2002
Genèses
Dossier
1914-1918 : oser penser, oser écrire
Rémy Cazals
Peut-on affirmer que les historiens qui ont écrit sur la guerre
de 14-18 ont « longtemps renoncé aux règles élémentaires de l’opération
historique » ? qu’ils ont « aseptisé » la guerre, privilégié le refus et
occulté le consentement ? et encore que serait imposée une « dictature du
témoignage » ? Peut-on, dans le même élan, chercher à imposer une dictature des
intuitions et des hypothèses fragiles ? Il est temps de réagir, non contre le
renouveau de la recherche sur la Grande Guerre, qui prend appui sur les solides
travaux d’un passé peu lointain, mais contre des excès qui, même médiatisés à
l’extrême, ne résistent pas à l’examen rigoureux que cet article entreprend de
mener à bien.
Can one assert that historians writing about the First World War
« abandoned for a long time the elementary rules of historiography » ? That
they « cleaned up » the war, emphasising refusal and concealing consent ? That
a « dictatorship of the first-hand account » was imposed ? At the same time,
can one attempt to impose a dictatorship of intuitions and fragile hypotheses ?
It is time to react, not against renewed research on the First World War, which
is based on solid work from the not-too-distant past, but rather against
excesses that, even when given prominent media attention, cannot hold up under
the rigorous examination this article attempts to provide.
Il existe à l’heure actuelle, en France, une vision de
l’histoire de la Grande Guerre qui cherche à s’imposer dans l’édition, les
ondes et la presse, renforcée par les renvois d’ascenseur des comptes rendus
d’ouvrages, et caractérisée par des attaques violentes contre tout ce qui la
gêne. Plusieurs de ses aspects me paraissent contestables. On les trouve dans
des textes signés Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, particulièrement
dans
1914-1918 : retrouver la
guerre
[1],
ouvrage récent que je prendrai pour base de mes critiques, sans toutefois me
limiter à lui.
Les deux auteurs dénigrent « l’historiographie », terme vague
qui englobe ouvrages anciens et travaux récents n’épousant pas leurs
hypothèses. Je montrerai que cette critique est excessive. Par ailleurs, ils
prétendent refuser « la dictature du témoignage » : faut-il accepter une autre
tyrannie, celle des affirmations spectaculaires mais fragiles de quelques
historiens ? Enfin, un retour sur le jeu complexe du consentement et de la
contrainte, et sur l’existence bien réelle de la propagande, terminera cet
article. Quand il s’agit de l’intervention dans un débat, une argumentation
étoffée et des citations précises doivent être fournies, que chacun peut aller
vérifier. J’ai essayé de gommer, dans mon propre texte, des formules vives,
suscitées par les outrances des auteurs que je conteste. Mais, j’assume son
aspect général polémique, en réponse à l’affirmation assénée selon laquelle les
professionnels de l’histoire qui ont écrit sur 14-18 « ont longtemps renoncé
aux règles élémentaires de l’opération historique
[2] ». Une telle accusation est grave. On est
loin de la courtoise préface au livre de Marc Ferro dans laquelle Pierre
Renouvin disait ne pas suivre l’auteur sur certains points, mais recommandait
la lecture d’un ouvrage sincère ouvrant la voie à des recherches neuves
[3]. Surtout, au-delà des formes
courtoises ou hargneuses, l’accusation est-elle justifiée ?
Vieille et jeune historiographies
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker écrivent : « L’historiographie
du premier conflit mondial a multiplié les images construites a priori, ou
bâties de fort loin. Une histoire renouvelée, décidée à l’aborder en son plein
centre, sous l’angle des cultures, ne peut qu’être, d’emblée, une entreprise de
démolition
[4]. » Et
pourquoi faut-il démolir « l’historiographie » ? Parce qu’elle aurait «
aseptisé » la guerre et privilégié les moments de refus… Les deux auteurs
veulent la bousculer par des apports « décisifs », des « intuitions fulgurantes
», des « percées conceptuelles »
[5].
L’histoire de 14-18 était-elle « aseptisée » ?
Le front, nous disent les deux auteurs, c’est des hommes
pulvérisés, coupés en deux, atrocement blessés. Ne pas le dire est « un
véritable déni historique
[6] ». Je ne sais qui est visé ici : je croyais avoir lu
de telles descriptions dans « l’historiographie » et dans les témoignages,
notamment celui de Louis Barthas que j’ai édité
[7].
On peut à juste titre souligner la violence personnelle,
pratiquée (en plus de la violence subie). Mais la violence industrielle,
anonyme, aveugle, restait l’essentiel. Jean-Norton Cru a eu raison d’alerter
ses contemporains et les historiens futurs sur la fausseté des récits
frénétiques des pseudo-virtuoses de la baïonnette
[8]. S. Audoin-Rouzeau et A. Becker écrivent
de l’œuvre de J.-N. Cru qu’elle est représentative du « souci d’aseptisation »
et portent contre une de ses remarques cette accusation : « S’agissant de la
confrontation des corps humains aux moyens modernes de destruction, l’auteur
nie par exemple toute visibilité des traumatismes physiques
[9]. » Or, il n’en est rien. Dans le passage
nommément visé, J.-N. Cru donne simplement une observation d’expérience : «
J’ai vu peu de sang à Verdun et ailleurs. Beaucoup de cadavres n’en offrent pas
de trace à moins qu’on ne les soulève : la terre, le gazon absorbent le sang
sous le corps. Certaines blessures causent la mort sans couper de gros
vaisseaux. Il y a des hémorragies internes. J’ai vu telle égratignure du cuir
chevelu ensanglanter la tranchée plus que dix morts
[10]. » Ailleurs, il évoque largement les
horreurs de la guerre.
L’historiographie de 14-18 a-t-elle privilégié le refus
?
Notre historiographie serait, ensuite, victime d’une
fascination pour les refus. « On verra un bon exemple de la vieille
complaisance historiographique pour les refus plutôt que pour les consentements
dans le fait que le premier ouvrage émanant d’un historien (et non d’un témoin)
paru sur le monde combattant ait pris comme objet d’étude l’exception (la
mutinerie de quarante mille hommes au total) et non la règle qui fut le
consentement du plus grand nombre (deux millions de combattants étaient alors
présents sur le front)
[11]. » Le développement de S. Audoin-Rouzeau et A.
Becker insiste sur les limites du mouvement, oublie cette remarque de Guy
Pedroncini selon laquelle « il apparaît que les deux tiers de l’armée ont plus
ou moins été agités », et néglige le fait que les documents des archives
militaires ne nous donnent pas une vision complète du mécontentement
[12]. Mais, soit. Nos auteurs
arrivent à une conclusion qu’ils formulent de telle façon qu’elle semble
l’apport d’une idée neuve : « Ne s’agit-il donc pas d’un refus d’obéissance à
de mauvais chefs plutôt que de mutineries à proprement parler ? » C’est
exactement la conclusion du livre de G. Pedroncini, édité il y a plus de trente
ans.
« L’historiographie », greffée sur une longue tradition
pacifiste, serait telle qu’on aurait plus écrit sur les trêves et les
fraternisations que sur les atrocités et la haine de l’ennemi. Trêves et
fraternisations auraient été « surinterprétées ». Par qui ? On pourrait citer
des ouvrages qui abordent la question, mais je n’ai pas l’impression qu’il
s’agisse d’un phénomène massif. L’historien américain Leonard V. Smith accorde
une place justement proportionnée aux trêves dans son étude d’une division
d’infanterie normande
[13]. Plus je lis les témoignages de combattants, plus il
me semble que les trêves tacites ont été plutôt sous-estimées par les
historiens, mais je ne vais pas accuser ceux-ci d’avoir « renoncé aux règles
élémentaires de l’opération historique ». Cela tient simplement au fait que,
ces trêves ayant eu lieu, le plus souvent, à l’insu des officiers, il faut
aller en chercher la mention dans les carnets de simples soldats, la plupart
inédits.
Et puis, je reprends le Malet-Isaac (classes terminales,
édition de 1953). Sans doute ce manuel tenait-il compte de « l’historiographie
». Les mutineries de l’armée française en 1917 sont évoquées en deux lignes,
les atrocités en sept lignes qui mentionnent la destruction des villes et « les
pires violences » subies par les non-combattants des régions occupées. Déjà,
dans le corps du récit, on ne peut pas dire que la place des mutineries
l’emporte sur celle des atrocités. Mais, allons à la fin du chapitre, à la
rubrique
Textes : elle est entièrement
consacrée aux « très nombreux actes de violence commis par les Allemands sur
les populations civiles de la Belgique et de la France ». Dans ces conditions,
peut-on, avec S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, écrire sérieusement que les
rapports sur les atrocités allemandes sont tirés aujourd’hui d’un long oubli en
quelque sorte presque volontaire, que, « jusqu’aux travaux les plus récents,
ces “atrocités” étaient, pour l’essentiel, considérées en bloc comme des
inventions pures et simples de la propagande », qu’un « véritable écran
conceptuel » a été dressé pour les occulter
[14] ?
Mon propos n’est pas de dire que soit inutile une étude
attentive des atrocités réelles, de la diffusion de légendes comme celle des
enfants aux mains coupées, de l’impact de ces représentations. Un livre de John
Horne et Alan Kramer est annoncé sur le sujet. Dans un volume de la collection
« La Mémoire de 14-18 en Languedoc », j’ai donné le témoignage d’une domestique
employée par le comte de Moustiers en son château de Clémery, proche de Nomény
en Lorraine : « 20 août [1914]. Sous un bombardement affreux, Nomény a été
incendié par les Prussiens qui, après avoir bu plus que de raison, ne savaient
plus ce qu’ils faisaient. Beaucoup de personnes ont été fusillées au moment où,
affolées, elles se sauvaient des caves. D’autres ont été brutalisées, les
femmes et les jeunes filles violées, puis conduites vers Metz où on les a
gardées six à huit jours. » Au cours du même été de guerre, au château de
Clémery, on soigne alternativement les blessés des deux camps, et parfois en
même temps
[15].
Atrocités et gestes humanitaires ont existé. Dire que, en
temps de guerre, la brutalité est la règle ne semble pas une percée
conceptuelle, mais une évidence. J’ai montré que « l’historiographie » n’avait
pas occulté les pires atrocités. Mais, voici une intuition fulgurante repérée
dans l’œuvre de George L. Mosse : la « brutalisation » (au sens anglo-saxon de
« rendre brutal »).
De la « brutalisation »
A. Becker résume elle-même la définition du « concept
novateur forgé par G. L. Mosse, celui de brutalisation » par « la banalisation
et l’intériorisation de la violence de guerre qui permettent d’accepter
durablement tous ses aspects, même les plus paroxysmiques, et de les réinvestir
dans le champ politique de l’après-guerre
[16] ». Notons, pour commencer, que le titre du livre
paru en anglais en 1990,
Fallen Soldiers :
Reshaping the Memory of the World Wars, a été « traduit » en
français par
De la Grande Guerre au totalitarisme
: la brutalisation des sociétés européennes
[17]. J’ai entendu à ce propos des
cinéphiles évoquant le précédent des films de John Ford,
My darling Clementine et
She wore a yellow Ribbon, devenus en
français
La Poursuite infernale et
La Charge héroïque. Cautionné par le
préfacier, le changement de titre est même explicité dans le compte rendu d’A.
Becker : le titre de la version américaine « reflétait les années
quatre-vingts, celles de sa parution, avec leur emphase sur la “mémoire” » ; le
titre de la traduction française « rend mieux compte des questionnements
historiques de la fin des années quatre-vingt-dix ». Est-ce bien sérieux ? G.
L. Mosse est décédé en janvier 1999. S’il avait lui-même proposé le titre
français, on nous le dirait. A. Becker précise bien que l’éditeur et S.
Audoin-Rouzeau l’ont choisi. Je pense qu’elle est bien informée. Remarquons que
le titre anglais ne comportait ni « totalitarisme », ni « brutalisation », ni «
sociétés européennes ».
Pour le cas de la France, à suivre Antoine Prost, les
analyses de G. L. Mosse sont discutables
[18]. En fait, un chapitre traite de « la brutalisation
du champ politique allemand ». Mais ceci est-il vraiment nouveau ? Il me
semble, l’ayant trouvé dans « l’historiographie », avoir enseigné cela il y a
longtemps, en n’invoquant pas seulement les démobilisés revenus parfois armés
et violents, mais le poids de la défaite et de l’humiliation du diktat, la
légende du coup de poignard dans le dos, les tensions nées du changement de
régime et de la crise matérielle, sans oublier la formation reçue par les
Cadets
[19]…
Les combattants ont été brutalisés (au sens français du
terme) par la guerre, la propagande de tous les instants, la perte de la
liberté ; ils ont participé à la guerre et donc contribué à brutaliser
l’adversaire. Les survivants ont-ils été rendus brutaux pour l’après-guerre ?
Quelques-uns, peut-être ; d’autres l’étaient déjà ; beaucoup, portés par une
profonde « culture du temps de paix », ont su y résister. Ces phrases n’ont
rien de « fulgurant ». Mais que cherche-t-on, au juste ?
Un appel à la modestie
Le parti pris de dénigrer le travail des générations
précédentes, d’affirmer qu’on commence enfin à « retrouver » 14-18, conduit à
des postures bizarres que je vais indiquer.
« L’historiographie de la Première Guerre mondiale depuis
quatre-vingts ans a ignoré le long sillon de douleurs traîné à sa suite par le
grand conflit », écrivent S. Audoin-Rouzeau et A. Becker
[20]. On aurait méconnu le deuil. Mais, pour
ne citer que deux ouvrages de « l’historiographie », je trouve cette question
largement abordée par l’historien A. Prost et l’ethnologue Yves Pourcher
[21]. Quant à Jules Maurin, il
dit, dans l’introduction de son beau livre, les raisons personnelles qui l’ont
poussé à étudier la Grande Guerre, la présence constante du deuil dans son
milieu familial
[22].
Mais, ce livre, remarquable par sa méthode et important par son contenu, n’est
pas cité une seule fois dans
1914-1918 :
retrouver la guerre
[23]. Pourvu qu’on prenne la peine de les lire, les
récits des témoins sont marqués par le deuil. Marie Escholier le montre pour
Mirepoix, en Ariège. C’est aussi dans ce livre qu’on trouve cette phrase
extraite d’une lettre de soldat : « J’ai bien changé, je sais ce que c’est que
la vie, nous sommes moins qu’une fumée
[24]. » Dans le domaine de l’histoire du deuil, comme
dans les autres domaines de l’histoire, il est évident que des études toujours
plus approfondies doivent être menées. Mais j’ai un peu de mal à percevoir le
caractère novateur de la classification des cercles de deuil en trois
catégories : le premier qui rassemble « les ascendants du mort (parents,
grands-parents), ses enfants, son épouse, ses frères et sœurs » ; le second, «
celui des oncles et tantes, des cousins et cousines, des nièces et des neveux,
des beaux-frères et belles-sœurs » ; le troisième qui compte les membres de la
famille éloignée
[25].
Que les familles aient souhaité faire revenir les corps
identifiés des soldats tués, on peut le comprendre. La loi du 31 juillet 1920
plaçait les transferts de corps à la charge de l’État. Serge Barcellini a donné
l’estimation du secrétariat d’État chargé des anciens combattants : deux cent
quarante mille corps ont été restitués, soit 30 % des morts identifiés
[26]. La proportion n’est-elle
pas significative ? demandent S. Audoin-Rouzeau et A. Becker
[27]. Peut-être, mais que dire
des 70 % ?
Parmi les tués, figurent ceux qui l’ont été par un peloton
d’exécution français. Le 5 novembre 1998, à Craonne, Lionel Jospin, évoquant
les suites tragiques de l’offensive du 16 avril 1917, prononça ces paroles : «
Certains de ces soldats, épuisés par des attaques condamnées à l’avance,
glissant dans une boue trempée de sang, plongés dans un désespoir sans fond,
refusèrent d’être sacrifiés. Que ces soldats “fusillés pour l’exemple” au nom
d’une discipline dont la rigueur n’avait d’égale que la dureté des combats,
réintègrent aujourd’hui, pleinement, notre mémoire collective nationale ! »
Bien que ne faisant pas partie de « l’historiographie » attaquée par S.
Audoin-Rouzeau et A. Becker, l’acte de L. Jospin serait caractéristique de
cette tradition qui ne reconnaît pour héros que les révoltés. Piètre historien,
ou mal conseillé, L. Jospin aurait confondu « manifestement deux phénomènes :
celui des fusillés pour des refus d’obéissance face à l’ennemi et commis en
première ligne, à la fin 1914 et en 1915 surtout, et auxquels on peut, dans une
certaine mesure, appliquer le terme de “fusillés pour l’exemple”, avec celui
des mutinés de 1917 qui, pour leur part, ne se sont jamais insurgés au combat
mais à l’arrière, et à propos desquels, compte tenu des procédures judiciaires
mises en œuvre, le terme de “fusillés pour l’exemple” paraît injustifié
[28] ». L’ensemble de la
polémique suscitée par M. Jospin et son écho dans les médias auraient amené «
un recul cognitif ». Là-dessus, on peut faire des observations sur trois
points. D’abord, si les propos de M. Jospin ont aussi vivement surpris, c’est
que les fusillés de 1917 n’étaient pas majoritairement reconnus comme héros de
l’histoire. Ensuite, opposer mutins fusillés en 1917 et condamnés pour refus
d’obéissance en 1915 paraît une erreur plus grande que de les placer en un même
ensemble. Nicolas Offenstadt, qui a publié une mise au point récente et
documentée sur la question, conclut : « la répression [des mutineries de 1917]
transforme donc des actions collectives en délits individuels » et « la volonté
de faire des “exemples” guide encore, pour une part, la répression des
mutineries
[29] ».
Enfin, dans le domaine de l’histoire culturelle, la polémique née du discours
de M. Jospin ne me semble pas un recul, mais une avancée, nous informant de
façon intéressante sur les représentations de l’histoire que se faisaient en
1998 des hommes politiques de tendances opposées.
Je terminerai cette série de critiques sur des points
particuliers par une remarque d’ensemble. Dès les premières pages de leur
livre, et pour montrer l’importance de la période qui constitue leur champ
d’étude, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker livrent les résultats d’un sondage
selon lequel, interrogés sur les plus grands événements des cent dernières
années, les Français classent la Première Guerre mondiale en quatrième position
après la Deuxième Guerre, Mai 68 et la chute du régime soviétique. Et même, la
catégorie des 15-19 ans place la Grande Guerre au deuxième rang. Conclusion des
deux auteurs : « Ainsi, plus les sondés sont jeunes, plus la guerre de
1914-1918 affirme son importance au sein du
xxe siècle : la quatrième génération,
celle dont les arrière-grands-parents ont subi la Grande Guerre, la plébiscite.
En d’autres termes, tout se passe comme si l’éloignement inexorable de
l’événement ne faisait rien à l’affaire : la présence de 14-18 tendrait non pas
à diminuer, mais à s’accroître avec le remplacement des générations
[30]. » Même sans insister sur
le fait que le sondage eut lieu les 6 et 7 novembre 1998 (juste après le
discours de L. Jospin, et en pleine période commémorative médiatisée), il me
semble évident que des jeunes, qui n’ont pas connu l’avant-mai 68, et quasiment
pas le régime soviétique, retiennent comme événements les plus marquants du
siècle les deux guerres mondiales qui le bouleversèrent.
Modestie et exactitude feraient mieux ressortir les progrès
réalisés dans la connaissance de 14-18 depuis vingt ou trente ans. Ces apports
sont incontestables : ce serait malheureux s’il n’en était pas ainsi. On les
constate en France, du Nord et du Sud, et à l’étranger
[31]. Les plus récents s’ajoutent aux grands
livres des années 1960 et 1970, de M. Ferro, J. Maurin, G. Pedroncini, A.
Prost, Gérard Canini, Jean-Jacques Becker, pour ne citer que des
Français
[32]. Pourquoi
montrer tant de hargne contre « l’historiographie » ? Pour faire le vide et
occuper toute la place ? Ou bien, s’agit-il ainsi de cacher quelques faiblesses
de raisonnement ? C’est ce que je voudrais examiner en discutant l’expression «
dictature du témoignage » lancée par S. Audoin-Rouzeau et A. Becker.
Témoignages de combattants et intuitions d’historiens
De la « dictature du témoignage », nous disent les deux
auteurs, il faut s’affranchir, sous peine de « renoncer tout simplement aux
règles élémentaires de l’opération historique
[33] ». Mais, qui est visé ? Une fois de plus, les
auteurs lancent de graves accusations sans préciser contre qui. Le seul qui
soit nommément condamné est J.-N. Cru, qui aurait publié l’ouvrage le plus
symptomatique d’une entreprise de blocage de l’historicisation
[34]. Mais, il n’était pas un
historien. Des historiens seraient donc ses complices. Leurs noms ne sont pas
donnés.
Témoins d’en haut pour une prétendue « histoire d’en bas
»
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker veulent « tenter une “histoire
d’en bas”
[35] ». A.
Becker précise, dans un autre livre, que si l’on veut connaître la Grande
Guerre de l’intérieur, il faut se tourner vers la masse des combattants et de
leur famille. Mais, son ouvrage,
La Guerre et la
Foi, cite surtout Léon Bloy, Jacques Maritain et Paul Claudel. Dans
les tranchées, on lit Psichari, ajoute-t-elle
[36]. Qui lisait Ernest Psichari dans les tranchées ?
Sans doute Henri Massis, auteur de ce passage retenu sans ironie par les deux
auteurs parce qu’il semble aller dans le sens de leur théorie : « Nous avons
vécu, par la guerre, dans une incomparable grâce […] Telle est la méditation
qui se déroule dans le cloître des tranchées
[37]. » Ailleurs, H. Massis évoquait « le grand mystère
divin de la guerre », ce « sacrement inconcevable que tout à l’heure nous
recevrons dans le délire des armes ». Et J.-N. Cru de l’épingler : « Que Massis
parle pour lui : ses poilus très certainement pensaient à la mort mais non au
sacrement inconcevable… » Le même J.-N. Cru, après enquête, avait montré qu’H.
Massis était resté moins de quatre mois sur le front
[38].
Il me semble que nous sommes loin de « l’histoire d’en bas »,
loin de « la masse des combattants ». Il me semble qu’on prend prétexte de la
lutte contre une prétendue « dictature du témoignage » pour imposer les
élucubrations de quelques intellectuels mystiques. Est-ce à dire que les
témoignages de simples soldats, non intellectuels, sont à utiliser sans esprit
critique ? Évidemment non ! Nous devons appliquer « les règles élémentaires de
l’opération historique » à tous les documents, quels qu’ils soient : carnet
d’un caporal d’infanterie, pages d’H. Massis, journaux dits de tranchées, livre
d’or de l’École des chartes, etc. En ce qui concerne les correspondances de
soldats, il faut tenir compte de l’autocensure, de la tendance à écrire ce que
le destinataire avait envie de lire, du désir de ne pas inquiéter la famille
ou, au contraire, d’épater un copain… Les auteurs de carnets doivent être
identifiés : âge, métier dans la vie civile, conscience politique, pratique
religieuse, grade, arme, présence au front
[39]… L’attitude paresseuse qui consisterait à ne retenir
que ce qui a été écrit pendant la guerre, est à éviter : H. Massis a publié
Impressions de guerre en février 1916,
mais il était depuis septembre 1915 à l’abri du danger
[40] ; L. Barthas a mis son texte au propre
après la guerre, mais, à part quelques phrases rajoutées et immédiatement
identifiables, le récit provient de la rédaction précise faite sur le
moment
[41]. En
conservant vis-à-vis d’eux la vigilance indispensable à l’historien devant tout
document, je pense qu’il faut prendre en compte les témoignages des simples
combattants, et qu’il faut en favoriser la publication.
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker portent sur J.-N. Cru un
jugement féroce : il fait partie des combattants « s’érigeant en historiens
exclusifs de leur expérience de guerre », « lui-même n’hésitant pas à censurer
les témoignages qui ne lui paraissaient pas conformes
[42] ». Or, J.-N. Cru ne s’est pas prétendu
historien ; il a souhaité, par son travail de recherche et d’analyse, faciliter
la tâche des historiens futurs et les aider à éviter les erreurs de Gabriel
Hanotaux et Barthélemy Palat : « J’ai pu dresser un tableau des témoins cités,
par ordre de fréquence de citation [par G. Hanotaux et B. Palat]. Ces tableaux
sont suggestifs : ils prouvent qu’aucune critique des témoignages n’a précédé
leur utilisation, que les plus souvent cités sont ceux qui n’ont rien vu (Louis
Gillet) ou qui racontent surtout ce qu’ils n’ont pas vu (Veaux) ou qui sont des
émules de Coignet (Libermann). » En deux mots : « les absents et les
hâbleurs
[43]
».
Il faut s’entendre ensuite sur la prétendue « censure »
exercée sur les témoignages. Si on donne au mot la signification de « action de
critiquer », J.-N. Cru l’a largement pratiquée. S. Audoin-Rouzeau et A. Becker
semblent l’accuser de plus que cela, mais ne disent pas de quoi. La censure au
sens d’interdiction de publier certains passages, ce sont les autorités qui y
ont eu recours pendant la guerre, et l’auteur de Témoins l’a toujours dénoncée. Lui, s’il nous
dit qu’un témoignage n’est pas fiable, il le fait de manière argumentée et
n’interdit pas d’aller consulter l’ouvrage. Personnellement, j’ai, à de
nombreuses reprises, confronté mes notes de lecture aux siennes : elles
concordent largement.
Ayant lui-même passé vingt-huit mois aux tranchées et dix à
la liaison, ayant consacré à ses recherches des années de lectures et
confrontations de toutes sortes, étant par ailleurs d’une grande honnêteté
intellectuelle, il a joué un rôle irremplaçable. Il a signalé quelques
faussaires, il a stigmatisé des écrivains professionnels plus soucieux d’effets
littéraires que de témoignage véridique, il a attiré l’attention sur les
évolutions intéressantes de certains auteurs. On ne peut l’accuser d’avoir
voulu « imposer une véritable norme – rigide et sélective à la fois – du
discours combattant
[44] ». En fait, la question préalable qu’il a posée aux
livres présentés comme des récits de combattants était : l’auteur « avait-il
qualité pour parler en témoin
[45] ? » Un témoin pouvant être un fantassin ou un
artilleur, un simple soldat ou un capitaine, un médecin ou un aumônier.
Évidemment, pour découvrir l’ouverture d’esprit de J.-N. Cru et toute la
richesse du livre de sept cent vingt-huit pages, il faut l’avoir lu ! Je
comprends qu’il soit plus rapide de parcourir la version abrégée. Il en est de
même pour les témoignages en général. Au lieu de parler de leur prétendue «
dictature », il faudrait rechercher les inédits et les lire. Cela éviterait de
lancer des hypothèses fragiles concernant, par exemple, les prisonniers de
guerre et l’esprit de croisade des poilus.
La dictature des intuitions : le cas des prisonniers de
guerre
D’après S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, les prisonniers de
guerre souffraient de se trouver exclus « de la vraie vie de 1914-1918, celle
du combat patriotique ». Cette expression est répétée avec des variantes de
détail : « être “privé” de guerre, c’est bien être privé de tout sens de
l’existence entre 1914 et 1918 » ; « La vraie vie se passe ailleurs, c’est
celle de la guerre
[46]
».
Avant de critiquer cette hypothèse sur le fond, notons deux
absurdités. Parmi les « souffrances physiques et morales » des prisonniers, je
lis qu’ils auraient « perdu le confort matériel
[47] ». Perdu le confort matériel des
tranchées ? L’autre révèle une nouvelle contradiction. D’une part, les deux
auteurs regrettent que la majeure partie des témoignages proviennent de
prisonniers qui ont moins souffert, notamment les officiers ; d’autre part,
l’exemple sur lequel ils appuient leur argumentation est celui du capitaine
Charles de Gaulle
[48].
Mais, le plus grave, pour qui invoque aussi fréquemment « les
règles élémentaires » de la profession d’historien, c’est d’affirmer : « Le
désir logique du capitaine de Gaulle,
comme celui
de l’immense majorité des prisonniers est l’évasion. Car elle est
espoir du retour au cœur de la guerre, passage des marges au centre. » Et
encore : « D’aucuns, probablement, ont pensé que le camp les protégeait de la
tranchée. Mais
ils ne pouvaient être
que très peu nombreux pendant la guerre : c’est après que l’on a
réécrit leur histoire
[49]. » Les formules soulignées par moi sont
inacceptables si on ne donne pas la preuve de ce qu’on avance, et aucun élément
de preuve n’est apporté.
Ajoutons encore cet aveu de S. Audoin-Rouzeau et A. Becker :
« c’est grâce à la terreur qu’inspirait aux hommes le fait de devenir
prisonniers […] que les redditions en masse ont été évitées
[50] ». Ces soldats, dont on
nous dit tout au long du livre que leur attitude traduit le consentement
patriotique à la guerre, à une croisade haineuse contre un ennemi à exterminer,
voilà qu’ils étaient prêts à se rendre en masse ?
Reposons les pieds sur terre. Il paraît évident que les
prisonniers de guerre songent à s’évader. Étaient-ils mus par le désir de
reprendre les tranchées ? Dans les carnets de prisonniers, j’ai trouvé des
hommes qui estimaient qu’ils avaient fait leur devoir et qu’on ne pouvait leur
demander davantage. Certains continuaient la guerre par des actes de sabotage
ou d’insubordination ; d’autres pas. Quelques-uns refusaient d’être échangés,
de crainte d’avoir à « remettre ça
[51] ». Les carnets de combattants qui signalent la
capture d’ennemis sont sans ambiguïté : les prisonniers, sauf rares exceptions,
sont heureux. Et, en regardant ce qui se passe à l’arrière, dans les familles,
on trouve aussi la même satisfaction : « Tu peux être contente, au moins il
sera à l’abri », ou « Sa mère est radieuse. On a des bonheurs qui feraient la
désolation des jours ordinaires
[52] ». Tout cela est-il bien compatible avec l’idée de «
croisade » ?
Une dictature de papier : l’idée de croisade chez les
poilus
À la page 125 de leur livre, S. Audoin-Rouzeau et A. Becker
nous disent que la « culture de guerre » du premier conflit mondial « fut
profondément chargée de haine et de réflexes d’animalisation de l’adversaire
chez tous les belligérants, à commencer par les Français ». Plus bas et à la
page suivante, il est question du film britannique
La Bataille de la Somme, vu par
dix-neuf millions de spectateurs, qui « était certes de tonalité patriotique,
mais sans hostilité marquée à l’égard de l’adversaire ».
Les soldats ? « Les soldats au front haïssent presque
toujours leur ennemi, tout en pouvant respecter tel ou tel adversaire parce
qu’il leur semble proche, de l’autre côté de la tranchée
[53]. » Comme le ferait J.-N. Cru, je veux
dire mon désaccord avec le début de la phrase : « haïssent presque toujours
leur ennemi ». Mais, laissons J.-N. Cru, et L. Barthas aussi. Au milieu de
dizaines d’exemples, je préfère aller en chercher un dans le journal du soldat
Victor Christophe, édité par A. Becker : « Quant aux Boches, ils sont au moins
aussi malheureux avec tout ce que nous leur balançons […] Ne sommes-nous pas
tous des hommes possédant une intelligence, une conscience jamais exempte de
pitié
[54] ? »
Pourtant, le thème de la « croisade » occupe une des trois
grandes parties de
Retrouver la
guerre. Les soldats auraient été persuadés de participer à une
véritable croisade. « Les combattants-chevaliers y imitent les saints, et
particulièrement les saintes
[55]. » Que l’on trouve cela dans la propagande
patriotique et religieuse, soit. Que cette propagande ait réussi à persuader
les chrétiens de l’arrière que « non seulement les combattants bien vivants
imitaient le Christ sur les champs de bataille, en une Passion toujours
recommencée, mais les morts eux-mêmes étaient recrucifiés
[56] », je l’admettrai plus difficilement,
en dehors de quelques cas. Mais, les soldats avaient raison de s’insurger
contre un honteux bourrage de crâne quand ils lisaient de tels propos. Voici
Joseph Bousquet, un catholique dévot de vingt-cinq ans (en 1914), fantassin,
tué le 20 août 1917. Son carnet, évidemment non retouché après la guerre, ne
contient aucune allusion à une croisade, ou même à la défense de la patrie,
mais, dès le 28 août 1914, des phrases comme celle-ci : « Quand finira cette
vie ? » Le 8 janvier 1915 : « Tout le monde demande la paix à grands cris, moi
le premier. » Le 3 août 1916 : « Deux ans de perdus et au plus bel âge de la
vie. Que maudits soient la guerre et ses auteurs ! » Le 16 janvier 1917 : « Et
pendant ce temps, nos gouvernements de bandits refusent les négociations de
paix
[57]. » Pas de
mystique du sacrifice, pas d’exaltation de la souffrance salvatrice chez ce
soldat, qui était un chrétien fort pratiquant, mais aussi un de ces
travailleurs manuels ayant une réelle expérience de la guerre, absents du livre
de S. Audoin-Rouzeau et A. Becker
[58].
Les deux auteurs mentionnent un changement d’attitude qui
aurait eu lieu au lendemain de 1918. On serait passé alors de l’esprit de
croisade au refus de la guerre, au pacifisme. Et ils ajoutent : « Pour
l’instant et pour l’essentiel, la question du désenchantement de la croisade
reste opaque
[59]. »
Cela tient peut-être, tout simplement, au fait que l’idée de croisade était
plus abstraite et limitée qu’on n’a essayé de nous le dire. Concernant les
soldats, passées les premières semaines, le désenchantement se produisit assez
vite, plus ou moins selon les situations et les individus. Mais, pour le
constater, encore faut-il ne pas mépriser leur témoignage. Face à l’affirmation
selon laquelle « leur ferveur, résolue, sinon enthousiaste » était soutenue «
par autant de symboles : drapeaux, chants, poèmes appris à l’école ou au
service militaire
[60]
», portons cette réponse du poilu savoyard Delphin Quey à sa sœur, qui lui
avait demandé les paroles d’une chanson de marche : « Des chansons militaires
le moral n’est pas assez haut pour te faire se plaisir. Je t’enverrais des
autres mais celle-là je n’es jamais ouvert la bouche pour apprendre l’air. Le
patriotisme j’en ai sous les talons de mes souliers il n’y a qu’une chose que
je demande ses la même que vous la fin de toutes ses misères
[61]. »
Consentement et contrainte
Les pages qui précèdent ont voulu critiquer des idées
outrancières, notamment celle de soldats se considérant majoritairement comme
des Croisés. Elles ont aussi souligné l’importance de la propagande. Si,
abandonnant les formulations les plus excessives des deux auteurs, on examine
ce qu’ils nous disent de la théorie du consentement des sociétés à la guerre,
on se place sur un terrain où ils paraissent plus à l’aise. Il y aurait, là
aussi, à s’en prendre à « l’historiographie » qui, encore une fois, aurait
montré ses faiblesses en occultant la question du consentement, en en faisant «
un sujet tabou
[62] ».
Quant à la propagande, le mot même serait « inadéquat ».
Grains de sable dans les rouages de la théorie du
consentement
« L’historiographie », fort critiquée par nos auteurs, disait
pourtant, depuis longtemps, l’évidence que les sociétés des pays belligérants
avaient tenu, c’est-à-dire avaient accepté la guerre : les Russes jusqu’en
1917, les Allemands jusqu’en 1918, les Alliés jusqu’au bout.
C’est sur le mot « consentement » et le cas des soldats que
je voudrais rester. Si l’on prend tout l’éventail des sens du mot «
consentement », depuis « libre choix de la pensée par lequel on s’engage
entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose », jusqu’à « résignation »
et même « soumission », le terme arrive à recouvrir la position de la majorité
des soldats : on sait que les révoltés actifs furent peu nombreux. Mais, S.
Audoin-Rouzeau et A. Becker penchent manifestement pour le premier sens. Ils
parlent de « profond consentement », de « consentement patriotique », voire de
« consentement exalté » et en font le cas général. Je pense, d’après la
documentation réelle consultée, que les choses étaient beaucoup plus complexes.
En restant encore trop schématique, on pourrait présenter quatre types de
situations. Chez les vrais soldats du front, les cas de patriotisme exalté me
paraissent avoir été rares, ou brefs, surtout à partir de la fin de 1914. Plus
fréquente a été la conscience d’un devoir inéluctable à accomplir : devoir
envers la France ou la République, peut-être, en échange des droits qu’elle a
donnés ; devoir envers le petit groupe de camarades dont la solidarité
représente une question de vie ou de mort ; devoir envers sa famille (pour la
protéger des hordes ennemies ? ou de la honte et des tracasseries qui attendent
les proches d’un déserteur ?). Il faut prendre en compte, encore, la volonté de
ne pas ternir l’image de soi, de bien respecter les normes de virilité. Il faut
faire sa large place, enfin, à la soumission à un appareil de contrainte
organisé et efficace. Il est vraisemblable que l’acceptation, pour un individu,
ait résulté de la convergence de plusieurs de ces facteurs, et que, à tel ou
tel moment, l’un d’eux ait pu l’emporter. On s’éloigne des thèses de S.
Audoin-Rouzeau et A. Becker pour se rapprocher de celles d’A. Prost qui, dans
un éditorial de
L’histoire, retenait
cette phrase d’un combattant : « Le soldat de 1916 ne se bat ni pour l’Alsace,
ni pour ruiner l’Allemagne, ni pour la patrie. Il se bat par honnêteté, par
habitude et par force
[63]. »
Mais, dans le livre même de S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
on peut trouver, au détour d’une autre argumentation, quelque passage qui vient
détruire leur hypothèse principale. Ainsi, lorsqu’on envisage l’éventualité de
redditions en masse (voir ci-dessus), ou bien quand on nous dit des soldats
partis à la guerre dans les pays où la conscription existait : « avaient-ils un
autre choix
[64] ?
».
Le cas des pelotons d’exécution n’est pas abordé par les deux
auteurs. De quel ordre était le consentement des soldats qui en firent partie ?
En fusillant des camarades, n’obéissaient-ils pas à la contrainte ? N.
Offenstadt a montré comment les tombes de fusillés, toujours fleuries,
devenaient « un lieu de transgression
[65] ».
L’exemple de pays autres que la France devrait aussi être
regardé de près. Le cas de l’Empire d’Autriche- Hongrie est à peine évoqué par
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker : « N’est-il pas frappant que, contre toute
attente, aucune volonté de sécession des nationalités de l’Empire ne se soit
manifestée avec une force significative pendant le conflit, en dehors des
milieux de l’émigration
[66] ? ». Loyalisme à l’égard de la double monarchie ? Ou
contrainte exercée par l’appareil administratif, policier et militaire (qui,
évidemment, ne peut atteindre les émigrants) ? Quant à l’Italie, on sait que la
grande majorité de la population était restée opposée à l’intervention.
Pourquoi les soldats italiens ont-ils accepté de partir ? La soumission à la
contrainte exercée par l’appareil d’État semble l’avoir emporté sur le vœu de
la majorité de l’opinion publique. De la majorité, car une minorité avait pu
être gagnée par la propagande interventionniste de Benito Mussolini et
consorts.
La propagande bien réelle
« La propagande, écrivent S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, est
souvent spontanément perçue, aujourd’hui encore, comme le facteur déterminant
de ce long consensus des sociétés en guerre. L’argument est d’autant plus
commode que la guerre mondiale voit en effet la première affirmation à grande
échelle des moyens d’encadrement de masse en période de conflit. » Mais, on
arrive, quelques lignes plus bas, à ceci : « le mot même [de propagande] paraît
inadéquat. Peut-être ne devrait-on l’employer qu’entre guillemets
[67] ». N’est-ce pas
contradictoire ?
Une fois de plus, les deux auteurs caricaturent une position
: ceux qui ont parlé d’une propagande bien réelle, sans guillemets, n’ont pas
dit qu’elle descendait exclusivement et mécaniquement d’un gouvernement qui
aurait tout décidé, tout mis en œuvre, tout contrôlé. Des relais à divers
niveaux ont existé : pouvoirs publics et religieux locaux, intellectuels,
presse, commerçants… Mais, de là, on ne peut suivre les auteurs dans leur
glissement sémantique en deux temps : 1) « ce que l’on appelle la “propagande”
fut un processus horizontal autant que vertical » ; 2) « et même, dans une
certaine mesure, une grande poussée venue d’en bas »
[68].
Pour appuyer leur hypothèse d’une « “propagande” de guerre
multiforme, décentralisée, dans une très large mesure incontrôlable, en tout
cas plus souvent spontanée qu’organisée ou imposée », les auteurs ont choisi
l’exemple de l’objet patriotique. Certes, les pouvoirs publics ne fabriquaient
pas, en Allemagne, les services de table frappés de la croix de fer, ou, en
France, les innombrables cartes postales de la série « Patriotic ». Mais,
peut-on décemment affirmer que ces productions n’étaient pas contrôlées ? Que
serait-il arrivé à un fabricant d’assiettes qui aurait choisi comme motif
décoratif l’inscription « Paix ou Révolution » ou même seulement « Vive la Paix
» ?
Pour une réponse indirecte, lisons trois documents
d’archives. Dès le 25 janvier 1915, le préfet de l’Aude écrivait au commissaire
spécial : « Sur certains points du territoire, on a répandu la nuit dans les
villes ou les villages, quelquefois sur la porte des maisons, des circulaires,
des papillons ou des tracts contenant des appels à la Paix. Vous voudrez bien
surveiller tout particulièrement cette question dans l’avenir et si vous veniez
à découvrir des traces de cette propagande, il y aurait lieu de rechercher
quels peuvent en être les agents. Vous aurez à me les indiquer sans retard. »
Le 1
er février 1915, le même
préfet recevait ce télégramme : « Vous invite à vous concerter avec commandant
de région pour arrêter les Semaines Religieuses et tous journaux reproduisant
décrets du pape ou mandements épiscopaux instituant des prières ou contenant
des appels en faveur de la paix et à censurer à l’avenir très sévèrement
articles ou avis de cette nature. » Puis, en 1916 : « Interdire tous les
articles pour ou contre la paix de façon à éviter des polémiques sur cette
question
[69].
»
Quant aux cartes postales, elles étaient si peu surveillées
que le ministre de l’Intérieur en fit saisir une série, apparemment identiques
à des milliers d’autres par le thème du lien entre le soldat et sa famille et
la présence de vers de mirliton. Mais, ces derniers souhaitaient la fin de la
guerre et le retour du père
[70]. Incontrôlable, spontané ? Peut-être faut-il
abandonner ces deux termes.
Ce qui est spontané, c’est le choix des cartes postales
envoyées par L. Barthas à sa famille : 5 % seulement appartiennent à la
catégorie patriotique, à laquelle il n’avait recours que si la boutique ne
disposait pas d’autre chose. On pourrait citer aussi des cas de détournements
de sens : « Souscrivez » (à l’emprunt) devenant « Souscrivez pas » ; « Bon
souvenir » devenant « Mauvais souvenir », etc. Évidemment, l’existence d’un
contrôle de la correspondance représentait un risque pour les soldats qui
pensaient ainsi, et ils préféraient confier à leur carnet ce que L. V. Smith et
James Scott appellent « le discours caché
[71] ».
Au terme de cet article de critique, suffisamment argumenté
je l’espère, je voudrais préciser que je n’ai aucun goût pour la polémique.
J’aurais préféré travailler à autre chose, mais une intervention m’a paru
nécessaire.
D’abord, pour rappeler que l’histoire est une construction
collective. Il est, certes, indispensable d’aller de l’avant, d’apporter du
neuf, d’affiner et de rectifier les analyses. Cela peut se faire dans la
sérénité, sans lancer de graves accusations contre ce qu’on appelle «
l’historiographie » parce qu’on n’a pas le courage de citer les noms de ceux
dont on caricature d’abord les travaux pour mieux les attaquer
ensuite.
Tenter l’histoire de la Grande Guerre est une opération
complexe. L’esprit de croisade est une vision intellectuelle, la thèse du
consentement exalté du plus grand nombre est à revoir. Les logiques de la
guerre moderne ont donné à la contrainte un poids très fort. Il a fallu s’y
soumettre, la rhétorique patriotique et les codes sociaux permettant de s’y
adapter. La notion d’adaptation est plus exacte ici que celle de consentement,
et mériterait d’être examinée de près. De même, faudrait-il faire la part de la
langue de bois, de son utilisation mécanique ou préméditée (quand on sait qu’il
faut l’utiliser pour obtenir un avantage, ou quand on a besoin de faire marcher
les gens). La complexité se renforce quand on ajoute qu’un soldat, révolté
seulement sur son carnet, continue à faire partie d’un appareil d’encadrement
militaire ; qu’un civil, employant sans y faire attention la langue de bois,
continue à participer à l’encadrement général des esprits
[72].
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker trouvent « opaque » le passage
brutal du consentement exalté au pacifisme. Si le consentement est suffisamment
atténué par les remarques que j’ai faites, les choses commencent à s’expliquer.
L’expérience de la guerre, très vite, a renforcé une « culture du temps de paix
», plus profonde que la « culture de guerre » et qui, selon les individus et
les situations, a plus ou moins réussi à s’affirmer. Chez certains, ce
changement est intervenu dès l’automne 1914.
Mais, pour en arriver là, au lieu de parler de faire une «
histoire d’en bas » en citant des intellectuels, il faut aller voir les
documents émanant des catégories populaires, et non les écarter avec mépris ou
les ignorer complètement. Conservant à l’égard de leur utilisation l’attitude
vigilante qui a toujours été réclamée à l’historien, il faut les faire
participer à la construction de l’histoire.
[1]
Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker,
1914-1918 : retrouver la guerre,
Paris, Gallimard, 2000.
[2]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker, « Violence et consentement : la
“culture de guerre” du premier conflit mondial »,
in Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli
(éd.),
Pour une histoire culturelle,
Paris, Seuil, 1997, p. 270.
[3]
Marc Ferro,
La Grande Guerre
1914-1918, préface de P. Renouvin, Paris, Gallimard, 1969.
[4]
J.-P. Rioux et J.-F. Sirinelli (éd.),
Pour une histoire…, op. cit, p.
253.
[5]
Termes fréquemment employés. Je ne peux en donner toutes les
occurrences.
[6]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 34.
[7]
Louis Barthas,
Les Carnets de
guerre de Louis Barthas, tonnelier, Paris, Maspero, 1978 (Paris, La
Découverte-poche, 1997).
[8]
Jean-Norton Cru (1879-1949), universitaire français enseignant
aux États-Unis, combattant de 14-18, écrivit
Témoins : Essai d’analyse et de critique des souvenirs de
combattants édités en français de 1915 à 1928, Paris, Les
Étincelles, 1929 [rééd. Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1993] et
Du témoignage, Paris, Gallimard, 1930,
qui reprend les idées de l’introduction de
Témoins… (l’édition Paris, Pauvert, 1967,
contient une biographie de l’auteur). Pour une réflexion sur son apport, voir
Rémy Cazals et Frédéric Rousseau,
14-18, le cri
d’une génération, Toulouse, Privat, 2001.
[9]
J.-P. Rioux et J.-F. Sirinelli (éd.),
Pour une histoire…, op. cit, p.
261.
[10]
J.-N. Cru,
Témoins…, op.
cit., pp. 31-32.
[11]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., pp. 127-128. L’historien
dont il s’agit est Guy Pedroncini.
[12]
G. Pedroncini,
Les mutineries de
1917, Paris, Puf, 1967.
[13]
Leonard V. Smith,
Between Mutiny
and Obedience : the Case of the French Fifth Infantry Division during World War
I, Princeton, Princeton University Press, 1994.
[14]
J.-P. Rioux et J.-F. Sirinelli (éd.),
Pour une histoire…, op. cit., p.
260.
[15]
Charlotte Moulis, « Six mois de front inoubliables », in
Récits insolites, Carcassonne, FAOL,
coll. « La Mémoire de 14-18 en Languedoc », n° 8, 1984.
[16]
A. Becker, « Compte rendu de la traduction française du livre
de George L. Mosse, préfacée par S. Audoin-Rouzeau », dans
Annales HSS, n° 1, 2000, p. 181. Elle emploie
l’expression « intuitions fulgurantes ».
[17]
G. L. Mosse,
Fallen Soldiers :
Reshaping the Memory of the World Wars, New York, Oxford University
Press, 1990 (éd. fr.
De la Grande Guerre au
totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes, Paris,
Hachette, 1999).
[18]
Compte rendu de l’édition anglaise dans
The Historical Journal, mars 1994, pp.
209-217. Voir aussi son ouvrage important, qui fait partie de «
l’historiographie » : Antoine Prost,
Les Anciens
Combattants et la société française, 1914-1939, Paris, Presses de la
Fondation nationale des sciences politiques, 1977.
[19]
Curieusement, la jeune historiographie ne cite pas les livres
d’Ernst von Salomon,
Les Cadets et
Les Réprouvés, parus en Livre de Poche
en 1966 et 1969.
[20]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 199.
[21]
A. Prost,
Les Anciens
Combattants…, op. cit. ; Yves Pourcher,
Les Jours de guerre. La Vie des Français au jour
le jour, 1914-1918, Paris, Plon, 1994 [ Paris, Hachette, coll. «
Pluriel », 1995].
[22]
Jules Maurin,
Armée, Guerre,
Société : soldats languedociens (1889-1919), Paris, Publications de
la Sorbonne, 1982.
[23]
Dans les notes de
1914-1918…, op.
cit., A. Becker est citée 23 fois, S. Audoin-Rouzeau 21 fois, A.
Prost 3 fois, G. Pedroncini et M. Ferro 1 fois. Parmi les témoins, Maurice
Genevoix, 2 fois ; L. Barthas n’est pas cité.
[24]
Marie Escholier,
Les Saisons du
vent (Journal août 1914-mai 1915), Carcassonne, Groupe audois de
recherche et d’animation ethnographique-Hesiode, coll. « La Mémoire de 14-18 en
Languedoc », n°10, 1986, p. 65.
[25]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., pp. 235-236.
[26]
Jean-Charles Jauffret, « La question du transfert des corps :
1915-1934 »,
in Sylvie Caucanas et R.
Cazals (éd.),
Traces de 14-18, Actes
du colloque international de Carcassonne, Carcassonne, Les Audois, 1997, pp.
133-146.
[27]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 246.
[28]
S. Audoin-Rouzeau, « La Grande Guerre, le deuil interminable »,
Le Débat, n° 104, 1999, p.
118.
[29]
Nicolas Offenstadt,
Les fusillés
de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Paris,
Odile Jacob, 1999, pp. 44 et 194.
[30]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., pp. 10-11.
[31]
Par exemple
La Grande
Guerra, de Mario Isnenghi et Giorgio Rochat, Milano, La Nuova
Italia, 2000, qui utilise l’apport de toute l’historiographie, sans exclusive,
et se méfie des positions péremptoires en ce qui concerne les représentations
et les comportements.
[32]
On ne peut classer
Les Carnets de
guerre de Louis Barthas dans la catégorie des ouvrages d’historiens.
Il me semble, cependant, que ce livre a eu un impact en dynamisant la recherche
de carnets inédits de simples combattants, ainsi qu’en témoigne l’analyse des
documents illustrant les manuels du second degré depuis 1980.
[33]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., pp. 52-53. Les auteurs
sont coutumiers de cette condamnation : voir n. 2.
[36]
A. Becker,
La Guerre et la Foi :
de la mort à la mémoire (1914-1930), Paris, Armand Colin,
1994.
[37]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 147.
[38]
J. N. Cru,
Témoins…, op.
cit., pp. 201-203. Henri Massis est, avec Alfred de Tarde, l’auteur
de
Les jeunes gens d’aujourd’hui,
publié sous le pseudonyme Agathon en 1912 et 1913 (Paris, Plon-Nourrit). Voir
l’édition présentée par J.-J. Becker, Paris, Imprimerie nationale, 1995.
Remarquer la tendance à considérer quelques intellectuels barrésiens parisiens
comme une « génération ».
[39]
Voir quelques développements dans « Éditer les carnets de
combattants »,
Traces de 14-18, op.
cit., pp. 31-45.
[40]
D’après l’enquête de J.-N. Cru,
Témoins…, op. cit., p. 202.
[41]
Cela saute aux yeux du lecteur. Mais il m’a semblé utile de le
démontrer :
Annales du Midi, n° 232,
2000, pp. 416-421. Mise au point sur le témoignage de L. Barthas par Pierre
Barral, dans
Traces de 14-18,
op. cit., pp. 21-30.
[42]
J.-P. Rioux et J.-F. Sirinelli (éd.),
Pour une histoire…, op. cit., p.
270.
[43]
J.-N. Cru,
Témoins…, op.
cit., p. 79.
[44]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 52.
[45]
J.-N. Cru,
Témoins…, op.
cit., p. 8.
[46]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., pp. 96-99.
[48]
Ibid., pp. 96 et
99.
[49]
Ibid., pp.
98-99.
[51]
Voir des cas dans Nicole Dabernat-Poitevin (présentés par),
Les carnets de captivité de Charles Gueugnier
(1914-1918),Toulouse, Accord édition, 1998, pp. 211 et 214
[52]
Gérard Baconnier, André Minet et Louis Soler,
La plume au fusil : les poilus du Midi à travers
leur correspondance, Toulouse, Privat, 1985, p. 240 (nov. 1914), et
M. Escholier,
Les saisons du vent…, op.
cit., p. 68 (oct. 1914). Je n’ai pas la place de donner ici d’autres
exemples, qui sont nombreux.
[53]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 96.
[54]
A. Becker (éd.),
Journaux de
combattants et civils de la France du Nord dans la Grande Guerre,
Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1998, p. 65.
[55]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 137.
[57]
Joseph Bousquet,
Journal de
route, 1914-1917, Bordeaux, Éditions des Saints Calus,
2000.
[58]
Dans un livre antérieur (
La
Guerre et la Foi…,
op.
cit., p. 61), A. Becker avait toutefois reconnu l’existence de
fréquents messages contre la guerre maudite sur des ex-voto.
[59]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 195.
[61]
Poilus savoyards (1913-1918),
chronique d’une famille de Tarentaise, lettres présentées et
annotées par Jacques Lovie, Chambéry, J.-C. et J.-F. Lovie, coll. « Gens de
Savoie », 1981, p. 221, lettre du 24 mars 1917.
[62]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 9.
[63]
L’histoire, janvier
1988, p. 7. L’auteur de la citation est le sergent Mairet, tué le 16 avril 1917
à Craonne. Son
Carnet d’un combattant
a été édité en 1919 par Crès. Longue notice, louangeuse, dans J.-N. Cru,
Témoins…, op. cit., p. 189-195. Le
texte donné par A. Prost se poursuit ainsi : « … par habitude et par force. Il
se bat parce qu’il ne peut faire autrement. Il se bat ensuite parce que, après
les premiers enthousiasmes, après le découragement du premier hiver, est venue,
avec le second, la résignation. »
[64]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 215.
[65]
N. Offenstadt,
Les fusillés de la
Grande Guerre…, op. cit., pp. 55-60.
[66]
S. Audoin-Rouzeau et A. Becker,
1914-1918…, op. cit., p. 126.
[69]
Archives départementales de l’Aude, 8R26, 27 et 30. Voir
La Vie des Audois en 14-18,
Carcassonne, Service éducatif des Archives de l’Aude, 1986.
[70]
Cité par Maurice Rajsfus,
La
Censure militaire et policière (1914-1918), Paris, Le Cherche Midi,
1999, pp. 117-118.
[71]
L. V. Smith,
Between mutiny…, op.
cit., p. 175 ; James C. Scott,
Domination and the Arts of Resistance : Hidden
Transcripts, New Haven, Yale University Press, 1991.
[72]
Un livre à méditer : Victor Klemperer,
LTI, la langue du IIIe Reich, Paris, Albin Michel,
1996.