Genèses
Belin

I.S.B.N.2701131138
176 pages

p. 123 à 139
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Fenêtre

no47 2002/2

2002 Genèses Fenêtre

Les économistes russes entre orthodoxie marxiste et radicalisme libéral

Natalia Chmatko
L’analyse des réformes entreprises en Russie en 1989-1992 permet de mettre au jour le système des positions au sein de la discipline et des institutions économiques telles qu’elles se sont établies vers la fin des années quatre-vingts. À partir des principaux modèles de réformes (Abalkine, Chataline/Iavlinski, Gaïdar), on peut faire apparaître trois pôles dans l’espace de l’économie russe en mutation, qui correspondent à des options théoriques et idéologiques bien distinctes, à des expériences professionnelles et trajectoires personnelles également variées. An analysis of the reforms undertaken in Russia in 1989-1992 brings to light the system of positions within the discipline and economic institutions as they were established towards the end of the 1980s. Starting from model reform principles (Abalkine, Chataline/Iavlinski, Gaidar), three poles appear within the changing landscape of the Russian economy, which correspond to distinct theoretical and ideological options, as well as equally varied professional experiences and personal career paths.
De multiples programmes de réformes ont été proposés par différents groupes d’économistes soviétiques entre 1989 et 1992. Ceci nous invite à analyser les conditions d’élaboration de ces programmes et à étudier les facteurs qui ont déterminé les choix finaux qui ont été faits. C’est en effet à travers la participation des économistes à la construction de ces programmes qu’on peut le mieux saisir les oppositions qui existent entre eux, en particulier à un moment où toutes les variantes possibles étaient (théoriquement) envisageables et où chacun de ces groupes d’économistes luttait pour imposer son modèle. Ce moment de la réforme a pour vertu de pouvoir mettre au jour le système de leurs positions tel qu’il existe au sein de la discipline et à l’intérieur des institutions économiques mises en place en Russie vers la fin des années quatre-vingts [1]. Par ailleurs, la polarisation politique de cette période a joué un rôle de catalyseur dans le creusement des positions entre ces groupes d’économistes en incitant ces derniers à dévoiler leurs options politiques et théoriques ; elle a aussi bouleversé les rapports au sein de la discipline et renversé la hiérarchie statutaire en son sein. Ainsi, l’analyse des enjeux politiques et économiques des différents modèles de réforme radicale proposés par des équipes d’économistes, liés à des partis politiques de bords opposés, permet de révéler la nature des rapports entre le système politique et le domaine de la science économique, propre à une période de transition.
Dans le cadre de cet article, nous ne pouvons pas répertorier toutes les positions existantes dans la discipline de la science économique pendant une période étudiée. Notre tâche sera plus modeste : il s’agira de montrer comment des pôles opposés se sont constitués à l’occasion de la réforme économique. Le second objectif que nous visons consiste à examiner les effets qu’exerce l’ouverture politique dans le domaine des sciences économiques. À partir des trois modèles principaux de réformes élaborés par trois équipes d’économistes russes, à savoir celle de Léonide Abalkine, celle de Stanislav Chataline et Grigori Iavlinski et celle de Egor Gaïdar, on peut faire apparaître trois pôles dans l’espace de l’économie russe en mutation, qui correspondent à des options théoriques et idéologiques, à des expériences professionnelles et à des trajectoires personnelles bien distinctes. Les programmes correspondant aux positions de ces économistes découlent de prises de position qui sont à la fois politiques, idéologiques et scientifiques ; ils permettent ainsi d’opérer une objectivation des représentations de l’ordre social souhaitable par ces différents groupes d’économistes. En conséquence, le fait que tel ou tel programme ait été appliqué ou non n’est pas le facteur le plus important pour notre analyse même si on peut dire, d’une certaine manière, qu’ils ont tous été réalisés dans la mesure où ils ont, pour chacun, contribué non seulement à des transformations économiques mais aussi à des changements du système politique et social, notamment par la participation directe de leurs auteurs à des instances du pouvoir.
 
Les grandes lignes d’opposition entre les réformateurs
 
 
La comparaison entre la version originelle de la réforme, telle que le Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) l’avait envisagée en 1987, au début du gouvernement de Mikhaïl Gorbatchev, et la version de 1992 montre l’étendue des changements de l’idéologie dominante au cours de cette période [2]. Si, au début, en 1987, il ne s’agissait que de « purifier » le socialisme des déviations entraînées par le stalinisme, de trouver les moyens pour intensifier la production et accélérer la croissance sans « trahir » la pensée marxiste, en 1992, le marché est admis comme la seule solution possible aux difficultés économiques, la privatisation des entreprises étant le nouvel objectif de la réforme ; l’abandon du marxisme-léninisme et le tournant vers la pensée économique « bourgeoise » deviennent des faits évidents. Les transformations effectuées pendant cette période ont constitué les conditions sociales nécessaires au démantèlement postérieur du système soviétique, souvent contre la volonté des auteurs de ces projets. L’année 1991 est non seulement la date de disparition de l’Union soviétique, mais également l’année de la grande rupture idéologique qui a abouti au rejet des idées communistes et de l’économie planifiée au profit des principes démocratiques et de l’économie de marché ( voir encadré pp. 138-139). Le modèle de réformes pour lequel a opté le nouveau gouvernement russe était d’abord un choix idéologique avant d’être un choix de développement économique. Le programme retenu n’envisageait pas la transformation progressive des mécanismes établis, mais leur destruction et, au-delà, celle du système tout entier. La critique dominante des réformes économiques en Russie dénonce l’influence des théories anglo-saxonnes sur les jeunes réformateurs au pouvoir ; elle insiste sur leur dépendance par rapport aux conseils des experts occidentaux. La thèse de la « contradiction éternelle » entre slavophiles et occidentalistes, qui règne en Russie depuis des siècles, est au fondement d’une telle critique. Pourtant, il nous semble qu’une telle approche ne permet pas de répondre à la question de savoir pourquoi, parmi la multitude de modèles existants et de théories occidentales, c’est le modèle libéral qui a été retenu. L’essentiel, de notre point de vue, n’est pas tant que les économistes russes aient adopté la pensée économique occidentale mais que les uns aient opté pour les nouveaux classiques, les autres pour les néokeynésiens ou pour le monétarisme.
Les économistes occidentaux qui ont pris part à l’élaboration des réformes en Russie ont également, d’une façon indirecte, pris position en faveur de tel ou tel groupe de réformateurs russes : ainsi, les économistes américains tenants du courant socioéconomique ou du keynésianisme (Wassily Leontieff, John K. Galbraith, Lawrens R. Klein) ont accordé leur soutien à l’équipe de L. Abalkine ou à celle de S. Chataline, tandis que les tenants du moné-tarisme comme Milton Friedman ou du néo keynésianisme comme Jeffrey Sachs se sont rangés du côté d’E. Gaïdar. Les positions théoriques et politiques des experts du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, qui en 1991-1992 étaient consultants auprès du gouvernement de Boris Eltsine [3], sont homologues des dispositions « révolutionnaires » des jeunes réformateurs russes dont l’objectif était de rompre avec l’ancien système.
Dans un premier temps, deux programmes de réforme économique et, corrélativement, deux modèles de passage vers le marché, avaient été élaborés presque simultanément par deux équipes d’économistes : celle nommée par le gouvernement en accord avec le Soviet suprême de l’URSS (avec à sa tête l’académicien L. Abalkine) et celle engagée par le président M. Gorbatchev et son « compagnon de route » B. Eltsine, équipe composée des académiciens S. Chataline et Evgueni Iassin avec la participation de G. Iavlinski. Ainsi, dès le début du travail sur les contours de la future réforme économique, l’opposition était manifeste entre, d’un côté, les dirigeants de l’URSS et de la République fédérale de la Russie et, de l’autre, les fractions « techno-crate » (le cabinet ministériel) et « partocrate » (les dirigeants du PCUS) du pouvoir.
Durant la période 1989-1991, l’opposition s’est durcie entre les partitocrates (Comité central et Bureau politique du PCUS) et les technocrates (Conseil des ministres) au sujet de modèles de réformes politiques et économiques. Il est significatif que le programme plus radical de S. Chataline, intitulé « 500 jours » ait reçu le soutien d’une aile partocrate (sous le patronage de B. Eltsine), tandis que le programme plus modéré de L. Abalkine obtenait le soutien des « technocrates » (le président du Conseil des ministres de l’URSS Nikolaï Ryjkov, notamment). La position de M. Gorbatchev était assez ambivalente : d’un côté, il cherchait à renforcer son pouvoir grâce à un soutien extérieur au Comité central du PCUS et, de l’autre, il avait besoin de consolider sa position à l’intérieur du parti communiste face aux tendances fractionnistes de certains dirigeants du parti, en particulier l’aile démocratique dirigée par B. Eltsine. Cette double disposition poussait M. Gorbatchev à soutenir les deux parties à la fois : ne pas abandonner le programme du cabinet ministériel et ne pas avoir non plus B. Eltsine et les nouveaux démocrates contre lui, ce qui l’a conduit à donner le feu vert à leur programme.
Ces programmes étaient fortement opposés quant à la place respective à accorder au pouvoir central et aux pouvoirs régionaux : si le programme de L. Abalkine maintenait un rôle dominant au pouvoir central et affirmait sa primauté face aux pouvoirs républicains et régionaux, le projet « 500 jours » établissait la souveraineté économique des républiques membres de l’Union. Il ne faut pas alors sous-estimer la force des tendances « centrifuges » qui étaient caractéristiques de plusieurs républiques et régions de l’URSS à ce moment-là (phénomène taxé de « parade de souverainetés » [4] par les politologues). Le projet de S. Chataline conduisait à un remplacement de l’union politique entre les républiques par une union économique. Le degré de « radicalisme » différait tant en ce qui concerne l’intervention de l’État qu’en matière de réforme des prix, etc. : L. Abalkine proposait le maintien du contrôle des prix par l’État pour certaines catégories de produits, notamment les moyens de production ; le programme adverse proposait la libération des prix pour tous les produits des entreprises qui auraient dû jouer un rôle clé dans leur fixation. Les positions concernant la répartition des impôts sur les entreprises et, par conséquent, la formation du budget central et des bud-gets locaux, étaient également opposées : L. Abalkine était favorable à un maintien de la proportion 75 % pour le budget central et 25 % pour les budgets locaux ; S. Chataline proposait d’inverser cette proportion en arguant du fait que les républiques devaient être « entièrement maîtresses de la gestion de leur propre budget ». La continuité et le maintien des liens établis entre les entreprises, la préservation des commandes d’État dans la production industrielle et économique [5] et une progression « en douceur » vers le marché étaient au cœur du projet de L. Abalkine. La rupture, la déréglementation de la gestion économique, les privatisations massives et par conséquent le passage rapide au marché (en « 500 jours ») constituaient l’enjeu majeur du programme de S. Chataline. Pourtant, très vite ces deux programmes ont été abandonnés : ni l’un ni l’autre n’étant assez radicaux dans une nouvelle conjoncture politique.
L’accession peu légitime de B. Eltsine au pouvoir [6] (accord tenu secret jusqu’à sa signature avec les dirigeants de Biélorussie et d’Ukraine) ainsi que la liquidation inopinée de l’Union soviétique – malgré un référendum où les électeurs s’étaient prononcés, en mars 1991, pour la conservation de l’URSS et alors que se préparait une nouvelle convention d’union élaborée par les gouvernements fédéral et républicain – ont mis le nouveau gouvernement russe dans la nécessité de justifier rapidement ces actes exceptionnels. Ce dernier est parti de l’hypothèse que le crédit que la population lui avait accordé était un crédit à court terme : l’impératif vital, pour ce gouvernement, était de trouver les moyens de changer d’une manière significative la situation économique et de prouver ainsi sa légitimité. Dans ces conditions, la priorité a été donnée aux actions à effet immédiat, au mépris des transformations progressives et de fond. Il a donc fallu élaborer en urgence un nouveau programme de réformes, adapté à une nouvelle position géopolitique de la Russie. Ce travail a été confié à l’équipe de Guennadi Bourboulis et E. Gaïdar, qui sont alors entrés dans le nouveau gouvernement de Russie. Le premier, très proche de B. Eltsine, était responsable de sa campagne électorale en 1991 avant de devenir secrétaire du Conseil d’État auprès du président de la Fédération de Russie et premier président-adjoint du gouvernement de la Russie ; le deuxième, après avoir travaillé dans un groupe d’économistes chargé des questions de réformes sous la direction de G. Bourboulis, a obtenu un poste de président-adjoint responsable des questions de politique économique du gouvernement de la Russie.
Le projet intitulé « Programme d’approfondissement des réformes économiques » a été élaboré vers février 1992 ; il proposait comme mesures d’urgence : la stabilisation de l’économie et la rationalisation de sa gestion sur le fondement de l’économie de marché ; la libéralisation des prix et une politique financière restrictive ; le contrôle strict de la croissance de la masse monétaire, etc., ensemble de mesures résumées sous le nom de « thérapie de choc » (précisons que ce terme n’a jamais été prononcé officiellement). La distance entre les objectifs formulés dans ce programme et les méthodes mises en œuvre pour sa réalisation est frappante. Il n’est que de citer ces objectifs tels qu’ils apparaissent dans le texte du programme :
« Les buts finaux des réformes sont la renaissance économique, sociopolitique et spirituelle de la Russie, la croissance et la prospérité de l’économie nationale, la consolidation, sur cette base, du bien-être et de la liberté de ses citoyens, le développement de la démocratie et le renforcement de l’État. […] Dans la nouvelle économie russe, l’équilibre entre l’efficacité économique et la justice sociale doit être atteint [7]. »
On peut ainsi constater que rien dans ce discours ne ressemble à de l’idéologie néolibérale ou à des méthodes de réforme économique brutales et douloureuses pour la population comme celles qui ont été par suite mises en œuvre (à la différence de la Pologne où la thérapie de choc a été annoncée ouvertement par le gouvernement Balsterowitch). Le bilan des quelques premiers mois d’application de ce programme a alors mis en évidence la discordance complète entre, d’une part les buts et les méthodes d’application proclamés et, d’autre part, les résultats obtenus : effondrement de l’économie, inflation galopante, appauvrissement absolu de la population.
Derrière chacun de ces programmes de réforme économique, on trouve une équipe plus ou moins homogène d’auteurs qui se sont regroupés autour du responsable du projet. Certains ont été cooptés suivant la procédure de nomination officielle, comme membres de commission, d’autres y ont participé d’une façon informelle. Ainsi, le programme de L. Abalkine est avant tout le programme de l’Institut d’économie de l’Académie des sciences (IE) ; celui de Chataline-Iavlinski peut être attribué à l’Institut d’économie et de prévision du progrès technique et scientifique, ainsi qu’à l’Institut central d’économie et de mathématique (CEMI) de l’Académie des sciences ; le programme d’E. Gaïdar est le fruit du travail des économistes des nouveaux instituts de recherche et d’expertise, créés principalement par des anciens chercheurs du CEMI : l’Institut d’analyse économique (Institut des problèmes économique de période de transition), l’Institut de prospective économique, l’Institut d’expertise de l’Union des entrepreneurs et des industriels de Russie. L’antenne moscovite de la Banque mondiale de reconstruction et de développement (BMRD) a aussi participé à ce programme, mais sa contribution à ce programme n’est pas importante [8]. Comme le note le professeur de l’université d’Amsterdam Michael Ellman dans son analyse de l’échec du programme d’E. Gaïdar :
« Le programme, c’est un “produit maison” : il n’était pas élaboré en coopération étroite avec les spécialistes du FMI, il ne contient pas des propositions détaillées de mesures à prendre […] Les conseillers étrangers n’avaient pas joué de rôle important dans son élaboration [9]. »
Le rôle des experts économiques occidentaux est devenu plus fondamental plus tard, lorsque la gestion de crise a été mise en œuvre et lorsque les négociations des conditions d’accréditation du prêt par le FMI se sont mises à peser d’un grand poids.
 
L’économie politique : une tentative de rompre des liens historiques
 
 
L’histoire de chacune de ces institutions ainsi que leur réputation scientifique et politique sont des facteurs importants pour analyser la lutte pour l’imposition d’un modèle donné. Ainsi, l’Institut d’économie est le premier institut soviétique de recherche fondamentale en économie. Créé en 1930, après l’abandon de la Nouvelle politique économique (NEP) et pendant la réalisation du premier plan quinquennal, il avait pour objectifs principaux le développement de la théorie de l’économie politique du socialisme, la recherche des régularités économiques du socialisme et des conditions de sa transformation en communisme, l’élaboration de théories sectorielles et intersectorielles. Dans les années 1960-1970, la problématique de cet institut était centrée sur les aspects économiques du progrès technique et scientifique et la théorie de la reproduction élargie [10]. Bien que des économistes reconnus comme Konstantin Octrovitianov, Stanislas Stroumiline, Vassily Nemtshinov aient travaillé à l’Institut d’économie, ses objets de recherche en sciences économiques occupaient une position peu élevée dans la hiérarchie : l’économie politique du socialisme, en effet, était perçue par les scientifiques soviétiques comme une discipline liée à l’idéologie, au marxisme, donc très proche de la politique ; elle occupait une position dominée par rapport à l’économie politique du capitalisme, jugée plus scientifique, ou à l’économie mathématique. Dans la hiérarchie bureaucratique, par contre, cet institut était bien placé, entretenant de bons rapports, jusqu’au début des années 1980, avec le Comité central du PCUS [11]. La direction de L. Abalkine, ancien responsable du département d’économie politique à l’Académie des sciences sociales auprès du Comité central du PCUS, a renforcé sa position politique et bureaucratique. En tant que directeur de cet institut, il a été appelé à élaborer des propositions concernant l’amélioration des réformes économiques, suivant les termes de l’arrêté du Présidium du Conseil des ministres. L. Abalkine a réussi à réunir pour ce travail une équipe composée à la fois d’économistes soviétiques renommés comme Abel Aganbeguian, Gheorguï Arbatov, Oleg Bogomolov, Stephan Sitarian et de membres du Présidium du Conseil des ministres. Le rapport remis n’a pas eu de diffusion publique, mais c’est grâce à ce travail que l’Institut d’économie est devenu un support scientifique des réformes économiques. L. Abalkine a été reçu par M. Gorbatchev en mai 1989, a été nommé président-adjoint du Conseil des ministres (président N. Ryjkov) et mis à la tête de la Commission de la réforme économique. Son passage au gouvernement s’est accompagné d’une dégradation économique qui était principalement héritée des problèmes de la période précédente : montée du déficit budgétaire, accroissement incontrôlable de la masse monétaire, chute de la productivité, etc. L’équipe de L. Abalkine était donc chargée d’assainir l’économie nationale et d’élaborer les mesures pour sa restructuration. La position politique et économique de L. Abalkine et de ses collaborateurs peut être définie comme centriste puisqu’elle conjuguait les méthodes centralisées de la régulation économique et la gestion démocratique de l’entreprise (autogestion, directeur élu par le personnel, autonomie comptable), en reconnaissant les formes diverses de propriété (étatique, municipale, coopérative, privée) ; en bref, une combinaison du marché et de la régulation étatique.
Les économistes de l’équipe de L. Abalkine ont été orientés théoriquement par les idées de la construction du marché socialiste, s’appuyant notamment sur les travaux des économistes dits « libéraux » (c’est-à-dire les défenseurs de l’idée de marché qui se sont opposés aux partisans de l’économie centralisée et planifiée) des années 1920 et 1930, ainsi que sur ceux de Lénine concernant la NEP et des auteurs de la réforme d’Alekseï Kossyguine dans les années 1960 [12]. Leurs soubassements théoriques, surtout au début, n’excédaient pas le cadre du marxisme, bien qu’un certain recul par rapport à ses principes se fasse sentir à travers leurs publications et leur programme de réformes. Sous la pression des économistes des courants plus radicaux et plus modernes de la pensée occidentale, ils ont glissé vers un néomarxisme, introduisant timidement des éléments de théories occidentales dans leurs travaux (surtout les auteurs traduits en russe). Ainsi, les néokeynésiens et les socioéconomistes comme J. K. Galbraith, Albert Hirschmann, Joseph Schumpeter, Joseph Stiglitz sont devenus des auteurs de référence de même que les auteurs classiques comme John S. Mill ou John M. Keynes. L’analyse des références bibliographiques dans les travaux de ce groupe d’auteurs permet de conclure que, sur le plan quantitatif, ils ont un appareil scientifique beaucoup moins développé que celui d’auteurs appartenant au courant de l’économie mathématique ou de la macroéconomie. Si, dans les articles publiés dans la revue Questions d’économie, on ne trouve en moyenne que deux à trois références par article, chaque article dans la revue Économie et méthodes mathématiques compte en moyenne cinq à six références.
 
Une chance pour l’économie mathématique
 
 
Le deuxième projet de réformes, « 500 jours », est lié aux noms du CEMI et de l’Institut d’économie et de prévision du progrès technique et scientifique, ancienne division du CEMI séparée de l’institution mère en 1986 [13], les deux dépendant de l’Académie des sciences de l’URSS. Ces instituts de recherche ont un profil qui se distingue nettement de celui de l’Institut d’économie, tant du point de vue de la discipline que du point de vue historique. Le CEMI est beaucoup plus récent ; sa création, en 1963, à partir du laboratoire des méthodes mathématiques d’économie (créé en 1958 par V. Nemtshinov), était liée avant tout au développement de l’économie mathématique en URSS dans les années 1950-1960 [14]. On lui avait fixé comme objectif principal l’application des méthodes mathématiques et du calcul informatique à la gestion et à la planification, par l’élaboration d’une théorie de gestion économique optimale. Son activité de recherche, appliquée surtout (modélisation, économétrie), se développait principalement dans le cadre de l’économie planifiée. La renommée du CEMI reposait sur l’autorité de l’économie mathématique incarnée par Léonide Kantorovitch et ses collègues et disciples (Victor Novojilov, Lev Mints, Alexandre Lourié, Nikolaï Fedorenko [15]). L’institut, qui avait des relations assez développées avec les chercheurs occidentaux, jouissait d’une reconnaissance internationale. Pendant la perestroïka, le CEMI a développé une activité politique importante, en créant le Club « Perestroïka », lieu de nombreux débats autour des modèles économiques et politiques envisageables pour le pays avec des personnalités extérieures connues comme « progressistes » ou « démocrates » ; on y développait des points de vue assez radicaux mais qui lui étaient propres, notamment sur la nécessité de conserver « l’empire soviétique » ou sur la privatisation des entreprises [16]. Ce club est devenu non seulement un bastion de la démocratie pour les intellectuels soviétiques mais aussi une véritable école des réformateurs.
La réforme des « 500 jours » était à l’origine le projet de G. Iavlinski. Il avait d’abord contribué à l’élaboration du projet de réforme de Abalkine-Ryjkov, ce qui ne l’empêchait pas de travailler en parallèle sur un autre versant de la réforme, avec ses jeunes collègues économistes Mikhaïl Zadornov [17] et Alexeï Mikhaïlov. Le travail sur ce projet alternatif de libéralisation de l’économie soviétique, intitulé « 400 jours », a été achevé au printemps 1990, époque où il a été présenté à B. Eltsine. Par la suite, ce projet est devenu un enjeu politique et un point de partage des courants politico-économiques, dans la mesure où ses idées, approuvées par B. Eltsine et soutenues par M. Gorbatchev, ont servi de base à un autre programme, « 500 jours », dont la préparation avait été confiée à l’académicien S. Chataline. Aussi G. Iavlinski a-t-il changé de camp, passant de l’équipe de L. Abalkine à celle de S. Chataline, mais en perdant progressivement le contrôle de son projet. Plusieurs de ses propositions ont en effet été modifiées : alors que son projet visait l’économie de toute l’URSS, le projet « 500 jours » ne concerne plus que la seule Russie (le Soviet suprême de l’URSS ayant rejeté ce programme, tandis que le Soviet suprême de la Russie l’adoptait), ce qui en faisait un des facteurs de l’opposition entre les deux gouvernements.
Les principes au fondement de ce programme correspondaient grosso modo aux conceptions de l’économie néoclassique, sans que toutefois il y soit fait explicitement référence : agents économiques rationnels, cherchant à optimiser leurs gains, à qui il suffit de laisser la liberté d’agir, « main invisible du marché » assurant la réalisation de l’intérêt général. Le modèle de l’équilibre général était considéré comme un fait établi par les économistes contribuant à ce programme. Les événements ultérieurs, en particulier la réduction de la production et l’augmentation des prix par les entreprises libérées de l’exécution obligatoire du plan et de la tutelle étatique, ont permis de mesurer les conséquences de cette application « mécanique » des théories néo-classiques à une économie postsoviétique. E. Iassin, a écrit en 1993 à propos du projet des « 500 jours » :
« Ce qui a été fait à ce moment-là est à la fois le triomphe et la faillite des idées les plus progressistes de la science économique soviétique. Leur triomphe, puisque les dirigeants du parti et de l’État ont avalisé toutes les propositions des économistes-“libéraux” ; leur faillite puisque la mise en pratique de ces idées a montré leur inconsistance et l’incapacité complète de ces économistes à résoudre un quelconque problème de l’économie russe [18]. »
L’économie mathématique, l’économétrie et la modélisation étaient reconnues en URSS comme la science « noble » par opposition à l’économie politique ; elles ont connu un fort développement qui leur a permis d’atteindre le niveau de la science occidentale. L’école soviétique avait sa spécificité : le langage utilisé se distinguait de celui qui avait cours dans les écoles concurrentes, de telle sorte que les mêmes phénomènes portaient des noms différents. Cette divergence terminologique freinait la communication effective même si les échanges avec les collègues étrangers étaient assez développés, tant au CEMI qu’à l’Institut d’économie et de prévision du progrès technique et scientifique. Pourtant, en général, les chercheurs de ces instituts étaient plus prédisposés à comprendre et à s’approprier les théories occidentales que leurs collègues, tenants de l’économie politique. Les spécialistes russes de la statistique appliquée et du marginalisme continuent aujourd’hui de construire des modèles des flux et des échanges, en se tournant vers l’institutionnalisme et le néoclassicisme, courants de pensée en affinité avec leur position au sein de la discipline économique. Les références aux auteurs étrangers, autrefois très rares – non seulement du fait de la mauvaise connaissance de leurs travaux mais aussi en raison de l’orientation dominante des travaux soviétiques – sont aujourd’hui devenues la règle académique. Ainsi, Gérard Debreu, Stanley Fisher, Herman Gossen, John R. Hicks, Stanley Jevons, Vilfredo Pareto, Paul Samuelson, Léon Walras sont les auteurs les plus fréquemment cités, souvent à côté d’auteurs appartenant à des courants aujourd’hui désuets. Par ailleurs, les recherches actuelles, comme le montre l’analyse des travaux du CEMI, s’orientent vers le perfectionnement de la théorie de l’équilibre général en tenant compte des conditions de diversité des paramètres des instituts marchands, et la modélisation de nouveaux processus dans l’économie postsoviétique tels que le modèle de la stabilisation économique, le modèle de la qualité de vie de la population ainsi que des modèles dynamiques de développement des régions.
 
Nouveaux instituts d’expertise : entre l’économie et la politique
 
 
Le troisième projet, celui de l’équipe d’E. Gaïdar, intitulé « Programme d’approfondissement des réformes économiques », était principalement défendu par les nouveaux instituts, définis comme « commerciaux » dans le vocabulaire de la perestroïka, par opposition aux instituts d’État et en référence à leurs commanditaires. Ces instituts, créés par les jeunes chercheurs en économie, sont apparus en nombre au début des années 1990. Les dirigeants de ces petites institutions d’expertise politique et économique, comme E. Gaïdar (Institut des problèmes économique de la période de transition, 1992), Andrei Netchadin (Institut d’expertise de l’Union des entrepreneurs et des industriels de Russie, 1991), Vitali Naïchoul’ (Institut du modèle national de l’économie, 1992), Constantin Kagalovski (Centre international de recherches des réformes économiques, 1989) ; Anatoli Tchoubaïs (Centre de recherches socioéconomiques – Leontieff-Centre, 1991), appartiennent à peu près à la même classe d’âge (née dans les années 1950 et 1960) et donc à la même génération d’étudiants qui, dans les années 1970, ont étudié à la faculté d’économie de l’université Lomonossov de Moscou (MGU) avant de faire, dans les années 1980, leur doctorat au CEMI [19] ; disciples de S. Chataline et de Gavriil Popov, ils ont rompu les liens avec leurs maîtres à la fin de 1991 en raison de divergences théoriques et idéologiques. Ainsi, E. Gaïdar a travaillé pendant plusieurs années auprès de S. Chataline dont il a suivi le passage d’un institut de recherche à l’autre, d’abord à l’Institut d’études systémiques de l’Académie des sciences de l’URSS (1980-1986), ensuite à l’Institut d’économie et de prévisions du progrès scientifique et technique (1986-1987), participant activement aux séminaires du club « Perestroïka » au CEMI. C’est l’opportunité d’entrer dans la commission gouvernementale auprès de B. Eltsine (grâce à un soutien de G. Bourboulis) qui le conduit à rompre avec S. Chataline. Plus tard, pour justifier cette rupture, E. Gaïdar évoquera les divergences profondes entre son approche et celle du programme « 500 jours ». Ces jeunes réformateurs ne jouissaient pas personnellement d’une grande renommée scientifique mais ils en bénéficiaient en quelque sorte « par procuration » : grâce à leurs diplômes d’écoles prestigieuses et à leur appartenance passée à des institutions de recherche réputées. Par ailleurs, ces jeunes économistes ont conquis une notoriété grâce à leur connaissance (souvent superficielle) des théories occidentales, qui leur permettait de bénéficier indi-rectement du prestige dont jouit l’économie occidentale en Russie. Mais le capital politique des directeurs de ces instituts, qui faisaient partie de différents comités auprès du président ou du gouvernement de Russie, a été bien plus important que leur renommée scientifique.
C’est particulièrement vrai en ce qui concerne E. Gaïdar qui occupait, au début de la perestroïka (1987-1990), un poste de rédacteur à la revue Communiste, puis de responsable du département économique à la Pravda, en 1990, c’est-à-dire dans les deux organes principaux du parti communiste rattachés au Comité central. Durant ces années, il publie de façon régulière ses analyses de la situation économique en URSS, comme les résultats de l’application du XIIe plan quinquennal, travaux qui ne s’écartent pas de l’orthodoxie marxiste. En 1990 encore, il publie La réforme économique et les structures hiérarchiques, ouvrage dans lequel il fait l’apologie du socialisme et critique sévèrement le capitalisme, en usant d’un lexique purement idéologique et en résumant ses réflexions de la façon suivante : « La forme ultime de résolution des contradictions de la société capitaliste est la révolution qui la renverse. » Son discours change du tout au tout à la fin de 1991 lorsqu’il quitte le Parti après la publication du décret de B. Eltsine abolissant les organisations du parti communiste dans les entreprises et l’armée de la République fédérale de Russie (août 1991) [20]. Moins de deux ans plus tard, il conclut sa critique de l’incapacité du gouvernement à mener une politique monétaire efficace par ces mots : « La crise financière est presque toujours le signe avant-coureur de l’effondrement des régimes totalitaires [21]. » Sa connaissance des théories occidentales était quasi nulle lors de son entrée dans le gouvernement de Russie ; elle se réduisait à quelques auteurs classiques de divers courants, mais sa maîtrise de l’anglais lui a permis de combler peu à peu ce manque. E. Gaïdar s’est d’abord référé aux modèles est-européens du marché, notamment le système hongrois, puis sa position s’est radicalisée ; le système chilien et le général Augusto Pinochet sont alors devenus pour lui des figures de référence. A. Tchoubaïs a eu un rôle important dans la radicalisation d’E. Gaïdar, notamment et en particulier par son article programmatique « En course de fer » [22] et son petit livre dans lequel il critique Janos Kornai et le système économique hongrois [23]. E. Gaïdar a aussi été influencé par les experts économiques du FMI et de la Banque mondiale dont il avait fait la connaissance, notamment, J. Sachs et Anders Aslund. L’un de ses objectifs au gouvernement de B. Eltsine était en effet l’adhésion de la Russie au FMI et à la Banque internationale pour la reconstruction et le développement – BIRD – (où la Russie n’était présente qu’à titre d’observateur). En avril 1992, à Washington, E. Gaïdar, alors président-adjoint du gouvernement de la Russie pour les questions de politique économique, a présenté les projets de réformes et de budget à la session du FMI et de la BIRD. À l’issue de cette session, la Russie et d’autres pays de la Communauté des États indépendants (CEI) ont été admis comme membres du Fonds. Comme le note G. Popov dans son livre, B. Eltsine a opté « pour Gaïdar avec le FMI». On peut donc conclure que l’adhésion au monétarisme et au néolibéralisme n’a pas été un choix théorique d’E. Gaïdar, mais qu’elle correspondait plutôt à un choix politique qu’il a transformé ensuite en position scientifique en vue de justifier sa politique économique.
Les théoriciens de l’équipe d’E. Gaïdar, Vladimir Maü (Institut des problèmes de la période de transition) et Andreï Illarionov (Institut d’analyse experte), qui partagent les mêmes options libérales en politique, adhèrent, dans leurs analyses économiques, au courant de pensée institutionnaliste. Leurs études sont centrées sur le rôle d’institutions comme les banques, les administrations ou l’État, qu’ils définissent comme les « éléments principaux » de la régulation économique. Les publications des jeunes réformateurs russes sont émaillées de citations d’Oliver Williamson et Ronald Coase (à qui ils empruntent la théorie des « coûts de transaction »), de George Stigler, Reah Kauffman, J. Sachs pour les aspects monétaires de l’équilibrage du marché, ainsi que d’autres auteurs proches du néo-institutionnalisme et du monétarisme. Par ailleurs, l’expérience des pays d’Amérique Latine intéresse beaucoup V. Maü qui accorde, entre autres, une grande importance au modèle du « cycle économico-politique » (William Nordhaus, Torsten Persson, Guido Tabellini) pour éclairer l’enchaînement des deux périodes de la politique gouvernementale : celle de la politique sociale active d’avant les élections et celle des restrictions qui lui succède. Enfin, les économistes libéraux russes puisent dans les travaux d’auteurs appartenant à l’école de Vienne comme Friedrich von Hayek, Ludwig von Mises, pour critiquer les interventions de l’État dans l’activité économique.
L’analyse des références bibliographiques montre qu’en général les citations et références, notamment aux travaux occidentaux ne sont pas nombreuses dans les publications traitant des réformes économiques. Ce fait peut être expliqué, de notre point de vue, par deux traits caractéristiques de la science économique, liés à l’histoire de l’économie soviétique. Celle-ci avait surtout cherché à s’autonomiser et à s’isoler de l’économie « bourgeoise » de telle sorte qu’elle avait élaboré et appliqué son propre langage ; les phénomènes économiques alors étudiés ont été analysés en d’autres termes. Ensuite, les travaux anglo-saxons, hormis les auteurs classiques ou marxistes, étaient accessibles aux seuls spécialistes qui travaillaient sur le problème correspondant (il existait des « fonds spéciaux » dans les bibliothèques universitaires et académiques). La plupart des étudiants ont fait connaissance des travaux occidentaux à partir de manuels soviétiques et d’ouvrages critiques, de « seconde main ». L’autre raison importante de cette quasi-absence de références dans les publications d’économistes qui ont contribué à la réforme économique tient au fait qu’ils ont tenté de résoudre la question politique plus que la question économique. Ils ont été amenés à légitimer par la science des solutions politiques. Les économistes-réformateurs se sont donc prononcés davantage en tant qu’hommes politiques qu’en tant que savants, aussi bien dans les articles « académiques » que dans les articles « grand public » publiés dans la presse générale. L’absence des références à des auteurs soviétiques (à l’exception des grands auteurs des années vingt, celles de l’avant-garde économique soviétique) constitue une véritable rupture avec le passé. Même les données statistiques, qui prévalent dans les publications, sont traitées d’une nouvelle façon afin d’invalider l’ancien système d’affirmations et de constats [24]. Le premier mouvement des réformateurs, fait d’une volonté de révision et de destruction, était largement soutenu par la presse intellectuelle parce qu’il visait à repenser les origines de l’histoire soviétique et l’époque stalinienne. Le deuxième mouvement des réformateurs prônait une démarche vers le bon sens, vantait le cours « naturel » des choses, avec l’idée sous-jacente que le marché est la forme naturelle du fonctionnement de l’économie. Les modèles de réformes ont été présentés de même façon que les doctrines religieuses : « Faites comme ça et vous trouverez le salut ». Par la suite, l’élargissement du marché du travail des économistes russes et la plus forte assise politique des économistes au pouvoir ont poussé les économistes-réformateurs oppositionnels ainsi que d’autres économistes universitaires à approfondir les justifications théoriques de leur position. Le monétarisme et le néolibéralisme sont progressivement devenus des points de repère à partir desquels se sont cristallisées les positions dans l’espace national des sciences économiques (l’attribution d’étiquettes comme celles de « monétariste » ou de « néolibéral » a alors constitué un enjeu dans les luttes politiques.) L’apparition, dans les années quatre-vingt-dix, de plusieurs traductions en russe des travaux occidentaux (Maurice Allais, Ulrich Beck, Louis Dumont, M. Friedman, J. Kornai, L. von Mises, J. Stiglitz, etc.) a beaucoup contribué à « l’accumulation primitive » de la connaissance des théories contemporaines. Cette nouvelle conjoncture au sein de la discipline économique a conduit à des transformations structurelles des positions des économistes russes.
La recherche sur le rôle des économistes dans le développement national et surtout dans la constitution des structures mondiales se développe en Russie. Ce sujet est parvenu à se faire une place dans les domaines traditionnels des sciences humaines. La sociologie, en particulier, s’est retrouvée engagée dans cette réflexion. La spécificité de l’économie, tant par sa rupture avec le passé soviétique que par ses tentatives avortées de construction d’une « nouvelle » économie, constitue un objet d’analyse idéal pour (re)penser la place de la science économique et ses usages dans les pratiques. Les économistes universitaires ont pris une part considérable dans les débats sur les réformes structurelles de l’économie soviétique durant la deuxième moitié des années 1980 : ils ont été nombreux à entrer au gouvernement et au Parlement sous M. Gorbatchev et sous B. Eltsine, ils ont été à l’origine de la privatisation et, après avoir réussi leur reconversion libérale, plusieurs d’entre eux restent au centre de la vie politique actuelle [25].
Nous pouvons dégager quatre axes selon lesquels se structurent les positions des économistes-réformateurs, à savoir : les oppositions intradisciplinaires (scientifiques) ; les oppositions statutaires ou institutionnelles ; les oppositions politiques et enfin, les homologies structurelles entre « partitocrates » et « technocrates » dans le pouvoir politique, d’un côté, et entre « théoriciens » et « praticiens » parmi les économistes, de l’autre. Les rapports entre ces principes d’opposition sont complexes et ne se réduisent pas à la seule conjoncture particulière du processus de réforme. M. Gorbatchev a fait entrer en politique la première vague des économistes qui est parvenue à casser l’ancien rapport entre pouvoir et science académique, en faisant un usage politique de leurs savoirs économiques, en définissant un nouvel enjeu dans le champ politique et dans le champ scientifique, celui de la compétence économique. Cette nomenklatura d’économistes a transformé la hiérarchie des disciplines au sein de la science économique : désormais, les économistes impliqués dans la politique sont au plus haut de l’échelle professionnelle tandis que les économistes universitaires se retrouvent au bas [26]. Cette tendance, qui trouve son origine sous M. Gorbatchev, s’est beaucoup renforcée sous B. Eltsine, lorsque l’usage politique de la science économique est devenu en quelque sorte cynique. On peut ainsi constater que, dans les années 1990, le paradigme des sciences économiques en Russie a radicalement changé. Les sciences économiques y ont subi un processus de « technocratisation »: on assiste au remplacement de l’économie théorique par les études pratiques et le management, à l’implantation progressive du modèle néolibéral dans l’économie nationale. La particularité de l’usage des sciences économiques en Russie d’aujourd’hui tient au fait que les économistes font cause commune avec les partis politiques, cherchant à substituer aux questions sociales et politiques celles de l’économie, sans pour autant abandonner leurs positions dans le champ scientifique. La participation massive des économistes aux structures du pouvoir contribue à « l’écholocalisation » du politique et à « la politisation » de l’économique.
ENCADRÉ Chronologie des événements politiques, économiques et intellectuels
1987 : a) Trois Plénums du Comité central du PCUS : janvier « De la perestroïka et la politique de cadre du parti » ; juin « Des tâches du parti dans la perestroïka radicale de la gestion économique ». b) Objectif d’amélioration de la qualité de la production (Commissions de contrôle d’État de la qualité). Éléments de la démocratie dans l’entreprise (élection des cadres dirigeants. Premiers pas vers la restauration du secteur privé. c) Publications critiques dans la presse des méthodes de gestion socialiste ; critique de la planification administrative. Idées de révision du modèle du socialisme qu’on a construit et de sa « purification ». Orientation sur la perestroïka, glasnost’, démocratisation.
1988 : a) Suppression du système de gestion « commando-administrative ». Résolutions de réorganisation de l’appareil du Parti ; de partition des compétences entre le Parti et les soviets ; reconstruction des institutions de soviets. Mikhaïl Gorbatchev élu président du Présidium du Soviet suprême. Constitution de la Commission des réformes économiques. b) Processus de « désétatisation » (bail, leasing), début d’application de la Loi sur l’entreprise, Autorisation de l’activité économique individuelle. Adoption des lois sur la coopération et les entreprises mixtes (jusqu’à 40 % du capital étranger). « Émission des valeurs par des entreprises et des institutions » au fondement de la constitution du marché des valeurs. Problèmes : l’approvisionnement, montée de l’inflation, la chute du pouvoir d’achat en rouble ; hausse du déficit budgétaire. c) Retour aux idées de la NEP : réédition et publication d’inédits des travaux d’économistes russes du début de xxe siècle. Recherches sur les nouvelles formes de la planification, l’association du plan et du marché, la décentralisation de la gestion économique. Élaboration du Programme complexe de progrès technique et scientifique du pays en 1991-2010 (CEMI). Révision de l’époque stalinienne dans la littérature historique et sociale.
1989 : a) Réforme politique donnant plus de pouvoir aux soviets. Deux niveaux : Congrès des députés et Soviet suprême. Constitution du poste du président du Soviet. Réforme du système électoral des députés de l’URSS. Léonide Abalkine nommé président-adjoint du Conseil des ministres, dirige le Comité de la réforme économique. b) L’entreprise sort de la tutelle de l’organe de gestion étatique ou sectoriel et peut contester la commande de l’État sur la livraison de sa production. Libre choix des formes de gestion économique. Réforme bancaire ; organisation du système de banques de branche ; création des banques commerciales. c) Grâce au nouveau système électoral parmi les députés, augmentation du nombre des scientifiques, des intellectuels. Publication du livre d’Egor Gaïdar et Stanislav Chataline Réforme économique : origines, orientations, problèmes, où les positions des auteurs sont en parfaite concordance.
1990 : a) « Guerre des lois » entre l’URSS et les républiques. Loi visant à garantir les fondements économiques de la souveraineté de la Fédération russe et prenant le contrôle des ressources et infrastructures situées sur son territoire. M. Gorbatchev élu président de l’URSS. Adoption par le Soviet suprême du programme « 500 jours ». Débat sur l’unification des deux programmes. Adoption, par le Soviet suprême de l’URSS, du programme de réformes – Les Grandes orientations. b) Aggravation de la conjoncture économique, chute du volume de production, accélération de l’inflation. Le commerce extérieur de l’URSS avec les pays membres du CAEM se fera en devise sur la base des prix mondiaux. Formation d’un marché national des devises. Tendance à la « dollarisation » de l’économie. Constitution d’un fonds du patrimoine d’État de l’URSS chargé de la désétatisation. Mesures prioritaires permettant le passage à une économie de marché : application de prix de gros contractuels. Les prix de détail pour certains groupes de biens de consommation ont été libérés plus tard. c) Refus de l’idée du marché socialiste, épuisement du capital de confiance du gouvernement. Congrès constitutif du mouvement « Russie démocratique » (Gavriil Popov, S. Chataline) dans l’opposition au PCUS avec pour objectifs : la démission du gouvernement Ryjkov ; le transfert au peuple du patrimoine du PCUS ; l’élection rapide au suffrage universel du président de Russie et le soutien de la réforme économique radicale.
1991 : a) Référendum sur la question de la conservation de l’Union soviétique. Élaboration d’un nouveau pacte d’Union. Boris Eltsine, Président de la Fédération russe. Coup d’État d’août. Nomination du gouvernement de réformes de Russie. Démantèlement de l’URSS, démission de M. Gorbatchev. b) Libération partielle des prix de détail (réforme Pavlov). Les républiques et les régions déclarent leurs droits sur toutes les ressources et les biens sur leur territoire ; l’appropriation quasi illégale du patrimoine de l’URSS. Arrivée des experts économiques à Moscou (Jeffrey Sachs, etc.). c) Un groupe comprenant des économistes américaines (Stanley Fisher) et russes (Grigori Iavlinski) élabore le programme de réforme macroéconomique « Accord pour une chance » qui a supposé l’aide financière de l’Ouest. Anders Aslund assure le cycle de séminaires à l’Institut des problèmes économiques de la période de transition. Rencontre de B. Eltsine, Guennadi Bourboulis et E. Gaïdar avec les sept conseillers économiques occidentaux. L’intervention de J. Sachs : réforme de la Banque centrale ; privatisation immédiate, hausse considérable de la taxe intérieure sur le pétrole ; proposition d’aide occidentale à des réformes.
1992 : a) Signature du Programme économique avec le FMI. Décret de lutte contre la corruption ; B. Eltsine soutient la politique économique du cabinet d’E. Gaïdar, mais reconnaît son coût social très élevé. Entrée au gouvernement des industriels (dont V. Tchernomirdine). Adoption du Programme de privatisation en 1992 par le Soviet suprême de la Russie. E. Gaïdar, président du gouvernement limogé. V. Tchernomirdine Premier ministre. b) Grande libération des prix, spoliation des épargnes des comptes bancaires, hausse des prix sur les produits de consommation. La Russie admise comme membre du FMI. Loi instaurant une période de transition. Création du système de comités du patrimoine de la Russie. Prêt du FMI en soutien du programme de privatisation (90 millions des dollars). Début de crise de l’endettement interentreprises et du troc. c) Nombreuses manifestations contre le mémorandum adressé par le gouvernement de Russie au FMI, contre la privatisation nomenklaturiste, les réductions d’effectifs. Lettre ouverte au président de la Russie, signée par le groupe d’économistes oppositionnels.
1993 : a) Référendum de confiance au président et au Parlement. Accord entre le gouvernement russe et le FMI concernant l’assistance aux transformations structurelles. Retour d’E. Gaïdar au gouvernement au poste de Premier adjoint du Premier ministre et du ministre de l’Économie. B. Eltsine annonce une dissolution du Parlement, assaut de la Maison Blanche par des chars et des forces militaires intérieures. Élections au nouveau Parlement, le référendum d’une nouvelle Constitution de la Russie. b) Réforme monétaire liée à la formation d’une nouvelle zone de rouble, l’échange restrictif des billets ; nouvelle réquisition des épargnes individuelles. Début de la pratique systématique des non-paiements de la part de l’État. c) Forum des forces démocratiques de Russie, avec la participation des représentants des organisations sociales, de la culture, des mouvements politiques, des dirigeants d’entreprise, des entrepreneurs, des hommes politiques afin d’élaborer les mesures de correction du cours de réformes et atteindre l’adhésion civile.
 
NOTES
 
[1] Plusieurs sources ont été mises à contribution pour notre analyse : les textes des programmes de réformes ; les articles analytiques des économistes ; la documentation de l’Académie des sciences de l’URSS ; les bases de données biographiques de la Bibliothèque nationale électronique (http:// www. nns. ru), ainsi que les dictionnaires Akademia nauk SSSR. Spravotchik ‘Kto est kto’ (L’Académie des sciences de l’URSS. Collection « Qui est qui »), Moscou, 1990 ; l’annuaire biographique Kto est kto v politike (Qui est qui en politique), Moscou, Ves’ mir, volumes de 1992-1996. Une base importante pour notre analyse est constituée par les références bibliographiques dans les publications d’économistes-réformateurs dans les revues générales Novii mir, Ogoniek, Droujba narodov, Kommunist, Vek XX i mir, Otkritaja politika et les revues académiques de l’économie Voprosi ekonomiki, Problemi prognozirovania, Ekonomila i matematitcheskie metodi, ECO entre 1988 et 1995.
[2] Il y a, dans la littérature économique russe, deux approches de l’analyse des réformes en URSS : la première date de 1987, la seconde de 1991. Ces positions reposent sur des conceptions différentes de l’histoire du temps présent : ainsi les premiers insistent sur la continuité et incluent la période soviétique, tandis que les seconds soulignent la rupture, faisant commencer l’histoire de la Russie en 1991 (autre manifestation de cette conception, une nouvelle fête de la « Russie libre » a été instituée le jour anniversaire de l’élection de Boris Eltsine à la présidence).
[3] Il s’agit surtout de cinq experts-conseillers de B. Eltsine : Jeffrey Sachs, Anders Aslund, Andrei Schleifer, Richard Layard, Marek Dombrovski, Jacek Rostovski. Leur devoir consistait en l’élaboration de projet des réformes économiques, notamment, de la privatisation, en consultations des hauts fonctionnaires de l’administration présidentielle et du gouvernement. Le financement de cette activité a été effectué par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) qui a payé trois cents millions de dollars. Les seules consultations de J. Sachs ont coûté quarante millions de dollars. Les activités de tous ces experts sont de telle ou telle manière liées à l’université d’Harvard.
[4] Il faut noter que le soutien de B. Eltsine au programme « 500 jours » est en accord parfait avec ses options politiques, et notamment la recherche de la souveraineté de la Russie. En outre, l’opposition entre le gouvernement central de l’URSS et celui de la Russie s’est manifestée dans leur approbation de programmes différents de réformes.
[5] Goszakaz, c’est-à-dire la réquisition par l’État d’une part de production en échange de fonds.
[6] Suite à la conclusion du Traité d’union (Belovegskie soglachenia) entre trois républiques de l’Union soviétique le 8 décembre 1991, alors que le président de l’URSS n’était même pas au courant. La Communauté des États indépendants a été de cette façon constituée. Plus tard, le 21 décembre, huit ex-républiques devenues États indépendants ont rejoint la Communauté.
[7] « Programma uglublenia economitcheskikh reform » (Programme d’approfondissement des réformes économiques), Voprosi ekonomiki (Questions d’économie), n° 8, 1992, p. 11.
[8] Les experts du FMI, de la BMRD et BERD (Banque européenne de reconstruction et de développement) ont présenté, au début 1991, leur propre rapport sur l’état des lieux de l’économie de l’URSS, où ils ont analysé entre autres les programmes de réformes de Ryjkov-Abalkine et de Chataline-Iavlinski. La commission d’experts occidentaux s’est prononcée pour une réforme plus radicale et plus rapide, en estimant le programme « Grandes orientations » assez flou et indécis. Voir « Ekonomika SSSR : vivodi i recomendatsii » (Économie en URSS : conclusions et recommandations), Voprosi ekonomiki (Questions d’économie), n° 3, 1991, pp. 6-72.
[9] Michael Ellman, « Potchemu schokovaya terapia v Rossii poterpela proval » (Pourquoi la thérapie de choc a échoué en Russie), ECO, n° 9, 1992, p. 11.
[10] Le terme marxiste de « reproduction élargie » signifie « croissance » et s’oppose à la reproduction simple.
[11] Les tentatives des économistes de l’IE pour se détacher de l’orthodoxie marxiste pendant leur travail sur la réforme d’Alekseï Kossyguine et, plus tard, dans les années 1970, les idées qu’ils ont défendues en ce qui concerne le changement du système de la planification et l’introduction des éléments de « marché socialiste », ont abouti à un échec. Les marxistes purs et durs, et surtout les économistes du plan, leur ont reproché sévèrement l’abandon des principes socialistes. La résolution « Sur l’augmentation du rôle de l’Institut d’économie de l’Académie des sciences de l’URSS dans l’élaboration des questions cruciales de la théorie économique du socialisme développé » a été adoptée le 7 février 1984. Dans cette résolution, l’activité scientifique de l’institut a reçu de rudes critiques l’accusant de « désaffection de la pratique », de « superficialité et pointillisme des thèmes de recherche », de « faiblesse de la critique des théories anti-marxistes du socialisme ». Conformément à la décision du Comité central l’IE a été réorganisé. Léonide Abalkine est devenu son directeur en 1985.
[12] Bien que les théoriciens de la réforme d’A. Kossyguine, particulièrement, Vassily Nemtshinov, Victor Novojilov, aient travaillé principalement au CEMI, leurs idées n’ont pas trouvé de soutien chez les membres de cet institut car, pour leur plus grande part, ses recherches étaient concentrées sur la planification et les aspects pratiques de régulation des processus productifs. Les tenants du marché (« libéraux ») étaient surtout regroupés à l’Institut d’économie (au CEMI, il n’y avait que Nikolaï Petrakov pour prôner l’économie de marché dans les années 1960-1970 et en particulier la réhabilitation de la loi de la valeur ; N. Petrakov a critiqué la position de Léonide Kantorovitch, V. Novojilov, V. Nemtshinov dans la question de formulation de prix ; il a failli être licencié à cause de sa conception, jugée alors trop « libérale »).
[13] Bien que cet institut n’ait pas été désigné comme responsable du projet, les auteurs de « 500 jours », Stanislav Chataline et Evgueni Iassin, y ont travaillé plusieurs années. S. Chataline a occupé le poste de responsable de laboratoire entre 1965 et 1976, avant d’être muté à l’Institut d’analyse systémique de l’Académie des sciences, puis, en 1986, à l’Institut d’économie et de prévisions du progrès technique et scientifique, pour devenir finalement académicien-secrétaire du département d’économie de l’Académie ; E. Iassin était directeur de laboratoire au CEMI entre 1973 et 1989, avant d’obtenir le poste du responsable du département de Commission d’État du Conseil des ministres de l’URSS pour la réforme économique (1989-1991).
[14] Il est révélateur que la biographie de V. Nemtshinov, dans la présentation historique concernant la création du CEMI sur le site web de l’institut, passe sous silence son activité à l’IE (voir http:// www. cemi. ras. ru/ ).
[15] Ainsi, les chercheurs du CEMI ont effectué un travail très important sur l’élaboration et la mise en pratique des balances intersectorielles (prix d’État 1968). Cette balance, qui visait à introduire le modèle input-output dans l’économie soviétique ainsi que les éléments de la théorie SOFE (Système optimal de fonctionnement économique) qui était élaboré pendant plusieurs décennies (à partir de 1924) par les économistes soviétiques (au début Evgueni Sloutski et V. Nemtshinov).
[16] Ainsi, Vitali Naïchoul’ a présenté aux séminaires du CEMI et aux réunions du club ses théories de la privatisation par « voucher » (1985) et du marché administratif (1989).
[17] Mikhaïl Zadornov (né en 1964), est sorti en 1984 de la même école supérieure en économie que Grigori Iavlinski ; il a ensuite poursuivi ses études doctorales à l’Institut d’économie de l’Académie des sciences, où il était chercheur en même temps qu’il était étudiant ; il était également membre de la commission d’État dans l’équipe de L. Abalkine au moment où G. Iavlinski lui proposa de participer à l’élaboration d’un programme alternatif de réforme. Dès 1993, il est entré en politique, en devenant d’abord député du Parlement de la Russie puis, en 1997, ministre des Finances.
[18] E. Iassin, « Soud’ba ekonomitcheskoi reformi v Rossii » (Destin de la réforme économique en Russie), Voprosi ekonomiki (Questions d’économie), n° 2, 1993, pp. 125-126.
[19] Parmi les jeunes économistes qui constituent l’équipe d’Egor Gaïdar, on trouve nombre d’hommes politiques connus ainsi que de grands entrepreneurs. La majorité des membres de cette équipe était d’une manière ou d’une autre liée à S. Chataline et au CEMI. Ainsi, Alexandre Chokhine, Serguei Glaziev, Anton Danilov-Danilian, Victor Lopoukhine, Andrei Netchaev, Boris Saltikov ont soutenu leur thèse au CEMI, Piotr Aven a été l’étudiant de S. Chataline et a soutenu sa thèse à MGU ; V. Naïchoul’ et A. Chokhine travaillaient au CEMI ; A. Netchaev travaillait avec S. Chataline à l’Institut d’économie et de prévision du progrès technique et scientifique.
[20] S. Chataline, quant à lui, démissionne du PCUS en mars 1991, quittant le Comité central dont il était membre depuis 1990.
[21] E. Gaïdar, « Loguika reform » (La logique des réformes), Voprosi ekonomiki (Questions d’économie), 1993, n° 2, p. 13.
[22] « Zestkim kursom. Analititcheskya zapiska po conceptsii perekhoda k rinotcnoi ekonomike » (En course de fer. Notes pour la conception du passage vers l’économie du marché), Vek XX i mir (xxe siècle et monde), 1990, n° 6, pp. 15-19.
[23] Anatoli Tchoubaïs, Vengerski opit reformirovania khoziajstvennogo mekhanisma (L’expérience hongroise de la réforme de l’économie), Moscou, Znanie, 1990.
[24] C’est le cas, notamment, de N. Chmelev et V. Popov qui ont repris une large base de données statistiques concernant la production de PIB (produit intérieur brut) et de PMN (produit matériel brut), les plans et les résultats factuels pour la période entre 1960 et 1985 pour démontrer le mythe de l’efficacité de l’économie planifiée. Voir V. Popov, Nikolaï Chmelev, Velikii planovij eksperiment (La grande expérimentation de plan), en Pogrujenie v triassinu (Immersion dans le gouffre), Moscou, Progres, 1991, pp. 101-135. On trouve la même idée dans les articles d’E. Gaïdar ou d’Andreï Illarionov qui, dans les années 1980, se sont beaucoup servi des statistiques économiques étatiques. Notamment, il s’agit d’articles d’E. Gaïdar publiés, en 1988 et 1989, dans l’organe de presse du PCUS, revue Communiste.
[25] Il est évident que tous les économistes académiques ne sont pas convertis. Ceux qui sont restés fidèles aux positions académiques, étant éloignés de la politique effective, continuent malgré tout les débats publics autour du modèle économique, en particulier, il s’agit des économistes du groupe de L. Abalkine qui publient leurs « manifestes », leurs propositions pour battre la crise, etc. Ils n’ont pas abandonné l’espace public des débats politiques et économiques.
[26] On trouve des oppositions similaires dans l’article de Frédéric Lebaron, « La dénégation du pouvoir », Actes de la recherche en sciences sociales, n°119, 1997, pp. 3-26. Cependant notre analyse montre qu’en Russie plusieurs oppositions sont inversées par rapport à celles décrites par F. Lebaron ; par exemple, la position dominante de l’économie mathématique dans le champ économique et relativement dominée des monétaristes en France ; monétaristes dominants, économistes mathématiques dominés en Russie ; il en va de même pour les théoriciens et les militants.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[1]
Plusieurs sources ont été mises à contribution pour notre ...
[suite] Suite de la note...
[2]
Il y a, dans la littérature économique russe, deux approche...
[suite] Suite de la note...
[3]
Il s’agit surtout de cinq experts-conseillers de B. Eltsine...
[suite] Suite de la note...
[4]
Il faut noter que le soutien de B. Eltsine au programme « 5...
[suite] Suite de la note...
[5]
Goszakaz, c’est-à-dire la réquisition par l’État d’une ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Suite à la conclusion du Traité d’union (Belovegskie soglac...
[suite] Suite de la note...
[7]
« Programma uglublenia economitcheskikh reform » (Programme...
[suite] Suite de la note...
[8]
Les experts du FMI, de la BMRD et BERD (Banque européenne d...
[suite] Suite de la note...
[9]
Michael Ellman, « Potchemu schokovaya terapia v Rossii ...
[suite] Suite de la note...
[10]
Le terme marxiste de « reproduction élargie » signifie « ...
[suite] Suite de la note...
[11]
Les tentatives des économistes de l’IE pour se détacher de ...
[suite] Suite de la note...
[12]
Bien que les théoriciens de la réforme d’A. Kossyguine, ...
[suite] Suite de la note...
[13]
Bien que cet institut n’ait pas été désigné comme responsab...
[suite] Suite de la note...
[14]
Il est révélateur que la biographie de V. Nemtshinov, dans ...
[suite] Suite de la note...
[15]
Ainsi, les chercheurs du CEMI ont effectué un travail très ...
[suite] Suite de la note...
[16]
Ainsi, Vitali Naïchoul’ a présenté aux séminaires du CEMI e...
[suite] Suite de la note...
[17]
Mikhaïl Zadornov (né en 1964), est sorti en 1984 de la même...
[suite] Suite de la note...
[18]
E. Iassin, « Soud’ba ekonomitcheskoi reformi v Rossii » (De...
[suite] Suite de la note...
[19]
Parmi les jeunes économistes qui constituent l’équipe d’Ego...
[suite] Suite de la note...
[20]
S. Chataline, quant à lui, démissionne du PCUS en mars 1991...
[suite] Suite de la note...
[21]
E. Gaïdar, « Loguika reform » (La logique des réformes), ...
[suite] Suite de la note...
[22]
« Zestkim kursom. Analititcheskya zapiska po conceptsii ...
[suite] Suite de la note...
[23]
Anatoli Tchoubaïs, Vengerski opit reformirovania khozia...
[suite] Suite de la note...
[24]
C’est le cas, notamment, de N. Chmelev et V. Popov qui ont ...
[suite] Suite de la note...
[25]
Il est évident que tous les économistes académiques ne sont...
[suite] Suite de la note...
[26]
On trouve des oppositions similaires dans l’article de Fréd...
[suite] Suite de la note...