Un faubourg, des banlieues, ou la déclinaison du rejet
Alain Faure
Cet article esquisse l’histoire parallèle de deux mots qui ont
successivement désigné les périphéries mal réputées des villes à l’époque
contemporaine. Longtemps neutres, ces mots ont pris un tour péjoratif, courant
xviiie siècle pour faubourg et à la fin du
xixe pour banlieue. Ce qui était faire fi
des réalités sociales et aujourd’hui les auteurs se gardent bien de toute
définition précise des « banlieues » : le mot ne désigne rien, mais dit tout.
Cependant l’opprobre attachée au mot a toujours été retournée, dans un accès de
dignité, par les populations intéressées, y compris dans les formes
adjectivales injurieuses comme « banlieusard » ou « faubourien ». Aujourd’hui
le mot « banlieue » semble usé tant on en a abusé et tend à être remplacé par
le curieux vocable des « quartiers ».
This article sketches out the parallel history of two words that
have been used successively to designate the ill-reputed outskirts of cities in
contemporary times. These names were long considered neutral terms, but they
later took on a pejorative connotation, faubourg (outskirts) during the 18th century,
and banlieue (suburb) at the end of
the 19th century. As this flouted social realities, scholars today are careful
not to provide any precise definition of les
banlieues, a words which does not designate anything, but says
everything. The opprobrium attached to the word has always been returned, in an
burst of dignity, by the populations concerned, including in their insulting
adjectival forms such as banlieusard
or faubourien. Today, the word
banlieue seems to be worn out after
being abused for so long, and now tends to be replaced by the odd expression
quartiers
(quarters).
• Le faubourg ou la sainte canaille
• Les avatars de la banlieue