2004
Genèses
Dossier
Le prix Israël (1953-2003).
Entre controverse et instrumentalisation
Avner Ben-Amos
Le prix Israël, attribué aux artistes et scientifiques de renom de nationalité israélienne, est considéré comme l'une des plus prestigieuses « distinctions » du pays. Attribué depuis 1953, il a été utilisé pour promouvoir une certaine conception de la figure de l'intellectuel : celle d'un serviteur d'État susceptible d'être mobilisé par une émulation honorifique. Toutefois, et au fur et à mesure que ce qu'il est convenu d'appeler la société civile s'autonomise en Israël, cette récompense devient l'enjeu de vives controverses, des controverses révélatrices des rapports de force qui y structurent le champ intellectuel et politique.
The Israel prize, attributed to renowned artists and scientists of Israeli nationality, is considered one of the country’s most prestigious “distinctions”. Attributed since 1953, the prize has been used to promote a certain conception of the figure of the intellectual as a servant of the State who is likely to be mobilised by competition for honours. Nevertheless, as what is commonly called civil society grew increasingly autonomous in Israel, this reward became the focus of sharp controversies that revealed the power relationships that underlie the intellectual and political field.
Mai 2003. Le prestigieux magazine d’art israélien
Studio décide de déroger à ses usages en publiant une édition spéciale entièrement dédiée au peintre Moshe Gershoni qui venait d’être récompensé du prix Israël
[1]. La raison d’un tel hommage ? Elle n’était pas seulement artistique. Sans doute M. Gershoni est-il considéré comme un des créateurs en activité les plus importants (ses toiles ont été exposées dans les principaux musées et galeries d’art en Europe et aux États-Unis). Mais c’est d’abord son refus de participer à la cérémonie officielle de remise du prix (qu’il avait pourtant accepté) qui suscita cette décision. Le ministre de l’Éducation, Limor Livnat, avait pourtant insisté. En vain. L’affaire prit du coup la tournure d’une controverse majeure. Au point d’être déférée devant la Cour suprême de Justice.
Studio, en offrant une sélection de reproductions de ses peintures et plusieurs tribunes d’artistes, de critiques d’art ou d’universitaires, la plupart en faveur de M. Gershoni, venait de prendre parti en mobilisant à sa manière l’opinion publique israélienne.
Depuis 1952, date de sa création, et surtout 1953, année de sa première remise, le prix Israël est destiné à récompenser les intellectuels et artistes israéliens les plus importants. Une distinction honorifique qui fut à plusieurs occasions une source publique de conflit. Comme si hiérarchiser le mérite ne pouvait se faire sans mettre à nu les tensions existantes qui déchirent la société israélienne. Comment une mise en scène aussi banale que celle qui consiste à attribuer une récompense a-t-elle pu faire événement ? Comment a t-elle pu susciter de tels affrontements ? Et que peuvent nous apprendre ces titres de gloire sur la société israélienne, notamment sur les changements qui se produisent en son sein ? À quoi tiennent les batailles que suscite la définition du « sens » de ce prix ? Dans cet article, j’essaierai de répondre à ces questions en revenant sur la genèse de cette marque d’honneur et en mettant en perspective quelques-unes des controverses qu’elle provoqua. L’attention sera en particulier retenue par le groupe des lauréats du prix et la cérémonie d’attribution, tous deux étant de bons indicateurs de la réalité sociale de cette distinction. Celle d’une institution tiraillée entre des définitions antagonistes du statut de l’intellectuel : entre serviteur d’État et représentant de la « société civile », consensus et subversion, autonomie et engagement.
La création du prix, après l’établissement de l’État d’Israël en 1948, marqua un nouveau départ dans l’attitude du courant sioniste à l’égard de la figure de l’intellectuel. Avant de tracer les changements de cette politique, il faut dire un mot du terme « intellectuel ». Il sera utilisé ici en référence à deux définitions rivales. La première est celle « sociologique » qui en fait une « catégorie socioprofessionnelle ». L’intellectuel est quelqu’un qui crée et manipule, au titre d’une activité rétribuée, les symboles et idées qui appartiennent aux domaines de l’« art », des « lettres » ou de la « science » avec le souci de servir de médiateur entre ces domaines et le public. L’autre définition est, elle, plus historique. Restreinte, émergeant au cours de l’affaire Dreyfus, elle fait de l’intellectuel la personne qui sort de son domaine académique ou artistique pour intervenir dans les affaires politiques.
« L’intellectuel ne se définit plus alors par ce qu’il est, une fonction, un statut, mais par ce qu’il fait, son intervention sur le terrain du politique, compris au sens de débat sur la cité [2]. »
Cette tension se retrouve au cœur de la mécanique du prix Israël : ceux qui le reçurent étaient tous des intellectuels au sens sociologique du mot mais certains d’entre eux agissaient comme des intellectuels au sens historique, en raison de certains rapports de force partisans ou de la nature de l’agenda politique.
Afin de comprendre la place du prix au sein de la tradition sioniste, il faut revenir à la période précédant l’établissement de l’État d’Israël et regarder l’attitude adoptée à l’égard de la figure de l’intellectuel
[3]. Cette attitude, qui était ambiguë, si ce n’est catégoriquement hostile, est le résultat du mouvement des sionistes d’Europe vers la Palestine. Celui-ci, rappelons-le, commença dans les années 1880 avec la première vague d’émigration, et n’était pas seulement géographique mais aussi idéologique. Le sionisme, en tant que mouvement nationaliste, souhaitait créer un nouveau modèle de Juif dans « l’ancienne-nouvelle » terre supposée être son foyer véritable. Selon cette vision, le Juif de la diaspora était une personne déracinée, gagnant sa vie dans les branches du commerce et de la finance ou à travers des activités intellectuelles, mais sans réelle attache à la terre et sans sentiment d’appartenance à une communauté. De plus, faisant partie d’une minorité ethnique, il vivait une vie de constante humiliation, ayant à souffrir du mépris et parfois même d’éruptions de violence.
Tout cela devait changer avec l’établissement d’Israël, les traits négatifs de la diaspora juive devant eux-mêmes disparaître. Le « nouveau Juif » serait un pionnier : un agriculteur fort, « raciné » qui gagne sa vie par son travail et si nécessaire défend sa parcelle de terre avec son fusil. Cette mobilisation fut aussi un acte de renaissance. Fini l’individu hautain de la diaspora : le pionnier se rapporterait directement à la terre en laquelle il puise son identité et, ensemble, avec ses « compagnons pionniers » il deviendra partie intégrante d’une communauté égalitaire. Par rapport à cette construction, l’esprit critique, calculateur et universalisant de l’intellectuel, devenait un anathème
[4].
La figure de l’intellectuel n’avait de place dans la galerie des héros sionistes que dans un sens restrictif. Parce que science, littérature et autres activités culturelles étaient vues comme des « ingrédients » nécessaires de la société nouvellement établie. Les leaders sionistes, qui partageaient les hypothèses modernistes de l’Europe de la fin du
xixe siècle, étaient surtout sensibles au besoin d’utiliser la technologie moderne en matière agricole et industrielle afin de faire de la communauté juive en Palestine une communauté viable
[5]. Après avoir rompu les attaches avec l’ancienne culture juive orthodoxe, ils s’employèrent à fabriquer une nouvelle tradition hébraïque. Cela signifiait, d’abord et avant tout, la réintroduction de l’hébreu et sur cette base l’élaboration d’un édifice culturel approprié : littérature, arts plastiques et scéniques, journaux, écoles
[6]. Comment les leaders sionistes ont-ils pu réconcilier ces besoins précis et leur attitude plutôt dédaigneuse à l’égard de la figure de l’intellectuel ?
La première solution fut offerte par Avraham D. Gordon, le leader spirituel du mouvement des kibboutz et défenseur acharné du travail physique comme « expérience salvatrice ». Gordon soutenait qu’il n’y avait aucune contradiction entre le fait d’être un travailleur et un intellectuel. Il croyait que l’on pouvait acquérir un savoir abstrait et continuer de cultiver la terre
[7]. Gordon élabora ces revendications au cours des premières étapes du développement de la communauté sioniste en Palestine. Mais alors que cette communauté grandissait et se complexifiait, il devint clair que la fusion espérée était irréalisable. L’autre solution, suggérée par Berl Katzenelson dans les années 1920, était plus réaliste. Il s’agissait de considérer les scientifiques, artistes et intellectuels comme des « individus égotistes » mais qui pouvaient être enrôlés dans les principales causes de la communauté nationale. D’où son idée qu’ils devaient continuer à se spécialiser dans leur domaine propre tout en subordonnant leurs efforts aux attentes de la nation
[8]. De telles vues étaient typiques du mouvement travailliste, alors principale formation politique en Palestine, même si les autres formations sionistes eurent également tendance à placer les besoins de la collectivité au-dessus de ceux de l’individu. C’est ainsi que dans les manuels scolaires du système éducatif sioniste, la figure du colon agriculteur – le « pionnier » – fut exaltée comme un modèle d’héroïsme
[9].
L’ouverture de l’université hébraïque à Jérusalem, en 1925, aurait pu mettre un terme à cette rupture entre le
leadership politique sioniste et les intellectuels. Elle ne fit, en réalité, qu’exacerber les méfiances entre les deux parties. Ouvrir une université juive à Jérusalem était pourtant une volonté du projet sioniste depuis sa création
[10]. Mais comme Anita Shapira le note : à la différence des universités européennes telles que celles de Berlin ou Prague, l’université hébraïque joua un rôle mineur dans le processus de construction de l’État d’Israël. La nouvelle culture hébraïque lui était antérieure et continua en dehors des murs de l’université. Il y avait plusieurs raisons à ce divorce : les universitaires, de formation germanique et anglo-saxonne, étaient engagés dans une éthique sociale plutôt abstraite et « universalisante ». Professionnalisés sur une base académique, ils se différenciaient des leaders sionistes, venus eux d’Europe de l’Est et attachés à une université développant des capacités pratiques (telles que l’agronomie) pour contribuer au progrès matériel de la nation. Du reste, l’orientation politique des professeurs les plus importants, tels que Yehuda Magnes, Martin Buber et Hugo Bergman, consistaient à opter pour un État binational juif-arabe. Un trait assimilé à une trahison aux yeux des leaders sionistes
[11]. Finalement, l’indépendance financière de l’université, dont le budget venait principalement de donateurs privés américains, l’immunisa contre les pressions des organisations sionistes qui contrôlaient, elles, le budget de l’éducation de la communauté juive en Palestine.
Cette situation changea au milieu des années 1940. En Palestine, la croissance démographique de la communauté juive et le désir des diplômés d’établissement secondaires de suivre une formation universitaire imposèrent à l’université d’ouvrir plus largement ses portes et d’étendre ses activités pédagogiques. En Europe, l’Holocauste provoqua l’annihilation de plusieurs générations de chercheurs juifs et la fin d’un « réservoir » de scientifiques et d’intellectuels qui auraient pu contribuer à la renaissance nationale. Des leaders sionistes, tels que B. Katzenelson, supposèrent par conséquent que c’était le rôle de l’université hébraïque de combler ce vide. D’autres leaders, tels que David Ben-Gurion, furent eux sensibles à l’importance de la science et de la technologie pour soutenir la supériorité d’une nation
[12]. Ce fut le premier signe d’un changement dans l’ordre des priorités sionistes : la figure du « pionnier » était toujours le modèle à suivre mais l’intellectuel commençait à passer d’une position marginale au devant de la scène.
L’arrivée du prix Israël deux ans après l’anniversaire de l’université hébraïque doit être comprise dans ce contexte : celui d’une coopération grandissante entre l’État et les intellectuels. Une façon de faire de l’intellectuel « engagé », de ses réussites, un exemple pour les citoyens israéliens ainsi qu’une source de fierté aux yeux de la communauté internationale. Celui qui fut à l’origine de cette initiative était lui-même un intellectuel qui devint en 1951 un des ministres de l’Éducation israéliens les plus influents : l’historien Ben-Zion Dinur. Sa carrière pourrait rappeler celle de François Guizot ou d’Ernest Lavisse
[13]. Néanmoins, s’il fallait la comparer, ce serait avec les historiens d’Europe centrale et des Balkans qui, comme le serbe Stojan Novakovic, travaillèrent au cours du
xixe siècle dans un contexte pré-étatique, écrivant une histoire au service de la formation d’une « conscience nationale » ou d’une « destinée politique »
[14]. L’établissement de l’État d’Israël créait de nouvelles règles. Le nouvel État, guidé par son Premier ministre, D. Ben-Gurion, pouvait contrôler, avec sa machine bureaucratique, le champ de production intellectuelle de façon plus efficace, ayant à sa disposition de multiples outils d’incitation. La politique de Ben-Gurion, connue comme
mamlakhtiyut (étatisme), avait notamment pour objectif le dépassement des tensions qui caractérisaient la communauté juive dans la période pré-étatique. Elle visait à l’unification du peuple autour d’un drapeau apparemment neutre
[15]. Cet État était aussi un État-nation. Comme le choix de ses emblèmes officiels le montre (le drapeau avec l’étoile de David et le symbole étatique du chandelier à sept branches), c’était avant tout un État juif. La minorité arabe, considérée comme une menace potentielle, avait des droits politiques purement formels : dans les faits, elle n’avait aucune part de pouvoir.
La naissance du prix Israël traduit cette importance nouvelle acquise par la figure de l’intellectuel, une figure qui devait rivaliser avec deux autres héros nationaux : le pionnier et le soldat. Dans les années 1950, le pionnier restait une composante centrale de l’identité hébraïque israélienne. Non seulement grâce aux qualités morales associées au travail physique mais également parce que de nouvelles implantations agricoles marquaient les frontières nationales. Un des objectifs de l’éducation israélienne, tel que défini par la loi sur l’Éducation de 1953, était d’inculquer la figure du pionnier aux écoliers
[16]. L’autre héros, le soldat hébreu, émergea après la guerre d’Indépendance de 1948. Le nombre relativement important de pertes au sein de l’armée (près de six mille soit 1 % de la population juive en 1948) transforma leur commémoration en véritable culte. L’armée israélienne devint le point central de divers rituels politiques mais aussi de brochures, posters ou textes éducatifs
[17]. Ces deux modèles fusionnèrent lorsque Ben-Gurion créa en 1948 une unité spéciale au sein de l’armée (
Nachal Brigade) : elle incluait les soldats qui, après un entraînement régulier, étaient envoyés pour implanter des nouvelles fermes collectives le long de la frontière. Les jeunes soldats appartenant à cette unité devinrent des exemples pour la jeunesse israélienne
[18].
Face à ces modèles du pionnier et du soldat, le statut de la figure de l’intellectuel fut lui aussi mis en valeur dans l’immédiat après-guerre. Deux événements y contribuèrent qui constituent les conditions d’avènement du prix Israël. Le premier fut une série de rencontres entre Ben-Gurion et un groupe d’environ trente-cinq écrivains et universitaires, qui eurent lieu en mars et octobre 1949
[19]. Il s’agissait de discuter de l’identité culturelle du jeune État, en particulier alors qu’il faisait face à de grosses vagues d’immigration de juifs nord-africains. L’autre événement fut le vingt-cinquième anniversaire de l’ouverture de l’université hébraïque, en mai 1950. La principale cérémonie eut lieu à Jérusalem en présence des plus hautes autorités de l’État. Ben-Gurion insista dans son discours pour que l’université ne devienne pas « un monastère d’hommes de lettres qui se retirent du monde et se coupent des problèmes de la communauté et de ses besoins »
[20]. Il mit également l’accent sur le rôle messianique de l’État d’Israël en tant que modèle pour les autres États-nations du globe :
« La résurrection d’Israël n’était pas et ne sera pas réduite à la construction d’outils matériels et politiques pour la nation hébraïque mais trouvera son expression ultime dans le déploiement de son esprit éternel et l’accomplissement de sa mission historique de rédemption de l’humanité [21]. »
Un prophétisme qui assurait évidemment à l’intellectuel israélien une place importante.
Par la suite, l’université hébraïque, qui avait perdu son indépendance financière à la suite de l’établissement de l’État, abandonna sa position initiale. Ce dont témoignent le remplacement en 1951 du professeur Zelig Brodetzky, son président, hostile à la politique de Ben-Gurion, par un populaire archéologue, le professeur Benjamin Mazar, et l’aide budgétaire qui lui était désormais accordée en 1953. L’accent fut déplacé de la recherche vers l’enseignement et le nombre d’étudiants crût rapidement, en particulier dans les départements « pratiques » tels que l’éducation, la médecine ou l’agriculture
[22]. L’université hébraïque, avec deux autres instituts consacrés aux sciences et technologies – les instituts Technion et Weizmann – était considérée dorénavant comme une sorte de « ressource naturelle » qui devait être à la disposition de l’État
[23].
Dinur, qui avait émigré de Russie en Palestine en 1921, l’un des plus importants historiens du peuple juif, en plus de ses autres préoccupations, était un proche de Ben-Gurion. Président de l’Institut d’études juives à l’université hébraïque, directeur du Collège d’enseignement de Jérusalem (Jerusalem Teacher’s College), un des fondateurs de la Société historique d’Israël (Israeli Historical Society) il fut ministre de l’Éducation jusqu’en 1955. Il travailla à abolir le système éducatif pré-étatique pour en faire un système centralisé destiné à construire une nation unifiée
[24]. Dinur pensait que l’État, comme « expression organisée de la nation », était responsable de la formation de tous les aspects de la personnalité des citoyens – l’aspect intellectuel autant que les aspects moraux et culturels
[25]. D’où ses efforts pour former non seulement une éducation scolaire mais aussi une éducation parascolaire, incluant des jours fériés en hommage à l’État et des rituels publics pouvant atteindre la population adulte.
Le jour de l’Indépendance en est un exemple : l’anniversaire de la déclaration d’indépendance
[26] fut décidé en avril 1949 mais plusieurs années passèrent jusqu’à ce qu’il puisse être effectivement mis en place. Le prix d’Israël en est un autre. En 1953, la première année où il fut remis, la célébration incluait trois composantes majeures : une composante populaire (des danses et chants dans les rues de diverses localités) ; une composante militaire (une parade militaire dans une des grandes villes) ; et une composante civile (avec l’illumination cérémonielle d’une
Menorah de douze branches sur le Mont Herzl, à Jérusalem, à la veille du jour de l’Indépendance)
[27]. Le prix Israël en était le contrepoint. Les éclaireurs des douze torches étaient des citoyens représentant chaque année divers aspects de l’
ethos sioniste ou différents segments de la population tels que les nouveaux immigrants, membres d’associations de volontaires et résidents de communes frontalières. Ceux-ci étaient des gens « ordinaires ». Ils étaient choisis non en raison d’un mérite spécial mais parce qu’ils appartenaient à une catégorie de citoyens que le gouvernement souhaitait exemplariser ou récompenser. Leur nombre (douze : une référence aux douze tribus bibliques du peuple d’Israël) était conforme à la vision historique sioniste. Mais c’était aussi un symbole collectiviste, une expression de la revendication sioniste selon laquelle l’individu était méritant seulement s’il faisait partie de la « tribu », c’est-à-dire de la communauté.
Par contraste, les lauréats du prix Israël étaient des individus sélectionnés pour une contribution spécifique à un domaine intellectuel ou artistique. Selon les indications officielles, l’objectif était d’« encourager les écrivains, les artistes et les scientifiques qui résident et travaillent dans l’État d’Israël ». Pour devenir candidat, il fallait soumettre les fruits de son travail au ministère de l’Éducation : une publication littéraire ou scientifique, un enregistrement musical, une peinture, une statue
[28]. Dans chacune des dix rubriques fixées – littérature, arts, sciences humaines, sociales, naturelles, exactes et juives
[29] – trois juges, nommés par le ministre de l’Éducation, après consultation des universités, institutions et associations compétentes, devaient déterminer un lauréat. Au cas où les juges trouvaient qu’aucune des œuvres soumises ne méritait un prix, le ministre pouvait l’offrir à un autre candidat de son choix ou reporter l’attribution à l’année suivante
[30]. Le montant du prix était alors de mille lires israéliennes – une somme considérable équivalente à plusieurs mois de salaire d’un revenu moyen
[31]. Qui plus est, ce prix s’imposa très vite comme l’un des plus prestigieux en Israël. En raison non pas de son montant ou de son aspect fortement compétitif, mais de par l’organisme qui était derrière lui : le ministère de l’Éducation. Son nom, le prix Israël, pouvait d’ailleurs être interprété comme un prix donné par l’État ou par le peuple. Le fait qu’il soit attribué en public, au cours d’une cérémonie officielle, le jour de l’Indépendance, en présence des plus hautes autorités de l’État, ajouta évidemment à sa réputation.
Le professeur Ben-Zion Dinur lors de la cérémonie de l’Holocaust Memorial Day le 5 mai 1959. © Yad-Vashem.
Cet accent mis sur la réussite individuelle, c’est-à-dire sur un critère universaliste (la qualité) combiné avec le cadre sioniste du prix (le mérite) créa une tension qui devint manifeste à plusieurs reprises. Pour les représentants de l’État et nombre de lauréats, les deux systèmes de valeurs étaient complémentaires. On pouvait, en somme, être récompensé en tant que scientifique ou artiste mais aussi pour avoir bien servi les intérêts de l’État. Dinur, en tant que ministre de l’Éducation lors de la première cérémonie de remise du prix (1953), expliqua la signification de son attribution le jour même de l’Indépendance :
« En ces jours, l’indépendance d’une nation est dépendante de sa puissance, de sa force intérieure, de son contrôle sur les ressources qui se trouvent dans son pays et son peuple, sa terre et ses enfants ; de la découverte, de l’exposition et de la direction des pouvoirs qui sont cachés dans ces ressources. Cela peut être effectué seulement en développant les sciences. Les sciences, par leurs lois et leurs résultats, sont universelles. Elles sont à la disposition de l’humanité. Elles représentent les réussites du genre humain en général. Mais la route qui mène à elles est nationale… Les frontières entre les peuples, les pays et les États créent une situation dans laquelle chaque nation a son propre champ et sujet de recherche et a une responsabilité nationale [32]. »
Cet argument explique pourquoi la Cour suprême de Justice jugea que le peintre M. Gershoni aurait dû assister à la cérémonie de remise du prix en 2003. Comme si peu de choses avaient changé depuis Dinur… L’objectif du prix, déclaraient les représentants du ministère, était d’« éduquer les membres de la nation pour rechercher l’excellence et atteindre le savoir »
[33]. D’où le besoin de transformer la cérémonie de récompense en un événement public. C’était une façon de solenniser un modèle de réussite et de mobiliser les médias de masse. L’individu distingué par le prix devenait un instrument pédagogique entre les mains de l’État. Il se voyait exposé comme une figure exemplaire. Une instrumentalisation honorifique qu’une analyse plus fine de la liste des lauréats du prix mais aussi de la structure de la cérémonie permet d’analyser plus encore.
Une politique de reconnaissance
Au cours des cinquante et une années de son existence, un total de cinq cent cinquante et une personnes et institutions reçurent le prix Israël, soit environ onze lauréats par an
[34]. Une moyenne qui cache de grandes différences : entre un minimum de quatre lauréats (1964) et un maximum de vingt-deux (1968 et 1998), cette politique de distinction connut d’importantes variations. Le domaine le plus souvent distingué est celui des sciences humaines et sociales (deux cent vingt-neuf), après quoi viennent les arts (cent quarante-neuf) puis les sciences naturelles et exactes (cent onze), pendant que le reste des lauréats le recevait à titre de « contribution spéciale à l’État et la société » (soixante-deux). Fait révélateur : cette dernière catégorie fut introduite pour la première fois sous l’appellation informelle de « réussite dans la vie » à l’occasion du dixième anniversaire de l’État d’Israël. Afin d’assurer au prix de 1958 un plus large succès, il fut décidé de récompenser non des travaux individuels mais des « réussites à l’échelle d’une vie », et ce dans les sciences et les arts
[35]. Les lauréats cette année-là furent par conséquent des « autorités » intellectuelles déjà consacrées telles que le philosophe Martin Buber, le spécialiste de « Kabbalah » Gershom Shalom, l’historien Ben-Zion Dinur ou l’écrivain Shmuel Yosef Agnon (qui l’avait déjà reçu en 1954). La même décision fut prise à l’occasion du vingtième anniversaire de l’État
[36]. Preuve que la déférence instituée par ce prix est d’abord celle d’une politique symbolique : au jour de l’anniversaire de l’État, la nation doit une certaine fierté à ses fils les plus illustres. Cette désignation fut finalement étendue et formalisée en 1972, afin d’honorer des individus et des institutions qui, sans avoir rendu aucune contribution intellectuelle, méritaient une mention spéciale pour leurs actions dans des domaines comme « les implantations, l’éducation, le bien-être et la commémoration ».
Le ministre de l’Éducation Zalman Aranne félicitant le rabbin Josef Kapah après la remise du prix Israël des Études juives dans l’auditorium de l’université hébraique. © Cliché Milner Moshe, État d’Israël.
Parmi les institutions qui reçurent le prix à ce titre se trouvait Degania A’, une des premières implantations de kibboutz (1981), l’Aquiva Ulpan, une école spéciale enseignant l’arabe (1986), l’organisation Yad Sarah pour la fourniture d’équipement médical (1994), et l’institut Yad va’Shem qui commémorait les victimes de l’Holocauste (2003). Certains de ces lauréats représentaient des collectifs. De sorte que la récompense devenait un geste chargé d’un autre sens : un signe d’encouragement et de publicité distinguant un type d’action jugé digne de recevoir l’attention des citoyens. Ce fut le cas notamment pour les « villes en développement en Israël » (prix 1984) – des villes qui, rappelons-le, furent construites durant les années 1950 pour la population juive venue des pays musulmans et qui incluaient plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les individus honorés dans cette catégorie ont un profil politique plus marqué. Certains d’entre eux, comme l’éducateur Recha Friar (prix 1981) se voyaient récompensés pour leur « importante contribution à la société israélienne » pendant que d’autres le recevaient pour une carrière politique. Ce fut le cas de l’ex-ministre des Affaires étrangères Abba Ebban ou de l’ex-Premier ministre Yitzhak Shamir qui reçurent tous deux le prix la même année (2001) alors qu’ils appartenaient à des partis opposés. Les distinguer ensemble fut clairement un acte politique.
On ne peut nier qu’il y ait souvent eu une affinité élective entre l’appartenance politique du ministre de l’Éducation et celle du « vétéran politique » qui recevait le prix. Par exemple, Shulamit Aloni, l’ancienne dirigeante du parti de gauche Meretz, le reçut lorsque son successeur, Yossi Sarid, devint ministre de l’Éducation (2000). Geula Cohen, l’ex-leader du parti d’extrême droite Tehiya, fut, lui, couronné lorsque L. Livnat, membre du parti de droite Likkud, devint ministre de l’Éducation. Autre signe intéressant : seulement quatre des lauréats du prix sont des « non-juifs », le premier parmi eux ne l’ayant reçu qu’en 1986. Difficile de ne pas lire dans ces hiérarchies du mérite une indication du statut d’infériorité des minorités non juives de l’État d’Israël. C’est-à-dire l’incapacité de les incorporer dans la perspective sioniste comme les statuts du prix en affichaient pourtant la volonté. Autre caractéristique : ces honneurs d’État se singularisent également par leur orientation masculine et européenne. Au cours des quatorze premières années de l’existence du prix, aucun juif originaire d’un pays musulman (séfarade) ne le reçut. Comme si l’élite culturelle du pays venue d’Europe (ashkénaze) ne pouvait intégrer les immigrants du début des années 1950. Des cinq cent vingt-neuf individus qui obtinrent le prix, seulement soixante-huit (environ 12 %) sont des femmes, même si avec les années, leur part s’est accrue. Au cours de la première décennie du prix (1953-1962) les femmes ne constituaient que 6 % des lauréats (contre 15 % dans la dernière décennie). Sans doute, la sous-représentation de ces catégories fut-elle le résultat de leur faible présence dans les universités israéliennes d’où provenait la majorité des lauréats. Reste qu’il y a une autre raison : la relative petite taille de l’élite culturelle du pays. Elle provoquait une situation quasi « familiale » dans laquelle les juges et les lauréats entretenaient des liens étroits. Une rapide comparaison de la liste des quatre-vingt-dix-neuf juges dans les années 1953-1956, 1958 et 1960 avec la liste des lauréats montre que quarante-neuf d’entre eux (50 %) étaient eux-mêmes détenteurs du prix
[37].
Le ministre de l’Éducation Zevulum Hamer remettant le prix Israël de la Justice à Haim Cohen. © Cliché Herman Chanania, État d’Israël.
Être un lauréat signifie aussi qu’on doit jouer un rôle dans la cérémonie officielle du jour de l’Indépendance. Celle-ci a lieu dans un hall public à Jérusalem. Sa structure changea peu au cours des années. Elle s’ouvre avec un morceau de musique et se poursuit avec un discours du ministre de l’Éducation. Puis vient la lecture des attendus des juges pour le choix des lauréats et l’attribution elle-même – sous la forme d’un diplôme écrit – remis à chaque lauréat, enfin un discours d’un des lauréats choisi par le ministre précède la clôture qui s’effectue par l’hymne national,
ha’Tikva. Le public est composé de membres du gouvernement et de la Cour suprême, d’officiels d’État comme d’officiers haut gradés de l’armée, de professeurs d’université et d’artistes en vue. En face d’eux, sur la scène, siègent le président de l’État, le Premier ministre, le ministre de l’Éducation, le président de la Knesset et les lauréats du prix. On le voit : si l’objectif déclaré de la cérémonie est d’honorer les intellectuels, c’est en fait une autocélébration qui est organisée : de l’État sinon par l’État. Codifié, le rituel honorifique peut être subverti. Certains orateurs s’émancipent de ces règles non écrites pour prononcer des discours critiques sur la gestion gouvernementale
[38]. La plupart cependant s’acquittent consciencieusement du rôle qui leur est dévolu. Le sujet de la cérémonie devient alors, non les sciences ou les arts, mais la nation « souveraine et indépendante ». L’occasion de célébrer, comme le fit Zalman Aran, ministre de l’Éducation en 1956, une « production culturelle qui contribua à la force de notre peuple et à sa capacité à surmonter les temps difficiles »
[39].
Depuis que la remise du prix est considérée comme un acte pédagogique d’État, les autorités n’hésitent plus à lui conférer une exposition maximale. En 1971, elle avait lieu dans les instituts éducatifs à Jérusalem : le lycée Rechavia, le Bet-ha’Kerem Teachers College ou l’université hébraïque. Puis, elle prit place au théâtre de Jérusalem, plus prestigieux et mieux équipé. La cérémonie fut elle-même décalée en soirée
[40] pour être diffusée en direct sur les chaînes nationales, d’abord à la radio puis à partir de 1972 à la télévision. Les quotidiens couvrent également l’événement. Une situation qui contraste avec l’attention qui lui était accordée lorsque l’État ne s’y impliquait que faiblement. Jusqu’à son abolition en 1974, c’est la parade militaire qui formait le clou du jour de l’Indépendance : d’où sa place en première page des journaux, les articles concernant le prix n’apparaissant qu’en pages intérieures
[41]. Le soldat, en tant que héros national, avait droit à tous les égards, au moins jusqu’à la guerre du Kippour (1973) qui altéra cette image au profit de celle de l’artiste et de l’intellectuel
[42].
En 1953, le Président et le Premier ministre avaient pu s’absenter de la cérémonie de remise des prix pour cause de parade se déroulant à Haifa
[43]. Par la suite, la force d’attraction de la cérémonie s’est renforcée. Le Premier ministre Ben-Gurion, sensible à la tension entre les modèles du soldat et de l’intellectuel, en appelle à plus de complémentarité dans son discours de cérémonie de 1960 :
« Le fait que des milliers de gens regardent la parade militaire peut donner l’impression fausse que nous sommes un État militariste. J’admets que j’aime les FDI [Forces de défense israéliennes] de tout mon cœur et que j’investis un temps important dans leur développement mais je suis contre la puissance et le militarisme. Néanmoins si nous ne rendons pas notre pays sûr, aucun travail érudit et aucun trésor culturel ne seront produits ici et aucune valeur humanitaire ne sera créée [44]. »
Une déclaration apologétique qui se voulait un premier signe. La troisième figure-modèle, celle du pionnier, gardait néanmoins sa position prééminente au côté du soldat. Ben-Gurion lors de la cérémonie de 1958 le rappelle en évoquant la position du vieux parti travailliste :
« Le peuple d’Israël devrait combiner travail manuel et effort de l’esprit. Nous devrions gagner notre pain avec nos mains mais aussi encourager les valeurs suprêmes de l’esprit, la sagacité, la science, la moralité et la société, sans quoi nous n’existerions pas […] Le sens de la merveilleuse révolution qui prit place dans les vies du peuple d’Israël dans les quatre-vingts dernières années est qu’il devint un peuple travailleur. Quoi qu’il en soit, cette révolution n’est pas encore finie et elle demande le travail de plus de gens, un travail meilleur et plus productif […] Être un peuple travailleur ne signifie pas que nous ne sommes plus les gens du livre. Nous devrions combiner les deux tâches [45]. »
Toutefois, au cours de la première moitié des années 1960 et avec une plus grande intensité après la guerre, des positions plus « individualistes » accédèrent aux discours officiels comme au système éducatif dans son ensemble
[46]. La figure de l’intellectuel n’était plus vue seulement comme un serviteur de l’État mais comme le représentant des valeurs universalistes et professionnelles. Parallèlement, des positions plus indépendantes se firent jour, qui n’hésitaient plus à se montrer rebelles à l’égard de la déférence d’État
[47]. L’attribution du prix Israël, en solennisant la rencontre publique de l’État et du monde intellectuel, devint dès ce moment une source potentielle de conflit. Celle d’une dramaturgie de l’honneur dressée contre les honneurs.
De l’usage des controverses honorifiques
La remise du prix Israël a toujours eu lieu le jour de l’Indépendance, qui normalement se situe au début du mois de mai
[48]. L’identité des lauréats est, elle, annoncée en février ou mars. Dans la plupart des cas, cette annonce est rapportée par une dépêche dans les quotidiens et les médias. Après quoi les lauréats sont mentionnés à nouveau le jour suivant le jour de l’Indépendance. Le prix est évidemment très convoité : chaque communauté professionnelle concernée est, plusieurs mois durant, traversée par une compétition farouche
[49]. Le grand public en revanche reste assez indifférent. Ce qui n’est pas le cas, lorsque l’identité du lauréat ou son attitude crée une controverse. Le débat prend alors place dans les médias de masse les plus populaires et parfois même à la Knesset. Le protagoniste en est presque toujours un « intellectuel » au sens restreint du terme : une figure engagée politiquement. La période entre l’annonce et la cérémonie de remise devient un « drame social », soit un processus conflictuel qui commence avec la rupture d’une certaine norme sociale, puis dessine des cercles de plus en plus larges jusqu’à ce que cela dépasse la question du prix lui-même pour épouser les contours de telle ou telle fracture sociale et politique. Ce processus normalement se clôt soit par une réhabilitation éclatante de la norme, ce qui met un terme à la controverse, soit par un désaccord persistant, véritable blessure institutionnelle qui cicatrise avec grande difficulté
[50].
Toutes les controverses liées à l’attribution du prix Israël n’atteignent pas ces dimensions d’un drame social. Certaines d’entre elles demeurent circonscrites à des affaires tenues pour « mineures ». Ainsi, la première controverse publique ne concerna pas un intellectuel mais un homme politique. Au titre des récompenses pour « la réussite dans la vie » lors du vingtième anniversaire de l’État (1968) et sur recommandation expresse du président du comité des juges, Dinur, il fut décidé d’attribuer un prix à Ben-Gurion, l’ex-Premier ministre pour « sa part dans l’établissement de l’État d’Israël »
[51]. L’homme était à l’époque dans une sorte d’exil politique à Sede-Boker (une implantation de pionniers dans la partie sud du pays) après sa démission retentissante de 1963. Or, à la surprise du ministre de l’Éducation, il refusa de recevoir cette distinction. Officiellement au nom d’un autre « tribunal », celui de sa conscience personnelle. Comme il l’écrivit dans sa lettre, « Je ne mérite pas un tel prix. Ce que j’ai fait n’était rien d’autre que mon devoir, comme des milliers d’autres ont fait »
[52]. La presse spécula longuement sur les « motifs cachés » de Ben-Gurion. Ne fallait-il pas y voir une réaction d’orgueil : le fait pour le fondateur de l’État de n’être que le numéro vingt-deux de la liste des lauréats et de ne pas obtenir un prix spécial pour lui-même
[53] ? À moins qu’il s’agisse de la perspective de recevoir le prix des mains de la personne qui lui avait succédé au poste de Premier ministre, Levi Eskhol. Recevoir un prix n’est-ce pas prendre acte d’une position de subordination ? L. Eskhol était, ne l’oublions pas, l’un de ceux qui dans le parti travailliste l’avait poussé à la démission en 1963. Une attitude qui suscita la critique d’un autre lauréat du prix Israël, G. Shalom. Celui-ci écrivit dans une « Lettre à l’éditeur » que la raison du refus de Ben-Gurion était « injurieuse et humiliante » parce que tous les autres lauréats n’avaient fait que leur devoir : selon cette logique ils auraient tous dû refuser le prix
[54]. Ben-Gurion lui répondit en écartant toute cause politique : son refus était d’abord moral, le refus d’être jugé par d’autres juges que lui-même
[55]. D’autres controverses devaient suivre.
Le tournant fut la guerre du Kippour de 1973 qui prit le pays par surprise, exposa l’arrogance sans fondement des autorités militaires et civiles et altéra la confiance des citoyens dans leur gouvernement. Ce mécontentement s’exprima lors de la remise du prix en 1975 à Golda Meir au titre des « contributions spéciales à l’État et à la société ». G. Meir, Premier ministre durant la guerre, était un leader en vue du parti travailliste. Mais elle avait dû démissionner, mise en cause pour les terribles conséquences de la guerre. L’attribution du prix Israël mit en colère plusieurs associations de parents dont les fils étaient tombés au combat : pour elles, G. Meir n’avait conduit qu’une politique « inflexible » qui ne prévoyait aucune « solution négociée » au conflit israélo-arabe. Défilés et protestations se multiplièrent mais en vain
[56]. G. Meir ne refusa pas la récompense, allant jusqu’à déclarer lors de la cérémonie qu’une « petite nation qui affronte des nations plus grandes devrait se souvenir combien elle est petite et ne devrait pas oublier sa juste position »
[57].
Les autres controverses qui agitèrent l’opinion publique après 1973 ne concernent plus les hommes politiques mais les artistes et intellectuels. Dans les trois cas les plus disputés, c’est l’identité du lauréat qui est à l’origine de la dramatisation des enjeux. Le premier cas concerne la remise des prix de 1976 pour une nouvelle catégorie – les films et la télévision – à Uri Zohar et Mordechai Kirshenbaum. Le premier qui avait pris part aux actes de protestation contre l’attitude du gouvernement à l’égard de la minorité arabe, reçut le prix pour la réalisation d’une série de films tels que
A Hole in the Moon et
Three Days and a Child dans lesquels il décrivait la société israélienne de façon critique ; le second produisit un show télévisé satirique,
Cleaning the Head, qui n’hésitait pas à attaquer les vues des élites sionistes. Ce choix fut âprement dénoncé par l’extrême droite, qui considérait les deux lauréats comme « anti-patriotiques », et même par des ministres travaillistes lors d’une réunion ministérielle
[58]. Alors qu’une campagne de presse s’organisait, Zohar, cible principale des attaques, refusa le prix. Imitant Ben-Gurion, il affirma que personne ne devrait « obtenir un prix pour le travail qu’il avait fait »
[59]. La gratitude n’est-elle pas toujours mercenaire ?
La seconde controverse concerne la remise du prix 1992 pour la littérature arabe à Emil Habibi, écrivain et journaliste israélo-arabe, figure en vue du parti communiste arabo-juif, ex-membre de la Knesset et ardent défenseur des droits des Palestiniens. L’image des Israélo-Arabes, considérés avec suspicion à la fois par la majorité juive (comme des « ennemis potentiels ») et nombre de Palestiniens (qui les blâment pour « collaboration » avec l’État d’Israël) était à la base des réactions à cette remise de prix. Elle divisait, autant d’ailleurs la communauté juive que la communauté arabe. Les attaques de l’extrême droite étaient dirigées non seulement contre E. Habibi, dépeint comme souhaitant la destruction de l’État d’Israël, mais aussi contre les juges qui le nominèrent ou le ministre de l’Éducation, Zevulon Hammer, qui approuva cette décision. Pendant que la gauche soutenait Habibi, quelques Palestiniens (comme le poète exilé Mahmud Darwish) expliquaient qu’il aurait dû refuser le prix. Son honneur n’était pas à ce « prix ». Car il lui était offert par un régime israélien « oppresseur ». D’autres Palestiniens, toutefois, comme le Dr Hanan Ashrawi, professeur de littérature anglaise et porte-parole de la délégation palestinienne à la conférence sur la paix de Madrid, l’incitèrent, au contraire, à le recevoir : n’était-ce pas une marque de reconnaissance de la littérature palestinienne ? Après hésitation, Habibi, dont les romans décrivent le combat des Israélo-Arabes pour la survie et leur jeu d’équilibre entre identité arabe et citoyenneté israélienne, décida d’accepter. Et même de participer à la cérémonie officielle, déclarant qu’il reverserait la somme reçue à l’organisation du Croissant-Rouge de Gaza.
La cérémonie est une séquence symbolique de grande importance. Là, prix et lauréats acquièrent une visibilité hors du commun. Aussi forme-t-elle une enceinte idéale pour des gestes de protestation. Le parti d’extrême droite Tehiy sut la mettre à profit. Au moment où Habibi reçut le prix des mains du président Haim Herzog, le leader du parti et membre de la Knesset, le professeur Yuval Neeman (lauréat du prix Israël en 1969 pour les sciences exactes) se leva brusquement pour annoncer qu’il « redonnait » son prix en signe de désaveu. Il sortit alors du hall suivi par plusieurs membres de son parti. Crise dans la scénographie du prix : tandis qu’une partie du public huait Neeman, une autre l’applaudissait. Habibi, lui, continua à se soumettre au dispositif de la cérémonie jusqu’à serrer la main du Premier ministre Y. Shamir, du parti du Likkud. En revanche, dans la lettre par laquelle il retournait son prix au ministre de l’Éducation, Y. Neeman expliqua qu’on ne pouvait plus séparer littérature et politique. Or, dans les romans d’Habibi, Israël était de son point de vue présenté comme un État diabolique méritant d’être effacé. Une position qui suscita une contre mobilisation d’environ cinquante professeurs de l’université de Tel-Aviv, celle dans laquelle Y. Neeman enseignait. Leur pétition, adressée au recteur de l’université, s’opposait à l’acte de Neeman qu’ils présentaient comme une « menace pour la liberté d’expression »
[60].
L’année suivante, c’est la décision de donner le prix de « la réussite dans la vie » à Yechayahu Leibovitz, longtemps figure influente du paysage intellectuel israélien, qui provoqua une levée de boucliers.
Professeur de biologie à l’université hébraïque, éditeur de la célèbre
Encyclopédie hébraïque, ce juif orthodoxe fut un farouche opposant au contrôle d’Israël sur les territoires occupés
[61]. Tout en critiquant la politique officielle de l’État, il n’hésitait pas à briser certains tabous politiques : comme appeler les soldats à refuser de servir dans les territoires ou comparer publiquement la « mentalité de l’armée israélienne » à la « mentalité nazie » – dont témoigne le néologisme qu’il inventât de « Judéo-Nazi ». Leibovitz était une figure depuis longtemps très clivée, admiré par certains, détesté par les autres. L’annonce du prix ne pouvait que produire une avalanche de réactions. Nulle coïncidence cependant. Le prix avait été donné alors que le ministre de l’Éducation était S. Aloni, du parti de gauche Meretz, alors membre d’une coalition gouvernementale menée par le parti travailliste et le Premier ministre Yitzhak Rabin. Évidemment, la droite nationaliste attaqua avec véhémence Y. Leibovitz qu’elle jugeait « inapte » à recevoir cet honneur, le plus grand honneur que l’État puisse donner à l’un de « ses » citoyens. Dans les débats à la Knesset, le 25 janvier 1993, elle demanda l’annulation de la nomination de Leibovitz et la démission de S. Aloni, le ministre de l’Éducation. La gauche, elle, restait divisée en trois camps différents. Le premier rassemblait ceux qui, à l’image du mouvement Yesh-Gvul, soutenaient Y. Leibovitz au point d’en faire un de leurs guides spirituels. Dans le second camp se trouvaient ceux qui, tout en rejetant ses vues non orthodoxes, voyaient en lui une figure nécessaire du « débat démocratique », le comparant à Socrate ou à Jérémie le prophète biblique, clamant qu’en tant qu
ȁ9;« intellectuel », il avait « mérité » le prix plus que tout autre. Le troisième groupe, parmi lesquels se trouvaient des membres du parti travailliste et du Meretz, ne pouvant accepter les accusations de Leibovitz à l’encontre de l’armée, condamnaient sa nomination. Ils étaient majoritaires dans le gouvernement. Presque tous les ministres, y compris le Premier ministre Rabin, en faisaient partie. Pour eux, il fallait trouver une voie légale pour changer la décision des juges et si c’était impossible, ne pas assister à la cérémonie de remise. Leibovitz sembla à première vue apprécier cette agitation. Mais après la publication de la position gouvernementale, il changea d’optique et déclara dans un entretien télévisé abandonner son prix. Il ne souhaitait pas empêcher le Premier ministre de prendre part à la cérémonie et créer un imbroglio. Comme dans le cas de Zohar, c’était la fin du drame social. Les partis d’extrême droite s’en réjouirent bruyamment. Quant au président de l’État, Yitzhak Navon, un travailliste et ancien ministre de l’Éducation, il se déclara également très content. Pour lui, le prix Israël pour « la réussite dans la vie », remis le jour de l’Indépendance, devait refléter un large « consensus ». De sorte que les juges, en récompensant le mérite, devaient avant tout prendre en compte l’« opinion publique »
[62].
Un article de presse s’inquiéta, lui aussi, de la nature du prix Israël, de ses motifs et ses mobiles. Mais dans un sens différent. Pour son auteur, le politologue et journaliste Yitzhak Gal-Nur, le prix n’avait rien à voir avec le « consensus » ou l’« opinion publique ». Si le donateur du prix est la société israélienne et non l’État, il n’y avait qu’une voie à suivre : retirer la gestion du prix au ministère de l’Éducation pour le confier à une organisation scientifique non gouvernementale telle que l’Académie israélienne des sciences. Certes, le Président, le Premier ministre et le ministre de l’Éducation pouvaient être invités à la cérémonie mais leur place ne devait plus être sur scène : ils devaient s’asseoir parmi les spectateurs, au premier rang. La déférence ne devait s’appliquer qu’aux qualités des lauréats, non aux attendus de l’État qui les récompense
[63]. C’était suggérer que le bénéficiaire du prix pouvait ne pas être celui qui le reçoit. Mais bien celui qui le donne. En 2003, avec le débat suscité par le prix attribué à M. Gershoni, ce fut une fois encore le cœur du conflit.
Contrairement à Leibovitz, Gershoni, qui avait toujours été critique à l’égard de la politique israélienne des territoires occupés, ne refusa pas le prix. Il écrivit, en revanche, le 3 avril 2003 au ministre de l’Éducation L. Livnat, du parti Likkud, qu’il ne viendrait pas à la cérémonie jugeant le moment inapproprié pour des festivités. Dans une conversation avec un officiel du ministère, il ajouta qu’il ne voulait pas serrer la main des officiels présents sur la scène durant la cérémonie. Une position complexe – oui au prix, non à la cérémonie – qu’il justifiait par l’argument selon lequel le prix lui était donné par la société israélienne, non par le gouvernement actuel qui, temporaire, ne représentait ni les valeurs juives, ni les valeurs israéliennes
[64]. Livnat objecta que sa présence lors de la cérémonie était nécessaire : elle signifiait le respect dû au prix mais aussi à l’État et à ses leaders. De plus, c’était une obligation légale : selon les statuts du prix, le lauréat devait prendre part à la cérémonie à moins d’y être empêché pour une raison indépendante de sa volonté. Tout refus pouvait donc être assimilé à un acte de mépris pour le gouvernement élu et ses symboles. L’intensité du débat qui se déroula dans les médias ressemble beaucoup à la controverse Leibovitz. Pourtant, la question principale s’était déplacée. Elle opposait ceux qui, à droite, attaquaient M. Gershoni pour un manque de déférence à l’égard des représentants de l’État tandis qu’à gauche l’homme était défendu au nom de la reconnaissance d’un domaine intellectuel et spirituel autonome, c’est-à-dire au nom de la supériorité et de l’intimité de la conscience
[65].
La Cour suprême de Justice, à qui M. Gershoni demanda d’abroger la décision du ministre de l’Éducation, rejeta sa demande. Plus encore : alors que pour M. Gershoni la remise du prix et la cérémonie étaient deux questions sans lien, les juges acceptèrent la position du ministère en faisant de la cérémonie une partie intégrante du prix. Résultat : le prix fut retiré. Le nom de Gershoni ne fut même pas mentionné durant la cérémonie. Désormais, la réalité de l’institution sociale du prix Israël était patente. Source d’instrumentalisation, ce certificat de mérite était une façon de capter le prestige des artistes et des intellectuels pour en faire un moyen de légitimation. Au risque de priver de toute autonomie les activités de création par et pour lesquelles ils se définissent.
Traduction Jean-Loup Saaman
[1]
Studio, n° 143, mai 2003 (en hébreu).
[2]
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[3]
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[4]
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[9]
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[10]
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[12]
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[13]
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[15]
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[16]
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[17]
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[18]
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[19]
Michael Keren,
Ben-Gurion and the Intellectuals, Urbana, Northern-Illinois University Press, 1983, chap.
iv ; A. Shapira, « The Labour Movement… »,
op. cit., pp. 687-688.
[20]
Ha’Aretz, 7 mai 1950 (en hébreu).
[21]
Ibid. Sur le messianisme politique de David Ben-Gurion, voir M. Keren,
Ben-Gurion…, op. cit., chap.
ii.
[22]
U. Cohen, « The Hebrew University in the Passage from the Pre-State Period to the State : Some Aspects of the Rise of the Credential Society in Israel »,
Ha’Zionut, vol. 23, 2001, pp. 297-329 (en hébreu) ; « Technology and Science as Ideology in the Processes of Nation Building : The Hebrew University and its Reflection in the Press in Israel in the First Decade of the State » (papier non publié, en hébreu).
[23]
Shimon Peres,
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[24]
Sur Ben-Zion Dinur, voir D. Myers,
Re-Inventing the Jewish Past…,
op. cit. ; Uri Ram, « Zionist Historiography and the Invention of Modern Jewish Nationhood : The Case of Ben Zion Dinur »,
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in Emanuel Etkes et Rivkah Feldhai (éd.),
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[25]
Daniel Marom,
Ben Zion Dinur as Educator, Ph.D., Hébreu University, 2000, pp. 218-219 (en hébreu).
[26]
L’Indépendance fut déclarée le 14 mai 1948 mais célébrée chaque année selon le calendrier juif le cinquième du mois d’
Iyar. L’usage de ce calendrier dans le contexte d’une célébration nationale montre la relation complexe entre sionisme et tradition juive. Le premier commença comme un mouvement national qui se rebella contre le second mais dans le même temps il en incorpora certains éléments afin de maintenir une identité distincte. La décision d’établir la communauté nationale en Palestine, où la nation était née selon la Bible, est bien sûr une autre indication des liens forts entre sionisme et tradition juive.
[27]
Eliezer Don-Yehiya, « Festivals and Political Culture : Independence Day Celebrations »,
The Jerusalem Quarterly, vol. 45, 1988, pp. 61-84 ; M. Azaryahu,
State Cults…,
op. cit.
[28]
« Guidelines for Israël Prize », 21 juillet 1952, source : ministère de l’Éducation, section prix Israël (en hébreu).
[29]
Pour le domaine de la « science juive », voir Nahum Norbert Glatzer, « The Beginning of Modern Jewish Studies »,
in Alexander Altmann (éd.),
Studies in Nineteenth-Century Jewish Intellectual History, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1964, pp. 27-45 ; sur la science juive dans l’université hébraïque, voir Daniel Schwartz, « From Rabbinical Colleges to the Institute of Jewish Sciences »,
in S. Katz et M. Heyd (éd.),
The History of the Hebrew…, op. cit., pp. 457-475 (en hébreu).
[30]
Afin d’augmenter le prestige du prix, le ministre de l’Éducation décida en 1957 de ne pas remettre un prix annuel dans tous les domaines mais de le remettre tous les deux ans. La décision d’allonger ces intervalles dans certains sous-champs fut prise plusieurs fois. Au point de déboucher sur un projet d’attribution du prix par cycles de quatre à sept ans dans certains domaines. Archives d’État, dossier GL 2823/9 (en hébreu).
[31]
Le montant du prix en 2003 était de cinquante mille shekels, environ dix salaires moyens. D’autres prix scientifiques attribuent d’importantes sommes, comme le prix Dan David, créé en 1999 et géré par l’université de Tel-Aviv (un million de dollars).
[32]
B.-Z. Dinur,
Writings on Aims and Values, Jerusalem, Ministry of Education, 1991, p. 17 (en hébreu).
[33]
Cour suprême de Justice, Gershoni contre le ministère de l’Éducation, case 3750/03, vol. 60, n° 439, 5 mai 2003, p. 2 (en hébreu).
[34]
La liste des lauréats est basée sur la brochure officielle du prix publiée par le ministère de l’Éducation annuellement depuis 1980 à l’occasion du prix : Zeev Aner,
Israël Prizes 2003, Jérusalem, ministre de l’Éducation, 2003 (en hébreu). On trouve également des informations générales concernant le prix sur le site internet officiel du ministère de l’Éducation :
http:// www. education. gov. il/ pras-israel.
[35]
Compte rendu d’une rencontre du Comité des juges en date du 10 septembre 1957, et lettre de Mordechai Ish-Shalom, le responsable officiel du prix au ministre de l’Éducation du 27 décembre 1957, archives d’État, dossier GL 2823/9 (en hébreu). Le terme « réussite dans la vie » apparaît dans le discours interne du ministre, mais n’est pas devenu une catégorie officielle.
[36]
Lettre de Ish-Shalom au ministre de l’Éducation du 10 novembre 1967, archives d’État, dossier GL 2828/6 (en hébreu).
[37]
Ceci est une sélection non exhaustive, basée sur les listes de juges trouvées dans les archives d’État, dossiers GL 2821/7, GL 2821/10, GL 2823/9 (en hébreu).
[38]
Ainsi, le discours de l’historien Zvi Yaabetz, lauréat du prix 1990, appelant le gouvernement à reconsidérer son attitude à l’égard des Palestiniens. Cité dans le journal
Ha’Aretz du 1
er janvier 1990 (en hébreu).
[39]
Ha’Aretz, 17 avril 1956 (en hébreu).
[40]
Dans les années 1953-1956 la cérémonie a eu lieu aux alentours de midi, un moment qui indiquait sa place mineure dans les festivités du jour de l’Indépendance.
[41]
Basé sur un échantillon de journaux,
Davar, Ha’Aretz and Yedioth Aharonot (en hébreu).
[42]
Pour l’éclipse progressive de l’image de l’armée après 1973, voir Martin Van Creveld,
The Sword and the Olive. A Critical History of the Israeli Defense Forces, New York, Public Affairs, 1998.
[43]
Lettre d’A. Urbach, l’organisateur de la cérémonie des prix, qui se plaignait au ministre de l’Éducation, B.-Z. Dinur, du manque de coopération de la part des responsables des festivités du jour de l’Indépendance, 24 avril 1953, archives d’État, dossier GL 2821/10 (en hébreu).
[44]
Ha’Aretz, 3 mai 1960 (en hébreu).
[45]
Davar, 25 avril 1958 (en hébreu).
[46]
R. Firer,
The Agents…,
op. cit., pp. 163-165 ; Dan Horowitz et M. Lissak,
Trouble in Utopia, The Overburdened Polity of Israel, Tel-Aviv, Am Oved, 1990 (en hébreu).
[47]
A. Shapira, « The Labour Movement… »,
op. cit., pp. 688-689.
[48]
Depuis que la date du jour de l’Indépendance a été fixée selon le calendrier juif, il y a eu de légères variations annuelles de cette date en relation avec le calendrier grégorien.
[49]
Voir pour exemple la compétition entre le peintre Reuven Rubin et le sculpteur Yitzhak Danziger pour l’édition 1968 du prix dans la catégorie arts plastiques, qui incluait un intense
lobbying auprès des juges et du ministre de l’Éducation, Zalman Aran.
Ha’Olam Ha’Ze, 24 avril 1968 (en hébreu).
[50]
Victor Turner, « Social Dramas and Ritual Metaphors »,
Dramas, Fields and Metaphors : Symbolic Action in Human Society, Ithaca, Cornell University Press, 1974, pp. 23-59.
[51]
Compte rendu du Comité non daté, archives d’État, GL 2890/6 (en hébreu).
[52]
La lettre est citée dans
Yedioth Aharonot, 17 avril 1968 (en hébreu).
[53]
Maariv, 16 avril 1968 ;
Yedioth Aharonot, 17 avril 1968 (en hébreu).
[54]
Ha’Aretz, 21 avril 1968 (en hébreu).
[55]
Ha’Aretz, 24 avril 1968 (en hébreu).
[56]
Davar, 14 avril 1975 (en hébreu).
[57]
Davar, 17 avril 1975 (en hébreu).
[58]
Ha’Aretz, 22 et 26 avril 1976 (en hébreu).
[59]
Uri Zohar, dans une lettre au ministre de l’Éducation, citée dans
Ha’Aretz, 26 avril 1976 (en hébreu).
[60]
L’information sur le cas Habibi est basée sur les journaux suivants :
Ha’Aretz, 20 mars 1992, 8 et 10 mai 1992 ;
Davar, 22 mars 1992, 10 et 14 mai 1992 ;
Maariv, 8, 10, 13 et 15 mai 1992 ;
Yedioth Aharonot, 8, 10 et 15 mai 1992 (en hébreu).
[61]
Pour les vues de Leibovitz, voir Yechayahu Leibovitz, Joseph Algazy,
Yechayahu Leibovitz, La mauvaise conscience d’Israël : entretiens avec Joseph Algazy, Paris, Le Monde Éditions, 1994.
[62]
L’information sur le cas Leibovitz est basée sur les journaux suivants :
Ha’Aretz, 18, 25 et 26 janvier 1993 ;
Davar, 17, 20, 22 et 24 janvier 1993 ;
Maariv, 19, 20, 25 et 27 janvier 1993 ;
Yedioth Aharonot, 19, 21, 22 et 26 janvier 1993 (en hébreu).
[63]
Yitzhak Gal-Nur, « Policiens, sortez du prix Israël »,
Maariv, 27 janvier 1993 (en hébreu).
[64]
Il semble que Moshe Gershoni ait moins opposé État et société civile que valeurs juives humanitaires et valeurs inhumaines du gouvernement en place.
[65]
L’information sur le cas Gershoni est basée sur les journaux suivants :
Ha’Aretz des 15, 16, 18, 20, 24, 25, 28 avril et 2 mai 2003 ;
Maariv, 18 et 21 avril 2003 ;
Yedioth Aharonot, 25 avril et 2 mai 2003 ;
Ha’Ir, 8 mai 2003 (en hébreu).