Genèses
Belin

I.S.B.N.2701131138
176 pages

p. 62 à 83
doi: en cours

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Dossier

no47 2002/2

2002 Genèses Dossier

Récits d’enfance et de jeunesse dans l’œuvre de Charles Maurras, entre stigmatisation et revendication

Bruno Goyet
Comment utiliser les souvenirs d’enfance et de jeunesse des grands hommes sans les reprendre tels quels ni en les appauvrissant ? Par un effort constant pour les ramener non à leur place événementielle, mais à leur inscription discursive. Si Charles Maurras n’a jamais écrit d’autobiographie, il en a dispersé les éléments au fil de son œuvre. Cette dispersion autobiographique est commandée par la nécessité de maîtriser l’information sur soi face aux processus de stigmatisation qui lui sont imposés dans les champs littéraire, religieux et politique qu’il a traversés. C’est la combinaison de ces souvenirs et de leurs contextes discursifs qui leur donne leur sens biographique. How can the memories of children and youth of famous men be used without reproducing them as is or impoverishing them? Through a constant effort to reinsert them, not as events but in a discursive context. Although Charles Maurras never wrote an autobiography, there are autobiographical elements scattered throughout his work. This scattering of autobiographical references was the result of the need to control the information about himself in the face of the stigmatising processes imposed upon him in the fields of literature, religion and politics which he gone through. It is the combination of the memories and their discursive context that gives them their biographical meaning.
 
De l’usage délicat des apologues de jeunesse dans la vie des hommes illustres
 
 
Quatre nuits révélèrent au jeune Charles Maurras ses destinées. La veillée de Noël 1873, petit garçon raisonneur (il a alors cinq ans) qui réclame explication de tout ce qu’il ne comprend pas dans sa religion, il fait un rêve, dans lequel le curé de sa paroisse « officie pour [lui] seul, afin de [lui] apprendre à tenir, à garnir et à balancer un bel encensoir de vermeil, dont les chaînettes, entrechoquées, élèvent le son clair et pur entendu à la messe [1] ». Une nuit de l’été 1876, il est pris de vertige à la contemplation de la voûte étoilée ; il échappe à son trouble par la double vertu de sa connaissance des astres, qui lui permet de nommer et dénombrer les constellations, et des pratiques magiques de la servante de la famille, qui lui confectionne un gris-gris pour le ramener au calme. En 1885, année de son bac, lors d’une retraite chez les jésuites, une autre nuit de contemplation de la nature, de son ordre et de ses beautés lui permet de dépasser une nuit intérieure autrement terrible, que sa surdité lui a imposée depuis l’âge de quatorze ans :
« La fureur subversive pouvait déchaîner son système dans les imaginations mal lunées : je savais et voyais qu’il n’y avait ni commune mesure, ni même aucun rapport réglé, entre le fantasme libérateur et les fermes substances hors desquelles s’enfuit même la pensée du bonheur [2]. »
Enfin, cette même année, au soir d’une journée de plage sur les bords de l’étang de Berre avec frère et ami, une tempête d’une rare violence menace de faire sombrer leur barque et de les noyer ; ils ne doivent leur salut qu’à son sang-froid qui en impose à son compagnon, fils de marin pourtant. Malgré de sombres pensées, nourries depuis son récent échec au bac de philosophie, le jeune Maurras « travaillai[t] à survivre » :
« je dévouais à nous défendre tout ce qu’il fallait pour tenir, pour durer et persévérer. C’était fort peu, sans doute, car il y avait peu à faire, mais enfin le poing adhérait à la rame […] Nous n’avions mérité qu’un éloge : nous n’avions pas quitté le bateau et nous le ramenions sans avoir perdu un agrès [3] ».
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IMGIMGIMGIMF1877, le petit garçon des Quatre nuits de Provence. Cliché J. Fabre. © D. R.
Ces Quatre nuits de Provence sont une admirable mise en scène des successives révélations qui auraient amené par étapes le jeune Maurras à la plénitude du sens de sa vie. Elles sont ses « leçons de ténèbres ». On parlera de reconstruction a posteriori, on évoquera le modèle hagiographique classique, dont toute l’économie est fondée sur le passage de la vie cachée à la vie publique à travers épreuves et dévoilement des fins dernières [4]. Cette logique hagiographique est forte et il est bien difficile d’y échapper lorsque l’on reprend son matériau. Mais s’interdira-t-on pour autant de recourir à ce type de récits afin de raconter la jeunesse et l’adolescence de l’homme dont on veut écrire la biographie ? On pourra alors tourner la difficulté, en se servant de ces anecdotes pour inscrire les premières années de Ch. Maurras dans leur milieu originel : une petite bourgeoisie provençale et portuaire, fortement cléricale mais proche des croyances populaires à moitié païennes, tout un monde d’érudition scolaire et de rhétorique classique qui en tire ses charges publiques. Martigues est à mi-chemin du « Midi rouge » de la côte et de la « Vendée provençale » autour de Maillane, patrie de Frédéric Mistral. Reconstruisant ce monde, on opère une réduction paradigmatique d’événements singuliers, on n’en retient que leur aspect représentatif : ainsi, l’échec de Ch. Maurras au baccalauréat de philosophie, pour cause de thomisme débridé, se réduit à un simple épisode de la lutte scolaire de la philosophie républicaine officielle contre la pensée ecclésiastique, dont il devient un des héros anonymes [5]. Et les expériences mystiques au fondement même de son évolution spirituelle et intellectuelle, expériences souvent liées à des cérémonies et des retraites religieuses, ressortissent à la spiritualité habituelle de la bourgeoisie catholique provinciale et sont des passages obligés de tous les récits de conversion qui se multiplient alors dans les milieux littéraires [6]. Classiquement la crise de l’adolescence clôt une enfance pieuse durant laquelle la mère a joué un rôle primordial dans le développement de la foi de l’enfant. Réduire la singularité de chaque épisode permet ainsi d’échapper à l’anecdotique et de retrouver les « architectures logiques » d’événements imprévisibles et en apparence arbitraires [7], mais cela entraîne un redoutable appauvrissement biographique, par la négligence de ce qui donne sens à tous ces épisodes : leur combinaison unique.
Tout le problème va donc être de reconstituer cette combinaison en échappant à la logique reconstructrice mise en œuvre par Ch. Maurras lui-même dans les récits de son enfance. Quand Pierre Boutang et Victor Nguyen, dans les années quatre-vingts, ont tenté d’écrire des biographies scientifiques de celui qui fut, peu ou prou, leur maître [8], ils recomposèrent la succession canonique des épisodes de sa vie, en recréant leur cohérence chronologique à partir d’un substrat bibliographique complètement éclaté, comme en témoigne l’appareil critique de chacun de leurs chapitres. Chaque épisode est rapporté à sa place événementielle – quand cela s’est-il passé ? – au mépris de son inscription discursive – quand cela est-il raconté ? Pour chacun de ses chapitres, V. Nguyen cite en notes d’un côté quelques archives publiques et d’abondantes correspondances privées et d’autre part – et surtout – les livres de Ch. Maurras lui-même, dans lesquels il pêche son matériau biographique. Pour le premier chapitre, sur son enfance et ses débuts parisiens, il utilise dix-sept de ses œuvres, échelonnées de 1895 à 1954, avec deux temps forts, les années 1925-1930 et 1950. C’est-à-dire les deux temps forts de sa construction autobiographique, qui répondent à des enjeux propres à ces années-là, ceux de sa progressive académisation et des polémiques auxquelles il fut alors confronté [9]. Ce procédé n’est pas gênant dans le cas d’un hagiographe déclaré qui récuse toute distance envers son héros. Mais il pose un problème à l’écriture biographique en tant que telle. Parce qu’il y a une logique forte dans la succession événementielle des épisodes biographiques, nous l’avons dit. Et aussi parce qu’il met au même niveau des textes d’origines, de dates et de statuts fort différents [10]. Ce lissage bibliographique est un des principaux biais de l’écriture biographique, d’autant plus dangereux qu’il est implicite. Peut-on arriver à donner aux pièces de ce puzzle biographique leur statut respectif qui permettrait de ne pas les traiter toutes au même niveau d’interprétation, et donc substituer au récit biographique positif celui de la construction autobiographique elle-même ?
Cette construction a une double dimension : d’abord la dispersion dans son œuvre de récits sur sa jeunesse, en forme d’apologues, courts récits tout orientés vers leur « morale » ; ensuite une stratégie éditoriale du dévoilement de drames intimes, comme la perte de la foi, des pulsions suicidaires ou une déception amoureuse, nécessaire à la construction de sa propre image. Ces deux dimensions s’entremêlent au gré de ses enjeux biographiques successifs.
 
Le recours autobiographique dans les processus de stigmatisation
 
 
Ch. Maurras n’a jamais écrit ses mémoires, il a tout juste donné son imprimatur à certaines hagiographies [11]. Au fil de ses quelque deux cents ouvrages, publiés sur une soixantaine d’années [12], au gré de son propos et des situations auxquelles il s’affrontait, il a distillé ses souvenirs. Ce n’est pas n’importe quand, ni sous n’importe quelle forme, ni chez n’importe quel éditeur qu’il s’est ainsi livré, mais selon une très précise stratégie de « contrôle de l’information sur soi », telle qu’Erving Goffman l’a définie à propos des stigmates et de leur maîtrise sociale [13].
Je ne veux pas parler de sa surdité : stigmate réel et incontournable, il en fit un atout moral à partir du moment où il l’accepta, ainsi qu’il est raconté dans la troisième nuit [14], et la transforma en signe de sainteté et de détachement du monde [15]. Même si elle a pu lui être parfois opposée dans les polémiques – qu’on se rappelle le mot d’André Gide : « Maurras est sourd comme l’Angleterre est une île [16]» – elle ne lui posa pas de problème de dissimulation ou de révélation, si ce n’est la pudeur de parler de ses propres épreuves. Non, les stigmates dont il va être question ici sont moins substantiels que relationnels, au sens qu’ils sont construits socialement et évoluent avec le temps et selon les milieux [17]. Il s’agit de l’écart insupportable entre l’identité d’un individu et les attentes que sa position fait naître. Et cela d’un double point de vue, personnel et social :
  • de 1886 à 1952, après son enfance provençale, Ch. Maurras passe de la bohème littéraire et anarchisante du Paris fin de siècle aux prisons de la Libération et à l’infamie nationale, stigmate absolu s’il en est ; entre temps, il aura été, tour à tour, polémiste violent né dans l’Affaire Dreyfus, penseur politique majeur de la réaction, chantre de l’Union sacrée durant la Grande Guerre, écrivain mis à l’Index par le pape dans les années vingt, notable en voie d’académisation dans les années trente et soutien inconditionnel de la Révolution nationale sous Vichy. Chaque étape lui a posé un problème par rapport aux précédentes, son passé devait être acceptable vis-à-vis de son présent, ce qui nécessita parfois des acrobaties biographiques. C’est cette succession du passé qu’E. Goffman appelle « l’identité personnelle » de l’individu, par opposition à son « identité sociale » ;
  • cette « identité sociale » concerne, non le passé de l’individu, mais la position qu’il occupe à un moment donné ; il sera cette fois question de cohérence entre les diverses postures qu’il va adopter dans les différents milieux qu’il fréquente, et là aussi Ch. Maurras est un beau cas d’école par la multiplicité de ses propres champs d’action simultanés, comme, d’ailleurs, le bref résumé de sa vie le laissait supposer : homme de lettres, c’est sa première identité, dans tous les sens du terme, et, en tant que tel, il doit répondre aux exigences de style et de ton que le champ littéraire impose à ceux qui veulent y être reconnus ; défenseur de l’Église et du catholicisme intégral, ce sont alors des impératifs moraux et spirituels qu’il doit respecter en se soumettant au magistère ecclésial ; fondateur d’une doctrine, le nationalisme intégral, et d’un mouvement politique, l’Action française, foin de toutes ces subtilités, il s’agit désormais pour lui de rompre en visière aux ennemis politiques et aux étrangers. Quelles informations de l’un de ces champs d’action vont pouvoir transpirer dans les autres, sans mettre en danger sa position ?
Enfin, tous ces enjeux sont, par essence, glissants, car ils sont partagés par les interlocuteurs de Ch. Maurras dans les champs littéraires, religieux et politiques qu’il traverse. Et c’est ainsi que les mêmes contradictions peuvent être gérées différemment au fil des temps. Les stigmates, tels qu’il les apprécie et tels qu’ils sont définis par ses interlocuteurs, vont varier et donner ainsi lieu à des stratégies de dévoilement ou d’aveu selon les données du moment. De l’analyse de ces variations, nous pouvons tirer des enseignements sur l’évolution de son ambition et de sa carrière. Finalement c’est un autre récit de sa vie qui s’ébauche, fondé cette fois sur l’apparition des récits biographiques et non sur le déroulement linéaire de sa vie.
« On peut donc considérer un individu comme le point central d’une distribution de personnes qui, ou bien savent quelque chose de lui, ou bien le connaissent personnellement [18]. » Ainsi, l’analyse biographique se déplace des données tangibles de l’individu « réel » et des configurations sociales tout aussi « réelles » qu’il traverse, vers le processus d’élaboration du matériau biographique lui-même. La prolifération autobiographique qui parcourt l’œuvre maurrassien est le moyen pour lui de maîtriser l’information sur son passé et sur ses différents champs d’action simultanés, dans une double exigence de sauvegarde de l’unicité biographique et de la multiplicité de ses inscriptions. Effort contrecarré par ses interlocuteurs qui le forcent alors à se raconter. Ce qui doit conduire à écrire la biographie de Ch. Maurras en rapportant les belles histoires de sa jeunesse non seulement à l’époque où elles sont censées s’être déroulées, mais surtout au moment et dans les conditions précises de leur énonciation. Les Quatre nuits de Provence nous parlent beaucoup plus de ses combats à la suite de la condamnation vaticane que de son enfance. Mais elles ne sont pas les seules traces autobiographiques qu’il aura laissées derrière lui durant les quelques années cruciales pour son image publique qui séparent la Victoire de 1918 de la condamnation de 1926 et de ses retombées.
 
L’enfance en appel dans le procès en littérature intenté à Ch. Maurras
 
 
La publication des Quatre nuits suit d’assez près celle d’un autre texte autobiographique centré sur son enfance, la longue préface à La musique intérieure, son premier recueil de poésies [19]. Il y raconte sa lente initiation à la poésie, depuis les chants populaires et religieux qui le bercèrent et ses premiers engouements de collégien pour toutes les poésies en faveur alors, y compris bien sûr celles de F. Mistral et des félibres, jusqu’à ses premiers pas de versificateur.
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IMGIMGIMGIMF1895, le poète de La musique intérieure. Dessin d’Henri d’Abadie (1895). © D. R.
Le premier acte, « le secret », décrit sa pudeur de petit garçon à laisser deviner le trouble que lui procure tout chant :
« Le langage parlé m’avait plu en raison de tous ses parce que suspendus à tous ses pourquoi : qu’il me rendait bavard ! Au contraire, le chant, l’humble chant naturel, celui qui ne jaillit que pour faire naître son inexplicable mélange d’ébriété fugace et d’équilibre satisfait, le chant, par le mystère de sa douceur peut-être, me tenait farouche et muet. […] Je gardai l’habitude d’éviter de chanter, de me plaire follement à toute chanson et de n’en rien laisser percer [20]. »
Voilà pour expliquer la discrétion de sa muse, complètement éclipsée par le théoricien et le polémiste.
« L’initiation » fit passer un Maurras, alors âgé de sept ans, de Casimir Delavigne à Alphonse de Lamartine, de Jean de La Fontaine à Jean Racine. Athalie, qu’il découvrit lors de son entrée au collège d’Aix en 1876, lui fut la révélation de la « poésie parfaite », qui « affranchit du trouble qu’elle a créé [21] » et le libère de ses scrupules lyriques. Mais « l’erreur de la jeunesse le guettait », une passion dévorante pour les romantiques, au premier chef Alfred de Musset, puis pour les parnassiens et Charles Baudelaire, qui l’amenèrent à rimer lui-même sur tout et rien, suivant le « Codex symboliste à mixture baudelairienne » [22]. Il met fin à cette logorrhée rimée par l’autodafé des milliers de vers de sa Théocléa, long poème tout frotté d’ésotérisme.
« Je m’adonnais avec passion à la critique littéraire. En exerçant sur moi les premières rigueurs, j’obtenais une singulière liberté d’esprit pour aller jusqu’au bout de mes opinions sur autrui [23]. »
C’est ainsi qu’est théâtralisée sa conversion au journalisme littéraire. Comme tant de ses frères en bohème, avec l’âge, il lui fallut faire des travaux alimentaires du journalisme sa réelle raison de vivre et rabattre de ses ambitions premières.
Père et mère, la servante Sophie, l’aimable petit peuple martégal, les braves abbés du collège catholique d’Aix, tout ce monde que nous avons vu peupler les Quatre nuits se retrouve ici pour dresser le décor d’une enfance enchantée et d’une adolescence déchirée. Ces textes sont comme deux chapitres d’un même livre, écrits à peu d’intervalle puisque l’essentiel des Nuits fut rédigé en 1927 [24]. Et pourtant, l’histoire n’est pas la même. Les drames spirituels apaisés dans la découverte des lois immuables de la Nature et de la Cité ont succédé à la passion poétique, celle du chant et de l’amour, qui se résout elle aussi dans la poésie civique, où le polémiste trouvera toujours un refuge à la violence des combats quotidiens. Le politique campe sur ses positions, s’avoue comme tel, parade de toutes ses certitudes, mais cherche dans les deux cas à révéler une autre facette de lui-même. Ce qui fait la différence, c’est, entre-temps, la fulmination vaticane qui lui posa un redoutable problème de gestion de l’information sur son passé.
Après la guerre, Ch. Maurras a besoin de rappeler son passé de poète et d’écrivain de cénacle pour tempérer l’image de doctrinaire politique qui commence à l’enfermer. Il est menacé à l’intérieur du champ littéraire par l’engagement de sa plume dans les combats politiques et religieux depuis 1898, tendance accentuée durant la guerre, au service de l’Union sacrée, à l’instar d’un Barrès. Ses livres se réduisent alors à de simples collages d’articles, publiés à la Nouvelle Librairie nationale (NLN), maison d’édition de l’Action française. Ces ouvrages sont composés dans l’urgence journalistique, sans que soit respecté le critère littéraire qui veut que l’esthétique prime sur l’utilitaire. Pour se sortir de cette impasse, il suit deux voies.
D’abord, réaffirmer sa place dans le mouvement des lettres contemporain en défendant la nécessité pour les écrivains de continuer à engager leur plume au service des valeurs nationales, et c’est le lancement par ses épigones, Jacques Bainville et Henri Massis, du « Manifeste pour un parti de l’Intelligence ». Cette initiative a assez de succès pour forcer la Nouvelle Revue française à réagir : certains en son sein seraient assez favorables aux thèses des maurrassiens, comme Albert Thibaudet, et Jacques Rivière, son directeur, doit mettre clairement les choses au point dans la revue pour refuser de les suivre [25]. C’est qu’alors de nouvelles avant-gardes se sont levées qui intéressent beaucoup plus la Nouvelle Revue française et A. Gide que les vieux néoclassiques pour conforter leur propre position d’avant-garde consacrée. Il s’agit des surréalistes, qui font de Ch. Maurras, avec Anatole France et Maurice Barrès, leur principale tête de turc. Or A. France et M. Barrès disparaissent presque en même temps, en 1923 et 1924, peu après Marcel Proust, c’est-à-dire que Ch. Maurras perd ses plus importants interlocuteurs littéraires, ceux dont la reconnaissance valait passeport pour la république des lettres.
Rappeler ensuite son ancienne et importante place dans le monde des lettres. Si Benjamin Péret lui envoie un de ses livres dédicacé « avec tout [son] mépris », M. Proust, en 1921, lui écrit pour lui rappeler leurs anciennes relations et son admiration pour son premier livre, Le Chemin de Paradis [26], ce qui permet à Ch. Maurras d’intituler sa chronique suivante dans L’Action française, « À la recherche du temps perdu ». M. Proust l’en remercie : « Vous m’avez répondu en poète [27]. » Ce n’est pas qu’un jeu de mots pour Ch. Maurras, alors à la recherche du temps perdu de sa gloire littéraire, celui de ce premier livre, republié avec toutes les dédicaces qui rappellent sa propre inscription dans les lettres de ce temps-là. Mais il doit aussi se justifier, dans une longue préface, de l’élitisme de cette prose et du petit nombre de ses lecteurs, qui ne cadrent pas avec sa conversion depuis lors à l’engagement civique du poète. Il a, par ailleurs, formellement interdit que dans les recueils de son œuvre qui commencent de fleurir, préludes au monumental Dictionnaire politique et critique [28], soient recueillis ses écrits antérieurs à 1893, c’est-à-dire ceux de sa période d’anarchisme spirituel et esthétique qu’il désavoue au nom de sa conversion à la défense des valeurs d’ordre.
Ainsi, parallèlement à la condamnation de ses errements poétiques de jeunesse, il les met en valeur en convoquant à leur chevet les grands noms de la critique de son temps : « Telle fut tout d’abord l’insensibilité mallarméenne de mon cœur à tout ce qui n’était point la poésie pure. Henri Ghéon en sera triste, Albert Thibaudet réjoui [29]. » Les allusions à Stéphane Mallarmé et à la « poésie pure » ne sont pas là par hasard. Elles font écho à la polémique littéraire sur cette question, lancée dans les années vingt par l’abbé Henri Brémond, vieille connaissance de Ch. Maurras depuis leur enfance commune à Aix où ils furent condisciples, depuis aussi leurs premières armes parisiennes, quand l’abbé Jean-Baptiste Penon, son maître et confesseur, les mettait en rapport tous les deux pour tenter de ramener Ch. Maurras à la foi. L’élection à l’académie d’H. Brémond en 1923, l’année même où il échouait, n’avait pas arrangé les mauvaises relations que les deux hommes entretenaient. La « poésie parfaite » évoquée à propos de J. Racine est un écho de cette querelle de la poésie pure [30]. Et lorsqu’il évoque sa lecture faussée de la théorie aristotélicienne de la contemplation : « Ce faux Aristote me conduisit droit au Bouddha à peu près comme y sont conduits de nouveau les Allemands […] J’ai encore en mémoire les vieux péchés rimés qui enveloppaient la théoria d’Aristote d’une espèce de châle hindou [31] », comment ne pas y voir une prise de parole directe dans une autre querelle intellectuelle des années vingt, celle de la décadence de l’Occident et de la vogue de l’orientalisme inspiré du mysticisme oriental diffusé par certains écrivains allemands [32] ?
Ch. Maurras, par ces allusions, se sert bien de ses aventures littéraires de jeunesse pour réaffirmer son appartenance aux avant-gardes et au mouvement vivant des lettres. Il avait connu toutes les tentations de la jeunesse révolutionnaire, ce n’était pas à lui que les avant-gardistes devaient en conter, il avait su discipliner ses erreurs. Il se fait plus précis dans un texte publié la même année que La musique : Barbarie et poésie. Dans sa préface en forme de dialogue, il met en scène un jeune homme qui s’étonne d’apprendre que Ch. Maurras avait eu une jeunesse contestataire :
« Alors, votre jeunesse a été insurgée ! Alors vous avez fait la révolution contre nos grands-pères ! – Je n’ai pas l’intention de cacher que ces usurpateurs florissants n’ont pas été ménagés par notre jeunesse : ce fut précisément par de telles révoltes que nous nous montrâmes fidèles à la tradition légitime [33]. »
Un dernier détail autobiographique dans La musique a une importance certaine pour Ch. Maurras : son amour malheureux pour une certaine « Psyché », à qui la première partie du recueil, « Prime », est consacrée, et aussi sa conclusion, formée d’un quatrain mystérieux : Optumo sive pessumo [34]. Seuls ses anciens lecteurs peuvent se rappeler que ces vers, en latin, se trouvaient déjà dans Anthinéa [35] et surtout en tête de L’enquête sur la monarchie [36]. Ils peuvent aussi se souvenir qu’ils avaient donné lieu à une querelle de traduction, certains ennemis de Ch. Maurras s’en étant emparé pour le discréditer auprès du Vatican pour cause de manichéisme. Il avait dû alors se justifier en donnant lui-même la traduction et la clef de ces vers : ils étaient dédiés à la mystérieuse égérie qui, aux alentours des années 1890, bouleversa sa vie.
« L’hérésie dénoncée est un simple madrigal un peu triste, adressé à un être qui a tenu dans ma vie une place immense, dont j’eus immensément à me plaindre et à me louer et dont j’ai tenu à inscrire le souvenir sur la plus intime des pages d’Anthinéa et aussi sur le monument capital de ma vie et de ma pensée [37]. »
Épisode biographique tout personnel, mais d’un usage public. C’est en tête de son œuvre politique emblématique qu’il place cette allusion à celle qui semble être la nièce de Gustave Janicot, directeur de La Gazette de France, journal monarchiste auquel il collaborait, pour lequel il avait couvert les premiers jeux olympiques d’Athènes en 1896, dont il tira certaines pages d’Anthinéa, et qui avait édité les premières brochures de son Enquête sur la Monarchie. Transcription sentimentale d’un épisode de ses orageuses relations avec cette publication du royalisme traditionaliste, que la concurrence de L’Action française finira par contraindre à la disparition, l’épisode ressortit aussi aux pratiques classiques de la bohème fin de siècle, qui fait de l’inspiration de telles égéries l’un des moteurs de la création. Ainsi, cet épisode est-il lui aussi porteur de sens multiples et sa résurgence en 1925 répond à tous ces sens et permet, par ailleurs, à Ch. Maurras de rappeler à l’Église le véritable sens du quatrain en en donnant cette foi-ci la traduction française :
« Essence pire que le Pire/Et meilleure que le Meilleur/Quelle est la langue qui peut dire/Les deux abîmes de ton cœur !/Mais à ce double sanctuaire,/Déesse ou Monstre, ô seul esprit/De mon ombre et de ma lumière/L’unique hommage soit inscrit. »
L’homme qui vient d’être condamné à la prison pour les excès de sa plume envers le ministre de l’Intérieur, Abraham Schrameck, est celui qui publie un tel recueil de poésies. Le grand écart est périlleux entre les violences antisémites de ses éditoriaux et ses récits de jeunesse qui ne laissent aucune place à ces débordements idéologiques. Ses combats politiques le portent alors sur le devant de la scène, avec l’occupation de la Ruhr, puis la victoire du cartel des gauches et enfin l’assassinat du chef des camelots du roi, Marius Plateau, par une anarchiste, Germaine Berton. Pour combattre la réduction de son identité sociale à ses seuls aspects politiques et sa possible invalidation littéraire, il met en avant son passé de poète et de bohème. Toute sa campagne académique est placée sous ce signe : Inscriptions, en 1921, Le mystère d’Ulysse et La bataille de la Marne, ode patriotique en 1923, sans compter ses Pages littéraires choisies, tous repris dans La musique intérieure, sont accompagnés de la publication d’un ouvrage de poétique : Ironie et poésie en 1923, et d’Une heure avec Charles Maurras de Frédéric Lefèvre, entretien consacré à la poésie.
Aucun de ces livres n’est publié à la NLN. Ce qui lui permet de jouer ainsi avec ses propres contradictions, c’est le recours à différents éditeurs pour ses différentes sortes de discours. Dès avant sa rupture avec Georges Valois, le directeur de la NLN, il se met à publier chez des éditeurs grand public, comme Grasset ou Plon [38], en attendant que Flammarion ne se charge définitivement de son œuvre. Il est même édité, pour de courts textes, par les maisons les plus valorisées dans le monde des lettres, comme Gallimard ou Stock [39]. Il est en phase de respectabilisation éditoriale et la diffusion par une maison aussi marquée – pour ne pas dire stigmatisée – politiquement que la NLN ne lui convient plus. Il est longuement sollicité par Bernard Grasset et Daniel Halévy, directeur des « Cahiers verts », à qui il finit par donner sa Musique intérieure [40]. L’argument que B. Grasset lui fait valoir, pour le convaincre, de lui donner ses livres, et que celui-ci reprend à son compte dans sa correspondance avec G. Valois, est la capacité de diffusion d’un éditeur grand public sans commune mesure vis-à-vis de celle de la NLN [41]. Surtout, les « Cahiers verts » sont un vrai succès éditorial, qui permet à leurs auteurs de jouer sur les deux tableaux du succès commercial et de la réputation auprès des cénacles littéraires et de prétendre à incarner la littérature moderne [42]. Il s’agit bien d’une normalisation éditoriale, qui impose à Ch. Maurras un aménagement de sa posture dans le monde des lettres, et donc un travail sur son propre passé. Mais en réveillant sa muse, il a libéré en même temps un démon, celui de l’anarchiste blasphémateur.
 
La condamnation vaticane : un jugement sans appel ?
 
 
Cinq ans plus tard, il publie un texte bien différent sur son enfance et son adolescence, celui des Quatre nuits de Provence. Désormais, l’urgence est le combat sur le front religieux. Bien entendu, en 1925 déjà ce souci le travaillait, les premières alertes avaient eu lieu du côté du Vatican [43]. Ainsi, la thématique spirituelle d’une crise de la foi parcourait-elle déjà La musique. Ch. Maurras y avait évoqué sa dévotion pour Lucrèce et le pessimisme chrétien, en insistant sur le fait qu’il avait découvert cet auteur grâce à l’abbé J.-B. Penon et son goût plus mêlé pour Blaise Pascal. Les Quatre nuits amplifient le thème et ce pessimisme est mis en scène dans l’épisode du naufrage : ce n’est pas le souci de sa propre vie qui le fait chercher à s’en sortir, mais celui du salut de ses jeunes compagnons, il aurait aisément fait le sacrifice de la sienne. Une enfance dans le sein de l’Église, une crise morale et spirituelle qui tue la foi, un dépassement de cette crise par la connaissance et par la contemplation de la nature, Ch. Maurras est effectivement hors de l’Église désormais, mais comme tant d’autres qui ne sont pas condamnés. Il fait partie de ces bataillons d’intellectuels agnostiques qu’elle cherche à convertir. D’autant qu’il s’est présenté en défenseur temporel du catholicisme, faisant taire ses scrupules religieux.
Mais, à partir de décembre 1926, l’Église lui interdit toute possibilité de jouer sur les deux tableaux. Elle fait voler en éclats toutes ses savantes stratégies de ménagement de l’information selon ses publics et selon les époques de sa propre vie. La condamnation du Vatican porte, non seulement sur L’Action française, mais surtout sur les principaux et plus anciens ouvrages de Ch. Maurras : Le chemin de Paradis (1895), Trois idées politiques (1898), Anthinéa (1901), Les Amants de Venise (1902), L’avenir de l’intelligence (1905), plus deux livres de doctrine politique des années 1910. Cela est grave pour lui, car l’Église touche aux ouvrages qui ont fait et continuent alors de faire sa réputation littéraire, même si une telle auréole sulfureuse n’est pas négligeable dans la république des lettres [44]. Ch. Maurras ne peut comprendre qu’on s’attaque à des livres que peu de ses partisans auraient lus, et qui donc, n’auraient aucune influence pernicieuse sur ses troupes ; livres, de plus, qui dateraient d’une époque révolue, difficiles par conséquent à juger a posteriori ; enfin, ce serait négliger l’effort qu’il a déployé depuis lors pour ne plus rien écrire de répréhensible pour l’Église : « Je me suis contraint pendant vingt-cinq ans, en vue d’une action que je n’avais pas ambitionnée, à exclure de mon langage oral ou écrit les doutes, les rechutes, au besoin les angoisses qui se rapportent à l’ordre philosophique et religieux. J’ai réglé tout cela dans le tête-à-tête solitaire de ma conscience et de ma pensée. À peine en trouvez-vous l 19;écho affaibli et discret dans quelques-uns de mes vers », écrit-il au père Paul Doncœur, un des hommes chargés par le pape de l’offensive antimaurrassienne [45].
En rappelant à l’attention des fidèles ses premiers livres, mis à l’Index, l’Église met le Maurras de l’entre-deux guerres en face de son propre passé, elle le stigmatise. Ce que ses ennemis vont pouvoir utiliser, sur le mode de la dénonciation, comme G. Valois, à la suite de leur rupture. Il fait paraître dans le Bulletin bibliographique un encart pour « tous ses clients catholiques » : si la NLN reste, malgré elle, l’éditeur de Ch. Maurras, elle leur rappelle que la mise à l’index de ses œuvres les oblige à avoir une autorisation de leur évêque pour pouvoir les lire. « Le caractère brutal et insolite de cette manifestation d’un éditeur contre l’auteur qu’il édite la rend plus dommageable encore. Maurras paraît donc incontestablement fondé à actionner Valois en dommages-intérêts [46]. »
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IMGIMGIMGIMF1925, le doctrinaire du nationalisme intégral. Cliché Fred Boissonnas. © D. R.
L’histoire éditoriale de son premier livre, Le chemin de paradis, est exemplaire de la tactique maurrassienne de contrôle de l’information (voir encadré 1). Dès avant sa mise à l’Index, en 1921, Ch. Maurras l’avait fait republier, afin de rappeler au monde des lettres son passé littéraire le plus prestigieux et le plus pur, comme nous l’avons vu. Mais il l’avait expurgé de ses passages les plus scandaleux où il était question, par exemple, du « venin du Magnificat » : « Ce fut un des honneurs philosophiques de l’Église […] d’avoir mis aux versets du Magnificat une musique qui en atténue le venin » ; et surtout du conte « La Bonne Mort ». Ce conte, paru en 1892 dans La Cocarde et repris dans Le chemin de Paradis, avait une connotation autobiographique évidente. C’était une mise en scène du suicide et une défense de la volupté comme principe de vie. « Votre héros veut se sauver ! Et il veut jouir ! », lui aurait dit Ferdinand Brunetière en refusant de publier son texte dans la bien pensante Revue des Deux Mondes. Or, sur quelques papiers personnels des années 1890, conservés par ses héritiers, il évoquait ses propres pulsions suicidaires, conclusion non seulement à des déboires sentimentaux, mais plus encore à sa période de bohème anarchique [47].
« Ce n’est pas le libertinage de l’imagination qui a suscité, stimulé, éperonné le libertinage de l’esprit et de la raison ; c’est, au contraire, celui-ci qui a libéré l’imagination et les sens [48]. »
Ce qui ne correspondait, encore une fois, ni à l’image que le défenseur de l’ordre va vouloir bientôt donner de lui, ni aux attentes d’une Église qui espérait son retour à la foi pour en faire un écrivain de la renaissance catholique. Aussi, lorsque le recueil de ses contes fut réédité, en supprima-t-il celui-là en particulier, satisfaisant ainsi au désir de sa mère, pure incarnation de l’Église [49]. Par cette autocensure, il tentait bien de débarrasser son passé, son « identité personnelle » d’un véritable stigmate.
Mais parallèlement, du côté de son « identité sociale », il va aussi jouer des différents publics pour maintenir malgré tout les passages censurés, jouant de l’hétérogénéité des lectorats. Alors qu’il vient de ressortir, en juin 1926, le conte scandaleux en édition de luxe réservée à un petit nombre de lecteurs avertis [50] : « La voici telle quelle, pour le public étroit de cinq à six mille personnes qui sont capables de la connaître sans en souffrir », il autorise, en mars 1927, une publication encore plus réduite et luxueuse du reste du recueil, avec, de plus, cette note pour souligner la censure qu’il s’est imposée de lui-même :
« Là florissait, Septième du Livre, ce conte de la Bonne Mort, le plus vieux du recueil, le moins bien partagé aussi, car depuis 17 ans que j’ai perdu mon ami Frédéric Amouretti [51], cette petite histoire n’a été comprise d’aucun de mes amis que je sache. Et moi qui l’avais crue capable d’émouvoir la réflexion, peut-être le rêve, je n’y entends presque plus rien. »
Schéma éditorial du Chemin de ParadisIMGIMGSchéma éditorial du
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Si, dans la précédente édition, la suppression était restée discrète, Ch. Maurras met cette fois en scène sa soumission aux impératifs éthiques. Cependant, il refuse de se prononcer sur la moralité de son écrit en lui-même et sur sa responsabilité d’écrivain envers le public de façon générale, il ramène d’abord la question à celle du choix de son public, ici quelques amateurs éclairés, qui seul permet d’écrire et d’être compris, selon la position qu’il avait déjà définie en 1889 lors de la querelle du Disciple de Paul Bourget [52]. L’éventail est complété par une autre édition illustrée d’extraits du recueil, les Contes philosophiques. Nous assistons au détail d’une stratégie de ménagement des cercles de lecteurs, nécessaire à la volonté de maîtriser la dispersion de ses détails biographiques ; il s’agit d’échapper au stigmate de l’amoralisme du côté de l’Église et à celui de moralisme bigot du côté de ses pairs en littérature.
Mais cette stratégie est mise en échec, quand Flammarion, en novembre 1927, sans rien lui en dire et sans plus de précautions, décide de publier le recueil dans tout l’éventail des styles d’édition : ordinaire (« Collection bleue », in-18 à 12 F), populaire à bon marché (« Select Collection », in-8° à 1F,75), bibliophilique (« Le signet d’or », in-16 à 110 F). Le Vatican ne peut prendre que pour une provocation cette véritable explosion éditoriale [53]. Ch. Maurras refuse que L’Action française en fasse la moindre publicité, pour ne pas aggraver l’impair, mais demande malgré tout que les autres journaux soient sollicités pour le lancement :
« Car je ne renie nullement mon ouvrage. Je l’estime utile pour une vaste catégorie de lecteurs français. Mais au point de vue particulier de l’Action française, le lancement à cette heure précise en était inutile, et même nuisible. »
Et il insiste sur ce qui fait à ses yeux le scandale de cette provocation :
« Mais il y a une chose que je ne peux admettre : c’est que mes mouvements politiques puissent être gênés par des à-côtés de librairie. Cela, c’est l’inadmissible, l’insupportable, l’insensé [54]. »
Jeu sur son propre passé, jeu sur ses différents champs d’action, il tente de tout tenir ensemble, mais avec moins de succès désormais. Ce qui est bien entendu euphémisé dans cette histoire, c’est l’aspect financier, vital pour lui comme pour tout homme de lettres : en quelques mois, ces différentes éditions du Chemin lui rapportent environ 30 000 F, sur un total de droits d’auteurs chez Flammarion d’environ 50 000 [55]. On comprend qu’il ne « renie » pas son livre.
Dans ces années de l’immédiat après-guerre, Ch. Maurras doit résoudre la contradiction entre ses positions conservatrices et avant-gardistes de façon à sauvegarder tous les capitaux symboliques qu’il avait jusque-là pu engranger, tout en donnant un minimum de gages à l’Église. Seul des autres livres condamnés, Anthinéa connaît une destinée semblable [56]. À partir de 1919, un passage sur un buste ressemblant au Christ, « Nazaréen par qui tout l’ancien s’écroula [57] », disparaît du texte. Seulement, à la différence du Chemin de paradis, quand Flammarion décide en 1926 de le ressortir, au moment où l’archevêque de Bordeaux lançait l’offensive qui allait mener à la condamnation, l’éditeur le fait en accord avec Ch. Maurras qui reprend son texte « feuille à feuille, et l’excès même de scrupule venait au secours du bon droit et de la bonne foi [58] ». Aucun des autres livres ne connaît un tel sort éditorial, aucun n’avait le même impact autobiographique ni, donc, le même enjeu personnel.
Les nuits sont, en quelque sorte, une réponse au scandale de cette apologie du suicide et, de façon plus générale, à tous les thèmes païens que Le chemin de paradis continue de répandre, malgré ses précautions éditoriales. En mettant en scène le drame de la perte de sa foi et les efforts qu’il a déployés pour combattre son pessimisme suicidaire, il fait l’amende la plus honorable qu’il puisse. Comme Ch. Maurras, qui y avait consacré la moitié de son livre, Jacques Prévotat, au début de sa monumentale étude des condamnations vaticanes, a insisté sur la nuit du Tholonet de 1885 dans l’évolution spirituelle du maître de l’Action française [59], confirmant bien l’importance de ce texte par-delà son inscription anecdotique. Mais en la rapportant aux années de sa jeunesse, en suivant de trop près Ch. Maurras dans sa propre reconstitution autobiographique, il avoue lui-même la difficulté à interpréter l’épisode. Cette difficulté vient de ce qu’une partie de la vérité de cet épisode est à rapporter aux combats contemporains de sa publication.
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IMGIMGIMGIMF1945, procès de Lyon : Charles Maurras octogénaire se souvient. © D. R.
 
L’impasse autobiographique de Ch. Maurras
 
 
Une dernière fois, ses souvenirs de jeunesse revinrent en force dans l’œuvre de Ch. Maurras, quand, dans les prisons de la Libération, il dut rendre compte à la justice de son attitude pendant l’Occupation. Il rédige alors un « roman », Le Mont de Saturne. Son récit est tout nourri de ses propres expériences de bohème, son héros se suicide après une vie de désordres et de déboires amoureux. L’aspect autobiographique était tellement évident, qu’il s’empressa de s’en défendre : « On dira […] : Maurras octogénaire n’a rien trouvé de mieux que de se plaire à évoquer des folies de jeunesse [60]. » Le récit, encore une fois, nous renvoie directement à une des crises les plus profondes de sa vie intérieure.
Et tout est fait pour le réinscrire dans sa grandeur littéraire passée, comme par manière de nier la réalité de son absolue stigmatisation. Même les plaidoyers qu’il écrit pour son procès ou pour sa réhabilitation attaquent d’abord ses concurrents et adversaires en littérature que sont A. Gide et Paul Claudel [61]. Pour travailler, il réclame à sa servante : « Le Petit Dictionnaire Larousse, dont je me sers, vous devez savoir où il est ; Mon livre, Le Chemin de Paradis, de même ; De même le carton qui porte en grosses lettres : Paul Bourget […] Puis sur la cheminée, en face, posé à plat, un livre de moi, La musique intérieure [62]. » Au lieu de penser à sa défense, il semble ne se soucier que de littérature. La musique intérieure annonce le nouveau recueil poétique qu’il est en train de préparer, La Balance intérieure [63]. L’actualité générale n’occupe plus guère le polémiste, il se préoccupe d’un livre dont la gestation remonte à plus de cinquante ans. Le dossier « Bourget » ne doit pas être sans rapport avec son propre livre, tant la ressemblance est grande entre son propre récit et Le Disciple. Pour parfaire la référence aux temps passés, le livre s’ouvre sur une citation de Paul Verlaine, sa grande admiration littéraire des années 1880, et est dédicacé à son ami de collège et d’initiation poétique, René de Saint-Pons.
Pourquoi ce retour de la déception amoureuse et du suicide dans son œuvre ? Pourquoi à nouveau publie-t-il tant d’œuvres poétiques, quand l’urgence de son procès et la situation de la Libération battaient le rappel de sa plume la plus polémique ? De 1945 à 1952, il publie une dizaine de plaquettes et de recueils de poésies. Il affirme lui-même cette obsession lyrique :
« Cependant quel ennui que l’on n’ose plus conter en vers ! Il n’y a pas d’autre moyen d’égaler, de temps en temps le drame bourgeois au rêve du poète. On était bien heureux du temps des Chansons de geste, et je ne sais quand ces paradis perdus nous seront rendus. »
Ce « temps des Chansons de geste » qu’il dit regretter, c’est celui de ses débuts littéraires, celui de l’aventure du félibrige et de l’école romane, et non un mythique Moyen Âge. Mais c’est aussi la référence à une des thématiques que les écrivains de la Résistance avaient disputées à la littérature officielle de Vichy et à son ordre moral, dans leur volonté de préserver la langue nationale par un retour à la poésie médiévale [64]. Seulement, à la différence des fois précédentes, sa tentative de garder pied dans le champ littéraire échoue et c’est chez un obscur éditeur qu’il publie son livre. Comme en 1925-1930, il utilise les mêmes recours contre une stigmatisation qui lui est imposée par une autorité supérieure, il cherche dans son passé et dans sa participation à la république des lettres, un moyen de la contourner. Il tente encore de maîtriser l’information sur soi mais, désormais, il a affaire à une trop forte partie.
Il y a donc un récit biographique parallèle à celui qui suivrait la simple chronologie des événements, s’attachant plutôt à la chronologie du récit de l’auteur sur lui-même. Cet autre récit biographique a cette vertu d’échapper à la reconstruction par le héros de sa propre vie. Ainsi peut-on reconstituer la trajectoire biographique de Ch. Maurras selon ce schéma. D’abord une période d’élaboration du répertoire biographique en trois épisodes : l’enfance provençale (1868-1885), la bohème parisienne (1886-1898), le combat nationaliste (1898-1914). C’est ce répertoire qui va subir des effets d’occultation au gré des avatars de sa carrière. C’est là que Ch. Maurras va essayer de maîtriser l’information sur sa vie, en ménageant les différents cercles de ses connaissances.
Quand le Vatican condamne, en 1926, ses premières œuvres et frappe en même temps le journal de L’Action française, il argue du fait que, d’après lui, les lecteurs du quotidien ne sont pas au fait de ses anciennes publications et des théories païennes qu’il y défendait alors. Mais le Vatican refuse cette défense. Quand, entre 1920 et 1924, A. Gide et la Nouvelle Revue française se détachent de leur fascination pour ses positions esthétiques et son influence intellectuelle, et que les surréalistes le renvoient à son rôle d’académicien chien de garde de l’ordre établi, tous récusent la séparation qu’il mettait entre ses différentes plumes et qu’il avait cru pouvoir maintenir et son image se réduit à sa seule activité de polémiste quotidien.
Le tournant des années 1920-1930 est bien le moment où la gestion des stigmates biographiques de Ch. Maurras se révèle la plus difficile. D’un côté, celui de la religion, il lui est interdit de taire son passé, il y a eu révélation du scandale de sa vie antérieure. À l’inverse, du côté de la littérature, la référence à son passé révolutionnaire est invalidée par les nouvelles avant-gardes, et c’est entre ses postures contemporaines contradictoires que le court-circuit est provoqué par ses adversaires. C’est-à-dire qu’il ne maîtrise plus ni son identité personnelle ni son identité sociale, selon les termes goffmaniens. Aussi n’est-il pas étonnant de voir que c’est à ce moment-là qu’il va multiplier les récits autobiographiques et laisser ses fidèles écrire sa propre hagiographie, tout en remaniant fortement l’édition de ses œuvres les plus sensibles, afin de rendre à son identité personnelle son unicité et sa complexité à son identité sociale.
Cette perte de la maîtrise de l’information sur lui-même va déboucher sur un appauvrissement de son image publique, qui se focalise essentiellement sur ses aspects politiques tardifs. Toujours pour reprendre les termes d’E. Goffman, combien qui connaissent le Maurras antisémite et provichyssois, connaissent aussi le Maurras félibre et poète fin de siècle ? « Étant donné l’ensemble de ces faits [biographiques], à quel point ceux qui en connaissent quelques-uns en connaissent-ils beaucoup ? [65] ». Le processus autobiographique est bien un perpétuel dialogue entre un individu et les attentes des milieux sociaux qui l’assiègent de plus ou moins près. Comme nombre de ses confrères en littérature, Ch. Maurras est confronté aux effets du vieillissement qui accompagnent sa consécration et l’éloignent du mouvement contemporain des lettres et qui lui commandent de réécrire le récit de ses origines. Ce récit est d’autant plus impératif qu’il a fragilisé ses positions littéraires par sa conversion au combat politique et à la défense religieuse.
Au lieu que d’en rester à la simple notion de manipulation de son passé par le sujet, il faut concevoir tout son travail sur ce passé comme un effort pour sauvegarder sa cohérence biographique, à la croisée d’une double tension, diachronique et synchronique. C’est à cette seule condition que l’on peut sérieusement écrire sur l’enfance des hommes illustres.
ENCADRÉ 2

Éléments biographiques et œuvres citées dans l’article
1868 : Naissance le 20 avril à Martigues.
1882 : Surdité en classe de troisième.
1886 : Débuts parisiens, premiers articles dans des revues catholiques.
1888 : Entrée à la Société des Félibres de Paris.
1891 : Manifeste de l’École romane avec Jean Moréas.
1892 : Collaboration à la Revue encyclopédique Larousse et à La Gazette de France.
1895 : Le chemin de paradis. Mythes et fabliaux, Paris, Calmann-Lévy, préface d’Anatole France, 326 + XXXII p.
1898 : Trois idées politiques, Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve, Paris, Champion, 78 p.
1899 : Fondation de la Revue d’Action française.
1900 : Début de l’« Enquête sur la Monarchie » à La Gazette de France.
1901 : Anthinéa. D’Athènes à Florence, Paris, Félix Juven, XII + 338 p.
1902 : Les amants de Venise, Paris, Fontemoing, 274 p.
1905 : L’avenir de l’intelligence, Paris, Fontemoing, 304 p.
1908 : L’Action française devient quotidienne.
1909 : L’Enquête sur la monarchie, Nouvelle Librairie nationale (NLN), 564 + LV p.
1913 : Première condamnation à la prison avec sursis pour violences.
1915 : L’Étang de Berre, Paris, Champion, XI + 370 p.
1919 : Lancement dans Le Figaro du « Manifeste pour un parti de l’intelligence ».
1922 : Pages littéraires choisies, Paris, Champion, 304 p. ; Romantisme et révolution, NLN, 296 p.
1923 : Le Mystère d’Ulysse, discours, Paris, NRF, 38 p. ; La bataille de la Marne, Ode patriotique, Paris, Champion, 47 p. ; Ironie et poésie, Roanne, Au pigeonnier, 325 p. ; candidature malheureuse à l’Académie française.
1924 : Nouvelle condamnation avec sursis pour violences.
1925 : La musique intérieure, Paris, Grasset, « Les cahiers verts », 334 p. ; Barbarie et poésie, NLN et Champion, 377 p. ; enquête sur « les maîtres de la Jeunesse » en Belgique qui consacre son influence sur la jeunesse catholique ; nouvelle condamnation pour sa lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, Abraham Schrameck.
1926 : La bonne mort, Paris, Éditions de la Chronique des lettres françaises, 53 p. ; en août, lettre du cardinal Andrieu qui lance le processus de condamnation de L’Action française par le Vatican ; mise à l’Index en décembre.
1930 : Les quatre nuits de Provence, Paris, Flammarion, 153 p.
1936 : Condamnation de Ch. Maurras à la prison ferme.
1938 : Élection le 9 juin à l’Académie française.
1939 : Levée de l’interdit sur L’Action française par Pie XII.
1945 : Procès de Ch. Maurras, condamnation à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale.
1950 : Le Mont de saturne, Paris, Les Quatre Jeudis, 253 p.
1952 : La balance intérieure, Lyon, Lardanchet, 291 p. ; mort le 16 novembre.

 
NOTES
 
[1] Charles Maurras, Quatre nuits de Provence, Paris, Flammarion, coll. « Les Nuits », 1931, p. 32.
[2] Ibid., p. 117.
[3] Ibid., pp. 145 et 152.
[4] Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, pp. 174-188.
[5] Jean-Louis Fabiani, Les philosophes de la République, Paris, Minuit, 1988, p. 150.
[6] Frédéric Gugelot, La conversion des intellectuels au catholicisme en France, 1885-1935, Paris, CNRS, 1998, pp. 116-119.
[7] Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale I, Paris, Plon, 1958, pp. 30-31.
[8] Pierre Boutang, Maurras, la destinée et l’œuvre, Paris, Plon, 1984 ; Victor Nguyen, Aux origines de l’Action Française. Intelligence et politique à l’aube du xxe siècle, Paris, Fayard, coll. « Pour une histoire du xxe siècle », 1991.
[9] Je renvoie ici à mon propre Charles Maurras, Presses de Sciences po, coll. « Facettes », 2000, pp. 64-69 et 87-95.
[10] C’est un des principaux axes de réflexion proposés par Louis Hincker, lors de la journée d’étude : « Réflexions sur les sources écrites de la “biographie politique”. Le cas du xixe siècle », centre Malher, 13 novembre 1999. Cet article développe la communication que j’y ai faite. Voir Bruno Goyet, « La dispersion autobiographique dans l’œuvre de Charles Maurras », in L. Hincker (éd.), « Réflexions sur les sources écrites de la “biographie politique”. Le cas du xixe siècle », Paris, CNRS, 2000, pp. 169-176.
[11] En particulier celle de René Benjamin, Charles Maurras, ce fils de la mer, Paris, Plon, 1932.
[12] Roger Joseph et Jean Forges, Biblio-Iconographie générale de Charles Maurras, Roanne, Les Amis du Chemin de Paradis, 1953, 2 t.
[13] Erving Goffman, Stigma, Notes on the Management of Spoiled Identity, Englewood Cliffs (NJ), Prentice-Hall, 1963, (trad. fr. Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1975).
[14] Ch. Maurras, Quatre nuits…, op. cit., pp. 106 et suiv.
[15] E. Goffman, décrit le refus de dissimuler son stigmate et l’avantage moral qui en résulte (Stigmates…, op. cit., p. 123).
[16] André Gide, Journal, t. I, 1887-1925, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1996, p. 1204, 11 janvier 1923.
[17] E. Goffman, Stigmates…, op. cit., p. 13.
[18] Ibid., p. 90.
[19] Ch. Maurras, La Musique intérieure, Paris, Grasset, « Les cahiers verts », 1925 [44e édition en 1929].
[20] Ibid., pp. 9 et 11.
[21] Ibid., p. 21.
[22] Ibid., p. 35.
[23] Ibid., p. 36.
[24] Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), fonds Flammarion, G2.5, correspondances auteurs, lettre de Maurras à MM. Fischer, 29 octobre 1927. Je remercie M. Jacques Maurras de m’avoir donné l’autorisation de consulter la correspondance de son oncle.
[25] Voir ses articles dans la NRF (Nouvelle revue française), « Le parti de l’intelligence », le 1er septembre 1919, pp. 612-618 et « Catholicisme et nationalisme », le 1er novembre 1919, pp. 965-968.
[26] Le chemin de Paradis. Mythes et fabliaux, Paris, Calmann-Lévy, 1895, XXXII-326 p., avec un poème préface d’Anatole France.
[27] B. Goyet, Charles Maurras, Paris, Presses de Sciences po, 2000, pp. 160-162.
[28] Paris, La Cité des Livres, 5 t., 1931-1934 [repris en 1934 par Fayard].
[29] La musique… op. cit., p. 15.
[30] Ibid., p. 21
[31] Ibid., p. 33.
[32] Gisèle Sapiro, La Guerre des écrivains. 1940-1953, Paris, Fayard, 1999, pp. 147 et suiv.
[33] Barbarie et poésie. Vers un art intellectuel I, Paris, NLN et Champion, 1925, 377 p.
[34] Ch. Maurras, La musique…, op. cit., p. 273.
[35] Anthinéa. D’Athènes à Florence, Paris, Félix Juven, 1901, 350 p.
[36] Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1909, 619 p.
[37] Lettre à Monseigneur Penon, 11 février 1913, conservée par M. J. Maurras et déposée aux Archives nationales (AN), AP 576, en cours de classement.
[38] Anatole France, politique et poète, Paris, Plon, 1924, 54 p.
[39] Mademoiselle Monck, Paris, Stock, 1923, coll. « Les contemporains », avec une préface d’André Malraux, 64 p. ; Le Mystère d’Ulysse, Paris, NRF, 1923, coll. « Une œuvre. Un portrait », 38 p.
[40] Sébastien Laurent, Daniel Halévy, biographie. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset, 2001, pp. 309 et 429.
[41] Correspondance citée dans Cher maître. Lettres à Charles Maurras, présentées par Pierre-Jean Deschodt, Paris, Éditions de Bartillat, 1995, pp. 336-370.
[42] Philippe Olivera, « La politique lettrée en France. Les essais politiques (1919-1923) », thèse université Paris I, décembre 2001, pp. 514-515.
[43] Jacques Prévotat, Les catholiques et l’Action Française. Histoire d’une condamnation, 1899-1939, Paris, Fayard, 2001, pp. 233-259.
[44] Hervé Serry, « Les écrivains catholiques dans les années 20 », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 124, 1998, pp. 80-87.
[45] Lettre du 15 janvier 1927, publiée par Pierre Mayoux, Paul Doncœur. Correspondance (1924-1961), Paris, Tequi, 1983, pp. 29-30.
[46] Article paru dans Chantecler du 5 mars 1927, cité par Max Fischer, son éditeur chez Flammarion, dans une lettre à Ch. Maurras du 9 mars 1927, AN, 576 AP 35, « Papiers Maurras », correspondance avec les éditeurs.
[47] Papiers conservés par M. J. Maurras, Paris.
[48] Lettre de Ch. Maurras à Léon S. Roudiez à propos de son livre Charles Maurras. The Formative Years, New York, Columbia University Press, 1950, in Lettres de prison, Paris, Flammarion, 1958, p. 360.
[49] Ibid., p. 360.
[50] Paris, Éditions de la Chronique des Lettres françaises, 1926, 53 p., 715 exemplaires.
[51] Frédéric Amouretti, 1863-1903, est un des plus proches amis de Ch. Maurras, et, en certains domaines, son maître, au temps de ses aventures félibréennes et des premiers pas de l’Action française.
[52] Thomas Loué, « Les fils de Taine entre science et morale. À propos du Disciple de Paul Bourget (1889) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, n° 65, 1996, pp. 45-62.
[53] IMEC, fonds Flammarion, G2.5, lettre de Ch. Maurras à MM. Fischer, 6 [décembre 1927].
[54] Ibid., lettre de Ch. Maurras à MM. Fischer, 19 novembre 1927, (souligné par Ch. Maurras).
[55] IMEC, fonds Flammarion, G2.14, Comptes d’auteur, Vol. 1, fol. 237.
[56] Publié chez Félix Juven en 1901, le livre connaît en 1927 une réédition chez Lapina, et par extraits dans Le voyage d’Athènes en 1928 et dans La République de Martigues en 1929, toutes éditions de luxe, et parallèlement dans divers recueils de ces années-là.
[57] P. 62 de l’édition de 1912.
[58] IMEC, fonds Flammarion, G2.5, lettre citée du 19 novembre 1927.
[59] J. Prévotat, Les catholiques et l’Action Française…, op. cit., pp. 26-27.
[60] Le Mont de Saturne. Conte moral, magique et policier, Paris, Les Quatre Jeudis, « Postface et critique », p. 224.
[61] Réponse à Paul Claudel, Éditions de Midi, 1945 ; Une promotion de Judas, Réponse à M. Paul Claudel (sous le pseudonyme de Pierre Garnier) et Réponse à André Gide, Lettre à M. le Directeur de La Gazette de Lausanne, Éditions de la Seule France, 1948.
[62] Lettre à Joséphine Barret, sa servante, 10 octobre 1944, prison Saint-Paul, Lettres de prison…, op. cit., p. 20.
[63] Lyon, Lardanchet, 1952, 291 p.
[64] G. Sapiro, La Guerre des écrivains…, op. cit., pp. 437 et suiv.
[65] E. Goffman, Stigmates…, op. cit., p. 81.
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[1]
Charles Maurras, Quatre nuits de Provence, Paris, Flamm...
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[2]
Ibid., p. 117. Suite de la note...
[3]
Ibid., pp. 145 et 152. Suite de la note...
[4]
Michel de Certeau, L’Écriture de l’histoire, Paris, Gal...
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[5]
Jean-Louis Fabiani, Les philosophes de la République, P...
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[6]
Frédéric Gugelot, La conversion des intellectuels au ca...
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Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale I, Paris, Pl...
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[8]
Pierre Boutang, Maurras, la destinée et l’œuvre, Paris,...
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[9]
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C’est un des principaux axes de réflexion proposés par Loui...
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En particulier celle de René Benjamin, Charles Maurras,...
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[12]
Roger Joseph et Jean Forges, Biblio-Iconographie générale d...
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[13]
Erving Goffman, Stigma, Notes on the Management of Spoi...
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[14]
Ch. Maurras, Quatre nuits…, op. cit., pp. 106 et suiv. Suite de la note...
[15]
E. Goffman, décrit le refus de dissimuler son stigmate et ...
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[16]
André Gide, Journal, t. I, 1887-1925, Paris, Gallimard,...
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[17]
E. Goffman, Stigmates…, op. cit., p. 13. Suite de la note...
[18]
Ibid., p. 90. Suite de la note...
[19]
Ch. Maurras, La Musique intérieure, Paris, Grasset, « L...
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[20]
Ibid., pp. 9 et 11. Suite de la note...
[21]
Ibid., p. 21. Suite de la note...
[22]
Ibid., p. 35. Suite de la note...
[23]
Ibid., p. 36. Suite de la note...
[24]
Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), fonds ...
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[25]
Voir ses articles dans la NRF (Nouvelle revue française...
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[26]
Le chemin de Paradis.