Les mots de la ville
L’histoire coloniale constitue un angle mort de l’historiographie
française. Cette histoire au contenu flou, largement discréditée, a pourtant
produit un savoir qui, en certains domaines, a pu servir à l’histoire de
l’Afrique écrite après les indépendances. Cet article étudie l’émergence de ce
sous-champ disciplinaire directement soutenu par les milieux coloniaux. Il
analyse sa laborieuse affirmation (1880-1930) – tant sur le plan strictement
scientifique qu’institutionnel – au sein de l’Université
française.
Colonial history constitutes a blind spot in French
historiography. This history, with its vague, largely discredited content,
nevertheless produced knowledge which, in some areas, was useful in writing the
history of Africa after the colonies became independent. This article examines
how this sub-field within the discipline emerged, directly supported by
colonial circles. It analyses its laborious establishment within the French
University (1880-1930) both from a strictly scientific as well as an
institutional standpoint.
• La laborieuse affirmation de l’histoire coloniale : une imparfaite
reconnaissance institutionnelle
— La constitution d’un champ disciplinaire
— Une stratégie d’institutionnalisation soutenue par les milieux
coloniaux
• Une légitimité scientifique en demi-teinte
— Une apparente réussite
— « La maison, les écuries » : un statut subalterne
— Des doutes épistémologiques persistants
— Entre science et propagande : une tache indélébile