2002
Genèses
Dossier
Récits d’enfance et de jeunesse dans l’œuvre de Charles Maurras,
entre stigmatisation et revendication
Bruno Goyet
Comment utiliser les souvenirs d’enfance et de jeunesse des
grands hommes sans les reprendre tels quels ni en les appauvrissant ? Par un
effort constant pour les ramener non à leur place événementielle, mais à leur
inscription discursive. Si Charles Maurras n’a jamais écrit d’autobiographie,
il en a dispersé les éléments au fil de son œuvre. Cette dispersion
autobiographique est commandée par la nécessité de maîtriser l’information sur
soi face aux processus de stigmatisation qui lui sont imposés dans les champs
littéraire, religieux et politique qu’il a traversés. C’est la combinaison de
ces souvenirs et de leurs contextes discursifs qui leur donne leur sens
biographique.
How can the memories of children and youth of famous men be used
without reproducing them as is or impoverishing them? Through a constant effort
to reinsert them, not as events but in a discursive context. Although Charles
Maurras never wrote an autobiography, there are autobiographical elements
scattered throughout his work. This scattering of autobiographical references
was the result of the need to control the information about himself in the face
of the stigmatising processes imposed upon him in the fields of literature,
religion and politics which he gone through. It is the combination of the
memories and their discursive context that gives them their biographical
meaning.
De l’usage délicat des apologues de jeunesse dans la vie des
hommes illustres
Quatre nuits révélèrent au jeune Charles Maurras ses destinées.
La veillée de Noël 1873, petit garçon raisonneur (il a alors cinq ans) qui
réclame explication de tout ce qu’il ne comprend pas dans sa religion, il fait
un rêve, dans lequel le curé de sa paroisse « officie pour [lui] seul, afin de
[lui] apprendre à tenir, à garnir et à balancer un bel encensoir de vermeil,
dont les chaînettes, entrechoquées, élèvent le son clair et pur entendu à la
messe
[1] ». Une nuit de
l’été 1876, il est pris de vertige à la contemplation de la voûte étoilée ; il
échappe à son trouble par la double vertu de sa connaissance des astres, qui
lui permet de nommer et dénombrer les constellations, et des pratiques magiques
de la servante de la famille, qui lui confectionne un gris-gris pour le ramener
au calme. En 1885, année de son bac, lors d’une retraite chez les jésuites, une
autre nuit de contemplation de la nature, de son ordre et de ses beautés lui
permet de dépasser une nuit intérieure autrement terrible, que sa surdité lui a
imposée depuis l’âge de quatorze ans :
« La fureur subversive pouvait déchaîner son système dans les
imaginations mal lunées : je savais et voyais qu’il n’y avait ni commune
mesure, ni même aucun rapport réglé, entre le fantasme libérateur et les fermes
substances hors desquelles s’enfuit même la pensée du bonheur [2]. »
Enfin, cette même année, au soir d’une journée de plage sur les
bords de l’étang de Berre avec frère et ami, une tempête d’une rare violence
menace de faire sombrer leur barque et de les noyer ; ils ne doivent leur salut
qu’à son sang-froid qui en impose à son compagnon, fils de marin pourtant.
Malgré de sombres pensées, nourries depuis son récent échec au bac de
philosophie, le jeune Maurras « travaillai[t] à survivre » :
« je dévouais à nous défendre tout ce qu’il fallait pour
tenir, pour durer et persévérer. C’était fort peu, sans doute, car il y avait
peu à faire, mais enfin le poing adhérait à la rame […] Nous n’avions mérité
qu’un éloge : nous n’avions pas quitté le bateau et nous le ramenions sans
avoir perdu un agrès [3]
».
Photo
1
1877, le petit garçon
des Quatre nuits de Provence. Cliché
J. Fabre. © D. R.
Ces
Quatre nuits de
Provence sont une admirable mise en scène des successives
révélations qui auraient amené par étapes le jeune Maurras à la plénitude du
sens de sa vie. Elles sont ses « leçons de ténèbres ». On parlera de
reconstruction a posteriori, on évoquera le modèle hagiographique classique,
dont toute l’économie est fondée sur le passage de la vie cachée à la vie
publique à travers épreuves et dévoilement des fins dernières
[4]. Cette logique hagiographique
est forte et il est bien difficile d’y échapper lorsque l’on reprend son
matériau. Mais s’interdira-t-on pour autant de recourir à ce type de récits
afin de raconter la jeunesse et l’adolescence de l’homme dont on veut écrire la
biographie ? On pourra alors tourner la difficulté, en se servant de ces
anecdotes pour inscrire les premières années de Ch. Maurras dans leur milieu
originel : une petite bourgeoisie provençale et portuaire, fortement cléricale
mais proche des croyances populaires à moitié païennes, tout un monde
d’érudition scolaire et de rhétorique classique qui en tire ses charges
publiques. Martigues est à mi-chemin du « Midi rouge » de la côte et de la «
Vendée provençale » autour de Maillane, patrie de Frédéric Mistral.
Reconstruisant ce monde, on opère une réduction paradigmatique d’événements
singuliers, on n’en retient que leur aspect représentatif : ainsi, l’échec de
Ch. Maurras au baccalauréat de philosophie, pour cause de thomisme débridé, se
réduit à un simple épisode de la lutte scolaire de la philosophie républicaine
officielle contre la pensée ecclésiastique, dont il devient un des héros
anonymes
[5]. Et les
expériences mystiques au fondement même de son évolution spirituelle et
intellectuelle, expériences souvent liées à des cérémonies et des retraites
religieuses, ressortissent à la spiritualité habituelle de la bourgeoisie
catholique provinciale et sont des passages obligés de tous les récits de
conversion qui se multiplient alors dans les milieux littéraires
[6]. Classiquement la crise de
l’adolescence clôt une enfance pieuse durant laquelle la mère a joué un rôle
primordial dans le développement de la foi de l’enfant. Réduire la singularité
de chaque épisode permet ainsi d’échapper à l’anecdotique et de retrouver les «
architectures logiques » d’événements imprévisibles et en apparence
arbitraires
[7], mais cela
entraîne un redoutable appauvrissement biographique, par la négligence de ce
qui donne sens à tous ces épisodes : leur combinaison unique.
Tout le problème va donc être de reconstituer cette combinaison
en échappant à la logique reconstructrice mise en œuvre par Ch. Maurras
lui-même dans les récits de son enfance. Quand Pierre Boutang et Victor Nguyen,
dans les années quatre-vingts, ont tenté d’écrire des biographies scientifiques
de celui qui fut, peu ou prou, leur maître
[8], ils recomposèrent la succession canonique des
épisodes de sa vie, en recréant leur cohérence chronologique à partir d’un
substrat bibliographique complètement éclaté, comme en témoigne l’appareil
critique de chacun de leurs chapitres. Chaque épisode est rapporté à sa place
événementielle – quand cela s’est-il passé ? – au mépris de son inscription
discursive – quand cela est-il raconté ? Pour chacun de ses chapitres, V.
Nguyen cite en notes d’un côté quelques archives publiques et d’abondantes
correspondances privées et d’autre part – et surtout – les livres de Ch.
Maurras lui-même, dans lesquels il pêche son matériau biographique. Pour le
premier chapitre, sur son enfance et ses débuts parisiens, il utilise dix-sept
de ses œuvres, échelonnées de 1895 à 1954, avec deux temps forts, les années
1925-1930 et 1950. C’est-à-dire les deux temps forts de sa construction
autobiographique, qui répondent à des enjeux propres à ces années-là, ceux de
sa progressive académisation et des polémiques auxquelles il fut alors
confronté
[9]. Ce procédé
n’est pas gênant dans le cas d’un hagiographe déclaré qui récuse toute distance
envers son héros. Mais il pose un problème à l’écriture biographique en tant
que telle. Parce qu’il y a une logique forte dans la succession événementielle
des épisodes biographiques, nous l’avons dit. Et aussi parce qu’il met au même
niveau des textes d’origines, de dates et de statuts fort différents
[10]. Ce lissage
bibliographique est un des principaux biais de l’écriture biographique,
d’autant plus dangereux qu’il est implicite. Peut-on arriver à donner aux
pièces de ce puzzle biographique leur statut respectif qui permettrait de ne
pas les traiter toutes au même niveau d’interprétation, et donc substituer au
récit biographique positif celui de la construction autobiographique elle-même
?
Cette construction a une double dimension : d’abord la
dispersion dans son œuvre de récits sur sa jeunesse, en forme d’apologues,
courts récits tout orientés vers leur « morale » ; ensuite une stratégie
éditoriale du dévoilement de drames intimes, comme la perte de la foi, des
pulsions suicidaires ou une déception amoureuse, nécessaire à la construction
de sa propre image. Ces deux dimensions s’entremêlent au gré de ses enjeux
biographiques successifs.
Le recours autobiographique dans les processus de
stigmatisation
Ch. Maurras n’a jamais écrit ses mémoires, il a tout juste
donné son
imprimatur à certaines
hagiographies
[11]. Au
fil de ses quelque deux cents ouvrages, publiés sur une soixantaine
d’années
[12], au gré
de son propos et des situations auxquelles il s’affrontait, il a distillé ses
souvenirs. Ce n’est pas n’importe quand, ni sous n’importe quelle forme, ni
chez n’importe quel éditeur qu’il s’est ainsi livré, mais selon une très
précise stratégie de « contrôle de l’information sur soi », telle qu’Erving
Goffman l’a définie à propos des stigmates et de leur maîtrise sociale
[13].
Je ne veux pas parler de sa surdité : stigmate réel et
incontournable, il en fit un atout moral à partir du moment où il l’accepta,
ainsi qu’il est raconté dans la troisième nuit
[14], et la transforma en signe de sainteté
et de détachement du monde
[15]. Même si elle a pu lui être parfois opposée dans les
polémiques – qu’on se rappelle le mot d’André Gide : « Maurras est sourd comme
l’Angleterre est une île
[16]» – elle ne lui posa pas de problème de dissimulation
ou de révélation, si ce n’est la pudeur de parler de ses propres épreuves. Non,
les stigmates dont il va être question ici sont moins substantiels que
relationnels, au sens qu’ils sont construits socialement et évoluent avec le
temps et selon les milieux
[17]. Il s’agit de l’écart insupportable entre l’identité
d’un individu et les attentes que sa position fait naître. Et cela d’un double
point de vue, personnel et social :
- de 1886 à 1952, après son enfance provençale, Ch. Maurras
passe de la bohème littéraire et anarchisante du Paris fin de siècle aux
prisons de la Libération et à l’infamie nationale, stigmate absolu s’il en est
; entre temps, il aura été, tour à tour, polémiste violent né dans l’Affaire
Dreyfus, penseur politique majeur de la réaction, chantre de l’Union sacrée
durant la Grande Guerre, écrivain mis à l’Index par le pape dans les années
vingt, notable en voie d’académisation dans les années trente et soutien
inconditionnel de la Révolution nationale sous Vichy. Chaque étape lui a posé
un problème par rapport aux précédentes, son passé devait être acceptable
vis-à-vis de son présent, ce qui nécessita parfois des acrobaties
biographiques. C’est cette succession du passé qu’E. Goffman appelle «
l’identité personnelle » de l’individu, par opposition à son « identité sociale
» ;
- cette « identité sociale » concerne, non le passé de
l’individu, mais la position qu’il occupe à un moment donné ; il sera cette
fois question de cohérence entre les diverses postures qu’il va adopter dans
les différents milieux qu’il fréquente, et là aussi Ch. Maurras est un beau cas
d’école par la multiplicité de ses propres champs d’action simultanés, comme,
d’ailleurs, le bref résumé de sa vie le laissait supposer : homme de lettres,
c’est sa première identité, dans tous les sens du terme, et, en tant que tel,
il doit répondre aux exigences de style et de ton que le champ littéraire
impose à ceux qui veulent y être reconnus ; défenseur de l’Église et du
catholicisme intégral, ce sont alors des impératifs moraux et spirituels qu’il
doit respecter en se soumettant au magistère ecclésial ; fondateur d’une
doctrine, le nationalisme intégral, et d’un mouvement politique, l’Action
française, foin de toutes ces subtilités, il s’agit désormais pour lui de
rompre en visière aux ennemis politiques et aux étrangers. Quelles informations
de l’un de ces champs d’action vont pouvoir transpirer dans les autres, sans
mettre en danger sa position ?
Enfin, tous ces enjeux sont, par essence, glissants, car ils
sont partagés par les interlocuteurs de Ch. Maurras dans les champs
littéraires, religieux et politiques qu’il traverse. Et c’est ainsi que les
mêmes contradictions peuvent être gérées différemment au fil des temps. Les
stigmates, tels qu’il les apprécie et tels qu’ils sont définis par ses
interlocuteurs, vont varier et donner ainsi lieu à des stratégies de
dévoilement ou d’aveu selon les données du moment. De l’analyse de ces
variations, nous pouvons tirer des enseignements sur l’évolution de son
ambition et de sa carrière. Finalement c’est un autre récit de sa vie qui
s’ébauche, fondé cette fois sur l’apparition des récits biographiques et non
sur le déroulement linéaire de sa vie.
« On peut donc considérer un individu comme le point central
d’une distribution de personnes qui, ou bien savent quelque chose de lui, ou
bien le connaissent personnellement
[18]. » Ainsi, l’analyse biographique se déplace des
données tangibles de l’individu « réel » et des configurations sociales tout
aussi « réelles » qu’il traverse, vers le processus d’élaboration du matériau
biographique lui-même. La prolifération autobiographique qui parcourt l’œuvre
maurrassien est le moyen pour lui de maîtriser l’information sur son passé et
sur ses différents champs d’action simultanés, dans une double exigence de
sauvegarde de l’unicité biographique et de la multiplicité de ses inscriptions.
Effort contrecarré par ses interlocuteurs qui le forcent alors à se raconter.
Ce qui doit conduire à écrire la biographie de Ch. Maurras en rapportant les
belles histoires de sa jeunesse non seulement à l’époque où elles sont censées
s’être déroulées, mais surtout au moment et dans les conditions précises de
leur énonciation. Les
Quatre nuits de
Provence nous parlent beaucoup plus de ses combats à la suite de la
condamnation vaticane que de son enfance. Mais elles ne sont pas les seules
traces autobiographiques qu’il aura laissées derrière lui durant les quelques
années cruciales pour son image publique qui séparent la Victoire de 1918 de la
condamnation de 1926 et de ses retombées.
L’enfance en appel dans le procès en littérature intenté à Ch.
Maurras
La publication des
Quatre
nuits suit d’assez près celle d’un autre texte autobiographique
centré sur son enfance, la longue préface à
La
musique intérieure, son premier recueil de poésies
[19]. Il y raconte sa lente
initiation à la poésie, depuis les chants populaires et religieux qui le
bercèrent et ses premiers engouements de collégien pour toutes les poésies en
faveur alors, y compris bien sûr celles de F. Mistral et des félibres, jusqu’à
ses premiers pas de versificateur.
Photo
2
1895, le poète de La
musique intérieure. Dessin d’Henri d’Abadie
(1895). © D. R.
Le premier acte, « le secret », décrit sa pudeur de petit
garçon à laisser deviner le trouble que lui procure tout chant :
« Le langage parlé m’avait plu en raison de tous ses
parce que suspendus à tous ses
pourquoi : qu’il me rendait bavard !
Au contraire, le chant, l’humble chant naturel, celui qui ne jaillit que pour
faire naître son inexplicable mélange d’ébriété fugace et d’équilibre
satisfait, le chant, par le mystère de sa douceur peut-être, me tenait farouche
et muet. […] Je gardai l’habitude d’éviter de chanter, de me plaire follement à
toute chanson et de n’en rien laisser percer [20]. »
Voilà pour expliquer la discrétion de sa muse, complètement
éclipsée par le théoricien et le polémiste.
« L’initiation » fit passer un Maurras, alors âgé de sept ans,
de Casimir Delavigne à Alphonse de Lamartine, de Jean de La Fontaine à Jean
Racine.
Athalie, qu’il découvrit lors
de son entrée au collège d’Aix en 1876, lui fut la révélation de la « poésie
parfaite », qui « affranchit du trouble qu’elle a créé
[21] » et le libère de ses scrupules
lyriques. Mais « l’erreur de la jeunesse le guettait », une passion dévorante
pour les romantiques, au premier chef Alfred de Musset, puis pour les
parnassiens et Charles Baudelaire, qui l’amenèrent à rimer lui-même sur tout et
rien, suivant le « Codex symboliste à mixture baudelairienne »
[22]. Il met fin à cette
logorrhée rimée par l’autodafé des milliers de vers de sa
Théocléa, long poème tout frotté
d’ésotérisme.
« Je m’adonnais avec passion à la critique littéraire. En
exerçant sur moi les premières rigueurs, j’obtenais une singulière liberté
d’esprit pour aller jusqu’au bout de mes opinions sur autrui [23]. »
C’est ainsi qu’est théâtralisée sa conversion au journalisme
littéraire. Comme tant de ses frères en bohème, avec l’âge, il lui fallut faire
des travaux alimentaires du journalisme sa réelle raison de vivre et rabattre
de ses ambitions premières.
Père et mère, la servante Sophie, l’aimable petit peuple
martégal, les braves abbés du collège catholique d’Aix, tout ce monde que nous
avons vu peupler les
Quatre nuits se
retrouve ici pour dresser le décor d’une enfance enchantée et d’une adolescence
déchirée. Ces textes sont comme deux chapitres d’un même livre, écrits à peu
d’intervalle puisque l’essentiel des
Nuits fut rédigé en 1927
[24]. Et pourtant, l’histoire n’est pas la
même. Les drames spirituels apaisés dans la découverte des lois immuables de la
Nature et de la Cité ont succédé à la passion poétique, celle du chant et de
l’amour, qui se résout elle aussi dans la poésie civique, où le polémiste
trouvera toujours un refuge à la violence des combats quotidiens. Le politique
campe sur ses positions, s’avoue comme tel, parade de toutes ses certitudes,
mais cherche dans les deux cas à révéler une autre facette de lui-même. Ce qui
fait la différence, c’est, entre-temps, la fulmination vaticane qui lui posa un
redoutable problème de gestion de l’information sur son passé.
Après la guerre, Ch. Maurras a besoin de rappeler son passé de
poète et d’écrivain de cénacle pour tempérer l’image de doctrinaire politique
qui commence à l’enfermer. Il est menacé à l’intérieur du champ littéraire par
l’engagement de sa plume dans les combats politiques et religieux depuis 1898,
tendance accentuée durant la guerre, au service de l’Union sacrée, à l’instar
d’un Barrès. Ses livres se réduisent alors à de simples collages d’articles,
publiés à la Nouvelle Librairie nationale (NLN), maison d’édition de l’Action
française. Ces ouvrages sont composés dans l’urgence journalistique, sans que
soit respecté le critère littéraire qui veut que l’esthétique prime sur
l’utilitaire. Pour se sortir de cette impasse, il suit deux voies.
D’abord, réaffirmer sa place dans le mouvement des lettres
contemporain en défendant la nécessité pour les écrivains de continuer à
engager leur plume au service des valeurs nationales, et c’est le lancement par
ses épigones, Jacques Bainville et Henri Massis, du « Manifeste pour un parti
de l’Intelligence ». Cette initiative a assez de succès pour forcer la
Nouvelle Revue française à réagir :
certains en son sein seraient assez favorables aux thèses des maurrassiens,
comme Albert Thibaudet, et Jacques Rivière, son directeur, doit mettre
clairement les choses au point dans la revue pour refuser de les suivre
[25]. C’est qu’alors de
nouvelles avant-gardes se sont levées qui intéressent beaucoup plus la
Nouvelle Revue française et A. Gide
que les vieux néoclassiques pour conforter leur propre position d’avant-garde
consacrée. Il s’agit des surréalistes, qui font de Ch. Maurras, avec Anatole
France et Maurice Barrès, leur principale tête de turc. Or A. France et M.
Barrès disparaissent presque en même temps, en 1923 et 1924, peu après Marcel
Proust, c’est-à-dire que Ch. Maurras perd ses plus importants interlocuteurs
littéraires, ceux dont la reconnaissance valait passeport pour la république
des lettres.
Rappeler ensuite son ancienne et importante place dans le monde
des lettres. Si Benjamin Péret lui envoie un de ses livres dédicacé « avec tout
[son] mépris », M. Proust, en 1921, lui écrit pour lui rappeler leurs anciennes
relations et son admiration pour son premier livre,
Le Chemin de Paradis
[26], ce qui permet à Ch.
Maurras d’intituler sa chronique suivante dans
L’Action française, « À la recherche du temps
perdu ». M. Proust l’en remercie : « Vous m’avez répondu en poète
[27]. » Ce n’est pas qu’un jeu
de mots pour Ch. Maurras, alors à la recherche du temps perdu de sa gloire
littéraire, celui de ce premier livre, republié avec toutes les dédicaces qui
rappellent sa propre inscription dans les lettres de ce temps-là. Mais il doit
aussi se justifier, dans une longue préface, de l’élitisme de cette prose et du
petit nombre de ses lecteurs, qui ne cadrent pas avec sa conversion depuis lors
à l’engagement civique du poète. Il a, par ailleurs, formellement interdit que
dans les recueils de son œuvre qui commencent de fleurir, préludes au
monumental
Dictionnaire politique et
critique
[28], soient recueillis ses écrits antérieurs à 1893,
c’est-à-dire ceux de sa période d’anarchisme spirituel et esthétique qu’il
désavoue au nom de sa conversion à la défense des valeurs d’ordre.
Ainsi, parallèlement à la condamnation de ses errements
poétiques de jeunesse, il les met en valeur en convoquant à leur chevet les
grands noms de la critique de son temps : « Telle fut tout d’abord
l’insensibilité mallarméenne de mon cœur à tout ce qui n’était point la poésie
pure. Henri Ghéon en sera triste, Albert Thibaudet réjoui
[29]. » Les allusions à Stéphane Mallarmé et
à la « poésie pure » ne sont pas là par hasard. Elles font écho à la polémique
littéraire sur cette question, lancée dans les années vingt par l’abbé Henri
Brémond, vieille connaissance de Ch. Maurras depuis leur enfance commune à Aix
où ils furent condisciples, depuis aussi leurs premières armes parisiennes,
quand l’abbé Jean-Baptiste Penon, son maître et confesseur, les mettait en
rapport tous les deux pour tenter de ramener Ch. Maurras à la foi. L’élection à
l’académie d’H. Brémond en 1923, l’année même où il échouait, n’avait pas
arrangé les mauvaises relations que les deux hommes entretenaient. La « poésie
parfaite » évoquée à propos de J. Racine est un écho de cette querelle de la
poésie pure
[30]. Et
lorsqu’il évoque sa lecture faussée de la théorie aristotélicienne de la
contemplation : « Ce faux Aristote me conduisit droit au Bouddha à peu près
comme y sont conduits de nouveau les Allemands […] J’ai encore en mémoire les
vieux péchés rimés qui enveloppaient la
théoria d’Aristote d’une espèce de châle
hindou
[31] », comment
ne pas y voir une prise de parole directe dans une autre querelle
intellectuelle des années vingt, celle de la décadence de l’Occident et de la
vogue de l’orientalisme inspiré du mysticisme oriental diffusé par certains
écrivains allemands
[32] ?
Ch. Maurras, par ces allusions, se sert bien de ses aventures
littéraires de jeunesse pour réaffirmer son appartenance aux avant-gardes et au
mouvement vivant des lettres. Il avait connu toutes les tentations de la
jeunesse révolutionnaire, ce n’était pas à lui que les avant-gardistes devaient
en conter, il avait su discipliner ses erreurs. Il se fait plus précis dans un
texte publié la même année que La
musique : Barbarie et
poésie. Dans sa préface en forme de dialogue, il met en scène un
jeune homme qui s’étonne d’apprendre que Ch. Maurras avait eu une jeunesse
contestataire :
« Alors, votre jeunesse a été insurgée ! Alors vous avez fait
la révolution contre nos grands-pères ! – Je n’ai pas l’intention de cacher que
ces usurpateurs florissants n’ont pas été ménagés par notre jeunesse : ce fut
précisément par de telles révoltes que nous nous montrâmes fidèles à la
tradition légitime [33]. »
Un dernier détail autobiographique dans
La musique a une importance certaine
pour Ch. Maurras : son amour malheureux pour une certaine « Psyché », à qui la
première partie du recueil, « Prime », est consacrée, et aussi sa conclusion,
formée d’un quatrain mystérieux :
Optumo sive
pessumo
[34]. Seuls ses anciens lecteurs peuvent se rappeler que
ces vers, en latin, se trouvaient déjà dans
Anthinéa
[35] et surtout en tête de
L’enquête sur la monarchie
[36]. Ils peuvent aussi se souvenir qu’ils
avaient donné lieu à une querelle de traduction, certains ennemis de Ch.
Maurras s’en étant emparé pour le discréditer auprès du Vatican pour cause de
manichéisme. Il avait dû alors se justifier en donnant lui-même la traduction
et la clef de ces vers : ils étaient dédiés à la mystérieuse égérie qui, aux
alentours des années 1890, bouleversa sa vie.
« L’hérésie dénoncée est un simple madrigal un peu triste,
adressé à un être qui a tenu dans ma vie une place immense, dont j’eus
immensément à me plaindre et à me louer et dont j’ai tenu à inscrire le
souvenir sur la plus intime des pages d’Anthinéa et aussi sur le monument capital de ma
vie et de ma pensée [37]. »
Épisode biographique tout personnel, mais d’un usage public.
C’est en tête de son œuvre politique emblématique qu’il place cette allusion à
celle qui semble être la nièce de Gustave Janicot, directeur de
La Gazette de France, journal
monarchiste auquel il collaborait, pour lequel il avait couvert les premiers
jeux olympiques d’Athènes en 1896, dont il tira certaines pages d’Anthinéa, et qui avait édité les premières
brochures de son Enquête sur la
Monarchie. Transcription sentimentale d’un épisode de ses orageuses
relations avec cette publication du royalisme traditionaliste, que la
concurrence de L’Action française
finira par contraindre à la disparition, l’épisode ressortit aussi aux
pratiques classiques de la bohème fin de siècle, qui fait de l’inspiration de
telles égéries l’un des moteurs de la création. Ainsi, cet épisode est-il lui
aussi porteur de sens multiples et sa résurgence en 1925 répond à tous ces sens
et permet, par ailleurs, à Ch. Maurras de rappeler à l’Église le véritable sens
du quatrain en en donnant cette foi-ci la traduction française :
« Essence pire que le Pire/Et meilleure que le
Meilleur/Quelle est la langue qui peut dire/Les deux abîmes de ton cœur !/Mais
à ce double sanctuaire,/Déesse ou Monstre, ô seul esprit/De mon ombre et de ma
lumière/L’unique hommage soit inscrit. »
L’homme qui vient d’être condamné à la prison pour les excès de
sa plume envers le ministre de l’Intérieur, Abraham Schrameck, est celui qui
publie un tel recueil de poésies. Le grand écart est périlleux entre les
violences antisémites de ses éditoriaux et ses récits de jeunesse qui ne
laissent aucune place à ces débordements idéologiques. Ses combats politiques
le portent alors sur le devant de la scène, avec l’occupation de la Ruhr, puis
la victoire du cartel des gauches et enfin l’assassinat du chef des camelots du
roi, Marius Plateau, par une anarchiste, Germaine Berton. Pour combattre la
réduction de son identité sociale à ses seuls aspects politiques et sa possible
invalidation littéraire, il met en avant son passé de poète et de bohème. Toute
sa campagne académique est placée sous ce signe : Inscriptions, en 1921,
Le mystère d’Ulysse et
La bataille de la Marne, ode
patriotique en 1923, sans compter ses Pages littéraires choisies, tous repris dans
La musique intérieure, sont
accompagnés de la publication d’un ouvrage de poétique :
Ironie et poésie en 1923, et
d’Une heure avec Charles Maurras de
Frédéric Lefèvre, entretien consacré à la poésie.
Aucun de ces livres n’est publié à la NLN. Ce qui lui permet de
jouer ainsi avec ses propres contradictions, c’est le recours à différents
éditeurs pour ses différentes sortes de discours. Dès avant sa rupture avec
Georges Valois, le directeur de la NLN, il se met à publier chez des éditeurs
grand public, comme Grasset ou Plon
[38], en attendant que Flammarion ne se charge
définitivement de son œuvre. Il est même édité, pour de courts textes, par les
maisons les plus valorisées dans le monde des lettres, comme Gallimard ou
Stock
[39]. Il est en
phase de respectabilisation éditoriale et la diffusion par une maison aussi
marquée – pour ne pas dire stigmatisée – politiquement que la NLN ne lui
convient plus. Il est longuement sollicité par Bernard Grasset et Daniel
Halévy, directeur des « Cahiers verts », à qui il finit par donner sa
Musique intérieure
[40]. L’argument que B.
Grasset lui fait valoir, pour le convaincre, de lui donner ses livres, et que
celui-ci reprend à son compte dans sa correspondance avec G. Valois, est la
capacité de diffusion d’un éditeur grand public sans commune mesure vis-à-vis
de celle de la NLN
[41]. Surtout, les « Cahiers verts » sont un vrai succès
éditorial, qui permet à leurs auteurs de jouer sur les deux tableaux du succès
commercial et de la réputation auprès des cénacles littéraires et de prétendre
à incarner la littérature moderne
[42]. Il s’agit bien d’une normalisation éditoriale, qui
impose à Ch. Maurras un aménagement de sa posture dans le monde des lettres, et
donc un travail sur son propre passé. Mais en réveillant sa muse, il a libéré
en même temps un démon, celui de l’anarchiste blasphémateur.
La condamnation vaticane : un jugement sans appel ?
Cinq ans plus tard, il publie un texte bien différent sur son
enfance et son adolescence, celui des
Quatre
nuits de Provence. Désormais, l’urgence est le combat sur le front
religieux. Bien entendu, en 1925 déjà ce souci le travaillait, les premières
alertes avaient eu lieu du côté du Vatican
[43]. Ainsi, la thématique spirituelle d’une crise de la
foi parcourait-elle déjà
La musique.
Ch. Maurras y avait évoqué sa dévotion pour Lucrèce et le pessimisme chrétien,
en insistant sur le fait qu’il avait découvert cet auteur grâce à l’abbé J.-B.
Penon et son goût plus mêlé pour Blaise Pascal. Les
Quatre nuits amplifient le thème et ce
pessimisme est mis en scène dans l’épisode du naufrage : ce n’est pas le souci
de sa propre vie qui le fait chercher à s’en sortir, mais celui du salut de ses
jeunes compagnons, il aurait aisément fait le sacrifice de la sienne. Une
enfance dans le sein de l’Église, une crise morale et spirituelle qui tue la
foi, un dépassement de cette crise par la connaissance et par la contemplation
de la nature, Ch. Maurras est effectivement hors de l’Église désormais, mais
comme tant d’autres qui ne sont pas condamnés. Il fait partie de ces bataillons
d’intellectuels agnostiques qu’elle cherche à convertir. D’autant qu’il s’est
présenté en défenseur temporel du catholicisme, faisant taire ses scrupules
religieux.
Mais, à partir de décembre 1926, l’Église lui interdit toute
possibilité de jouer sur les deux tableaux. Elle fait voler en éclats toutes
ses savantes stratégies de ménagement de l’information selon ses publics et
selon les époques de sa propre vie. La condamnation du Vatican porte, non
seulement sur
L’Action française, mais
surtout sur les principaux et plus anciens ouvrages de Ch. Maurras :
Le chemin de Paradis (1895),
Trois idées politiques (1898),
Anthinéa (1901),
Les Amants de Venise (1902),
L’avenir de l’intelligence (1905),
plus deux livres de doctrine politique des années 1910. Cela est grave pour
lui, car l’Église touche aux ouvrages qui ont fait et continuent alors de faire
sa réputation littéraire, même si une telle auréole sulfureuse n’est pas
négligeable dans la république des lettres
[44]. Ch. Maurras ne peut comprendre qu’on s’attaque à
des livres que peu de ses partisans auraient lus, et qui donc, n’auraient
aucune influence pernicieuse sur ses troupes ; livres, de plus, qui dateraient
d’une époque révolue, difficiles par conséquent à juger a posteriori ; enfin,
ce serait négliger l’effort qu’il a déployé depuis lors pour ne plus rien
écrire de répréhensible pour l’Église : « Je me suis contraint pendant
vingt-cinq ans, en vue d’une action que je n’avais pas ambitionnée, à exclure
de mon langage oral ou écrit les doutes, les rechutes, au besoin les angoisses
qui se rapportent à l’ordre philosophique et religieux. J’ai réglé tout cela
dans le tête-à-tête solitaire de ma conscience et de ma pensée. À peine en
trouvez-vous l 19;écho affaibli et discret dans quelques-uns de mes vers »,
écrit-il au père Paul Doncœur, un des hommes chargés par le pape de l’offensive
antimaurrassienne
[45].
En rappelant à l’attention des fidèles ses premiers livres, mis
à l’Index, l’Église met le Maurras de l’entre-deux guerres en face de son
propre passé, elle le stigmatise. Ce que ses ennemis vont pouvoir utiliser, sur
le mode de la dénonciation, comme G. Valois, à la suite de leur rupture. Il
fait paraître dans le
Bulletin
bibliographique un encart pour « tous ses clients catholiques » : si
la NLN reste, malgré elle, l’éditeur de Ch. Maurras, elle leur rappelle que la
mise à l’index de ses œuvres les oblige à avoir une autorisation de leur évêque
pour pouvoir les lire. « Le caractère brutal et insolite de cette manifestation
d’un éditeur contre l’auteur qu’il édite la rend plus dommageable encore.
Maurras paraît donc incontestablement fondé à actionner Valois en
dommages-intérêts
[46].
»
Photo
3
1925, le doctrinaire du
nationalisme intégral. Cliché Fred Boissonnas. © D. R.
L’histoire éditoriale de son premier livre,
Le chemin de paradis, est exemplaire
de la tactique maurrassienne de contrôle de l’information (voir encadré 1). Dès
avant sa mise à l’Index, en 1921, Ch. Maurras l’avait fait republier, afin de
rappeler au monde des lettres son passé littéraire le plus prestigieux et le
plus pur, comme nous l’avons vu. Mais il l’avait expurgé de ses passages les
plus scandaleux où il était question, par exemple, du « venin du
Magnificat » : « Ce fut un des
honneurs philosophiques de l’Église […] d’avoir mis aux versets du
Magnificat une musique qui en atténue
le venin » ; et surtout du conte « La Bonne Mort ». Ce conte, paru en 1892 dans
La Cocarde et repris dans
Le chemin de Paradis, avait une
connotation autobiographique évidente. C’était une mise en scène du suicide et
une défense de la volupté comme principe de vie. « Votre héros veut se sauver !
Et il veut jouir ! », lui aurait dit Ferdinand Brunetière en refusant de
publier son texte dans la bien pensante
Revue des
Deux Mondes. Or, sur quelques papiers personnels des années 1890,
conservés par ses héritiers, il évoquait ses propres pulsions suicidaires,
conclusion non seulement à des déboires sentimentaux, mais plus encore à sa
période de bohème anarchique
[47].
« Ce n’est pas le libertinage de l’imagination qui a suscité,
stimulé, éperonné le libertinage de l’esprit et de la raison ; c’est, au
contraire, celui-ci qui a libéré l’imagination et les sens [48]. »
Ce qui ne correspondait, encore une fois, ni à l’image que le
défenseur de l’ordre va vouloir bientôt donner de lui, ni aux attentes d’une
Église qui espérait son retour à la foi pour en faire un écrivain de la
renaissance catholique. Aussi, lorsque le recueil de ses contes fut réédité, en
supprima-t-il celui-là en particulier, satisfaisant ainsi au désir de sa mère,
pure incarnation de l’Église
[49]. Par cette autocensure, il tentait bien de
débarrasser son passé, son « identité personnelle » d’un véritable
stigmate.
Mais parallèlement, du côté de son « identité sociale », il va
aussi jouer des différents publics pour maintenir malgré tout les passages
censurés, jouant de l’hétérogénéité des lectorats. Alors qu’il vient de
ressortir, en juin 1926, le conte scandaleux en édition de luxe réservée à un
petit nombre de lecteurs avertis
[50] : « La voici telle quelle, pour le public étroit de
cinq à six mille personnes qui sont capables de la connaître sans en souffrir
», il autorise, en mars 1927, une publication encore plus réduite et luxueuse
du reste du recueil, avec, de plus, cette note pour souligner la censure qu’il
s’est imposée de lui-même :
« Là florissait, Septième du Livre, ce conte de la Bonne
Mort, le plus vieux du recueil, le moins bien partagé aussi, car depuis 17 ans
que j’ai perdu mon ami Frédéric Amouretti [51], cette petite histoire n’a été comprise d’aucun de
mes amis que je sache. Et moi qui l’avais crue capable d’émouvoir la réflexion,
peut-être le rêve, je n’y entends presque plus rien. »
Schéma éditorial du
Chemin de Paradis
Si, dans la précédente édition, la suppression était restée
discrète, Ch. Maurras met cette fois en scène sa soumission aux impératifs
éthiques. Cependant, il refuse de se prononcer sur la moralité de son écrit en
lui-même et sur sa responsabilité d’écrivain envers le public de façon
générale, il ramène d’abord la question à celle du choix de son public, ici
quelques amateurs éclairés, qui seul permet d’écrire et d’être compris, selon
la position qu’il avait déjà définie en 1889 lors de la querelle du
Disciple de Paul Bourget
[52]. L’éventail est complété
par une autre édition illustrée d’extraits du recueil, les
Contes philosophiques. Nous assistons
au détail d’une stratégie de ménagement des cercles de lecteurs, nécessaire à
la volonté de maîtriser la dispersion de ses détails biographiques ; il s’agit
d’échapper au stigmate de l’amoralisme du côté de l’Église et à celui de
moralisme bigot du côté de ses pairs en littérature.
Mais cette stratégie est mise en échec, quand Flammarion, en
novembre 1927, sans rien lui en dire et sans plus de précautions, décide de
publier le recueil dans tout l’éventail des styles d’édition : ordinaire («
Collection bleue », in-18 à 12 F), populaire à bon marché (« Select Collection
», in-8° à 1F,75), bibliophilique (« Le signet d’or », in-16 à 110 F). Le
Vatican ne peut prendre que pour une provocation cette véritable explosion
éditoriale
[53]. Ch.
Maurras refuse que
L’Action française
en fasse la moindre publicité, pour ne pas aggraver l’impair, mais demande
malgré tout que les autres journaux soient sollicités pour le lancement
:
« Car je ne renie nullement mon ouvrage. Je l’estime utile
pour une vaste catégorie de lecteurs français. Mais au point de vue particulier
de l’Action française, le lancement à cette heure précise en était inutile, et
même nuisible. »
Et il insiste sur ce qui fait à ses yeux le scandale de cette
provocation :
« Mais il y a une chose que je ne peux admettre : c’est que
mes mouvements politiques puissent être gênés par des
à-côtés de librairie. Cela, c’est
l’inadmissible, l’insupportable, l’insensé [54]. »
Jeu sur son propre passé, jeu sur ses différents champs
d’action, il tente de tout tenir ensemble, mais avec moins de succès désormais.
Ce qui est bien entendu euphémisé dans cette histoire, c’est l’aspect
financier, vital pour lui comme pour tout homme de lettres : en quelques mois,
ces différentes éditions du
Chemin lui
rapportent environ 30 000 F, sur un total de droits d’auteurs chez Flammarion
d’environ 50 000
[55].
On comprend qu’il ne « renie » pas son livre.
Dans ces années de l’immédiat après-guerre, Ch. Maurras doit
résoudre la contradiction entre ses positions conservatrices et avant-gardistes
de façon à sauvegarder tous les capitaux symboliques qu’il avait jusque-là pu
engranger, tout en donnant un minimum de gages à l’Église. Seul des autres
livres condamnés,
Anthinéa connaît une
destinée semblable
[56]. À partir de 1919, un passage sur un buste
ressemblant au Christ, « Nazaréen par qui tout l’ancien s’écroula
[57] », disparaît du texte.
Seulement, à la différence du
Chemin de
paradis, quand Flammarion décide en 1926 de le ressortir, au moment
où l’archevêque de Bordeaux lançait l’offensive qui allait mener à la
condamnation, l’éditeur le fait en accord avec Ch. Maurras qui reprend son
texte « feuille à feuille, et l’excès même de scrupule venait au secours du bon
droit et de la bonne foi
[58] ». Aucun des autres livres ne connaît un tel sort
éditorial, aucun n’avait le même impact autobiographique ni, donc, le même
enjeu personnel.
Les nuits sont, en
quelque sorte, une réponse au scandale de cette apologie du suicide et, de
façon plus générale, à tous les thèmes païens que
Le chemin de paradis continue de répandre,
malgré ses précautions éditoriales. En mettant en scène le drame de la perte de
sa foi et les efforts qu’il a déployés pour combattre son pessimisme
suicidaire, il fait l’amende la plus honorable qu’il puisse. Comme Ch. Maurras,
qui y avait consacré la moitié de son livre, Jacques Prévotat, au début de sa
monumentale étude des condamnations vaticanes, a insisté sur la nuit du
Tholonet de 1885 dans l’évolution spirituelle du maître de l’Action
française
[59],
confirmant bien l’importance de ce texte par-delà son inscription anecdotique.
Mais en la rapportant aux années de sa jeunesse, en suivant de trop près Ch.
Maurras dans sa propre reconstitution autobiographique, il avoue lui-même la
difficulté à interpréter l’épisode. Cette difficulté vient de ce qu’une partie
de la vérité de cet épisode est à rapporter aux combats contemporains de sa
publication.
Photo
4
1945, procès de Lyon : Charles
Maurras octogénaire se souvient. © D. R.
L’impasse autobiographique de Ch. Maurras
Une dernière fois, ses souvenirs de jeunesse revinrent en force
dans l’œuvre de Ch. Maurras, quand, dans les prisons de la Libération, il dut
rendre compte à la justice de son attitude pendant l’Occupation. Il rédige
alors un « roman »,
Le Mont de
Saturne. Son récit est tout nourri de ses propres expériences de
bohème, son héros se suicide après une vie de désordres et de déboires
amoureux. L’aspect autobiographique était tellement évident, qu’il s’empressa
de s’en défendre : « On dira […] : Maurras octogénaire n’a rien trouvé de mieux
que de se plaire à évoquer des folies de jeunesse
[60]. » Le récit, encore une fois, nous
renvoie directement à une des crises les plus profondes de sa vie
intérieure.
Et tout est fait pour le réinscrire dans sa grandeur littéraire
passée, comme par manière de nier la réalité de son absolue stigmatisation.
Même les plaidoyers qu’il écrit pour son procès ou pour sa réhabilitation
attaquent d’abord ses concurrents et adversaires en littérature que sont A.
Gide et Paul Claudel
[61]. Pour travailler, il réclame à sa servante : « Le
Petit Dictionnaire Larousse, dont je
me sers, vous devez savoir où il est ; Mon livre,
Le Chemin de Paradis, de même ; De même le
carton qui porte en grosses lettres :
Paul
Bourget […] Puis sur la cheminée, en face, posé à plat, un livre de
moi,
La musique intérieure
[62]. » Au lieu de penser à sa
défense, il semble ne se soucier que de littérature.
La musique intérieure annonce le
nouveau recueil poétique qu’il est en train de préparer,
La Balance intérieure
[63]. L’actualité générale
n’occupe plus guère le polémiste, il se préoccupe d’un livre dont la gestation
remonte à plus de cinquante ans. Le dossier « Bourget » ne doit pas être sans
rapport avec son propre livre, tant la ressemblance est grande entre son propre
récit et
Le Disciple. Pour parfaire la
référence aux temps passés, le livre s’ouvre sur une citation de Paul Verlaine,
sa grande admiration littéraire des années 1880, et est dédicacé à son ami de
collège et d’initiation poétique, René de Saint-Pons.
Pourquoi ce retour de la déception amoureuse et du suicide dans
son œuvre ? Pourquoi à nouveau publie-t-il tant d’œuvres poétiques, quand
l’urgence de son procès et la situation de la Libération battaient le rappel de
sa plume la plus polémique ? De 1945 à 1952, il publie une dizaine de
plaquettes et de recueils de poésies. Il affirme lui-même cette obsession
lyrique :
« Cependant quel ennui que l’on n’ose plus conter en vers !
Il n’y a pas d’autre moyen d’égaler, de temps en temps le drame bourgeois au
rêve du poète. On était bien heureux du temps des Chansons de geste, et je ne
sais quand ces paradis perdus nous seront rendus. »
Ce « temps des Chansons de geste » qu’il dit regretter, c’est
celui de ses débuts littéraires, celui de l’aventure du félibrige et de l’école
romane, et non un mythique Moyen Âge. Mais c’est aussi la référence à une des
thématiques que les écrivains de la Résistance avaient disputées à la
littérature officielle de Vichy et à son ordre moral, dans leur volonté de
préserver la langue nationale par un retour à la poésie médiévale
[64]. Seulement, à la
différence des fois précédentes, sa tentative de garder pied dans le champ
littéraire échoue et c’est chez un obscur éditeur qu’il publie son livre. Comme
en 1925-1930, il utilise les mêmes recours contre une stigmatisation qui lui
est imposée par une autorité supérieure, il cherche dans son passé et dans sa
participation à la république des lettres, un moyen de la contourner. Il tente
encore de maîtriser l’information sur soi mais, désormais, il a affaire à une
trop forte partie.
Il y a donc un récit biographique parallèle à celui qui
suivrait la simple chronologie des événements, s’attachant plutôt à la
chronologie du récit de l’auteur sur lui-même. Cet autre récit biographique a
cette vertu d’échapper à la reconstruction par le héros de sa propre vie. Ainsi
peut-on reconstituer la trajectoire biographique de Ch. Maurras selon ce
schéma. D’abord une période d’élaboration du répertoire biographique en trois
épisodes : l’enfance provençale (1868-1885), la bohème parisienne (1886-1898),
le combat nationaliste (1898-1914). C’est ce répertoire qui va subir des effets
d’occultation au gré des avatars de sa carrière. C’est là que Ch. Maurras va
essayer de maîtriser l’information sur sa vie, en ménageant les différents
cercles de ses connaissances.
Quand le Vatican condamne, en 1926, ses premières œuvres et
frappe en même temps le journal de L’Action
française, il argue du fait que, d’après lui, les lecteurs du
quotidien ne sont pas au fait de ses anciennes publications et des théories
païennes qu’il y défendait alors. Mais le Vatican refuse cette défense. Quand,
entre 1920 et 1924, A. Gide et la Nouvelle Revue
française se détachent de leur fascination pour ses positions
esthétiques et son influence intellectuelle, et que les surréalistes le
renvoient à son rôle d’académicien chien de garde de l’ordre établi, tous
récusent la séparation qu’il mettait entre ses différentes plumes et qu’il
avait cru pouvoir maintenir et son image se réduit à sa seule activité de
polémiste quotidien.
Le tournant des années 1920-1930 est bien le moment où la
gestion des stigmates biographiques de Ch. Maurras se révèle la plus difficile.
D’un côté, celui de la religion, il lui est interdit de taire son passé, il y a
eu révélation du scandale de sa vie antérieure. À l’inverse, du côté de la
littérature, la référence à son passé révolutionnaire est invalidée par les
nouvelles avant-gardes, et c’est entre ses postures contemporaines
contradictoires que le court-circuit est provoqué par ses adversaires.
C’est-à-dire qu’il ne maîtrise plus ni son identité personnelle ni son identité
sociale, selon les termes goffmaniens. Aussi n’est-il pas étonnant de voir que
c’est à ce moment-là qu’il va multiplier les récits autobiographiques et
laisser ses fidèles écrire sa propre hagiographie, tout en remaniant fortement
l’édition de ses œuvres les plus sensibles, afin de rendre à son identité
personnelle son unicité et sa complexité à son identité sociale.
Cette perte de la maîtrise de l’information sur lui-même va
déboucher sur un appauvrissement de son image publique, qui se focalise
essentiellement sur ses aspects politiques tardifs. Toujours pour reprendre les
termes d’E. Goffman, combien qui connaissent le Maurras antisémite et
provichyssois, connaissent aussi le Maurras félibre et poète fin de siècle ? «
Étant donné l’ensemble de ces faits [biographiques], à quel point ceux qui en
connaissent quelques-uns en connaissent-ils beaucoup ?
[65] ». Le processus autobiographique est
bien un perpétuel dialogue entre un individu et les attentes des milieux
sociaux qui l’assiègent de plus ou moins près. Comme nombre de ses confrères en
littérature, Ch. Maurras est confronté aux effets du vieillissement qui
accompagnent sa consécration et l’éloignent du mouvement contemporain des
lettres et qui lui commandent de réécrire le récit de ses origines. Ce récit
est d’autant plus impératif qu’il a fragilisé ses positions littéraires par sa
conversion au combat politique et à la défense religieuse.
Au lieu que d’en rester à la simple notion de manipulation de
son passé par le sujet, il faut concevoir tout son travail sur ce passé comme
un effort pour sauvegarder sa cohérence biographique, à la croisée d’une double
tension, diachronique et synchronique. C’est à cette seule condition que l’on
peut sérieusement écrire sur l’enfance des hommes illustres.
ENCADRÉ 2
Éléments biographiques et œuvres
citées dans l’article
|
1868
: |
Naissance le 20 avril à Martigues. |
|
1882
: |
Surdité en classe de troisième. |
|
1886
: |
Débuts parisiens, premiers articles dans des revues
catholiques. |
|
1888
: |
Entrée à la Société des Félibres de
Paris. |
|
1891
: |
Manifeste de l’École romane avec Jean
Moréas. |
|
1892
: |
Collaboration à la Revue encyclopédique Larousse et à
La Gazette de France. |
|
1895
: |
Le chemin de paradis.
Mythes et fabliaux, Paris, Calmann-Lévy, préface d’Anatole France,
326 + XXXII p. |
|
1898
: |
Trois idées
politiques, Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve, Paris, Champion,
78 p. |
|
1899
: |
Fondation de la Revue
d’Action française. |
|
1900
: |
Début de l’« Enquête sur la Monarchie » à
La Gazette de France. |
|
1901
: |
Anthinéa. D’Athènes à
Florence, Paris, Félix Juven, XII + 338 p. |
|
1902
: |
Les amants de
Venise, Paris, Fontemoing, 274 p. |
|
1905
: |
L’avenir de
l’intelligence, Paris, Fontemoing, 304 p. |
|
1908
: |
L’Action
française devient quotidienne. |
|
1909
: |
L’Enquête sur la
monarchie, Nouvelle Librairie nationale (NLN), 564 + LV
p. |
|
1913
: |
Première condamnation à la prison avec sursis pour
violences. |
|
1915
: |
L’Étang de
Berre, Paris, Champion, XI + 370 p. |
|
1919
: |
Lancement dans Le
Figaro du « Manifeste pour un parti de l’intelligence
». |
|
1922
: |
Pages littéraires
choisies, Paris, Champion, 304 p. ; Romantisme et révolution, NLN, 296
p. |
|
1923
: |
Le Mystère d’Ulysse,
discours, Paris, NRF, 38 p. ; La
bataille de la Marne, Ode patriotique, Paris, Champion, 47 p. ;
Ironie et poésie, Roanne, Au
pigeonnier, 325 p. ; candidature malheureuse à l’Académie
française. |
|
1924
: |
Nouvelle condamnation avec sursis pour
violences. |
|
1925
: |
La musique
intérieure, Paris, Grasset, « Les cahiers verts », 334 p. ;
Barbarie et poésie, NLN et Champion,
377 p. ; enquête sur « les maîtres de la Jeunesse » en Belgique qui consacre
son influence sur la jeunesse catholique ; nouvelle condamnation pour sa lettre
ouverte au ministre de l’Intérieur, Abraham Schrameck. |
|
1926
: |
La bonne
mort, Paris, Éditions de la Chronique des lettres françaises, 53 p.
; en août, lettre du cardinal Andrieu qui lance le processus de condamnation de
L’Action française par le Vatican ;
mise à l’Index en décembre. |
|
1930
: |
Les quatre nuits de
Provence, Paris, Flammarion, 153 p. |
|
1936
: |
Condamnation de Ch. Maurras à la prison
ferme. |
|
1938
: |
Élection le 9 juin à l’Académie
française. |
|
1939
: |
Levée de l’interdit sur
L’Action française par Pie
XII. |
|
1945
: |
Procès de Ch. Maurras, condamnation à la réclusion
à perpétuité et à la dégradation nationale. |
|
1950
: |
Le Mont de
saturne, Paris, Les Quatre Jeudis, 253 p. |
|
1952
: |
La balance
intérieure, Lyon, Lardanchet, 291 p. ; mort le 16
novembre. |
[1]
Charles Maurras,
Quatre nuits de
Provence, Paris, Flammarion, coll. « Les Nuits », 1931, p.
32.
[2]
Ibid., p.
117.
[3]
Ibid., pp. 145 et
152.
[4]
Michel de Certeau,
L’Écriture de
l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, pp. 174-188.
[5]
Jean-Louis Fabiani,
Les
philosophes de la République, Paris, Minuit, 1988, p.
150.
[6]
Frédéric Gugelot,
La conversion
des intellectuels au catholicisme en France, 1885-1935, Paris, CNRS,
1998, pp. 116-119.
[7]
Claude Lévi-Strauss,
Anthropologie structurale I, Paris, Plon, 1958,
pp. 30-31.
[8]
Pierre Boutang,
Maurras, la
destinée et l’œuvre, Paris, Plon, 1984 ; Victor Nguyen,
Aux origines de l’Action Française. Intelligence
et politique à l’aube du xxe siècle, Paris, Fayard,
coll. « Pour une histoire du
xxe siècle », 1991.
[9]
Je renvoie ici à mon propre
Charles Maurras, Presses de Sciences po, coll. «
Facettes », 2000, pp. 64-69 et 87-95.
[10]
C’est un des principaux axes de réflexion proposés par Louis
Hincker, lors de la journée d’étude : « Réflexions sur les sources écrites de
la “biographie politique”. Le cas du
xixe siècle », centre Malher, 13 novembre
1999. Cet article développe la communication que j’y ai faite. Voir Bruno
Goyet, « La dispersion autobiographique dans l’œuvre de Charles Maurras »,
in L. Hincker (éd.), « Réflexions sur
les sources écrites de la “biographie politique”. Le cas du
xixe siècle », Paris, CNRS, 2000, pp.
169-176.
[11]
En particulier celle de René Benjamin,
Charles Maurras, ce fils de la mer,
Paris, Plon, 1932.
[12]
Roger Joseph et Jean Forges,
Biblio-Iconographie générale de Charles Maurras,
Roanne, Les Amis du Chemin de Paradis, 1953, 2 t.
[13]
Erving Goffman,
Stigma, Notes on
the Management of Spoiled Identity, Englewood Cliffs (NJ),
Prentice-Hall, 1963, (trad. fr.
Stigmate. Les
usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit, 1975).
[14]
Ch. Maurras,
Quatre nuits…, op.
cit., pp. 106 et suiv.
[15]
E. Goffman, décrit le refus de dissimuler son stigmate et
l’avantage moral qui en résulte (
Stigmates…, op.
cit., p. 123).
[16]
André Gide,
Journal,
t. I, 1887-1925, Paris, Gallimard, « Pléiade », 1996, p. 1204, 11 janvier
1923.
[17]
E. Goffman,
Stigmates…, op.
cit., p. 13.
[19]
Ch. Maurras,
La Musique
intérieure, Paris, Grasset, « Les cahiers verts », 1925 [44
e édition en 1929].
[20]
Ibid., pp. 9 et
11.
[24]
Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), fonds
Flammarion, G2.5, correspondances auteurs, lettre de Maurras à MM. Fischer, 29
octobre 1927. Je remercie M. Jacques Maurras de m’avoir donné l’autorisation de
consulter la correspondance de son oncle.
[25]
Voir ses articles dans la
NRF
(Nouvelle revue française), « Le parti de l’intelligence », le
1
er septembre 1919, pp.
612-618 et « Catholicisme et nationalisme », le 1
er novembre 1919, pp.
965-968.
[26]
Le chemin de Paradis. Mythes et
fabliaux, Paris, Calmann-Lévy, 1895, XXXII-326 p., avec un poème
préface d’Anatole France.
[27]
B. Goyet,
Charles
Maurras, Paris, Presses de Sciences po, 2000, pp.
160-162.
[28]
Paris, La Cité des Livres, 5 t., 1931-1934 [repris en 1934 par
Fayard].
[29]
La musique… op. cit.,
p. 15.
[32]
Gisèle Sapiro,
La Guerre des
écrivains. 1940-1953, Paris, Fayard, 1999, pp. 147 et
suiv.
[33]
Barbarie et poésie. Vers un art
intellectuel I, Paris, NLN et Champion, 1925, 377 p.
[34]
Ch. Maurras,
La musique…, op.
cit., p. 273.
[35]
Anthinéa. D’Athènes à
Florence, Paris, Félix Juven, 1901, 350 p.
[36]
Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1909, 619
p.
[37]
Lettre à Monseigneur Penon, 11 février 1913, conservée par M.
J. Maurras et déposée aux Archives nationales (AN), AP 576, en cours de
classement.
[38]
Anatole France, politique et
poète, Paris, Plon, 1924, 54 p.
[39]
Mademoiselle Monck,
Paris, Stock, 1923, coll. « Les contemporains », avec une préface d’André
Malraux, 64 p. ;
Le Mystère d’Ulysse,
Paris, NRF, 1923, coll. « Une œuvre. Un portrait », 38 p.
[40]
Sébastien Laurent,
Daniel Halévy,
biographie. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Grasset, 2001,
pp. 309 et 429.
[41]
Correspondance citée dans
Cher
maître. Lettres à Charles Maurras, présentées par Pierre-Jean
Deschodt, Paris, Éditions de Bartillat, 1995, pp. 336-370.
[42]
Philippe Olivera, « La politique lettrée en France. Les essais
politiques (1919-1923) », thèse université Paris I, décembre 2001, pp.
514-515.
[43]
Jacques Prévotat,
Les catholiques
et l’Action Française. Histoire d’une condamnation, 1899-1939,
Paris, Fayard, 2001, pp. 233-259.
[44]
Hervé Serry, « Les écrivains catholiques dans les années 20 »,
Actes de la recherche en sciences
sociales, n° 124, 1998, pp. 80-87.
[45]
Lettre du 15 janvier 1927, publiée par Pierre Mayoux,
Paul Doncœur. Correspondance
(1924-1961), Paris, Tequi, 1983, pp. 29-30.
[46]
Article paru dans
Chantecler du 5 mars 1927, cité par Max Fischer,
son éditeur chez Flammarion, dans une lettre à Ch. Maurras du 9 mars 1927, AN,
576 AP 35, « Papiers Maurras », correspondance avec les
éditeurs.
[47]
Papiers conservés par M. J. Maurras, Paris.
[48]
Lettre de Ch. Maurras à Léon S. Roudiez à propos de son livre
Charles Maurras. The Formative Years,
New York, Columbia University Press, 1950, in
Lettres de prison, Paris, Flammarion, 1958, p.
360.
[50]
Paris, Éditions de la Chronique des Lettres françaises, 1926,
53 p., 715 exemplaires.
[51]
Frédéric Amouretti, 1863-1903, est un des plus proches amis de
Ch. Maurras, et, en certains domaines, son maître, au temps de ses aventures
félibréennes et des premiers pas de l’Action française.
[52]
Thomas Loué, « Les fils de Taine entre science et morale. À
propos du
Disciple de Paul Bourget
(1889) »,
Cahiers d’histoire. Revue d’histoire
critique, n° 65, 1996, pp. 45-62.
[53]
IMEC, fonds Flammarion, G2.5, lettre de Ch. Maurras à MM.
Fischer, 6 [décembre 1927].
[54]
Ibid., lettre de Ch.
Maurras à MM. Fischer, 19 novembre 1927, (souligné par Ch.
Maurras).
[55]
IMEC, fonds Flammarion, G2.14, Comptes d’auteur, Vol. 1, fol.
237.
[56]
Publié chez Félix Juven en 1901, le livre connaît en 1927 une
réédition chez Lapina, et par extraits dans
Le
voyage d’Athènes en 1928 et dans
La
République de Martigues en 1929, toutes éditions de luxe, et
parallèlement dans divers recueils de ces années-là.
[57]
P. 62 de l’édition de 1912.
[58]
IMEC, fonds Flammarion, G2.5, lettre citée du 19 novembre
1927.
[59]
J. Prévotat,
Les catholiques et
l’Action Française…, op. cit., pp. 26-27.
[60]
Le Mont de Saturne. Conte moral,
magique et policier, Paris, Les Quatre Jeudis, « Postface et
critique », p. 224.
[61]
Réponse à Paul
Claudel, Éditions de Midi, 1945 ;
Une
promotion de Judas, Réponse à M. Paul Claudel (sous le pseudonyme de
Pierre Garnier) et
Réponse à André Gide, Lettre à
M. le Directeur de La Gazette de Lausanne, Éditions de la Seule
France, 1948.
[62]
Lettre à Joséphine Barret, sa servante, 10 octobre 1944, prison
Saint-Paul,
Lettres de prison…, op.
cit., p. 20.
[63]
Lyon, Lardanchet, 1952, 291 p.
[64]
G. Sapiro,
La Guerre des
écrivains…, op. cit., pp. 437 et suiv.
[65]
E. Goffman,
Stigmates…, op.
cit., p. 81.