L’être perfectible
La formation du cadre stalinien par le « travail sur soi
»
Brigitte Studer
Le stalinisme a une vision pour ainsi dire « constructiviste » de
l’être humain qui suppose un « travail sur soi ». Cet article analyse les
pratiques spécifiques à disposition (notamment l’autorapport, l’autocritique et
l’autobiographie) à partir des écoles internationales de cadres dans les années
1930. Censées produire le « cadre bolchevique », ces institutions constituent
un lieu privilégié pour analyser le fonctionnement et les finalités de ces
techniques de soi et techniques d’institution faisant appel autant à la
subjectivité et à l’intériorisation de normes et de valeurs qu’à la violence
symbolique, la disciplination et finalement la répression.
Stalinism had a “constructivist” vision, as it were, of human
beings, which implied an effort at self-improvement. This article analyses the
specific practices devised to achieve this end (particularly self-reports,
self-criticism and autobiography) beginning with the international schools for
cadres in the 1930s. These institutions, which were supposed to produce
“Bolshevik cadres”, offered an ideal opportunity to analyse the workings and
finality of such self-improvement and institutional techniques which resorted
as much to subjectivity and the interiorising of standards and values as to
symbolic violence, discipline and ultimately repression.
• Le dispositif pédagogique des écoles de cadres
internationales
• Les objectifs pédagogiques
— Une hiérarchie des interprétations et des intérêts face au
parti
— Acquérir un savoir « pratique »
— Discipline de vie et maîtrise de soi
• Plier le singulier à la rationalité politique
— Parler de soi, se révéler, corriger ses erreurs
— S’améliorer, se mesurer
— Rapporter, évaluer, ajuster
— Se confronter à la « réalité » et l’objectiver
• Autonomie, discipline et répression