2002
Genèses
Document
Bévue de Proudhon et/ou traquenard de Marx
Lecture symptomale de leur unique correspondance
Jean-Louis Lacascade
À partir de menus éléments, en l’occurrence une correspondance de quelques pages, déchiffrer les structures socio- historiques qui leur donnent sens et les surdéterminent, tel est l’objet de cet article. La correspondance est celle que se sont échangée Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon. Un post-scriptum trahit le motif réel de la lettre envoyée par le premier en mai 1846 : la dénonciation de Karl Grün, confident et futur traducteur de P.-J. Proudhon, mais aussi rival du jeune Marx. P.-J. Proudhon se retrouve au centre d’un règlement de comptes entre jeunes hégéliens immigrés à Paris dont, sa réponse en témoigne, il perçoit mal les enjeux.
Starting from minute items, in this case several pages of correspondence, the article aims at deciphering the underlying socio-historical structures that shaped them and gave them meaning. The correspondence is between Karl Marx and Pierre-Joseph Proudhon. A post scriptum reveals the true reason for the letter sent by K. Marx in May 1946: the denunciation of Karl Grün, a confidant and future translator of P.-J. Proudhon, as well as a rival of the young Marx. P.-J. Proudhon found himself caught in the middle of a settling of scores between young Hegelians who had emigrated to Paris, the stakes of which he only dimly perceived, as his reply makes clear.
« Le matérialisme est la peine de mort de la dialectique. »
Pierre-Joseph Proudhon, carnets
À la mémoire de Pierre Bourdieu.
L’autodidacte franc-comtois face au « docteur d’outre-Rhin »
À partir d’un « presque rien », d’un « micro-événement » ou d’objets d’apparence anodine, remonter aux différentes structures qui leur donnent sens et les surdéterminent, y déchiffrer les dynamiques historiques à l’œuvre, les statuts et les rapports sociaux impliqués, apprécier les interactions qui en découlent pour leurs différents actants ainsi que le jeu temporel varié et étagé de leurs conséquences, tel est l’objectif que nous nous proposons dans cet article. Le détail en question concerne l’unique échange de lettres, l’une courte, l’autre plus longue, sans excéder quelques pages, de deux personnages centraux de l’histoire politique et sociale du xixe siècle, Karl Marx et Pierre-Joseph Proudhon.
Cette correspondance
[1] livre un éclairage précieux tant sur la genèse réciproque de leurs idées et de leur œuvre que sur le socialisme européen naissant. Elle laisse aussi présager, sinon les schèmes structurants dans leur intégralité, du moins quelques lignes majeures d’opposition dudit socialisme au cours de la première moitié du
xixe siècle. P.-J. Proudhon y esquisse les thèmes de son prochain ouvrage « à mi-impression »
[2], le
Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère.
L’analyse symptomale se concentre sur une approche latérale de ce contenu manifeste. Elle porte moins sur les aspects doctrinaux désormais classiques de l’opposition Marx/ Proudhon, que sur ce qui – dans cet échange – se révèle de leurs déterminants cachés, des non-dits, des contradictions et des ambiguïtés des propos et du contexte de l’échange. Ambiguïtés récupérées et exploitées tant par l’un que par l’autre, mais dans une dialectique inégale où dominent les ajustements décalés, les supputations inadéquates et les anticipations déçues que résume ce commentaire peu amène de K. Marx, revenant sur leur relation : « Ce n’était pas sa faute si, mal compris dès l’abord des autres et de soi-même, il n’a pas répondu à des espérances que rien ne justifiait
[3]. »
L’expression « bévue » renvoie moins à une constellation psychologique qu’à l’appréciation inadéquate d’un rapport de forces et d’une stratégie. Quant à « traquenard », il s’agit d’un terme de vénerie, venant du vieux français : traque, piège et narque, ruse. Il désigne un piège dont on se sert pour attraper le renard en particulier : P.-J. Proudhon croyait décliner une offre… il nourrissait sans le savoir la plus féroce des attaques : Misère de la philosophie. Ce caractère de piège, les carnets de P.-J. Proudhon en témoignent, où il exhale son ressentiment contre K. Marx.
Une correspondance de quelques pages pour un enjeu « capital »
Les implications de cette correspondance s’éclairent, si on les rapporte tant aux caractéristiques majeures de la biographie et des trajectoires de ses protagonistes qu’au contexte historique spécifique de leur mise en relation et engagement, où prime la stratégie d’hégémonie intellectuelle et politique du jeune Marx au sein du mouvement socialiste naissant européen. L’épilogue revient sur cet enjeu structurant de l’échange, resté dans la pénombre pour le bisontin – même si « après coup », par un sombre pressentiment, il interdira formellement à son éditeur la moindre indiscrétion sur l’ouvrage en cours
[4].
Le courrier date du 5 mai 1846 et sollicite la participation de P.-J. Proudhon, alors à Lyon, au Comité de correspondance communiste, nouvellement créé à Bruxelles, où K. Marx réside depuis plus d’un an après son expulsion de Paris. Dans sa réponse du 17 mai 1846, soit douze jours après, rapide vu les moyens de communication existants, P.-J. Proudhon décline de facto son offre.
La lettre est signée en outre de Philippe Gigot et de Friedrich Engels. La présence de Ph. Gigot, personnage en retrait, s’explique pour deux raisons : francophone, il sert de secrétaire car la lettre est de sa main. Il joue en outre un rôle de « boîte aux lettres » : la réponse doit lui être adressée de peur qu’elle ne soit ouverte en raison du statut de proscrit politique de K. Marx, en butte aux poursuites de la police prussienne, encore qu’il vienne de renoncer à sa nationalité (fin 1845). K. Marx francise son prénom : il signe Charles Marx. Quant à F. Engels, son rôle apparaît plus loin.
L’ambiguïté commence dès la présentation de l’échange : K. Marx ne parle pas de la création d’un comité ou d’une organisation, il évoque seulement ce que nous qualifierions maintenant de « réseau », « une correspondance suivie avec les communistes et socialistes allemands ». Il utilise deux fois le terme de « communistes allemands », mais quatre fois celui de socialistes et une fois celui de socialisme, à l’exception du mot communisme. À la fin, il ne mentionne plus que les « communistes en Allemagne » et aussi « les sociétés allemandes à Paris et à Londres ». K. Marx fixe deux objectifs à leur correspondance : a) « la discussion de questions scientifiques », b) « la surveillance à exercer sur les écrits populaires et la propagande socialiste […] en Allemagne ». Il donne comme terrain d’action l’Allemagne. De cette façon, K. Marx renouvelle le projet d’association franco-allemande, déjà au fondement des Annales franco-allemandes de 1843-1844. Il avance le caractère international et littéraire du Comité. Il évoque aussi vaguement « le moment de l’action ». Avec un seul livre publié et en allemand, La Sainte Famille, le Marx de vingt-huit ans passerait pour un disciple de P.-J. Proudhon, son aîné de neuf ans, dont il avait dressé le panégyrique à maintes reprises. Inversement, P. J. Proudhon, auteur de plusieurs livres, dont l’un au moins défrayant la chronique, jouerait volontiers le rôle du prophète réformateur, issu du peuple et porteur de ses aspirations authentiques. Qu’en est-il de ces images ? correspondent-elles bien à la réalité ?
P.-J. Proudhon naît à Besançon comme Victor Considérant et Charles Fourier, l’auteur du
Nouveau Monde industriel et sociétaire (il a participé à son édition). Aîné d’une famille nombreuse dont subsiste seul le cadet, maréchal-ferrant, il tient à la fois de l’artisan et du paysan tant par son père, « tonnelier, brasseur, natif de Chasnans, près de Pontarlier, département du Doubs », que par sa mère « cuisinière, remarquée pour ses idées et ses vertus républicaines », originaire de « Cordiron, paroisse de Burgille-lès-Marnay, même département »
[5]. Dans son « existence crottée de petit paysan », P.-J. Proudhon a sarclé les pommes de terre, battu le blé dans les granges, gardé les vaches (imagine-t-on K. Marx bouvier ?), comme il l’a consigné dans des pages autobiographiques. Grâce à une bourse royale d’externat, P.-J. Proudhon entre « sur la présentation du curé Sirebon » au collège de Besançon à onze ans, mais doit abandonner ses études sept ans après, à la suite d’un procès dont sa famille sort ruinée et qui l’oblige à travailler dans l’imprimerie, spécialisée dans la théologie et la patristique, des frères Gauthier, où il rencontre en 1829 le premier boursier de la pension Suard, Gustave Fallot, ultérieurement bibliothécaire à l’Institut à Paris. Celui-ci, frappé par son érudition en latin, l’encourage vivement dans ses premiers essais. En 1836, P.-J. Proudhon achète en association une petite imprimerie à Besançon où il presse ses premiers ouvrages. En 1838, après un bachot passé à vingt-neuf ans, P.-J. Proudhon devient le troisième lauréat de la pension. Il rédige alors son
Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement. Premier mémoire sur la propriété
[6], rendu célèbre par l’aphorisme inaugural « Qu’est-ce que la propriété ? […] c’est le vol
[7] ». Son imprimerie périclite en 1842.
L’exilé politique K. Marx, docteur en philosophie à vingt et un ans (1841), remarqué par les jeunes hégéliens de Berlin, a assumé un an plus tard les fonctions de rédacteur en chef officieux de la Gazette rhénane, revue clef du libéralisme rhénan, réunissant l’élite intellectuelle et politique allemande du Vormärz. Outre La Sainte Famille, K. Marx compte à son actif une série d’articles majeurs. Il relève d’une double formation : juriste et philosophe, à laquelle s’ajoute celle informelle, mais non moins essentielle, de jeune hégélien.
P.-J. Proudhon, le « miraculé » de la pension Suard, quoique déjà célèbre, caracole en solitaire. Il travaille alors comme « fondé de pouvoir » dans l’entreprise lyonnaise de batellerie (transport de houille par le canal du Rhône au Rhin) du neveu (ex-connaissance de collège) de ses anciens patrons imprimeurs, les frères Gauthier. K. Marx de son côté, grâce à l’aide pécuniaire de ses amis, ne subit pas encore la misère des débuts de son exil londonien dans les années 1850.
Les deux auteurs sont des néophytes en économie politique. P.-J. Proudhon, s’il a bourlingué à travers la France, n’en est jamais sorti. En revanche, il possède une expérience directe du travail et de l’entreprise (imprimerie, batellerie), à la différence de K. Marx, qui compense son absence de connaissance directe du monde économique par sa collaboration active avec F. Engels, lui-même fondé de pouvoir de son entreprise paternelle. K. Marx revient en outre d’un voyage en Angleterre (été 1845), et plus spécialement à Londres et Manchester (siège de la firme de F. Engels), sans compter ses contacts avec les leaders chartistes George Julian Harney et Ernest Charles Jones et ceux de la Ligue des justes comme le laisse transparaître cette remarque : « Notre correspondance comprendra aussi les sociétés allemandes à Paris et à Londres. Nos rapports avec l’Angleterre sont déjà établis. »
Sans doute à son initiative, K. Marx s’est-il entretenu avec P.-J. Proudhon en octobre 1844, trois mois avant son expulsion, au 36 de la rue Mazarine, soit au moment de la rédaction de La Sainte Famille. P.-J. Proudhon l’a-t-il accueilli comme Karl Grün quelques mois plus tard « dans une chambre d’étudiant avec un lit […] le corps vêtu d’un gilet de laine et les pieds dans des sabots » ?
Le choix de ce domicile – rue Mazarine – s’explique par la proximité de l’Institut (G. Fallot y travailla) et de la bibliothèque Mazarine « qu’il utilise avec une persévérance qui étonne et attire le bibliothécaire
[8] ». Néanmoins, nous ignorons la fréquence de leurs rencontres (répétées et prolongées tard dans la nuit d’après K. Marx) et leur contenu exact.
Le contexte historique de leur correspondance : le Comité de correspondance communiste et la Ligue des justes
Quelles justifications plus précises K. Marx donne-t-il de sa proposition ? Il évoque crûment le capital de notoriété de P.-J. Proudhon : « Quant à la France, nous croyons tous que nous ne pouvons y trouver meilleur correspondant que vous : vous savez que les Anglais et les Allemands vous ont jusqu’à présent mieux apprécié que vos propres compatriotes. » K. Marx « veut » P.-J. Proudhon, parce que celui-ci constitue un double symbole. Le symbole du prolétariat – c’est un « fils du peuple » – et celui de l’entente franco-allemande, rêve de tous les jeunes hégéliens. Pourtant, même au prix de la captation de son « capital symbolique », le choix de P.-J. Proudhon comme correspondant restait discutable. D’autres communistes français eussent été davantage en affinité avec le comité bruxellois par leurs idées et par leurs publications, notamment les « communistes matérialistes », cités favorablement par K. Marx dans ses carnets : Jules Gay, Théodore Dézamy, Jean-Jacques Pillot, médecin, organisateur d’un banquet communiste en 1840, etc. De surcroît, P.-J. Proudhon se défiait du communisme et se réclamait de l’anarchie dès son Premier mémoire sur la propriété en 1840 :
« La communauté est inégalité, mais dans le sens inverse de la propriété. La propriété est l’exploitation du faible par le fort, la communauté est l’exploitation du fort par le faible [9]. »
La notoriété, motif effectif avancé, en cachait donc un autre. Mais lequel ? La « clef » de sa proposition réside sans conteste dans le post-scriptum. Il y prévient P.-J. Proudhon contre Karl Grün dans des termes quasi diffamatoires, l’accusant en effet d’abuser de sa crédulité et de se présenter notamment comme son mentor et son inspirateur pour mieux se faire « valoir » à ses dépens outre-Rhin.
Le style et la rhétorique de K. Marx se retrouvent en entier dans cette ire dénonciatrice qui annonce le pamphlet « L’Historiographie du socialisme vrai : contre Karl Grün » de la deuxième partie de « L’Idéologie allemande »
[10]. Quatre termes sont soulignés par Ph. Gigot : galimathias (avec la faute d’orthographe), dangereux, abuse, Privatdocent : soit tous les traits de l’imposture, idée fixe et antienne des écrits du jeune Marx. Remarquable, l’expression de « chevalier d’industrie littéraire ». Voici ce qu’écrivait P.-J. Proudhon dans une correspondance le 18 août 1839 : « Vous persistez à me déshonorer du titre d’homme de lettres […] Homme de lettres est égal à chevalier d’industries, sachez-le bien ». Quoiqu’il en soit, l’objurgation de K. Marx posait à P.-J. Proudhon le dilemme suivant : soit il acquiesçait à la dénonciation, et il devait se séparer de K. Grün, donc renoncer à la traduction de son prochain ouvrage et au crédit du « public allemand », soit il s’y refusait au risque de cautionner un « charlatan » éhonté, qui « blague sur ses écrits », « dangereux » pour « le mouvement social » et les « socialistes français ».
Un cheval de Troie dans la Ligue des justes
Malgré son premier mouvement d’accep-tation, et la suite de l’échange le prouve, P.-J. Proudhon pressent des « non-dits », des ambiguïtés, qui l’amènent sinon à revenir sur sa décision du moins à présenter tant d’objections que son adhésion paraît définitivement compromise. Les circonstances cachées – confusément et mal à propos subodorées par P.-J. Proudhon – renvoient à la genèse du Comité bruxellois et à ses relations à la Ligue des justes, ainsi qu’au modèle de fonctionnement des deux, celui d’une clandestinité marquée par la conspiration et l’existence de fractions.
L’origine du Comité bruxellois remonte à la fondation des Fraternal Democrats (le 22 septembre 1845) regroupant des militants internationaux. Les Fraternal Democrats prônaient l’établissement de liens entre les mouvements radicaux du monde entier. Lors des réunions préparatoires à leur lancement, une motion fut votée, sur l’incitation de F. Engels et du dirigeant chartiste J. Harney, prévoyant la réunion périodique de délégués pour des actions et des informations communes. Au début de 1846, K. Marx et F. Engels reprirent l’idée sous la forme d’un Comité de coordination et d’échange d’informations entre les communistes des différents pays, qui fonctionna jusqu’à la création de la Ligue des communistes (juin 1847). Le noyau fondateur de ce Comité regroupait les fidèles et familiers de K. Marx, son « parti » : F. Engels, son beau-frère Edgar von Westphalen, Lupus alias Wilhem Wolff, auquel il dédiera « Le Capital », Joseph Weydemeyer, futur éditeur du Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, Heinrich Bürgers, publiciste, futur accusé du procès de la Ligue des communistes en 1852, et Ph. Gigot, etc.
Le Comité de correspondance communiste constitua de fait un cheval de Troie au sein de la Ligue des justes, future Ligue des communistes. En témoignent, au moment même de ce courrier, les procédures de quasi-exclusion engagées à l’encontre de deux « figures » historiques de la Ligue, l’une le tailleur Wilhem Weitling, l’autre l’étudiant Hermann Kriege, qui la représentait activement à New York.
Quelques grandes lignes de l’histoire de la Ligue des justes, fondée à Paris en 1836, éclairent la stratégie du jeune Marx.
La Ligue, solidement implantée à Londres en 1846, constituait une organisation peu nombreuse en adhérents, mais très étendue. Originellement Ligue des proscrits, elle essaima d’abord dans de nombreuses villes de France (Paris, Lyon, Marseille), d’Allemagne (Hambourg, Kiel, Munich, Leipzig, Stuttgart, Mannheim, etc.) de Suisse, de Suède. Au fil du temps, son caractère internationaliste et socialisant, voire communisant se renforça, notamment à travers la publication du quasi premier manifeste communiste, celui de Weitling en 1838 : L’Humanité telle qu’elle est et telle qu’elle devrait être. Cette organisation à majorité « ouvrière » réunissait aussi des « lettrés » (Jacob Venedey, Theodor Schüster, Hermann Ewerbeck, German Mäurer). En 1844, le Vorwärts, qui regroupait l’équipe des Annales franco-allemandes sous la direction informelle de K. Marx, devint à Paris l’organe « officieux » de la Ligue des justes.
Trois de ses membres très actifs, Karl Schapper, Joseph Moll et Heinrich Bauer, expulsés de France et réfugiés à Londres à la suite de l’échec de l’insurrection blanquiste de 1839, entreprirent d’en prendre le contrôle, organisant pas à pas le transfert de sa direction. Une des raisons de la désaffection de l’ancienne direction résidait dans les conflits des sections parisiennes entre partisans de W. Weitling et partisans de K. Grün :
« À Paris pendant ces dernières années, la Ligue s’était fort délabrée. Les membres […] de l’Autorité centrale ne s’occupaient plus depuis longtemps que de querelles formelles et de prétendues violations de statuts au lieu de prendre soin des intérêts de toute la Ligue […] Au grand maximum discutait-on des vieilles questions rebattues jusqu’à satiété depuis les Garanties de Weitling [11]. »
Ainsi, en janvier-février 1846, alors qu’il vient de rédiger avec F. Engels la première partie de « L’Idéologie allemande » (critique des jeunes hégéliens), la Ligue se présente à l’action et surtout à l’ambition politique du jeune Marx comme une institution en crise, déchirée entre deux fractions rivales. La plus ancienne, animée par le tailleur W. Weitling, est en voie d’élimination, avec l’appui de Londres. La nouvelle, animée par K. Grün, se réfère explicitement à P.-J. Proudhon et Ludwig Feuerbach :
« Le Sr Grün réussit un certain temps à éblouir […] par ses formules et son immense science à ce qu’il prétendait. Cela entraîna une scission de la Ligue. D’un côté se trouvait le parti qui avait jusqu’alors régenté absolument l’Autorité centrale et la région, le parti des weitlingiens ; de l’autre ceux qui pensaient encore qu’on pouvait apprendre quelque chose même de Grün [12]. »
Une organisation à la recherche de cadres, des cadres à la recherche d’une organisation, les ingrédients d’une guerre des chefs se trouvaient réunis.
K. Grün (1817-1887), « ce professeur de philosophie allemande qui avait sur moi cet avantage de ne rien entendre à ce qu’il enseignait
[13] », mériterait à lui seul une étude, ne fût-ce qu’en raison de la hargne dont le poursuivit le jeune Marx dont ce sarcasme constitue un faible écho. Homothétiques sont leurs parcours, du moins de jeunesse. K. Grün naît en 1817 à Lüdenscheid, petite ville de Westphalie rhénane, à proximité de Bonn et de Cologne. Il meurt en 1887 à Vienne. Comme K. Marx, il étudie à Bonn (théologie) et fréquente le club des poètes, puis se rend à Berlin vers 1838, pour poursuivre des études de philosophie (et aussi de philologie) et obtenir un doctorat de philosophie en 1839. Après un enseignement à Colmar en France, K. Grün s’oriente vers le journalisme. Il collabore à la
Gazette de Cologne (la rivale de la
Gazette rhénane) et au
Journal de Trêves (ville natale de K. Marx). Il fonde en 1842 la
Gazette du soir de Mannheim, à tendance radicale, d’où son expulsion du grand-duché de Bade, avant celle du Palatinat en 1843. Fait troublant : après la démission de ce dernier de la
Gazette rhénane en mars 1843, un article fut publié dans la
Gazette du soir de Mannheim, décrivant avec une grande acuité son rôle et ses qualités de rédacteur en chef. L’article aurait été rédigé par K. Marx en personne, K. Grün se contentant de le reproduire. K. Grün aurait aussi pris dans un article sur la « Question juive » la défense de K. Marx contre Bruno Bauer
[14].
Passant par la Belgique, K. Grün se rend à Paris en novembre 1844 où il rédige le
Mouvement social en France et en Belgique, publié en 1845. Il est expulsé de Paris en avril 1847. Frère jumeau en trajectoire et propriétés sociales, parfois confondu comme nous l’avons vu, K. Grün représentait un concurrent redoutable. Non seulement il lui succédait auprès de P.-J. Proudhon, mais surtout il s’immisçait dans la Ligue des justes pour substituer son autorité à celle de W. Weitling, au nom d’une double référence théorique, celle de P.-J. Proudhon et L. Feuerbach, unis dans ce que K. Marx appellera par la suite ironiquement le « vrai socialisme ». Il y avait péril en la demeure : W. Weitling évincé, K. Grün, sa coterie et sa tendance théorique risquaient de l’emporter d’abord à Paris, puis éventuellement dans l’ensemble de la Ligue. D’un autre côté, K. Grün et son « socialisme vrai » battus en brèche, il ne restait désormais plus qu’un grand vide idéologique, que le jeune Marx et ses amis entendaient bien combler. Il s’agissait pour K. Marx de contrer et de reconquérir à la fois les positions de K. Grün en commençant par le couper de P.-J. Proudhon. Circonstance aggravante, K. Marx et K. Grün se disputaient les faveurs du même éditeur allemand, Leske, libraire à Darmstadt (Palatinat rhénan), le même qui avait octroyé une avance de 1 500 F au jeune Marx pour la rédaction d’une « Critique de la politique et de l’économie politique », lointain ancêtre du « Capital ». Comme le note Karl Löwith à propos des jeunes hégéliens : « Leur véritable métier, c’est la profession “libre” d’écrivains sous la constante dépendance des bailleurs de fonds et des éditeurs, du public et des censeurs
[15]. »
Entre contradictions, méprise et profession de foi : la défausse maladroite de P.-J. Proudhon
L’intérêt de K. Marx ainsi délimité socialement et politiquement, quid pour P.-J. Proudhon ?
Pourquoi s’épand-il autant sur ses intentions et abat-il son jeu ? La réponse réside sans doute dans cet aveu à Sainte Beuve en 1848, rapporté par son biographe et ami J.-A. Langlois : « Mes vrais maîtres, je veux dire ceux qui ont fait naître en moi des idées fécondes, sont au nombre de trois : la Bible d’abord, Adam Smith ensuite et enfin Hegel
[16]. » La Bible exceptée, Adam Smith et Friedrich Hegel, soit l’économie politique classique anglaise et la dialectique, désignaient un commun domaine de prédilection, si l’on se souvient de cette apostrophe de Ferdinand Lassalle surnommant K. Marx le « Hegel de l’économie politique » et le « Ricardo du socialisme ». Singulière situation de P.-J. Proudhon : en raison de son incompréhension de l’allemand et en l’absence de traduction française – hormis de rares articles ou manuels de vulgarisation – il restait sous le contrôle des « docteurs d’outre-Rhin » pour l’accès à un savoir étranger. D’où provient l’intérêt spécifique de P.-J. Proudhon pour F. Hegel, à la différence des autres socialistes français ? Trois dates, encadrant notre correspondance, fournissent des éléments de réponse. La première de septembre 1843, où P.-J. Proudhon publie
De la Création de l’Ordre dans l’Humanité, ou Principes d’organisation politique, la seconde du 15 août 1844 où il annonce au libraire Guillaumin, éditeur de la Société d’économie politique, son projet de livre
Système des contradictions économiques ou Philosophie de la Misère, la troisième du 15 octobre 1846 où il le publie. K. Marx ou Michel Bakounine, ou Herman Ewerbeck ou K. Grün, autant d’interlocuteurs précieux pour découvrir une dialectique hégélienne inconnue, d’autant plus prisée qu’il persistait à s’en réclamer. Dans cette situation pédagogique insolite, la situation se renversait et, de sollicité, il devenait à son tour solliciteur. Équation remarquable : un échange de notoriété, contre du savoir. P.-J. Proudhon mésestima-t-il le coût de ce marchandage culturel ?
À Paris, après l’expulsion de K. Marx, P.-J. Proudhon est devenu, comme l’attestent différentes sources, l’éminence et l’ami non seulement de K. Grün, mais aussi de H. Ewerbeck ainsi que d’un artisan allemand dévoué, « vieux patron menuisier infatué de lui-même »
[17] dixit F. Engels, « Papa Eiserman ». À la fin de sa lettre, P.-J. Proudhon désigne K. Grün, déjà en relation avec L. Feuerbach, comme son traducteur attitré. H. Ewerbeck (1816-1860), médecin, publiciste, traducteur en allemand du
Voyage en Icarie d’Étienne Cabet, est alors un des chefs de l’autorité centrale de la Ligue à Paris ; c’est lui, comme l’a découvert Pierre Haubtmann, qui a alimenté P.-J. Proudhon de centaines de pages de traductions de K. Marx, de L. Feuerbach, de K. Grün, offrant ainsi au Franc-comtois un champ d’action et d’information inédit. Sans compter M. Bakounine qui ouvrait à P.-J. Proudhon le monde slave.
Deuxième raison de l’implication de P.-J. Proudhon. La Ligue des justes parisienne se composait majoritairement d’artisans. Les tailleurs et les ébénistes s’y taillaient la part du lion, principalement les ébénistes du faubourg Saint-Antoine. Significativement, F. Engels parle de « Papa Eiserman » comme d’un « vieux patron menuisier ». Il existait une affinité élective entre P.-J. Proudhon, le chantre de l’autonomie ouvrière, fondée sur la possession par les travailleurs de leurs moyens de production, ancien compagnon typographe, puis patron d’imprimerie, et ces artisans. Troisième argument : la solitude intellectuelle de P.-J. Proudhon à Lyon, « mélange de population débauchée et bigote ». Il ne disposait point de K. Grün ou de H. Ewerbeck qui eussent le loisir de le renseigner ou de le conseiller – cette solitude lyonnaise ne restant pas ignorée de K. Marx. Autant de raisons plausibles pour comprendre au moins la promptitude de la réaction de P.-J. Proudhon. Néanmoins ces trois éléments n’épuisent pas, de loin, sa réponse.
Si K. Marx, après et probablement en raison de cet échange, commença à traiter P.-J. Proudhon en béotien vaniteux, en « Straubinger » (sobriquet des artisans allemands immigrés), qui contrastait avec le « Proudhon critique ou caractérisé » et le « Proudhon de la Masse » de La Sainte Famille, c’est que sa lecture dépréciative, à la hauteur de ses attentes et de ses espoirs déçus, fut, sinon suscitée, du moins facilitée par la profession de foi, déplacée et inopportune à ses yeux, (voir ses commentaires nécrologiques) de la réponse de P.-J. Proudhon.
P.-J. Proudhon soulève d’abord la question du dogmatisme. Or la lettre de K. Marx ne parle que de « discussion de questions scientifiques ». P.-J. Proudhon l’exhorte à ne pas créer une « nouvelle religion, cette fois ci athée, et qui se confondrait avec une religion de la logique, une religion de la raison », évoquant implicitement la Raison dialectique de F. Hegel – mais lui-même défendait mordicus une dialectique dite « sérielle », aussi sectaire à sa façon.
Deuxième information importante « nous sommes à la tête du mouvement », « ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle intolérance ». Sur quoi P.-J. Proudhon se fondait-il pour juger K. Marx à la tête du mouvement, sans préciser lequel, celui-ci n’ayant adhéré « officiellement » à la Ligue des justes qu’en 1847 et après nombre de manœuvres tactiques ?
Puis P.-J. Proudhon se regimbe à cette mention : « Et au moment de l’action, il est certainement d’un grand intérêt pour chacun d’être instruit de l’état des affaires à l’étranger aussi bien que chez lui. » Il lit « révolution » derrière le mot « action ». P.-J. Proudhon interprète immédiatement : action = insurrection, insurrection = révolution, révolution = liquidation des propriétaires.
« J’ai aussi à vous faire quelque observation sur ce mot de votre lettre : Au moment de l’action. Peut être conservez-vous encore l’opinion qu’aucune réforme n’est actuellement possible sans un coup de main, sans ce qu’on appelait jadis une révolution […] Cette opinion […] mes dernières études m’en ont fait complètement revenir […] Je préfère donc faire brûler la Propriété à petit feu, plutôt que de lui donner une nouvelle force, en faisant une Saint-Barthélémy des propriétaires. »
La franchise de P.-J. Proudhon se révèle dans les phrases précédentes, tirées pour leur intégralité de son carnet intime, soit, par exemple, à la page 82, cette mention : Ne « pas supprimer d’un coup la propriété, mais la brûler à petit feu ». Il poursuit donc avec son interlocuteur un dialogue sur ses thèmes les plus obsessionnels.
La deuxième partie de la réponse concerne les divisions des Allemands immigrés. P.-J. Proudhon, sans s’y immiscer, en prend acte et les minimise. Que K. Grün – qu’il désigne par la première lettre de son nom G., pâle écho de la clandestinité – vive grâce aux subsides de ses livres ou de ses articles sur le socialisme, ne le choque pas. Pourquoi K. Marx s’autorise-t-il à critiquer K. Grün, son « alter ego » sur bien des points et qui d’ailleurs lui a souligné l’intérêt de ses propres écrits ?
« Ce que je sais et que j’estime plus que je ne blâme un petit accès de vanité, c’est que je dois à M. G[rün], ainsi qu’à son ami Ewerbeck, la connaissance que j’ai de vos écrits, mon cher monsieur Marx, de ceux d’Engels, et de l’ouvrage si important de Feuerbach ; et c’est à leur sollicitation que je dois insérer (ce que j’eusse fait de moi-même, au reste) dans mon prochain ouvrage, une mention des ouvrages de MM Marx, Engels, Feuerbach, etc. »
P.-J. Proudhon laisse entendre que son prochain ouvrage, le Système des contradictions économiques, les citera, mais en respectant l’importance des auteurs, c’est-à-dire après L. Feuerbach. Affront supplémentaire pour K. Marx, qui, depuis ses thèses sur Feuerbach, a réglé ses comptes avec son supputé inspirateur.
Réfléchissons sur l’ingénuité tactique de P.-J. Proudhon, après la leçon de morale, la carotte : l’espoir d’une citation, sollicitée, selon lui, par les intéressés eux-mêmes. Elle révèle le « marchandage » de notoriété évoqué supra : si P.-J. Proudhon importe tant aux yeux du public allemand, alors être cité par lui revient à monter d’un coup dans la hiérarchie des auteurs. Enfin P.-J. Proudhon rappelle à K. Marx cette information de nature à l’exaspérer :
« G[rün] et Ewerbeck travaillent à entretenir le feu sacré chez les Allemands qui résident à Paris, et la déférence qu’ont pour ces Messieurs les ouvriers qui les consultent, me semblent un sûr garant de la droiture de leurs intentions. »
L’hérésie atteint son comble : les ouvriers allemands tiennent K. Grün sinon pour leur chef, du moins pour leur « guide », leur « parrain » spirituel dont ils attendent avec déférence les oracles. P.-J. Proudhon (par prescience perverse ?) retourne le couteau dans la plaie en attribuant à K. Grün le rôle auquel aspire K. Marx et qu’il s’arroge de facto. De plus, P.-J. Proudhon suggère que les ouvriers allemands parisiens partagent ses idées puisque aussi bien K. Grün, son traducteur, ne connaît rien à l’économie politique : « Je ne m’occupe que d’économie politique, chose dont il ne sait à peu près rien. » Enfin, P.-J. Proudhon se glorifie d’avoir trouvé « LA réforme » :
« […] faire rentrer dans la société, par une combinaison économique, les richesses qui sont sorties de la société par une autre combinaison économique. En d’autres termes, tourner en Économie politique la théorie de la Propriété contre la Propriété, de manière à engendrer ce que vous autres socialistes allemands appelez communauté, et que je me bornerai pour le moment à appeler liberté-égalité. »
« Faire rentrer dans la société » d’un côté « les richesses qui en sont sorties » de l’autre : voilà l’aliénation, cœur de « l’Essence du christianisme » et des développements complexes des
Manuscrits économico-philosophiques parisiens, nec le plus ultra de la philosophie néo-hégélienne, réduite par « l’homme aux sabots » à une entité, « le social », sortie en catimini par la fenêtre et qu’il convient de réintégrer par la grande porte. Nul doute que K. Marx ait songé à ce type de rodomontade quand il cingle l’ex-typographe de ce blâme : « À la place de l’action pratique et violente des masses […] M. Proudhon met le mouvement cacadauphin de sa tête
[18]. »
P.-J. Proudhon, dans la logique de ses admonestations, commet deux erreurs princeps. Il révèle à K. Marx le contenu de son ouvrage futur, dont il corrige les épreuves, le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère. Il l’informe de la cession de ses droits de traduction à K. Grün.
K. Marx apprend donc que P.-J. Proudhon corrige les épreuves d’un livre proche de ses préoccupations, qu’il veut leur appliquer une prétendue approche dialectique néo- hégélienne, mais pour en tirer des conclusions radicalement opposées aux siennes, substituant la réforme à la révolution, combattant la propriété pour mieux la conserver, et que son ouvrage va être traduit par K. Grün, auprès probablement de leur même éditeur, Leske. Effet le plus immédiat, F. Engels est dépêché dare-dare à Paris pour mieux mettre au pas les Straubinger et les affranchir de la double coupe de K. Grün et P.-J. Proudhon, qui constitue désormais pour K. Marx un obstacle majeur dans sa conquête d’une hégémonie autant intellectuelle que politique. Mais le principal « rapport » intellectuel et symbolique de l’échange reste sans conteste son anti- Proudhon, Misère de la philosophie, qui lui rendit le service majeur de la première exposition publique de sa conception matérialiste de l’histoire. Par ce libelle, rédigé dans notre langue et publié conjointement à Paris et Bruxelles en 1847, il s’introduisait dans le champ du socialisme français au point d’être taxé par le Franc-comtois de « Toenia du socialisme ». Dès l’exergue de ce pamphlet, sa victime se voit déculottée à la face de l’univers :
« M. Proudhon a le malheur d’être singulièrement méconnu en Europe. En France, il a le droit d’être mauvais économiste, parce qu’il passe pour être bon philosophe allemand. En Allemagne, il a le droit d’être mauvais philosophe, parce qu’il passe pour être économiste français des plus forts. Nous, en notre qualité d’Allemand et d’économiste à la fois, nous avons voulu protester contre cette double erreur. Bruxelles, le 15 juin 1847. »
Le chiasme de l’épigraphe rappelle très explicitement l’enjeu : la France et l’Allemagne d’un côté, la philosophie et l’économie de l’autre, le socialisme en filigrane. K. Marx récidive dans sa lettre nécrologique sur P.-J. Proudhon en 1865 :
« Ajoutez à cela le gauche et désagréable pédantisme de l’autodidacte qui fait l’érudit, de l’ex-ouvrier qui a perdu sa fierté de se savoir penseur indépendant et original, et qui maintenant, en parvenu de la science, croit devoir se pavaner et se vanter de ce qu’il n’est pas et de ce qu’il n’a pas [19]. »
Ainsi les origines et les positions sociales des deux auteurs finissaient-elles par les rejoindre, pour rappeler leur ascendance, leur culture et leur éducation, leurs univers et leur statut distinctifs, leur rapport particulier au savoir et au pouvoir. À sa place l’ex-bouvier, bachelier « miraculé », boursier du roi de France, « Raymond la science » du socialisme, qui, à l’instar de l’autodidacte de La Nausée, apprenait par cœur les encyclopédies des bibliothèques publiques. À la sienne, le docteur « d’outre-Rhin », frais émoulu de l’université Friedrich Wilhem de Berlin, qui rêvait quelque temps auparavant de donner au prolétariat une « tête philosophique ».
Au fondement de leurs principes de vision et de leur vision des principes, les positions différentielles de P.-J. Proudhon et du jeune Marx
K. Marx formule une proposition alléchante de discussion scientifique. Isolé, P.-J. Proudhon rentre implicitement dans la discussion tout en la refusant et non sans dévoiler sa vision spécifique du socialisme. Où réside alors sa bévue ?
Rappelons ce passage de sa réponse et cette équation communauté = propriété liberté-égalité :
« […] tourner en Économie politique la théorie de la Propriété contre la Propriété, de manière à engendrer ce que vous autres socialistes allemands appelez communauté, et que je me bornerai pour le moment à appeler liberté-égalité. »
S’y décèle une allusion au fédéralisme et au mutuellisme, panacées proudhoniennes. Mais d’où tient-il K. Marx comme un partisan de cette « communauté », aux antipodes de ses conceptions ? Nous en inférons que P.-J. Proudhon range encore K. Marx dans ce que celui-ci nomme « le socialisme vrai » (der wahre Sozialismus)
[20]. Hypothèse qu’accrédite la référence proudhonienne à L. Feuerbach, « père éponyme » dudit socialisme. D’ailleurs P.-J. Proudhon quelque temps auparavant ne passait-il pas aux yeux de K. Marx lui-même pour avoir « le premier » soumis « la base de l’économie politique […] la propriété privait à un examen critique […] résolu, impitoyable et scientifique à la fois » et pour avoir « réalisé, un progrès qui révolutionne l’économie politique et rend possible, pour la première fois, une véritable science de l’économie politique »
[21] ? L’erreur de P.-J. Proudhon aurait été donc de ne pas distinguer K. Marx de ces « socialistes vrais » et d’attribuer à une divergence de « vanité d’auteur », ce qui relevait en fait d’une divergence théorique.
Si P.-J. Proudhon décèle les enjeux symboliques liés aux luttes de préséance et de pouvoir des plumitifs du mouvement ouvrier allemand, il ne perçoit que confusément les visées hégémoniques du jeune Marx. P.-J. Proudhon traduit en disputes d’auteurs ce qui ressortit en réalité au champ politique, comme si les seuls intérêts en cause étaient ceux impliqués par le fonctionnement du marché littéraire, les rapports entre les éditeurs et le public. Il croit régler les problèmes en proposant à K. Marx et F. Engels de les citer à condition qu’ils facilitent le travail de son traducteur, K. Grün. Il s’aveugle sur la dimension proprement politique des « docteurs d’outre-Rhin », née de l’histoire et de leurs contradictions, reflets de celles de la Prusse du Vormärz. En revanche, K. Marx, bien placé, puisqu’il n’a cessé de les analyser depuis La Question Juive, La Sainte Famille, etc., sait ce qui en retourne. Nous touchons ainsi les liens entre leur regard sociologique et leur conception théorique : à force d’accorder une place déterminante aux grands principes éthiques, à la Justice, l’Ordre, l’Humanité, etc., confondus dans une philosophie hâtivement assimilée et brouillonne, P.-J. Proudhon, ébloui par cette lumière rectrice, finit par ne plus distinguer les déterminants matériels et politiques, que son axiomatique néglige. À l’inverse, un cynisme radical inspire la vision sociologique de K. Marx où les intérêts et les rapports économiques des agents l’emportent sur toute considération morale ou de principe. Il développe une conception crue des rapports de force et d’intérêts, des positions sociales en présence, au-delà des proclamations de foi ou des appels à la Justice. En outre, K. Marx se forge à l’intersection du champ des jeunes hégéliens et du socialisme européen naissant, principalement en France et en Angleterre : il dispose ainsi d’une marge de recul et d’appréciation supérieure, plus large et plus complète. Au croisement de différents champs, d’une triarchie de cultures et d’expériences, K. Marx se situe d’autant mieux qu’il les connaît « de l’intérieur ». Sa position le rend lucide au point aveugle de P.-J. Proudhon. Ils forment un couple fonctionnel. Pour P.-J. Proudhon, le matérialisme est la peine de mort de la dialectique. Pour K. Marx, son salut. Quoiqu’il en soit, K. Marx aura renvoyé à P.-J. Proudhon son message sous une forme inversée – dont Jacques Lacan fit une marque propre de l’inconscient :
« Peu avant la publication de son second ouvrage important, Philosophie de la misère, etc., Proudhon me l’annonça lui-même dans une lettre très détaillée, où il mettait cette phrase : “J’attends votre férule critique”. Je ne tardai pas à l’en frapper dans ma Misère de la philosophie, etc. [Paris 1847] [22]. »
Ainsi la boucle était-elle bouclée et le poisson ferré. Entre raison cynique et éthique, le débat, loin d’être clos, ne mérite surtout pas de l’être. K. Marx et/ou P.-J. Proudhon ? Deux positions différentielles et figures emblématiques à l’arrière plan du champ théorique et dont les noms seuls ont changé.
© Amsterdam, International Institut voor Sociale Geschiedenis, Archives Marx Engels, C 678.
Correspondance Marx-Proudhon
[*] I. Lettre de Karl Marx à Pierre-Joseph Proudhon (Bruxelles, 5 mai 1846)
Mon cher Proudhon,
Je m’étais proposé, bien souvent, de vous écrire depuis que j’ai quitté Paris ; des circonstances indépendantes de ma volonté m’en ont empêché jusqu’à présent. Je vous prie de croire qu’un surcroît de besogne, les embarras d’un changement de domicile, etc. sont les seuls motifs de mon silence.
Et maintenant, surtout, sautons in medias res ! Conjointement avec deux de mes amis, Frédéric Engels et Philippe Gigot (tous deux à Bruxelles), j’ai organisé avec les communistes et socialistes allemands une correspondance suivie, qui devra s’occuper et de la discussion de questions scientifiques et de la surveillance à exercer sur les écrits populaires, et la propagande socialiste qu’on peut faire en Allemagne par ce moyen. Le but principal de notre correspondance sera pourtant celui de mettre les socialistes allemands en rapport avec les socialistes français et anglais, de tenir les étrangers au courant des mouvements socialistes qui seront opérés en Allemagne et d’informer les Allemands en Allemagne des progrès du socialisme en France et en Angleterre. De cette manière les différences d’opinion pourront se faire jour ; on arrivera à un échange d’idées et à une critique impartiale. C’est là un pas que le mouvement social aura fait dans son expression littéraire, afin de se débarrasser des limites de la nationalité. Et au moment de l’action, il est certainement d’un grand intérêt pour chacun d’être instruit de l’état des affaires à l’étranger aussi bien que chez lui.
Outre les communistes en Allemagne, notre correspondance comprendra aussi les sociétés allemandes à Paris et à Londres. Nos rapports avec l’Angleterre sont déjà établis ; quant à la France, nous croyons tous que nous ne pouvons y trouver un meilleur correspondant que vous : vous savez que les Anglais et les Allemands vous ont jusqu’à présent mieux apprécié que vos propres compatriotes.
Vous voyez donc qu’il ne s’agit que de créer une correspondance régulière et de lui assurer les moyens de poursuivre le mouvement social dans les différents pays, d’arriver à un intérêt riche et varié, comme le travail d’un seul ne pourra jamais le réaliser.
Si vous voulez accéder à notre proposition, les frais de port des lettres qui vous seront envoyées, comme de celles que vous nous enverrez, seront supportés ici, les collectes faites en Allemagne étant destinées à couvrir les frais de la correspondance.
L’adresse à laquelle vous écrirez ici est celle de Monsieur Philippe Gigot, 8, rue Bodenbroeck. C’est lui qui aura également la signature des lettres de Bruxelles.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que toute cette correspondance exige de votre part le secret le plus absolu : en Allemagne nos amis doivent agir avec la plus grande circonspection pour éviter de se compromettre.
Répondez-nous bientôt et croyez à l’amitié bien sincère de
Votre tout dévoué
Charles Marx
Bruxelles, 5 mai 1846.
P.S. – Je vous dénonce ici M. Grün à Paris. Cet homme n’est qu’un chevalier d’industrie littéraire, un espèce de charlatan qui voudrait faire le commerce d’idées modernes. Il tâche de cacher son ignorance sous des phrases pompeuses et arrogantes, mais il n’est parvenu qu’à se rendre ridicule par son galimathias. De plus cet homme est dangereux. Il abuse de la connaissance qu’il a établie avec les auteurs de renom grâce à son impertinence, pour s’en faire un piédestal et les compromettre ainsi vis-à-vis du public allemand. Dans son livre sur les « socialistes français », il ose s’appeler le professeur (Privatdocent, dignité académique en Allemagne) de Proudhon, prétend lui avoir dévoilé les axiomes importants de la science allemande, et blague sur ses écrits. Gardez-vous donc de ce parasite. Peut être vous reparlerai-je plus tard de cet individu.
Je profite avec plaisir de l’occasion qui m’est offerte par cette lettre, pour vous assurer combien il m’est agréable d’entrer en relation avec un homme aussi distingué que vous. En attendant, permettez moi de me dire
Votre tout dévoué
Philippe Gigot.
Quant à moi, je ne peux qu’espérer que vous, Monsieur Proudhon, approuverez le projet que nous venons de vous proposer, et que vous aurez la complaisance de ne pas nous refuser votre coopération.
En vous assurant du profond respect que vos écrits m’ont inspiré pour vous, je suis
votre tout dévoué
Frédéric Engels.
*.
Cette correspondance figure sous le titre « Un dialogue Marx-Proudhon (1946) », in Karl Marx, Œuvres. III, Philosophie, éditions de Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1982, pp. 1480-1486.
II. Réponse de P.-J. Proudhon à K. Marx (Lyon, 17 mai 1846)
Lyon, 17 mai 1846
Mon cher monsieur Marx,
Je consens volontiers à devenir l’un des aboutissants de votre correspondance, dont le but et l’organisation me semblent devoir être utiles. Je ne vous promets pas, pourtant, de vous écrire ni beaucoup, ni souvent : mes occupations de toute nature, jointes à ma paresse naturelle, ne me permettent pas ces efforts épistolaires. Je prendrai aussi la liberté de faire quelques réserves, qui me sont suggérées par divers passages de votre lettre.
D’abord, quoique mes idées en fait d’organisation et de réalisation soient en ce moment tout à fait arrêtées, au moins pour ce qui regarde les principes, je crois qu’il est de mon devoir, qu’il est du devoir de tout socialiste, de conserver pour quelque temps encore la forme critique ou dubitative ; en un mot, je fais profession avec le public, d’un anti-dogmatisme économique presque absolu.
Cherchons ensemble, si vous voulez, les lois de la société, le mode dont ces lois se réalisent, le progrès suivant lequel nous parvenons à les découvrir : mais, pour Dieu ! après avoir démoli tous les dogmatismes a priori, ne songeons point à notre tour à endoctriner le peuple ; ne tombons pas dans la contradiction de votre compatriote Martin Luther qui, après avoir renversé la théologie catholique, se mit aussitôt à grands renforts d’excommunications et d’anathèmes, à fonder une théologie protestante. Depuis trois siècles, l’Allemagne n’est occupée que de détruire le replâtrage de M. Luther : ne taillons pas au genre humain une nouvelle besogne par de nouveaux gâchis. J’applaudis de tout mon cœur à votre pensée de produire un jour toutes les opinions ; faisons-nous une bonne et loyale polémique ; donnons au monde l’exemple d’une tolérance savante et prévoyante, mais parce que nous sommes à la tête du mouvement, ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle intolérance, ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion, cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encourageons toutes les protestations, flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question comme épuisée ; et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier argument, recommençons, s’il faut, avec l’éloquence et l’ironie. À cette condition, j’entrerai avec plaisir dans votre association, sinon, non !
J’ai aussi à vous faire quelques observation sur ce mot de votre lettre : au moment de l’action. Peut-être conservez-vous encore l’opinion qu’aucune réforme n’est actuellement possible sans un coup de main, sans ce qu’on appelait jadis une révolution, et qui n’est tout bonnement qu’une secousse. Cette opinion, que je conçois, que j’excuse, que je discuterais volontiers, l’ayant moi-même longtemps partagée, je vous avoue que mes dernières études m’en ont fait complètement revenir. Je crois que nous n’avons plus besoin de cela pour réussir ; et qu’en conséquence, nous ne devons point poser l’action révolutionnaire comme moyen de réforme sociale, parce que ce prétendu moyen serait tout simplement un appel à la force, à l’arbitraire, bref, une contradiction. Je me pose ainsi le problème : faire rentrer dans la société, par une combinaison économique, les richesses qui sont sorties de la société par une autre combinaison économique. En d’autres termes, tourner en Économie politique la théorie de la Propriété contre la Propriété, de manière à engendrer ce que vous autres socialistes allemands appelez communauté, et que je me bornerai pour le moment à appeler Liberté-égalité. Or, je crois savoir le moyen de résoudre, à court délai, ce problème : je préfère donc faire brûler la propriété à petit feu, plutôt que de lui donner une nouvelle force, en faisant une Saint-Barthélemy des propriétaires.
Mon prochain ouvrage, qui en ce moment est à moitié de son impression, vous en dira davantage.
Voilà, mon cher philosophe, où j’en suis pour le moment ; sauf à me tromper, et s’il y a lieu, à recevoir la férule de votre main ; ce à quoi je me soumets de bonne grâce, en attendant ma revanche. Je dois vous dire en passant que telles me semblent être aussi les dispositions de la classe ouvrière de France : nos prolétaires ont si grande soif de science qu’on serait fort mal accueilli d’eux si on n’avait à leur présenter à boire que du sang. Bref, il serait, à mon avis, d’une mauvaise politique pour nous de parler en exterminateurs : les moyens de rigueur viendront assez, le peuple n’a besoin pour cela d’aucune exhortation.
Je regrette sincèrement les petites divisions qui, à ce qu’il paraît, existent déjà dans le socialisme allemand, et dont vos plaintes contre M. G[rün] m’offrent la preuve. Je crains bien que vous n’ayez vu cet écrivain sous un jour faux : j’en appelle, mon cher Monsieur Marx, à votre sens rassis. G[rün] se trouve exilé, sans fortune, avec une femme et deux enfants, n’ayant pour vivre que sa plume. Que voulez-vous qu’il exploite pour vivre, si ce n’est les idées modernes ? Je comprends votre courroux philosophique, et je conviens que la sainte parole de l’Humanité ne devrait jamais faire la matière d’un trafic ; mais je ne veux voir ici que le malheur, l’extrême nécessité, et j’excuse l’homme. Ah ! si nous étions tous millionnaires, les choses se passeraient mieux : nous serions des saints et des anges. Mais il faut vivre, et vous savez que ce mot n’exprime pas encore, tant s’en faut, l’idée que donne la théorie pure de l’association. Il faut vivre, c’est-à-dire acheter du pain, du bois, de la viande, payer un maître de maison ; et ma foi ! celui qui vend des idées sociales n’est pas plus indigne que celui qui vend un sermon. J’ignore complètement si G[rün] s’est donné lui-même comme étant mon précepteur : précepteur de quoi ? Je ne m’occupe que d’économie politique, chose dont il ne sait à peu près rien ; je regarde la littérature comme un jouet de petite fille, et quant à la philosophie, j’en sais assez pour avoir le droit de m’en moquer à l’occasion. G[rün] ne m’a rien dévoilé du tout ; s’il l’a dit, il a dit une impertinence dont je suis sûr qu’il se repent.
Ce que je sais et que j’estime plus que je ne blâme un petit accès de vanité, c’est que je dois à M. G[rün], ainsi qu’à son ami Ewerbeck, la connaissance que j’ai de vos écrits, mon cher monsieur Marx, de ceux d’Engels, et de l’ouvrage si important de Feuerbach. Ces messieurs, à ma prière, ont bien voulu faire quelques analyses pour moi en français (car j’ai le malheur de ne pouvoir lire l’allemand) des publications socialistes les plus importantes ; et c’est à leur sollicitation que je dois insérer (ce que j’eusse fait de moi-même, au reste) dans mon prochain ouvrage, une mention des ouvrages de MM. Marx, Engels, Feuerbach, etc. Enfin, G[rün] et Ewerbeck travaillent à entretenir le feu sacré chez les Allemands qui résident à Paris, et la déférence qu’on pour ces Messieurs les ouvriers qui les consultent, me semblent un sûr garant de la droiture de leurs intentions.
Je vous verrais avec plaisir, mon cher Marx, revenir d’un jugement produit par un instant d’irritation ; car vous étiez en colère lorsque vous m’avez écrit. G[rün] m’a témoigné le désir de traduire mon livre actuel ; j’ai compris que cette traduction, précédant toute autre, lui procurerait quelques secours ; je vous serais donc obligé, ainsi qu’à vos amis, non pas pour moi, mais pour lui, de lui prêter assistance dans cette occasion, en contribuant à la vente d’un écrit qui pourrait sans doute, avec votre secours, lui donner plus de profit qu’à moi.
Si vous voulez me donner l’assurance de votre concours, mon cher monsieur Marx, j’enverrai incessamment mes épreuves à M. G[rün] et je crois, nonobstant vos griefs personnels dont je ne veux pas me constituer le juge, que cette conduite nous ferait honneur à tous.
Mille amitiés à vos amis, messieurs Engels et Gigot.
Votre tout dévoué.
P. J. Proudhon
À Monsieur
Philippe Gigot, rue de Bodenbroeck, 8,
à Bruxelles
Belgique
[1]
Le texte des deux lettres se trouve sous le titre « Un dialogue Marx-Proudhon (1846) »
in Karl Marx,
Œuvres. III, Philosophie, édition de Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1982, pp. 1480-1486. La lettre de Pierre-Joseph Proudhon est consultable aussi dans
Correspondance de P.-J. Proudhon, Paris, Librairie internationale A. Lacroix et C
ie Éditeurs, 1875, t. II, pp. 198-202.
[2]
P.-J. Proudhon,
Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, Paris, Librairie Guillaumin, octobre 1846, 2 volumes.
[3]
K. Marx,
Œuvres. I, Économie, édition de Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1969, p. 1456.
[4]
Lettre de Lyon à son éditeur parisien, M. Guillaumin, datée du 18 mai 1846, post-scriptum dans
Correspondance…,
op. cit., p. 205.
[5]
Carnets de P.-J. Proudhon, 1843-1846, vol. 1, Paris, Librairie Marcel Rivière et C
ie, 1960, p. 3.
[6]
P.-J. Proudhon,
Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement. Premier mémoire sur la propriété, chronologie et introduction par Émile James, Paris, Garnier-Flammarion, 1966.
[7]
P.-J. Proudhon,
Qu’est-ce que la propriété…, op. cit., ch. I, p. 57.
[8]
Célestin Bouglé,
La Sociologie de Proudhon, Paris, Armand Colin, 1911, p. 4.
[9]
P.-J. Proudhon,
Qu’est-ce que la propriété…, op. cit., p. 287.
[10]
Chapitre de la deuxième partie de « L’Idéologie allemande », ouvrage non publié, et que K. Marx durant l’été 1847 a proposé sous forme d’article à la revue mensuelle rhénane.
Das Westphälische Dampfboot (Le Vapeur Westphalien)
in K. Marx,
Œuvres. III Philosophie, op. cit., pp. 665-719.
[11]
Documents constitutifs de la Ligue des communistes : 1847, présentés et rassemblés par Bert Andréas, traduction Jacques Grandjonc, Paris, Aubier Montaigne, 1972, p. 70.
[13]
Lettre nécrologique de K. Marx sur P.-J. Proudhon, envoyée de Londres à Johann Baptist von Schweitzer, directeur du journal
Der Social-Demokrat, organ des Allgemeinen deutschen Arbeiter-Vereins (le Social-Démocrate, organe de l’Association générale des travailleurs allemands) organisation fondée par Ferdinand Lassalle en 1863. La lettre fut publiée à Berlin dans les n° 16, 17, 18 respectivement du 1
er, 3 et 5 février 1865 – P.-J. Proudhon était mort le 19 janvier.
In « Appendice I : Deux lettres sur Proudhon », K. Marx,
in Œuvres. I, Économie,…,
op. cit., p. 1454.
[14]
Voir K.
Marx, Œuvres. III…, op. cit., p. 666.
[15]
Karl Löwith,
De Hegel à Nietzsche, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1981, p. 92.
[16]
Extrait de la chronologie de la vie et de l’œuvre de P.-J. Proudhon par É. James dans P.-J. Proudhon,
Qu’est-ce que la propriété…, op. cit., p. 7.
[17]
Deuxième lettre au Comité de Bruxelles du 19 septembre 1846
in Correspondance K. Marx-Fr. Engels, traduit par J. Molitor, t. I, Paris, A. Costes, 1844-1849, p. 47.
[18]
Lettre à Pavel Vassilitch Annenkov du 28 décembre 1846, dans « Appendice I : Deux lettres… »,
op. cit., p. 1448.
[19]
Lettre nécrologique de K. Marx sur P.-J. Proudhon, envoyée de Londres à J. B. von Schweitzer,
in « Appendice I : Deux lettres… »,
op. cit., p. 1457.
[20]
« Kommunistisches Manifest »
in K. Marx,
Die Frühschriften : von 1837 bis zum Manifest der kommunistischen Partei 1848, Stuttgart, Alfred Kröner Verlag, 1971, pp. 551-556.
[21]
K. Marx
, Œuvres. III…,
op. cit., p. 454.
[22]
Lettre de Londres du 24 janvier 1865,
in « Appendice I : Deux lettres… »,
op. cit., p. 1454.