Genèses
Belin

I.S.B.N.2701134390
176 pages

p. 48 à 69
doi: en cours

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Dossier

no51 2003/2

2003 Genèses Dossier

Un faubourg, des banlieues, ou la déclinaison du rejet

Alain Faure
Cet article esquisse l’histoire parallèle de deux mots qui ont successivement désigné les périphéries mal réputées des villes à l’époque contemporaine. Longtemps neutres, ces mots ont pris un tour péjoratif, courant xviiie siècle pour faubourg et à la fin du xixe pour banlieue. Ce qui était faire fi des réalités sociales et aujourd’hui les auteurs se gardent bien de toute définition précise des « banlieues » : le mot ne désigne rien, mais dit tout. Cependant l’opprobre attachée au mot a toujours été retournée, dans un accès de dignité, par les populations intéressées, y compris dans les formes adjectivales injurieuses comme « banlieusard » ou « faubourien ». Aujourd’hui le mot « banlieue » semble usé tant on en a abusé et tend à être remplacé par le curieux vocable des « quartiers ». This article sketches out the parallel history of two words that have been used successively to designate the ill-reputed outskirts of cities in contemporary times. These names were long considered neutral terms, but they later took on a pejorative connotation, faubourg (outskirts) during the 18th century, and banlieue (suburb) at the end of the 19th century. As this flouted social realities, scholars today are careful not to provide any precise definition of les banlieues, a words which does not designate anything, but says everything. The opprobrium attached to the word has always been returned, in an burst of dignity, by the populations concerned, including in their insulting adjectival forms such as banlieusard or faubourien. Today, the word banlieue seems to be worn out after being abused for so long, and now tends to be replaced by the odd expression quartiers (quarters).
Les mots sont souvent de faux amis par lesquels on vous souffle ce qu’il faut penser et croire. Si à la question : « Où habites-tu ? », je réponds : « En banlieue », et non pas une commune ou un point cardinal, il s’ensuivra tout de suite dans l’esprit de mon interlocuteur une cascade d’images et de mots associés qui lui donnera de moi une imaginaire prescience. En un mot, il m’aura « situé ». Mais il faut bien passer par les mots pour pénétrer et faire connaître la réalité. Faire l’histoire des mots, c’est mettre alors à jour leur relativité, dresser l’inventaire de leurs trahisons et de leur fidélité envers les faits sociaux. « Faubourg » autrefois, « banlieue » aujourd’hui sont des mots essentiels pour qualifier des espaces sociaux réputés précisément sans qualité. Nous allons essayer d’en suivre les méandres, voir notamment comment l’opprobre fut approprié par les réprouvés, tant il est vrai qu’un mot devient facilement une arme quand il est une injure. Bref, nous faisons nôtre la formule attribuée à Jean-Luc Godard, qui, lui, parlait des images : « il n’y a pas de mots justes, il y a juste des mots ».
 
Le faubourg ou la sainte canaille
 
 
Le mot « faubourg », attesté dès le xiie siècle, a longtemps servi à qualifier le ou les territoires qui se développaient aux portes des villes. Un faubourg, c’est la zone habitée qui se trouve « fors le bourg », c’est-à-dire hors, à l’extérieur, de la ville ancienne, souvent ville fortifiée. La graphie « fauxbourg », courante au xviiie siècle, ne doit pas tromper : on ne se représentait point du tout le faubourg comme un faux-semblant de ville, mais comme un rameau de la ville poussé hors de ses limites officielles ou coutumières, en continuité spatiale avec elle, et qui, en raison même de cette proximité, était exposé à se voir un jour ou l’autre réuni à la ville, soit par l’avancée de l’enceinte soit par une quelconque décision d’annexion ou de réunion.
Le mot contient donc d’abord l’idée d’une expansion linéaire de la ville, par opposition à sa densification. Les autorités pouvaient d’ailleurs craindre que la ville en pâtisse. À Paris, les opérations de bornage décrétées par le roi, aux xviie et xviiie siècles, avaient, entre autres desseins, celui d’empêcher les départs « de gens qui multiplieraient les maisons des Fauxbourgs, pendant que le milieu de la ville se trouverait à la fin désert et abandonné » [1]. En tout cas, pour beaucoup d’auteurs du xixe siècle, « faubourg » est le mot qui convient pour exprimer le processus d’expansion des villes au long des deux siècles précédents : « […] et le village devint faubourg », écrit-on en 1845 à propos de Chaillot, un temps appelé faubourg de la Conférence après sa réunion à Paris en 1756 [2] ; plus tard, un auteur lyonnais affirmera que La Guillotière au xviiie siècle, était déjà « une véritable banlieue de grande ville, un faubourg, comme on disait alors [3] ».
Les dictionnaires du xixe siècle insistent sur le fait qu’une fois réalisée la réunion à la ville, les territoires concernés gardaient dans leur nom même le qualificatif de « faubourg ». Maurice Lachâtre, dans son Nouveau dictionnaire universel [4], est très net : « Réunies plus tard dans l’enceinte des cités, ces parties extérieures des villes conservèrent leur ancien nom. » Le phénomène est frappant à Paris, où les faubourgs réunis à la ville, fin xviie siècle – on comptait alors treize « fauxbourgs » – conservèrent le plus souvent ce titre au xixe siècle, à condition qu’ils le portent à l’origine : Chaillot resta Chaillot parce que « faubourg de la Conférence » n’effaça jamais le nom du ci-devant village. Ailleurs, il y eut bien maintien du mot, en dépit, soulignons-le, de la réticence des pouvoirs en place : « faubourg » apparaît peu souvent dans la dénomination des sections révolutionnaires de 1790 [5], et en 1860, le rapporteur d’une commission sur la nomenclature des rues estimait que « le terme de faubourg » devrait être mis « hors d’usage », pour cette raison qu’il n’a plus « en lui-même qu’une valeur historique de peu d’importance » [6]. N’encombrons pas le présent avec ces mots qui datent et fleurent l’ancien régime… Mais force resta à l’usage, que se soit dans le nom des rues, dans la langue administrative elle-même et bien sûr dans le langage courant, si bien qu’on parle encore aujourd’hui du faubourg Saint-Denis, du faubourg Saint-Honoré, du faubourg Saint-Antoine, etc. Mais qu’en fut-il dans d’autres villes ? À Lille, la partie de Fives dénommée faubourg Saint-Maurice, annexée en 1859, devint officiellement, sur les cartes de la ville par exemple, le quartier Saint-Maurice ou Saint-Maurice tout court, en revanche le faubourg de Béthune, une partie d’Esquermes, garda ce nom après l’annexion, et ce, jusqu’à nos jours. Il en est de même à Meaux où chacun aujourd’hui connaît le faubourg Saint-Nicolas [7] ; citons encore à Chambéry le faubourg Montmélian… Faut-il penser – et au fond cette « règle » vaudrait pour Paris –; qu’un quartier a toutes ses chances d’avoir conservé son titre de faubourg lorsque, contre vents et marées administratives, s’est perpétuée dans la nomenclature des rues, une Rue du faubourg X, tuteur indispensable à la mémoire du nom des lieux ?
Dans beaucoup de villes à la fin de l’époque moderne, les faubourgs, souvent mal délimités dans l’espace du côté du plat pays, étaient perçus par les gens de la ville comme un territoire spécifique, mais du point de vue des lois, ils faisaient bel et bien partie du même ensemble urbain. Les habitants avaient les mêmes droits ou privilèges (le plus souvent dispense de la taille ou du logement des gens de guerre), les mêmes charges (octrois, droits d’entrée…) et relevaient des mêmes juridictions que ceux de la ville. D’où, à cette époque dans les textes officiels ou juridiques, la fréquence de la locution, « la ville et ses faubourgs ». Pour Paris, de multiples déclarations royales usent de l’expression, celle du 16 juin 1693 par exemple « portant règlement pour les fonctions et droits des officiers de la voirie en la ville et faubourgs de Paris » [8]. Dans une supplique présentée au maire et jurats de Bordeaux, des frotteurs savoyards demandaient qu’un d’entre eux soit « chassé de la ville et fauxbourgs avec inhibitions et déffenses [sic] d’y paroitre [9] ». Il s’agissait aussi d’une expression toute faite pour signifier « une grande multitude, un grand concours de monde », explique le Trévoux [10]et au xixe siècle, Littré dit encore : « Assembler la ville et ses faubourgs : exciter un grand concours de monde. » L’idée d’une communauté était bien là.
D’où aussi, parfois, de la part des localités intéressées, le refus de se dire ou d’être dit un faubourg de la grande ville voisine, et cela dans le but d’échapper aux charges en découlant, l’octroi tout particulièrement. Les habitants du bourg de Vaise, aux portes de Lyon, prétendaient n’être que des « habitants du plat pays » puisqu’ils payaient la taille, ce que, disaient-ils, ne « faisaient ni Lyon ni le faubourg ». Même au xixe siècle, la municipalité de Vaise évitait, jusqu’à son annexion en 1852, d’user du mot dans ses délibérations, se qualifiant en 1849 par exemple de « ville suburbaine faisant partie d’une grande agglomération » [11], comme si le mot contenait une promesse d’absorption qui répugnait à cette commune.
Il est vrai qu’en 1849, « faubourg » avait déjà pris le sens de quartier périphérique mal bâti et mal habité. Mais de quand date cet avatar sémantique ? Il est tentant de penser qu’au xviiie siècle, « faubourg » n’avait encore qu’une valeur de désignation topographique, sans contenu social particulier. On peut lire ainsi dans un dictionnaire géographique de 1771 à l’article Bordeaux [12] que « le fauxbourg des Chartreux [aujourd’hui : Chartrons] […] est un des plus magnifiques qu’il y ait en Europe, tant pour l’étendue que pour la somptuosité des bâtimens [sic] ». Puis l’industrialisation et le peuplement ouvrier de la périphérie des villes auraient contaminé le mot, lui donnant son contenu péjoratif, avec derrière l’idée d’une menace pesant désormais sur l’ordre social et politique établi. En témoignerait, dès 1831, la célèbre phrase du journaliste Saint-Marc Girardin écrite au lendemain de l’insurrection lyonnaise du mois de novembre, partie de la Croix-Rousse : « Les barbares qui menacent la société ne sont pas dans le Caucase […], ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières [13]. » Ce sont donc les révolutions du xixe siècle qui auraient donné aux faubourgs, exacte préfiguration de nos actuelles « banlieues », leur réputation de lieux sinistres et terribles.
L’histoire du mot est en réalité plus complexe, au moins à Paris où, on l’a vu, le mot restait attaché au nom des quartiers intégrés à la ville, comme le parafe du passé. En fait, dès le xviiie siècle le mot admet une double acception : il y avait d’une part le faubourg nommé, partie spécifique de la ville décrite ou évoquée dans ses particularités, et il y avait le faubourg tout court, ou les faubourgs, façon langagière de désigner collectivement les lieux misérables voire horribles où, quelque part loin du centre, habitait le bas peuple. Le plus remarquable est que les deux représentations coexistent souvent chez le même auteur. Le premier exemple net – mais nous sommes persuadés qu’il en existe de plus précoces – est Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, paru entre 1783 et 1788. Il évoque tour à tour les faubourgs de la capitale dans leur diversité : « le quartier le plus sain est le faubourg Saint-Jacques » ; « il y a plus d’argent dans une maison du faubourg Saint-Honoré que dans tout le faubourg Saint-Marceau », mais il use aussi, à plusieurs reprises, de l’expression « cabarets [ou gargotes] de [ou des] faubourgs », et il a cette phrase : « Curieux de voir ce monde [celui des tavernes mal famées] je me couvris un jour d’une redingote brune, et je m’enfonçai dans un faubourg [14]. » Aucun lieu ni quartier précis ne sont cités : la ville semblait entourée d’une sorte de brouillard d’infamie.
Il est vrai que S. Mercier, qui fut député à la Convention, n’avait pas forcément tout le peuple en horreur, et dans sa Néologie, parue en 1801, il évoque la façon la plus convenable de désigner « les habitants de la banlieue, des faubourgs », et propose d’adopter le mot « Suburbains », tant il est vrai, écrivait-il, que « l’esprit et l’oreille s’accordent pour repousser les mots faubourgs [ou] banlieue, et pour adopter ce signe pittoresque et sonore » [15]. Voilà qui en dit long sur le jugement que les hommes d’ordre en général et les possédants pouvaient avoir sur tout ce qui vivait et s’agitait aux marges de la ville, puisqu’il était proposé d’user d’un mot nouveau pour dissiper l’image associée à l’ancien. L’assimilation entre les faubourgs et la banlieue, assez étonnante à vrai dire, relevait des mêmes sentiments : dès les portes franchies, commencent les ténèbres, vous aurez beau marcher, tout ici est laid et suspect, sinon coupable. « Suburbain » – le mot est-il une invention de S. Mercier ? – s’appliquera ensuite à la banlieue, non pas, on le verra, avec le contenu de dignité que S. Mercier entendait lui donner, mais à titre de simple qualificatif topographique, sans opprobre particulière. « Faubourg » n’aura pas cette chance.
La Révolution passée, le mot « faubourg » conserve encore son caractère flottant, mais une nette décantation s’opère. À Paris, on continue à évoquer les faubourgs comme autant d’entités géographiques et sociales distinctes. Le faubourg Saint-Jacques, écrit-on en 1857 [16], « forme la transition entre le faubourg Saint-Marceau et le faubourg Saint-Germain, c’est-à-dire entre les quartiers pauvres et les quartiers riches de Paris méridional ». Les habitants des lieux considérés n’avaient d’ailleurs aucun scrupule pour désigner leur propre quartier par ce mot, comme une sorte de diminutif familier. « Les gens du faubourg Saint-Antoine n’appellent jamais autrement ce quartier célèbre que le faubourg », écrit Honoré de Balzac [17]. D’autre part, certains faubourgs remarquables par tel ou tel trait pouvaient recevoir une sorte de surnom connu de tous, comme « le noble faubourg » pour désigner le faubourg Saint-Germain, lieu de résidence des familles titrées. Balzac use couramment de la locution, forgeant même au passage l’adjectif « faubourg-saint-germanesque » [18]. « Noble faubourg » se rencontre plus tard dans les mémoires du baron Haussmann [19], et même encore chez le sociologue Maurice Halbwachs en 1909 [20]. Mais lorsque la singularité du lieu s’efface et qu’il n’est plus question que du faubourg en général ou des faubourgs, s’impose l’image d’un espace périphérique médiocre ou dévalorisé. Les notables du lieu, intéressés à un meilleur traitement, savaient d’ailleurs parfaitement en jouer pour exposer telles ou telles doléances. Ainsi, en 1830, les « propriétaires ou habitants du Gros Caillou », un quartier alors un peu perdu au bout de la ville, réclamaient un meilleur entretien de leurs routes :
« Les habitants des faubourgs, écrivaient-ils, sont peut-être fondés à remarquer que les marbres et les granits prodigués dans le centre de la ville font un contraste bien choquant avec les boues qui encombrent leurs rues [21]. »
On est là très proche d’un contenu résolument péjoratif ou dévalorisant donné au mot. De nombreux auteurs, entre 1800 et 1850, en usent ainsi, perpétuant donc l’usage du siècle précédent. Balzac, comme S. Mercier, parle de « gargotes de faubourgs [22] », il évoque avec mépris un « petit chirurgien de faubourg [23] », et parle de « l’origine faubourienne » d’un personnage [24], synonyme d’origine populaire. Le qualificatif « faubourien » était en effet devenu usuel, avec au départ une touche de vulgarité, à l’image de ceux qu’il désignait. Selon un dictionnaire du bas langage publié en 1821, « soiffer pour boire est un mot de faubourien et aussi français que faubourien lui-même » [25]. Le mot resta d’ailleurs longtemps cantonné dans les dictionnaires d’argot, où il avait le sens non pas du tout d’habitant quelconque d’un faubourg quelconque, mais carrément d’« un homme, [ou d’] un enfant mal élevé », d’un « voyou » précise un traité spécialisé de 1856 [26]. Un mot sans aveu pour des gens sans valeur.
Mais la fortune du mot « faubourg » au xixe siècle vint surtout du fait qu’après 1850, à Paris tout du moins, on l’employa couramment pour désigner les nouveaux quartiers de la périphérie, très souvent des quartiers pauvres et usiniers. Le contenu péjoratif du mot allait donc désormais l’emporter dans l’usage. Pour les contemporains en effet, les communes en plein développement autour de Paris – communes trop éloignées pour n’avoir jamais été considérées au xviiie siècle comme des faubourgs mais bel et bien annexées en 1860 – n’étaient pas autre chose que les nouveaux faubourgs de Paris. Dès 1825, on parlait de La Villette comme d’« une sorte de faubourg de la capitale » [27]. En 1857, le préfet Haussmann affirme que cet ensemble de communes représente les « véritables faubourgs extérieurs […] de la ville » [28] et le ministre de l’Intérieur parle, à la veille de l’annexion, des « immenses faubourgs de la cité » [29] qu’il lui faut maintenant absorber. L’annexion accomplie, on parle, pour nommer ce territoire entourant maintenant le Paris central, aussi bien du « nouveau Paris », de la « périphérie », « des arrondissements excentriques » que des « faubourgs », avec toujours l’idée, implicite ou explicite, de zone ouvrière ou pour le moins populaire, en tout cas marquée par le labeur et la misère, et où s’observent dans la population des comportements différents du reste de la ville. « On est frappé […] de voir combien les enfants de moins de cinq ans sont plus nombreux dans les faubourgs que dans les dix premiers arrondissements », affirme le service de la Statistique municipale en 1888 [30] ; le même service faisait remarquer en 1886 qu’une minorité seulement des Belges habitant Paris, gens « pauvres pour la plupart », résidaient dans « les dix premiers arrondissements [alors que] les autres sont répartis dans les quartiers des faubourgs » [31]. Les faubourgs, c’est la ville des taudis : le chapitre d’un ouvrage écrit par le député et ministre Pierre Baudin [32] où il traite des fléaux accablant « la famille ouvrière » portait précisément ce titre : « Les faubourgs » ; il y évoquait les jeunes filles « vouées aux appartements sans soleil et sans air des faubourgs ». Mais les faubourgs, c’est aussi le terrain de chasse des souteneurs et des voleurs : « Le récidiviste opère dans la rue […], non pas dans la rue heureuse où vous passez, mais dans la rue des faubourgs », dit le ministre Pierre Waldeck-Rousseau devant les députés en 1884 [33]. En vérité, un opprobre général enveloppait tous les habitants des faubourgs dans l’opinion bourgeoise. Les ouvriers qui se baignent dans le canal de la Villette sont « d’une immoralité flagrante », dit un rapport d’ingénieur municipal en 1877 [34], mais quoi d’étonnant puisque le lieu est « hanté exclusivement par la population des faubourgs » ?
Le contenu à la fois répulsif et réprobateur du mot valait désormais pour n’importe quelle cité, pour peu que s’y soient formés des quartiers périphériques voués à l’industrie ou à la résidence ouvrière. Faut-il voir là une contamination de l’usage né à Paris ou bien l’effet d’une croissance urbaine partout semblable dans ses formes ? C’est ce dernier cas qui est le plus probable. En province, une disparition peut-être plus fréquente qu’à Paris du mot « faubourg » dans la titulature des quartiers anciens a pu faciliter l’usage univoque du mot. En 1835, des auteurs nantais parlent des différences « entre les hommes des faubourgs et ceux des quartiers riches » [35]. La citation faite plus haut de Saint-Marc Girardin, à propos de Lyon en 1831, va également dans ce sens.
Mais, par une sorte de choc en retour, le mot va s’intégrer au vocabulaire de la dénonciation sociale, que ce soit à Paris ou ailleurs. Par exemple, dans un texte d’octobre 1871, des conseillers municipaux de gauche [36] évoquent une population ouvrière « reléguée dans les faubourgs », alors que le « Paris privilégié » lui doit toute sa « gloire ». Plus aucune réprobation ici, encore moins dans ce texte de Jules Vallès en 1883 [37] disant que « le peuple s’est, par force, porté […] à l’extrémité des faubourgs ». Enfin, comme il arrive souvent dans l’histoire de ces mots de la déqualification, les déqualifiés ou leurs porte-parole s’emparent du mot lui-même pour en faire le drapeau de leur cause, annexant ici dans la foulée le qualificatif « faubourien ». Dès 1848, un journal démocrate-socialiste s’intitule L’Aimable faubourien, Journal de la canaille [38]. Il était expliqué au lecteur que le titre s’inspirait d’une formule qu’aurait eue Louis-Philippe, le roi que la révolution venait de chasser, quand il avait parlé des mesures à prendre pour maintenir « dans le devoir et la soumission la très-turbulente population de Paris, et ses aimables faubourgs ». Un article de ce journal eut pour titre la « Lettre d’un faubourien sur […] les ateliers nationaux [39] ». Ensuite, l’adoption du mot dans le langage révolutionnaire entraîna sa progressive banalisation. Un journal socialiste de l’extrême fin du Second Empire dit d’Henri de Rochefort, leader alors adulé : « On l’aime au faubourg, celui-là, et il en est ! [40]. » Plus tard, la journaliste Séverine, dans un article du Cri du Peuple, en 1888, interpelle ses lecteurs, « mes chers amis de l’atelier ou de l’usine, mes camarades du faubourg » [41]. Des curés modernistes désireux d’entreprendre un travail social en quartier ouvrier fondèrent, peu avant 1900, une société dite « des prêtres des Faubourgs » [42]. Enfin, chez les socialistes de sensibilité ouvriériste, les faubourgs de Paris (ou le Paris des faubourgs) devinrent l’image à la fois symbolique et concrète de la classe ouvrière consciente et révolutionnaire. Plus tard, un article de L’Humanité saluant les succès communistes aux élections de 1924 en banlieue parisienne, contenait cette formule : « Paris a retrouvé ses faubourgs ! [43]. » Belleville renaissait à Bobigny.
Mais il s’était fait jour, déjà, un certain populisme, c’est-à-dire une représentation édulcorée du peuple faubourien, un peu mièvre ou complaisante. Quand un chroniqueur parle des jeunes couturières, « pauvre et dur métier où s’usent vite les vingt ans de la fille de faubourg [44] », cela sent un peu l’eau de rose, tout comme, à notre sens, cette phrase du musicien Gustave Charpentier, l’auteur de Louise, qui écrivait vers 1910 : « Vous n’imaginez pas quel amour j’ai pour le peuple, le peuple du faubourg, celui qui chante, qui forge, qui espère, celui qui ramasse le pavé pour la barricade ou mène son gamin à l’école [45]. » L’amour est ici des plus distants, et le ton sonne faux. La peur de la « banlieue rouge » ne fera qu’accélérer cette évolution vers une sorte d’image conservatoire et pittoresque du peuple de Paris où le faubourg n’est plus qu’un décor pour chanson réaliste [46]. La gargote de S. Mercier s’est transformée en cabaret montmartrois.
Aujourd’hui, l’usage du mot se ressent de cette histoire tumultueuse. Beaucoup hésitent à l’employer à propos de formes urbaines anciennes ou d’étapes historiques de la croissance urbaine qui ne cadreraient pas avec le contenu social attendu. Le géographe Bernard Rouleau, évoquant en 1996 le très huppé faubourg Saint-Germain, trouve « malgré tout que l’appellation “faubourg” est ici un peu abusive [47] ». Dans un article qu’un journal local consacrait en 2000 à l’histoire de Concarneau, il était dit que le « Faubourg », le quartier neuf qui se développa aux xviie et xviiie siècles aux portes de la célèbre Ville close, devint « contrairement à ce que l’on pourrait penser, le royaume des riches négociants » [48]. Quoi qu’il en soit, de nos jours, le terme « faubourg » a un caractère nettement désuet ; son usage se limite à celui d’un synonyme un peu édulcoré du mot « banlieue ». Dans le même paragraphe d’un article récent du journal Le Monde étaient évoquées « les banlieues difficiles » de Strasbourg, le dialogue délicat avec les « jeunes des quartiers », c’est-à-dire les habitants de ces banlieues, et cette phrase suivait immédiatement : « Chacun sait que, dans ces faubourgs, la main-d’œuvre qualifiée recherchée par les entreprises alsaciennes est une denrée rare [49]. » La spécificité territoriale désignée autrefois par le mot s’est tout à fait perdue, mais, pour peu que le mot « banlieue » vienne à sa rescousse, son contenu ancien le plus noir – espace de relégation et d’opprobre – peut encore resurgir dans les représentations d’aujourd’hui.
C’est donc le mot « banlieue » qui a remplacé « faubourg » dans le vocabulaire de la déqualification attachée aux lieux habités par les plus pauvres. Mais quelles furent les étapes de cette substitution langagière ? Il nous faut reprendre les choses du début, car le mot « banlieue » a naturellement sa propre histoire. Et, de tous les mots de la ville, c’est peut-être celui dont l’histoire est la plus heurtée, pour cette raison qu’il désigne des espaces soumis, depuis deux siècles au moins, à de profonds changements et associés à des images souvent très fortes, mais qui débordent la réalité des territoires visés.
 
Les avatars de la banlieue
 
 
Attesté dès le xiiie siècle, sa racine est le mot « ban », terme féodal signifiant le territoire sous la juridiction d’un seigneur, là où ses décisions étaient l’objet de proclamations. S’appliquant à une ville, le terme de « banlieue » se mit à désigner l’étendue de pays, d’une lieue ou de plusieurs lieues – et la lieue variait d’une région à l’autre – soumise « à la juridiction et au pouvoir de commandement d’un seigneur urbain, le plus souvent une municipalité » [50]. D’étendue fort variable d’une ville à l’autre, parfois inexistante, selon les cas concédée par le roi ou un suzerain ou bien conquise par empiétement progressif, la banlieue était un « îlot de droit urbain » dans les campagnes environnantes [51] et dans lequel la bourgeoisie de la ville possédait le plus souvent de multiples intérêts fonciers et économiques.
Notons au passage, pour faire un sort à une actuelle étymologie courante mais fautive, que banlieue et bannissement sont deux notions différentes. Le bannissement est un autre dérivé du mot « ban » – songeons à des expressions comme « être au ban de », ou « en rupture de ban » – il n’a aucun lien direct avec la banlieue. On pouvait être banni de la banlieue d’une ville. Citons les Établissements de Bordeaux parlant, au xiiie siècle, des « meurtriers […] bannis de Bordeaux et de la banlieue » [52]. Certes il y avait bien dépendance, mais la banlieue n’était pas pour autant un territoire subordonné en droit à la ville, ou encore moins assimilé à elle, comme les faubourgs. Du fait des intérêts qu’elle y avait, mais aussi pour la bonne marche des échanges locaux, la ville exerçait un contrôle sur cet arrière-pays tombé dans son orbite. Cela se marque par exemple dans la titulature des corporations d’arts et de métiers qui, au xviiie siècle au moins, incluait la banlieue quand la ville en avait une. Le Règlement concernant la communauté des maîtres cordonniers de la ville, fauxbourgs et banlieue d’Orléans [53] est un cas parmi des dizaines. Évoquons aussi un édit royal de 1772 qui réglementait « les contraintes par corps pour dettes civiles dans la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris » [54]. Un débiteur qui pouvait avoir l’idée d’aller se cacher à Passy ou à « Yvri », deux des quarante et une localités figurant alors au « dénombrement de la Banlieue de Paris » [55], savait que les gardes du commerce avaient désormais le pouvoir de l’y aller chercher. La banlieue, c’était l’œil de la ville sur ses alentours.
Mais tout n’allait pas dans un seul sens. Les effets de la proximité et l’importance des échanges pouvaient faire que la banlieue existe déjà comme conscience locale ou du moins que des groupes d’habitants aux intérêts communs s’approprient le mot pour se définir face à la ville et revendiquer leurs droits. Ainsi en 1789, dans les cahiers de doléances rédigés par les paroisses autour de Paris, il est quelquefois parlé des plaintes formulées par les « habitants de la banlieue » sur divers objets, comme la prétention des autorités à interdire l’accès des voiries parisiennes aux cultivateurs, habitués à y trouver un engrais gratuit, ou encore l’insupportable arbitraire des Fermiers généraux voulant, dit un mémoire [56], « assujettir les habitants de la banlieue » à certaines taxes sur les marchandises consommées par eux, alors que les droits d’octroi « ne peuvent être perçus que dans les villes closes et leurs faubourgs ». La capitale a besoin de nous pour son approvisionnement quotidien, qu’elle nous permette donc, à nous « malheureux cultivateurs », de travailler et de vivre, pensaient ces paysans. Sous le sceau de la ruralité, on voit s’esquisser les images des périodes à venir : celle la ville-marâtre, dont les décisions pèsent d’un poids considérable sur la vie locale, et celle d’un appendice fort utile à la ville, mais déconsidéré, sans qualité.
Une décision de l’année 1790 montre bien quel rôle était appelée à jouer la banlieue aux yeux des autorités centrales. Lors des discussions sur la création des départements, le problème surgit de savoir quelle extension il convenait de donner à celui qui inclurait Paris. L’Assemblée nationale décida de le borner à Paris même, mais « accompagné d’une banlieue assez étendue pour renfermer tous les établissements nécessaires aux besoins journaliers de cette ville, tels que ses boucheries, ses voiries, ses cimetières, ses carrières, une partie de ses jardins, etc. » [57]. D’où les « trois lieues de rayon, à partir du parvis Notre-Dame » concédées au département de la Seine et dont les districts, puis arrondissements, de Saint-Denis et de Sceaux allaient constituer, de fait, la banlieue de Paris pendant un siècle et demi. La notion était quoi qu’il en soit trop confuse et trop particulière pour que la banlieue conservât une existence officielle ou juridique dans les nouveaux découpages territoriaux, mais le mot se perpétua, y compris dans le langage administratif ou politique, lié en l’espèce à l’idée d’une zone hors-les-murs à la fois nourricière et sanitaire.
Pour ce qui va suivre, on trouvera sans doute que la part faite à Paris est trop belle. C’est un effet de la centralisation dans l’historiographie des villes françaises, mais aussi la rançon inévitable du primat de Paris dans le développement du phénomène « banlieue » et donc dans la vie du mot. Paris est aussi la capitale de la banlieue.
Jusque vers 1850, au moins, qui dit banlieue, à Paris, pense d’abord campagne. C’est le mot rural qui colle le plus communément au mot « banlieue ». On parle des « communes rurales » autour de Paris, des deux « arrondissements ruraux du département de la Seine », en mettant derrière ce mot un mélange de paysans, de boutiquiers et de petits rentiers [58]. Mais un paysage de plus en plus déparé par l’installation d’établissements peu ragoûtants comme, par exemple, un dépotoir à La Villette : « La Ville de Paris a pris une fâcheuse habitude d’égoïsme vis-à-vis des communes rurales », commente un journaliste en 1844 [59]. C’est aussi que la banlieue évoque pour beaucoup l’idée de plaisir, celui d’une promenade au bon air ou même d’une sortie au spectacle dans un lieu agreste. En 1817, le privilège des « spectacles de la banlieue » (comprenez : le droit d’y donner des pièces) avait été cédé à un entrepreneur qui avait construit lui-même des théâtres dans les communes. Le préfet de la Seine, en 1830, remarquait que « la classe ouvrière de Paris qui va se délasser de ses travaux dans les campagnes environnantes forme la grande partie des spectateurs qui assistent au théâtre de la banlieue [60] ». Mais certains, comme l’essayiste Hippolyte Meynadier [61], se désolaient de la disparition des ombrages sous la poussée des « petites maisonnettes » construites pour les « bourgeois d’outre-faubourg », responsables d’une horrible « banlieue anti-champêtre » en plein développement. Et surtout, à côté de la villégiature, une autre réalité commençait à s’imposer, celle de l’industrie, d’où parfois des transitions curieuses dans la façon de dire, comme cette phrase de journal en 1846 : « On ne peut nier l’importance commerciale et industrielle des deux arrondissements ruraux du département de la Seine [62]. » Mais dorénavant pour parler d’Ivry ou La Villette, on évoquera plutôt des « communes industrielles […] dont toute la vie réside dans les usines » [63]. Le langage suivait donc les mutations de cet espace, déjà en proie au mauvais goût pour les uns, ou bien pour d’autres en passe de devenir un pur et simple espace de rebut où la grande industrie pouvait prendre ses aises.
Les historiens de Paris évoquant cette époque usent volontiers d’une autre expression qu’ils pensent avoir été aussi des plus courantes, du moins après la construction des fortifications en 1840-1841, celle de « petite banlieue ». En 1991, par exemple, Philippe Vigier écrit que « étroits et divers sont les liens qui unissent Paris à ces communes de la “petite banlieue” […] “enfermées” comme les quartiers parisiens par le mur des fortifications [64] ». À espace singulier, expression singulière ? En fait, « petite banlieue » n’avait point du tout la fréquence qu’on lui prête aujourd’hui. L’expression se rencontre, il est vrai, et dotée de l’acception géographique très précise donnée par les auteurs. Un journaliste en 1846 cite, pour la combattre, l’opinion de ceux qui vont disant : « Réunissons à la métropole les importantes communes de la petite banlieue qui se pressent entre le mur de l’octroi actuel et […] l’enceinte continue [65]. » Mais n’est-il pas symptomatique que dans les nombreux textes produits à l’occasion précisément de cette annexion [66], en 1859-1860, elle brille par son absence ? Le qualificatif « suburbain », sans nul rapport désormais avec les faubourgs, était finalement plus courant, concurremment à « rural », nous venons de le voir. On écrivait par exemple : « Des commissionnaires craignent le ralentissement de l’activité commerciale sur tel point donné de la banlieue suburbaine [67]. » « Petite banlieue » était simplement une forme d’époque pour proche banlieue, intra ou extra muros. L’expression perdure d’ailleurs : en 1909, par exemple un agent d’affaires publie une « liste des maisons de rapport […] à vendre ou à louer à Paris et dans la petite banlieue », à savoir, précise-t-il, « jusqu’à 1/2 heure ou 20 K. de Paris en chemin de fer » [68]. « Petit » est une question de distance, donc de vitesse et de temps. D’autre part, il est des plus probables que puisqu’il y avait une petite banlieue, il y en avait une grande. Nous n’en connaissons qu’une occurrence, et de nature littéraire. Gérard de Nerval écrit, évoquant un séjour à Senlis : « On ne prenait pas d’ordinaire de passeport pour visiter la grande banlieue de Paris [69]. » La phrase atteste en tout cas un usage banal de la locution. Cette façon de dire la distance ne s’est pas modifiée puisque « grande banlieue » s’emploie toujours. « Notre grande banlieue » écrivait Brigitte Gros en 1970 pour qualifier les communes de Meulan et d’Aubergenville, en Seine-et-Marne [70].
L’annexion rendit en quelque sorte la banlieue à elle-même puisque ses limites resteront inchangées jusqu’à la création des nouveaux départements, en 1964, mais sa remarquable croissance démographique et économique allait amplifier, tout en le compliquant, l’usage du mot dans les discours et les textes.
Jusque vers 1914, et même bien au-delà, subsiste l’image, ou plutôt la valeur, d’une banlieue restée campagne aux portes de Paris, mais une campagne maintenant sans caractère rural ou agricole, sans paysans ni même habitants, essentiellement peuplée d’arbres et jolis endroits pour se poser. Banlieue égale bonté de la nature, de multiples textes le disent. « Ah ! mes beaux dimanches de la banlieue lorsque j’avais vingt ans ! », écrivait Émile Zola, nostalgique de ces instants de « liberté dans les grands bois » [71]. Qui sont « les voyageurs du dimanche pour les banlieues de Paris » prenant d’assaut les trains afin d’aller respirer « l’air pur des champs », sinon « l’ouvrier laborieux […] avec sa famille » [72] ? Pendant longtemps, la banlieue, ce fut les vacances à petit prix. À la déclaration de la guerre, en 1939, « je me souviens, on revenait de vacances […] On louait une chambre chez l’habitant dans la banlieue parisienne » [73]. Les lotisseurs et les constructeurs de pavillon savaient très bien faire vibrer la fibre rousseauiste du public parisien : « Le souci de l’hygiène et de l’économie commande […] à tout chef de famille prévoyant de quitter Paris et d’installer son foyer à la campagne, c’est-à-dire dans la banlieue [74]. » Après la révolution, prophétisaient des syndicalistes, le premier mouvement des travailleurs sera de fuir les « cages à mouches » des villes entassées et de « s’essaimer vers les banlieues et […] y édifier des cottages où le “chez soi” se pourrait mieux savourer » [75].
Mais cette banlieue de miel et de lait se heurtait aux mêmes époques à la conscience d’une autre banlieue, celles des usines et des fumées, une banlieue qui, elle, avait tout pour déplaire. Le texte qui suit, datant de 1912, rassemble en une seule phrase les thèmes et les images alors associés à cet espace repoussoir :
« La banlieue immédiate de Paris, vaste plaine qui fait le tour presque entier de la ville et se prolonge jusqu’à deux ou parfois quatre kilomètres des fortifications [est une] plaine parsemée d’usines malodorantes, de carrières, de cultures maraîchères empestant le fumier, pis encore, la gadoue, de misérables habitations ou de villes industrielles fort laides [76]. »
On retrouve évidemment la question un peu délicate du proche et du lointain. Quand Henri Sellier, en 1915, parle des « employés du centre » qui ne pouvant plus vivre près de leur travail « ne s’arrêtent pas à la périphérie de la cité de plus en plus industrielle et empoisonnée », mais « vont plus loin, vers les champs, vers la verdure, vers le soleil » [77], visait-il les faubourgs de Paris – La Villette, Javel, Belleville… – ou bien « la banlieue immédiate » évoquée dans la citation précédente, ou bien encore, comme cela arrive dans d’autres textes de même époque, mettait-il dans le même sac ces faubourgs misérables et cette banlieue puante ? Un tel flou était le produit du heurt entre ces deux images contradictoires de la banlieue, objet à la fois d’attirance et de répulsion.
Mais les choses vont se compliquer encore par l’entrée en scène de la banlieue elle-même, ou plus précisément des banlieusards. En effet, la sous-représentation de la banlieue au sein des institutions du département et les griefs accumulés contre Paris dans des communes en plein développement (question de l’abonnement aux hôpitaux de Paris, question du rejet en Seine des eaux d’égouts de la capitale, etc.) créa un contexte polémique dans lequel apparut le mot « banlieusard ». L’occasion en fut, au mois de mai 1889, une élection sénatoriale très disputée où les délégués désignés par les communes de banlieue pour participer au vote avaient porté leur suffrage sur un candidat républicain modéré qui se disait aussi « candidat des justes revendications de la banlieue » [78]. Il aurait alors été traité de « candidat banlieusard » par les délégués parisiens radicaux, outrés aussi du cri de « À bas Paris ! » qui aurait salué l’élection. Un leader parisien rapportant ce dernier épisode en concluait que « nos concitoyens de la Banlieue » avaient été emportés par un « souffle rural » [79]. Avec ce mot, on voit combien était forte aussi l’image d’une banlieue peuplée de campagnards arriérés aux penchants réactionnaires. La banlieue rend bête. « Banlieusard » voulait donc évoquer un rustre installé à la porte de la ville, en rien touché par sa grâce. L’épithète fut reprise par les intéressés, exactement comme faubourien l’avait été en son temps, on se le rappelle. « Hardi, les banlieusards, puisque banlieusards il y a », écrit un journaliste du Républicain de Levallois en 1890 à propos d’autres élections à venir. Et il précisait que « ce sont les représentants de Belleville et de La Villette qui nous ont gratifiés de ce vocable quelque peu faubourien [80] ». Façon de dire que le mot était un mot vulgaire, forgé par des connaisseurs du bas langage et destiné à jeter l’opprobre sur d’honorables concitoyens réclamant pour leurs droits face au sans-gêne d’une cité arrogante.
Dès cette époque, « banlieusard » devint d’usage courant, et dans la bouche même des intéressés, répétons-le, du moins chez leurs porte-parole. Le slogan du « Syndicat général de la Banlieue parisienne », un groupe d’intérêts de notables et d’élus, était : « Banlieusards, venez à nous [81]. » En 1909, un tract du parti socialiste (section d’Alfortville), titré La banlieue est écrasée, contenait cette formule : « Le Banlieusard paie plus que le Parisien et obtient moins [82]. » Mais c’est avec une acception plus précise que le mot passe alors dans la langue : le banlieusard est celui qui habite la banlieue, bien sûr, mais qui n’y travaille pas, qui prend tous les matins le train ou le tramway, le plus souvent pour Paris, et rentre le soir chez lui par le même moyen. Qui dit banlieusard dit et pense transports en commun. Il ne faut pas avoir peur, dit une pétition circulant à Asnières vers 1900 et réclamant des horaires plus adaptés, que les compagnies de chemin de fer puissent dire : « Vous voyez que ces banlieusards ne sont jamais contents [83]. » Récemment, écrivait un journaliste en 1913 [84], il y avait du brouillard sur la banlieue : « Les banlieusards, qui doivent chaque matin rentrer à l’atelier ou au magasin, étaient inquiets. » Le plus remarquable est qu’en dépit des avatars contemporains du mot « banlieue », le mot « banlieusard » a gardé jusqu’à nos jours ce même contenu, un salarié dont la vie est marquée par les horaires de transport, plus ou moins trimbalé sinon exploité par des réseaux décrits soit comme obsolètes soit comme monstrueux ou inhumains. Le Livre noir des transports parisiens, en 1970, parle des « 800 000 banlieusards » qui, chaque jour, « viennent travailler à Paris » [85]. L’État ne nous transporte pas, il nous nomme. Brigitte Gros, déjà citée, évoque le calvaire quotidien de ses administrés : « Le train était bondé de banlieusards, épuisés par leur journée de travail [86]. » Son ouvrage inspira un célèbre film réalisé en 1972 par Gérard Pirès et intitulé précisément, Elle court, elle court, la banlieue. Citons enfin Le Monde qui titrait, le 25 juin 2002, sur « les tribulations quotidiennes des banlieusards ». Comme si ce mot avait toujours plus ou moins servi à penser qu’il ne saurait exister de population vivant sur place en banlieue – la banlieue, c’est pas une vie – et qu’autrement dit la banlieue ne saurait exister sans Paris.
On ne saurait non plus quitter le mot « banlieusard » sans ajouter que, cette question des transports mise à part, il a toujours gardé une nuance péjorative, ce qu’il doit à sa naissance. Il n’est pas impossible qu’il ait pu être employé quelque temps dans son sens premier de paysan attardé, de rural. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre une phrase curieuse du journal Le Travailleur du bâtiment, qui, en avril 1907, décrit ainsi un cortège de grévistes dans les rues d’une petite ville après le succès du mouvement [87] :
« Les boutiquiers et les six pandores d’Évian-les-Bains virent défiler, non pas un cortège de Banlieusards avec des fétiches et des amulettes, mais la classe travailleuse, prenant conscience d’elle-même. »
Quoi qu’il en soit, il est clair que le mot rebute et que certains se refusent à l’utiliser comme raccourci commode pour habitants de la banlieue. En 1904, le directeur de l’Assistance publique disait dans une réunion à propos des gens résidant en banlieue et ayant leur emploi à Paris : « Qui pourrait dire si ce sont là des Parisiens ou des suburbains ? [88]. » En 1934, un journal de banlieue, Le Petit Nogentais lança un concours sur le thème : « Quel nom donner aux habitants de la banlieue ? » On écarta le mot de « blédard », qui dut apparaître de la même eau trouble que banlieusard, pour couronner le mot « périparisien [89]». En banlieue, dirait-on, tous les chemins du langage menaient à Paris.
Mais depuis quand le mot « banlieue » sert-il à donner un nom à certaines peurs ? Au xixe siècle, la banlieue ne faisait pas peur, ses habitants étaient plutôt réputés conservateurs : « La garde nationale de la banlieue était vaillante contre les insurrections » écrivait Victor Hugo à propos de l’émeute de 1832 qu’il décrit dans Les Misérables [90]. La banlieue ne sentait pas bon, c’est une affaire entendue, mais on faisait avec, et le banlieusard, toujours entre deux trains, semblait plus à plaindre qu’à craindre. Mais avec les succès électoraux du parti communiste en banlieue parisienne, au début des années 1920, naît la « banlieue rouge ». L’expression a-t-elle surgi à l’occasion d’une péripétie électorale précise, comme « banlieusard » en son temps ? Nous l’ignorons, mais comme souvent en pareil cas, l’épithète mal sonnante au départ – qu’aurait pensé l’habitant de Neuilly ou du Vésinet si la presse avait parlé de « banlieue blanche » ? – fut reprise tel un drapeau par les groupes et les appareils qualifiés de la sorte. Banlieue rouge est le titre de plusieurs journaux communistes [91], et probablement celui de nombreux articles ou de tracts d’extrême-gauche. À vrai dire, il était à l’époque une autre expression, concurrente et peut-être plus courante, celle de « ceinture rouge », qui exprimait à la perfection l’image fausse mais terriblement efficace d’un Paris complètement vidé de ses usines et de ses prolétaires, assiégé désormais par « des cités satellites industrialisées » [92] formant la ronde autour de lui et n’attendant que le moment propice pour fondre sur ses richesses et s’emparer de l’État confié à sa garde. Là encore, constatons que l’expression était utilisée aussi dans le camp adverse, celui en l’occurrence des assiégeants [93], mais on voit bien que « banlieue » tendait déjà à s’imposer dans les représentations comme le lieu où campe « la population ouvrière, chassée du centre », où les « refoulés » [94] de la grande ville, abandonnés de Dieu et des hommes, ne songeaient qu’au moment délicieux et terrible du règlement de compte final avec la civilisation.
Cependant, aux yeux de certains, si un tel péril politique existait, c’est parce qu’on laissait la banlieue aller à vau-l’eau : personne ne contrôle plus rien, ni l’industrialisation ni le peuplement. Par conséquent, « l’agglomération parisienne » – le terme se répand alors dans la littérature administrative et dans la presse – avait besoin de façon urgente d’un « plan d’aménagement » – le mot « aménagement » fait alors florès, avec la banlieue au centre des dispositifs – bref il fallait entreprendre « ce qu’on pourrait appeler une politique de la banlieue parisienne [95] ». C’était un peu les noces entre les mots « Politique » et « Ville » qui étaient célébrées alors, avec la banlieue dans la corbeille de mariage.
Visant un espace depuis toujours réputé sans qualité et désormais affublé d’une réputation d’extrême dangerosité politique et sociale, le mot « banlieue » n’entrait pas sous les meilleurs auspices dans la période suivante, celle d’après 1945, période marquée par le formidable développement du logement social et le remodelage administratif de la zone. Le mot perd aussi sa spécificité parisienne, tant il apparaît clair que la croissance urbaine est désormais partout en France la seule affaire des banlieues. Un honneur qui dans le discours ressemble plutôt à une indignité.
Comme les lotissements dans les années 1920, les grands ensembles construits dans les années 1960 ont frappé les contemporains par leur surgissement soudain dans le paysage habité. France-Soir parle, en 1965, des « nouveaux électeurs des cités champignons de banlieue » [96]. Beaucoup pensent – et mai 1968 en a sans doute multiplié le nombre – que ces barres et ces tours sont d’abord et avant tout le lieu de relégation des populations pauvres chassées des villes-centres. Les « quartiers d’habitation jadis populaires » sont rasés et « les anciens habitants sont exilés dans les cités-dortoirs », écrit-on en 1970 [97]. La cabane du mal-loti aurait fait place à un gigantesque dortoir collectif. En effet, que faire en banlieue sinon y dormir ? Plus que jamais, nous l’avons vu, elle reste la patrie des banlieusards, ces sempiternels voyageurs sans bagages ; la banlieue est donc un lieu où l’on dort et non un lieu où l’on vit. La Grande-Synthe n’est pas autre chose que le « nouveau faubourg-dortoir de Dunkerque » [98] et quand on a dit de Clichy-sous-Bois qu’elle est une « ville-dortoir de Seine-Saint-Denis », on a tout dit [99]. Il y a sans doute un discours de la modernité et du progrès associés à cet urbanisme et à cette architecture nouvelle, mais incluait-il le mot « banlieue » ? Nous en doutons, et en tout cas, ce que l’usage consacre dans les années 1960 et 1970, c’est bien plutôt l’association entre banlieue et ennui, et même déprime. Une idée reçue de l’époque est bien celle du grand ensemble qui rend fou. Pour un médecin, il était évident que « la vie dans les vastes ensembles immobiliers modernes, à propos de laquelle on a décrit la “névrose des ménagères de banlieue”, atrophie, altère ou détruit de multiples rapports humains [100] ». Un enquêteur était formel : c’est de « l’éloignement » du reste de la société que souffrent le plus les habitants de ces cités, et pour eux, à l’en croire, une déclaration « résume tous les inconvénients concernant l’éloignement : La vie de banlieue [101] ». Et pour un journaliste qui voulait dénoncer « la côte d’Azur bétonnée », l’image qui venait sous la plume était celle d’un « Sarcelles de luxe », à savoir « la lèpre, le bruit, le toc, la promiscuité, la haine. » [102] Rien moins… Donc, en banlieue, pas de « véritable citadin [103] », ni en conséquence de sentiment collectif d’appartenance au même territoire [104]. Le degré zéro de la ville, à mille lieues d’une vraie cité.
Mais cela n’était rien encore puisque le mot va servir, à partir de 1985 à peu près, à désigner tout à la fois les lieux, les maux et les peurs associés à la crise de la société française née du chômage et du racisme qui aujourd’hui compromettent l’intégration d’une partie importante des enfants de migrants. Peu importe que la banlieue compte des communes riches, voire opulentes, peu importe que les populations montrées du doigt à travers ce mot vivent aussi dans les villes-centres, voire encore dans les centres-villes, peu importe enfin qu’il existe nombre de quartiers d’habitat social parfaitement intégrés au reste de la commune, c’est le mot « banlieue » qui va servir à nommer cette crise, outrancière simplification dont l’effet est double : camoufler une question sociale derrière une question d’urbanisme ou d’architecture et jeter le même discrédit sur tous ceux et celles dont le seul tort est de vivre là.
On peut juger de l’inflation dont le mot a été l’objet en faisant d’abord le compte des ouvrages parus depuis 1970 et dont le titre comporte le mot « banlieue » ou « banlieusard ». Nous nous sommes cantonnés aux ouvrages universitaires ou savants – géographie, histoire, sociologie et ethnologie, linguistique, sciences de l’éducation – et aux ouvrages dits d’actualité, les témoignages et les récits [105]. Les chiffres figurant dans le tableau ci-contre sont éloquents.

Périodes quinquennales
Nbre de titres %
1970-1975 3 1,6
1976-1980 12 6,6
1981-1985 22 12
1986-1990 21 11,5
1991-1995 61 33,3
1996-2000 64 35
Total 183 100

Nous ne voulons pas dire que la recherche universitaire, qui forme ici une partie notable des titres, ait été à la remorque de « l’actualité » : ce serait trop simple, un peu faux et surtout hors sujet. La production dite savante s’est trouvée intégrée dans un océan d’ouvrages navigant tous sous le même pavillon. L’explosion éditoriale des années 1990 répondit au désir du public – de tous les publics – de trouver des ouvrages qui lui expliquent la banlieue ou surtout qui lui parlent d’elle dans les termes qu’il attend. Elle accompagna aussi, avec un léger décalage dans le temps, l’extraordinaire prolifération du mot, décliné et qualifié de toutes sortes de manières, dans la presse écrite ou parlée. « Crise », « malaise », « maladie » – Le Monde du 23 mars 1986, entre mille exemples : « L’agglomération lyonnaise est malade de ses banlieues » – il ne semble pas y avoir alors d’image assez forte pour dire la gravité du problème. Le patron de Libération, Serge July, parle en octobre 1990 [106] d’un phénomène relevant de « l’apartheid », d’une « tiers-mondisation » de la ville. Le mot, déjà de bien mauvais aloi, on l’a vu, a cristallisé sur lui toutes les hantises, il est devenu une référence connue de tous dont le flou permet à chacun d’y mettre ce qu’il veut : de lointains grands ensembles vivant sous l’empire de la drogue et de la violence, une zone urbaine tout entière abandonnée à la misère et à l’immigration étrangère ou bien les prodromes d’une nouvelle culture. Dis-moi comment tu parles de la banlieue, je te dirai qui tu es.
À l’évidence aussi le mot sert d’accroche, de simple annonce. On le voit bien quand l’auteur d’un ouvrage de valeur est amené, pour les besoins de l’analyse ou de la description, à définir l’espace dont il parle. Soit l’auteur se dérobe : c’est le cas de Jean-Marie Delarue, auteur en 1991 d’un rapport officiel diffusé sous le titre Banlieues en difficultés ; dans le corps de l’ouvrage, le mot « banlieue » n’apparaît jamais (sauf à l’occasion de citations de presse), et l’introduction qui le précède, bien loin d’éclairer le lecteur, dit qu’il va être parlé de communes pauvres, « qu’on […] appelle “quartiers” ou “cités”, on n’entrera pas ici sur l’usage de ces termes [107] ». Mais où est donc passée la banlieue ? Soit l’auteur trébuche sur les définitions. L’ouvrage de Monique Grandjonc intitulé Les Canourgues, mémoire vive : singulière banlieue, paru en 1996 et consacré à la vie des habitants de ce quartier de Salon-de-Provence contient une sorte de guide du lecteur dont il vaut la peine de citer les premières phrases :
« À l’évidence, Salon est une ville de taille trop modeste pour que sa partie nord puisse être appelée banlieue si l’on s’en tient au sens moderne que les urbanistes donnent à ce terme. Cependant les Canourgues présentent les caractéristiques sociologiques d’une banlieue : cité-dortoir excentrée et dévalorisée, grande densité de population […], fort taux de chômage, etc. »
Le coin répond donc à la définition sociale de la banlieue, mais il n’est pas une. Alors, à quoi bon cette confusion ? N’est-ce pas que l’auteure a été en quelque sorte contrainte par la pression médiatique et éditoriale à user du mot, alors qu’il n’avait rien à faire là ? Et faut-il préciser que dans la parole des habitants, si heureusement restituée dans l’ouvrage, le mot « banlieue » est royalement ignoré.
C’est là sans doute une caractéristique de l’histoire actuelle du mot : il n’a pas provoqué la création d’un mot choc en retour, comme banlieusard ou faubourien en leur temps, soit que les habitants de banlieue ne s’estiment nullement concernés par toute cette logorrhée (songeons encore à l’habitant de Neuilly) soit que les populations visées aient d’autres mots pour retourner l’opprobre, ou encore que chez elles, nulle conscience n’existe de former un ensemble dont le nom serait alors jeté à la face de leurs contempteurs. Ne dirait-on pas d’ailleurs que le mot est, à l’heure présente, en perte de vitesse, comme s’il était trop usé, qu’on en avait épuisé le suc à force de le presser ? Sous l’influence de la terminologie officielle qui, depuis déjà longtemps, parle du « développement social des quartiers », des « quartiers sensibles », etc., « les quartiers », tout court, semblent aujourd’hui devenus l’équivalent, au moins médiatique, sinon même dans l’usage, de « banlieue », au sens dépourvu de sens de ce mot. Est-il donc appelé à rejoindre « faubourg » dans le magasin d’antiquités des mots de la ville ? C’est l’avenir politique de la ville qui tranchera.
 
NOTES
 
[1] Déclaration de 1724, citée par Perrot, Dictionnaire de voierie, Paris, Prault, Onfroy et Belin, 1782, p. 168.
[2] Voir Firmin Marbeau, Crèches pour les petits enfants des ouvriers, Paris, 1873 [1845], p. 55.
[3] Arthur Kleinclausz, Lyon, des origines à nos jours, Marseille, Laffitte, 1980 [1925], pp. 344-345.
[4] Maurice Lachâtre, Nouveau dictionnaire universel, Paris, É. Blot, s. d. [vers 1865].
[5] Voir la liste établie par Michel Fleury et Jeanne Pronteau (éd.), dans Aristide-Michel Perrot, Petit atlas pittoresque des quarante-huit quartiers de Paris (1834), Paris, Service des travaux historiques de la ville de Paris, 1987, pp. 22 et suiv.
[6] Charles Merruau, Rapport sur la nomenclature des rues, Paris, Charles de Mourgues, s. d., pp. 35-36.
[7] Une étude de la mairie de Meaux parlait « du centre ancien et du Faubourg Saint-Nicolas ». Voir Gérard Bernini (éd.), Dictionnaire topographique et historique des rues de Meaux, t. III : Les faubourgs et nouveaux quartiers, Meaux, Société littéraire et historique de la Brie, 1992, p. 216.
[8] Voir Alphand et Jourdan, Recueil des règlements concernant le service des alignements et des logements insalubres dans la ville de Paris, Paris, Chaix, 1890, p. 15.
[9] Voir Philippe Butel et Jean-Pierre Poussou, La vie quotidienne à Bordeaux au xviiie siècle, Paris, Hachette, 1980, p. 221.
[10] Dictionnaire universel français et latin [dit] Dictionnaire de Trévoux, 1771, art. Faubourg.
[11] Voir A. Kleinclausz, Lyon, des origines…, op. cit.
[12] Robert de Hesseln, Dictionnaire universel de la France, 1771, t. I, p. 490.
[13] Journal des Débats du 8 décembre 1831, cité par Fernand Rude, L’insurrection lyonnaise de novembre 1831, Paris, Anthropos, 1969, p. 663.
[14] Louis Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Amsterdam, 1783-1788, t. I, pp. 17, 254 ; t. III, p. 211 ; t. VII, pp. 204-205.
[15] Suburbain, précisait-il, vient de « suburbanus […], qui habite dans les faubourgs ». L. S. Mercier, Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles, Paris, Moussard et Maradan, 1801, pp. 266-271.
[16] Théophile Lavallée, Histoire de Paris, depuis le temps des Gaulois jusqu’en 1850, Paris, Michel-Lévy frères, 1857, t. II, p. 316.
[17] Balzac, La Comédie humaine. La cousine Bette, Paris, Pléiade, t. VI, p. 514 (roman paru en 1846).
[18] Balzac, La Comédie humaine. La duchesse de Langeais, Paris, Pléiade, t. V, p. 960 (roman paru en 1834).
[19] Baron Haussmann, Mémoires, Paris, Seuil, 2000 [1890], p. 822.
[20] Maurice Halbwachs, Les expropriations et le prix des terrains à Paris (1860-1900), Paris, Société nouvelle de librairie et d’édition, 1909, pp. 66, 77.
[21] Texte d’une pétition citée par Pierre Debofle, « La politique d’urbanisme de la ville de Paris sous la Restauration », thèse, Lille III, 1990, p. 847.
[22] Balzac, La Comédie humaine. Les paysans, Paris, Pléiade, t. IX, p. 82 (roman paru en 1845).
[23] Balzac, La Comédie humaine. Honorine, Paris, Pléiade, t. II, p. 555 (roman paru en 1843).
[24] Balzac, La Comédie humaine. Les paysans, op. cit., p. 273.
[25] Georges Gougenheim, La langue populaire dans le premier quart du xixe siècle d’après le Petit dictionnaire du Peuple de J.-C. L.-P. Desgranges (1821), Paris, Les Belles Lettres, 1929, p. 144.
[26] Francisque-Michel, Études de philologie comparée de l’argot, Paris, Firmin Didot, 1856, p. 421.
[27] Document cité par John Merriman, Aux marges de la ville. Faubourgs et banlieues en France 1815-1870, Paris, Seuil, 1994, p. 58.
[28] Commission départementale faisant fonction de Conseil général de la Seine, Mémoire présenté par M. le préfet de la Seine à la Commission départementale, session ordinaire de 1856, p. 7.
[29] Commission départementale faisant fonction de Conseil général de la Seine, Session extraordinaire de 1859, Rapport de M. Delangle, ministre de l’Intérieur, p. 14.
[30] Préfecture de la Seine, Annuaire statistique de la ville de Paris, année 1888, p. 131.
[31] Préfecture de la Seine, Résultats statistiques du dénombrement de 1886 pour la Ville de Paris, p. XXXVII.
[32] Pierre Baudin, La vie dans la cité, Paris, Librairie universelle, 1908, pp. 45-59.
[33] Pierre Waldeck-Rousseau, L’État et la liberté, Paris, Bibliothèque-Charpentier, t. I, 1906, p. 239.
[34] Cité par Emmanuelle François, « Le xixe du bassin de La Villette », mémoire de maîtrise, Paris VII, 1984, pp. 167-168.
[35] Ange Guépin, Charles-Eugène Bonamy, Nantes au xixe siècle, Nantes, P. Sebire, 1835, p. 488.
[36] La situation industrielle et commerciale de Paris en octobre 1871. Rapport de l’enquête faite par une fraction du Conseil municipal, 1871, p. 49-50.
[37] Jules Vallès, Le tableau de Paris, Paris, EFR, 1971, p. 375 (article paru en 1883).
[38] Reproduit dans Les Révolutions du xixe siècle, Paris, EDHIS, t. VIII, non pag.
[39] L’Aimable faubourien, n° 2, 4-8 juin 1848. Quant au mot « canaille », c’était une allusion au vers d’Auguste Barbier dans le poème « La Curée » (paru dans Iambes, 1832), magnifique ode aux combats de juillet 1830 quand « La grande populace et la sainte canaille/se ruaient à l’immortalité ».
[40] Le Faubourg, n° 1, 26 février 1870.
[41] Séverine, Pages rouges, Paris, H. Simonis Empis, 1893, p. 47 (article de 1888).
[42] J.-H. Simon-Michel, « L’abbé Soulange-Bodin et Notre-Dame-du-Travail », mémoire de maîtrise, Paris IV, 1988, p. 45.
[43] Cité dans Annie Fourcaut, Bobigny, banlieue rouge, Paris, Éditions ouvrières-FNSP, 1986, p. 30.
[44] Henri Boutet, Métiers de Paris, Paris, l’auteur, 1910, p. 102.
[45] Texte paru dans Gil Blas, s. d., cité par F. Andrieux dans « Les fêtes de l’art social à Suresnes au début du siècle », Bulletin de la société historique de Suresnes, 1991, p. 92.
[46] Voir L’Œuvre du 10 avril 1941 : « Fréhel chante […] les meilleurs morceaux de son répertoire “faubourg” avec réverbère à l’appui », cité par le Trésor de la langue française, Paris, CNRS, 1980, t. VIII, p. 682.
[47] Bernard Rouleau, « Des contrastes nécessaires à la ville », in Jacques Lucan, Paris des faubourgs, Paris, Picard, 1996, pp. 15-18.
[48] Stéphane Jézéquel, Le Télégramme, 16 juillet 2000, p. 12.
[49] Michel Scotto, « Strasbourg ne sait pas comment faire face au rituel des voitures brûlées », Le Monde, 1er février 2001.
[50] Michel Bochaca, La banlieue de Bordeaux, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 8.
[51] Ibid., p. 170.
[52] Ibid., p. 45.
[53] Règlement concernant la communauté des maîtres cordonniers de la ville, fauxbourgs et banlieue d’Orléans du 28 mars 1783, Orléans, chez Rouzeau-Montaut, 6 p.
[54] Édit du roi, portant création de dix officiers-gardes du commerce, et règlement pour les contraintes par corps pour dettes civiles dans la ville, fauxbourgs et banlieue de Paris. Donné à Fontainebleau au mois de novembre 1772…, Paris, chez P. G. Simon, 1773, 7 p.
[55] On trouve dans l’abbé Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France (paru en 1762) à l’article « Banlieue », un tableau du « dénombrement de la Banlieue de Paris », fort de 4 « lieux ou articles ».
[56] Mémoire pour servir à la confection du cahier de doléances des habitants de la banlieue de Paris, rédigé par Darigrand et signé des syndics de 20 paroisses, cité par Charles-Louis Chassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, t. IV : Paris hors-les-murs, Paris, Jouaust et Sigaux, 1889, pp. 189-219.
[57] Cité par Fernand Bournon, La création du département de la Seine et son étendue (1789-1790), Paris, Honoré Champion, 1897.
[58] Le qualificatif de rural n’a, à l’époque, rien de péjoratif, nuance qu’il prendra à la fin du Second Empire, au moins quelques temps, dans le discours politique.
[59] Gazette municipale de la Ville de Paris, février 1844, citée par Lucien Lambeau, La Villette, Paris, Ernest Leroux, 1926, p. 304.
[60] Cité par Marc Girod, « L’urbanité des faubourgs : les théâtres de la banlieue parisienne (1817-1932) », Recherches contemporaines, n° 2, 1994, p. 117.
[61] Hippolyte Meynadier, Paris sous le point de vue pittoresque et monumental ou éléments d’un plan d’ensemble de ses travaux d’art et d’utilité publique, Paris, Dauvin et Fontaine, 1843, pp. 198-199.
[62] La Banlieue, revue mensuelle, n° 1, octobre 1846.
[63] Observations sur le projet d’annexion à la capitale des communes suburbaines, lithographié chez Montigny, mars 1859, p. 6.
[64] Philippe Vigier, Paris pendant la monarchie de Juillet, Hachette, coll. « Nouvelle histoire de Paris », 1991, p. 242.
[65] La Banlieue, revue mensuelle, n° 2, novembre 1846. Je remercie Virginie Capizzi de m’avoir mis sur la piste de ce texte.
[66] Voir Nathalie Montel, « Chronique d’une mort non annoncée. L’annexion par Paris de sa banlieue en 1860 », Recherches contemporaines, n° 6, 2000-2001, pp. 217-254.
[67] Commission départementale faisant fonction de conseil général de la Seine. Session extraordinaire de 1859 sur l’annexion, p. 44.
[68] Liste des maisons de rapport… à vendre ou à louer à Paris et dans la petite banlieue, publiée par J.-B. Boisselot en 1909 et 1910.
[69] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, Paris, Garnier-Flammarion, 1965 [1854], p. 57.
[70] Brigitte Gros, Quatre heures de transport par jour, Paris, Denoël, 1970, p. 3.
[71] Émile Zola, « La banlieue », dans Aux champs, La Rochelle, Rumeur des âges, 1994 [Le Figaro, 25 juillet 1881], p. 41.
[72] Exposition universelle de 1867, Rapports des délégations ouvrières, t. I : Facteurs de pianos, accordéons, orgues-harmoniums, p. 67.
[73] Victor Zigelman, cité dans Françoise Morier (éd.), Belleville, Belleville. Visages d’une planète, Paris, Créaphis, 1994, p. 181.