2003
Genèses
Dossier
Hiérarchies urbaines/ hiérarchies sociales :
Les noms de ville dans l’Italie moderne (xive-xviiie siècles)
Marco Folin
Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, en Italie le nom de
città ne désignait pas de façon
générale un centre urbain, mais seulement les villes épiscopales munies d’une
certaine autonomie politique (au contraire, pour nommer les centres mineurs, on
utilisait des noms totalement différents : terre, castelli, ville, etc.). Cet article se propose d’enquêter
sur les raisons de cette pratique de longue durée, en reliant usages
linguistiques et intérêts corporatifs de patriciats urbains qui fondaient leur
hégémonie sociale et culturelle sur la supériorité de la ville sur la
campagne.
Until the end of the Old Regime, in Italy the name
città did not usually designate an
urban centre, but merely an episcopal city that enjoyed a certain degree of
political autonomy. In contrast, totally different names were used for minor
centres : terre,
castelli,
ville, etc.). This article examines
the reasons for this long-standing practice, by tying linguistic usage to urban
patrician interests that based their social and cultural hegemony on the
superiority of the city over the country.
L’importance des villes et des institutions citadines dans
l’histoire italienne constitue un leitmotiv qui parcourt toute
l’historiographie des
xviiie et
xixe siècles, depuis l’
Histoire des républiques italiennes de Sismondi
(1807-1809) jusqu’à
La città considerata come
principio ideale delle istorie italiane de Carlo Cattaneo (1858),
depuis les réflexions d’Antonio Gramsci dans ses
Quaderni dal carcere (1929-1935) jusqu’à la
dernière et monumentale synthèse de Marino Berengo sur
L’Europa delle città (1999)
[1]. L’attention portée à la
nomenclature urbaine, qui demeura très précise en Italie durant toute l’époque
moderne, est bien plus récente et relativement circonscrite. Jusqu’à la fin de
l’Ancien Régime, en effet, les différents types d’établissements humains
étaient désignés par des noms complètement différents, qui marquaient leur
appartenance à des univers rigoureusement distincts : d’une part les
città au sens strict, c’est-à-dire les
chefs-lieux administratifs et diocésains, et, de l’autre, tous les centres
habités qui, dépourvus de chaire épiscopale et de solides traditions
d’autonomie politique, étaient considérés comme dépourvus de la dignité urbaine
et n’avaient pas, de ce fait, droit au nom de
città :
terre,
castelli,
ville,
borghi,
casali
[2]… Le présent article se propose d’enquêter sur les
raisons de la longue survie de cette classification, à travers une série de
sondages conduits sur des sources variées et également très étalées dans le
temps : descriptions de régions de la Péninsule et traités juridiques, textes
administratifs et œuvres littéraires ; l’objectif est d’observer la diffusion
effective de la nomenclature à laquelle on vient de faire allusion dans divers
contextes linguistiques et socioculturels, et d’étudier leurs rapports avec des
intérêts politiques et sociaux déterminés.
Quelles pouvaient être, en effet, les raisons profondes de la
longue persistance d’un schéma qui, dans le cours du temps, se révéla sans
cesse moins adapté, dans sa rigidité, à refléter la réalité urbaine multiforme
de l’Italie moderne ? Une possible réponse vient des traités des
xvie et xviie siècles sur la noblesse ; ceux-ci
assignent souvent à la naissance citadine et à l’appartenance au groupe des
citoyens de plein droit (cives optimo
iure) l’une des principales conditions pour se prévaloir d’un titre
aristocratique. Dans cette perspective, la notion et le nom de
città jouaient un rôle crucial aux
yeux des élites municipales, devenant, en l’absence d’autres solides sources de
légitimation, l’un des critères distinctifs de leur supériorité sur les
habitants du plat-pays (contado).
En définitive, derrière la longue hégémonie exercée par le nom
de città s’entrevoit un protagoniste
actif : le patriciat urbain, qui avait trouvé, dans l’ancienne classification
de matrice médiévale, un fondement à la fois sûr et malléable à sa
prépondérance sociale. C’est seulement avec la Révolution française que le
monde des privilèges urbains et le lexique qui en découlait – de plus en plus
contestés, mais encore très répandus – furent définitivement balayés ; c’est
alors seulement que furent réunies les conditions pour l’affirmation de
nouveaux modes de classification des villes : non plus en fonction d’antiques
droits de préséance, mais selon des paramètres essentiellement matériels comme
la taille démographique ou la vitalité économique.
Les cités épiscopales, cœur de l’organisation territoriale de
matrice médiévale
En Italie, entre le
xiiie et le
xvie siècle, il n’y avait pas l’ombre d’un
doute : seule la résidence d’un évêque permettait de conférer le titre de
città à un centre urbain, qui était
ainsi caractérisé moins par des paramètres physiques, sociaux ou économiques,
que selon le critère de la juridiction ecclésiastique. Ainsi, vers le milieu du
xiiie siècle, le chroniqueur génois Iacopo
da Varagine pouvait affirmer que, « à proprement parler, il n’est de ville que
revêtue de l’honneur épiscopal*
[3] ». L’humaniste Flavio Biondo (1388-1463) ne
s’exprimait pas autrement deux siècles plus tard lorsqu’il déclarait s’en être
remis aux « coutumes de l’Église romaine » (
stylum Romanae Ecclesiae) pour établir quelles
étaient les villes de l’Italie : « l’administration de l’Église romaine appelle
villes (
civitates) les lieux qui ont
un évêque* » ; il fut suivi en cela à la lettre par Leandro Alberti qui, dans
sa
Descrittione di tutta l’Italia
(1550), répéta que « la coutume suivie aujourd’hui par l’Église romaine […]
n’appelle aucun lieu qui n’ait de siège épiscopal du nom de
città »
[4]. C’était une donnée que les étrangers eux-mêmes ne
manquaient pas de relever comme caractéristique du lexique géopolitique
italien, et par laquelle il se distinguait de la situation prévalant de l’autre
côté des Alpes : en 1593, par exemple, la première édition italienne du
Theatrum orbis terrarum d’Abraham
Ortelius s’ouvrait sur un avertissement qui soulignait, entre autres, qu’« en
Allemagne, en France et dans les autres pays d’outre-mont, on tient pour
città les terres murées ; elles ont la
grandeur et les privilèges des
città
quoique dépourvues d’évêque, à la différence de l’Italie, où aucun lieu (pour
grand qu’il soit) n’est tenu pour
città s’il n’a son évêque », quoique « plusieurs
soient trop petits pour être des
città
»
[5].
Pour les lettrés et les géographes italiens le critère
épiscopal avait l’avantage d’offrir une ligne de partage précise et univoque,
qui permettait de compter le nombre de
città de la Péninsule et de faire des
comparaisons avec d’autres époques historiques. F. Biondo, avec quelque
découragement face au déclin drastique du phénomène urbain attesté par ses
calculs, disait avoir trouvé seulement deux cent soixante-quatre
città en Italie (quand Guido Ravennate
en avait énuméré plus de sept cents !)
[6] ; L. Alberti et, ensuite, Giovanni Antonio Magini
(1620), fournirent quant à eux des chiffres légèrement plus élevés
(respectivement trois cents et trois cent trente)
[7]. Loin de jeter le doute sur le critère
adopté, la différence des chiffres en confirmait la validité : car s’il était
clair, d’un côté, que les Anciens, privés d’évêques, avaient attribué le titre
de
civitas avec plus de libéralité que
les Modernes (« ils devaient en compter beaucoup, qui aujourd’hui portent le
nom de
castelli et
terre murate
[8] »), il était bien connu d’autre part qu’à
partir du milieu du
xve siècle – époque où écrivait F. Biondo
– « il y a quelques
castella
(châteaux) qui, ayant reçu chacun leur évêque, ont été faits
città par les pontifes romains
[9] ». Il faut souligner que
cette terminologie n’était pas réservée aux doctes dissertations des érudits,
mais était très diffusée dans les contextes linguistiques les plus divers.
Plutôt que d’en répéter les très nombreux témoignages littéraires, on peut en
rappeler quelques traces sédimentées dans la toponymie : parmi les innombrables
centres fondés
ex novo à partir du
xive siècle par exemple – tous fruits de
colonisation et donc, par définition, sans chaire épiscopale – aucun n’a reçu
le nom de
città, associé ou non à
d’autres épithètes. Castelnuovo, Villanuova, Borgonuovo (ou Castelfranco,
Villafranca, etc.), et encore Terra del Sole ou Porto Ferraio : dans le
vocabulaire italien d’Ancien Régime, le toponyme de « Città nuova », formé de
termes quasiment contradictoires, n’existait pratiquement pas (les quelques
occurrences attestées semblent toutes remonter à l’Antiquité tardive ou, au
contraire, être d’époque relativement récente)
[10].
Du reste, il n’y avait guère de doute sur ce qu’étaient les
limites physiques des
città, cas rare,
voire unique, dans un monde où les lignes de démarcation étaient généralement
fluctuantes et sujettes à controverses, et où autour de n’importe quelle
frontière – qu’elles séparent États, circonscriptions ou parcelles de terres –
s’agitaient d’endémiques conflits de bornage. Mais sur le tracé des limites de
la
città ne s’élevait aucune
contestation de ce genre : les limites coïncidaient avec le mur d’enceinte, qui
avait non seulement un rôle défensif, mais remplissait également des fonctions
de frontière fiscale, sociale, juridictionnelle et, au sens large,
politique
[11]. C’est
un fait qui apparaît nettement dans les journaux des voyageurs d’Ancien Régime
qui, d’Otton de Freising à Michel de Montaigne et à ses épigones plus récents
sur les routes du Grand Tour, ont continué à décrire une Italie « presque
entièrement divisée en villes (
civitates)* », presque exclusivement
circonscrite à l’espace compris entre les murs des vieilles communes
citadines
[12]. Avec
l’introduction des fortifications bastionnées entourées d’espaces nivelés, qui
transformèrent si brutalement la physionomie urbaine à partir de la première
moitié du
xvie siècle, cette séparation nette entre
la
città et le territoire circonvoisin
se fit encore plus radicale et violente ; mais cette distinction remontait à
des époques bien antérieures, et elle était déjà consignée dans les premiers
articles des statuts municipaux des
xiiie et
xive siècles, qui dessinaient avec
précision le district urbain à partir des murs de la ville, y incluant les
faubourgs (
borghi) nés tout autour. La
città italienne d’Ancien Régime, en
somme, se présentait comme un corps fermé, compact et privé à tous les sens de
« périphéries » (si bien qu’en Italie le mot
périferia n’est entré en usage que relativement
tard, à partir du milieu du
xixe siècle)
[13] : à l’intérieur du cercle fortifié, la
communauté urbaine ; aussitôt à l’extérieur, le territoire soumis à sa
juridiction, appelé
contado, terme
intraduisible dans les autres langues du temps, qui embrasse dans une unique
catégorie indifférenciée les faubourgs, appelés précisément
borghi, les campagnes et tous ces
centres habités qui, indépendamment de leur physionomie intrinsèque, ne
pouvaient être appelés
città car ils
étaient privés d’évêque
[14].
« Stylum Romanae
Ecclesiae », « coutumes de l’Église romaine » : dans les pages qui
ont été citées le recours au critère épiscopal n’était justifié que par
l’autorité d’une tradition immémoriale. Au traducteur d’Ortelius en échappait
jusqu’à la fonctionnalité, puisque la présence ou non de l’évêque n’avait aucun
lien direct avec la taille des divers centres urbains. Mais, seulement un
siècle et demi plus tôt, le lien entre évêques et città avait été le thème d’une vraie réflexion
sous la plume de Bartole (1313-1357) qui, dans un consilium fort connu, s’était interrogé sur les
origines de la coutume italienne :
« On appelle en effet ville (civitas), selon notre usage, le lieu qui a un
évêque : mais avant qu’il y eût des évêques, il y avait déjà des villes
(civitates). Et il appartient à la
ville, selon le droit commun, de se choisir des défenseurs qui aient pouvoir de
juridiction […] et, puisque, selon les canons, les évêques doivent être
installés dans les lieux où il y a des magistrats (officiales) […], apparut la coutume selon
laquelle le lieu qui a un évêque est une ville (civitas), mais il est cependant vrai qu’on peut
appeler ville (civitas) un lieu sans
évêque, pour autant qu’il ait les magistrats (officiales)
susdits et la juridiction* [15]. »
Selon le grand juriste du
xive siècle, donc, le lien étroit entre
siège épiscopal et
città n’avait rien
à voir avec les canons de l’Église ; ou, pour mieux dire, ces derniers
n’avaient rien fait d’autre que se modeler sur les usages des Anciens, qui
réservaient exclusivement le nom de
città aux centres qui étaient munis d’une
certaine autonomie politico-administrative, c’est-à-dire du privilège d’élire
eux-mêmes leurs magistrats et d’exercer la juridiction à l’intérieur de leur
circonscription. Le fait d’être en quelque sorte
sibi princeps : c’est ce qui, depuis des temps
reculés, caractérisait la notion de
città, avant même que les normes canoniques ne
confirment et ne consolident les antiques prérogatives des centres municipaux,
ajoutant un nouveau titre de supériorité ecclésiastique aux antiques privilèges
administratifs. La présence de l’évêque, en somme, n’était considérée que comme
un facteur de continuité institutionnelle, qui avait permis à plusieurs centres
urbains de maintenir leur caractère central et autonome dans l’organisation
publique italienne, durant les siècles obscurs du Moyen Âge : et cela est une
intuition dont la validité a été plusieurs fois confirmée par les recherches
qui, ces dernières années, ont souligné le rôle capital joué par les
institutions ecclésiastiques dans les processus de formation d’identités
urbaines bien affirmées
[16].
Pour Bartole la notion de città est donc intrinsèquement politique ; elle
n’a que bien peu de choses à voir avec l’aspect physique et la taille des
localités ; pour lui, elle est plutôt liée au rapport que le corps juridique
des habitants entretient avec le territoire. Brunetto Latini (1220-1295), du
reste, l’avait déjà dit explicitement un siècle auparavant :
« une ville est la réunion de gens qui veulent vivre ensemble
sous une même loi ; les citoyens (cittadini) d’une même commune (comune) ne sont pas appelés ainsi parce qu’ils
vivent rassemblés à l’intérieur d’une enceinte, mais parce qu’ils vivent sous
une même loi [17]
».
Cette idée avait clairement une origine classique, transmise
par des lexicographes médiévaux comme Isidore de Séville (« ce ne sont pas les
pierres, mais les habitants, que l’on appelle ville*
[18] »). En tant que telle,
elle fut répétée avec emphase durant tout le
xvie siècle par la majeure partie des
auteurs italiens de traités politiques. En s’appuyant sur l’autorité d’Aristote
et de Cicéron, ils pouvaient affirmer que la
città consistait moins en « murs et maisons* »,
qu’en un « groupe et ordre de citoyens* » (Gasparo Contarini, 1544)
[19]. Dans cette acception, la
civitas devenait quasiment synonyme de
Respublica : ce n’est pas par hasard
que les utopistes du début de l’époque moderne, de Campanella à Zuccolo,
s’étaient mis à rêver les sociétés idéales en leur donnant la forme de
città.
Il faut souligner que, dans ce contexte culturel, le terme de
cittadino renvoyait moins à quiconque
résidait à l’intérieur du mur d’enceinte qu’à celui qui – par droit de
naissance ou en vertu d’une concession formelle des autorités municipales –
pouvait se dire de plein droit membre de la communauté politique à laquelle
chaque
città devait son identité
urbaine particulière
[20]. C’était un statut social encadré de règles
juridiques précises, qui se traduisaient, entre autres, par un régime fiscal
privilégié et donnaient surtout la possibilité de participer aux honneurs et
aux charges du gouvernement de la
città, avec toutes les conséquences en termes de
prestige, de privilèges et d’occasions de s’enrichir. On trouve des traces de
cette conception dans tous les statuts municipaux italiens du Moyen Âge tardif,
attentifs à définir tant les caractères de la citoyenneté dite « originaria »
(c’est-à-dire celle qui dérivait en première instance du droit acquis par la
naissance) que les conditions auxquelles devaient se soumettre les étrangers
pour y accéder : un certain niveau de revenu, la résidence continue dans la
città et le paiement des impôts locaux
durant un certain nombre d’années (même si, par la suite, les conditions
requises pour l’entrée dans le conseil municipal et pour pouvoir se prévaloir
du titre de
cives optimo iure se
firent toujours plus rigides et exclusives)
[21].
Nous rencontrons certes ici en partie un patrimoine idéologique
et des structures d’organisation répandus dans toute l’Europe chrétienne : la
littérature utopique dont il a été question plus haut en fournit maints
exemples. Cet horizon commun s’enrichissait toutefois en Italie d’implications
et de contenus spécifiques, déterminés avant tout par ce qui a été défini comme
la « vocation territoriale » de la ville italienne : c’est-à-dire son ambition
(et sa capacité) constante à s’imposer comme une Cité-État, maintenant presque
partout ses droits et son contrôle sur le
contado et continuant à en tirer des revenus
jusqu’à la fin de l’Ancien Régime
[22]. Peut-être les
città ne furent-elles pas le « principe unique
par lequel on peut exposer de façon évidente et continue les trente siècles
d’histoire italienne »
[23] ; mais il est bien certain que, au moins dans la
plus grande partie de l’Italie du Centre et du Nord, les
città surent rester le cœur de
l’organisation politique du territoire, depuis l’éclipse des pouvoirs publics
qui fit suite à la chute de l’Empire romain jusqu’à l’époque communale, et puis
encore à travers la période tourmentée des guerres d’Italie, à l’intérieur des
États régionaux de l’époque moderne. Ces derniers, à y bien regarder, ne furent
rien d’autres que des agrégats de
contadi citadins, dont la capitale resta
toujours le chef-lieu éponyme bien plus que la résidence du Prince.
La nomenclature variée des « centres mineurs »
La conscience de l’extrême diversité des formes, des typologies
et des ordres de grandeur qui caractérisaient les centres urbains était loin
d’être faible en Italie. Au contraire : c’était justement la conscience de
cette irréductible hétérogénéité qui alimentait un lexique structuré en des
familles de mots étymologiquement bien différenciées : si, précisément, à
l’appellation de
città ne
correspondait qu’un nombre réduit de centres habités, d’autres types de
localités avaient reçu des noms radicalement différents, qui ne dérivaient pas
de la tradition classique, mais avaient des origines, une histoire et des
consonances différentes. Bartole avait déjà jugé opportun, après avoir défini
la notion de
civitas, de s’arrêter
aussi sur les autres centres habités –
castra (châteaux) ou
villae (villages), selon qu’ils
étaient entourés ou pas de fortifications – qui se caractérisaient par
l’absence d’autonomie juridictionnelle : c’est-à-dire des centres qui,
indépendamment de leur éventuelle physionomie urbaine, faisaient partie du
contado soumis à une autre
civitas, et étaient de ce fait privés
d’un district propre
[24]. « Pour parler selon le langage commun » – écrivait
trois siècles plus tard le juriste padouan Girolamo Bonifaccio (1624) – dans la
Terreferme vénitienne il y avait :
« des città, des
terre, des
castelli et des
ville : les Latins, par le mot
civitas entendaient la réunion de
cittadini, d’où la
città tira son nom […] Et ils
appelèrent urbem les bâtiments
qu’habitent les cittadini […]. La
Terra est un mot général, qui désigne
n’importe quel lieu habité de personnes civiles : mais, cependant, selon
l’usage de ce pays, on parle désormais de Terra pour ce qui est plus petit qu’une
Città et plus grand qu’un
Castello : c’est parce qu’elle n’a pas
d’évêque que la Terra n’est pas
appelée Città. On appelle
Castello un lieu fortifié plus petit
qu’une Terra […]. La
villa proprement dite tire son nom de
la casa di villa (ferme) […] et ce que
les Latins appelaient pagus est pour
nous la villa (village) [25] ».
Città (chef-lieu de
diocèse, capitale d’un
contado),
terra (ensemble d’habitations
entourées d’un mur, doté d’une physionomie urbaine marquée mais sans dignité
épiscopale),
castello (centre mineur
fortifié),
villa (habitations rurales
dépourvues de murs d’enceinte) : avec quelques variantes, cette taxinomie
demeure pleinement en vigueur dans la langue administrative italienne du Moyen
Âge tardif jusqu’à la fin de l’époque moderne, depuis les
descriptiones des terres pontificales
de la seconde moitié du
xvie siècle jusqu’aux premières
codifications législatives du
xviiie siècle
[26].
Les mêmes mots apparaissent avec des acceptions analogues dans
la majeure partie des descriptions géographiques de la Péninsule, comme dans
les journaux de voyage contemporains : ainsi, dans son
Itinerario in Terraferma (1489) Marin
Sanudo distinguait attentivement les
città « très anciennes » et « illustres » comme
Vérone, Padoue ou Brescia, des myriades de
terre et de
castelli sans passé communal de quelque relief –
quoiqu’ils puissent parfois être « gros », « bons » et même, à l’occasion, «
beaux »
[27]. De
manière analogue, l’ambassadeur florentin Orazio della Rena (1589), faisant un
rapport à son maître sur l’État du duc de Ferrare, montrait une curiosité et un
degré d’attention très différents selon qu’il parlait des quatre
città du duché (Ferrare, Modène,
Reggio et Comacchio, sièges épiscopaux) – il en énumérait les « familles les
plus anciennes et les plus nobles », dissertant longuement sur leurs habitudes
et leurs idiosyncrasies respectives – ou qu’il décrivait les
terre et les
castelli du
contado : il se limitait alors à
mentionner la solidité des ouvrages défensifs et la présence ou non d’un
marché
[28]. Jusqu’à la
fin du
xviiie siècle nous retrouvons les mêmes
critères distinctifs dans la
Geografia
storico-politica de l’État de l’Église (1795) ; on y lit, entre
autres, que « le Ferrarais contient 3
Città, 23 grosses
Terre, 182
Villaggi ou
Castelli et divers
borghi » : et si l’auteur anonyme prenait
plusieurs pages pour décrire la physionomie édilitaire et sociale des trois
Città (Ferrare, « capitale de son
Duché […] siège d’un archevêque, presque toujours cardinal » ; Comacchio, très
ancien centre épiscopal documenté depuis le
ve siècle ; Cento, dépourvue de chaire
épiscopale mais fort ancienne et « élevée au rang de
città par Benoît XIV en 1745 »), il ne
consacrait que quelques lignes aux
terre principales, se limitant à de maigres
allusions restreintes à certains des
villagi ou
castelli
[29].
Ces conceptions étaient très répandues. Dans son
Anfiteatro di Europa (1623), par
exemple, Giovanni Nicolò Doglioni, de Bellune, disait de Pise qu’elle était une
« noble et antique
città » ; il
rappelait les « édifices honorables et […] les nobles citoyens » de Lucques et
chantait les « nobles et magnifiques édifices, habités de populations nobles et
civiles » de Vérone, « à l’origine édifiée par les Toscans et la très noble
famille Vera Tosca »
[30]. Il avait du reste tenu, quelques pages plus haut, à
préciser que, « en général », dans la Péninsule, les trois cents
città épiscopales étaient toutes «
bien habitées de nobles et puissants hommes et qu’elles étaient toutes
remarquables »
[31]. On
pourrait multiplier les exemples : dans l’Italie d’Ancien Régime, le critère le
plus répandu pour définir l’importance d’un centre urbain ne faisait pas
référence à son extension physique, à la beauté de ses bâtiments, à la richesse
de ses comptoirs ou à la puissance de ses souverains, mais avant tout à la
noblesse de ses habitants. Une
città
n’était pas nécessairement « grande », « belle », « riche » ou « forte » : mais
elle était presque toujours « très noble » et souvent « très ancienne
».
Ferrare au
xviiie siècle : « Schenografia prospettica
della fortezza e città di Ferrara ».© Biblioteca Comunale Ariostea,
Ferrara.
Différent était en général le lexique dont on se servait pour
qualifier les
terre et les
castelli : dans sa
Descritione della Patria del Friuli
(1567), par exemple, Guido Porcia disait que Venzone était une « bonne
terra habitée honnêtement, mais
cependant pas de personnes civiles » ; tandis que, pour exalter San Vito et San
Daniele, il les décrivait respectivement comme un «
castello très beau avec des murs, des
fosses en eau ; bien peuplé et bien habité, autour, par différents châtelains,
qui y ont de très bonnes et belles maisons », et comme une «
terra assez grande, bien construite et
bien peuplée d’hommes civils et riches »
[32]. Il était rare que les centres mineurs fussent dits
« nobles » ; en ce cas – comme souvent chez L. Alberti – l’épithète était
utilisée avec une acception impropre à dessein : un
castello était « noble » en dépit de
sa nature de
castello et, de ce point
de vue, on pouvait le considérer quasiment comme une
città. Tout en disant que Montagnana
était un « très noble
castello », par
exemple, L. Alberti spécifiait qu’il était « très habité d’une population
civile, de manière qu’il semble être plutôt une
città qu’un
castello, eu égard à sa civilité et à sa richesse
[33] ». De façon analogue,
Giovanni Villani (1276-1348), deux siècles plus tôt, avait décrit Poggibonsi
comme « le plus beau castello et parmi les plus forts d’Italie […] : belles
murailles et belles tours, nombre de belles églises, tant églises paroissiales
que riche abbaye, très belles fontaines de marbre, construit et habité de gens
comme une bonne
città »
[34].
La classification que l’on vient d’évoquer, en somme, n’était
pas neutre : explicitement ou non, elle s’accompagnait de jugements de valeur
qui sous-tendaient une hiérarchie de mérite axée sur le binôme
civilité/noblesse. Au sommet de la pyramide se trouvaient les
città, d’autant plus nobles qu’elles
étaient antiques, et d’autant plus civiles qu’elles étaient nobles ; puis on
trouvait, en descendant, des « bonnes murailles » des
terre principales jusqu’aux « taudis »
(
tuguri) des villages ruraux, les
autres localités – petites ou grandes, belles ou laides, riches ou pauvres,
mais de toute façon moins honorables que ces centres qui pouvaient se prévaloir
d’une longue et orgueilleuse tradition d’autonomie municipale
[35]. Il est aisé de suivre
les traces de ce cadre idéologique dans la langue commune, dans laquelle des
mots comme
urbanità (urbanité),
cittadinanza (citoyenneté) et
civiltà (civilité) étaient synonymes
de raffinement et d’élévation d’esprit, tandis que, au contraire, des termes
comme
villano (villageois),
paesano (paysan) ou
contadino (mot qui, il faut le
rappeler, ne signifiait pas travailleur de la terre, mais originaire du
contado) étaient immanquablement
marqués de connotation péjorative
[36]. On pourrait aussi, dans ce domaine, trouver à
l’origine du
topos des sources
classiques : à la fin du
ive siècle, par exemple, Ausone donnait à
un poème dans lequel il faisait la liste des plus grandes
città impériales le titre d’
Ordo urbium nobilium
[37]. Il est toutefois probable que le
topos, en Italie, se soit consolidé au
cours du Bas Moyen Âge, lorsque, dans de vastes zones de la Péninsule, le
déclin des autorités universelles laissa de fait aux communes citadines le
monopole d’une partie non négligeable des fonctions publiques ainsi que du
patrimoine de prestige qui y était attaché et qui constituait
traditionnellement l’un des principaux éléments constitutifs de
l’aristocratie.
La légitimation des patriciats urbains
Il est impossible ici de retracer, même à grands traits,
l’évolution des débats sur la notion de noblesse en Italie, très différenciée
dans le temps et l’espace mais également suivant la position idéologique des
auteurs et le contexte politique et culturel dans lequel ils écrivirent. Qu’il
suffise de dire que, au rebours des théories transalpines qui tendaient à
identifier la noblesse avec les titres d’honneur concédés par le souverain, on
avait plutôt tendance à considérer, dans la Péninsule, que l’appartenance à
l’aristocratie dérivait en premier lieu de l’exercice des droits régaliens,
c’est-à-dire le contrôle (
dominio)
d’un territoire donné – à condition, naturellement, qu’il soit publiquement
reconnu
de iure comme bien héréditaire
d’une famille ou d’un groupe social donné
[38]. Par conséquent étaient nobles les vassaux investis
d’une juridiction féodale, mais tout aussi bien ces élites urbaines qui – après
avoir réussi à imposer à leurs concitoyens des formes de séparation sociale et
l’hérédité d’accès aux charges de gouvernement – pouvaient de cette façon se
dire titulaires des droits souverains de leurs
città respectives sur le territoire qu’elles
contrôlaient : de ce point de vue, le patriciat vénitien constitue un exemple
particulièrement précoce, mais en rien exceptionnel. Sur ces bases, vers la
moitié du
xviie siècle, le lettré florentin Gregorio
Leti avait noté que « toutes les
città
en Italie sont royales, parce qu’elles sont presque toutes pleines d’une
Noblesse très florissante
[39] ». Cinquante ans auparavant, Giovanni Botero
(1544-1617) avait déjà relevé comme trait caractéristique des centres urbains
de la Péninsule un fait qui les distinguait de ceux du reste de l’Europe : les
premiers sont en moyenne plus grands que les seconds parce que, « en Italie,
les gentilshommes habitent dans les
città », tandis qu’en France, ils résident «
dans leurs châteaux » :
« le fait que les nobles résident en ville rend celles-ci
plus illustres et plus peuplées, non seulement parce que s’y ajoutent leurs
gens et leur famille, mais surtout parce qu’un baron dépense [en ville]
beaucoup plus largement, et qu’il s’y fait avec les autres concurrence et
émulation [40]
».
Le thème avait été abordé, entre autres, par un auteur de
traités, le Ferrarais Alessandro Sardi, vers la fin du
xvie siècle ; il avait conclu avec Aristote
que « pour être noble il faut avoir des ancêtres connus » et que « le
Cittadino (citoyen) proprement dit est
celui qui peut accéder à la Magistrature » : donc, puisque celui « qui a
beaucoup d’ancêtres connus est plus
Cittadino que celui auquel ils font défaut », le
noble, par conséquent, n’est rien d’autre que « le plus
Cittadino »
[41]. C’était une manière pour
affirmer l’autonomie des titres de légitimité des patriciats urbains ; mais de
ces prémices découlaient aussi d’autres conséquences plus générales, en termes
de classification des centres habités. Bartole avait déjà parlé de « l’honneur
» des
città ; il avait montré qu’il
était directement lié à leur degré d’autonomie juridictionnelle : « on
considère en effet qu’un chef-lieu de province est une ville plus
honorable*
[42] ».
Poursuivant sur cette voie, de nombreux auteurs de traités – dont A. Sardi
lui-même – avaient senti l’exigence de distinguer une noblesse « privée », qui
dérivait des hauts-faits des ancêtres, d’une noblesse « publique des lieux, des
Città et des Provinces : et on peut
l’appeler vertu de la Patrie, parce que pour elle une Patrie prévaut sur
l’autre »
[43]. Paolo
Paruta (1579), s’interrogeant lui aussi sur l’essence de cette « noblesse
publique », se demandait de quoi elle dépendait : fallait-il suivre l’autorité
d’Aristote et considérer comme nobles « ces
città qui forment un État et commandent à
d’autres », ou bien donner crédit à l’opinion courante, qui donnait la palme de
la noblesse à l’ancienneté de l’implantation (« moi j’ai toujours entendu dire
que l’ancienneté était la principale condition requise pour rendre noble une
città ») ? Le gentilhomme vénitien
n’avait pas hésité à pencher pour cette seconde thèse : « puisque la vertu a
besoin du témoignage extérieur de l’honneur, on regarde à la dignité, non à la
taille du domaine ; et, à dignité égale, à l’ancienneté
[44] ». De son côté, A. Sardi était allé
jusqu’à déclarer que « quiconque a la noblesse publique a la préséance sur
celui qui n’a que la noblesse privée », soutenant que celui qui était né dans
un « lieu noble » – tout se passant comme s’il en absorbait les « vertus » –
méritait la préséance sur celui qui ne pouvait se prévaloir que de quelque
titre honorifique « conféré en son temps par les princes »
[45].
Ainsi, et malgré l’autorité de quelques-uns des plus grands
auteurs de traités d’outre-mont, convaincus comme André Tiraqueau que « ce
n’est pas le lieu qui anoblit l’homme, mais l’homme le lieu*
[46] », c’est une autre idée
de la noblesse qui trouva toujours un plus grand crédit en Italie, celle qui
mettait en relation le statut aristocratique avec l’honorabilité du lieu de
naissance : une chose était d’appartenir au patriciat d’une ville dominante
comme Venise ou Florence, une autre faire partie de l’élite d’une ville sujette
comme Pise ou Trévise, une autre encore être né dans le
castello d’un
contado n’ayant jamais connu, de toute
son histoire, la moindre lueur d’indépendance. Sur ce sujet encore Bartole
avait anticipé, et de la manière la plus claire :
« Il faut noter qu’il est mieux d’être un citoyen médiocre
d’une noble et honorable ville (civitatis) que d’être un citoyen plus important
d’une médiocre ville (civitatis). Et
cela vaut pour les populares (faction
populaire) d’une noble ville, qui doivent être honorés davantage que les grands
(magni) d’une autre ville [47]. »
Vers la fin du xvie siècle, un autre auteur de traités,
ferrarais d’adoption, Lorenzo Ducci, pouvait soutenir ouvertement que de la «
Noblesse publique » étaient par définition exclues :
« toutes les Città
qui ont toujours vécu sujettes d’autres villes. Car là où il n’y a pas de
Principauté il n’y a pas d’élection, puisque la volonté et le jugement des
assemblées civiles résident dans le Prince, et il ne peut y avoir d’action
vertueuse là où il n’y pas d’élection […] : une Città sujette, qui dans son corps n’a pas la
Principauté, ne fait rien d’autre qu’obéir […] d’où il faut conclure que les
villes ainsi sujettes sont privées de la Noblesse publique [48]. »
Le titre de città,
c’est-à-dire la reconnaissance de la part du souverain du statut politique d’un
centre urbain, et donc de son droit légitime à avoir un territoire et une
juridiction, en venait ainsi à revêtir un rôle central dans les processus de
construction de l’identité des élites municipales : c’est autour de la
possession ou non d’un tel titre, en effet, que se dessinait la ligne qui
démarquait celui qui pouvait se présenter comme un « noble d’office » de celui
qui n’était qu’un « notable du contado
», celui qui pouvait se vanter d’une antique généalogie (remontant idéalement à
l’époque romaine) et celui qui se voyait en revanche contraint à cacher à tout
moment ses origines serviles.
Voilà pourquoi beaucoup des principales
terre de l’Italie du Centre et du Nord
firent la course à l’obtention formelle du rang de
città avec tous ses paraphernaux, ce
qui permettait ainsi à leurs élites respectives, et éventuellement à leurs
seigneurs féodaux, d’acquérir de plus honorables quartiers de noblesse
[49]. D’où cet investissement
de passions et d’énergie dans l’histoire locale, qui réunit des générations
d’érudits et de lettrés tendus vers l’objectif commun de démontrer l’antiquité
des origines ou romaines ou même étrusques, quand ce n’était pas troyennes, de
tel ou tel centre habité, de telle ou telle famille, annonçant triomphalement
chaque découverte archéologique et documentaire, selon des modalités dont
héritèrent en bloc les
Deputazioni di storia
patria de l’Italie unifiée. De ce point de vue, les aristocraties
locales des petites principautés padanes ou des baronnies de l’État pontifical
retrouvaient une singulière unité d’intention avec leur seigneur féodal : l’un
comme les autres profitaient du prestige de la
civitas, qu’elle soit reconnue depuis longtemps
ou bien seulement préconisée. À la fin du
xvie siècle, le Tasse y fit aussi allusion,
rappelant que :
« si donc le prince est très noble, très noble est la
principauté, parce qu’il s’agit de la même chose : aussi l’un prend toujours de
l’autre sa qualité ; et si la principauté est très noble, très noble est le
prince [50] ».
Toutefois, malgré cette remarquable coïncidence d’intérêts et
d’investissements, très peu nombreux furent les centres qui, au début de
l’époque moderne, virent couronner leurs aspirations à voir formellement
sanctionné leur statut de ville par un décret émanant de l’une des autorités
universelles ou, du moins, du pouvoir souverain. Casale et Saluces en Piémont,
Sarzana, Cortone et Pienza en Toscane, Vigevano en Lombardie : si les
promotions restent rares, innombrables sont en revanche les efforts rendus
vains par l’infatigable opposition des
città existantes, qui voyaient dans les
prétentions des
comitatini de
dangereux attentats à leurs privilèges acquis. Le cas de Carpi est
emblématique. Son prince Alberto III Pio, dans les vingt premières années du
xvie siècle, mit en chantier une entreprise
organique de renouveau urbain, commissionnant des travaux édilitaires, fondant
des institutions religieuses, fixant des infrastructures pour faire de la
petite
terra une
civitas et anoblir ainsi sa propre
dynastie, qui la gouvernait depuis des siècles
[51]. Le programme d’Alberto Pio – en
l’espace de vingt ans, il modernisa les espaces centraux de Carpi jusqu’à en
faire la « troisième plus grande place d’Italie », comme le disent aujourd’hui
encore les guides touristiques, fonda une collégiale, construisit un hospice et
un abattoir publics, restaura une grande partie des églises – fut brusquement
interrompu par les vicissitudes de la guerre et de la diplomatie. Le prince
mourut exilé en France, en 1531. Mais, jusque sur son lit de mort, ses derniers
désirs étaient encore l’enrichissement et l’embellissement de sa capitale ; il
demanda à ses héritiers la construction d’un couvent de chanoines augustiniens,
d’une bibliothèque publique, d’une école de grammaire ; et, en cas de mort de
ses descendants directs, Alberto laissait Carpi au Saint-Siège, avec la
condition précise que le pape « institue sur la terre de Carpi un évêque qui
soit évêque-comte de Carpi et qui ait l’obligation d’y résider*
[52] ». Cette clausule
apparemment désuète – on ne comptait plus alors en Italie qu’une poignée de
principautés épiscopales, perdues dans les montagnes – devait évidemment
apparaître à Alberto comme la garantie la plus sûre d’obtenir pour la terre de
ses ancêtres, en même temps qu’un évêque, le titre de
civitas (qu’elle n’obtint que beaucoup
plus tard, en 1964)
[53].
Une « quasi città », Carpi au
xviie siècle : L. Nasi, « Pianta prospettica
di Carpi ». © Museo Civico, Carpi.
Nouvelles formes de classification fondées sur des paramètres
physiques et matériels
Pour faire de Carpi une
città, Alberto Pio avait donc mis en action une
double stratégie : d’un côté il avait fondé une collégiale, dans l’idée de
permettre un jour son érection en cathédrale, qu’il appelle de ses vœux jusque
dans son testament ; il avait par ailleurs patronné la construction de
bâtiments et d’infrastructures civiles, militaires et religieuses, de manière à
améliorer la trame édilitaire du centre urbain. Ludovic le More n’avait pas agi
autrement quelques années auparavant pour promouvoir la croissance de Vigevano
(« il fait tout ce qu’il peut pour donner à Vigevano la civilité (
civiltade) et le nom de
citade », écrivait de lui un
secrétaire ferrarais en 1492
[54]) : cherchant, d’un côté, à faire élever à la dignité
de cathédrale l’église Saint-Ambroise, il restaura par ailleurs le château
Sforza, reconstruisit la piazza dei Mercanti, rénova l’enceinte fortifiée et le
réseau viaire dans son ensemble (« il rendit un faste civil aux habitations du
peuple, livrées à l’abandon et à la ruine, en refaisant par toute la ville des
rues pavées et dégagées* »)
[55]. Tout se passe comme si ces princes ne faisaient
plus entièrement confiance à l’installation d’un évêque comme instrument
d’anoblissement de leurs
terre, mais
accordaient autant, voire plus d’importance, à d’autres paramètres plus
concrets d’évaluation de la dignité urbaine des centres habités.
À partir de la fin du
xve siècle émerge en effet ça et là, chez
les chroniqueurs, les géographes et les voyageurs, un certain embarras à
l’égard du traditionnel critère épiscopal : beaucoup notaient, comme l’avait
déjà remarqué Dante (1265-1321), que les «
città ont une fin », et que bien des centres
honorés du titre de
civitas ne
gardaient plus aucune trace de leur grandeur passée. Ainsi Comacchio, par
exemple, dont la
Descriptio provinciae
Romandiolae de 1371 disait déjà qu’elle était « submergée à cause
des inondations* » et seulement peuplée de « quelques habitants* »
[56]. Ou bien Adria, qui «
donna son nom à la mer Adriatique, comme on le lit dans les histoires ; et
Pline écrivait que c’était une très belle ville » ; mais il fallait désormais
admettre qu’elle n’était plus « qu’un lieu habité par des pêcheurs, avec
quelques maisons
[57]
», si bien qu’en 1474 – « puisque cette ville (
civitas) est presque déserte* » – le pape Sixte
IV avait jugé opportun de transférer le tribunal épiscopal à Ferrare
[58]. Trois siècles plus tard,
G. Leti, dans son
Italia Regnante
(1675), déplorait explicitement le trop grand nombre d’évêchés italiens, fait
lourd de conséquences négatives :
« le seul royaume de Naples en a plus que toute la France
dans son ensemble. Il n’est point de Città qui n’ait son évêque, qu’elle soit grande
ou petite ; mieux, certains lieux, qui ne comptent même pas cinq cents
communiants, comme Caurli dans le golfe de Venise ou l’Isola en Calabre,
possèdent la dignité épiscopale, ce qui tourne moins à la gloire qu’au mépris
du Siège apostolique, tandis que de nombreux évêques ont à peine de quoi vivre
et en sont réduits, pour maintenir le décorum, à servir de chapelain dans
quelque couvent de religieuses, voire peut-être à commettre des actions
répréhensible [59]
».
Il y avait d’autre part beaucoup de
castelli et de
terre murate qui pouvaient se
considérer comme des « quasi città » : Rovigo, par exemple, qui selon M. Sanudo
était une «
terra très belle,
magnifiquement ordonnancée, et dont les maisons paraissent des palais », fut
appelée cinquante ans plus tard par L. Alberti un « noble
castello, très vaste et riche »
[60]. Ou Udine, qu’en 1567 le
noble G. Porcia compte non sans hésitation comme l’une des quatre
città du Frioul (« si du moins on peut
l’appeler
città »), pour corriger le
terme quelques pages plus loin : « elle a certes un
duomo avec des chanoines, c’est une
terre murée de deux murailles […], bien ornée d’édifices publics, de monastères
de religieux et de religieuses », mais en toute rigueur on ne saurait l’appeler
«
città, car elle n’est pas forte et
n’a pas d’évêque, même si le patriarche y a installé son vicaire depuis un
certain temps »
[61].
Ou encore la même Carpi, qu’une description anonyme du
xviie siècle disait être :
« l’une des plus nobles et plus importantes
Terra de Lombardie, et si dans le
langage commun elle n’a pas le titre de città, puisqu’elle n’est pas évêché, elle est
cependant une città imperiale, et elle
mérite ce nom si l’on regarde le tour de ses murs, la beauté de ses
habitations, la multitude, la richesse et la noblesse de ses habitants, la
fertilité et l’ampleur de son territoire [62] ».
De plus en plus souvent, sous la plume des auteurs des
xviie et xviiie siècles, nous trouvons énumérés, de
façon révélatrice et consciente, des critères d’identification d’une ville
différents de ceux qu’impliquaient les observations de F. Biondo ou de Bartole.
Il est vrai que, dans les textes que nous venons de rapporter, la présence de
l’évêque demeurait une condition sine qua non, et que la « noblesse des
habitants » continuait d’être un trait citadin par excellence ; mais
graduellement commençaient de se faire jour d’autres caractères distinctifs,
depuis toujours récurrents dans les panégyriques des villes (les
laudes urbium), mais désormais
investis de significations relativement nouvelles : le nombre d’habitants,
avant tout ; puis l’extension de la surface construite, la beauté des
bâtiments, la vigueur des flux et des activités économiques, la présence
d’infrastructures civiles, commerciales et religieuses. Certes, depuis le Moyen
Âge, les voyageurs étaient fascinés par l’aspect physique des villes ; mais,
désormais, dans les pages des auteurs du début de l’époque moderne, la richesse
des dotations matérielles n’était plus consignée à titre de curiosité
extrinsèque, signe de la variété du monde, mais comme indice principal de
mesure des classes de « grandeur » des divers centres urbains.
Dans la diffusion de cette nouvelle perspective eurent, bien
entendu, une importance capitale les
Tre libri
sulle cause della grandezza delle città (1588), dans lesquels G.
Botero reformulait d’une manière très novatrice les vieux principes selon
lesquels les
città n’étaient rien
d’autre qu’une « réunion d’hommes concentrés en un même lieu pour vivre
heureusement », et que leur « grandeur » ne résidait pas dans « l’espace du
site ou [dans] le tour des murailles », mais dans la « multitude des habitants
et [dans] leur puissance »
[63]. À partir de ces présupposés, le jésuite piémontais
ne reconnaissait pas comme paramètre de développement urbain l’antiquité de
l’implantation ou la résidence de l’évêque, auxquels il ne réservait de loin en
loin que quelques allusions, mais d’autres facteurs de caractère
environnemental, économique, social et politique : la « commodité du site » et
la « fécondité de la terre », « l’agriculture, le commerce et les arts », la
présence du prince et de sa cour, et surtout « l’industrie […] qui permet un
afflux d’argent et d’hommes qui travaillent, commercialisent ce qui a été
produit, fournissent des matériaux à ceux qui travaillent, achètent, vendent,
transportent d’un lieu à un autre les produits du génie et de la main de
l’homme »
[64].
Même chez les juristes le critère épiscopal commença à être
remis en cause de plus en plus fréquemment : ainsi, en 1656, Giacomo Cohelli
admettait que l’on pouvait aussi appeler
città quelques centres mineurs, à condition «
qu’ils soient gouvernés par la justice et la réglementation de magistrats
quoiqu’ils soient dépourvus d’évêque et qu’ils soient ceints de murs comme il
convient* » ; au siècle suivant, Lucio Ferraris (1752) soulignait que «
beaucoup pensent, et cela n’en paraît que plus vrai et crédible, qu’il n’est
nul besoin d’évêque ni d’église cathédrale pour qu’existe une cité (
civitas)*
[65] ». Ces nouvelles conceptions furent bien vite
transposées par les géographes : dès l’introduction de son
Delle città d’Italia (1770), par
exemple, Cesare Orlandi mettait tout de suite noir sur blanc qu’il n’avait
aucune intention de parler « de ces
città, qui fleurirent en Italie il y a déjà
quelque temps, mais dont il ne reste aujourd’hui que la mémoire du seul nom ;
non plus de ces villes dont il ne demeure plus qu’un misérable reliquat, pauvre
et maigre taudis habité par les gens occupés aux travaux des champs » ; mais
plutôt, discourant des différentes provinces, l’auteur se proposait de « parler
des
Terre les plus remarquables et des
Lieux les plus considérables », sans suivre en cela à la lettre les «
géographes de crédit » qui l’avaient précédé
[66].
Avec le changement des facteurs de « grandeur » des centres
habités, les hiérarchies urbaines, jusqu’alors considérées comme acquises, se
modifiaient lentement ; et l’on percevait toute la rigidité de l’ancienne
classification des villes. Le premier à utiliser un lexique nouveau pour
distinguer les différents ordres de grandeur des centres urbains fut une fois
encore G. Botero, qui écrivait, dans son
Discorso
intorno allo Stato della Chiesa (1599), qu’on trouvait dans l’État
pontifical « une
città d’Italie de la
première classe, Rome ; une de la seconde, Bologne ; de nombreuses de la
troisième, Ferrare, Pérouse, Ascoli, Ancône, Forli, Ravenne, Fermo et Viterbe
»
[67]. On pourrait
peut-être voir un lointain précédent de la nouvelle classification introduite
par G. Botero dans la subdivision des terres pontificales en grandes (
magnae), moyennes (
mediocres) et petites (
parvae), instaurée dans les Constitutions
égidiennes
[68]. À peu
près à la même époque, G. A. Magini introduisait son recueil de cartes de la
Péninsule (ouvrage posthume édité en 1620) en rappelant que :
« les città d’Italie
de la première classe reçoivent
communément ces épithètes, qui courent quotidiennement entre les gens : Rome
sainte, Naples noble ou gentille, Venise riche, Gênes superbe, Milan grande et
Florence belle. De la seconde classe
font partie Bologne féconde […], Ravenne antique, Padoue forte, Brescia,
Vérone, Crémone, Pavie, Mantoue, Ferrare, Sienne, Pérouse et quelques autres,
outre ensuite un grand nombre de terre
murate et de castella
opulentes et très bien peuplées, qui ressemblent à autant de
città [69] ».
On notera comment Botero comme Magini ne mettaient pas encore
en discussion la taxinomie traditionnelle, se limitant à juxtaposer à la
vieille subdivision en
città,
terre et
castelli une nouvelle forme de catalogage des
centres urbains en « classes », sémantiquement homogènes et distinguées en
première instance – à ce qu’il paraît – par leur importance politique, puis,
ensuite, par leur nombre d’habitants, leur importance économique et l’antiquité
de leur tradition urbaine. Et si G. Botero circonscrivait encore l’usage de la
nouvelle terminologie aux
città
entendues au sens strict, Magini se montrait déjà enclin à l’étendre aux
terre murate et
castelli les plus riches dont la
Péninsule était constellée. On ne trouve pas, dans la littérature des
xviie et
xviiie siècles, de théorisation de cette
nouvelle description par « classes » ou par « ordres » ; souvent, en revanche,
on peut en noter des mentions explicites dans les milieux les plus variés : le
même Botero, par exemple, lorsqu’il exaltait la qualité de Venise, rappelait
que les «
città marchandes ont trois
degrés, en fonction de la quantité de leurs comptoirs, de leurs boutiques
ouvertes ou en fonction de ces deux critères
[70] ». Graduellement, en somme, la pratique consistant à
définir les divers types de centres avec des mots étymologiquement distincts,
comme si on les plaçait dans des univers politiques et sociaux tout à fait
séparés, disparut au profit de l’usage consistant à leur donner à tous le même
nom de
città, les considérant comme
autant de manifestations d’un unique phénomène, gradué en son sein en fonction
de paramètres essentiellement physiques et économiques. Ce n’était pas
seulement un changement lexical : derrière l’abandon de la taxinomie
traditionnelle se cachait la crise de tout le contexte idéologique sur lequel
elle était établie ; cette crise était caractérisée par l’effritement des
privilèges des vieilles aristocraties et l’émergence de nouveaux modèles de
supériorité sociale, distribués sur le territoire selon des hiérarchies plus
flexibles que par le passé.
Les différentes positions et les mots qui les reflétaient
continuèrent malgré tout à coexister jusqu’à l’époque révolutionnaire. Au
milieu du
xviiie siècle, par exemple, dans la
Terreferme vénitienne, le titre de
città restait un privilège bien défini et très
convoité – quoique concédé avec une libéralité bien plus grande qu’à la fin du
Moyen Âge – objet de longues tractations entre le pouvoir politique et les
élites locales. Ainsi, en 1742, la promotion d’Asolo au titre de
città était justifiée par l’existence,
dans les temps anciens, d’un évêché, depuis longtemps disparu
[71]. Lodovico Ricci, dans
Corografia degli Stati estensi (1788),
classait lui aussi systématiquement les centres habités en
ville,
castelli et
terre, suivant leur dimension et leurs degrés
respectifs d’autonomie politique, réservant en revanche le titre de
città aux seuls chefs-lieux de
diocèses et aux antiques capitales des États souverains, petits ou grands :
Modène, Reggio, Massa, et puis Carpi, Mirandola et Correggio. Pour rendre
compte de l’unique exception à la norme, Finale, le futur ministre des Finances
de la République cisalpine spécifiait qu’elle avait été, en 1779, « élevée au
rang et honneur de
città » par un
décret ducal, et « qu’elle pouvait être appelée
città depuis longtemps pour la beauté et
l’ampleur de ses maisons, pour la qualité de ses habitants et pour la noblesse
et pureté des familles
[72] ».
La première constitution de la République cispadane (1797),
voulant définir les prérogatives des électeurs du nouvel État italien,
subdivisait encore la population en trois « classes », suivant qu’il s’agissait
de personnes résidant respectivement dans des «
città, terre et
castella » de plus ou moins six mille habitants, ou bien dans les «
campagnes et autres lieux »
[73]. Aux différentes classes correspondaient les
différentes limites de revenu pour jouir des pleins droits politiques.
Città,
terre et
castelli se trouvaient donc compris dans une
unique catégorie homogène, dont le seul critère distinctif interne était le
nombre d’habitants ; mais ils demeuraient néanmoins distincts de « la campagne
et autres lieux », qui formaient un ensemble territorial et politique bien
différent. Le processus de changement était cependant amorcé. Il ne s’arrêta
plus : dans la première constitution de la République cisalpine, publiée
seulement quatre mois après celle de la République cispadane, tous les centres
habités du nouvel État reçurent le nom unique de
comune ; ils furent subdivisés en classes
suivant le seul critère démographique, qui détermina exclusivement les
différentes formes d’administration municipale et les différentes conditions
d’appartenance au corps électoral de leurs habitants respectifs (par
parenthèse, c’est le critère encore en vigueur dans la République
italienne)
[74]. On ne
faisait plus mention de distinction entre
città et
contado, entre
terre,
castelli,
ville et campagnes. Dans le même temps le sens
du terme
cittadino changea : de membre
du corps politique d’une
città
précise, et participant en tant que tel aux prérogatives spécifiques d’un
groupe social, le
cittadino devint
celui qui réside dans n’importe quel point du territoire de l’État, et qui est,
de ce fait, titulaire des pleins droits civils. Le changement fut relevé, entre
autres, par le Modénais Bartolomeo Benincasa, qui, dans le
Monitore Cisalpino de mai 1798,
incluait le terme de
cittadino dans sa
liste des mots « nouvellement arrivés en Italie, ou pourvus d’un sens nouveau,
ou ancien, mais altéré et déformé »
[75]. Le changement est de taille ; et les réticences
durent être nombreuses, si Vincenzo Cuoco (1800-1801) lui-même déclarait ne pas
« aimer cette citoyenneté (
cittadinanza) chimérique, par laquelle un homme
appartient à une nation entière tout en n’appartenant à aucune de ses parties
»
[76]. Mais c’est
seulement après cette transformation conceptuelle et juridique, une fois
disparue, avec la vieille taxinomie, la première condition de subsistance des
patriciats urbains, que furent réunies en Italie les conditions pour
l’affirmation d’une « bourgeoisie » qui, jusqu’alors, de fait, n’avait jamais
existé dans la langue – sinon dans la réalité sociale – de la
Péninsule.
Traduction Édouard
Bouyé
[1]
Voir Jean Charles Léonard Sismonde de Sismondi,
Storia delle Repubbliche italiane
(1807-1809), Torino, Bollati Boringhieri, 1996 ; Carlo Cattaneo, « La città
considerata come principio ideale delle istorie italiane » (1858),
in Giuseppe Armani (éd.),
Notizie sulla Lombardia. La città,
Milano, Garzanti, 1979 ; Valentino Gerratana (éd.), Antonio Gramsci
, Quaderni dal carcere, Torino, Einaudi, 2001 ;
Marino Berengo,
L’Europa delle città. Il volto
della società urbana europea tra Medioevo ed Età moderna, Torino,
Einaudi, 1999.
[2]
Voir Giorgio Chittolini, « “Quasi-città”. Borghi e terre in
area lombarda nel tardo Medioevo »,
Società e
Storia, n° 47, 1990, pp. 3-26 ; « Il nome di “città”. La
denominazione dei centri d’oltralpe in alcune scritture italiane del primo
Cinquecento »,
in Hagen Keller, Werner
Paravicini, Wolfgang Schieder (éd.),
Italia et
Germania. Liber Amicorum Arnold Esch, Tübingen, Niemeyer, 2001, pp.
489-501 ; Giovanni Ricci, « Cataloghi di città, stereotipi etnici e gerarchie
urbane nell’Italia di Antico Regime »,
Storia
Urbana, n° 18, 1982, pp. 3-33 ; « Sulla classificazione delle città
nell’Italia del Rinascimento »,
Storia
Urbana, n° 64, 1993, pp. 5-17.
[3]
L’astérisque indique une traduction du latin. Giovanni Monleone
(éd.),
Iacopo da Varagine a la sua cronaca di
Genova, Roma, 1941, vol. 2, p. 218.
[4]
Voir Flavio Biondo,
De Roma
triumphante libri X…, Basel, Froben, 1559, p. 295 ; Leandro Alberti,
Descrittione di tutta l’Italia et isole
pertinenti ad essa, Venezia, Porta, 1581, p. 8.
[5]
Abraham Ortelio,
Theatro […]
ridotto in forma piccola, Antwerp, Plantiniana, 1593, cité par G.
Ricci, « Sulla classificazione… »,
op.
cit., p. 8.
[6]
Voir F. Biondo,
De Roma
triumphante…,
op. cit., p.
295.
[7]
L. Alberti,
Descrittione…,
op.
cit., p. 8 ; Giovanni Antonio Magini,
Italia […] data in luce da Fabio suo figliolo,
Bologna, Bonomi, 1620, p. 5.
[9]
L. Alberti,
Descrittione…,
op.
cit., p. 8.
[10]
Le
Dizionario di toponomastica.
Storia e significato dei nomi geografici italiani, Torino, Utet,
1990, cite le cas unique de Cittanova (dans la province de Reggio Calabria),
fondée en 1616, appelée alors « Nuovo Casale » puis Casalnuovo, le nom de
Cittanova ne remontant qu’à 1852.
[11]
Voir Chiara Frugoni,
Una lontana
città. Sentimenti e immagini nel Medioevo, Torino, Einaudi, 1983,
pp. 10-11.
[12]
Sur le rôle des murs comme frontière, relevé par les voyageurs
de l’Ancien Régime, voir Anton Maczak,
Viaggi e
Viaggiatori nell’Europa moderna, Bari, Laterza, 1994, pp.
167-184.
[13]
Voir Salvatore Battaglia,
Grande
dizionario della lingua italiana, Torino, Utet, vol. 13, 1986, pp.
31-32.
[14]
Sur la notion de
contado, voir M. Berengo,
L’Europa delle città…,
op. cit., pp. 111-170. Quant aux
borghi, voir Francesca Bocchi,
Uomini e terra nei borghi ferraresi nel catasto
parcellare del 1494, Ferrara, Ferrariae Decus, 1976, pp. 27-29 et
53-57.
[15]
Bartolo da Sassoferrato,
Tractatus super constitutione Qui sint rebelles,
cité dans Diego Quaglioni, « “Civitas” appunti per una riflessione sull’idea di
città nel pensiero politico dei giuristi medievali »
, in Vittorio Conti (éd.),
Le Ideologie della città dall’umanesimo al
romanticismo, Firenze, Olschki, 1993, pp. 63-64.
[16]
Voir Ernesto Sestan, « La città comunale italiana dei secoli
xi-xiii nelle sue note
caratteristiche rispetto al movimento comunale europeo »,
in E. Sestan,
Italia medievale, Napoli, ESI, 1968 ;
Giovanni Tabacco,
Egemonie sociali e strutture
politiche nel Medioevo italiano, Torino, Einaudi, 1979, pp.
397-427.
[17]
Francis J. Carmody (éd.), Brunetto Latini,
Le livre du trésor, Berkeley,
University of California Press, 1948, p. 391.
[18]
Wallace M. Lindsay (éd.), Isidoro da Siviglia,
Etimologiarum, sive Originum libri 20,
Oxford, Clarendon, 1966, vol. 1, p. 218 (pour la mise en contexte, voir Gina
Fasoli, F. Bocchi,
La città medievale
italiana, Firenze, Sansoni, 1973) ; sur les origines classiques de
la notion de citoyenneté (
cittadinanza), voir D. Quaglioni, « The Legal
Definition of Citizenship »,
in
Anthony Mohlo, Kurt Raaflaub, Julia Emlen (éd.),
City-States in Classical Antiquity and Medieval Italy :
Athens and Rome, Florence and Venice, Ann Arbour, Univiversity of
Michigan Press, 1991, pp. 160-161.
[19]
Gasparo Contarini,
De
magistratibus et republica Venetorum, Basel, Froben, 1544, p. 13.
Sur ce thème dans les débats politiques du temps, voir Elena Fasano Guarini, «
Stato e città in Italia nella prima età moderna »,
Acta Histriae, vol. 7, 1999, pp.
97-140.
[20]
Sur la
cittadinanza
dans les communes italiennes du Moyen Âge, voir Julius Kirshner, «
Civitas sibi faciat civem : Bartolus
of Sassoferrato’s Doctrine on the Making of a Citizen »,
Speculum, vol. 48, 1973, pp. 427-452 ;
« Paolo di Castro on “cives ex privilegio” : A Controversy over the Legal
Qualification for Public Office in Early Fifteenth-Century Florence »,
in A. Mohlo, John Tedeschi (éd.),
Renaissance Studies in Honor of Hans
Baron, Firenze, Olschki, 1971, pp. 229-264 ; D. Quaglioni,
« Civitas sapientia ». Dottrine giuridiche e
dottrine politiche fra Medioevo ed Età moderna, Rimini, Maggioli,
1989 ; « The Legal Definition… »,
op.
cit.
[21]
Sur la fermeture progressive des conseils de villes à partir de
la fin du
xve siècle, voir par exemple Angelo
Ventura,
Nobiltà e popolo nella società veneta
del 400 e del 500, Milano, Unicopli, 1993 [1964] ; Bandino Giacomo
Zenobi,
Le « ben regolate città ». Modelli
politici nel governo delle periferie pontificie in età moderna,
Roma, Bulzoni, 1994.
[22]
La bibliographie sur le sujet est assez développée ; voir les
études de G. Chittolini, dont plusieurs ont été récemment réunies dans
Città, comunità e feudi negli stati dell’Italia
centrosettentrionale (secoli XIV-XVI), Milano, Unicopli, 1996 ; «
The Italian City-State and Its Territory »,
in A. Mohlo, K. Raaflaub, J. Emlen (éd.),
City-States…,
op. cit., pp. 589-602 ; « Cities,
“city-states” and regional states in north-central Italy »,
Theory and Society, vol. 18, 1989, pp.
689-706 ; voir Gian Maria Varanini, « Governi principeschi e modello cittadino
di organizzazione del territorio nell’Italia del Quattrocento »,
in Sergio Gensini (éd.),
Principi e città alla fine del
Medioevo, San Miniato, Pacini, 1997, pp. 95-128.
[23]
C. Cattaneo, « La città… »,
op.
cit., p. 117.
[24]
D. Quaglioni, « “Civitas”… »,
op.
cit., p. 63.
[25]
Girolamo Bonifaccio,
Commentario
sopra la legge dell’eccellentissimo senato veneto fatta l’anno MDLXXXVI a XV di
decembre… opera a prencipi, a feudatarii et a tutti gli studiosi di questa
materia utilissima, Rovigo, 1624, pp. 240-245.
[26]
Voir, par exemple,
Codice di
leggi e costituzioni per gli Stati di Sua Altezza Serenissima,
Modena, Stamp. Camerale, 1771 ; pour les
descriptiones des terres pontificales, voir
Augustin Theiner,
Codex diplomaticus dominii
teporalis Sancte Sedis, Roma, Stamp. Vaticana, 1862, vol. 2, pp.
328-348 (description du cardinal Albornoz) et pp. 490-527 (description du
cardinal Anglic).
[27]
Marin Sanudo,
Itinerario per la
Terraferma veneziana (1489), Padova, Tip. del Seminario,
1847.
[28]
Giuseppe Agnelli, « Relazione dello Stato di Ferrara di Orazio
della Rena. 1589 »,
Atti e Memorie della
Deputazione Ferrarese di Storia Patria, vol. 8, 1896, pp.
245-322.
[29]
Geografia storico politica. Stato
della Chiesa, Venezia, Zattta, 1795, pp. 57-69.
[30]
Giovanni Nicolò Doglioni,
Anfiteatro di Europa, Venezia, Sarzina, 1623,
pp. 534, 873 et 538.
[32]
Guido Porcia,
Descrizione della
patria del Friuli (1567), a cura del Seminario Arcivescovile, Udine
1897, p. 59.
[33]
L. Alberti,
Descrittione…,
op.
cit., c. 470v.
[34]
Giovanni Villani,
Istorie
fiorentine, Milano, Soc. Classici Italiani, 1802, vol. 3, pp.
72-73.
[35]
G. N. Doglioni,
Anfiteatro…,
op.
cit., p. 48.
[36]
S. Battaglia,
Grande
dizionario…,
op.
cit.
[37]
Voir Rudolf Peiper (éd.), Ausonius,
Opuscula, Leipzig, Teubner, 1886, pp.
144-154 ; sur la terminologie urbaine en Italie entre l’Antiquité tardive et le
Haut Moyen Âge, voir Carlo Battisti, « La terminologia urbana nel latino
dell’alto medioevo con particolare riguardo all’Italia », in
La città nell’alto medioevo (Settimane di Studio
del Centro Italiano di Studi sull’Alto Medioevo), Spoleto, 1959,
vol. 6, pp. 647-665.
[38]
B. G. Zenobi,
Ceti e potere nella
Marca pontificia. Formazione e organizzazione della piccola nobiltà fra ‘500 e
‘700, Bologna, Mulino, 1976, pp. 13-16, 31-41.
[39]
Gregorio Leti,
Italia regnante
overo nova descritione dello Stato presente di tutti Prencipati e Republiche
d’Italia dedicata al re christianissimo […] Opera veramente utilissima e
nicessaria a tutti quelli che desiderano farvi il viaggio, opure che vogliono
instruirsi della qualità del paese e prencipati d’Italia, Genova,
Pietra, 1675, vol. 2, p. 544.
[40]
Luigi Firpo (éd.), Giovanni Botero,
Della ragion di Stato con tre libri della cause
della grandezza delle città, Torino, Utet, 1948, p.
382.
[41]
Alessandro Sardi,
Discorsi […] di
novo posti in luce, Venezia, Gioliti, 1586, pp. 38-39. Sur ce sujet,
cf. Claudio Donati,
L’idea di nobiltà in Italia
(secoli XIV-XVIII), Bari, Laterza, 1988, pp. 173-174,
194.
[42]
Cité dans J. Kirshner, «
Civitas
sibi… »,
op. cit., p. 705 ;
sur ces aspects, voir aussi Francesco Ercole,
Da
Bartolo all’Althusio. Saggi sulla storia del pensiero pubblicistico del
Rinascimento italiano, Firenze, Vallecchi, 1932.
[43]
A. Sardi,
Discorsi…,
op. cit., pp. 59-60.
[44]
Paolo Paruta, « Della perfezione della vita politica » (1579),
in Bruno Widmar (éd.),
Scrittori politici del ‘500 e ‘600,
Milano, Rizzoli, 1964, pp. 486-489.
[45]
A. Sardi,
Discorsi…,
op. cit., pp. 68-69 et
72.
[46]
Andreas Tiraquellus,
Commentarii
de nobilitate et iure primigeniorum, tertia hac eademque postrema edizione, ab
autore ipso diligentissime recogniti, et tertia amplius parte
locupletati, Lugduni, Rovillium, 1573, pp. 46-56 et
65-66.
[47]
Bartolo da Sassoferrato,
In tre
Codicis libros, Venezia, Giunti, 1570, c. 35rA, cité dans D.
Quaglioni, « The Legal Definition… »,
op.
cit., p. 162.
[48]
Lorenzo Ducci,
Trattato della
nobiltà, nel quale si mostra che cosa ella sia, e quali le sue
spetie, Ferrara, Baldini, 1603, pp. 121 et 125-126.
[49]
Sur ces « quasi città », voir G. Chittolini, « “Quasi-città”…
»,
op. cit.
[50]
Ezio Raimondi (éd.), Torquato Tasso,
Dialoghi, Firenze, Sansoni, 1958, vol.
21, t. I, p. 113.
[51]
Elena Svalduz,
Da castello a «
Città » : Carpi e Alberto III (1473-1530), Roma, Officina,
2000.
[52]
E. Svalduz, « Notizie e documenti su Alberto III Pio »,
in Luisa Giordano (éd.), Hans Semper,
Friedrich O. Schulze, Wilhelm Barth,
Carpi, una
sede principesca del Rinascimento, Pisa, ETS, 1999, p.
475.
[53]
F. Bocchi, « Introduzione »,
in Gilberto Zacchè (éd.),
Carpi immagine e immaginario. Viaggiatori,
storici, letterati, osservatori, Casalecchio di Reno, Grafis, 1987,
p. 15.
[54]
Cité dans Richard Schofield, « Ludovico il Moro and Vigevano »,
Arte Lombarda, vol. 2, 1982, pp.
102-103.
[56]
« Descriptio provinciae Romandiolae »,
in A. Theiner,
Codex diplomaticus…,
op. cit., p. 514.
[57]
M. Sanudo,
Itinerario…,
op.
cit., pp. 45-47.
[58]
Francesco A. Bocchi,
Della sede
episcopale di Adria veneta e della sua non interrotta conservazione ed
integrità, con analisi storico-critiche intorno lo stato antico e moderno della
città e diocesi. Memorie e documenti, Adria, Vianello, 1856, p.
24.
[59]
G. Leti,
Italia
regnante…,
op. cit., vol.
1, pp. 112-113.
[60]
L. Alberti,
Descrittione…,
op.
cit., c. 353r ; M. Sanudo,
Itinerario…,
op.
cit., p. 45.
[61]
G. Porcia,
Descrizione…,
op.
cit., p. 67.
[62]
« Relatione della Terra di Carpi » (
xviie siècle),
in G. Zacchè (éd.),
Carpi immagine e immaginario…,
op. cit., p. 52.
[63]
G. Botero,
Della ragion di
Stato…,
op. cit., p.
345.
[64]
Ibid., pp. 246-247,
348-349, 353-363 et 405.
[65]
Giacomo Cohelli,
De bono regimine
rerum ad universitates spectantium, Roma, Casoni, 1656, pp. 18-19 ;
Lucius Ferraris,
Prompta bibliotheca
canonica, Venezia, 1752, vol. 2, p. 217. Voir aussi Marco Antonio
Savelli,
Summa diversorum tractatuum,
Venezia, Baglioni, 1692, vol. 1, pp. 256-257 : « un lieu, même dépourvu
d’évêque, peut être en droit appelé ville (
civitas)* ».
[66]
Cesare Orlandi,
Delle città
d’Italia e sue isole adjacenti compendiose notizie sacre e profane,
Perugia, Riginaldi, 1770, I, pp.
xxi
et
xxiii.
[67]
G. Botero, « Discorso intorno allo Stato della Chiesa », in
Dell’uffitio del Cardinale, Roma,
Muzio, 1599, p. 146.
[68]
Francesco Bonasera, « Le città delle Marche elencate nelle
“Constitutiones Aegidianae” (1357). Contrib