi ce savoir et les représentations du Pacifique que l’on diffuse au moment de la colonisation, en 1842, sont-ils liés ? C’est en analysant la manière dont se met en forme le discours sur l’espace de l’océan Pacifique que l’on peut mettre en lumière les modalités de l’élaboration d’un savoir géographique sur le Pacifique.
La réflexion autour des limites de l’Océan, la recherche analogique de caractéristiques et les tentatives pour donner consistance et unité à un espace d’abord vécu sont trois directions qui seront explorées ici dans la mesure où elles sont liées à l’invention d’un ensemble territorial. Elles apparaissent dans les récits de voyage, et trouvent un certain écho dans le discours politique propre au moment de la colonisation, discours dans lequel l’image retenue du Pacifique renvoie à la flexibilité du savoir élaboré sur un espace en construction.
 
Délimiter l’Océan
 
 
Tentatives d’encerclements
L’espace de l’océan Pacifique défie par son immensité la conception traditionnelle des espaces maritimes, considérés sur le modèle de la Méditerranée, comme des mers fermées, ou du moins aisées à cerner. L’océan Atlantique relie deux continents. C’est moins clair pour le Pacifique, dont on peut discuter indéfiniment des limites orientales, sans parler de son extrémité méridionale. La tentative pour en définir les limites est pourtant un exercice récurrent dans le discours des voyageurs. Le géographe Conrad Malte-Brun en a établi un contour en 1813 [7], dont le tracé évolue d’ailleurs légèrement d’une édition de la Géographie Universelle à l’autre. Les voyageurs s’y réfèrent, sans s’attarder trop longuement sur la discussion. Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville s’appuie explicitement sur C. Malte-Brun, et sur la rectification apportée par André Brué à la deuxième édition de la Géographie Universelle, pour définir ce dont il parle dans une « Notice sur les îles du Grand Océan » : « Nous désignerons par Océanie l’ensemble des îles grandes ou petites, éparses à la surface du Grand Océan, nommé par différents navigateurs Océan Pacifique [8]. » Océanie, Grand Océan, Océan Pacifique : les deux derniers termes désignent l’espace maritime, le premier renvoie à un contenant, à ce que l’espace contient de terres. Cependant, dans sa définition globale, et sans entrer dans les détails d’échelles, l’espace de l’océan Pacifique reste assez simple à présenter.
Certaines mises au point sont pourtant nécessaires pour qualifier l’objet décrit. René-Primevère Lesson, le pharmacien de l’expédition de Louis-Isidore Duperrey, dans le volume de zoologie du voyage de la Coquille, commence par une présentation du Grand Océan, pour lequel il précise d’emblée :
« Adoptant la manière de voir de plusieurs géographes modernes, nous appelons Océanie les îles innombrables qui sont éparses dans le grand Océan, et Polynésie toutes les îles qui forment ce qu’on appelle les archipels d’Asie […]. Quelques autres écrivains, au contraire, ont transposé ces noms. Il suffit qu’on soit averti pour comprendre ce que nous appelons Océanie et Polynésie [9]. »
C’est là une distance prise avec la géographie du président Charles de Brosses qui, le premier, a désigné par Polynésie les îles que R.-P. Lesson englobe au contraire dans l’Océanie. C. Malte-Brun a préféré des divisions plus « savantes », selon ses propres termes, évoquant une partie occidentale et une partie orientale, alors que le terme d’Océanie désigne l’ensemble de l’espace de l’océan Pacifique. Ce qui est notable ici, c’est la désinvolture affichée avec laquelle R.-P. Lesson éloigne le problème en le réduisant à un simple accord normatif (« il suffit qu’on soit averti… »). Dans cet espace, il faut adopter des conventions ; mais elles ne sont apparemment fondées sur aucun présupposé idéologique. Les choses sont telles qu’on décide de les nommer.
De fait, la limite méridionale reste le problème principal de la délimitation de l’ensemble océanien. Au sud, les limites de l’océan Pacifique sont souvent exprimées de façon plus sensitive que topographique. Les navigateurs expriment une limite ressentie, symbole de rudesse, de froid et de désert humain, mais qui ne se traduit pas par une ligne précise. Décrivant le Grand Océan, Cyrille-Pierre-Théodore Laplace note : « Au sud de nous se déployait l’immense mer australe, avec ses terres douteuses […] [10]. » Le problème de la zone antarctique ne peut être appréhendé que difficilement avant les explorations polaires lancées par J.-S.-C. Dumont d’Urville à la fin des années 1830. R.-P. Lesson donne ainsi pour borne « la zone glaciale australe », ce qui reste assez flou, à l’image de la plupart des textes qui négligent d’ailleurs d’en parler. J.-S.-C. Dumont d’Urville, l’un des premiers, dès 1832, ose trancher en définissant une limite méridionale, qu’il trace en s’appuyant sur une ligne géométrique, celle du 50e parallèle sud. Un nouveau sillage est tracé. En 1837, la Géographie Universelle qui avait négligé le sujet dans les éditions précédentes, établit une limite au sud, le long du 55e parallèle.
Cette question de la limite sud de l’Océan conduit les voyageurs à s’interroger sur le sens même de cette délimitation. L’Océan, par son immensité, par sa matière (beaucoup plus d’eau que de terre, ce qui, même pour des marins, déconcerte) et par son absence de bornes, pousse à s’interroger sur le mode même de la description géographique. Ainsi, J.-S.-C. Dumont d’Urville témoigne d’une certaine modernité dans le regard qu’il porte sur sa propre délimitation. Alors que les descriptions des bornes sont faites la plupart du temps au fil de la plume, comme un tracé au crayon qui ne serait que l’évidence même, l’officier note à propos des limites nord, est et sud de l’Océan : « Ces trois limites sont purement systématiques, attendu qu’on ne trouve plus d’habitants dans toute cette surface, au-delà du 23e degré de longitude ouest, enfin du 47e degré de latitude sud. » Systématique s’entend ici dans le sens d’artificiel, de gratuit aussi. Les limites, aux yeux de J.-S.-C. Dumont d’Urville, font sens pour et par les répartitions humaines. Quand il n’y a pas d’êtres humains, les tracés deviennent très arbitraires. C’est une conception des frontières qui s’exprime là, de frontières comprises traditionnellement comme limites entre des groupes humains aux caractéristiques différentes. On peut comprendre alors la difficulté qu’éprouvent les contemporains à leur donner un sens dans des espaces désertiques. Les limites du Pacifique sont finalement peu importantes, dès lors qu’on se trouve dans des zones inhabitées. Cependant, la nécessité d’en proposer indique la volonté de cerner un ensemble.
Délimitations internes
Cette vision d’ensemble de l’océan Pacifique entraîne, chez certains voyageurs, une volonté de penser l’ensemble comme un espace organisé, voire hiérarchisé. Aux problèmes de délimitations générales s’ajoutent donc ceux de délimitations internes, ou de différenciations à l’intérieur même de l’espace considéré. Les naturalistes Adophe Lesson et Garnot [11] établissent dans le Grand Océan des divisions entre îles basses et îles hautes, qui correspondent à une volonté de classer les formes de manière rigoureuse. Le terme de « division » apparaît à plusieurs reprises sous la plume d’A. Lesson, et la typologie de formes s’affine au fur et à mesure de sa description, puisqu’il en vient à désigner les « motous simples, les motous à lagons et les plateaux [12] ».
Mais surtout, des différences spatiales au sein de l’ensemble de l’Océan apparaissent, par l’élaboration de typologies régionales, sur des critères différents. Cette nouvelle division est essentiellement le fait de J.-S. C. Dumont d’Urville, particulièrement intéressé par l’observation des populations. Il établit des régions internes en se fondant sur les « races », en fonction des observations qu’il a faites sur les populations rencontrées [13]. Ces divisions sont l’Océanie orientale, ou Polynésie, qui se limite « aux peuples qui reconnaissent le Tapou » [14], l’Océanie boréale, ou Micronésie, qui comprend « toute la race cuivrée », l’Océanie occidentale, ou Malaisie, « îles communément connues sous le nom d’îles orientales », et enfin l’Océanie australe, ou Mélanésie « formée par les grandes îles de la Nouvelle-Hollande et toutes les terres qui l’environnent », « patrie de la race noire océanienne ». J.-S.-C. Dumont d’Urville est cependant l’un des rares officiers de marine à s’intéresser de si près aux peuplements et aux différences de peuplement dans les îles de l’océan Pacifique. Il en fait, on le voit, un critère de différenciation géographique, ce qui représente, comparé aux autres recherches, une démarche originale dans l’océan Pacifique [15]. Les autres navigateurs sillonnent le Pacifique dans tous les sens et ne représentent un ensemble géographique que par des mises en relations analogiques, essentiellement fondées sur l’observation de la nature, des paysages et milieux insulaires.
 
Caractères et signes particuliers
 
 
La question est de savoir dans quelle mesure ce Grand Océan, dont tous parlent, constitue effectivement un espace unifié ou cohérent pour ceux qui, essentiellement, ne font que le traverser. Des remarques, éparses et non ordonnées, laissent penser que l’Océanie recèle une identité, à laquelle les voyageurs peuvent faire incidemment référence, surtout sur des points précis, et le plus souvent sans l’expliciter. Le savoir fragmentaire, accumulé lors de ces circumnavigations, trouve-t-il une unité spatiale dans son expression, chez les voyageurs et auprès de leurs rapporteurs ? L’empirisme de la démarche des officiers est ici fondamental : c’est d’abord en disant leur expérience de navigation qu’ils structurent l’espace parcouru. Décrivant une rivière en Tasmanie, J.-S.-C. Dumont d’Urville note, rapidement : « Seulement, comme cela arrive presque toujours dans les îles de l’Océanie, le cour de ces torrents se resserrent, la pente devient rapide […] [16]. » Aucun exemple ni aucune démonstration ne viennent étayer cette assertion, qui est peut-être une simple intuition, le résultat d’observations circonstanciées et non pas d’ordre théorique.
Le voyage est en effet avant tout un itinéraire, une ligne que les voyageurs matérialisent d’ailleurs par la figuration de la route de leur navire, sur des planisphères centrés sur le Pacifique et dans lesquels se perdent une ou deux petites lignes transversales. Passer de cette ligne vécue dans le voyage à des considérations sur un espace plan, large et indéfini, n’a rien d’évident et suppose une construction mentale dont on peut s’attacher à identifier quelques étapes.
Procédés analogiques
Pour des espaces inconnus, sans références, l’analogie est un moyen pratique d’identification. Le Grand Océan, aux yeux des voyageurs, est d’abord doté des caractères que met en avant la comparaison. Ce sont des ressemblances avec des terres d’ailleurs, certes, mais aussi et surtout des comparaisons entre ce qui est vu et ce qui vient d’être vu, dans le cours de la navigation, qui conduisent à produire la vision d’un ensemble.
C’est d’abord un espace où, grossièrement, tout se ressemble :
« Sur toutes les îles du Grand Océan, nous trouvâmes les mêmes productions végétales, et le plus souvent les mêmes noms pour les désigner. C’est ainsi que les vallons si pittoresques, mais à la longue si monotones, des Sandwich, et de la reine des mers du Sud, Taiti, si éloignés, produisent abondamment le taro, l’igname, la pomme de terre […] [17]. »
En se battant contre l’immensité, les distances, et en attirant l’attention sur la communauté des espèces végétales, les auteurs s’accordent tacitement sur l’unité de « toutes les îles du Grand Océan », unité forgée par la ressemblance, avouée ici d’ailleurs dans sa forme la plus dépréciative, la monotonie. Le thème est d’ailleurs fréquent dans les récits de voyage, où chaque île représente un but enfin atteint, mais aussi l’idée d’une même découverte recommencée. Dans l’océan Pacifique, les navigateurs n’échappent pas à cette impression, plus vive même que partout ailleurs puisqu’il n’y a que des îles à rencontrer. Mais c’est cela même qui semble forger la caractéristique première de cette zone, traversée différemment mais avec toujours la même impression globale, et certes vague, d’un océan, « semé » [18] d’îles.
Les récits de voyages impliquent certes une réécriture a posteriori, peut-être propice à la généralisation, mais les journaux de bord témoignent aussi de cette construction, alors que toute nouvelle île est identifiée par comparaison avec les précédentes dans l’ordre du voyage. Parvenu à Eiméo [19], île voisine de Tahiti, Roquemaurel, officier à bord de l’Astrolabe, note dans son journal :
« L’île d’Eiméo est aussi belle, et plus accidentée que celle de Tahiti […]. Une large brèche qui existe dans le cratère d’un côté forme une magnifique vallée dont l’aspect peut être comparé à celui du hâvre de Noukouhiva [îles Marquises]. Ici comme à Tahiti, la nature étale jusqu’aux montagnes un riche manteau de verdure […] [20]. »
Le procédé de description laisse percevoir le mode d’appréhension de l’espace, référé à l’île de Tahiti, visitée quelques jours plus tôt par l’Astrolabe, et à l’une des îles Marquises, où l’expédition a accosté quelques semaines auparavant. À quelques nuances près, ces comparaisons permettent d’établir avant tout la ressemblance. C’est ce qui frappe d’abord le voyageur, et qui contribue indubitablement à l’idée d’une unité dans le Grand Océan.
Ce principe d’unité est tel, que lorsque des différences sont constatées entre deux archipels, elles ont tendance à être interprétées en termes d’anomalie :
« Les îles Marquises ne sont point entourées de récifs […] et sous ce rapport, elles présentent un contraste remarquable avec les archipels si voisins des Pomotou et des îles de la Société. Cependant, leurs rivages sont souvent entourés de masses arrondies de coraux, et bien qu’il n’existe pas de récifs proprement dits, les fonds sont encombrés de coraux sous-marins […]. Il est probable que ces îles seront enveloppées plus tard d’une côte de récifs [21]. »
Le terme de « contraste » dit bien combien la particularité se révèle d’abord sur une unité présupposée. Cette dernière est considérée comme si évidente que la différence entre les deux archipels est donc appelée à s’annuler avec le temps. Sans discuter l’argumentation scientifique, on peut relever ici le mode de présentation du problème, qui pose un contraste avec des îles « voisines », pour caractériser l’île, tout en réduisant immédiatement cette différence. Tout se passe comme si l’on considérait, par principe, une ressemblance entre les îles, une identité morphologique nécessaire, dans le vague et subjectif territoire du « voisinage ». L’explication se fonde, quoi qu’il en soit, sur cette idée. Par des projections sur le long terme, le paysage s’uniformise, jusque dans sa constitution géologique.
Ainsi, la comparaison commence à grande échelle, en général en considérant un archipel, puis s’étale d’espaces en espaces. A. Lesson, dans la relation de voyage de la Coquille qu’il publie indépendamment de la relation officielle, entame un paragraphe sur les Pomotou par des considérations sur les ressemblances observées au cours de la croisière : « Toutes les îles que nous longeâmes se ressemblent par leur aspect extérieur, toutes semblent être le résultat de bandelettes d’un calcaire saxigène, reposant sur les contours des sommets des montagnes sous-marines […] [22]. » Suivent quelques lignes sur les ressources végétales de ces îles, et leur peuplement, puis l’auteur conclut : « Toutes les îles basses de la mer du Sud, en effet, quelle que soit la petitesse de leur circonférence, deviennent habitables et reçoivent des colons dès que le cocotier peut produire [23]. » On passe donc rapidement d’observations à l’échelle de l’archipel à des constats généraux, à l’échelle de la mer du Sud. Ce sont des vérités générales qui permettent dans ce contexte de comprendre le fonctionnement d’îles particulières, ici les Pomotou. Le voyageur cherche à mettre en lumière une unité dans l’océan Pacifique et celle-ci passe par un constat sur les caractères communs des îles basses, îles que l’on retrouve sur toute l’étendue considérée.
Une nature homogène
L’observation de la nature est l’une des clés de cette homogénéité suggérée. On l’a vu dans le propos de A. Lesson et Garnot cité ci-dessus, qui énumèrent un nombre impressionnant de plantes communes à toutes les îles du Grand Océan. J.-S.-C. Dumont d’Urville, s’intéressant à la flore des Marquises, note : « C’était bien les mêmes espèces que j’étais habitué à voir dans toute l’Océanie [24]. » C’est là un lieu commun dans le discours des voyageurs, moins dans la description des plantes comestibles, plus spécialisée, que dans l’évocation d’un paysage à la végétation luxuriante et prodigue. Ce paysage, les voyageurs en font un instrument de caractérisation spatiale. Le terme « habitué » dit bien l’appropriation de ce paysage, devenant familier par la simple observation de la répétition.
La géographie des plantes est de manière générale déterminante dans toutes ces considérations. J.-S.-C. Dumont d’Urville, en 1830, tente ainsi d’expliquer des différences, minimes, par des étapes systématiques. Il parle depuis la Nouvelle-Zélande :
« De nouveau, je fus frappé de la ressemblance qui existe, pour le ton général, entre la végétation de cette partie du monde et celle de la Polynésie. D’un côté, on ne peut disconvenir que la Nouvelle-Zélande reproduit plusieurs espèces de l’Australie, malgré les différences qu’offrent entre elles au premier coup d’œil les Flores de ces deux contrées. Cette double observation conduit naturellement à penser que la Nouvelle-Zélande, malgré sa haute latitude, présente un système de végétation intermédiaire entre celle de la Polynésie et celle de la Nouvelle-Hollande, une sorte de transition de l’une à l’autre [25]. »
J.-S.-C. Dumont d’Urville témoigne d’une surprise renouvelée dans ce constat, surprise qui montre bien que l’unité de l’océan Pacifique n’a rien d’évident a priori. L’auteur aurait tendance à relier, du fait de la proximité géographique, la Nouvelle-Zélande à l’Australie, et uniquement à elle. L’observation des plantes le conduit pourtant à changer d’échelle, à considérer dans un même ensemble toutes les îles depuis l’Australie jusqu’à la Polynésie, ensemble dans lequel lui apparaissent très clairement des ressemblances, des glissements, des migrations.
Liés aux plantes, il y a les sols, et les formations géologiques, qui sont des critères essentiels dans la caractérisation des îles du Pacifique. L’Océanie insulaire se caractérise par deux formations principales, les îles hautes et les îles basses. Ce couple forme un ensemble, dans lequel, nécessairement, toute île décrite doit s’intégrer. « L’île de Maita est le cratère d’un volcan éteint qui a surgi des bas- fonds de cette partie de l’océan pacifique, et sous ce rapport, toutes les îles vraiment océaniennes partagent sa constitution géologique […]. Les terres hautes sans exception sont le résultat d’éruptions volcaniques [26]. » Ce qui fait le caractère des îles « vraiment océaniennes », c’est donc une origine commune. Il y a bien là affirmation d’une caractéristique identitaire. En insistant sur le caractère indiscutable de son constat, l’auteur lisse et parfait son ensemble, qui ne souffre aucune aspérité, et qui peut donc être pensé comme un tout. La preuve en est d’ordre géologique, donc scientifique, et se présente de fait comme indiscutable.
De même, dans la vision d’un océan formé par la scission d’un seul continent, que prouveraient les parallélismes formels établis entre les côtes américaines et les côtes asiatiques [27], existe l’idée que cet espace, creusé pour ainsi dire dans une même croûte terrestre, ne forme qu’un ensemble. Quand les voyageurs cherchent à comprendre la formation des îles océaniennes, ils présupposent presque systématiquement une identité d’origine de structure. Cette identité n’est jamais vraiment discutée, ni d’ailleurs affirmée, mais elle témoigne de l’idée préconçue d’un « ensemble océanien », dirions-nous pour ne pas prendre le risque de dépasser cette pensée. Ce qui importe ici, c’est la volonté, consciente ou pas, d’harmoniser un espace discontinu et d’y établir une continuité, qu’elle soit de l’ordre de l’histoire géologique ou de celui de la géographie des plantes. D’ailleurs, même ceux qui contestent l’idée d’un ancien continent démembré à l’origine des archipels océaniens peuvent en retenir l’image, si utile comme principe explicatif ou hypothèse de départ dans tout discours sur l’océan Pacifique. C’est le cas par exemple du médecin de la campagne de l’Astrolabe et la Zélée, qui, recherchant les centres de peuplement de l’Océanie, rejette l’idée d’un continent autrefois émergé, mais note cependant : « Une grande étendue d’îles couvrant un vaste océan peut donc être considérée comme un continent développé de l’équateur au pôle, ou occupant, de l’Est à l’Ouest, une large bande de méridiens [28]. » L’océan Pacifique est ainsi pensé comme espace continental ; par analogie avec les seuls espaces de dimensions apparentes identifiés à la surface de la terre. Ce qui importe dans ces démonstrations, c’est de considérer une unité, comme hypothèse de travail, puis d’en trouver des caractéristiques. Il suffit ensuite de mettre en avant des caractères communs aux éléments de cet ensemble.
Très fréquemment, une unité supposée, mais non prouvée, guide les remarques d’ordre général qui s’attachent à qualifier l’Océanie. C’est d’ailleurs plus souvent l’Océanie, comme ensemble d’îles, que l’Océan comme espace liquide qui est en question, les caractères maritimes ne faisant l’objet d’aucune synthèse. Des caractéristiques communes sont avancées pour décrire un espace, mais aucune généralisation globale ne prévaut. Pour de nombreux voyageurs, l’espace parcouru est un espace en construction. Dans le champ géographique occidental, l’océan Pacifique semble en voie d’invention, plus que de définition. Son appréhension est extensive, et c’est d’abord l’expérience des voyageurs qui semble déterminante dans la description d’un ensemble cohérent.
 
La construction par l’expérience
 
 
Une mer immense et fragmentaire
Dans la description de l’océan Pacifique, ce sont donc les îles qui retiennent l’attention, îles surgies n’importe où, sans ordre et par hasard aux yeux de la plupart des navigateurs. Les récits de voyages s’ordonnent autour des relâches, alors que les passages consacrés aux grandes traversées, entre deux chapitres, se réduisent à quelques lignes précisant la durée et les conditions météorologiques de passage entre deux archipels.
Mais si la mer est secondaire, elle ne peut cependant être évacuée des qualifications données à l’océan Pacifique. Si elle ne semble pas intéresser directement les voyageurs (du moins dans leur discours, sur le principe qu’il n’y a rien à en dire), elle apparaît malgré tout au premier plan comme un passage obligé de la relation du voyage. L’océan Pacifique est d’abord vécu lors d’une traversée. C’est un lieu de passage, plus qu’une destination en soi, et chaque voyageur le décrit plus ou moins comme un obstacle, ou du moins comme un motif d’appréhension. La mer est d’abord ce qui sépare des îles.
L’océan Pacifique est un espace maritime immense, certes, mais surtout dangereux. C.-P.-T. Laplace, dont l’Artémise a échoué à Tahiti, est particulièrement prévenu contre cette mer. Il la présente lui aussi comme un espace de passage. Depuis la Tasmanie, il écrit : « Alors s’ouvrit devant nous cette mer presque sans bornes et que nous devions parcourir d’une extrémité à l’autre, cet immense océan Pacifique, avec ces archipels entourés de milliers d’écueils [29]. » On notera que l’Océan n’a pas de bornes, mais quand même des extrémités. C’est bien là l’expression d’un espace mal circonscrit, cependant connu dans une de ses longueurs, celle de la traversée entre l’Asie et les côtes américaines. Le terme d’immensité revient de manière récurrente dans les passages consacrés à l’Océan. C’est sa caractéristique principale, et presque unique.
À partir de ces considérations, le marin, comme s’il était perdu, a rapidement fait d’accuser cette mer de tous les dangers. Un espace mal maîtrisé est naturellement dangereux. L’autre topos, qui accompagne celui de l’immensité, est relatif aux risques de la traversée. Tous les navigateurs parlent des cartes imparfaites et fausses, et de la navigation difficile dans ces mers. Le naufrage, avec ses célèbres antécédents, guette le navigateur « sur les récifs toujours grondants qui défendent ces terres basses et isolées contre la fureur de la houle de l’Océan [30] ». L’obstacle se précise par les récifs qui, plus que les distances encore, éloignent des buts poursuivis, les îles.
L’immensité apparaît décidément comme le critère ultime de la définition de cet océan. Jean-Baptiste Marcellin Bory de Saint-Vincent se refuse à l’appeler Grand Océan, du moins pour sa partie orientale, en raison de la multiplicité d’écueils et donc de la surface restreinte disponible pour la navigation. La caractéristique « grand » lui semble inappropriée à qualifier un espace qui est au contraire, selon lui, largement interrompu par des îles. Mais ce n’est là qu’un point de vue bien raisonné, qui résulte de l’observation de la carte plutôt que du voyage. À cela résistera longtemps le bon sens, et surtout l’expérience directe des voyageurs, qui conduisent à nommer l’océan Pacifique d’abord par l’impression qu’il donne à ceux qui le traversent, celle d’un « grand Océan » [31].
C’est d’ailleurs cette expérience même qui donne sens à l’unité océanienne. Certains textes rendent bien compte de cette construction empirique. C’est par les voyages, justement, que se construit l’océan Pacifique. Dans les récits d’explorations terrestres, l’espace s’agrandit souvent au fur et à mesure des avancées des explorateurs. Il y a comme un front pionnier que l’expérience fait reculer, dans une dynamique adaptée à l’idée occidentale de la « découverte » du monde. Le processus est similaire dans la représentation de l’océan Pacifique.
Dans le rappel des grandes expéditions en guise d’introduction au voyage de La Bonite, le rédacteur énumère les dernières circumnavigations et leurs résultats, si riches, pour terminer sur la mission de J.-S.-C. Dumont d’Urville en 1826-1829, et notamment ses travaux hydrographiques « dont l’océan pacifique fut le théâtre, et qui ont fait de la Polynésie une des grandes divisions géographiques du monde [32] ». Tout se passe comme si c’étaient les travaux hydrographiques, et plus largement les observations diverses qui faisaient, qui inventaient la Polynésie. La vision exprime un point de vue étroitement européen, et évidemment fortement teinté d’impérialisme. Mais au-delà, la formulation montre la volonté de faire quelque chose des observations dispersées, de leur donner sens, ne serait-ce qu’en les rattachant à une grande œuvre géographique, celle du découpage du monde. J.-S.-C. Dumont d’Urville, dans la relation de voyage évoquée, ne dit d’ailleurs pas autre chose. Cédant lui aussi à l’exercice presque obligatoire qui consiste à rappeler les voyages précédents, en leur rendant hommage, il conclut : « C’est ainsi que l’Océan-Pacifique se peuple successivement des îles suivantes, que j’ai réunies sous la forme d’un tableau [33]. » L’idée est la même, que l’océan Pacifique ne prend existence que par la découverte et la reconnaissance des voyageurs, que c’est dans l’expérience du voyage même que l’espace se construit. C’est dans la somme des îles reconnues, dans l’accumulation que se dessine un ensemble. Pour ces voyageurs du xixe siècle qui n’espèrent plus de découvertes importantes, il reste à faire, c’est-à-dire à dessiner, à représenter exactement un espace dont le nom est encore vide de sens, ou trompeur. Les reconnaissances doivent permettre d’établir des divisions géographiques, de tracer des limites sur une carte, de nommer des archipels. C’est en ce sens que se construit un espace, mieux délimité, mieux nommé, et dont la représentation globale devient possible.
La description de l’océan Pacifique passe généralement par le rappel des expériences précédentes. C’est un moyen unique d’appréhender un espace dessiné en pointillé, dans lequel rien d’autre ne permet d’homogénéisation globale. La référence constante aux voyages précédents joue un rôle de construction, permet d’établir une matrice, que l’accumulation des données contribue à renforcer. Si les voyageurs se réfèrent ainsi à leurs prédécesseurs, c’est, entre autres raisons, pour donner cohérence à leurs observations fragmentaires, inscrites ainsi immédiatement dans un espace continu.
D’ailleurs, même ceux qui n’ont pas d’expérience propre à ajouter peuvent se plier au jeu, dans un souci de continuité du récit qui va au-delà du récit de l’expérience, et qui traduit l’importance de la description d’un espace plein, jalonné par ses îles. C.-P.-T. Laplace, sur la Favorite, ne fait aucune escale entre la Nouvelle-Zélande et les côtes sud-américaines. Il consacre pourtant dans sa relation de voyage un chapitre à la « Traversée du grand Océan », dans lequel il décrit une à une les îles les plus célèbres, et disserte sur les ravages du temps dans la Tahiti de L.-A. de Bougainville. Il dresse à son tour un véritable tableau, selon le terme qu’il emploie lui-même, de la Polynésie, pour finalement préciser : « Toutes ces terres étaient beaucoup trop loin de notre route pour qu’il nous fût permis de les visiter [34]. » La description n’est pas le fruit d’observations, ou d’expériences personnelles, mais d’habitudes de lectures inhérentes à la pratique du voyage. Il semble inconcevable d’écrire un tour du monde sans s’arrêter sur cette Polynésie. Cette région du monde représente aussi un passage obligé dans la littérature de voyage, et c’est là qu’apparaît le Pacifique, comme ensemble indispensable à la relation d’un tour du monde.
L’océan Pacifique se détermine ainsi par le discours que les voyageurs portent sur lui. En s’inscrivant dans une expérience recommencée de voyages, dans une série continue, on brise l’impression fragmentaire qui domine chaque mission. Il convient donc de rappeler les précédents, mais aussi d’inscrire son propre voyage dans une série qu’il ne clôt pas, puisque l’Océan n’est pas encore « complet ». Hyacinthe de Bougainville [35], en envisageant la possibilité d’une carte générale de l’océan Pacifique, en 1837, rappelle bien que le travail n’est pas achevé, même s’il doit l’être très bientôt. Ce qui importe, c’est d’avoir quadrillé intégralement tout l’espace de l’Océan : « Il n’y aura bientôt plus dans ces mers de parages qui n’aient été traversés [36]. » Le terme de « parage » est naturellement un peu flou. Il s’applique ici tout particulièrement à des environs maritimes, des espaces non bornés, sur un ensemble non quadrillé. Quoi qu’il en soit, pour que la carte, symbole d’une connaissance achevée, soit possible, il faut une expérience totale du parcours de l’espace. H. de Bougainville, dans cet objectif, suggère d’avoir recours aux matériaux les plus divers, c’est-à-dire aux informations des navires étrangers et surtout des bâtiments de commerce, alors les plus nombreux à sillonner l’Océan. C’est sur cette expérience extensive, et uniquement sur elle, que se fonde la légitimité à représenter l’océan Pacifique.
Dans cette représentation de l’Océan, liée à l’expérience physique qu’en ont les voyageurs, se dessine ainsi une région qui est d’abord un terrain d’expérience, une sorte de laboratoire dans lequel les voyageurs poursuivent, d’un voyage à l’autre, les observations entreprises, dans des conditions similaires, et dans lequel donc se constitue un savoir. Les titres des ouvrages qui racontent ces expériences, et qui s’appellent presque tous Voyage autour du monde…, renvoient d’ailleurs un écho de cette répétition particulière : c’est à la fois le même voyage et un voyage singulier qu’accomplissent les voyageurs. Et c’est dans la singularité sur le même terrain et dans la continuité que s’élabore une connaissance du Pacifique. Chaque voyage contribue ainsi à renforcer l’unité de l’océan Pacifique dans les esprits, unité qui tient aussi au fait que les observations et les collectes sont inscrites dans une continuité, dans un même ensemble de savoirs liés à l’exploration de cette zone.
Cette représentation de l’océan Pacifique, à l’aube des années 1840, est le fruit d’une expérience de voyages largement médiatisée, dans laquelle la pratique scientifique des voyageurs est un objet central. Celle-ci contribue à l’élaboration d’une géographie du Pacifique. Cette connaissance est diffusée, et relativement accessible grâce aux comptes rendus multiples que font les journaux et les revues de ces relations de voyages. Elle est précisément évoquée et citée au moment où la France prend possession d’îles dans le Pacifique, moment qui, chronologiquement, suit très exactement cette série de circumnavigations. La question est alors de savoir quel est l’usage de cette représentation géographique de l’océan Pacifique, et dans quelle mesure elle peut apparaître comme cohérente, ou non, avec les agissements politiques et militaires de la France dans cette région du monde, dans les années qui suivent immédiatement ces grands tours du monde à la voile.
De l’espace insulaire au territoire polynésien
En 1842, Abel Aubert Dupetit-Thouars, qui a lui-même mené une campagne de circumnavigation entre 1836 et 1839, prend possession au nom de la France des îles Marquises, puis de Tahiti. La nouvelle, qui est en partie une surprise, provoque des remous en France. Les députés s’affrontent sur ce thème, les articles se multiplient dans les revues, et plusieurs ouvrages entièrement consacrés aux nouvelles colonies sont publiés entre 1843 et 1845.
Ainsi, c’est au moment de la colonisation française des îles que se fige une certaine manière de voir l’espace de l’océan Pacifique. Le débat autour de la pertinence du choix des îles océaniennes conduit à des prises de position qui mettent en avant des considérations géographiques. Le débat est ouvert à la Chambre des députés dès réception de la nouvelle, en mars 1843. Il se poursuit durant plusieurs mois, et trouve un large écho dans les journaux et les revues. L’Océanie tombe alors pour ainsi dire soudainement dans le domaine public, sans que ceux qui prennent part au débat ne puissent connaître cette partie du monde de source directe. Aussi, les argumentaires stratégiques, économiques et politiques reposent en grande partie sur ce que l’on veut bien alors retenir de la géographie des voyageurs. L’expérience des navigateurs est la source d’un discours sur les îles qui est aussi varié qu’il y a de positions différentes. Le débat ne porte pas alors sur la légitimité de la colonisation, mais sur le choix particulier de ces îles plutôt que d’autres. Les opposants à l’entreprise coloniale soulignent l’isolement, l’éloignement et la vanité de ces territoires. La vacuité des territoires dont a pris possession la France est mise en valeur par les littérateurs :
« La Polynésie ou l’Océanie orientale est de toutes les grandes divisions du globe celle qui offre la plus petite superficie en terre, malgré l’espace énorme sur lequel sont disséminées ces innombrables îles [37]. »
Ce type de raisonnement vise en général à montrer que cette étroitesse territoriale est le support d’une faible population, de vallées étroites et de productions réduites, autant d’éléments qui vont contre l’idée de la grandeur d’une civilisation, selon les critères occidentaux. À cette petitesse essentielle s’ajoute l’argument de l’isolement, lui aussi repris à l’envi par les opposants à la politique coloniale de la France :
« Cette idée d’entrepôt tombe devant un simple fait géographique : c’est que ces îles sont à 1 600 lieues de la côte occidentale de l’Amérique, elles deviendront inutiles dans le cas même où l’on parviendrait à percer le canal de Panama […] [38]
L’isolement est ici présenté comme un « fait géographique », c’est-à-dire comme un fait indiscutable. L’idée est surtout celle de l’éloignement, de distances incompressibles, quelles que soient les routes utilisées. Les îles sont décidément trop loin.
Pour répondre à ces objections, le discours officiel dessine un espace océanique adapté aux besoins de la colonisation. Il chante les louanges de la luxuriance des îles tropicales et d’une nature parfaitement adaptable aux besoins européens. Mais surtout, pour ce qui nous intéresse ici, ce discours fait des colonies un nouveau centre du monde, tant au sens géométrique que métaphorique du terme. L’ingénieur-hydrographe de l’expédition de J.-S.-C. Dumont d’Urville, prêtant sa plume à la cause de la défense des colonies, n’hésite pas à affirmer « l’archipel des îles Taiti occupe une position centrale dans l’océan Pacifique [39] ». Et il bâtit une argumentation reposant sur l’articulation entre centre et périphérie, à la manière d’un stratège moderne, au profit d’une géométrie parfaite, et totalement abstraite :
« Si sur un point intérieur de la grande île de Taiti on plaçait la pointe d’un compas, avec une ouverture de mille à quinze cents lieues marines, la circonférence décrite atteindrait presque tous les établissements importants des continents voisins [40]. »
L’idée de centralité permet de mettre en avant l’unité de l’ensemble. Considérant les distances dans l’océan Pacifique, il note : « Avec les îles Nouka-Hiva, sentinelles avancées dans le Nord, et les attolons innombrables des Pomotou, l’archipel Taiti constitue une division naturelle de la carte de l’Océanie [41]. » Le terme de sentinelle rappelle la dimension militaire de ces considérations stratégiques. Mais c’est surtout l’identification d’une « division naturelle » de l’Océanie qui marque ici une étape dans la représentation de la Polynésie. Cette division, c’est moins une région qualifiée par tel ou tel caractère qu’un tracé sur une carte, comme le souligne de fait l’auteur. Mais il n’en reste pas moins que, sans qu’elle soit démontrée, une nature commune est ici attribuée aux archipels polynésiens.
Parallèlement, dans la réfutation de l’idée de l’éparpillement, la mise en valeur de l’unité régionale se veut efficace. En passant de la représentation d’un espace en pointillé à un espace homogène, les défenseurs du projet colonial cherchent à donner cohérence à ce qui a été fait. Un exemple assez anecdotique, mais révélateur, illustre cette lutte constante contre l’idée d’éparpillement, contre cette insularité polynésienne dans laquelle les distances effraient. En 1843, dans une des ses livraisons hebdomadaires, le Magasin Pittoresque consacre quelques pages à la description des Marquises dont on vient d’apprendre la prise de possession. Les articles de cette revue grand public sont illustrés. On trouve avec ce texte sur les Marquises des vues de baies, des portraits du roi Iotété et de sa femme, et une bien étrange carte de l’archipel, où les îles, figurées en relief, apparaissent comme compactées, resserrées. Une parenthèse livre la clé de cette projection un peu spéciale : « On a réduit de moitié, dans cette carte, l’espace de mer qui sépare les îles ; en d’autres termes, on a doublé la dimension des terres [42]. » Pour faire tenir la possession dans le format de la revue, il faut rétracter l’Océan. Il faut surtout éviter de donner l’idée d’une possession française qui ne serait que de l’eau.
IMGIMGIMGIMFCarte des Îles Marquises, parue dans le Magasin Pittoresque, 1843, livraison 5. Cliché BNF.
L’argumentation contre la prise de possession est toujours celle de l’éloignement et de la dissémination des îles. Les parties « pittoresques » des récits de voyages, celles qui sont destinées au grand public et où la navigation est racontée au jour le jour, trouvent ici leur écho. Les nouvelles colonies françaises sont loin de former dans les esprits un territoire continu.
La simple observation de la carte laisse les députés assez sceptiques sur l’unité de la région, assez difficile à imaginer du seul point de vue de cette représentation. Les marins, eux, soulignent plus volontiers, semble-t-il, la cohérence d’un ensemble qu’ils considèrent volontiers comme un tout. La position de l’ingénieur-hydrographe Clément-Adrien Vincendon-Dumoulin, ancien circumnavigateur et fervent défenseur de la colonisation, qui insiste sur l’interdépendance des îles, est à cet égard révélatrice d’une conception largement partagée par les officiers de marine. Dans une lettre au directeur des Colonies, qu’il informe sur son projet d’ouvrage sur les Marquises, il écrit : « La possession de Taiti entraîne nécessairement celle des Pomotou et des Marquises [43]. » L’argument principal de cette affirmation repose sur des conjectures. L’auteur envisage le développement du cabotage entre ces archipels, qui ne doivent donc faire qu’une possession, « en imitant en tous points le protectorat hollandais ». La référence aux colonies hollandaises des Moluques vise à donner l’idée d’un ensemble cohérent, tant du point de vue militaire que commercial. C.-A. Vincendon-Dumoulin, sans nier les « distances immenses » qui séparent ces archipels, trouve les arguments qui doivent permettre d’en donner une vision unifiée.
Surtout, l’identification de figures géométriques, telle une modélisation, est aussi une réponse au sentiment d’immensité que provoque l’océan Pacifique. Elle s’exprime clairement dans le propos des voyageurs au lendemain de la colonisation. L’idée d’un triangle englobant les possessions françaises permet de donner cohérence au discours en faveur de la colonisation. A. A. Dupetit-Thouars justifie ainsi le protectorat sur Tahiti :
« Cette possession complète notre établissement des Marquises et nous livre toute la pêche des perles de l’Océanie, ou du moins, la principale, celle des îles de l’archipel dangereux qui sont entièrement comprises dans le triangle formé par le groupe des Marquises au nord, par Taiti à l’ouest, et par les îles Gambier à l’est. Ces dernières sont aujourd’hui entièrement civilisées, et on y professe uniquement la foi catholique, elles sont aussi françaises de cœur [44]. »
Impérialisme et géographie sont mêlés ici pour former une image harmonieuse des possessions françaises, possessions dont on met en avant l’unicité. C’est le triangle le plus intéressant de l’Océanie qui apparaît dans cette présentation, visant à rendre l’évidence de la continuité spatiale entre ces îles.
A. A. Dupetit-Thouars considère aussi les choses depuis le terrain, et relie systématiquement les Marquises et Tahiti dans un seul espace, ce que les hommes politiques en charge du dossier refusent pourtant d’accepter comme une évidence. Albin Roussin annonce ainsi à François Pierre Guillaume Guizot les arguments avancés par A. A. Dupetit-Thouars, et disant qu’il se fonde, notamment,
« sur cette considération que ces deux groupes d’îles qui sont à 260 lieues de distance l’un de l’autre (c’est-à-dire à la distance de Paris à Toulon), ne sont pourtant qu’un seul point considéré dans l’immensité des mers qui les environnent, de sorte que les possessions d’un de ces groupes entraînent presque nécessairement la possession de l’autre, sous peine d’encourir les inconvénients d’un voisinage hostile [45] ».
Le Directeur des Colonies, Galos, témoigne d’une même vision lorsqu’il note : « Les îles Gambier ou les Pomotou ou l’archipel dangereux forment avec les Marquises et les îles de la Société un triangle où notre pouvoir doit régner sans contestation [46]. » Le terme de triangle montre la volonté de considérer l’ensemble de manière géométrique et finie, uniforme. L’éparpillement est contesté avec force dans le discours officiel. Ce même triangle apparaît dans le texte de C.-A. Vincendon-Dumoulin : « Les îles Marquises, les îles Gambier et celle de la Société forment un vaste triangle, dont les côtés enveloppent dans son intérieur un nombre immense de petites îles basses et boisées, pour la plupart habitées [47]. » La géographie schématique de C.-A. Vincendon-Dumoulin s’exprime ici très clairement. Tahiti est le centre d’un cercle à la circonférence venant baigner les bordures continentales de l’Océan. Dans ce cercle s’inscrit un triangle, symbole de ce que doit être la puissance française [48].
Pour ou contre les possessions françaises d’Océanie, l’espace dans toutes ses dimensions est au centre du débat sur la colonisation des îles polynésiennes. Ces visions s’opposent et se répondent dans une géographie malléable, et sujette à diverses interprétations. L’île se prête particulièrement au débat ; elle peut être à la fois, dans le discours, un espace de protection et d’isolement, un lieu ouvert à toutes les influences ou une terre en retrait du monde. L’espace même du Pacifique, tel qu’il est vu alors, comme un vide avec des points, permet tous les tracés les plus efficaces. Ainsi, à partir de trois archipels, les Marquises, les îles de la Sociétés et les Gambier, se dessine comme naturellement un triangle, figure géométrique élémentaire et par-là même rassurante : les possessions françaises sont cohérentes, logiques, unies, puisqu’elles forment un même ensemble.
Pour les débatteurs, les voyageurs sont des références, mais c’est alors la notion même de référence qu’il faut interroger. Les officiers de marine s’appuient sur un savoir empirique ; ils n’ont pas navigué dans un triangle et l’espace parcouru lors des circumnavigations n’est pas triangulaire. Les voyageurs ont sillonné, relevé des positions, observé avec attention des îles, dressé des typologies en fonction des richesses présumées des archipels, mais toujours en s’en tenant à ce que Louis-Claude de Freycinet appelle alors une « géographie de détail » l’œil rivé sur la sonde dans une baie, ou la main levée prête à relever le profil d’une côte sous voile. À partir de 1842, du fait de l’emprise coloniale, l’océan Pacifique est le sujet d’une représentation liée à la conquête. Une géographie s’élabore alors, dans un lien constant avec les récits des voyageurs, au moins nominal, mais selon des degrés de dépendance qui semblent varier à chaque cas. Le passage de l’expérience du terrain au savoir géographique est ici en jeu. L’expérience des navigateurs apporte une légitimité de détail. Le souvenir des mesures, des observations et des collectes offre en lui-même une garantie au discours sur les espaces conquis. Le constat n’est pas surprenant : le long travail d’observation du terrain, médiatisé par le fait colonial, rend possible une vision géostratégique tranchée et impérieuse.
Cependant, les récits de voyages et les archives des voyageurs signalent une démarche géographique qui existe aussi indépendamment des ambitions coloniales. Deux types de savoirs se superposent, sans pourtant que le discours politique annule une posture scientifique propre à l’élaboration d’un savoir sur l’espace. Par leurs interrogations, leurs hypothèses et par leur empirisme même, les officiers de marine dans le Pacifique se font géographes. Ils contribuent à donner forme et structure à une région mal connue. La figure simplifiée et caricaturale du « triangle polynésien » en est une émanation. En rendant possibles des considérations à l’échelle régionale, les voyageurs du xixe siècle ouvrent l’espace du Pacifique à des découpages et des modélisations externes. Leur savoir rend donc concevables des géographies multiples, et c’est ici que le travail d’inventaire prend toutes ses dimensions. Celui-ci n’est certainement pas neutre, et assurément malléable. Ainsi la géographie des voyageurs sert-elle, entre autres, une géographie coloniale. Mais il n’y a pas de lien nécessaire dans cet enchaînement, et rien dans le travail d’observation et d’inventaire des formes fait par les voyageurs ne détermine absolument ce type de schématisation géographique. Dans cette mesure, les décalages entre la pratique quotidienne de la science et son usage méritent d’être soulignés, tant ils renseignent sur les interdépendances entre savoirs et pouvoirs, mais aussi sur certaines solutions de continuité, dont témoignent des choix coloniaux en inadéquation avec la géographie des voyageurs. Il apparaît donc aussi possible de lire dans cette pratique des voyages de la première moitié du xixe siècle une tentative de compréhension de l’espace, une manière de penser le territoire qui constituent, in fine, un savoir géographique propre.
 
NOTES
 
[1] Avec une exception notable, celle de l’appellation officielle de la station navale « du Pacifique et de la Mer du Sud », qui conserve son nom jusqu’en 1841. La conjonction de coordination suppose d’ailleurs ici une distinction originale entre le Pacifique (c’est-à-dire, dans ce contexte, les côtes du continent sud-américain) et la mer du Sud (les îles plus lointaines, sans doute, mais cela n’est jamais précisé).
[2] Louis-Isidore Duperrey, Voyage autour du monde exécuté par ordre du roi sur la corvette de Sa Majesté La Coquille, pendant les années 1823, 1824 et 1825…, Paris, A. Bertrand, volume Botanique, par Dumont d’Urville, Bory de Saint-Vincent et Brongniart, 1828, p. 22. C’est nous qui soulignons.
[3] Dans la mesure où l’on prend comme définition de ce dernier terme celle que propose Daniel Nordman dans Frontières de France. De l’espace au territoire. xvie-xixe siècle, Paris, Gallimard, 1998. Voir notamment pp. 516-517 : « Alors que l’espace est illimité – ou non encore délimité –, le territoire est borné […] ; alors qu’un espace n’est pas qualifié par un terme qui l’identifie intégralement ou exclusivement, un territoire est désigné par un seul nom. »
[4] À savoir celles de : Louis-Claude de Freycinet sur l’Uranie et la Physicienne (1817-1820), L.-I. Duperrey sur la Coquille (1822-1825), Hyacinthe de Bougainville sur la Thétis et l’Espérance (1824-1826), Jules-Sébastien-César Dumont d’Urville sur l’Astrolabe (1826-1829) et sur l’Astrolabe et la Zélée (1837-1840), Cyrille-Pierre-Théodore Laplace sur la Favorite (1829-1832) et sur l’Artémise (1837-1840), Auguste-Nicolas Vaillant sur la Bonite (1836-1837), Abel-Aubert Dupetit-Thouars sur la Vénus (1836-1839) et Cécille sur l’Héroïne (1837-1839).
[5] Voir Marie-Noëlle Bourguet, « De la Méditerranée », in M.-N. Bourguet, Bernard Lepetit, D. Nordman, Maroula Sinarellis (éd.), L’invention scientifique de la Méditerranée…, Paris, EHESS, 1998, pp. 7-28.
[6] À la différence des grands voyages du Siècle des lumières, rassemblant les savants et spécialistes les plus éminents des divers corps académiques. À partir de 1817, les circumnavigations ne concernent que des officiers de marine, sous le prétexte de l’inadaptation des civils à la vie en mer.
[7] Dont les limites méridionales, en 1813 (première édition de la Géographie Universelle, volume contenant la « Description de l’Océanique »), ne sont pas précisées.
[8] J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand Océan… », Bulletin de la Société de Géographie, t. XVII, 1832, pp. 1-21. C’est nous qui soulignons.
[9] L.-I. Duperrey, Voyage autour du monde…, op. cit., volume Zoologie, par Adolphe Lesson et Garnot, 1826. Cette introduction a d’abord été publiée sous forme d’articles dans les Annales d’histoires naturelles, en 1825, par A. Lesson.
[10] C.-P.-T. Laplace, Voyage autour du monde par les mers de L’Inde et de la Chine, exécuté sur la corvette de l’État La Favorite, pendant les années 1830, 1831 et 1832…, Paris, Imprimerie Royale, 1833-1835, t. IV, p. 57.
[11] Il s’agit d’un pharmacien et d’un médecin de marine, qui font aussi office de naturalistes lors de ces campagnes.
[12] A. Lesson, « Coup d’œil sur les îles océaniennes… », Annales de Sciences Naturelles, 1825, p. 176.
[13] Cette réflexion est accompagnée d’une carte générale de l’Océanie qui représente en à-plats colorés les régions ainsi distinguées.
[14] J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand Océan et sur l’origine des peuples qui les habitent », Bulletin de la Société de Géographie, 1832, pp. 1-21.
[15] L’article est publié dans le Bulletin de la Société de Géographie, ce qui est assez révélateur des préoccupations de cette société, tournée vers ce qui deviendra l’ethnologie, alors que le sujet reste globalement étranger aux préoccupations de la marine. Certes, les navigateurs accumulent des considérations sur les peuples rencontrés, mais sans aucune rigueur, et en reprenant généralement des stéréotypes de la description de l’Autre exotique. J.-S.-C. Dumont d’Urville, secondé par le phrénologue Dumoutier, est le seul à tenter d’approfondir ses observations dans ce domaine.
[16] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astrolabe exécuté par ordre du roi pendant les années 1826, 1827, 1828 et 1829…, Paris, J. Tastu, 1830-1833, t. II, p. 35.
[17] L.-I. Duperrey, Voyage autour du monde…, op. cit., p. 18. C’est nous qui soulignons.
[18] Ce terme est très fréquemment utilisé dans les descriptions de l’Océan.
[19] Aujourd’hui Moorea.
[20] Archives Nationale (par la suite AN), série marine, 5/JJ/ 144, journal de Rocquemaurel, 16 septembre 1838. C’est nous qui soulignons.
[21] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée, exécuté par ordre du roi dans les années 1837, 1838, 1839 et 1840…, Paris, Gide, vol. Géologie, Minéralogie et Géographie physique, 1848-1854, t. II, chap. x, p. 42.
[22] A. Lesson, Voyage médical autour du monde exécuté par la corvette du roi La Coquille…, suivi d’un Mémoire sur les îles du Grand Océan, Paris, 1838, t. I, p. 229. C’est nous qui soulignons.
[23] Ibid.
[24] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes L’Astrolabe et La Zélée…, op. cit., 1841-1846, t. III, p. 147.
[25] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astrolabe, op. cit., p. 58. C’est nous qui soulignons.
[26] A. Lesson, Voyage médical autour du monde…, op. cit., t. I, p. 235. C’est nous qui soulignons.
[27] On a tendance à penser alors, d’après la simple observation du dessin des côtes, qu’elles s’encastrent parfaitement, et procèdent donc d’une séparation originelle.
[28] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle Sud et dans l’Océanie…, op. cit., vol. Zoologie, 1846-1854, t. I, « De l’homme dans ses rapports avec la création, par M. Hombron », pp. 49-385, p. 248.
[29] C.-P.-T. Laplace, Campagne de circumnavigation de la frégate L’Artémise pendant les années 1837, 1838, 1839 et 1840…, Paris, A. Bertrand, 1841-1854, t. V, p. 190.
[30] Ibid., p. 420
[31] Dénomination utilisée d’ailleurs, jusqu’au xviie siècle, pour désigner l’océan Atlantique.
[32] A.-N. Vaillant, Voyage autour du monde exécuté pendant les années 1836 et 1837 sur la corvette La Bonite…, Paris, A. Bertrand, 1845-1852, chap. i. C’est nous qui soulignons.
[33] J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astrolabe…, op. cit., p. XX.
[34] C.-P.-T. Laplace, Campagne de circumnavigation…, op. cit., t. IV, p. 57.
[35] Le fils du célèbre navigateur, lui-même circumnavigateur.
[36] H. de Bougainville, Journal de la navigation autour du globe de la frégate La Thétis, Paris, A. Bertrand, 1837, p. 553.
[37] Henri Lutteroth, O-Taiti, histoire et enquête, Paris, Paulin, 1843, 312 p.
[38] Chambre des députés, séance du 9 juin 1843, intervention de M. Boissy d’Anglas.
[39] Clément-Adrien Vincendon-Dumoulin et Louis Desgraz, Îles Taiti, Paris, 1844, p. 124.
[40] Ibid.
[41] Ibid.
[42] Magasin Pittoresque, 1843, livraison 5, p. 36. Voir la carte ci-dessus.
[43] AN, S.O.M, SG Océanie, carton 2, A16, lettre de Vincendon au directeur des Colonies, s. d. [1843].
[44] AN, série marine, BB/4/620, lettre de Dupetit-Thouars, n° 63, 12 juillet 1843. C’est nous qui soulignons.
[45] AN, AP Guizot, copie d’une dépêche de Roussin à Guizot, 18 mars 1843.
[46] AN, AP Guizot, note du directeur des Colonies au ministre de la Marine, s. d. [1844]. C’est nous qui soulignons.
[47] C.-A. Vincendon-Dumoulin et L. Desgraz, Îles Taiti, op. cit., p. 5. C’est nous qui soulignons.
[48] Une longue histoire commence alors pour l’image du triangle polynésien, image dont les géographies contemporaines ne se sont pas toujours départies.
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Avec une exception notable, celle de l’appellation officiel...
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Louis-Isidore Duperrey, Voyage autour du monde exécuté ...
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Dans la mesure où l’on prend comme définition de ce dernier...
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À savoir celles de : Louis-Claude de Freycinet sur l’Uranie...
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Voir Marie-Noëlle Bourguet, « De la Méditerranée », in M.-N...
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[6]
À la différence des grands voyages du Siècle des lumières, ...
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[7]
Dont les limites méridionales, en 1813 (première édition de...
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[8]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand ...
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L.-I. Duperrey, Voyage autour du monde…, op. cit., volu...
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C.-P.-T. Laplace, Voyage autour du monde par les mers d...
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[11]
Il s’agit d’un pharmacien et d’un médecin de marine, qui fo...
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[12]
A. Lesson, « Coup d’œil sur les îles océaniennes… », An...
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[13]
Cette réflexion est accompagnée d’une carte générale de ...
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[14]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, « Notice sur les îles du Grand O...
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[15]
L’article est publié dans le Bulletin de la Société de Géog...
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[16]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astr...
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[17]
L.-I. Duperrey, Voyage autour du monde…, op. cit., p. 1...
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[18]
Ce terme est très fréquemment utilisé dans les descriptions...
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[19]
Aujourd’hui Moorea. Suite de la note...
[20]
Archives Nationale (par la suite AN), série marine, 5/JJ/ 1...
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[21]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle sud et dans l...
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[22]
A. Lesson, Voyage médical autour du monde exécuté par l...
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[23]
Ibid. Suite de la note...
[24]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle sud et dans l...
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[25]
J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astr...
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[26]
A. Lesson, Voyage médical autour du monde…, op. cit., t...
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On a tendance à penser alors, d’après la simple observation...
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J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage au pôle Sud et dans l...
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[29]
C.-P.-T. Laplace, Campagne de circumnavigation de la fr...
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[30]
Ibid., p. 420 Suite de la note...
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Dénomination utilisée d’ailleurs, jusqu’au xviie siècle...
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A.-N. Vaillant, Voyage autour du monde exécuté pendant ...
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J.-S.-C. Dumont d’Urville, Voyage de la corvette L’Astr...
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C.-P.-T. Laplace, Campagne de circumnavigation…, op. ci...
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