Un rituel d’opposition sous la Restauration :
les funérailles libérales à Paris (1820-1830)
Emmanuel Fureix
Dans le Paris des années 1820 se multiplient les enterrements-prétextes, hommages à des morts libéraux devenus cortèges d’opposition. C’est la fabrication d’un rituel politique, faite d’inventions, de réappropriations et de dénis que l’article vise à décrire, à travers un dispositif symbolique, des gestes et des cris. Les funérailles libérales reposaient sur une parole détournée de la contestation, explicitée et amplifiée une fois le rite de passage accompli, notamment par des souscriptions publiques et des « funérailles de papier ». Elles ont aussi posé les jalons d’une pratique manifestante en gestation.
The Paris of the 1820s saw a significant increase in the number of burials used as pretexts paying homage to dead liberals and turned into processions of the opposition. A political ritual was built up through inventiveness, re-appropriation and denial through a symbolic system of gestures and cries that the article seeks to describe. Liberal funerals involved rerouting public protest, which was made explicit and magnified once the rite of passage was completed, particularly through public subscriptions and « paper funerals ». They also paved the way to the practice of demonstration then coming into being.
• Un déficit symbolique ?
— Faire nombre, faire corps
— De la visibilité à la circulation des signes
— Espaces traversés, espaces ignorés
— Déni de Révolution ?
• Les masques de la contestation
— Rituel de mort, rituel de vie : de l’enterrement à l’ovation
— Le toucher de cercueil
— Les scansions de l’hommage : discours sur la tombe
— Une religion libérale ?
• L’affrontement ouvert : résonances, amplifications et relectures du rituel
— Sortie de rituel
— Souscription et amplification de l’émotion.
— La fabrique du sens : des funérailles de papier