2004
Genèses
Point critique
Les relations amicales des jeunes : un analyseur des trajectoires sociales lors du passage à l’âge adulte
Odile Rissoan
Toutes les enquêtes statistiques constatent l’intense vie amicale des jeunes. Pour autant, les pratiques sociables juvéniles sont le plus souvent considérées comme une dimension subséquente des évènements biographiques (scolaires, professionnels, conjugaux…) qui scandent le passage à l’âge adulte. Ce « point critique » s’attache à analyser les postulats théoriques et méthodologiques qui conduisent à traiter la socialisation amicale des jeunes en indicateur de leurs trajectoires, et ceux qui invitent à l’élever au rang de facteur explicatif.
All the statistical surveys observe the intense friendships of young people. Nevertheless, juvenile sociability practices are usually considered to stem from biographical events (academic, professional, conjugal, etc.) that regularly occur during passage to adulthood. This “critical review” attempts to analyse the theoretical and methodological postulates that result in treating friendly socialisation among young people as an indicator of their trajectories, and those that raise it to the level of an explanatory factor.
« Nul doute que la sociologie de la jeunesse s’est déplacée vers une sociologie de l’insertion professionnelle, de l’entrée dans la vie conjugale, de la décohabitation, bref vers une sociologie des modes d’entrée dans la vie adulte, comme spécification d’une sociologie des âges de la vie
[1]. »
Ce déplacement procède autant des critiques adressées à la notion de « jeunesse », catégorie floue, aux contours incertains et constamment redéfinis, qui « subsumerait des univers sociaux qui n’ont pratiquement rien de commun
[2] », que de la prise en compte de l’allongement généralisé au cours du
xxe siècle de « la post-adolescence
[3] ». Celle-ci se caractérise à la fois par la déritualisation du passage à l’âge adulte et par un stationnement prolongé dans des statuts transitoires. Le passage à l’âge adulte intéresse dès lors les sociologues en ce qu’il donne à voir et à penser les modalités de construction des positions sociales à un moment critique des trajectoires où les individus « quittent progressivement l’univers de leurs origines, commencent à réaliser les héritages (socioculturels, éducatifs, économiques) dont elles sont porteuses et constituent ainsi leur propre mode de vie
[4] ». De nombreuses contributions portant sur les trajectoires résidentielles, matrimoniales ou professionnelles éclairent, chacune dans leur domaine, les logiques et les mécanismes explicatifs de la construction de ces primes positions. Les trajectoires amicales sont la plupart du temps écartées de ces diverses réflexions. Il existe peu d’études sociologiques portant spécifiquement sur cette dimension des expériences juvéniles. La quasi-absence de références bibliographiques récentes sur le sujet en est un signe. Cet article s’efforce d’analyser pourquoi la question des relations amicales se trouve actuellement relativement marginalisée dans les travaux sociologiques sur la jeunesse, mais aussi de mettre en avant les éléments qui invitent à considérer cette dimension comme un analyseur substantiel des trajectoires sociales des jeunes.
La jeunesse : le temps privilégié des relations amicales
Selon les enquêtes statistiques descriptives des réseaux individuels, l’âge est la variable la plus discriminante relativement au volume et au type de sociabilité. Les résultats sont convergents quant au volume des relations, appréhendé selon les études par la taille des réseaux, les fréquences des contacts, l’intensité et la diversité des pratiques impliquant une sociabilité
[5] : globalement, il diminue à mesure que l’on vieillit. Ainsi, la classe des dix-huit/trente ans se distingue nettement des autres groupes d’âge par la vitalité de sa sociabilité. Avec quarante-trois et quarante-six contacts conversationnels établis en une semaine, respectivement par les hommes et les femmes de vingt ans
[6] – ils n’en déclarent plus que trente-sept et trente-deux à quarante ans – les jeunes adultes présentent une intensité des pratiques sociables plus jamais égalée. De même, le nombre de « partenaires de discussions de questions importantes » avec lesquels entrent en contact les individus au cours d’une semaine, atteint son plus haut niveau à vingt ans, se stabilise vers trente ans et ne cesse de diminuer à partir de quarante ans
[7]. Cette intense activité sociable des dix-huit/trente ans profite essentiellement à la composante amicale de leurs réseaux sociaux : les jeunes se fréquentent d’abord entre eux. Cette ouverture sur les garçons et les filles de même âge est prédominante chez les jeunes, plus que chez tout autre groupe d’âge. Pour reprendre le néologisme employé par François Héran
[8], l’« homolalie » (le fait de parler à son semblable) d’âge amicale caractérise la sociabilité des jeunes adultes. En termes absolus, ces derniers privilégient avant tout les relations qu’ils entretiennent avec les membres de leur génération. Certes, si l’on considère non pas le nombre brut de rencontres, mais le rapport de ces rencontres observées aux rencontres potentielles dans la population, c’est-à-dire si l’on tient compte de la structure des âges dans la population, la tendance à cette homolalie persiste à tout âge. Cependant, la composition du réseau se modifie elle aussi très brutalement après vingt-neuf ans, à la formation du couple : la part de la sociabilité amicale décline très fortement. Dans un réseau globalement plus restreint, les relations familiales plus hétérogènes en âge prennent alors un poids plus important. Par conséquent, « plus nous avançons en âge, moins nous fréquentons notre génération
[9] »… et nos amis. La jeunesse est ainsi le temps privilégié de la sociabilité amicale, tant du point de vue du nombre d’amitiés, que de la fréquence des contacts :
« Avant 30 ans, pour les hommes comme pour les femmes, les amis représentent plus du tiers des interlocuteurs et 40 % des contacts. Dix ans plus tard, leur importance est presque deux fois moindre et, par la suite, leur nombre ne fait que stagner [10]. »
On objectera peut-être que si les « amis » sont plus présents dans les réseaux juvéniles que dans ceux de tout autre groupe d’âge, c’est que cette désignation recouvre une catégorie plus large de relations. En l’absence de terminologie spécifique pour différencier chez les jeunes scolarisés les relations que l’on pourrait assimiler à des relations de travail, c’est-à-dire « scolaires », des relations strictement amicales, toute relation avec des pairs du groupe d’âge devient pour eux « copain », « camarade », « ami », là où leurs congénères actifs distinguent « collègue », « relation professionnelle » et « ami » proprement dit. Cependant, selon F. Héran, ces relations difficilement classables chez les jeunes adultes que sont ces « camarades » et « copains » ne représentent qu’un tiers de la rubrique « amis ». Même en ne considérant que les amis qualifiés comme tels par les enquêtés, « les relations d’amitié forment encore la première catégorie de relations du début de l’âge adulte »
[11] et la première source de contacts interpersonnels.
Le sens de l’amitié au regard de l’histoire de la jeunesse
Devant une telle unanimité statistique, on ne peut que s’interroger sur le sens que cet intense investissement amical revêt durant la jeunesse.
A priori, cette question interroge d’abord la sociologie de la jeunesse. La lecture historique des pratiques amicales à laquelle se livre Anne Vincent-Buffault
[12] rappelle en effet que c’est l’invention de l’adolescence comme temps spécifique d’éducation et d’apprentissage qui crée les conditions de l’attention toute particulière dont les liens d’amitié font désormais l’objet durant la jeunesse. Ce sont dans les couvents et les internats, auxquels les familles bourgeoises et aristocrates commencent au
xviiie siècle à déléguer l’éducation et la socialisation de leurs enfants, que se développent initialement des relations privilégiées entre des adolescents à la recherche d’une protection affective, d’un confident, et éventuellement d’un initiateur dans le domaine de la sexualité. Placées sous haute surveillance – l’intimité avec soi et avec l’autre est toujours soupçonnée – ces amitiés y sont d’autant plus valorisées, voire idéalisées, qu’elles permettent de remédier à la discipline stricte qui règne dans ces lieux ; elles autorisent l’expression des sentiments et aspirations en toute liberté, ou même l’affirmation d’une identité parfois opposée à l’avenir bourgeois auquel les éducateurs et les familles destinent ces adolescents scolarisés. Plus largement, les relations amicales forment ainsi des oasis dans lesquelles s’épanche et se conforte une « volonté de neutraliser le temps, d’abolir la durée, de maîtriser ensemble un devenir adulte en évitant le reniement du “nous” adolescent
[13] », une revendication à l’affirmation de soi en tant qu’individu inspirée du mouvement littéraire et artistique romantique du
xviiie siècle. La conception de l’adolescence comme « diffèrement » de l’établissement du jeune dans des statuts adultes, accompagné de son placement avec d’autres membres de son âge dans des institutions extrafamiliales chargées de son éducation, dégage ainsi un espace nouveau entre la famille et la société. Dans cet espace, un acteur collectif assurant une socialisation égalitaire qui lui est propre s’installe : le groupe d’âge. Cette socialisation égalitaire signe en fait le passage vers une nouvelle forme de jeunesse, lorsqu’à l’établissement instantané par le travail, le mariage et la propriété de l’individu dans un statut adulte commence à se substituer une période étendue d’ajustement des aspirations et des engagements. Durant cette période, la famille d’origine n’assure plus qu’une fonction d’orientation et de défense de la valeur sociale de l’individu, par le soutien social, économique et psychologique qu’elle lui apporte. Autrement dit, les pratiques amicales comme principe d’individuation du jeune émergent concomitamment au balbutiement de ce qu’Olivier Galland désigne comme le « nouvel âge de la vie
[14] ». De fait, la dimension amicale des modes de vie juvéniles trouve toute la place historiquement construite qui lui revient dans les travaux que cet auteur consacre à ce nouvel âge.
La place des sociabilités juvéniles dans la problématique du « nouvel âge de la vie »
Précisons d’emblée l’ambivalence avec laquelle est traitée cette dimension : d’un côté, l’intense vie sociable est reconnue comme un attribut propre à la jeunesse ; d’un autre côté, elle apparaît comme une dimension résiduelle qui se définit parallèlement et subséquemment à ce qui se joue ailleurs pour l’individu, dans les sphères professionnelles et matrimoniales. La place à part accordée au thème des relations amicales dans
Sociologie de la jeunesse (dernier chapitre de l’ouvrage intitulé : « Sociabilité et loisirs »)
[15] est significative de cette ambivalence. Ambivalence qui tient selon nous à la problématique même du « nouvel âge de la vie ». Côté pile, l’intense vie amicale des jeunes apparaît comme un élément constitutif du « nouvel âge de la vie » en ce qu’elle renseigne le sociologue de la transition sur l’étendue du « champ nouveau d’expériences » qu’ouvre la réorganisation du passage à l’âge adulte. N’étant plus directement régulées par la famille, les positions sociales se dessinent au cours de cette phase de transition entre l’adolescence et l’âge adulte par approximations successives : l’individu expérimente désormais, volontairement ou non, des formes de vie intermédiaires flexibles et réversibles dans différents domaines, résidentiels, professionnels, conjugaux et… amicaux. L’intense vie amicale des jeunes permet en particulier à O. Galland de soutenir la thèse selon laquelle la flexibilité et la réversibilité des positions ne sont pas seulement la conséquence subie de la détérioration du marché de l’emploi ou de l’allongement de la scolarisation. Cette vie amicale exprime une revendication devenue banale avec la généralisation du modèle du diffèrement dans quasiment toutes les couches sociales : celle de se préserver un temps de prospection. Le choix d’une vie « solitaire » notamment, plutôt que celui de la mise en couple, explicite cette volonté de laisser du temps au temps dans la mesure où « c’est bien pour prolonger les attraits d’un mode de vie dégagé des obligations familiales et tout entier organisé autour de la sociabilité amicale, que ce comportement est adopté
[16] ». La vie amicale semble ainsi participer au même titre que les pratiques professionnelles, conjugales ou résidentielles à l’indétermination édifiante du moratoire. Pour autant, côté face, seuls les « effets inventifs » produits par les expériences sur les marchés professionnel, résidentiel et matrimonial sont en fait considérés dans les travaux auxquels cette problématique de la jeunesse, ou plutôt de l’entrée dans la vie adulte, donne lieu. En effet, seuls les calendriers d’accès au travail, au logement indépendant et à la famille de procréation confèrent à la jeunesse sa qualité d’objet sociologique pertinent :
« L’“entrée dans la vie adulte” est définie à partir de trois critères significatifs – puisqu’ils correspondent à des changements fondamentaux de statut – le début de la vie professionnelle, le départ de la famille d’origine et le mariage [17]. »
Les modalités de transition vers l’âge adulte se lisent ainsi à travers le franchissement de seuils de passage facilement identifiables – tels que la fin de la scolarité, l’occupation d’un emploi, la décohabitation, la mise en couple, la naissance d’un enfant – qui permettent d’assurer de façon relativement fiable le découpage des itinéraires. La combinaison de ces stades clefs décrit des étapes, chacune étant associée à un degré d’acquisition de l’autonomie, la dernière d’entre elles se caractérisant par la stabilisation conjointe des positions sur les trois marchés. Par conséquent, les expériences relationnelles sur ce que l’on peut nommer, par analogie, le marché amical et qui ne correspondent à aucun « changement fondamental de statut » ne figurent pas comme analyseur de la transition. Cinquième roue du carrosse qui conduit la jeunesse vers l’âge adulte, les trajectoires sociables se retrouvent indexées sur les trajectoires matrimoniale, résidentielle et professionnelle. Les vocables utilisés pour nommer les quatre étapes de la typologie construite « du point de vue de la sociabilité
[18] », à savoir « scolaire », « post-scolaire mais toujours familial », « pré-conjugal », et « conjugal » sont révélateurs de cette indexation : ce sont les seuils repérés sur les axes combinant les positions matrimoniales, résidentielles et professionnelles qui servent à découper les trajectoires sociables.
L’intense vie amicale des jeunes : une question de temps libre ?
L’intense activité amicale s’explique alors en négatif, par le temps libre que dégage cette situation hybride d’indépendance dans la dépendance caractéristique de la jeunesse, ou plus précisément par le temps libéré, et non occupé à des activités scolaires, professionnelles, familiales, qu’induit le diffèrement de l’entrée dans la vie adulte. Cette interprétation repose sur des observations tangibles. L’analyse des emplois du temps met en effet en évidence la variation de l’intensité des pratiques amicales selon les seuils d’entrée dans la vie adulte
[19]. Ainsi, les lycéens, dont la charge de travail scolaire est importante, ont une vie sociable plus faible que leurs aînés, ces étudiants encore domiciliés chez leurs parents qui bénéficient de fait d’une disponibilité exceptionnelle. Le temps des études universitaires est globalement le moment privilégié pour que se déploie une sociabilité non familiale. Hormis pour les jeunes encore solitaires qui privilégient les sorties favorisant les rencontres amicales et amoureuses, l’apparition du travail salarié restreint ensuite nettement le temps accordé aux loisirs et donc à la sociabilité. On passe alors « progressivement d’une sociabilité amicale de type essentiellement distractif […] à une sociabilité plus centrée sur la rencontre elle-même, plus sélective et donc moins consommatrice de temps
[20] ». Le déclin de l’activité amicale se confirme ensuite avec la mise en couple et la naissance du premier enfant, deux étapes qui s’accompagnent d’un effondrement du temps consacré aux amis, au profit de celui passé avec les membres de sa propre famille. Cependant, ce lien quasi mécanique entre temps libre et intensité des pratiques amicales semble très contestable quand on considère le faible volume des sociabilités, et particulièrement de la sociabilité amicale, au moment de la retraite
[21], autre étape de la vie caractérisée par une grande disponibilité temporelle : tout accroissement de temps libre n’est pas nécessairement converti en temps de sociabilité, ni même, si l’on tient compte du repli des personnes en fin d’activité professionnelle sur leur parenté, en temps de sociabilité amicale. Si l’accroissement du temps libre est, en termes absolus, une condition nécessaire à celui du temps consacré aux pratiques de sociabilité, il n’est en rien un facteur explicatif suffisant de l’usage de cette vacance. Encore faut-il construire ou mobiliser des cercles de relations, notamment amicaux, qui investissent ce temps libre. La question du sens que cet intense investissement amical revêt durant la jeunesse reste donc entière : qu’est-ce qu’un jeune reconnaît dans ses relations amicales qui justifie un tel investissement ?
Le rôle de « mise en situation sociale » des relations amicales durant la jeunesse
Le regard historique porté par A. Vincent-Buffault sur les pratiques amicales aux
xviiie et
xixe siècles souligne l’émergence avec l’adolescence, non pas de l’existence des relations amicales – elles ont toujours existé – mais d’une nouvelle conception du rôle accordé aux amis dans la construction des identités juvéniles. Cette question du rôle de l’amitié est précisément au cœur des analyses développées par Claire Bidart dans son ouvrage
L’amitié
[22]. La problématique d’ensemble consiste à considérer l’amitié comme une socialisation originale qui tempère – et donc rend plus acceptable – les contraintes sociales qui pèsent sur l’individu. En fait, elle participe de l’insertion de celui-ci dans un tissu social tout en ménageant, en tant que relation interpersonnelle « choisie », un espace – une illusion ? – de liberté individuelle. Cette interface régulatrice du rapport individu-société se construit alors différemment selon les rôles et les contraintes associées à ces rôles que doivent jouer les individus, autrement dit selon les espaces sociaux dans lesquels ils circulent.
« [Les jeunes] tenus encore relativement à l’écart des grands rôles sociaux comme ceux que confèrent le travail, la famille, la citoyenneté par exemple, jouent dans la confrontation avec leurs amis et avec leurs pairs des identités sociales étroitement inscrites dans les environnements qu’ils parcourent. Leurs amitiés participent d’une sociabilité globale qui maintient une continuité avec leur “petit monde” [23]. »
Comparées à celles de leurs aînés, les amitiés des vingt-trente ans se distinguent en effet par leur moindre électivité. Elles prolongent en réalité des relations nettement moins personnalisées, plus ou moins vivaces, insérées dans une quotidienneté immédiate, un « cercle plus large » de pairs dont elles sont issues. Dans les espaces scolaires ou de loisirs que fréquentent les jeunes, ce cercle large de copains ouvre une arène sociale, « plus diversifiée, et plus critique que la sphère des amis, des espaces de luttes et d’ajustements identitaires plus aigus ». Le cercle étroit des amis assure une forme de protection de l’individu par rapport à cette arène sociale, en en réinterprétant, de façon bienveillante et adoucie, les jugements. Mais ces relations fortes se construisent malgré tout par rapport aux valeurs et références identitaires véhiculées dans le cercle « plus large »
[24]. Amis proches et cercles larges forment ainsi deux faces indissociables d’un microcosme dans lequel se mettent en place des systèmes de classement et de positions spécifiques aux espaces sociaux des jeunes. Et c’est tout son attrait. Le cercle amical pourvoit en effet les jeunes de statuts indépendants de ceux qu’ils occupent dans leur famille d’origine, ou de ceux qu’ils ne peuvent occuper compte tenu justement de leur jeunesse :
« Les jeunes par contraste se trouvent exclus des rôles sociaux majeurs et pour eux l’ancrage social se compose d’autant plus fortement par leurs relations avec leurs pairs. Chaque lien est pour eux une mise en situation sociale, et là se situe l’investissement. Dans leur univers d’autant plus homogène en termes d’âge que les autres différenciations macro-sociales sont moins portées sur eux, ils organisent parallèlement leurs “propres” hiérarchisations et distinctions. Les adultes, plus intégrés dans d’autres rôles, construisent ailleurs leurs identités sociales. De ce fait, l’ouverture des amitiés sur le monde, leur “usage” en tant que lieu d’insertion sont moins pertinents pour eux [25]. »
Dans cette perspective, les relations amicales profitent là encore du report de l’engagement définitif du jeune dans des positions familiales, résidentielles et professionnelles. Mais il ne s’agit plus d’une question de temps libre. La jeunesse bénéficie particulièrement aux relations amicales parce que celles-ci, en attribuant et en requérant un rôle et une position spécifiques – ceux de copain comme co-interlocuteur – assurent l’individuation des jeunes par devers leur maintien dans la structure relationnelle familiale dont ils dépendent par ailleurs de plus en plus longuement.
Les relations amicales des jeunes : un espace de socialisation à part
Cette lecture des pratiques amicales juvéniles invite à considérer l’évolution des modes de sociabilité comme une dimension essentielle « étroitement associée à la socialisation et l’insertion des jeunes au moment où ils deviennent adultes
[26] ». À l’appui de cette thèse, remarquons d’ailleurs la concomitance entre l’acquisition de l’autonomie et la distanciation des cercles de relations amicaux par rapport aux cercles familiaux. À mesure que le jeune grandit, sa vie amicale tend en effet à se privatiser, échappant progressivement au contrôle ou aux interventions parentales
[27]. Cette distanciation se manifeste d’abord dans la propension croissante à « sortir » pour rencontrer ses copains, plutôt que de les inviter à domicile. L’« externalité festive
[28] », type de sociabilité qui associe relations amicales et sorties, caractérise ainsi nettement les jeunes entre dix-huit et vingt-deux ans. On observe un chassé-croisé des types d’activités vers vingt-deux ans environ, quand l’acquisition d’une indépendance résidentielle favorise à nouveau les réceptions et invitations à domicile, au détriment des sorties. Ce glissement d’une sociabilité « externe » à une sociabilité « interne » dès lors que le jeune s’affranchit de l’espace domestique parental est significatif d’un souci d’étanchéité entre cercle amical et cercle familial : si les plus jeunes privilégient les sorties, c’est qu’ils n’ont « pas la possibilité de recevoir chez eux de façon autonome
[29] ». Conséquence directe de la distanciation du cercle amical, le regard des parents sur les fréquentations de leurs enfants repose désormais sur une connaissance médiate de cette vie extrafamiliale,
via les échanges discursifs. Une connaissance médiate et limitée. La comparaison de la propension à discuter avec ses parents d’un sujet donné avec celle observable quand l’interlocuteur est un ami, montre qu’au-delà de seize ans les jeunes filtrent, davantage que pour d’autres domaines, l’accès des adultes à leurs expériences relationnelles : à partir de seize ans, les jeunes parlent nettement plus avec leurs amis de leur vie amicale, de leurs relations avec l’autre sexe et de leurs problèmes sentimentaux qu’avec leurs parents
[30]. Le domaine amical et amoureux des jeunes est d’abord l’affaire des amis eux-mêmes avant d’être celle des parents. En considérant l’importance de l’investissement et le rôle d’« ancrage social » des relations de groupe d’âge, la sociabilité amicale apparaît alors clairement comme un espace de socialisation
[31] à part entière qui médiatise le rapport des jeunes à la société. À part entière, mais aux effets limités tel qu’il est considéré dans les problématiques précédentes. En ce qui concerne la sociologie de la jeunesse, ou plutôt des modes d’entrée dans la vie adulte, la socialisation amicale ne semble pas intervenir dans les mécanismes de construction des positions sociales. En finalisant le processus d’autonomisation des jeunes par le changement de statuts – s’autonomiser, c’est devenir adulte, et devenir adulte c’est
in fine avoir un travail stable, un logement indépendant, et fonder un foyer – l’impasse est faite sur d’autres analyseurs possibles des trajectoires. Des analyseurs qui, telle la sociabilité amicale, peuvent opérer durant la jeunesse elle-même parallèlement voire transversalement aux expériences professionnelles, matrimoniales et résidentielles. La socialisation amicale semble en fait circonscrite aux seuls espaces où elle se construit – espaces réservés aux jeunes : école, loisirs, quartier… – et au seul temps de la jeunesse : tout se passe comme si la portée de ces expériences amicales restait limitée à ces seuls espaces et à cet unique temps des relations de jeunesse, et destinée à disparaître à terme dans le trou noir du monde adulte. En ce qui concerne l’approche longitudinale des modes de vie relationnels développée par C. Bidart, les trajectoires amicales apparaissent surtout comme le reflet des processus de socialisation en cours. Les liaisons entre socialisation amicale et événements biographiques qui scandent le passage à l’âge adulte ne sont en effet pour le moment analysées que dans un seul sens : celui des « impacts » que la décohabitation, l’installation en couple, l’entrée dans la vie professionnelle ont, compte tenu des appartenances de classes sociales, sur la recomposition des réseaux de relations
[32]. À l’inverse, les effets de la socialisation amicale sur les modes d’appréhension et de perception par les jeunes des marchés résidentiels, professionnels ou conjugaux restent dans l’ombre.
Les enjeux des pratiques amicales au regard de la socialisation familiale
Les familles se sentent apparemment beaucoup plus concernées par les expériences sociables de leurs enfants. La socialisation amicale sort en effet de ses limites scolaires et ludiques dès lors que sont interrogées les relations entre les jeunes et leurs parents. L’intérêt porté aux relations intergénérationnelles s’explique évidemment par la coexistence prolongée des deux générations qu’implique l’allongement de la période de transition entre enfance et âge adulte. Ainsi que le synthétise Gérard Mauger
[33], le maintien des enfants sous la tutelle des parents est générateur de tensions, les aspirations à l’autonomie des premiers se confrontant aux contraintes posées par les seconds tentés de subordonner leur soutien à des conditions, notamment en matière de résultats scolaires. Or le
modus vivendi que les générations doivent trouver quant au degré d’autonomie du jeune encore dépendant de sa famille se trouve « menacé » par « la participation plus ou moins intense à la sociabilité juvénile
[34] ». En effet, d’après l’enquête exploitée par Michel Bozon et Catherine Villeneuve-Gokalp
[35], la question des sociabilités amicales arrive en tête du palmarès des sujets de conflits entre parents et enfants : une fille sur deux, et un garçon sur trois, déclarent avoir eu fréquemment à dix-huit ans des conflits avec leurs parents à propos de leur vie amicale et amoureuse. Ces taux placent la question respectivement aux premier et deuxième rangs des sujets de discorde, avant ceux afférents à la participation aux tâches domestiques, aux loisirs, à l’argent, aux opinions politiques. Seules les questions de scolarité leur disputent la primauté chez les garçons. Les sociabilités juvéniles semblent donc être un enjeu essentiel des relations entre les deux générations. En outre, contrairement aux sujets de conflits attendus, « banals », pour lesquels l’intervention parentale semble considérée comme légitime – comme les tâches domestiques ou le travail scolaire – et qui donc ne portent pas à conséquence sur l’entente générale entre les deux générations, ceux qui ont trait à la sociabilité et aux pratiques qui lui sont associées dans le cadre de l’usage du temps libre, sont vécus par les deux sexes comme « insupportables car touchant à l’intimité
[36] ». Ces conflits participent dès lors davantage que d’autres à une mauvaise entente avec les parents. Ce clivage entre conflits légitimes et non légitimes synthétise de fait la reconnaissance par les jeunes de deux systèmes d’allégeance : la famille, avec sa part de travail domestique, son contrôle de la bonne tenue scolaire ; les copains, avec leur cortège de sorties et de loisirs. Le droit de regard et de contrôle du premier sur le second semble proscrit. Les conflits afférents aux relations amicales paraissent ainsi rendre compte du souci qu’ont les jeunes de protéger cet espace de vie qui leur est propre. De ce point de vue, l’enjeu de leur sociabilité amicale est celui de leur autonomie même. Du point de vue parental maintenant, l’enjeu de cette sociabilité est sans doute en partie celui de l’établissement du jeune : les crispations des parents à l’égard des relations avec les pairs – dont un indicateur, autre que les conflits, est le contrôle des sorties et des fréquentations – s’avèrent d’autant plus importantes que la sociabilité constitue pour eux un capital déterminant dans l’établissement du jeune. Ainsi, l’importance des tensions intergénérationnelles au sujet des fréquentations est sexuellement différenciée, au détriment de la gent féminine
[37] : le contrôle des relations amicales parmi lesquelles elles peuvent recruter leur futur conjoint correspond à la défense de la valeur sociale des jeunes filles pour qui la mise en couple reste, aux yeux des parents, un principe d’installation pertinent
[38]. En revanche, la question des études fait davantage l’objet de conflit avec les garçons dont le capital scolaire, pierre angulaire de leur accès au marché professionnel, reste le garant de leur établissement. Ce traitement sexuellement différencié des relations juvéniles s’articule à une différenciation de milieux sociaux, les stratégies éducatives des parents variant selon le sexe de leur enfant, mais aussi leur milieu d’origine. Les conflits sur les relations amicales sont nettement moins importants chez les familles d’agriculteurs ou d’ouvriers que chez les cadres, là où les réseaux de sociabilité sont davantage perçus comme des ressources mobilisables et constituent de fait un enjeu dans la construction des positions sociales des individus. Ces conflits intergénérationnels sont doublement instructifs. D’un côté, leur probabilité socialement et sexuellement différenciée explicite les rapports diversifiés des familles à cet espace de socialisation extérieur. Ces rapports ne sont pas sans conséquence sur les modalités de construction des sociabilités juvéniles : M. Bozon le rappelle
[39], les pratiques éducatives des familles, par leur contrôle des fréquentations et des usages du temps libre de leur progéniture, assurent la « (re)production et la consolidation des différences entre sexes et groupes sociaux ». Les modes de vie amicaux se formalisent diversement, durant la jeunesse, selon ces pratiques familiales qui circonscrivent les modalités d’accès aux cercles de liens amicaux et d’investissement de ces cercles. En grossissant fortement le trait, les jeunes femmes se distinguent ainsi par leurs relations « intimistes » avec des âmes sœurs, tandis que les jeunes hommes s’insèrent davantage dans des groupes de copains, plutôt du quartier pour ceux issus de milieu populaire, plutôt de lycée et d’université pour ceux originaires des classes supérieures. Par conséquent, cet espace « à part » qu’ouvre le cercle amical ne se soustrait pas aux régularités sociales habituelles de sexe et de milieu qui définissent les contours et la nature des échanges intragénérationnels dans toutes classes d’âge : les clivages sociaux ne s’arrêtent pas aux portes du monde adulte, et en matière de sociabilité comme ailleurs, on ne peut parler de jeunesse au singulier. D’un autre côté, ces conflits intergénérationnels au sujet des relations amicales indiquent que cet espace de socialisation extrafamiliale constitue un lieu de construction de l’autonomie des jeunes. Cette autonomie ne se repère pas à l’aune de l’établissement dans des statuts « adultes », mais par la reconnaissance de système de classements, de valeurs et de références propres aux cercles amicaux et apparemment parfois impropres à la socialisation familiale.
La socialisation amicale comme principe de construction des identités
De fait, et sans défendre l’idée d’une « culture juvénile », la multiplicité des relations amicales et des échanges entre pairs au sein du système scolaire et des espaces de loisirs notamment, les jeux d’affiliation et de jugements auxquels ces jeunes se soumettent et qu’ils soumettent aux autres, posent la question des valeurs, des références, et des modèles qui se diffusent ainsi en marge du milieu familial. Nous disposons de peu d’éléments pour répondre à cette question, hormis par le biais de quelques travaux qui, sans s’intéresser directement aux pratiques sociables juvéniles, permettent d’appréhender les modes d’exercice différenciés et différenciateurs de la socialisation amicale des jeunes. Dans ces travaux centrés sur les « contextes usuels » où les relations amicales s’accomplissent préférentiellement, les comportements étudiés explicitent, en même temps qu’ils les actualisent, les modalités concrètes selon lesquelles cette socialisation agit et est agie. Les analyses de M. Bozon sur les loisirs mais aussi celles d’Olivier Traverse
[40] sur les apparences corporelles de collégiens et lycéens dans les établissements scolaires, ou encore de G. Mauger et Claude Fossé-Poliak
[41] sur les « loubards » de quartier, témoignent de ce que les classements sociaux véhiculés par la sociabilité juvénile reproduisent en partie ceux qui opèrent dans le monde des adultes. Les modes de vie relationnels juvéniles n’échappant pas aux régulations d’ordre familial sous prétexte que les expériences amicales se déroulent plus volontiers hors de l’espace domestique, la socialisation inhérente à ces expériences ne se soustrait pas à la socialisation familiale. Ainsi, comme le fait remarquer Anne Muxel
[42] à propos de la construction de l’identité politique des jeunes, l’expérimentation ne se substitue pas totalement à la transmission et à l’identification aux référents parentaux. Il n’y a pas coupure entre l’un et l’autre mécanismes de construction des positions sociales. En revanche, il peut y avoir déstabilisation et recomposition de l’un par l’autre. Or, compte tenu des contrôles et des conflits intergénérationnels dont ils font l’objet, les cercles amicaux ne fonctionnent sans doute pas comme de simples relais à la socialisation familiale. Ils semblent aussi porteurs de mobilité sociale en ce qu’ils ouvrent un espace dans lequel le jeune fait certes l’expérience et l’apprentissage de proximités et de distances sociales, en particulier de sexe et de milieux
[43], mais aussi de procédures de classements sociaux et de hiérarchies propres à ces cercles juvéniles. En tant que groupes de références dans lesquels les jeunes aspirent à s’intégrer, ils peuvent conduire ceux-ci à reconnaître et combiner des valeurs et des éléments de distinction de soi bien spécifiques. Avoir une relation amoureuse apparaît par exemple, dans l’analyse de Philippe Juhem
[44], comme un principe de valorisation de soi essentiel auprès des copains du lycée. Les amours des lycéens obéissent alors à une logique du prestige qui les conduit à se conformer, selon les capitaux dont ils disposent – en particulier la beauté physique – dans leurs choix amoureux et les conduites qui s’y attachent, aux hiérarchies, aux codes et aux règles définis par et dans l’arène du lycée. Dans un tout autre domaine, celui de la délinquance
[45], le même auteur montre comment les valeurs du courage, de la force et de la virilité exacerbées par les « bandes de délinquants » expliquent leur attrait auprès de jeunes de quartiers populaires : elles pourvoient des statuts et du prestige à ces jeunes quand ils en sont dépourvus par ailleurs, puisque sans travail, sans partenaire sexuel, sans enfants… Les activités délinquantes – bagarres, frictions avec la police, contestation de l’autorité professorale, etc. – appartiennent ainsi au processus d’autoéducation propre au groupe de pairs en ce qu’elles attestent et reconnaissent les valeurs personnelles et les rangs sociaux de chacun au sein du groupe. On ne peut alors que se demander quels héritages ces expériences dans les lycées ou les bandes de quartier lèguent à ces jeunes. Quelles conséquences les positions occupées sur le marché amoureux, les jugements des pairs sur le physique avantageux ou non du jeune, l’assurance ou au contraire la dévalorisation de soi associées aux réussites ou aux échecs publiquement avérés ont-ils sur la formation des identités et trajectoires amoureuses ? Quelles conséquences la reconnaissance de valeurs exacerbées par l’appartenance à des groupes délinquants a-t-elle par la suite sur les identités professionnelles, conjugales, paternelles ? Plus largement, il s’agit de savoir si et sous quelles conditions les expériences au sein des groupes de pairs favorisent une distanciation des transmissions et des positions du milieu d’origine, en particulier dans le domaine des pratiques familiales et professionnelles : dans quelle mesure contribuent-elles à re-configurer les relations entretenues avec les membres du groupe familial ? À redéfinir ou à conforter les modes de vie familiaux transmis par la famille d’origine ? À déplacer ou à entériner les perspectives professionnelles tracées par le milieu social dont on est issu ? En réalité, ces questions ne peuvent trouver réponses qu’en considérant l’investissement amical des jeunes non pas seulement comme un indicateur de l’expérimentation propre à cet « âge de la vie », mais bien plus comme un analyseur des trajectoires sociales. Il conviendrait d’étudier dans quelle mesure et de quelles manières les modes d’accomplissement des relations amicales agissent, à différents moments des trajectoires, sur l’ouverture ou la fermeture des champs des possibles et des pensables dans différents domaines, notamment professionnels et familiaux. Ce type de questionnement ne peut guère être traité par une approche en termes de calendriers, de reports ou de réversibilité des statuts résidentiels, conjugaux ou professionnels que les jeunes occupent. Au pire, cette manière d’aborder la jeunesse conduit à une marginalisation de la sphère amicale et des expériences attenantes. Au mieux, lorsqu’une lecture sociable des trajectoires juvéniles rend aux relations amicales leur valeur socialisatrice, cette conception de la jeunesse oriente l’analyse sur la manière dont les modes de vie relationnels « réagissent » aux événements qui marquent l’entrée dans la vie adulte. Notre attention se tourne dès lors vers une troisième voie, une approche de type ethnographique et compréhensive de la jeunesse en faveur de laquelle plaide Claude Dubar
[46]. Cette approche consiste à placer au centre de l’analyse la construction des identités définies comme :
« des parcours d’identification mais aussi de désidentification, des foyers virtuels qui orientent les pratiques et fournissent des repères mais suscitent aussi des crises par suite de conflits, ruptures, déceptions, frustrations multiples [47] ».
L’étude de la socialisation secondaire se voit privilégiée dans ce mode d’approche qui attribue aux expériences de tous ordres, notamment lors des interactions avec des « autres significatifs » – et les copains sont, on l’a vu, des « autres significatifs » majeurs pour les jeunes – un rôle moteur dans ces parcours identitaires. Il tient compte de la diversité de ces expériences qui contribuent à l’apprentissage de savoirs sociaux, de compétences, à la conquête d’un sentiment de valeur personnelle et d’une image de soi. Ce mode d’approche sied, nous semble-t-il, à une analyse et à une interprétation des manières et des conditions selon lesquelles les jeunes mobilisent – de façons différenciées et donc différenciatrices – leurs relations amicales comme des « ressources identitaires permettant ou non la construction de repères, l’intériorisation de règles, la combinaison de logiques
[48] » qui organisent leur rapport aux espaces sociaux, professionnels, résidentiels, matrimoniaux dans lesquels ils évoluent.
·
â– Claire Bidart, L’amitié, un lien social, Paris, La Découverte, 1997, 403 p.
·
â– Michel Bozon, Catherine Villeneuve-Gokalp, « Les enjeux des relations entre générations à la fin de l’adolescence », Population, n° 6, 1994, pp. 1527-1556.
·
â– Anne Vincent-Buffault, L’exercice de l’amitié. Pour une histoire des pratiques amicales aux xviiie et xixe siècles, Paris, Seuil, 1995, 318 p.
·
â– Claude Dubar, « La catégorie de jeunesse », Informations sociales, n° 84, 2000, pp. 28-37.
·
â– Olivier Galland, Sociologie de la jeunesse, Paris, Armand Colin, coll. « U », 2002, (3e édition), 248 p.
[1]
Thierry Blöss,
Les liens de famille. Sociologie des rapports entre générations, Paris Puf, coll. « Le sociologue », 1997, p. 12.
[2]
Pierre Bourdieu, « La jeunesse n’est qu’un mot », in
Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1984, pp. 143-154.
[3]
Jean-Claude Chamboredon, « Adolescence et post-adolescence : la “juvénisation”. Remarques sur les transformations récentes des limites et de la définition sociale de la jeunesse »,
in Anne-Marie Alléon, Odile Morva, Serge Lebovici (éd.),
Adolescence terminée, adolescence interminable, Paris, Puf, 1985, pp. 13-28.
[4]
T. Blöss,
Les liens de famille…, op. cit. p. 11.
[5]
Ces résultats proviennent de différentes enquêtes : « Loisirs », Insee, 1967 ; « Contact entre les personnes », Insee-Ined, 1982-1983 ; « Emplois du temps », Insee, 1987. Voir François Héran, « La sociabilité, une pratique culturelle »,
Économie et statistique, n° 216, 1988, pp. 3-22 ; « Trouver à qui parler, le sexe et l’âge de nos interlocuteurs », Paris, Insee,
Données Sociales, 1990, pp. 364-368 ; Michel Forsé, « La fréquence des relations de sociabilité : typologie et évolution »,
L’Année sociologique, vol. 43, 1993, pp. 189-212 ; C. Bidart,
L’amitié…, op. cit.
[6]
F. Héran, « Trouver à qui parler… »,
op. cit. Il s’agit des rencontres, en face à face, ne comprenant ni les discussions avec des membres du ménage ni les conversations professionnelles entre collègues, ou marchandes.
[7]
C. Bidart,
L’amitié…, op. cit.
[8]
F. Héran, « Trouver à qui parler… »,
op. cit.
[9]
Ibid., p. 366.
[10]
F. Héran, « La sociabilité… »,
op. cit., p. 9.
[12]
A. Vincent-Buffault,
L’exercice de l’amitié…, op. cit.
[14]
O. Galland,
Sociologie de la jeunesse, op. cit.
[16]
Ibid., pp. 160-161.
[18]
Ibid., pp. 218-227.
[19]
O. Galland et Pierre Garrigues, « La vie quotidienne des jeunes du lycée au mariage »,
Économie et statistique, n° 223, 1989, pp. 15-23.
[21]
Voir à ce sujet, F. Héran, « Trouver à qui parler… »,
op. cit., ou, pour des données plus récentes, Nathalie Blanpain, Jean-Louis Pan Ké Shon, « À chaque étape de la vie, ses relations », Paris, Insee,
Données Sociales, 1999, pp. 346-353.
[22]
C. Bidart,
L’amitié,…, op. cit.
[26]
C. Bidart, A. Pellissier, « Copains d’école, copains de travail. Évolution des modes de sociabilité d’une cohorte de jeunes »,
Réseaux, vol. 20, n° 115, 2002, p. 17.
[27]
James Youniss, Jacqueline Smollar,
Adolescent Relations with Mothers, Fathers, and Friends, Chicago, University of Chicago Press, 1985.
[28]
M. Forsé, « La fréquence des relations… »,
op. cit., pp. 189-212.
[29]
Olivier Choquet, « Les sorties : une occasion de contacts »,
Économie et Statistiques, n° 214, 1988, pp. 19-25.
[30]
J. Youniss, J. Smollar,
Adolescent Relations…, op. cit. ; Marie Choquet et Sylvie Ledoux,
Adolescents : Enquête nationale, Paris, Inserm-La Documentation française, coll. « Analyse et prospective », 1994.
[31]
La notion de socialisation employée ici se réfère clairement au terme allemand de
Vergesellschaftung, tel que l’ont utilisé Max Weber et surtout Georg Simmel.
[32]
C. Bidart, A. Pellissier, « Copains d’école, copains de travail… »,
op. cit. Tendanciellement, les modes de sociabilité des jeunes évoluent vers une plus grande électivité des liens, lesquels se réduisent numériquement.
[33]
Gérard Mauger, « À propos des relations entre générations familiales »,
Informations sociales, n° 84, 2000, pp. 66-73.
[35]
M. Bozon, C. Villeneuve-Gokalp, « Les enjeux des relations… »,
op. cit., pp. 1527-1556.
[38]
Voir également Agnès Pitrou,
Le jeune et sa famille : du soutien à l’indépendance, Paris, La Documentation française, coll. « Notes et études documentaires », 1987, pp. 52-71.
[39]
M. Bozon, « Les loisirs forment la jeunesse », Paris, Insee,
Données Sociales, 1990, pp. 217-222.
[40]
Olivier Traverse, « Apparence corporelle et autonomisation chez les jeunes »,
Revue suisse de sociologie, vol. 22, n° 1, 1996, pp. 119-138.
[41]
G. Mauger, Claude Fossé-Poliak, « Les loubards »,
Actes de la recherche en sciences sociales, n° 50, 1983, pp. 49-67.
[42]
Anne Muxel, « L’âge des choix politiques. Une enquête longitudinale auprès des 18-25 ans »,
Revue française de sociologie, vol. 33, n° 2, pp. 233-263.
[43]
Outre l’article de M. Bozon, « Trouver à qui parler… »,
op. cit., on peut se référer à ce sujet aux travaux de M. Bozon et F. Héran, « Groupes de pairs et formation des couples », communication au colloque national de la Société d’ethnologie française et de l’Écomusée de la Communauté Le Creusot-Montceau-les-Mines, « Classes d’âge et société de jeunesse », Le Creusot, 1985 ; Annick Percheron,
Se faire entendre : morale quotidienne et attitudes politiques des jeunes, in Henri Mendras (éd.),
La Sagesse et le désordre, Paris, Gallimard, NRF, 1981, pp. 129-165.
[44]
Philippe Juhem, « Les relations amoureuses des lycéens »,
Sociétés contemporaines, n° 21, 1995, pp. 29-42.
[45]
Ph. Juhem, « “Civiliser” la banlieue »,
Revue française de science politique, vol. 50, n° 1, 2000, pp. 53-72.
[46]
C. Dubar,
La catégorie…, op. cit., pp. 28-37.