2003
Genèses
Dossier
Les mots de la ville
L’histoire coloniale constitue un angle mort de l’historiographie
française. Cette histoire au contenu flou, largement discréditée, a pourtant
produit un savoir qui, en certains domaines, a pu servir à l’histoire de
l’Afrique écrite après les indépendances. Cet article étudie l’émergence de ce
sous-champ disciplinaire directement soutenu par les milieux coloniaux. Il
analyse sa laborieuse affirmation (1880-1930) – tant sur le plan strictement
scientifique qu’institutionnel – au sein de l’Université
française.
Colonial history constitutes a blind spot in French
historiography. This history, with its vague, largely discredited content,
nevertheless produced knowledge which, in some areas, was useful in writing the
history of Africa after the colonies became independent. This article examines
how this sub-field within the discipline emerged, directly supported by
colonial circles. It analyses its laborious establishment within the French
University (1880-1930) both from a strictly scientific as well as an
institutional standpoint.
La notion d’« histoire coloniale » fait partie de ces
catégories qui découpent l’histoire en grands domaines au même titre que
l’histoire économique ou l’histoire sociale. À y regarder de près, la notion
est pourtant plus floue qu’il n’y paraît. Que désigne au fond l’expression :
une histoire de la geste coloniale ? Une histoire engagée dans un soutien plus
ou moins affirmé à la colonisation ? L’histoire faite au temps de la
colonisation ? L’histoire des peuples colonisés ? Dans cet article, nous avons
privilégié un usage spécifique de la notion : nous souhaitons saisir l’histoire
des territoires colonisés qui s’est élaborée avant les indépendances – quels qu’en soient par
ailleurs l’objet, le contenu, l’obédience (indétermination qui rend compte de
la fondamentale incertitude, aujourd’hui comme hier, d’une définition précise
de ses contours). Certes, on peut faire de l’histoire coloniale après les
indépendances – la notion n’inclut pas en soi une période de production – mais
ici, seule l’histoire élaborée au moment colonial sera prise en compte. Nous
souhaitons en effet la saisir au temps de son affirmation scientifique et
universitaire, mais aussi dans ses multiples connexions avec les milieux
coloniaux.
La période des décolonisations politiques a jeté l’opprobre sur
cette histoire aux contours incertains, développant une critique idéologique
fondée qui a conduit à la rejeter en bloc à partir des années 1960-1970. Les
analyses ont alors mis en lumière – avec justesse – ses aspects proprement «
colonialistes ». Le temps est toutefois venu de rouvrir le dossier et de
s’interroger sur ce champ de l’histoire qui a eu l’ambition de se constituer
comme un savoir. Aux historiens incombe la tâche d’étudier les conditions de sa
production, d’en identifier les protagonistes et de mettre en évidence
l’évolution de la production historique coloniale, sa diversité et son
hétérogénéité.
Cet article ne prétend pas répondre à toutes ces questions,
mais présenter un certain nombre de résultats de recherches en cours et ouvrir
des pistes de réflexion. Il s’inscrit dans la mouvance d’une histoire
culturelle – celle des réseaux, des institutions, des constructions
intellectuelles et de leurs usages politiques – et dans la continuité de
l’histoire des disciplines de sciences sociales et humaines qui a suscité une
floraison de publications sur l’anthropologie, la sociologie, la psychanalyse,
etc., tout au long des années 1980-1990, ainsi qu’un intérêt persistant pour
l’histoire de l’histoire.
Notre démarche doit enfin beaucoup à la réflexion critique sur
le lien entre sciences sociales et impérialisme occidental dont les principaux
travaux – puisant aux sources de Michel Foucault et d’Edward Said
[1] – ont produit des recherches
novatrices
[2], notamment
sur les disciplines centrales dans les processus de domination coloniale. Pour
l’Afrique du Nord, un travail critique démarre dans les années 1970-1980, comme
en témoignent les travaux menés sous l’impulsion de Jean-Claude Vatin et
Philippe Lucas sur le rôle des anthropologues dans la construction des
représentations coloniales
[3]. Parallèlement, plusieurs chercheurs ont étudié le
paradigme « orientaliste » du
xixe siècle qui se constitue autour de la
connaissance des langues orientales et qui fournit les clés occidentales à la
connaissance de l’Afrique du Nord. Dans cette veine, une comparaison tout à
fait éclairante a été menée entre « africanisme » et « orientalisme »
[4].
Pour l’Afrique subsaharienne, sous l’impulsion, entre autres,
de Valentin Mudimbe, le programme saidien de déconstruction des sciences
sociales a été poursuivi dans la recherche anglophone
[5] mais aussi francophone
[6]. C’est également l’anthropologie qui a
focalisé l’attention : cette discipline a, de fait, joué un rôle important dans
le projet colonial (connaissance/domination des sociétés colonisées) et occupe
une place centrale au sein des sciences sociales africanistes
[7]. Pour autant, d’autres
disciplines comme la géographie, l’archéologie ou la sociologie ont prospéré
dans le giron des « sciences coloniales » et commencent à donner matière à
recherches
[8].
Paradoxalement, l’histoire reste donc la parente pauvre de
l’investigation des spécialistes. En France, plusieurs historiens se sont
penchés depuis une quinzaine d’années sur l’histoire de leur champ
disciplinaire et sur leurs pratiques, mais il s’est agi essentiellement de
spécialistes de la France
[9]. Dès lors, leur réflexion sur l’histoire s’est très
rarement étendue au-delà du terrain et des problématiques qui leur étaient
familiers, reproduisant et consacrant une division implicite, inscrite au cœur
des pratiques universitaires, entre « histoire des sociétés occidentales »
(privilégiée) et histoire non-occidentale (marginalisée). Ils ont, à plus forte
raison, ignoré les études sur l’Afrique écrites à l’époque coloniale,
doublement marginales à leurs yeux.
L’histoire de l’Afrique subsaharienne a cependant commencé à
susciter quelques travaux chez ses propres spécialistes, mais ils se sont
surtout focalisés sur l’histoire écrite après les indépendances
[10]. L’histoire coloniale n’y
apparaît souvent qu’en perspective cavalière
[11] et son rejet est manifeste. Plusieurs auteurs
signalent bien des filiations entre histoire de la période coloniale et
histoire postcoloniale
[12], mais la première continue à être perçue comme
dépassée. Des travaux récents démontrent cependant le glissement des
curiosités. Un colloque, organisé en partie par des historiens, a consacré en
1996 la redécouverte de Maurice Delafosse ; à cette occasion, Jean-Louis Triaud
a analysé son ouvrage clé,
Haut-Sénégal-Niger
[13], en s’attachant à montrer l’habileté de
M. Delafosse à concilier les pratiques de la méthode historique tout en
utilisant les sources orales. Sur le Maghreb, plusieurs bilans
historiographiques ont contribué à attirer l’attention sur l’histoire écrite au
siècle dernier
[14].
Les travaux de Daniel Rivet plaident par exemple pour une attention renouvelée
à l’histoire de l’Afrique du Nord écrite depuis plus d’un siècle, en
dépassionnant le regard posé sur l’historiographie coloniale puis
nationaliste
[15].
Maurice
Delafosse (1870-1926)
Arabisant et ethnographe formé à l’École des langues
orientales, au Muséum et à la Société d’anthropologie de Paris, il devient
administrateur colonial en Afrique-Occidentale française (AOF). Sa pratique de
l’ethnographie historique l’a conduit à des travaux fondateurs sur l’histoire
ancienne des sociétés ouest-africaines (Haut-Sénégal-Niger, 1912). Il est l’auteur de
plusieurs manuels de langues africaines (haoussa, mandé, agni). Enseignant à
l’École coloniale et à l’École des langues orientales, cofondateur de la
Société française d’ethnographie en 1920, il est rapidement devenu une figure
de proue de l’africanisme français. Tombé dans l’oubli lorsque l’ethnographie
universitaire (Marcel Griaule, Marcel Mauss…) supplanta l’ethnographie «
coloniale », il a été redécouvert depuis quelques années.
En se concentrant sur l’histoire de l’Afrique au nord et au sud
du Sahara – qui a joué un rôle moteur dans l’essor de l’historiographie
coloniale française – cet article étudie l’autonomisation d’un champ au sein de
la discipline historique et des institutions universitaires, dans les années
1880-1930. Il tente également de faire le bilan scientifique d’une histoire
longtemps demeurée au service d’un « grand projet colonial » et de réseaux
politiques actifs. Cette démarche ne procède nullement d’une entreprise de
réhabilitation, mais d’une volonté de connaître mieux une production plus
subtile, plus riche et plus complexe qu’on ne le croit généralement.
La laborieuse affirmation de l’histoire coloniale : une imparfaite
reconnaissance institutionnelle
La constitution d’un champ disciplinaire
L’intérêt pour les colonies et leur histoire, vif au
xviiie siècle
[16], faiblit nettement au début du siècle
suivant. La perte de l’Empire colonial pendant la Révolution et l’Empire, les
nouveaux enjeux politiques – plus européens – et enfin la force d’un mouvement
hostile à la colonisation peuvent expliquer ce désintérêt vis-à-vis de
l’histoire coloniale. Le regain d’intérêt dans la seconde moitié du
xixe siècle est la résultante de plusieurs
phénomènes. Il est lié à la politique coloniale de la France qui accompagne ses
conquêtes militaires de l’investigation scientifique des pays colonisés. Une
deuxième origine est à rechercher dans les sociétés de géographie ou d’histoire
maritime qui se multiplient au cours du
xixe siècle ; on y perpétue la curiosité
pour le passé colonial ancien, tout en découvrant, par les récits de voyageurs
et d’explorateurs, celui des nouvelles colonies. Un autre phénomène explique ce
renouveau : l’apparition d’un courant politico-économique – dont le meilleur
exemple est le Parti colonial d’Eugène Étienne
[17] – qui encourage avec ferveur et succès
les recherches et les publications sur les colonies. L’influence de ce
mouvement se fait sentir dans la sphère politique mais également dans les
milieux savants, par l’intermédiaire des sociétés de géographie, et même dans
l’Université, et participe au réveil de l’idée coloniale en France
[18].
De fait, dès la seconde moitié du
xixe siècle, cet intérêt se manifeste chez
des militaires
[19] ou
des missionnaires qui collectent documents écrits et traditions orales. Une
minorité d’administrateurs coloniaux consacre des travaux à l’histoire des
territoires colonisés. Ainsi, le Comité des études historiques de l’AOF, fondé
en 1915, est-il sous le patronage direct du gouverneur de l’Afrique occidentale
française. L’Académie malgache est créée en 1902 par Joseph Gallieni ; son
Bulletin fait une place non
négligeable aux études historiques
[20].
Enfin, l’émergence de l’histoire coloniale s’inscrit dans le
mouvement général de l’historiographie qui passe par la volonté de collecter
méthodiquement les sources – à l’exemple de Pierre Margry, archiviste du
ministère de la Marine
[21]. La création en 1895 du ministère des Colonies
conduit à centraliser les archives jusqu’alors dispersées entre métropole et
territoires, Paris et province
[22]. En AOF, un service est mandaté à Dakar en 1904 pour
rassembler et conserver les sources de la Fédération, tandis que des dépôts
d’archives sont ouverts dans chacun des territoires
[23]. En Algérie, il faut attendre 1906 pour
qu’un arrêté crée officiellement les archives de la colonie
[24].
Tous ces courants donnent différentes catégories
d’historiographie coloniale. On peut en distinguer grosso modo trois types. La
première est constituée d’écrits de non-spécialistes, militaires et « coloniaux
», travaux qui sont généralement des œuvres de commande
[25]. La seconde provient des travaux de
propagandistes liés aux intérêts politiques et économiques de la colonisation,
rédigeant et diffusant un savoir destiné à développer la fibre coloniale. Dans
cette catégorie hybride, on trouve des auteurs appartenant au premier genre,
mais aussi des savants, mobilisés pour la cause et capables de synthétiser une
production hétéroclite. L’exemple le plus emblématique en est l’ouvrage paru en
1886 sous la direction d’Alfred Rambaud, professeur d’histoire à la Sorbonne
:
La France coloniale, Histoire, Géographie,
Commerce
[26] ; après la préface de l’universitaire, les
différents chapitres sont essentiellement confiés à des administrateurs et à
des explorateurs. La même année voit la sortie d’un best-seller,
Les Colonies françaises, rédigé sous
les auspices d’un autre universitaire, Paul Gaffarel
[27].
Le troisième type d’histoire coloniale – que l’on pourrait
qualifier de savante – se développe dans un cadre universitaire. S’appuyant sur
le socle de publications produites par les catégories précédentes, mais surtout
sur les sources passées au crible de la critique méthodique, ceux qui
l’écrivent sont le pur produit du nouvel enseignement délivré à la Sorbonne.
Rien, ni dans la méthode ni dans l’esprit général du travail, ne les distingue
des autres travaux d’histoire. Leurs thèses sont rédigées selon les critères de
rigueur scientifique de l’époque et ceux qui peinent à les satisfaire sont le
plus souvent écartés de la carrière universitaire. Ainsi, Léon Deschamps,
auteur d’une thèse sur La « Constituante et les colonies » soutenue en 1899, se
voit-il reprocher par Alphonse Aulard le flou de sa méthode
[28] ; ce manque de rigueur
scientifique lui ferme les portes de l’enseignement supérieur. Mais ceux qui se
plient aux normes positivistes, comme Prosper Cultru
[29], trouvent leur place à
l’Université.
La première thèse prenant pour sujet le passé des colonies
est celle d’Étienne Berlioux, intitulée « André Brüe ou l’origine de la colonie
française », soutenue en 1874
[30]. Mais à partir de 1890, les thèses d’histoire
coloniale se font plus nombreuses
[31]. À la fin du
xixe siècle, l’Afrique est encore peu
représentée, à l’inverse des vieilles colonies
[32]. À partir du début du
xxe siècle, le Maghreb antique, médiéval
ou contemporain commence à focaliser les travaux, comme ceux de Gaston Loth sur
le peuplement italien en Tunisie et en Algérie, de Charles Monchicourt sur
l’expédition espagnole de 1560 sur l’île de Djerba, de Georges Marçais sur les
Arabes et les Berbères du
xie au
xive siècle
[33], etc.
Pour ce qui concerne l’Afrique au sud du Sahara, une
tradition historiographique ancienne existe, de Madagascar – où une élite
formée par les missionnaires protestants produit une histoire savante dès la
première moitié du
xixe siècle, à l’exemple de l’historien
Raombana
[34] – au
Soudan des chroniqueurs de Tombouctou. Les historiens coloniaux sauront
d’ailleurs la découvrir et l’utiliser. On assiste progressivement au
dévoilement du passé africain, constitué comme objet d’étude légitime selon un
processus de conquête historiographique inégal : l’attention des historiens se
concentre d’abord sur les États anciens – Kongo, Ghana, Mali
[35] – sur les sociétés dotées
de sources écrites, sur les grands personnages ; mais on peut constater assez
tôt le recours, quoique encore timide, aux traditions orales
[36]. On a déjà évoqué le rôle
de M. Delafosse dans la recherche balbutiante ; il réussit aussi à imposer
l’histoire des colonies dans l’enseignement : il contribue à intégrer dans les
programmes de l’École coloniale et de l’Institut des langues orientales une
série de cours d’histoire africaine dans les années 1910-1920.
Mais l’intérêt grandissant pour le passé des colonies ne
suffit pas : encore faut-il assurer à l’histoire coloniale naissante une
reconnaissance institutionnelle et scientifique.
Une stratégie d’institutionnalisation soutenue par les milieux
coloniaux
Comme l’a fait Victor Karady à propos des durkheimiens
[37] ou Véronique Dimier pour
l’institutionnalisation de la science politique coloniale
[38], il faut s’interroger sur les modalités
de la quête de légitimité poursuivie par les historiens coloniaux. Le
dépouillement d’un corpus varié (thèses, ouvrages, rapports de thèses, revues,
délibérations du conseil de la faculté des lettres de Paris, dossiers
personnels des enseignants, etc.) permet de saisir les stratégies déployées et
les frustrations ressenties devant ce qui s’avère au final une
demi-réussite.
La multiplication des travaux d’histoire coloniale semble
assurer à ce champ d’étude une place de fait au sein de la discipline. Ce n’est
qu’une apparence. Il faut au contraire toute la force du lobby colonial – dont
les principaux relais universitaires sont Marcel Dubois et A. Rambaud – pour
l’imposer à l’Alma Mater. Tel fut le
cas pour l’introduction d’un enseignement d’histoire coloniale à la Sorbonne :
les premières leçons sur la colonisation remontent à 1889, avec un cours
d’Émile Pigeonneau. Le principe de la transformation de son poste en chaire est
approuvé par le conseil de la Faculté, mais l’affaire traîne jusqu’à son décès
en 1892.
Le véritable accoucheur de l’histoire coloniale universitaire
n’est pas un historien, mais un géographe, M. Dubois
[39]. Il semble bien qu’il
soit le maître d’œuvre de l’atelier colonial de la Sorbonne, à un moment où
l’histoire et la géographie sont encore intimement liées. Grâce aux relations
qu’il entretient avec l’administration, il obtient en 1893 une chaire de
géographie coloniale financée par le sous-secrétariat aux Colonies (qui devient
ministère en 1895). Le cours est assorti d’un bureau d’information coloniale,
subventionné en partie par le ministère des Colonies
[40] et Henri Froidevaux en
devient le secrétaire-archiviste en 1895. Après bien des péripéties, le bureau,
rebaptisé Office colonial, est pris en charge par l’Union coloniale
[41].
Les milieux coloniaux financent aussi la maîtrise de
conférences d’histoire coloniale créée à la Sorbonne en 1905 à l’initiative du
gouverneur de l’Indochine et portée par les efforts de l’Union coloniale et du
ministère. Soutenu par Ernest Lavisse, P. Cultru est élu, sans véritable
enthousiasme. Il fait, jusqu’à sa mort en 1917, des cours sur l’Indochine, les
Antilles françaises (1907-1908), l’Afrique occidentale française (1909-1910),
selon les vœux des bailleurs de fonds (le gouvernement de l’Indochine et celui
de Madagascar versent chacun trois mille francs pour son salaire
[42]). Après lui, son poste
est réaffecté à un cours d’histoire économique et sociale (attribué à Henri
Hauser), spécialité dont les finalités semblent plus en phase avec les
préoccupations de la Sorbonne. Toutefois, le projet d’un cours sur l’histoire
de la colonisation resurgit à la fin des années 1930 à l’initiative du
ministère des Colonies et reçoit un accueil favorable du Conseil de la faculté
qui accepte d’y affecter cinquante mille francs, prélevés sur le budget des
Colonies ; mais une chaire d’histoire coloniale, alors attribuée à M.
Blanchard, n’est recréée qu’en 1942
[43].
L’introduction de l’histoire coloniale dans le saint des
saints de l’Université s’est donc faite aux forceps. Elle est aussi enseignée
en d’autres lieux de diffusion des savoirs coloniaux, au sein desquels elle a
une importance plus ou moins grande : à l’École navale (cours de Joannès
Tramond), à l’École libre des sciences politiques de Paris (cours de Georges
Hardy, Auguste Terrier, Christian Schefer…) qui possède d’ailleurs une «
section coloniale » jusqu’en 1893
[44]. Au concours d’entrée à l’École coloniale, la
question d’histoire de la colonisation joue un rôle déterminant dès l’origine
(1888) et son enseignement se diffuse, pendant les années 1930, dans les
classes préparatoires alors créées dans plusieurs lycées français. Les cours
dispensés à l’École lui réservent une place croissante, notamment sous la
direction de G. Hardy (cours de Xavier Treney, Louis-Gontran Gourraigne, M.
Delafosse)
[45]. On
l’enseigne aussi en province : Prosper Boissonnade à Poitiers, Paul Masson à
Aix l’intègrent dans leurs leçons
[46]. Au Maghreb, des chaires d’histoire de l’Afrique du
Nord sont ouvertes à l’université d’Alger
[47] tandis qu’aux Hautes Études marocaines, le cours
d’histoire du pays est confié à Ismaël Hamet.
Georges Hardy (1884-1972)
Normalien, agrégé d’histoire et de géographie en 1907. En
1921, il soutient à la Sorbonne sa thèse principale d’histoire coloniale sur «
La mise en valeur du Sénégal de 1817 à 1854 » et sa thèse complémentaire sur «
L’enseignement au Sénégal de 1817 à 1854 ». D’abord professeur de lycée en
province, il est nommé inspecteur puis directeur de l’Enseignement en AOF
(1912-1919), où il est l’artisan d’une profonde réforme du système scolaire
colonial. Il fut ensuite directeur de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et
des Antiquités du Maroc (1919-1925), professeur puis directeur de l’École
coloniale (1926-1933), enfin recteur des universités d’Alger (sous Vichy) puis
de Lille. Sa bibliographie abondante porte sur des objets variés : le Berry, le
Sénégal, le Maroc… Il fut aussi un théoricien de l’histoire coloniale.
La consécration semble obtenue avec la chaire d’histoire
coloniale au Collège de France en 1921, qui s’effectue avec les mêmes
protagonistes et dans les mêmes conditions que pour la mise en place du cours
en Sorbonne quelques années plus tôt. La chaire est directement financée par
les gouverneurs de l’Indochine, de l’AEF (Afrique-Équatoriale française), de
l’AOF et de Madagascar. En l’absence de candidats, les membres de la
prestigieuse institution se tournent vers le ministère des Colonies qui propose
Alfred Martineau. Grand érudit et grand colonial, il occupe la fonction de
Directeur dans ce même ministère ; il est par ailleurs le fondateur de
la
Revue de l’histoire des colonies
françaises, créée en 1913, et elle-même financée par plusieurs
gouvernements coloniaux, par le ministère des Colonies, celui de l’Instruction
publique et par quelques entreprises (C
ie Française de l’Afrique occidentale,
C
ie Afrique-Congo, Banque de
l’Afrique occidentale…)
[48]. Les procédures de la nomination d’A. Martineau
inquiètent les membres du Collège de France, qui trouvent « curieux » qu’il n’y
ait pas eu de déclaration officielle de candidature et qu’ils aient dû statuer
sur un seul candidat. La vénérable école obéit toutefois, mais « contrainte
»
[49].
On le voit, l’institutionnalisation de l’histoire coloniale
est imparfaite à la fin des années 1930 : si elle a investi des lieux de savoir
prestigieux, si elle est soutenue par une partie des milieux politiques, si
elle commence à rencontrer un public, elle n’a pas su conserver la position à
laquelle elle aspirait à la Sorbonne, faute d’une reconnaissance scientifique
complète.
Une légitimité scientifique en demi-teinte
Une apparente réussite
Le temps est favorable à l’idée impériale et cette faveur
rejaillit sur l’histoire coloniale qui rencontre une curiosité certaine. Les
revues se multiplient : en Afrique du Nord, le phénomène est ancien avec
La Revue Africaine (1856),
La Revue Tunisienne (1894),
Hespéris (1921) ; en Afrique
subsaharienne, le
Bulletin du Comité d’études
historiques et scientifiques de l’AOF, créé en 1915, et le
Bulletin de la Société des recherches
congolaises (1922) réservent une place aux recherches en histoire.
En France métropolitaine,
La Revue de l’histoire
des colonies françaises se fait l’écho des travaux historiques
coloniaux
[50]. Mieux
encore, l’histoire coloniale semble être devenue une branche de
l’historiographie universitaire : les grandes revues, dans leur découpage
thématique, commencent à lui réserver une section, comme la
Revue historique. La collection «
Évolution de l’Humanité », dirigée par Henri Berr chez Albin Michel, s’ouvre en
1937 à l’histoire coloniale avec
La politique
coloniale et le partage de la terre au xixe et au xxe siècle, de G. Hardy. Enfin,
un premier colloque international est tenu à Paris en 1931, lors de
l’Exposition coloniale, et donne lieu à la rédaction d’une bibliographie
générale et d’un état de la recherche
[51].
L’histoire coloniale semble donc avoir gagné une certaine
reconnaissance scientifique dans les années 1920-1930. Ce n’est pourtant pas le
sentiment de ceux qui en sont les principaux protagonistes
[52].
« La maison, les écuries » : un statut subalterne
Que l’histoire coloniale soit vécue et écrite par ses
producteurs comme un véritable savoir, l’ouvrage de G. Hardy,
Les éléments de l’histoire
coloniale
[53], en témoigne. Mais selon lui, l’histoire des
colonies souffre d’un statut subalterne. Face à l’histoire de France, celle de
la colonisation s’est retrouvée dans la même position scientifique que les
colonies vis-à-vis de la métropole : au centre la maison, à côté les
écuries
[54]. G. Hardy
ne cesse de plaider pour l’existence autonome de l’histoire coloniale, ce qui
prouve que cela ne va guère de soi :
« Il semble donc juste qu’on permette de traiter à part
cette histoire dont l’histoire ne veut pas. Renier ses parents pauvres, passe,
mais pourquoi leur refuser de droit de vivoter dans un coin [55] ? […] On nous dit : il
n’y a pas d’histoire coloniale, il y a de l’histoire de France et même de
l’histoire tout court. Soit ; mais à ce compte-là, il n’y a pas une histoire de
l’art, une histoire des sciences, etc. Nous ne demandons pas d’autre
distinction que celle-là : nous prétendons seulement que la vie des colonies,
comme celle des arts et des sciences, n’est pas nécessairement soumise aux
mêmes fluctuations que l’histoire de la nation-mère et que celle-ci – nous ne
parlons toujours que de la France – est peu préoccupée de lier son sort à celui
de ses filles lointaines [56]. »
Tout en la plaçant au service de l’œuvre impériale française,
il justifie son statut, revendiquant pour elle les principes en cours dans
l’historiographie générale : méthode, érudition, esprit critique. Mais, en
militant sur ce mode pour l’histoire coloniale, il conforte celle-ci dans sa
position subalterne. Le plaidoyer est pour le moins ambigu… C’est qu’en effet,
sa légitimité au sein du champ disciplinaire est durablement mise en doute par
les historiens de la France. L’un des griefs porte d’abord sur les sources, en
des temps où le document écrit est au cœur de la méthode. Celles-ci sont en
effet encore très largement à constituer pour les territoires extra-européens,
la collecte et la conservation des archives n’en étant qu’à ses débuts. Pire
encore, pour certaines parties de l’Afrique, on ne trouve que très peu de
documentation : l’idée d’une a-historicité structurelle du continent noir
semble un fait établi pour la profession, et les sociétés africaines ne peuvent
appartenir qu’au champ de l’anthropologie.
Les historiens coloniaux, pour leur défense, insistent sur
l’originalité et la validité de leurs sources. Elles ne sont certes pas
forcément constituées par des documents officiels comme ceux utilisés dans
l’histoire canonique, mais il existe de riches archives privées. Plusieurs
auteurs préconisent l’usage de sources orales, précieuses pour la connaissance
de peuples où l’écrit fait défaut. M. Delafosse est l’un des premiers à
collecter et à utiliser des récits à des fins historiennes. Les sources orales
commencent déjà – bien avant les grands travaux des années 1960 – à être
passées au crible de la critique avec finesse. Ainsi G. Hardy, tout en appelant
à leur utilisation, met-il en garde contre la contamination des traditions
orales par les influences occidentales, qui contribuent notamment à les
transformer et à les figer : « Les traditions orales ne seront plus bientôt
qu’une réplique drolatique de nos manuels classiques et ne présenteront
d’intérêt que pour l’ethnographe », écrit-il en 1921
[57].
Des doutes épistémologiques persistants
Enfin, le manque de reconnaissance de l’histoire coloniale en
tant que champ autonome tient à la difficulté qu’elle éprouve à définir son
objet même. Lorsque l’on fait de l’« histoire coloniale », que fait-on au juste
? Quand les historiens coloniaux s’interrogent sur le contenu de leur
discipline, il semble que celui-ci leur échappe. G. Hardy, dans son ouvrage de
1921, ne donne pas de réponse claire. Et dans la notice qu’il consacre à la
bibliographie de l’Afrique occidentale, pour l’enquête de 1931, il note que
l’histoire coloniale, au fur et à mesure de son écriture, a tendance à reculer
dans le passé, à quitter celui de l’Europe pour devenir une histoire des
peuples indigènes
[58].
Car si l’on comprend bien que l’histoire coloniale se fait du point de vue de
la métropole, afin de faire connaître et d’exalter l’œuvre entreprise
outre-mer, G. Hardy n’incite pas moins le futur historien à inclure dans ses
recherches le passé lointain des territoires colonisés. Dans le même ouvrage,
Augustin Bernard fait une distinction entre histoire coloniale, histoire de la
colonisation et histoire des colonies, sans les définir précisément
[59]. Cherchant par ailleurs à
classifier l’histoire de l’Afrique, de l’Antiquité à nos jours, il propose un
découpage chronologique qui dessine trois sous-ensembles : l’histoire romaine
et musulmane, l’histoire des rapports précoloniaux et enfin l’histoire du temps
de la colonisation. Mais pour Edmond Chassigneux, dans l’ouvrage-bilan de 1931,
l’histoire coloniale de l’Indochine française ne commence véritablement qu’en
1858 avec la première incursion de la flotte française contre l’Annam ; et si
l’on consulte les travaux classés dans la rubrique « histoire coloniale »
jusque dans les années 1940, on constate que c’est cette acception qui domine.
Comme on le voit, la
Bibliographie de l’histoire
coloniale de 1931 mêle l’histoire de la colonisation avec celle des
peuples colonisés. Se penchant sur le même problème de définition en 1965,
Hubert Deschamps, postérieurement à notre période, s’efforce de définir la
notion d’histoire d’outre-mer, expression qui se substitue progressivement à
celle d’histoire coloniale. Il continue à la voir caractérisée par une double
optique : « D’un côté l’histoire des coloniaux, de l’autre l’histoire des
peuples
[60].
»
La difficulté que nous rencontrons aujourd’hui encore à
définir avec certitude les contours de l’histoire coloniale était donc déjà
présente dans les années 1930, au moment de son apogée, comme s’il y avait,
fondamentalement, une impossibilité à trancher. L’européocentrisme, actif au
cœur de cette historiographie, fait écran à la prise en compte des sociétés
pour elles-mêmes et contribue à la difficulté de délimiter l’objet de
l’histoire coloniale. De qui parle-t-on : de nous ? des Autres ? de nous et des
Autres ? des Autres face à nous ? À tenter de le préciser, l’objet de
l’histoire coloniale semble se dérober et se fragmenter en de multiples
catégories. Et les tentatives répétées pour le définir ne traduisent-elles pas
cette quête épistémologique ?
Entre science et propagande : une tache indélébile
Même si l’histoire des colonies est de plus en plus écrite
par de véritables professionnels, elle reste marquée par ses origines et, dans
les années 1930, continue d’être largement ouverte à des non-historiens de
formation. Certes, elle n’est plus, comme au xixe siècle, l’apanage des « coloniaux »
passant leurs loisirs à étudier le monde qui les entoure. Mais, à côté de purs
professionnels, combien d’amateurs devenus historiens ? À ce titre, la liste
des personnalités de la Société d’histoire des colonies, fondée en 1913 et
dotée de la revue du même nom, est éclairante : quelques universitaires, assez
minoritaires, et quelques membres de l’Institut côtoient une cohorte de hauts
administrateurs coloniaux et de représentants du monde industriel. Le président
de la Société, A. Martineau, incarne ce mélange des genres et des fonctions :
chartiste de formation, ancien administrateur en Afrique, ancien gouverneur de
l’Inde française, il est aussi un historien qui a fondé la Société d’histoire
de l’Inde, embryon de la future Société d’histoire des colonies. C’est pour lui
– on l’a vu – qu’est créée la chaire d’histoire coloniale au Collège de
France.
Alors que la discipline historique s’est professionnalisée,
constituant une communauté formée dans les mêmes moules universitaires et en
position idéale de coupure avec le monde civil – censée placer l’historien
au-dessus des débats partisans de son temps – l’ancrage de l’histoire coloniale
dans le monde politique et dans celui des affaires lui donne une double image
d’amateurisme et d’engagement militant. Difficile pour elle d’y échapper quand
on se rappelle qu’elle doit en partie son origine au pouvoir qui a confié aux
officiers et administrateurs coloniaux l’étude des pays conquis
[61]. Et comment oublier
qu’elle a toujours bénéficié du soutien des milieux d’affaires coloniaux qui
trouvent là une manière de gagner l’opinion, longtemps réticente à l’idée
coloniale ? La création des enseignements d’histoire coloniale à la Sorbonne et
au Collège de France – financés directement par l’administration coloniale – en
est un exemple parlant
[62]. Globalement, la dimension idéologique de l’histoire
coloniale, et ses liens consubstantiels avec le projet impérial, lui ont valu
dès l’époque de sa production la suspicion des milieux universitaires.
Et de fait, les résultats scientifiques de l’histoire
coloniale ont été plutôt inégaux. Parmi les productions reconnues encore
aujourd’hui sur le plan international – y compris d’ailleurs par les chercheurs
des pays colonisés devenus indépendants – on continue à utiliser avec profit
les travaux d’historiens de l’Afrique du Nord comme l’antiquisant Stéphane
Gsell, de grands arabisants comme René Basset, Henri Basset ou Évariste
Levi-Provençal, des spécialistes de la période musulmane comme G. Marçais. Les
biographies récentes de Fernand Braudel
[63], qui a été influencé par l’« École d’Alger », ont
évoqué le bouillonnement culturel de l’université algéroise dans
l’entre-deux-guerres, particulièrement active en histoire ancienne et
médiévale. Pour l’Afrique au sud du Sahara, les travaux sur M. Delafosse ont
également permis de réévaluer la production historiographique du début du
siècle
[64]. On
redécouvre aussi des figures comme celle d’H. Deschamps
[65].
Pour autant, il faut savoir aujourd’hui se livrer à une
critique de cette production qui prenne en compte à la fois – bien sûr – son
contenu politique mais aussi ses apports à la connaissance historique, voire
son caractère parfois pionnier dans les objets et dans les méthodes. Certes,
l’école historique d’Alger profite, par exemple, du Centenaire de la conquête
pour faire connaître sa production
[66] et affirmer le bon droit de la France à occuper
cette partie du monde. S. Gsell et ses collègues donnent à lire une histoire
coloniale typique où prévalent les préjugés impérialistes. Ceux-ci sont
visibles, non seulement dans la glorification explicite de la colonisation,
mais aussi dans les choix thématiques : pour le passé lointain, l’accent est
surtout placé sur l’Antiquité romaine plutôt que sur l’époque musulmane, malgré
les travaux novateurs de G. Marçais ; plus large encore est la place faite à
l’histoire de la présence française. Mais, dans le même mouvement, une histoire
de l’Afrique s’élabore sous la plume de ces auteurs, mariant érudition et souci
scientifique. On trouve la même intrication entre innovation historiographique,
mentalité coloniale, exigence scientifique et interprétations un peu
hasardeuses chez M. Delafosse. Désireux d’écrire une histoire savante de
l’Afrique noire aussi respectueuse que possible des canons méthodiques qui
privilégient les documents et l’angle politique – M. Delafosse « découvrant »
des États centralisés et des civilisations brillantes dans l’Ouest africain –
il jette les bases d’une historiographie prometteuse, mêlant sources écrites et
sources orales, approche ethnologique et historienne
[67], à un moment où
l’histoire française ignore encore largement ces novations.
Il peut sembler paradoxal, à propos d’une histoire au
caractère éminemment colonialiste, de parler d’audace historiographique ;
pourtant, à plusieurs égards, elle contribue à l’élargissement de la conception
des sources et à l’historicisation de sociétés jusqu’alors ignorées. Comme
l’écrira bien plus tard Robert Delavignette, forçant un peu le trait :
« La même année, à quelques pas de distance, Seignobos, en
Sorbonne, professe que les Noirs sont de grands enfants et qu’ils n’ont jamais
formé de nations ; Delafosse, à l’École Coloniale, enseigne que ce sont des
hommes et qu’à l’époque précoloniale, ils fondèrent des empires [68]. »
Par ailleurs, l’écartèlement entre ambition scientifique et
mission politique est pleinement assumé par G. Hardy en 1921, qui affecte à
l’histoire coloniale la double fonction « d’éveiller le sens critique des
Français de France qui s’occupent du passé et du présent des colonies et [de]
contribue[r] par une éducation du doute à la formation, si désirable, d’une
opinion coloniale »
[69]. Sur ce point, la position des historiens coloniaux
est-elle si différente de celle des historiens méthodiques spécialistes de la
France qui, tout en proclamant un idéal de scientificité désintéressée,
s’engagent dans la construction d’une histoire farouchement patriotique et
républicaine ? Et la mission assignée à l’histoire coloniale par G. Hardy
est-elle si éloignée de celle que proposait à la discipline historique Gabriel
Monod, dans le célèbre manifeste de la
Revue
historique ?
« C’est ainsi que l’histoire, sans se proposer
d’autre but et d’autre fin que le profit qu’on
tire de la vérité, travaille d’une manière secrète et sûre à la
grandeur de la Patrie en même temps qu’au progrès du genre humain [70]. »
Certes, de nombreux historiens coloniaux se sont lancés loin
dans la voie de la propagande. Certains ont servi sans états d’âme le régime de
Vichy, semant la confusion entre histoire coloniale et conservatisme politique.
Cet aspect de l’histoire coloniale l’a discréditée, dans un procès global de la
colonisation et de ses productions culturelles qui culmine dans les années
1960-1970. C’est oublier les apports scientifiques de cette historiographie,
dans laquelle on continue de puiser, généralement sans le savoir. C’est aussi
simplifier à outrance l’histoire de l’histoire coloniale : parmi la jeune
génération des années 1930-1950, certains – Charles-André Julien, Pierre
Boiteau, Jean Suret-Canale – se font de plus en plus critiques vis-à-vis du
fait colonial et contribuent à l’écriture d’une nouvelle histoire des
colonisés.
* * *
L’histoire coloniale n’a donc cessé de camper aux marges de
l’histoire et, depuis les décolonisations, cette position s’est faite plus
périphérique encore. Dans les grandes synthèses sur les courants historiques
des xixe et xxe siècles, elle est absente, telle une
contrée exotique et malfamée de l’histoire. Aujourd’hui, elle se trouve
reléguée dans les bacs des bouquinistes. La représentation qu’on s’en fait
généralement fait surgir des chromos surannés : peaux noires, casques
blancs.
Avec les indépendances, la volonté de rejeter le passé
colonial a sans doute précipité cette rupture, consommée dans les années
1960-1970. Les nouvelles historiographies se sont généralement bâties sur le
refus de l’histoire « d’avant » : un livre programmatique de l’historien
algérien Mohammed Sahli, paru en 1965, est ainsi symboliquement intitulé
Décoloniser l’histoire. Dans cette
perspective, les problématiques se renouvellent après les indépendances : les
méfaits de la colonisation, l’émergence des nationalismes et/ou la construction
de l’État… La remise en cause des thèmes de prédilection de l’histoire
coloniale est manifeste, qu’il s’agisse de la production historiographique des
nouveaux États indépendants, de la construction mémorielle des sociétés
décolonisées et de la façon dont l’histoire y est désormais enseignée. On pose
d’autres questions, on vénère de nouveaux héros, on apprend de nouvelles dates
clés, on invente d’autres lieux de mémoire…
Mais le hiatus est-il aussi marqué qu’il ne semble ? En
effet, au-delà des ruptures effectives, les continuités et/ou les jeux
référentiels ne manquent pas, rendant moins béant qu’il n’y paraît le fossé
entre histoire coloniale et histoire nationale. D’abord, l’historiographie
indépendante s’inscrit dans le courant d’une nouvelle histoire critique écrite,
dès l’époque coloniale, par des historiens français, tels André Nouschi,
Jean-Louis Miège, Ch.-A. Julien, J. Suret-Canale, qui ont d’ailleurs contribué
à former les générations d’historiens africains. Un lien s’établit aussi du
fait même de la formation des historiens des pays indépendants, formation qui
continue souvent de se faire « à la française ». Les conditions de production
de la nouvelle histoire demeurent en outre tributaires de réseaux personnels et
institutionnels qui passent par la France, ainsi que les circuits de
diffusion.
De plus, l’affirmation d’une rupture historiographique est
parfois moins déterminante qu’il ne semble. Elle peut avoir pour fonction de
reformuler en termes « nationaux » ou « nationalistes » des thématiques
élaborées précédemment. On redécouvre ainsi les grands États médiévaux en
Afrique subsaharienne, oubliant presque qu’ils avaient fait l’objet d’une
attention soutenue des historiens « coloniaux ». Le parti pris de rupture peut
alors induire des effets de miroir et l’histoire « décolonisée » devenir
parfois un double inversé de l’histoire coloniale.
Après le temps du déni s’amorce la redécouverte de l’histoire
coloniale, dans un processus de compréhension de la complexité et des
héritages. Après avoir essentiellement mis l’accent sur les ruptures, les
historiens de l’Afrique, de part et d’autre de la Méditerranée, sont en train
de saisir – avec une grande distance critique – les filiations entre leurs
pratiques actuelles et l’histoire du début du siècle. Il importe bien sûr de
critiquer la « bibliothèque coloniale », mais encore faut-il rouvrir les
ouvrages poussiéreux qui se trouvent sur ses rayons.
[*]
Nous remercions vivement Isabelle Merle pour sa rigoureuse
lecture critique et pour ses précieuses suggestions qui ont contribué à
enrichir ce texte. Merci aussi à Odile Goerg et à Laurent Dornel pour leurs
stimulantes remarques.
[1]
Edward W. Said,
Orientalism, New York, Pantheon Books,
1978.
[2]
La réflexion sur ces liens a été amorcée dans le monde
anglophone, avec l’ouvrage de Talal Asad,
Anthropology and the Colonial Encounter,
Londres, Ithaca Press, 1973. Dans les pays anglophones, le terrain colonial est
l’objet, depuis deux décennies, d’un important investissement théorique porté
par l’anthropologie, les études littéraires (marquées par la théorie
postcoloniale) et les
Cultural
Studies. Pour un bilan critique, voir Fred Cooper, « Decolonizing
Situations. The Rise, Fall and Rise of Colonial Studies (1951-2001) »,
French Politics, Culture and Economy,
vol. 20, n° 2, 2002. En français, les premiers jalons sont posés par les
Cahiers Jussieu, n° 2, 1976, « Le mal
de voir. Ethnologie et orientalisme, politique et épistémologie, critique et
autocritique
», puis dans Daniel
Nordman et Jean-Pierre Raison,
Sciences de
l’homme et conquête coloniale. Construction et usages des sciences humaines en
Afrique (xixe-xxe siècles), Paris, ENS, 1980.
Voir aussi : Centre de recherches et d’études sur les sociétés méditerranéennes
(Cresm/Aix),
Sciences sociales et
colonisation, Paris, CNRS, 1984 ; Claude Blanckaert (éd.),
Naissance de l’ethnologie ? Anthropologie et
missions en Amérique (xvie-xviiie siècles), Paris, Cerf, 1985
; Patrick Petitjean,
Les sciences coloniales.
Figures et institutions, Paris, Orstom, 1996.
[3]
Philippe Lucas et Jean-Claude Vatin,
L’Algérie des anthropologues, Paris,
Maspéro, 1975 ; J.-C. Vatin (éd.),
Connaissances
du Maghreb : sciences sociales et colonisation, Paris, CNRS, 1984 ;
François Pouillon et Daniel Rivet (éd.),
La
sociologie musulmane de Robert Montagne, Paris, Maisonneuve &
Larose, 2000.
[4]
Bernard Mouralis, « Orientalisme et africanisme : réflexion sur
deux objets »,
in Papa Samba Diop et
Hans-Jürgen Lüsebrink, (éd.),
Littératures et
sociétés africaines. Regards comparatistes et perspectives interculturelles,
mélanges offerts à János Riesz, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2000,
pp. 17-28.
[5]
Robert Bates, Valentin Mudimbe, Jean O’Barr (éd.),
Africa and the Disciplines. The Contribution of
Research in Africa to the Social Sciences and Humanities, Chicago,
University of Chicago Press, 1993.
[6]
Emmanuelle Sibeud,
Une science
impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France
(1878-1930), Paris, EHESS, 2002 ; Anne Piriou et E. Sibeud,
L’africanisme en questions, Paris,
CEAf-EHESS, coll. « Dossiers africains », 1997.
[7]
Gérard Leclerc,
Anthropologie et
Colonialisme. Essai sur l’histoire de l’africanisme, Paris, Fayard,
1972.
[8]
Marie-Albane de Suremain, « L’Afrique en revues : le discours
africaniste français, des sciences coloniales aux sciences sociales
(anthropologie, ethnologie, géographie humaine, sociologie) 1914-1964 »,
doctorat, Paris VII, 2001 ; voir dans
Le
Débat de janvier 2002, un dossier consacré aux études
africaines.
[9]
Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia,
Les courants historiques en France,
xixe-xxe siècles, Paris, Armand
Colin, coll. « U », 1999.
[10]
Odile Goerg, « L’historiographie de l’Afrique de l’Ouest :
tendances actuelles »,
Genèses, n° 6,
1991, pp. 144-160 ; Caroline Neale,
Writing
Independent History, African Historiography (1960-1980),
Westport-Londres, Greenwood, 1985 ; Michael Le Gall et Kenneth J. Perkins,
The Maghrib in Question. Essays on History and
Historiography, Austin, University of Texas Press,
1997.
[11]
Fanny Colonna et Brahimi Haim, « Du bon usage de la science
coloniale », in
Cahiers Jussieu, n° 2,
1976, « Le mal de voir… »,
op. cit.,
pp. 221-241.
[12]
Voir J.-C. Vatin, « Science historique et conscience
historiographique de l’Algérie coloniale »,
Annuaire d’Afrique du Nord, vol. 1
: 1840-1962, Paris, CNRS, 1979, pp.
1103-1122 ; Monique Lakroum, « De l’histoire coloniale à l’histoire africaine
(1912-1960) »,
in Catherine
Coquery-Vidrovitch (éd.),
L’Afrique occidentale
au temps des Français, Paris, La Découverte, 1992, pp. 37-47 ;
Olivier Blamangin, « La Revue de l’histoire des colonies françaises (1913-1939)
», mémoire de maîtrise, Paris VII, 1994.
[13]
Robert Cornevin, « Préface »,
in Maurice Delafosse,
Haut-Sénégal et Niger, t. I :
Le pays, les peuples, les langues, Paris,
Maisonneuve et Larose, nouvelle édition 1972, p. V [1912]. Voir Jean-Loup
Amselle et E. Sibeud (éd.),
Maurice Delafosse :
entre orientalisme et ethnographie, l’itinéraire d’un africaniste
(1870-1926), Paris, Maisonneuve et Larose, coll. « Raisons
ethnologiques », 1998 et, dans cet ouvrage, particulièrement l’article de
Jean-Louis Triaud, «
Haut-Sénégal-Niger, un modèle “positiviste” ? De
la coutume à l’histoire. Maurice Delafosse et l’invention de l’histoire
africaine », pp. 210-232.
[14]
Jacques Alexandropoulos et Christophe Picard, « “Orient” et
“Occident” dans l’historiographie du Maghreb, de la période coloniale à
l’époque actuelle »,
in Sophie Dulucq
et Colette Zytnicki (éd.),
Décoloniser l’histoire
? De l’histoire coloniale aux histoires nationales en Amérique latine et en
Afrique (xixe-xxe siècles), Paris,
Publications de la SHOM
, à
paraître.
[15]
Daniel Rivet,
Le Maghreb à
l’épreuve de la colonisation, Paris, Hachette, 2002.
[16]
Par exemple, Abbé Demanet,
La
nouvelle histoire de l’Afrique française, 1777 ou R. P. Dutertre,
Histoire générale des îles de Saint-Christophe,
la Guadeloupe, la Martinique et autres dans l’Amérique, 1654. Pour
une mise au point sur l’historiographie coloniale d’Ancien Régime, voir Paul
Gaffarel,
Les Colonies françaises,
Paris, Alcan, 1888, 4
e
éd.
[17]
Charles-Robert Ageron,
France
coloniale ou Parti colonial ?, Paris, Puf, 1978. Voir aussi
Christopher M. Andrew, Peter Grupp, Alexander S. Kanya-Forstner, « Le mouvement
colonial français et ses principales personnalités »,
Revue française d’histoire
d’outre-mer, vol. 62, n° 299, 1975, pp. 640-673.
[18]
Raoul Girardet,
L’idée coloniale
en France (1871-1962), Paris, La Table-Ronde, 1972.
[19]
Parmi tant d’autres : colonel Antoine-Ernest Carette,
Études sur la Kabilie proprement dite,
Paris, Imprimerie nationale, 1848.
[20]
Didier Nativel, « Le renouveau de l’écriture de l’histoire de
Madagascar : des érudits de l’époque coloniale aux historiens d’
Omaly Sy Anio (années 1950-1990) »,
communication à la journée d’étude
Écrire
l’histoire de l’Afrique autrement ?, Paris VII-Sedet, Paris,
L’Harmattan, à paraître.
[21]
Pierre Margry,
Mémoires et
documents pour servir à l’histoire des origines françaises des pays
d’outre-mer. Découvertes et établissements des Français dans l’Ouest et dans le
Sud de l’Amérique septentrionale, Paris, Maisonneuve,
1879-1888.
[22]
M. Lakroum, « De l’histoire coloniale… »,
op. cit., pp. 38-39.
[23]
O. Blamangin, « La Revue de l’histoire… »,
op. cit., p. 12.
[24]
Gabriel Esquer,
Les archives
algériennes et les sources de l’histoire de la conquête, Alger,
Annales universitaires de l’Algérie, 1912.
[25]
Voir F. Pouillon, « Du savoir malgré tout : la connaissance
coloniale de l’Extrême-Sud tunisie »,
in J.-C. Vatin (éd.),
Connaissances du Maghreb…,
op. cit.
[26]
Alfred Rambaud (éd.),
La France
coloniale. Histoire, géographie, commerce, Paris,
1886.
[27]
P. Gaffarel,
Les Colonies
françaises,
op.
cit.
[28]
Archives Nationales [AN], F17 249, rapports de
thèse.
[29]
Prosper Cultru,
Dupleix, ses
plans politiques, sa disgrâce.
Étude
d’histoire coloniale, Paris, Hachette, 1901 (thèse soutenue en
1901).
[30]
Albert Guigue,
La Faculté des
lettres de l’université de Paris depuis sa fondation le 17 mars 1808 jusqu’au
1er janvier 1935,
Paris, Alcan, 1935.
[31]
Dans l’état actuel de nos recherches, nous ne pouvons pas
encore quantifier à l’échelle nationale.
[32]
Voir les thèses de Lucien Peytraud, « L’esclavage aux Antilles
françaises avant 1789, d’après des documents inédits des archives coloniales »,
faculté des lettres de Paris, 1897 ; P. Cultru,
Dupleix…, op. cit. ; Jacques de Dampierre :
Essai sur les sources de l’histoire des Antilles
françaises (1492-1664), Paris, A. Picard et fils, 1904 ;
etc.
[33]
Voir Gaston Loth,
Le peuplement
italien en Tunisie et en Algérie, Paris, Armand Colin, 1905 ;
Charles Monchicourt,
L’expédition espagnole de
1560 sur l’île de Djerba, Paris, Ernest Leroux, 1913 ; Georges
Marçais,
Les Arabes en Berbérie du
xie au xive siècle, Paris, Ernest
Leroux, 1913.
[34]
D. Nativel, « Le renouveau… »,
op. cit.
[35]
B. Mouralis, « Orientalisme et africanisme… »,
op. cit.
[36]
M. Delafosse,
Haut-Sénégal…, op.
cit.
[37]
Victor Karady, « Durkheim, les sciences sociales et
l’université : bilan d’un demi-échec »,
Revue
française de sociologie, vol. 17, n° 2, 1976, pp. 217-311 et «
Stratégies de réussite et modes de faire-valoir de la sociologie chez les
durkheimiens »,
Revue française de
sociologie, vol. 20, n° 1, 1979.
[38]
Véronique Dimier, « Enjeux institutionnels autour d’une science
politique des colonies en France et en Grande-Bretagne (1930-1950) »,
Genèses, n° 37, 1999, pp.
70-92.
[39]
Sur sa personnalité, voir Vincent Berdoulay,
La formation de l’école française de géographie
(1870-1914), Paris, Bibliothèque nationale-CTHS, 1980. Sur la
Sorbonne, voir Claire-Françoise Bompaire-Évesque,
Un débat sur l’Université de la iiie République. La lutte contre la
Nouvelle Sorbonne, Paris, Aux amateurs du livre,
1988.
[40]
C. Zytnicki, « La maison, les écuries. L’émergence de
l’histoire coloniale en France (des années 1880 aux années 1930) »,
in S. Dulucq et C. Zytnicki (éd.),
Décoloniser l’histoire ?…,
op. cit.
[41]
Archives non cotées du rectorat de Paris, Rapport d’Henri
Froidevaux, 1904.
[42]
AN, AJ16/1025, Dossier Cultru.
[43]
Archives du rectorat de Paris.
[44]
V. Dimier, « Enjeux… »,
op.
cit., p. 85.
[45]
William B. Cohen,
Empereurs sans
sceptre. Histoire des administrateurs coloniaux et de l’École
coloniale, Paris, Berger-Levrault, 1973, pp. 74 et suiv. ; Armelle
Enders, « L’ENFOM et la formation des administrateurs coloniaux »,
Revue d’histoire moderne et
contemporaine, 1993, vol. 40, n° 2, pp. 272-288.
[46]
Premier Congrès d’histoire
coloniale. Paris 1931. Bibliographie d’histoire coloniale
(1900-1930), Paris, Ernest Leroux, 1932.
[47]
Voir J.-C. Vatin, « Science historique… »,
op. cit.
[48]
O. Blamangin, « La Revue de l’histoire… »,
op. cit., p. 27.
[49]
AN, Collège de France, F 17 130557.
[50]
O. Blamangin, « La Revue de l’histoire… »,
op. cit.
[51]
Premier Congrès…,
op. cit.
[52]
Voir Joannès Tramond, « Histoire coloniale en France », in
Premier Congrès…,
op. cit., p. 255.
[53]
Georges Hardy,
Les éléments de
l’histoire coloniale, Paris, La Renaissance du Livre,
1921.
[58]
Premier Congrès…,
op. cit.
[59]
Augustin Bernard, « Afrique du Nord »,
in Premier Congrès…, op.
cit.
[60]
« Discours de M. le Gouverneur Hubert Deschamps »,
Revue française d’histoire
d’outre-mer, vol. 52, n° 186, 1965, pp. 12-21.
[61]
Voir J.-C. Vatin (éd.),
Connaissances du Maghreb…,
op. cit.
[62]
Voir C. Zytnicki, « La maison… »,
op. cit.
[63]
Giuliana Gemelli,
Fernand
Braudel, Paris, Odile Jacob, 1995 ; Pierre Daix,
Braudel, Paris, Flammarion,
1995.
[64]
Jacques Fremeaux, « Des bureaux arabes à Maurice Delafosse.
Contribution à une étude de l’historiographie coloniale »,
in J.-L. Amselle et E. Sibeud (éd.),
Maurice Delafosse…, op. cit., pp.
193-209 ; J.-L. Triaud,
« Haut-Sénégal-Niger… »,
op. cit.
[65]
D. Nativel, « Le renouveau… »,
op. cit.
[66]
Jean Alazard, Eugène Albertini, Alfred Bel
et al., Histoire et Historiens de
l’Algérie, Paris, Félix Alcan, 1931. Voir Jacques Cantier, «
Histoire et Historiens de l’Algérie. Une tentative de synthèse sur l’histoire
coloniale au tournant des années 1930 »,
in S. Dulucq et C. Zytnicki (éd.),
Décoloniser l’histoire ?…, op.
cit.
[67]
J.-L. Triaud,
«
Haut-Sénégal-Niger… », op. cit.
[68]
Robert Delavignette,
Christianisme et colonialisme, Paris, Fayard,
1960, p. 31.
[69]
G. Hardy,
Les éléments., op.
cit., p. 7.
[70]
Gabriel Monod, « Manifeste »,
Revue historique, vol. 1, n° 1, 1876, pp.
27-38.