2001
Genèses
Dossier
Les archives de l’appareil de sécurité de la République populaire de Pologne en tant que source
Andrzej Paczkowski
En Pologne de l’après-communisme, si les limites d’accès aux archives de l’Institut de la mémoire nationale (IPN) restent nombreuses, les chercheurs s’interrogent sur les usages possibles de ce type de sources particulier. Après un rappel des enjeux des débats des historiens et des perspectives de recherche ouvertes par les sources policières, cette contribution présente les différentes manières dont celles-ci ont été utilisées par les chercheurs polonais. Cette vue plongeante laisse entrevoir une production éditoriale hétérogène, plus d’une fois rendue possible davantage par des circonstances conjoncturelles ou par des ressources personnelles mises en œuvre par les auteurs travaillant avec ce type de fonds, que par des règles archivistiques claires sur l’accès aux documents.
In post-Communist Poland, although access to the archives of the Institute of National Memory (IPN) continues to be widespread, researchers are questioning the possible uses of this type of special source. After recalling the stakes involved in debates among historians and the prospects opened up for research by police sources, the article presents the various ways in which these sources have been used by Polish scholars. This overview gives an idea of heterogeneous publications that were more than once made possible by the circumstances of the moment or by the personal resources brought to bear by the authors working on this type of collection, rather than by clear-cut rules for accessing archive documents.
Les sources policières (de l’appareil de sécurité) et celles des services spéciaux (espionnage, contre-espionnage) sont depuis longtemps largement utilisées par les historiens. Les matériaux rassemblés du temps du ministre Joseph Fouché servent toujours à étudier la période du Premier Empire. Les archives de l’
Okhrana (police impériale russe) constituent une source importante pour l’étude de la Russie tsariste et en particulier de ses mouvements révolutionnaires. Sans les dossiers d’instruction contre la conspiration polonaise de la moitié du
xixe siècle, nous saurions peu de chose sur l’étendue et même le caractère de certains complots indépendantistes. En Pologne, particulièrement dans les années soixante et soixante-dix, les auteurs de nombreux travaux sur la II
e République (Pologne de l’entre-deux-guerres) – surtout sur les partis d’opposition, les minorités ethniques, les syndicats ou encore la presse (pour parler de ma propre expérience) – se sont appuyés sur des documents policiers ou de contre-espionnage militaire de toutes sortes : depuis les rapports sur le fonctionnement de cellules particulières ou l’activité de certains fonctionnaires du parti communiste, illégal à l’époque, jusqu’aux informations élaborées pratiquement quotidiennement sur certains collectifs, comme les partis politiques et les mouvements sociaux, légaux ou illégaux
[1]. Ainsi, il faut considérer le recours, par les historiens, aux fonds d’archives hérités des différents organes de l’appareil communiste de sécurité et des services spéciaux comme une chose tout à fait naturelle.
Cependant, ce qui demeure exceptionnel, dans le cas des pays post-communistes, c’est la masse de documents qui peut être évaluée à des dizaines (même à des centaines en Russie) de kilomètres linéaires (kml). Exceptionnel également est le fait que les historiens puissent accéder à ces documents dans un délai relativement court par rapport au moment de leur élaboration. Cet accès a été évidemment facilité par la chute des régimes communistes et donc par la disparition ou la transformation profonde des institutions qui fabriquaient ces documents. Mais la rapidité avec laquelle cet accès a été rendu possible constitue également un enjeu politique et social important, du fait du caractère relativement récent de ces documents – même s’il convient de noter que la question se pose différemment dans le cas polonais où les premiers documents émis par l’appareil de sécurité communiste (été 1944) ne sont pas beaucoup plus « récents » que les derniers documents de la police d’avant-guerre datant de l’été 1939. Ce qui pose aussi problème, outre l’âge de ces documents, ce sont les normes admises relativement récemment en matière de protection des données personnelles et de la vie privée
[2]. Et, plus encore, ce qui détermine le comportement général à l’égard de l’ouverture des documents de l’appareil de sécurité, c’est aussi, et surtout, l’attitude des hommes politiques et du législateur à l’égard de « l’ancien régime » et l’analyse qu’ils font de la période des transformations du système politique. Ces attitudes conduisent à de nombreux débats et controverses, voire à des conflits quant à la politique archivistique à suivre et, en particulier, quant au degré d’ouverture qu’il convient d’accorder à la partie la plus sensible des fonds : les dossiers « opérationnels » et personnels. Après un rappel des enjeux du débat des historiens et des difficultés que représente le travail avec ces sources particulières, nous présenterons la façon dont celles-ci ont été utilisées par les chercheurs polonais et analyserons les raisons qui expliquent les limites d’accès à ces fonds.
Le débat sur la valeur heuristique des sources
Si les historiens ne constituent pas, de plein droit, un acteur à part entière de ce débat – dont l’essentiel se déroule sur le forum du parlement – certains d’entre eux n’ont pas hésité, pour obtenir un accès plus large aux archives, à former un groupe de pression spécifique (que l’on pourrait qualifier de lobby). Une des tentatives de ce groupe, qui ne concernait pas néanmoins les fonds des organes de sécurité mais ceux du parti communiste, a même été couronnée de succès : le ministre responsable a retiré la clause de trente ans pour les fonds d’archives hérités du parti communiste conservés aux Archives nationales.
Pour l’historien, cependant, ce qui importe davantage que ces débats, sur lesquels il a peu ou pas d’influence, ce sont les possibilités, les principes et les techniques de travail relatifs à ce type de sources. Ceux-ci concernent tous les documents policiers, et d’espionnage, indépendamment du contexte politique qui a donné lieu à leur production. Nous savons depuis longtemps – ce qui ne veut pas dire que nous en tenions toujours compte – que tous les fonds produits et rassemblés par ce genre d’institutions nécessitent une prudence toute particulière. Rappelons-en les raisons concernant les cas qui nous intéressent ici.
Les services policiers avaient pour habitude de produire de faux documents à des fins « opérationnelles », tels que passeports, certificats d’enregistrement de voitures ou encore différents documents devant servir à rendre crédibles toutes sortes de « légendes »
[3], mais aussi des « faux » au sens strict, comme des lettres, des tracts, des journaux ou encore des enregistrements audio « montés de toutes pièces ». On en a un exemple avec la fameuse « conversation » des frères Wa
łęsa en automne 1982, dont l’émission avait pour but de discréditer Lech Wa
łęsa, notamment dans le contexte de l’attribution probable du Prix Nobel de la Paix. Un exemple classique et historique, presque canonique, de telles falsifications est
Le Protocole des sages de Sion, écrit et distribué par la police tsariste, qui a fait (et continue à faire dans certains cas !) une belle carrière éditoriale. Jusqu’à présent, aucune recherche en cours ne permet d’évaluer statistiquement le problème des « faux » produits par l’appareil de sécurité polonais. Les recherches qui ont été menées dans le cadre des études sur la presse oppositionnelle et sur le mouvement Solidarno
ść dans une région lors des années 1977-1989 prouvent cependant que ce procédé a été appliqué
[4]. On sait également que, dans le cadre de la lutte contre l’Église catholique, les services de sécurité éditaient même un journal,
Ancora qui imitait une édition clandestine
[5].
Ces institutions pratiquaient des actions de provocation, dénommées de façon énigmatique dans le jargon professionnel « jeux opérationnels », et ce, aussi bien à l’égard de personnes individuelles que de groupes, de partis politiques ou même à plus large échelle de la société. Ce faisant, elles parvenaient à manipuler aussi bien les motivations et le déroulement de certaines activités que le contenu des discussions. Par exemple, si l’on en croit un rapport des services de sécurité de 1987, 10 % des structures oppositionnelles illégales et des membres de Solidarno
ść se trouvaient « entièrement sous contrôle opérationnel »
[6].
Ces mêmes services s’intéressaient en général aux activités, événements ou formulations qui étaient dysfonctionnels par rapport au système qu’ils avaient pour mission de défendre. Ainsi, on s’employait à rassembler avant tout des informations d’ordre négatif, qu’il s’agisse d’informations sur les discours ou les comportements supposés hostiles au régime, sur une mauvaise gestion réelle ou imaginaire, sur « l’incapacité » d’une personne à exercer certaines fonctions. L’auteur de la monographie de l’appareil de sécurité polonais
[7] a utilisé de nombreux exemples de ce type d’évaluation pour décrire les activités des services de sécurité dans le domaine du contrôle des usines, de la production et de l’administration économique, notamment du commerce extérieur. Sans une analyse détaillée, dans tous les cas, de ce genre d’informations, il est impossible d’évaluer dans quelle mesure les remarques critiques étaient fondées et dans quelle mesure elles découlaient de l’excès de zèle et de la volonté des fonctionnaires de faire preuve de vigilance.
Dans ce cadre, les services rassemblaient en particulier des informations devant servir de preuve à charge pour l’accusation. Appelées dans les années quarante et cinquante, à la russe, des « matériaux compromettants » (komprmaterialy), ces informations devaient faciliter le recrutement d’un individu dans le cadre d’une collaboration avec la police, et permettre à cette dernière de mettre en œuvre toutes sortes de « jeux opérationnels », d’instruire des procès sur la base d’activités criminelles ou encore de mettre en œuvre l’agit-prop. Par la force des choses, ces institutions se concentraient sur des aspects négatifs. Très souvent, les informations recueillies via différents canaux par les employés du ministère n’étaient pas sélectionnées. Ainsi, les dossiers constitués pouvaient contenir des éléments faux, mais utiles à l’accusation.
Plus encore, les services policiers extirpaient des aveux de façon à ce qu’ils soient conformes à la thèse voulue de l’enquête. Ainsi, plus d’une fois, les informations incluses dans les protocoles des interrogatoires s’avèrent, en quelque sorte, fausses par principe. De plus, bien évidemment, la personne interrogée essayait souvent elle-même d’induire en erreur les agents chargés de l’instruction si bien qu’elle leur livrait, pour ce faire, de fausses informations. Un bon exemple, me semble-t-il, de la critique de documents produits par l’appareil de sécurité (dans ce cas précis, des procès-verbaux des aveux), est l’analyse de la procédure d’instruction menée par le service de sécurité de
Łom
ża en 1949 dans l’affaire du pogrome des Juifs de Jedwabne de juillet 1941
[8].
Cependant, tout cela ne disqualifie pas les fonds produits par l’appareil de sécurité en tant que source, pas même les « faux » documents ou ceux dont l’inexactitude est évidente. Une critique des sources sérieuse, dont le principe vaut d’ailleurs pour tous les types de documents, indépendamment du lieu et du temps de leur production, suffit à surmonter les difficultés. Les fonds d’archives rassemblés par les services de sécurité (services spéciaux) s’avèrent utiles – d’un point de vue très général – lors des recherches sur l’appareil de sécurité lui-même (ses services) : son fonctionnement, son organisation, ses techniques d’action, la composition de son personnel, ses relations avec d’autres institutions et, entre autres, avec le parti communiste en tant que tel, etc. Les contacts avec le « centre de l’empire », constituent un problème spécifique, dont la recherche nécessite l’accès à des fonds étrangers (russes), ainsi que l’étude des relations avec les services spéciaux des « pays frères ». La plupart des informations dont nous disposons sur ce point, grâce aux travaux des historiens allemands, concernent les relations entre les services polonais et la Stasi.
Ils sont également utiles pour analyser le rôle de l’appareil de sécurité dans l’État. Sans une étude approfondie des documents de l’appareil de sécurité, il est impossible de comprendre le système communiste (ou d’autres régimes totalitaires ou autoritaires). Il ne fait aucun doute que ce rôle était important et que, dans certaines périodes ou situations, l’appareil devenait un des instruments clés du pouvoir (pour la Pologne ce fut le cas pendant la période stalinienne ainsi que dans les années de la crise politique 1980-1982). Ce n’est que par une distinction précise de l’activité opérationnelle mais avant tout des fonctions d’information (qui, à quel moment et de quelle manière, était informé sur la situation dans le pays ou sur des groupes sociaux) qu’il est possible, par exemple, d’établir des jugements fiables quant au degré et aux formes de la dépendance de l’appareil de sécurité vis-à-vis du pouvoir monopolistique du parti communiste. Les recherches sur cette question semblent importantes également parce que l’apport du matériel empirique permet de vérifier la thèse répétée depuis des décennies – et en tout cas depuis le dégel suivant la mort de Staline – que l’appareil a crû au-dessus du Parti ou qu’il constituait un « État dans l’État ».
Les sources permettent également d’étudier ces fragments de la réalité sociale (politique, économique, etc.), qui se trouvaient dans la ligne de mire de l’appareil, c’est-à-dire à propos desquels ce dernier rassemblait des informations. Cela concerne également des personnes ou des groupes particuliers à propos desquels les archives contiennent aussi bien des informations que des analyses, des expertises, etc. Les informations relatives aux perceptions et aux comportements de personnes qui se trouvent dans les documents de l’appareil de sécurité ont une signification d’autant plus grande qu’avant 1956, il n’existait en Pologne aucun sondage d’opinion publique (il n’y avait pas d’institut approprié) et, même plus tard, les sondages évitaient de poser la question du rapport au système ou des questions politiques. Ce n’est qu’à partir de 1980 que les analyses d’opinion ont été effectuées d’une façon plus ou moins fiable (par exemple par l’emploi d’un échantillon à l’échelle du pays). Ajoutons que les documents de l’appareil de sécurité ne représentent pas – loin s’en faut – la seule source, même s’il s’agit de la source la plus fournie ; ces informations se trouvent également dans les rapports différents des instances du parti communiste ou des syndicats. Dans d’autres pays communistes la situation était comparable, si ce n’est pire qu’en Pologne où les sociologues ont réussi, après 1956, à se frayer un certain degré d’autonomie et de liberté de recherches même s’il était impossible de rendre public leurs résultats
[9]. Par conséquent, il est possible de dire que l’appareil de sécurité faisait figure d’institut d’analyse de l’opinion publique
sui generis même si – bien évidemment – il n’appliquait pas des techniques sociologiques. Ces documents ne permettent pas bien sûr de tirer des conclusions s’appuyant sur des données statistiques fiables, mais ils autorisent cependant à élaborer une typologie des attitudes et à analyser les évolutions des « discours hostiles ». Toutefois, de par sa nature même, l’appareil de sécurité s’intéressait avant tout à des manifestations de ce qu’on appelait à l’époque des « comportements anti-étatiques ». L’historien doit donc demeurer prudent et ne pas céder au risque de généraliser les informations contenues dans les documents policiers à toute la société ou à des groupes sociaux. Cependant, il me semble qu’il est impossible de mener des recherches approfondies sur l’histoire sociale du communisme si l’on omet de prendre en compte les archives des services de sécurité.
Les conditions d’accès aux archives
Les historiens polonais, dans la mesure où ils ont pu avoir accès aux matériaux dont il est ici question, entreprennent aussi bien les recherches sur l’appareil de sécurité lui-même que des recherches sur la société. Je me limiterai dans cet article à quelques constats. Avant 1990, les seules personnes qui ont pu bénéficier de l’accès aux documents rassemblés par le Bureau « C » du ministère de l’Intérieur (MSW) – qui détenait des fichiers personnels de différents types ainsi qu’un centre d’archives – et de ses antennes territoriales, étaient des employés du ministère, et notamment – depuis sa création – les assistants, enseignants et professeurs de l’Académie des affaires intérieures (École supérieure du ministère de l’Intérieur). Il apparaît que ces personnes ont toutefois bénéficié d’un accès assez limité, même si certains ouvrages didactiques ainsi que certaines monographies, par exemple au sujet de la lutte contre l’opposition anticommuniste dans les années 1944-1949, semblent indiquer un accès à des matériaux de type « opératif ». Je dois cependant avouer que malgré la lecture d’un certain nombre de ces publications, j’ai du mal à déterminer l’importance de celles-ci pour les recherches actuelles et futures
[10]. Ce genre de publications appelé habituellement « littérature officielle » est très riche : les
Materiały Historyczne (matériaux historiques). Il existe aussi un ouvrage de Piotr Majer sur « L’historiographie et l’état des recherches sur l’histoire de l’appareil de sécurité, de l’ordre public et des détachements de l’intérieur »
[11].
Entre l’été 1989 et le printemps 1990 s’est déroulé un processus de destruction des archives qui vaudrait la peine d’être étudié en tant que tel. Aucune recherche n’a été menée sur ce sujet, mais il est possible d’affirmer, à partir des bribes d’informations que nous détenons, que ce processus de destruction a été effectué aussi bien « d’en haut », sur ordres de la hiérarchie, que de la propre initiative des officiers chargés des tâches opérationnelles. Il semble que ces destructions aient été les plus importantes dans les archives du contre-espionnage et de l’espionnage militaire ainsi que parmi les documents du ministère de l’Intérieur relatifs au clergé et à l’activité de l’Église catholique. De nombreuses voix sollicitaient un rapport sur les destructions, mais celui-ci n’a jamais vu le jour. De plus, rien ne laisse penser qu’il y ait eu une quelconque tentative et, au-delà, une volonté de rédiger un tel rapport, même dans la période où le ministère était dirigé par des hommes politiques issus de la droite anticommuniste. À la même époque s’est déroulé un processus de « privatisation » des archives de l’appareil de sécurité, c’est-à-dire de subtilisation par les fonctionnaires des dossiers sur lesquels ils étaient en train de travailler. Il ne semble pas cependant qu’il se soit agi d’un phénomène massif. Les informations relatives à la destruction des documents sont parvenues à l’opinion publique en hiver 1990, provoquant un scandale, et contraignant le ministre de l’Intérieur à interdire formellement la destruction de tout type de documents. Cependant, pour de nombreux fonds, il était déjà trop tard. En fin de compte, il est difficile aujourd’hui d’estimer l’ampleur des destructions qui ont eu lieu à cette époque.
L’appareil de sécurité dans les structures ministérielles
En Pologne, dans les années 1944-1956, on trouvait un ministère de la Sécurité publique (MBP) à part (jusqu’en 1954 en tant que ministère, puis sous le nom de « Comité de sécurité publique »). En novembre 1956, le Comité fut incorporé au MSW, au sein duquel les départements transférés du Comité de sécurité publique étaient appelés – d’abord couramment, ensuite à moitié formellement – les Services de sécurité (
Służba Bezpieczeństwa, SB). Il s’agissait en fait des départements (ou bureaux) : I – de l’espionnage ; II – du contre-espionnage ; III – de la lutte contre les activités anti-étatiques ; IV (fondé en 1962) – pour les affaires de l’Église catholique, auxquels s’ajoutaient les bureaux des investigations, de la technique opérationnelle, du contrôle de la correspondance (Bureau « W »), des fichiers et des archives (Bureau « C »), de surveillance. Une telle subdivision existait également à l’échelle des voïévodies (équivalent du département). Dans les préfectures de police des voïévodies, il y avait un poste de vice-commandant pour les affaires de sécurité et, également, des cellules (sections) qui correspondaient aux départements et aux bureaux du ministère. L’appellation « Office de sécurité » (
Urząd Bezpieczeń stwa, UB) vient du fait que les instances territoriales du ministère de la Sécurité publique (puis du Comité du même nom jusqu’en 1956) portaient le nom de l’Office de sécurité de voïévodie, de canton (
powiat), ou de ville. C’est de ce nom « UB » que provient l’expression argotique
ubek qui était la plus répandue dans la population pour qualifier les fonctionnaires ou agents des services de sécurité (services appelés d’ailleurs dans le même argot
ubecja). Ces termes ont été employés – et continuent de l’être – après 1956, même si pour être plus précis on devrait utiliser le mot
esbek (du SB, en activité après 1956), peu usité. Notons que l’appareil de sécurité ne constituait qu’une partie du ministère de l’Intérieur. Celui-ci avait également en charge la régulation des passeports, la protection des ambassades et des bâtiments publics (également des VIP). Il était aussi responsable des pompiers, de la police (
milicja), des unités spéciales, détachements de l’intérieur
[12], de la protection des frontières, de la communication secrète du gouvernement, ainsi que des renseignements à l’étranger. La « milice civique » (
Milicja obywatelska, MO) par exemple, était un détachement de milice, subordonné au ministère de l’Intérieur, destiné à maintenir l’ordre, à lutter contre des activités criminelles, à assurer la sécurité routière, etc. En cas de besoin, la MO aidait à étouffer les manifestations et les grèves ; elle aidait également l’appareil de sécurité à combattre l’opposition politique. Le ministère de l’Intérieur était donc une institution très étendue, même si l’opinion publique l’identifiait principalement aux services de sécurité et à la police. Au mois de mai 1990, l’Office de la protection de l’État (UOP,
Urząd Ochrony Państwa), a été créé, en tant que successeur des anciens services spéciaux du ministère de l’Intérieur. La même année, une réorganisation de l’espionnage et du contre-espionnage militaire a eu lieu (avec la création des Services d’information de l 19;armée, WSI).
Par la suite, la période initiale des transformations a été marquée par un certain degré de chaos. Avant même que le général Czesław Kiszczak, dirigeant le ministère de l’Intérieur depuis de nombreuses années (à partir de 1981) ne quitte ses fonctions, on commença à ouvrir certains fonds à des historiens professionnels. À certains égards, le tout début de la période des transformations s’est ainsi avéré favorable aux chercheurs qui ont fait preuve d’une détermination suffisante pour accéder aux archives, du moins si l’on compare cette période aux années suivantes. Personne ne savait alors lesquelles des règles anciennes demeuraient en vigueur et quels seraient les nouveaux règlements. De manière générale, il était admis que certains documents relatifs à la période avant 1956 puissent devenir accessibles. Toutefois, on ne pouvait consulter que ce que les archivistes du ministère jugeaient concevable de « montrer » et l’on ne pouvait jamais savoir s’ils « fournissaient » la totalité ou bien seulement une partie plus ou moins importante des fonds disponibles sur un sujet donné.
Peu à peu, cette situation s’est normalisée. Mais cette « normalisation » s’est faite à un niveau plancher : le chercheur eut alors à sa disposition des tables, des lecteurs de microfiches et l’œil vigilant de l’archiviste, mais toujours aucun inventaire. Le système des dérogations restait centralisé. En principe, l’accès à des fonds de type opératif a toujours été refusé. On a seulement permis l’accès à des fonds de type informatif ou général (par exemple des protocoles des réunions) ou à des documents à caractère judiciaire. Avec le temps cet accès est devenu plus facile, notamment grâce à l’apparition dans les salles de lecture de catalogues partiels, mais je ne sais pas dans quelle mesure la circulaire du chef de l’UOP de 1997 concernant les conditions d’accès a été respectée dans la pratique. Elle était en effet assez libérale par rapport aux pratiques en vigueur à l’époque, dans la mesure où elle permettait l’accès à des protocoles de réunions, à des ordres personnels, à des plans, à des comptes rendus et à des instructions, etc., même si, par ailleurs, tous les fonds « opérationnels » demeuraient secrets, indépendamment de la période où ils ont été créés (même s’il s’agissait de l’année 1944 ou 1945).
Au total, la possibilité d’accès à des documents de l’appareil de sécurité est restée très limitée et pour ce qui est des documents militaires, mis à part les fonds du contre-espionnage, des années 1944-1956 radicalement « nettoyés » et accessibles uniquement aux historiens militaires, elle a été quasiment nulle. Même si, évidemment, des « fuites » de documents individuels (la plupart d’entre elles sur un arrière-plan politique) se produisirent et des documents « privatisés » par les fonctionnaires ayant quitté les services en 1990 ou avant furent mis en circulation.
Les historiens qui se penchaient sur le passé polonais ont donc eu une tâche beaucoup plus difficile que leurs collègues travaillant sur les fonds hérités de la Stasi. La conséquence de cette asymétrie est que le nombre de travaux basés sur des fonds archivistiques de l’appareil de sécurité et des services spéciaux est beaucoup moins important que celui des travaux qui s’appuient sur des fonds allemands analogues. À cet égard, il convient de noter également que les fonds de la Stasi suscitent davantage d’intérêt chez les historiens étrangers
[13] (non allemands) que les fonds polonais et, par conséquent, qu’ils sont utilisés plus souvent.
Les recherches sur l’appareil de sécurité
Les recherches sur l’histoire de l’appareil de sécurité
[14] polonais et de ses services spéciaux se trouvent, à dire vrai, dans leur phase infantile, même si – le fait vaut d’être noté – il existe une certaine continuité personnelle des chercheurs. Ceux d’entre eux (certes, très peu nombreux) qui se sont occupés de ces problématiques avant 1989, continuent de le faire aujourd’hui. En général, leur regard sur cet objet a changé, il est devenu critique à l’égard de l’activité de l’appareil qu’ils glorifiaient auparavant. Évidemment, il est difficile d’estimer à quel point les conversions de ce genre sont sincères ou si elles résultent d’une simple adaptation aux évolutions politiques. Il semblerait que ces conversions consistent plutôt en un simple inversement des jugements « positifs » et « négatifs », qui n’entraînent pas de nouvelles hypothèses ni de nouveaux questionnements de recherche.
Les analyses historiques
Ainsi, l’unique tentative pour décrire ces services dans leur totalité a été entreprise par l’un de ces « chercheurs ». La volumineuse monographie d’Henryk Dominiczak
[15] est fondée sur des recherches archivistiques menées avant 1989 (jusqu’en 1990, H. Dominiczak était employé par l’Académie des affaires intérieures). Le même auteur a également édité un livre sur la politique adoptée par les organes de sécurité à l’égard de l’Église catholique
[16]. Les deux ouvrages contiennent beaucoup d’informations, mais ne constituent pas de bons livres. L’auteur s’y limite à une analyse des fonds internes du ministère, sans inclure les documents du parti communiste, de l’armée ou d’autres organes de l’État. La perspective de recherche est d’autant plus étroite qu’il omet de traiter le rôle du Parti dans la gestion des « organes » et celui des conseillers soviétiques ainsi que les relations entre appareils soviétique et polonais. Trop souvent, il se réfère à des documents à caractère normatif ou à des comptes rendus. Il n’existe qu’une seule monographie d’une instance régionale de l’appareil de sécurité, mais elle ne concerne qu’une période historique limitée. Il s’agit de l’ouvrage de Zbigniew Nawrocki
[17] qui souffre d’ailleurs également d’une perspective de recherche trop étroite. L’ouvrage de Zenobiusz Kozik
[18] est également consacré (en grande partie) à l’appareil de sécurité stalinien. Mais il s’appuie uniquement sur des recherches menées avant 1989 et, qui plus est, sur des documents émanant uniquement du Parti. W
ładys
ław Tkaczew a en revanche, de son côté, publié une solide monographie des sept premières années de fonctionnement du contre-espionnage militaire
[19]. Bref, au total, il n’existe pas plus d’une bonne douzaine d’articles qui s’appuient sur des documents des services de sécurité ou qui se rapportent à cet appareil (voir l’encadré ci-dessus).
Quelques références sur l’appareil de sécurité en Pologne
Leszek Piłat, « Struktura organizacyjna i działalno ść Wojewódzkiego Urzędu Bezpieczeństwa Publicznego w Lublinie 1944-1945 », (Structure d’organisation et activité de l’Office de sécurité publique de la voïévodie de Lublin 1944-45) Studia Rzeszowskie, t. VI, 1999, pp. 77-92 ; Zygmunt Woźniczka, « Wojewódzki Urząd Bezpieczeństwa Publicznego w Katowicach 1945-1956 » (L’office de Sécurité publique de la voïévodie de Katowice 1945-1956), Kronika Katowic, t. VIII, 1999, pp. 140-176 ou Andrzej Paczkowski : « Terror i kontrola : funkcje aparatu bezpieczeństwa w systemie komunistycznym. Polska 1944-1956 » (La terreur et la surveillance : la fonction de l’appareil de sécurité en Pologne de 1944 à 1956), in A. Paczkowski, Od sfałszowanego zwycięstwa do prawdziwej klęski. Szkice do portretu PRL, (D’une victoire falsifiée à une véritable défaite. Esquisses pour un portrait du PRL), Cracovie, Wydawnictwo Literackie, 1999, pp. 3-75 (publié en tant que working paper – BF Informiert Nr.23 – Terror und Uberwachung : Die Funktion des Sicherheidienstes in Polen von 1944 bis 1956, Berlin, BStU, 1999 ; A. Paczkowski, « Aparat bezpieczeństwa wobec podziemia niepodległościowego w latach 1944-1948 » (L’appareil de sécurité face à l’opposition indépendantiste dans les années 1944-1948), in Andrzej Ajnenkiel (éd.), Wojna domowa czy nowa okupacja ? Polska po roku 1944 (La guerre civile ou une nouvelle occupation ? La Pologne après l’année 1944), Wrocław, Ossolineum, 1998, pp. 83-101 ; A. Paczkowski, « ˜ydzi w UB : próba weryfikacji stereotypu » (Les Juifs dans l’UB : tentative de vérification d’un stéréotype), in Tomasz Szarota (éd.), Komunizm. Ideologia, system, ludzie (Communisme. Idéologie, système, individus), Varsovie, Neriton, 2001, pp. 192-204.
Les biographies et les mémoires
On pourrait ajouter à ces ouvrages des biographies de membres de l’appareil de sécurité. Mais en fait, il existe une seule biographie exhaustive de l’un des hauts fonctionnaires de l’appareil de sécurité
[20]. La silhouette de Józef Ró
żanski qui fut, pendant de longues années (1944-1954), le chef de l’axe d’investigation de l’appareil, a été tracée par Barbara Fija
łkowska
[21], mais l’auteur n’a pas eu recours aux documents du ministère de la Sécurité publique. En somme, ici aussi, les publications existantes sont peu nombreuses et la césure de 1956, caractéristique d’ailleurs de toute l’historiographie polonaise du temps présent, est rarement transgressée. Liée au XX
e congrès du PCUS, à l’exposé secret de Nikita Khrouchtchev, aux événements de l’automne 1956 en Pologne (retour au pouvoir de W
ładys
ław Gomu
łka) et en Hongrie (insurrection nationale), cette césure est un moment clé dans l’histoire de la Pologne (et de la plupart des autres pays communistes) de l’après-guerre. Avant 1989, cette date charnière constituait une limite pour l’accès aux documents des Archives du Parti et des Archives nationales. Cette situation a changé en 1990 lorsque les Archives ont commencé à appliquer des délais légaux de trente ans. Toutefois, la pratique est flexible : en 1990, lorsque ces dispositions furent mises en œuvre, on ne pouvait, de fait, consulter que des documents émis avant 1961. Dans le cas des archives de l’UOP et du MSW, la césure de 1956 a été considérée comme « inflexible » et ce n’est que quelques années après une première ouverture en 1990 que ces archives ont commencé à appliquer – seulement à certaines catégories de documents et avec les restrictions mentionn
ɥs ci-dessus – le délai de trente ans. Il a fallu attendre les années 2000-2001 pour que cette restriction soit levée dans les Archives nationales pour les documents du parti communiste. Aujourd’hui, elle commence également à l’être dans le cas des documents de l’appareil de sécurité et des services spéciaux qui sont en train d’être transférés à l’IPN (Instytut Pamięci Narodowej, Institut de la mémoire nationale)
[22]. L’accès aux documents gérés par l’IPN est réglementé par les lois relatives à l’Institut et par la loi sur les données non officielles. Par conséquent, une grande partie des documents de l’appareil de sécurité des années 1944-1990 est accessible dans les archives de l’IPN. La principale difficulté est d’ordre technique : la vitesse à laquelle il est possible de traiter ces documents et de constituer des inventaires et des catalogues. Il faut également tenir compte du fait que, dans les deux premières années de son existence, l’IPN a repris plus de 65 kml de documents qui n’étaient pas classés selon les règles en vigueur dans les Archives nationales.
Mis à part les études mentionnées plus haut, on compte également un certain nombre de travaux à valeur documentaire, tel le « collage journalistique » de documents (peu nombreux) du procès des hauts fonctionnaires de l’UB (1957) – ouvrage populaire car bien construit, et aussi inédit dans son genre :
Les gars des services. Une documentation de l’époque du non-droit, écrit par Stanis
ław Marat et par Jacek Snopkiewicz
[23]. Des mémoires d’anciens fonctionnaires de l’appareil de sécurité ont également été publiés, originaux ou éditions de journalistes. Parmi les apports les plus précieux, évoquons les mémoires de Franciszek Szlachcic, pendant de longues années vice-ministre et ministre de l’Intérieur, ceux de l’ancien ministre de l’Intérieur C. Kiszczak
[24], ainsi que les entretiens édités par Andrzej Golimont
[25]. Le travail de Barbara Stanis
ławczyk et Dariusz Wilczak s’appuie uniquement sur des témoignages abondamment cités
[26]. Quelques mémoires d’officiers de l’espionnage ont également été publiés, mais sous forme légèrement vulgarisée, ce qui réduit radicalement leur valeur informative
[27]. Comme dans le cas d’ouvrages de ce type publiés dans d’autres pays, une incertitude demeure quant aux motifs de leur publication : ont-ils été publiés
con amore ou bien sont-ils un élément de l’activité de désinformation d’un service d’espionnage ?
Les études portant sur le travail opérationnel
Étant donné le retard considérable des procédures législatives concernant aussi bien la « lustration »
[28] que l’ouverture des fonds « opérationnels » aux victimes, on ne dénombre que quelques publications dévoilant des fragments des techniques opérationnelles. C’est dans le livre volumineux de Leszek Moczulski
[29] qu’elles sont présentées de la manière la plus exhaustive à l’heure actuelle. L’ouvrage essaie de reconstituer non seulement l’activité opérationnelle de l’appareil de sécurité à l’égard de l’auteur lui-même, mais aussi à l’égard du parti illégal qu’il avait créé et dirigé. Il analyse, par la même occasion, le système d’enregistrement de données en vigueur dans les années soixante-dix et quatre-vingt au ministère des Affaires intérieures. Les descriptions portant sur le contenu des dossiers personnels de W
ładys
ław Bartoszewski
[30] ou de Pawe
ł Jasienica
[31] sont beaucoup plus concises. Le dossier opérationnel relatif à l’université de Cracovie a, quant à lui, été analysé par Ryszard Terlecki
[32]. Il n’existe donc que très peu d’ouvrages dans lesquels les auteurs se fondent sur les documents de type opérationnel et pratiquement pas d’exemple d’un usage systématique et exhaustif. Cela constitue une différence majeure par rapport au cas allemand.
Les recueils de sources
Étant donné le nombre modeste d’analyses ou de mémoires, l’importance relative des publications de documents de l’appareil de sécurité peut surprendre. Une partie d’entre elles sont des rééditions d’informations préparées de son temps par le bureau « C » du ministère de l’Intérieur polonais, mais aujourd’hui largement accessibles au public grâce à leur édition. L’exemple sans doute le plus important de ces publications est un large volume de près de neuf cents pages, édité par Miros
ław Piotrowski sous un titre explicitement commercial :
Les gens des services en lutte contre la Nation et l’Église
[33]. On y trouve des informations concernant la structure du ministère, ainsi qu’un organigramme allant des postes du chef de section au ministre. Le schéma organisationnel prévoyait, si l’on commence « par le bas », l’existence des sections, des divisions, départements ou bureaux. J’ajouterai qu’avant la publication du « reprint », l’ouvrage circulait depuis 1990 – sous forme de photocopies – parmi les historiens. Les notes d’information constituent un élément particulièrement précieux car elles décrivent le déroulement du service de tous les hauts fonctionnaires à commencer par le chef de section. Malheureusement, ces données ne concernent que les fonctionnaires du ministère (central) et non ceux de ses antennes locales et régionales. En revanche, les notes d’information contiennent également des données sur des personnes qui remplissaient leurs fonctions dans d’autres sections que l’appareil de sécurité.
Parmi les ouvrages publiés par Henryk Pająk à partir de la même cellule du ministère de l’Intérieur
[34], le premier est précieux car les notes qui ont trait aux personnes condamnées contiennent une référence à la cote du dossier archivé au MSW. Son autre livre reproduit le texte relatif à « L’information sur les organisations antiétatiques illégales et les bandes armées agissant en Pologne populaire dans les années 1944-1956 » ; toutefois, il ne contient aucun renseignement sur l’activité du ministère en tant que telle. La reproduction des « Journaux personnels du ministère de la Sécurité publique » intitulée « Le cœur battant du parti » d’Andrzej K. Kunert et Rafa
ł Stolarski
[35] est également la réédition d’une publication précédente. Le premier volume actuellement édité se rapporte aux années 1945-1947.
Des documents émanant de l’appareil de sécurité ainsi que du contre-espionnage, sont également parus. J’ai moi-même publié trois volumes de documents du ministère de la Sécurité publique
[36]. Il s’agit surtout de protocoles de réunions de la direction du ministère avec les chefs des Offices de sécurité des voïévodies. Zbigniew Palski a, de son côté, publié des documents réglementaires du contre-espionnage militaire concernant le travail avec les agents
[37]. On note également la publication de plus de cent documents issus du ministère de l’Intérieur relatifs aux célébrations du millénaire du baptême de la Pologne. Enfin, l’unique ouvrage polonais s’appuyant sur des documents opérationnels de l’époque de
Solidarność est un recueil de deux cent quatre documents édité par Jan Draus et Z. Nawrocki
[38]. Il illustre bien l’activité opérationnelle des services de sécurité et les procédures que ces derniers utilisent. La publication de ces documents est due à un concours de circonstances : le directeur des archives de la délégation de l’UOP à Rzeszów (Z. Nawrocki) était un historien qui faisait sa thèse sous la direction du professeur J. Draus. Celui-ci l’a encouragé à obtenir l’accord de ses supérieurs de lever le secret afin de publier une partie des documents des années quatre-vingt. Les historiens « ordinaires » – à savoir ceux qui n’étaient pas simultanément et chercheurs et responsables des archives – n’avaient non seulement pas le droit d’accéder à ce type de documents, mais de plus ils ignoraient leur existence. Cette situation a changé après la création de l’IPN mais il faudra quelque temps avant que les premières études soient publiées.
La même région est traitée dans un large volume portant sur la liquidation de la section de Rzeszów de WIN
[39] entre les années 1945 et 1949
[40], ouvrage d’autant plus utile qu’il rend possible une analyse des techniques opérationnelles de ces services
[41]. Les recueils de documents issus des différentes cellules du ministère de la Sécurité publique qui ont été publiés – en même temps que des documents d’autre provenance – par Czes
ław Osękowski
[42] sont moins riches en informations relatives au mode de fonctionnement de l’appareil. La plupart des documents sont en effet des comptes rendus de la situation politique et ne se rapportent que rarement au fonctionnement de l’institution en tant que tel. Décevants également, dans ce cadre, sont les dossiers des collaborateurs secrets qui viennent d’être publiés, comme, par exemple, les rapports établis par l’employée de maison du primat Wyszy
ński lors de son internement
[43] ou encore les quelques rapports des années 1958-1961 de Zdzis
ław Najder
[44], devenu ensuite directeur de la section polonaise de
Radio Free Europe : ces dossiers fournissent à eux seuls peu de renseignements sur les motivations des collaborateurs ou sur les modes de recrutement des services. Ainsi, sans nier ni réduire l’importance des travaux d’analyse et de publication de source réalisés jusqu’à présent, on peut dire, en résumé, que tout reste à faire.
Les recherches sur la société
L’éventail des centres d’intérêt de l’appareil de sécurité et des services spéciaux étant extrêmement large, les fonds créés et rassemblés par ces institutions reflètent une grande partie des réalités et des évolutions sociales de la période pendant laquelle ils ont existé. Par « fonds rassemblés », j’entends ici les documents ou objets confisqués lors des perquisitions (officielles et officieuses) ou lors d’autres activités opérationnelles ou de maintien de l’ordre, par exemple, les documents et objets confisqués dans les locaux du syndicat
Solidarność après l’instauration de l’état de guerre. On les nomme dans le langage professionnel des « déposits ». Une partie de ces objets a servi de pièces à charge lors des procès. Dans une certaine mesure, ces documents anticipent même la période présentée ici, puisque certaines des informations rassemblées (issues de fonds d’autres archives, recueillies lors d’interrogatoires, « d’aveux » ou grâce à la confiscation de documents) concernent les années précédant la création de l’appareil lui-même. Il s’agit également de documents (« déposits ») qui datent parfois encore de la guerre, par exemple des documents de la direction de l’AK
[45] confisqués lors d’arrestations au cours des années 1944-1950. Du coup, il existe probablement peu de domaines de la vie sociale au sens le plus large du terme dont l’analyse puisse se passer du recours aux documents de l’appareil de sécurité. Cela vaut d’ailleurs aussi pour l’étude de trajectoires individuelles, et pas seulement celles des élites politiques, économiques ou intellectuelles. Il est impossible de présenter l’état effectif de l’utilisation des fonds d’archives des services spéciaux dans l’historiographie polonaise. Cela nécessiterait le dépouillement de centaines de monographies et d’articles. Par conséquent, je me limiterai ici à certains aspects.
Nous pourrions citer, en guise d’épigraphe, l’extrait d’une monographie récemment publiée : « Malgré des demandes répétées, écrit Igor Ha
łagida, l’Office de la sécurité de l’État – et ce, aussi bien la centrale à Varsovie que les délégations de terrain à Gda
ńsk, Olsztyn et Wroc
ław – a refusé de m’accorder l’accès à ses fonds d’archives
[46]. » L’impossibilité d’accéder aux sources n’a peut-être pas été la règle dans la deuxième moitié des années quatre-vingt-dix mais, à en croire les nombreuses plaintes entendues à ce sujet, elle a été un phénomène courant. Il semble que ce soit surtout la volonté différenciée selon les représentations de l’UOP d’aider les chercheurs qui a joué un rôle déterminant. Certaines de ces représentations auraient eu une position négative par principe tandis que d’autres auraient été au contraire mieux disposées. Pour contraster ce qu’a dit I. Ha
łagida, citons la liste des sources de la monographie d’Adam Dziurok où figurent entre autres « Les affaires de recensement et opérationnelles de l’Office de la sécurité publique de la voïévodie de Katowice 1947-1954 » ou « Les affaires opérationnelles et d’investigation de l’Office de la sécurité publique de la voïévodie de Katowice »
[47]. Avec le temps, il est probable que la conviction de plus en plus en plus partagée selon laquelle on ne pouvait de toute manière rien obtenir des archives de l’UOP ait finalement conduit certains chercheurs à renoncer d’emblée à demander l’accès aux archives. Il est possible également que ces mêmes chercheurs aient eu tendance à objectiver cette situation en affirmant que les archives policières ne contenaient pas de fonds intéressants pour eux. Ces exemples fournissent suffisamment de matière à l’historien qui un jour désirerait mener une recherche sur la « politique des archives » en Pologne. Tout cela a changé radicalement depuis la création de l’IPN, mais il faudra attendre encore quelques années avant que les recherches menées à partir de ces archives puissent donner lieu à des monographies.
Les premiers historiens qui ont eu recours, après 1989, aux fonds d’archives de l’appareil de sécurité sont ceux qui travaillaient sur l’opposition anticommuniste, dont la liquidation fut, en particulier dans les années 1944-1948, l’objectif premier de l’appareil. S’il est difficile de le vérifier quantitativement, il me semble que les dossiers auxquels ces historiens ont eu accès sont en général des documents émanant des tribunaux, et en particulier des tribunaux militaires, et beaucoup plus rarement des matériaux « des services » en tant que tels. Cela était dû au fait qu’une grande partie des archives des tribunaux (des juges et des procureurs) a été transmise dans les années 1990-1991 à la « Commission générale de poursuites des crimes contre le peuple polonais » qui s’occupait auparavant uniquement des crimes nazis et qui, après 1989, a été chargée également des « crimes staliniens » (c’est-à-dire commis en Pologne ou bien sur des citoyens polonais en URSS) avant 1956. Cet office a été intégré à l’IPN après la création de celui-ci et ses compétences ont été élargies aux enquêtes sur les « crimes communistes », c’est-à-dire des crimes commis par les fonctionnaires (de l’appareil de sécurité) avant 1989.
Certaines publications ont donné lieu dans ce cadre à des polémiques à propos de la crédibilité des informations contenues dans les dossiers « opérationnels » et les dossiers d’instruction, à propos du déchiffrage des pseudonymes et des cryptonymes ou, encore, à propos de la crédibilité des aveux. Des reproches en matière de traitement des sources peuvent en effet être adressés à certaines monographies ou à certains articles. « Il est inadmissible, écrivait un des auteurs de la polémique, de s’appuyer uniquement sur des “aveux” déposés au tribunal, tout en renonçant à leur “vérification” au moyen des témoignages faits à la sortie de la prison
[48]. » Néanmoins, il faut considérer les fonds de l’appareil de sécurité comme une des sources essentielles, si ce n’est une source clé, de toutes les recherches sur les mouvements « conspiratifs ».
La résistance sociale
Les fonds d’archives provenant de l’appareil de sécurité sont utilisés dans le cadre de recherches portant sur les « prises de parole » spontanées et massives et, de façon générale, dans le cadre de problématiques relatives à la « résistance sociale ». Un exemple d’utilisation habile des documents des différentes instances et agendas du ministère de Sécurité publique est la monographie de
Łukasz Kami
ński intitulée
Les Polonais face à la nouvelle réalité 1944-1948. Les formes de résistance sociale spontanée non-institutionnelle
[49]. Certaines formes de cette résistance sociale, telles les grèves, peuvent en effet être décrites, avant tout dans leurs aspects quantitatifs, grâce à des documents de l’appareil de sécurité. Ces derniers s’avèrent ici d’autant plus intéressants que de nombreuses manifestations de cette résistance sociale ont disparu de la mémoire collective sans avoir été enregistrées par les autres institutions du régime, y compris par le parti communiste. Les documents de l’appareil de sécurité jouent aussi un rôle important dans la description et l’analyse de l’explosion de révoltes sociales, et plus généralement de périodes de mécontentement généralisé, qui s’est manifestée à travers des rassemblements, des manifestations ou des « excès » de tout genre. Cependant, jusqu’au moment de la création de l’IPN, peu d’historiens ont réussi à accéder à ces documents. L’auteur de la monographie principale sur la révolte de Pozna
ń déplore dans son introduction : « Malgré nos nombreuses demandes, nous n’avons pas pu avoir accès aux fonds rassemblés dans l’archive de l’UOP
[50]. » Probablement pour les mêmes raisons, l’auteur de la monographie sur la destruction, le 18 novembre 1956, des appareils devant perturber à Bydgoszcz les émissions de radios occidentales, n’a pas pu utiliser les fonds de l’UB (à part les documents détenus par les tribunaux)
[51]. La liste des sources en annexe de la monographie sur l’année 1956 à Wroc
ław ne mentionne aucun fonds d’archives de cette provenance et ce n’est pas le résultat, me semble-t-il, de la négligence de l’auteur
[52].
Ces fonds n’ont pas toujours été utilisés dans le cadre des études portant sur l’année 1956. Ainsi, il manque la mention des documents de l’appareil de sécurité dans le volume de sources sur la situation en 1956 dans la région d’Olsztyn
[53], alors que l’on les retrouve dans un volume semblable qui traite de la Poméranie occidentale
[54], ce qui témoigne, soit de la perception divergente des auteurs sur l’importance de certains types de documents, soit tout simplement des différences d’approche des personnes qui décident de leur mise à disposition ou non pour la recherche. En revanche, les fonds du ministère de l’Intérieur et de ses cellules de terrain ont été abondamment mis à profit par les auteurs des trois monographies récentes sur la révolte de 1970
[55]. Le volume de documents concernant la grève et les combats de rue de Radom en 1976 contient aussi quelques documents de la « milice civique » (MO) ainsi qu’une série de photographies opérationnelles prises au cours des événements. En revanche, jusqu’à présent, il n’existe aucune monographie solide portant sur la vague des grèves de l’été 1980 qui s’appuierait sur des fonds d’archives des services de sécurité. C’est également le cas en ce qui concerne l’activité du syndicat indépendant
Solidarność, aussi bien pour sa période d’existence légale qu’après l’introduction de la loi martiale. Par conséquent, on en arrive à des paradoxes tels que le rapport conséquent du ministre de l’Intérieur de 1984 sur l’état de la sécurité de l’État polonais, préparé pour la réunion du Bureau politique du Comité central du POUP (Parti ouvrier unifié polonais) a été publié tout simplement parce qu’on a pu retrouver sa traduction allemande dans les archives de la « Gauck-Behörde »
[56].
Même s’il est difficile d’attribuer la responsabilité de ce manque cuisant aux institutions qui conservent les documents du ministère de l’Intérieur, il ne semble pas que cet état de choses soit le résultat de la négligence des historiens. Mes propres recherches sur l’activité du centre des décisions politiques confirment que l’accès à des sources de l’appareil de sécurité de cette période a pendant longtemps été pratiquement impossible
[57]. Si j’ai pu obtenir l’accès à des documents du ministère de l’Intérieur, c’est uniquement grâce au fait que j’ai été nommé, en 1995, expert de la Commission de la responsabilité constitutionnelle auprès de la Diète, qui débattait alors d’une demande de convocation des artisans de l’état de guerre devant le tribunal d’État. Le ministère de l’Intérieur ainsi que l’UOP ont transmis un nombre de documents pour les besoins de la commission.
Il n’est donc pas étonnant que les analyses parues après 1989 s’appuient le plus souvent sur des documents de
Solidarność elle-même, entre autres les « calendriers » et les registres publiés à cette époque dans la clandestinité. Les conditions d’accès aux archives ne semblent d’ailleurs pas avoir été meilleures pour les historiens travaillant sur l’opposition antérieure au mouvement d’août 1980
[58]. Le recueil des documents du MSW concernant Rzeszów constitue à la fois une exception dans ce domaine et une preuve qu’il existe beaucoup de documents hérités de l’appareil de sécurité communiste qui ont une valeur heuristique importante pour ceux qui cherchent à analyser l’histoire de
Solidarność et de l’opposition.
L’atmosphère sociale
Les personnes peu familiarisées avec les fonds opérationnels de l’appareil de sécurité se sont étonnées du fait que les historiens aient recours à ces fonds pour analyser les comportements et les opinions à grande échelle. En fait, même à l’époque où des instituts de sondages existaient déjà, les cellules de l’appareil de sécurité accumulaient, à l’aide de différentes techniques (comme le contrôle postal), des informations sur l’atmosphère sociale. Et, avant que ces instituts ne soient créés, ces rapports constituaient la principale source d’information, parallèlement aux comptes rendus des instances du Parti, des syndicats ou aux lettres envoyées aux journaux ou aux institutions du régime. Ces rapports ont été utilisés par les historiens pour analyser « les événements de Pozna
ń »
[59], mais aussi par les auteurs d’un ouvrage sur les rumeurs circulant dans le pays
[60] ou encore la réaction des différents groupes sociaux à la révolte de juin 1953 en RDA
[61]. Les recherches que l’on peut qualifier d’« histoire sociale » devenant de plus en plus populaires en Pologne, on peut s’attendre à ce que les historiens aient à l’avenir un recours accru à ce type de documents, dans le cadre d’études portant sur les organisations de masse (tels les syndicats
[62]), les partis politiques, et en particulier ceux de l’opposition
[63], ou encore des personnalités politiques de tout calibre. Je pense avoir été le premier historien à pouvoir – certes dans un cadre modeste et délimité par les archivistes – utiliser les fonds du MBP en écrivant la monographie sur Stanis
ław Miko
łajczyk
[64].
En résumé, on peut dire que les recherches menées à bien après 1989, et en particulier dans la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, ont tenté de prendre en compte les sources héritées de l’appareil de sécurité et ce, quels que soient les domaines et les écoles de recherche. Mais, dans presque tous les cas, l’accès à ces sources s’est heurté à beaucoup d’obstacles. Dans plusieurs cas, cet accès s’est même avéré impossible. Il reste à espérer que le transfert de tous ces documents dans les magasins de l’IPN supprimera enfin cette barrière « technique ». Seule cette analyse partielle des travaux des historiens polonais permet de constater à quel point les fonds de l’appareil de sécurité et des services spéciaux peuvent être utiles à l’analyse d’un large éventail de phénomènes politiques et sociaux. Cela étant dit, je considère toutefois que le fonds d’archives essentiel pour les recherches sur l’histoire de la République populaire de Pologne est celui hérité des deux incarnations du parti communiste (Le PPR – Parti ouvrier polonais – dans les années 1944-1948 et le POUP dans les années 1948-1989). C’est au sein des instances de ce dernier que les décisions principales ont été prises et c’est là que les fils du pouvoir se tissaient – y compris ceux qui conduisaient à l’appareil de sécurité et aux services spéciaux.
Traduction Dorota Dakowska
[1]
Irena Marczak (éd.),
Komunikaty Informacyjne Komisariatu Rządu na m. st. Warszawę, (Les communiqués d’information du commissariat du gouvernement pour la ville de Varsovie) t. I-IV, Varsovie, MSWiA, 1991-1997.
[2]
Loi sur la protection des données personnelles du 29 août 1997.
[3]
Histoire « montée » pour gagner la confiance et faciliter l’introduction du collaborateur secret ou du fonctionnaire dans l’organisation qu’il est censé infiltrer.
[4]
Szczepan Rudka, « Fa
łszywki wroc
ławskich czasopism bezdebitowych » (Les faux de la presse oppositionnelle de Wroc
ław),
in Krzysztof Ruchniewicz, Bo
żena Szaynok, Jan Tyszkiewicz (éd.),
Studia z historii najnowszej (Études de l’histoiredu temps présent), Wroc
ław, Gajt, 1999, pp. 125-133.
[5]
Andrzej Grajewski,
Kompleks Judasza. Ko ściół zraniony. Chrze ścijanie w Europie ‚rodkowo-wschodniej między oporem a kolaboracją, (Le complexe de Judas. L’Église blessée. Les chrétiens dans l’Europe du Centre-Est entre opposition et collaboration), Pozna
ń, W drodze, 1999, pp. 198-199.
[6]
Wojciech Sawicki,
Raport Kiszczaka dla Moskwy (Le rapport de Kiszczak pour Moscou), Cracovie, Centrum Dokumentacji Czynu Niepodleg
ło
ściowego, 2002, p. 121.
[7]
Henryk Dominiczak,
Organy bezpieczeństwa PRL 1944-1990. Rozwój i działalno ść w świetle dokumentów MSW, (Les organes de sécurité de la République populaire de Pologne. Évolution et fonctionnement à la lumière des documents du ministère de l’Intérieur), Varsovie, Bellona, 1997, pp. 273-275.
[8]
Krzysztof Persak, « Akta procesu z 1949 roku dwudziestu dwóch oskar
żonych o udzia
ł w zbrodni na ludno
ści
żydowskiej w Jedwabnem » (Les dossiers du procès de vingt-deux personnes accusées d’avoir participé au crime sur la population juive de Jedwabne),
in Pawe
ł Machcewicz, K. Persak (éd.),
Wokół Jedwabnego (Autour de Jedwabne), Varsovie, IPN, 2002, vol. 2, pp. 419-420.
[9]
Voir entre autres Piotr Kwiatkowski, « Początki bada
ń opinii publicznej w Polsce (1956-1964) » (Les débuts des sondages d’opinion publique en Pologne 1956-1964),
in Ewa Nowicka, Miros
ław Cha
łubi
ński (éd.),
Idea a urządzanie świata społecznego (L’idée et l’aménagement du monde social), Varsovie, PWN, 1999, pp. 171-182 ; Antoni Su
łek,
Sondaż polski. Gar ść rozpraw o badaniach ankietowych (Le sondage à la polonaise. Quelques discussions sur les enquêtes d’opinion), Varsovie, IFiS PAN, 2001, en particulier pp. 97-116.
[10]
On utilise le plus souvent l’ouvrage synthétique Tadeusz Walichnowski (éd.),
Ochrona bezpieczeństwa państwa i porządku publicznego w Polsce 1944-1988 (Le maintien de la sécurité de l’État et de l’ordre public en Pologne 1944-1988), Varsovie, Akademia Spraw Wewnętrznych, 1989, ainsi que les monographies de Zbigniew Jakubowski,
Milicja Obywatelska w latach 1944-1956 (La Milice civique 1944-1956), Varsovie, PWN, 1984 et de Marian Jaworski,
Korpus Bezpieczeństwa Wewnętrznego 1945-1965 (Le Corps de sécurité intérieure 1945-1965), Varsovie, MON, 1984, mais ces deux travaux ne concernent pas l’appareil de sécurité au sens strict.
[11]
Piotr Majer,
Historiografia i stan badań nad dziejami aparatu bezpieczeństwa i porządku publicznego oraz wojsk wewnętrznych, Varsovie, Akademia Spraw Wewnętrznych, 1984.
[12]
Corps de soldats rattachés au ministère, initialement pour combattre les partisans puis, après la fin du stalinisme, formés pour assurer la sécurité des instances du Parti, du ministère, voire pour combattre des émeutes.
[13]
À titre d’exemple seulement, citons l’ouvrage de Sonia Combe,
Une société sous surveillance. Les intellectuels et la Stasi, Paris, Albin Michel, 1999 ou celui de David Childs et Richard Popplewell,
The Stasi. The East German intelligence and security service, Houndmills et Londres, Macmillan Press, 1996.
[14]
Dans cette discussion, je ne mentionne pas les publications – assez nombreuses – sur les prisons et les camps.
[15]
H. Dominiczak,
Organy bezpieczeństwa PRL 1944-1990…, op. cit.
[16]
H. Dominiczak,
Organy bezpieczeństwa PRL w walce z Ko ściołem Katolickim 1944-1990. W świetle dokumentów MSW (Les organes de sécurité de la République de Pologne en lutte contre l’Église catholique 1944-1990. À la lumière des documents du ministère de l’Intérieur), Varsovie, Bellona, 2000.
[17]
Zbigniew Nawrocki,
Zamiast wolno ści. UB na Rzeszowszczyźnie 1944-1949 (Au lieu de la liberté. UB dans la région de Rzeszow 1944-1949), Rzeszów, IESS, 1998.
[18]
Zenobiusz Kozik,
Stalinowski system represji w Polsce 1948-1956 (Le système stalinien de répression en Pologne 1948-1956), Piotrków Trybunalski, Naukowe Wydawnictwo Piotrkowskie, 2000.
[19]
W
ładys
ław Tkaczew,
Powstanie i działalność organów Informacji Wojska Polskiego w latach 1943-1948. Kontrwywiad wojskowy, (Création et activité des organes de l’information de l’armée polonaise dans les années 1943-1948. Le contre-espionnage militaire), Varsovie, Bellona, 1994.
[20]
Krzysztof Lesiakowski,
Mieczysław Moczar « Mietek ». Biografia polityczna (Mieczyslaw Moczar « Mietek ». Biographie politique), Varsovie, Rytm, 1998.
[21]
B. Fija
łkowska,
Borejsza i Różański. Przyczynek do dziejów stalinizmu w Polsce (Borejsza et Ró
ża
ński. Un apport à l’histoire du stalinisme en Pologne), Olsztyn, Wy
ższa Szko
ła Pedagogiczna, 1995.
[22]
Voir la contribution d’Agnès Bensussan, Dorota Dakowska et Nicolas Beaupré dans ce même numéro.
[23]
Stanis
ław Marat, Jacek Snopkiewicz,
Ludzie bezpieki. Dokumentacja czasu bezprawia, Varsovie, Alfa, 1990.
[24]
Witold Bere
ś, Jerzy Skoczylas (éd.),
Generał Kiszczak mówi… prawie wszystko, (Général Kiszczak raconte… presque tout), Varsovie, BGW, 1991.
[25]
Andrzej Golimont,
Generałowie bezpieki (Les généraux des services de sécurité), Varsovie, BGW, 1992.
[26]
Barbara Stanis
ławczyk, Dariusz Wilczak,
Pajęczyna. Syndrom bezpieki (La toile d’araignée. Le syndrome des services de sécurité), Varsovie, ABC Future, 1999.
[27]
Entre autres, Marian Moraczewski,
Wspomnienia i niedomówienia. 25 lat pracy w wywiadzie wojskowym (Des souvenirs et des non-dits. 25 ans de travail dans l’espionnage militaire), Grodzisk Mazowiecki, HiP, s. d. ; Jerzy Bronis
ławski,
… i kontrwywiad (wspomnienia oficera operacyjnego) (… et le contre-espionnage – souvenirs d’un officier opérationnel), Varsovie, SPAR, 1997 ; Henryk Bosak,
Werbownik (Le recruteur), Varsovie, « A-M », 1992, ainsi que
Oficer centrali (Un officier de la centrale) Varsovie, BGW, 1996.
[28]
Sur les procédures de « vérification », voir l’encadré 3 dans l’article d’A. Bensussan, D. Dakowska et N. Beaupré.
[29]
Leszek Moczulski,
Lustracja. Rzecz o teraźniejszo ści i przeszło ści (Lustration. Sur le présent et le passé), Varsovie, Rytm, 2001.
[30]
« Pó
ł wieku
życia w teczkach opisane » (La moitié de la vie décrite dans les dossiers personnels),
Tygodnik Powszechny, 17 février 2002.
[31]
Jerzy Morawski, « Pisarz pod nadzorem. Teczka Paw
ła Jasienicy » (Un écrivain sous surveillance. Le dossier de Pawe
ł Jasienica),
Rzeczpospolita, 6-7 avril 2002.
[32]
Ryszard Terlecki,
Profesorowie UJ w aktach UB i SB, (Les professeurs de l’université Jagellone dans les dossiers du UB et du SB), Cracovie, Wydawnictwo Literackie, 2002.
[33]
Miros
ław Piotrowski,
Ludzie bezpieki w walce z Narodem i Ko ściołem, Lublin, Klub Inteligencji Katolickiej, 1999. Reproduction d’une édition parue en 1978 avec la mention « secret », intitulée
Służba Bezpieczeństwa w Polskiej Rzeczypospolitej Ludowej w latach 1944-1978. Centrala. (Le service de la sécurité de la Pologne populaire dans les années 1944-1978. La centrale).
[34]
Henryk Pająk,
Informator o osobach skazanych za szpiegostwo w latach 1944-1984, (Information sur les personnes condamnées pour espionnage dans les années 1944-1984), Lublin, Retro, 1994 ;
Informator o nielegalnych organizacjach antypaństwowych i bandach zbrojnych działających w Polsce Ludowej w latach 1944-1956, Lublin, Retro, 1993.
[35]
Andrzej K. Kunert, Rafa
ł Stolarski,
Bijące serce partii, Varsovie, Adiutor, 2001.
[36]
Andrzej Paczkowski,
Aparat bezpieczeństwaw latach 1944-1956. Taktyka, strategia, metody (L’appareil de sécurité dans les années 1944-1956. Tactique, stratégie, méthodes). L’ouvrage englobe les années 1945-1947 (vol. 1, Varsovie, ISP PAN, 1994), 1948-1949 (vol. 2, Varsovie, ISP PAN, 1996), 1950-1952 (vol. 3, Varsovie, IPN et Bellona, 2000).
[37]
Zbigniew Palski,
Agentura Informacji Wojskowej w latach 1945-1956 (Les agents de l’information militaire dans les années 1945-1956), Varsovie, ISP PAN, 1992.
[38]
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Przeciw « Solidarności » 1980-1989. Rzeszowska opozycja w tajnych archiwach Ministerstwa Spraw Wewnętrznych (Contre la « Solidarité » 1980-1989. L’opposition de Rzeszów dans les archives secrètes du ministère de l’Intérieur) Rzeszów, Zarząd Regionu NSZZ « Solidarno
ść », 2000.
[39]
Liberté et Indépendance, il s’agit d’un mouvement clandestin anticommuniste fondé au lendemain de la guerre [NDT].
[40]
Tomasz Balbus, Z. Nawrocki (éd.),
Rozpracowanie i likwidacja Rzeszowskiego Wydziału WiN [Zrzeszenie Wolno ść i Niezawisło ść] w dokumentach UB, 1945-1949 (Le décodage et la liquidation de la section de Rzeszów de WIN dans les documents de l’UB, 1945-1949), Varsovie, IPN, 2001.
[41]
Sur le modus operandi de l’appareil de sécurité, voir Jerzy Eisler (éd.),
Grudzień 1970 w dokumentach MSW (décembre 1970 dans les documents du ministère de l’Intérieur), Varsovie, IPN, 2000 ; Bogdan Piec (éd.),
Stefan Kardynał Wyszyński w dokumentach aparatu bezpieczeństwa PRL, 1953-1956, (Cardinal Stefan Wyszy
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[42]
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Referendum 30 czerwca 1946 r. w Polsce (Référendum du 30 juin 1946 en Pologne), Varsovie, Wydawnictwo Sejmowe, 2000 (34 documents du MBP) ; C. Osękowski,
Wybory do sejmu z 19 stycznia 1947 r. w Polsce, (Élections parlementaires du 19 janvier 1947 en Pologne) Pozna
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[43]
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[44]
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[45]
Armia Krajowa : Armée de l’Intérieur, la plus grande organisation de résistance antinazie en Pologne occupée [NDT].
[46]
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Ukraińcy na zachodnich i północnych ziemiach Polski 1947-1957, (Les Ukrainiens sur les territoires de l’Ouest et du Nord de la Pologne 1947-1957), Varsovie, IPN, 2002, p. 1.
[47]
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‚ląskie rozrachunki. Władze komunistyczne a byli członkowie organizacji nazistowskich na Górnym ‚ląsku w latach 1945-1956, Les comptes silésiens. Les autorités communistes et les membres des organisations nazies en Haute-Silésie dans les années 1945-1956, Varsovie, PMK, 2000, p. 259.
[48]
A. K. Kunert « Dr. Zygmunta Wo
źniczki monografia Zrzeszenia WiN – czyli spór o metodę » (Les monographies de l’association WiN de Zygmunt Wozniczka – ou la polémique sur la méthode),
Polska Zbrojna, 11-13 décembre 1992. L’objet de la polémique était le livre de Z. Wozniczka,
Zrzeszenie Wolno ść i Niezawisło ść 1945-1952 (L’association WiN 1945-1952), Varsovie, Novum, 1992.
[49]
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Polacy wobec nowej rzeczywisto ści 1944-1948. Formy pozainstytucjonalnego żywiołowego oporu społecznego, Toru
ń, Marszalek, 2000 ; Antoni Dudek, Tomasz Marsza
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Walki uliczne w PRL 1956-1989 (Les combats de rue dans la République populaire de Pologne 1956-1989), Cracovie, Geo, 1999.
[50]
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Poznański czerwiec 1956. Pierwszy bunt społeczeństwa w PRL, (juin 1956 à Pozna
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[51]
Stefan Pastuszewski,
Bydgoski Listopad 1956 (Le novembre de Bydgoszcz 1956), Bydgoszcz, Instytut Wydawniczy ‚wiadectwo, 1956.
[52]
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Wrocław 1956, Wroc
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ławskiego, 1999.
[53]
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Rok 1956 na Warmii i Mazurach. Wybór źródeł, (L’année 1956 en Warmie et en Masurie. Sélection de sources), Olsztyn, O
środek Bada
ń Naukowych, 1998.
[54]
Kazimierz Koz
łowski (éd.),
Rok 1956 w województwie szczecińskim (L’année 1956 dans la voïévodie de Szczecin), Szczecin, Uniwersytet Szczeci
ński, 1998.
[55]
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Grudzień 1970 roku na Wybrzeżu Gdańskim. Przyczyny-przebieg-reperkusje (décembre 1970 sur la côte de Gdansk. Causes, déroulement, répercussions), Pelplin, Bernardinum, 2000 ; J. Eisler
Grudzień 1970. Geneza, przebieg, konsekwencje (décembre 1970. Genèse, déroulement, conséquences), Varsovie, Wydawnictwo Sensacje XX wieku, 2000 ; Henryk M. Kula,
Dwa oblicza grudnia `70. Oficjalne-rzeczywiste (Deux visages de décembre 1970. L’officiel-le réel), Gda
ńsk, DJ, 2000.
[56]
W. Sawicki, Rapport…,
op. cit.
[57]
Je parlais des premières années de la dernière décennie de la République populaire dans la monographie
Droga do « mniejszego zła ». Strategia i taktyka obozu władzy, lipiec 1980-styczeń 1982, (La voie vers le « moindre mal ». Stratégie et tactique du camp de pouvoir, juillet 1980-janvier 1982), Cracovie, Wydawnictwo Literackie, 2001.
[58]
Ni l’auteur de la monographie sur « L’Université volante », R. Terlecki,
Uniwersytet Latający i Towarzystwo Kursów Naukowych 1977-1981 (L’université volante et l’association des cours scientifiques 1977-1981), Cracovie-Rzeszów, IESS, 2000, ni les auteurs de la publication
Czy ktoś przebije ten mur? Sprawa Stanisława Pyjasa (Quelqu’un va-t-il briser ce mur ? L’affaire Stanislaw Pyjas), Cracovie, Centrum Czynu Niepodleg
ło
ściowego, 2001, n’ont pu s’appuyer sur des documents du SB.
[59]
P. Machcewicz,
Polski rok 1956 (L’année 1956 en Pologne), Varsovie, Mówią Wieki, 1993 ; Zofia Trojanowiczowa,
Krajobraz po Czerwcu (Paysage après juin), Komitet Obchodow Rocznicy Poznanskiego Czerwca, Pozna
ń, 1990.
[60]
Dariusz Jarosz, Maria Pasztor,
W krzywym zwierciadle. Polityka władz komunistycznych w Polsce w świetle plotek i pogłosek z lat 1949-1956 (Dans le miroir brisé. La politique des autorités communistes en Pologne à la lumière des rumeurs et des bruits des années 1949-1956), Varsovie, Fakt, 1995.
[61]
Andrzej Ma
łkiewicz, K. Ruchniewicz,
Pierwszy znak solidarno ści. Polskie odgłosy powstania ludowego w NRD w 1953 r. (Le premier signe de solidarit&eacut