1914-1918 : oser penser, oser écrire
Rémy Cazals
Peut-on affirmer que les historiens qui ont écrit sur la guerre
de 14-18 ont « longtemps renoncé aux règles élémentaires de l’opération
historique » ? qu’ils ont « aseptisé » la guerre, privilégié le refus et
occulté le consentement ? et encore que serait imposée une « dictature du
témoignage » ? Peut-on, dans le même élan, chercher à imposer une dictature des
intuitions et des hypothèses fragiles ? Il est temps de réagir, non contre le
renouveau de la recherche sur la Grande Guerre, qui prend appui sur les solides
travaux d’un passé peu lointain, mais contre des excès qui, même médiatisés à
l’extrême, ne résistent pas à l’examen rigoureux que cet article entreprend de
mener à bien.
Can one assert that historians writing about the First World War
« abandoned for a long time the elementary rules of historiography » ? That
they « cleaned up » the war, emphasising refusal and concealing consent ? That
a « dictatorship of the first-hand account » was imposed ? At the same time,
can one attempt to impose a dictatorship of intuitions and fragile hypotheses ?
It is time to react, not against renewed research on the First World War, which
is based on solid work from the not-too-distant past, but rather against
excesses that, even when given prominent media attention, cannot hold up under
the rigorous examination this article attempts to provide.
• Vieille et jeune historiographies
— L’histoire de 14-18 était-elle « aseptisée » ?
— L’historiographie de 14-18 a-t-elle privilégié le refus
?
— De la « brutalisation »
— Un appel à la modestie
• Témoignages de combattants et intuitions d’historiens
— Témoins d’en haut pour une prétendue « histoire d’en bas
»
— La dictature des intuitions : le cas des prisonniers de
guerre
— Une dictature de papier : l’idée de croisade chez les
poilus
• Consentement et contrainte
— Grains de sable dans les rouages de la théorie du
consentement
— La propagande bien réelle